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		<title>Salve Regina - Contributions de l’utilisateur [fr]</title>
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		<title>Amour et Mariage</title>
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				<updated>2011-04-07T09:52:37Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* MARIAGE D’AMOUR DE RAISON. */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Questions de morale sur le mariage&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Gustave Thibon&lt;br /&gt;
 | source                        = ''Ce que Dieu a uni, essai sur l'amour'', Éditions universitaires&lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1946&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = Extrait su livre : chapitre 3, pages 95 à 126 &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Chap III&amp;amp;nbsp;: AMOUR ET MARIAGE  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== LE CHOIX  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne prétends pas enseigner ici l’art de choisir son conjoint, comme d’autres se flattent d’apprendre l’art de se défendre dans la rue ou l’art de gagner à la Bourse. Je n’ai pas de recettes précises à cet usage. Un mariage (et je pense ici aux unions les plus réfléchies) est conditionné par tant de hasards (hasards des situations, des rencontres, de la fortune, des sentiments, etc.) qu’il serait ridicule de s’avancer dans ce domaine armé de règles mathématiques. Au reste, une telle obscurité enveloppe ici le choix humain que celui qui veut trop bien choisir, celui que hante une idée trop claire de «&amp;amp;nbsp;l’âme sœur&amp;amp;nbsp;» risque fort, soit de ne jamais se marier, soit de faire un choix absurde, un de ces choix «&amp;amp;nbsp;qu’on n’aurait jamais cru&amp;amp;nbsp;», comme dit La Fontaine, et comme l’expérience nous le fait voir tous les jours. «&amp;amp;nbsp;Je n’ai vu partout qu’acheteurs précautionneux, écrit, non sans quelque exagération, Frédéric Nietzsche&amp;amp;nbsp;; mais le plus rusé lui-même achète sa femme comme chat en poche.&amp;amp;nbsp;» Même dans les unions les plus éclairées, il y a une part de saut dans l’inconnu, de pari, au sens pascalien du mot. Aussi, les quelques indications très générales que je vais donner sur ce sujet visent à fournir, non des certitudes, mais de simples probabilités. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une des questions primordiales qui se posent dans le choix d’un conjoint, c’est la question biologique. De la santé des époux dépend en effet en grande partie l’équilibre matériel et moral du foyer, l’existence et l’avenir des enfants. Mais je ne veux envisager ici le problème que sous l’angle psychologique et sous l’angle social. Parmi les facteurs qui contribuent à déterminer le choix nuptial, il en est, en effet, d’extérieurs ou sociaux (on considère le milieu, la classe, la fortune...), et d’autres intérieurs ou psychologiques (on se décide par amour ou par raison...). Arrêtons-nous un instant sur ces deux points. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== MARIAGE et MILIEU SOCIAL  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette question ne se posait pas jadis, chacun se mariait dans sa caste, et très souvent même à l’intérieur de sa paroisse et de sa profession. Les divers organismes sociaux, solidement spécifiés, n’empiétaient pas les uns sur les autres (cette absence d’empiètement ne signifiait pas, je tiens à le souligner, l’absence d’échanges). Aujourd’hui, grâce à la facilité et à la, fréquence des communications, grâce surtout à la confusion des classes et des fonctions, cet état de choses a changé du tout au tout. Les unions entre personnes de milieux géographiques culturels ou professionnels très différents, [97] se multiplient de plus en plus. Dans nos campagnes vivaraises, pour ne citer qu’un exemple, les jeunes paysans qui, jadis, n’épousaient que des jeunes filles appartenant, non seulement à leur caste, mais encore, à l’intérieur de cette caste, à des familles imprégnées des mêmes traditions, des mêmes opinons politiques et religieuses que la leur, s’unissent maintenant assez fréquemment à une petite dactylo parisienne ou à une Italienne fraîchement émigrée. Et des cas semblables s’observent dans tous les milieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je le dis tout net&amp;amp;nbsp;: cette confusion ne constitue pas un progrès. L’identité du milieu social me paraît une des conditions centrales du bonheur conjugal. Certes, je n’exclus pas absolument les unions entre personnes de milieux différents. Je pense seulement qu’elles doivent être l’exception&amp;amp;nbsp;: elles exigent, de part et d’autre, des qualités individuelles qu’on ne saurait demander à la masse des hommes&amp;amp;nbsp;! Quand un homme ou une femme rentrent par le mariage dans un milieu supérieur ou seulement étranger au leur, il faut qu’ils y entrent en montant (on s’imagine trop, aujourd’hui, pouvoir rentrer partout de plain-pied) et qu’ils suppléent, par leur puissance d’amour et d’adaptation, à la communion spontanée qui résulte de l’identité de milieu. Un prince ne peut épouser avec fruit une bergère que si cette bergère possède une âme de princesse, ce qui, on en conviendra, ne court pas les rues. Une des tares du monde moderne, c’est de prétendre faire un usage de ce qui ne peut être qu’une exception, et, en voulant généraliser, ce qui est au-dessus de la règle, de tomber au-dessous de la règle. [98] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une union entre individus du même milieu, les habitudes, les goûts, les besoins communs, - tout ce complexe d’éléments biopsychologiques impondérables qui constituent ce qu’on appelle génériquement les mœurs, - contribue à cimenter l’harmonie. Dans le cas contraire, tout le poids du passé des deux époux tend, en quelque sorte, à les désunir. On ne sait pas jusqu’à quel point tel comportement matériel ou moral, absolument naturel dans tel milieu social, peut devenir un facteur de perturbation et de scandale dans un autre milieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une anecdote vécue illustrera ce propos. J’assistai un jour à la conversation d’une vieille fermière de mon pays avec son fils, qui voulait épouser la fille d’un commerçant du village. La mère refusait son consentement, et, comme ultima ratio, elle lança, du ton dont elle aurait porté une accusation infamante, ces mots décisifs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ne la prends pas&amp;amp;nbsp;! Il lui faut de la viande tous les jours&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» Cette réprobation était parfaitement justifiée. Dans nos campagnes, l’usage quotidien de la viande est resté, jusqu’au lendemain de l’autre guerre, incompatible avec les possibilités matérielles des travailleurs, aussi était-il considéré spontanément comme un luxe coupable, comme une sorte de vice. J’avoue que j’ai choisi là un gros exemple limite, si l’on veut. Il n’en reste pas moins que deux époux, également pleins de bonne volonté, risquent de se méconnaître et de se heurter douloureusement par le seul fait qu’ils ont été modelés par un climat social différent. Ce poids des mœurs, ces fatalités du milieu, mieux vaut les avoir entre soi comme adjuvant que comme obstacle à l’union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[99] Je sais bien que c’est le propre des grandes natures de vaincre de telles fatalités. Mais je parle pour la moyenne des hommes... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut me répondre que l’affection réciproque des époux suffit à suppléer tous ces liens climatériques, si je puis dire, et que l’amour, ayant tous les pouvoirs, a aussi tous les droits. Ici je demande la permission de réfléchir un peu. Je ne connais qu’un amour qui soit tout puissant&amp;amp;nbsp;: celui dont parle saint jean dans sa définition de Dieu&amp;amp;nbsp;: Deus est caritas. Et puis, chose curieuse, j’ai toujours remarqué que plus un homme proclame les droits absolus de l’amour, moins l’amour chez lui fait de miracles, et plus ses «&amp;amp;nbsp;amours&amp;amp;nbsp;» finissent mal... C’est quand l’amour se croit tous les droits qu’il a précisément le moins de pouvoir. Et cela doit nous inciter à rechercher ce qui se cache, dans bien des cas, sous ce beau nom de l’amour. Par là, nous sommes amenés à parler des déterminants proprement psychologiques du choix nuptial. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== MARIAGE D’AMOUR OU DE RAISON.  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu’on me pardonne d’exhumer cette vieille antithèse dépassée par les mœurs actuelles&amp;amp;nbsp;; mais le seul fait qu’elle a pu exister pose déjà un problème redoutable. De telles dichotomies sont antinaturelles&amp;amp;nbsp;: elles naissent de la décadence des âmes et des mœurs. D’ailleurs, en présence de bien des formules de ce genre, il importe avant tout de se demander, à titre de simple hypothèse de travail, si les mots ne servent pas à recouvrir une réalité absolument contraire à celles qu’ils expriment&amp;amp;nbsp;: on fait [100] beaucoup de découvertes avec cette méthode. Quand un mot est à la mode, c’est souvent que la chose qu’il désigne est bien rare ou bien malade dans le monde; on se précipite alors sur le mot comme sur un alibi. Pour le cas qui nous occupe, je pourrais affirmer, si j’avais comme Chesterton le goût des véridiques paradoxes, que je ne sais rien de moins raisonnable qu’un mariage dit de raison, et rien de plus égoïste qu’un mariage dit d’amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les défenseurs des «&amp;amp;nbsp;droits de l’amour&amp;amp;nbsp;» n’ont pas manqué de mettre en lumière (surtout pendant le XIXème siècle) les conséquences lamentables des mariages imposés à deux êtres par des mobiles parfaitement extrinsèques à l’attrait des cœurs (considération de castes, de fortune, de situation, etc.). On a accusé le «&amp;amp;nbsp;mariage de raison&amp;amp;nbsp;» de tous les méfaits sociaux. Loin de moi la pensée de prendre sa défense... Seulement, il suffit de regarder autour de soi pour s’apercevoir que le «&amp;amp;nbsp;mariage d’amour&amp;amp;nbsp;» est très loin, aussi, d’être un sûr garant de stabilité et d’harmonie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’ai pris la peine de suivre dans ma région quelques cas typiques de mariage de raison&amp;lt;ref&amp;gt;Il serait d’ailleurs plus vrai, dans de tels cas, de parler de mariage de tradition que de mariage de raison.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de mariage d’amour. Dans le premier cas, il s’agissait de jeunes gens qui s’épousaient presque sans se connaître, parce que la situation morale et matérielle de leurs familles était à peu près identique, et qu’un de ces marieurs bénévoles, dont nos campagnes foisonnent, était passé par là. Dans le second cas, les jeunes gens s’épousaient par pure inclination [101] réciproque, sans intermédiaires familiaux, et souvent même contre la volonté de leurs familles. Eh bien&amp;amp;nbsp;! tandis que la plupart des mariages de raison donnaient naissance à des foyers sains et solides, c’est surtout parmi les mariages dits d’amour qu’on observait les résultats personnels et familiaux les plus négatifs&amp;amp;nbsp;: stérilité volontaire, mésentente ou séparation des époux, etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En réalité, raison et amour représentent ici deux attentats contre l’unité de la vie, deux idolâtries qui s’appellent l’une et l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu’on me permette, à ce sujet, un petit excursus historique. Dans les époques classiques, les institutions morales, politiques ou religieuses dépassaient et portaient les individus qui les représentaient. La monarchie était plus que le roi, le sacerdoce plus que le prêtre. A telle enseigne qu’on pouvait alors se payer le luxe de mépriser tel roi ou tel pape sans que le principe même de la monarchie ou de l’autorité pontificale soit mis en question le moins du monde. Qu’on songe aux invectives d’une sainte comme Catherine de Sienne contre le clergé de son temps, à un grand catholique comme Dante qui colloquait en enfer le pape alors régnant! Aujourd’hui, comme dans tous les temps de décadence, nous assistons au phénomène inverse&amp;amp;nbsp;: les institutions ne sont tolérées et aimées qu’à travers les personnes&amp;amp;nbsp;: c’est pourquoi, soit dit en passant, nous avons besoin, plus que jamais, de chefs politiques et religieux intègres et vigoureux. Plus que jamais, le chef qui manque à sa mission compromet, en même temps que sa personne éphémère, le principe éternel qu’il représente. Il est [102] un peu angoissant de voir de faibles individus porter sur leurs épaulés tout le poids des cadres sociaux. Croit-on que les Italiens et les Allemands d’aujourd’hui soient tellement attachés au principe de la dictature&amp;amp;nbsp;? Pas du tout&amp;amp;nbsp;; c’est la personne de Mussolini et de Hitler qu’ils adorent&amp;lt;ref&amp;gt;Ces lignes ont été écrites en 1937.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et croit-on aussi à la possibilité actuelle d’un anticléricalisme qui ne soit pas, en même temps, antireligieux&amp;amp;nbsp;? Hélas&amp;amp;nbsp;! il devient de plus en plus difficile de séparer la cause des institutions de la cause des personnes... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’institution matrimoniale a subi, naturellement, les mêmes vicissitudes. Jadis, les personnes étaient, non seulement subordonnées, mais très souvent sacrifiées à l’institution. Sous l’ancien régime (le même état de choses existait d’ailleurs au XIXème siècle dans tous les milieux sociaux, sauf dans la classe strictement prolétarienne), une jeune fille était vouée au mariage plutôt qu’à un époux déterminé. Les personnes comptaient peu&amp;amp;nbsp;; ce qui importait, c’était les traditions et les cadres. Cela ne laissait pas d’avoir son bon côté. D’abord, rien n’empêchait qu’un amour solide et même passionné se greffât sur une union contractée pour des raisons de pur conformisme social. Ensuite, même si l’union ne leur donnait aucune: plénitude personnelle, les époux puisaient, dans ces immenses réserves de force et de continuité que sont les institutions, le goût et le courage de rester fidèles à leurs devoirs (c’est d’ailleurs le propre des climats classiques eue rendre spontané et comme naturel l’accomplissement de devoirs et de sacrifices, qui, en [103] milieu décadent, exige des soubresauts héroïques de la personnalité). Quand l’heure de la tentation sonnait, une épouse du grand siècle luttait, non seulement pour rester fidèle à son mari, mais encore - au-dessus de la personne de celui-ci - pour rester fidèle au mariage... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tant que de telles traditions sont restées vivantes, c’est-à-dire nourries de sève chrétienne et appuyées sur la personne de Dieu, elles ont été, en dépit des excès toujours inhérents à ce qui est humain, de solides tuteurs, des appuis organiques pour les individus. Mais dès qu’elles ont été séparées du concret divin, dès qu’elles ont dégénéré en formalisme exsangue, elles sont devenues des fardeaux intolérables pour les hommes. Le mariage tel qu’il existait dans certains milieux bourgeois du XIXème siècle refusait à la personne originale et libre, à l’homme de chair et d’âme, sa place au soleil. La «&amp;amp;nbsp;loi&amp;amp;nbsp;» demandait à l’homme tous les sacrifices, et ceci sans lui offrir les profondes compensations concrètes qui accompagnent toute immolation de nature religieuse. Alors, naturellement, la réaction s’est produite&amp;amp;nbsp;: la personnalité a repris sa place&amp;amp;nbsp;; que dis-je&amp;amp;nbsp;? elle a fait comme font toutes les choses comprimées qui se révoltent&amp;amp;nbsp;: pour reprendre sa place, elle a occupé toute la place&amp;amp;nbsp;! Renversement total des valeurs&amp;amp;nbsp;: on immolait les individus aux institutions, on a immolé les institutions aux individus. On a proclamé les droits absolus de l’élection individuelle, on a tout voulu soumettre à l’arbitraire de l’amour. Le XIXème siècle offre ce curieux spectacle du conservatisme le plus plat et le [104] sclérosé coexistant avec la fièvre individualiste la plus ardente. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! si ce que des classiques dégénérés appellent l’ordre et la loi n’est que le masque de l’impuissance et de l’oppression, ce que les romantiques de tout genre appellent l’amour ressemble fort à je ne sais quel voile flatteur jeté sur la divinisation de la sensualité et du moi. Tant d’hommes prennent pour une vraie passion spirituelle, pour une élection profonde, ce qui n’est en réalité qu’un très pauvre mélange d’attrait instinctif et d’orgueil&amp;amp;nbsp;: rien n’est si parfaitement égoïste que certains mariages d’amour qui naissent, non de l’union intime de deux âmes, mais de la vulgaire soif d’un bonheur superficiel et immédiat, d’un bonheur imperméable au devoir... Et c’est pour cela que tant de mécomptes suivent de telles unions&amp;amp;nbsp;: celui qui se marie sans consulter autre chose en lui que la concupiscence des yeux et l’orgueil de la vie, comme dit saint Paul, le jour où la lassitude ou une nouvelle passion l’envahiront, risque fort d’écouter, encore une fois, «&amp;amp;nbsp;la voix de son cœur&amp;amp;nbsp;» et d’exercer à nouveau «&amp;amp;nbsp;son droit à l’amour&amp;amp;nbsp;». Il est difficile de rester fidèle à un choix opéré par l’arbitraire individuel en dehors des influences supra-personnelles qui émanent du milieu moral et social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loi, séparée de Dieu et divinisée, n’est qu’une abstraction épuisante. Mais l’individu concret, également séparé de Dieu et divinisé, devient, lui aussi, une abstraction sans force et sans vie. Il faut dépasser cette antithèse. Le divorce moderne entre les institutions et les individus aboutira, soit aux pires catastrophes, soit à une synthèse plus haute et plus belle [105] que tout ce qu’on a vu jusqu’ici. Il est possible de concevoir des institutions plus adaptées qu’autrefois aux besoins et à la dignité des personnes, et des personnes plus respectueuses qu’aujourd’hui des cadres sociaux et moraux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, dans bien des cas, le choix nuptial cesse d’être le choix de la seule «&amp;amp;nbsp;raison&amp;amp;nbsp;» ou du seul «&amp;amp;nbsp;amour&amp;amp;nbsp;», pour devenir un choix ''total'', c’est-à-dire un choix de l’amour, mais d’un amour assez large et assez éclairé pour respecter et pour assumer, à côté de l’attraction individuelle des corps et des âmes, je ne dis pas les préjugés, mais les nécessités centrales de la vie sociale. Un tel choix, ai-je besoin de le dire, ne peut être qu’un choix imprégné d’esprit religieux, un choix appuyé sur Dieu, créateur commun de l’individu et de la Cité, et dans le sein duquel s’unissent toutes les choses qui, sous le climat essentiellement séparateur de l’idolâtrie, paraissent vouées à une guerre éternelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== LA VIE A DEUX  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après ces considérations un peu extrinsèques, revenons à la vie à deux proprement dite. Pour être pleine et féconde, l’union des époux doit reposer sur quatre choses, que je sépare pour les besoins du discours, mais qui, dans la vie, s’amalgament jusqu’à l’identité: la passion, l’amitié, le sacrifice et la prière. &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== MARIAGE ET VIE SEXUELLE  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils ne seront qu’une seule chair, dit l’Évangile. Je ne conçois pas le mariage sans une attraction sexuelle réciproque. Ici, deux écueils sont à éviter&amp;amp;nbsp;: l’absence d’attrait [106] sexuel et le primat de l’attrait sexuel. Le mariage doit aboutir à la plénitude sexuelle, mais à une plénitude sexuelle qui soit, en même temps, une plénitude humaine, c’est-à-dire qu’il doit reposer sur l’attrait des sexes, mais sur cet attrait assumé, couronné et dépassé par l’esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme a toujours tendance à sous-estimer ce que les philosophes appellent la causalité matérielle. On a cru trop longtemps qu’on pouvait établir l’union conjugale en dehors des règles de la sexualité. Ni la communauté de milieu ou de caste, ni l’estime réciproque, ni le sens du devoir social ou religieux ne peuvent suppléer la passion charnelle absente. Combien d’unions ont sombré totalement ou n’ont conservé que leur façade légale à cause de la mésentente sexuelle! Il faut avouer que l’éducation des filles telle qu’elle a fonctionné pendant des siècles, constitue à cet égard un paradoxe dont on ne s’étonne pas assez. On élevait des enfants dans un mélange d’ignorance et d’horreur des choses de la chair&amp;amp;nbsp;; et puis on les jetait un jour, sans plus de souci, dans une situation où ces choses, hier encore revêtues d’une sorte de mysterium tremendum, devaient devenir sans transition une habitude et un devoir&amp;amp;nbsp;! Comment s’étonner, après cela, de la faillite totale ou partielle de tant d’unions préparées avec un tel mépris des exigences élémentaires de la vie&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais une union fondée sur le seul attrait des sexes n’est pas non plus une union vraiment humaine. Séparées des racines, la tige et les fleurs se flétrissent, mais la racine à son tour pourrit, que ne prolongent [106] et ne dominent plus la tige et les fleurs. Il n’est rien d’aussi vulgaire, d’aussi vide sous l’éclat des apparences, rien d’aussi fragile non plus et d’aussi vulnérable au temps qu’un amour dominé par l’impulsion des sens. Le mariage ne résout pas la question sexuelle, a-t-on dit. Cela est vrai si l’on fait de la question sexuelle un absolu, si l’on divinise la chair séparée de l’âme (le culte du bas-ventre, la sexolâtrie sont une des plaies de notre temps). Mais cela est faux si l’on remet la sexualité à sa place, si on la considère non plus comme un tout autonome, mais comme une partie liée organiquement à un ensemble et imprégnée par cet ensemble. Les revendications de certains apôtres de la sexualité reposent sur la confusion du sexe et de l’âme, du sexe et de Dieu. Pour nous, nous ne voulons pas d’une plénitude sexuelle qui s’achète au prix de la plénitude humaine&amp;amp;nbsp;; nous n’avons aucun goût pour des mœurs qui, sous prétexte de combler le sexe, vident tout le reste de l’homme. Le mariage seul est à même de satisfaire l’instinct et sans dégrader la personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce sujet, qu’il me soit permis de dégonfler une des baudruches les mieux soufflées de la psychologie contemporaine. Je veux parler du soi-disant «&amp;amp;nbsp;instinct polygamique du sexe masculin&amp;amp;nbsp;», - de ce pauvre instinct que l’institution du mariage condamne à de si tristes refoulements. Eh bien&amp;amp;nbsp;! en réalité, il n’y a pas d’instinct polygamique. L’instinct, en tant que tel, je veux dire l’instinct considéré dans sa pureté biologique et vierge de toute infiltration spirituelle, [108] n’est ni polygamique ni monogamique&amp;lt;ref&amp;gt;Je parie ici aussi bien pour la femme que pour l’homme. Si la femme est plus spontanément fidèle à un être unique, cela tient non à sa vie instinctive comme telle, mais à l’inté­gration beaucoup plus poussée chez elle que chez l’homme de cette vie instinctive dans l’amour.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est radicalement neutre à l’égard de la fidélité et du changement&amp;amp;nbsp;; il réside en deçà de ces catégories... L’instinct sexuel d’un animal est tendu vers la femelle&amp;amp;nbsp;; il lui est parfaitement indifférent que celle-ci soit la même ou une autre. Sans doute, si une femelle nouvelle se présente, il la désirera, mais ce désir portera sur la femelle, et non sur l’autre&amp;amp;nbsp;: il s’accommodera tout aussi bien de la même, de celle qu’il possédait hier, avant-hier ou l’année dernière, pourvu qu’elle remplisse les conditions physiologiques voulues... Ce qui pousse l’homme vers la polygamie, c’est la curiosité, c’est le péché de l’esprit infiltré dans l’instinct. L’instinct pur désire l’autre en tant que femme, la curiosité sexuelle désire la femme en tant qu’autre. C’est une grande illusion de croire que les impulsions sexuelles d’un homme civilisé ne sont faites que d’instinct sexuel&amp;amp;nbsp;; on ne sait pas jusqu’à quel point l’instinct peut être ici au service de la volonté de puissance, de la soif de connaître et de dominer. S’il en était autrement, verrions-nous tant d’hommes mettre tant d’ardeur à séduire des femmes souvent très inférieures au point de vue physiologique à leur propre épouse&amp;amp;nbsp;? Quand un homme lutte pour rester fidèle à une femme aimée, ce n’est pas l’idéal qui lutte en lui contre l’instinct, - ce sont plutôt deux «&amp;amp;nbsp;idéals&amp;amp;nbsp;» qui s’affrontent, le combat est surtout [109] spirituel. L’idéal monogamique lutte, alors, contre cette espèce d’idéal négatif qu’est l’instinct sexuel imprégné et dépravé par l’appétit de changement, de conquête et de connaissance&amp;amp;nbsp;; - il lutte contre une des multiples variétés de cette menteuse, de cette infernale soif d’infini, qui, depuis le péché originel, consume l’homme. La fidélité conjugale n’est pas un problème physiologique, c’est un problème moral. Si l’âme est profondément, simplement monogamique, l’instinct suivra toujours. On peut redire ici avec le Christ&amp;amp;nbsp;: Si ton œil est simple, tout ton corps sera lumineux&amp;lt;ref&amp;gt;Note de l’éditeur : il s’agit d’une citation de Luc XI, 34.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chasteté conjugale réside, avons-nous dit, non dans la négation de la chair au profit de l’âme, mais dans l’adoption, dans l’enveloppement de la chair par l’âme. Nietzsche a proféré ici cette parole suprême&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dans le véritable amour, c’est l’âme qui enveloppe le corps.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il existe un matérialisme de la vie à deux, et c’est le mariage basé sur les seules joies charnelles. Mais il existe aussi un pseudo-idéalisme amoureux qui croit mépriser la chair, et qui, en réalité, est fait, non d’esprit, mais des compensations et des rêves d’une sensualité impuissante et trouble&amp;lt;ref&amp;gt;Je n’ai pas à m’étendre ici sur le problème de l’amour platonique. Il est très normal à l’époque de la puberté, et plus chez la femme que chez l’homme. Trop prolongé ou trop ex­clusif, je le tiens pour une compensation de qualité inférieure. En tout cas, il ne saurait exister normalement dans le mariage. La chasteté et même la continence conjugales, n’ont rien à voir avec ce pseudo-idéal, cette mièvrerie irréaliste.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces deux aberrations mutilantes sont également à éviter. La vie à deux doit être un réalisme total, un réalisme centré [110] en haut, mais étendu à tout l’homme. Les époux doivent s’élever, non en renonçant à la chair comme les ascètes, mais, ce qui est peut-être plus difficile, en entraînant la chair dans l’ascension de leur âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute, cet idéal pleinement humain entraîne-t-il fatalement des sacrifices d’ordre sexuel. Le premier de ces sacrifices est l’adaptation à la structure sexuelle du conjoint. Il ne convient pas en effet d'oublier, comme certains apôtres des droits imprescriptibles du sexe semblent le faire, que l’exercice de la fonction sexuelle, à la différence d’autres instincts comme la nutrition par exemple, implique un partenaire&amp;amp;nbsp;! Or la constitution sexuelle de la femme, et, partant, ses goûts et ses besoins dans cet ordre sont très différents de ceux de l’homme. Outre cela, il faut tenir compte des divergences individuelles résultant du tempérament, de l’éducation, etc. Si chacun des conjoints ne cherchait que sa jouissance propre, qu’adviendrait-il&amp;amp;nbsp;? Le sens le plus élémentaire du devoir conjugal enseigne aux époux à toujours subordonner la joie qu’ils reçoivent à la joie qu’ils donnent. Dans le mariage, le maximum de la plénitude sexuelle réciproque ne peut être atteint que si chacun des époux consent à sacrifier, dans une certaine mesure, sa plénitude sexuelle individuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il peut arriver aussi que, par suite de nécessités biologiques, sociales ou morales, le sacrifice total des joies de la chair soit imposé aux époux. Il faut alors que ce sacrifice soit un vrai sacrifice, c’est-à-dire une immolation droite et franche, en pleine lumière, sans subterfuges, sans mauvais œil, sans compensations équivoques. Précisons&amp;amp;nbsp;: ce sacrifice ne doit pas [111] être un refoulement. Le vrai sacrifice en immolant l’instinct, le sublime et le transfigure&amp;amp;nbsp;; le refoulement se borne à le transposer, à le travestir, à faire de lui une force honteuse et sournoise qui rejaillit sur l’esprit et le contamine, une source de ressentiment, de faux idéals, de vertus pharisaïques. Après Nietzsche et Freud, il est superflu d’insister sur ce tableau... Le vrai sacrifice nourrit l’âme, le refoulement l’empoisonne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y aurait beaucoup à dire sur cette sublimation des instincts chez les époux voués à une continence permanente ou transitoire. Une analyse différentielle de la sexualité supérieure chez l’homme et chez la femme serait très éclairante à ce point de vue. Mais ce problème est trop vaste et trop délicat pour être abordé ici. Contentons-nous de remarquer que, lorsque deux époux sacrifient leurs relations d’ordre proprement génital, l’homme sublime généralement son instinct sexuel en pensée, en idéal extra personnel, la femme en tendresse. Si la femme est beaucoup moins charnelle que l’homme dans l’exercice matériel de la sexualité, elle l’est beaucoup plus dans ses sublimations les plus saines. La compénétration de la chair et de l’âme existe chez elle à un degré inconnu au sexe opposé&amp;amp;nbsp;; dans les émois les plus charnels, elle met plus d’âme que l’homme&amp;amp;nbsp;; en revanche, elle mêle plus de chair que lui aux passions de l’esprit. Il advient fréquemment que, plus une femme est privée de satisfaction sexuelle complète, plus elle devient caressante&amp;amp;nbsp;: sa sexualité, beaucoup moins localisée et brutale, beaucoup moins animale, pour tout dire, que celle de l’homme, trouve [112] souvent, dans des manifestations très innocentes de tendresse, une satisfaction presque suffisante. Hélas&amp;amp;nbsp;! les mêmes caresses qui, pour la femme, remplacent la pleine possession charnelle, ne peuvent., chez l’homme, que préparer cette possession et, au lieu d’apaiser l’instinct, que le fouetter de plus belle. Si les femmes savaient cela, je crois que la continence conjugale deviendrait, dans bien des cas plus facile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi subordonnée à l’amour et au devoir et comme baignée dans l’esprit, l’union des corps revêt sa signification profonde et accomplit sa finalité vraiment humaine. Elle n’est plus seulement l’assouvissement éphémère de deux désirs soudés l’un à l’autre, la conjonction de deux égoïsmes&amp;amp;nbsp;; elle est l’expression la plus forte qui soit du don mutuel et comme le sceau matériel, le symbole sensible de l’union des âmes. A ce titre, la possession corporelle confère à l’amour je ne sais quoi d’achevé et d’irrévocable que, seuls, les vrais époux connaissent. Et c’est une grande amertume de voir tant d’êtres humains - et parmi ceux-ci tant d’époux - profaner se signe sacré de l’amour et livrer leur chair en réservant leur âme. Au lieu de marcher la première, et souvent, hélas&amp;amp;nbsp;! de marcher seule, l’union des corps devrait suivre et prolonger un don supérieur, descendre de la plénitude de l’amour. Ainsi la branche livre à la terre son fruit et le ciel sa rosée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La signification profonde de la sexualité réside dans l’usage que l’homme fait d’elle. Suivant la façon dont elle est vécue, employée par la personnalité, elle peut devenir la plus forte manifestation de l’amour spirituel ou le pire obstacle à cet amour. Au reste l’instinct sexuel ne peut jamais jouer dans sa pureté, sa simplicité animale. Il faut qu’il monte au-dessus ou tombe au-dessous de lui-même. S’il ne s’élève pas vers Dieu, il descend vers le diable. S’il n’est pas amour, il devient luxure. On a souvent prétendu que deux époux (et le mari en particulier) peuvent se livrer à toutes leurs impulsions inférieures et commettre charnellement l’adultère tout en se restant fidèles dans l’âme. Justification hypocrite du pire désordre&amp;amp;nbsp;! Comme si la chair n’était pas, jusque dans son fond, imprégnée par l’âme&amp;amp;nbsp;! Comme si l’âme était la captive et non la forme du corps&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je sais bien qu’un tel degré d’intégration spirituelle de l’instinct n’est pas chose commune ni facile. J’en parle comme d’un idéal que les époux ne devraient jamais perdre de vue, quelles que soient leurs faiblesses et leurs défaillances concrètes. Car si vivre dans la médiocrité est déjà un mal, consentir à la médiocrité est une sorte de mal suprême, de péché contre l’esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== MARIAGE ET AMITIE  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas sur la passion charnelle, ce n’est pas non plus (car il n’existe pas chez l’homme de passions purement animales) sur cette tendresse superficielle qui naît de l’émoi sexuel, sur cette sentimentalité de romance et de café-concert qu’on peut fonder une union solide et pure. La vie à deux exige une communion autrement profonde, autrement universelle. L’amour des époux, pour être vraiment de l’amour et non une duperie de l’instinct, doit être aussi une amitié. Nietzsche écrit quelque part que tout homme, [111] avant de se marier, devrait se poser cette question Pourras-tu causer avec cette femme tous les jours de ta vie&amp;amp;nbsp;? Et, de fait, il n’est pas de pire solitude que de vivre aux côtés d’un être avec lequel on ne communie que par un attrait placé sous la dépendance immédiate de l’instinct. La chair, en tant que telle, n’est pas la porte de l’âme. C’est avec raison que le poète écrit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;Ta chair impénétrable à force de proximité, cette meule si douce et si dure, où s’aiguise ma solitude. Ta chair que je touche et qui ne sait pas le chemin de mon essence et de mon centre. Tandis que la plus lointaine étoile coule de mes yeux jusqu’à mon cœur. &amp;lt;/blockquote&amp;gt; &lt;br /&gt;
Et Paul Géraldy, qui a très bien exprimé, dans son petit livre ''Toi et Moi'', la misère de cette tendresse épidermique à coloris purement sexuel que tant de modernes prennent pour de l’amour, fait dire par l’amant à l’amante&amp;amp;nbsp;: Si tu étais un homme serions-nous amis&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’instinct sexuel, en effet, c’est l’isolement. Les bêtes se recherchent et s’accouplent, mais psychiquement, elles restent totalement imperméables l’une à l’autre. Il m’arrive souvent de contempler le superbe dindon qui orne ma basse-cour&amp;amp;nbsp;: il glousse, éternue, fait la roue, déploie tout son attirail sexuel sans que sa dinde daigne le gratifier de la moindre attention&amp;amp;nbsp;; chacun évolue dans sa sphère impénétrable comme les monades sans fenêtre de Leibniz, et quand ils s’accouplent, on songe à l’effet de quelque harmonie préétablie plutôt qu’à une sympathie, au sens psychologique du mot. Une telle solitude, si elle pouvait être consciente, serait la chose la plus tragique et la plus insupportable qui soit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’instinct sexuel, c’est aussi la guerre. Nul amour n’est aussi voisin de la haine que celui-là. Brutalité chez le mâle, ruse et coquetterie chez la femelle témoignent assez de cette tension entre les sexes. Naturellement, ce dualisme biologique a été considérablement aggravé et infecté par la malice de l’homme pécheur. Quand le moi (au sens pascalien et péjoratif du mot) se superpose, avec son orgueil et sa volonté de puissance, à l’instinct sexuel, l’amour devient la guerre la plus sournoise qu’on puisse rêver. Alors, l’attirance même exercée par l’être «&amp;amp;nbsp;aimé se mue en torture et en poison. Les psychologues qui ont prétendu que l’amour de l’homme et de la femme était fondé sur la haine mortelle des sexes ne manquaient pas d’arguments concrets. Qu’est-ce que la femme fatale et perfide (Dalila, Cléopâtre, etc.) telle que nous la montre l’histoire, sinon un mélange d’instinct sexuel et de péché, une femelle en qui se greffe sur la chair, non pas une âme qui la surélève, mais un moi qui la corrompt&amp;lt;ref&amp;gt;Ce qui est tragique et prouve jusqu’à quel point l’amour des sexes s’est corrompu dans l’humanité, c’est que beaucoup d’hommes ne peuvent aimer que de telles femmes. Les mépris et les tromperies nourrissent leur passion; celle-ci s’atrophie dès qu’ils n’ont plus à douter de l’être aimé. Bien des fem­mes ont perdu l’amour de leur amant ou de leur époux pour avoir donné des preuves trop claires de leur affection et de leur fidélité.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? Or la vraie femme est avant tout une âme. [116] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’instinct sexuel, c’est aussi l’indifférence à l’égard de la personnalité. Dans le partenaire, l’instinct cherche son propre assouvissement, et non l’être singulier qui l’assouvit. M’aimerais-tu beaucoup moins si j’étais un autre&amp;amp;nbsp;? demande encore Géraldy. Ni plus ni moins, si l’instinct seul est en jeu. Nous avons vu que les questions de fidélité et de changement ne renteraient pas dans son domaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’amitié, elle, pénètre l’objet aimé, vit de sa vie, épouse son âme. Et, par là, elle détruit la solitude intérieure qui affecte les êtres que l’instinct seul rapproche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’amitié est aussi porteuse de paix. Elle corrige et domine la tension inhérente au dualisme sexuel. Dans l’amour des sexes, elle conserve l’ardeur et apaise le conflit. Elle apprend à l’homme à dominer sans brutalité et sans boursouflure, à la femme à se donner sans bassesse et sans artifice. Ici, un point particulier est à noter. L’homme n’a que l’amour spirituel pour vaincre en lui l’inconstance et la guerre sexuelles, tandis que la femme, outre cet amour, possède encore un autre instinct qui, mélange à la sexualité, assure à celle-ci une stabilité et une profondeur qui ne sont pas dans sa nature, - je veux parler de l’instinct le plus haut et le plus pur qui soit, de la merveille biologique par excellence&amp;amp;nbsp;: l’instinct maternel. La femme, en effet, peut réaliser ce prodige (parfaitement inconnu dans le monde animal) de faire converger vers le même être son instinct sexuel et son instinct maternel. Je ne crois pas exagérer en disant que le premier enfant de toute femme vraiment mère est son époux. Et je crois que c’est là une [116] des racines l’es plus profondes de la pérennité du grand amour féminin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l’amitié, qui est faite d’attraction et de choix personnels, rend à la personne sa place dans l’amour et substitue à la liaison forcément éphémère de deux égoïsmes l’unité stable de deux êtres élus l’un par l’autre et irremplaçables l’un pour l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’amitié seule permet aux époux de se comprendre. Mais comme cette amitié même, si spirituelle qu’elle soit, reste enracinée dans leur constitution (et par conséquent dans leur différence) sexuelle, elle revêt, de part et d’autre, des formes très différentes. Pour mieux se comprendre -et, partant, pour mieux s’aimer- les époux doivent comprendre avant tout de quel amour ils sont aimés l’un par l’autre. Plus que l’indifférence peut-être, un amour mal compris de l’être aimé risque de heurter ou de lasser celui-ci. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''Larousse du XX''&amp;lt;sup&amp;gt;''ème''&amp;lt;/sup&amp;gt; nous apprend, dans l’article Femme, que le trait dominant du caractère féminin, c’est l’égoïsme. Chacun sait d’autre part combien les femmes sont habituées à gémir sur l’égoïsme masculin. En réalité, l’homme et la femme ont chacun leur mode spécifique d’égoïsme et d’amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On sait - je n’insisterai pas sur ce point souvent traité - que l’amour de la femme porte, en général, sur des objets, je ne dirai pas plus concrets, mais plus immédiats, plus matériels si l’on veut, que l’amour masculin. L’idéal de la femme est beaucoup plus «&amp;amp;nbsp;incarné&amp;amp;nbsp;» que celui de l’homme. La femme est faite pour se sacrifier aux êtres qui l’entourent et qu’elle connaît, pour assurer le devenir immédiat de l’humanité. L’homme, au contraire, est voué à un [117] don plus universel&amp;amp;nbsp;; sa mission consiste à se dépenser - à se gaspiller souvent - pour des buts, tout aussi réels sans doute, mais beaucoup moins rapprochés dans le temps et dans l’espace. La femme veille sur les substructures, l’homme sur les superstructures. Et je ne crois pas que ces deux fonctions gagnent à être interverties comme elles le sont souvent aujourd’hui (ceci soit dit, toutefois, à quelques exceptions près). Spontanément, la conscience publique considérera comme un faible, voire comme un lâche, un homme qui, le choix s’imposant, sacrifie à l’amour d’une femme sa mission dans la Cité (ai-je besoin de rappeler le récent exemple du roi d’Angleterre&amp;amp;nbsp;?), tandis qu’une femme qui, le même choix s’imposant, renoncerait à un être aimé pour faire de la politique ou de la philosophie passerait à juste titre pour ridicule&amp;lt;ref&amp;gt;On m’objectera les vocations religieuses très fréquentes criez les femmes; mais ceci est tout différent. Une femme qui sacrifie sa mission auprès d’êtres chers pour se donner à son Dieu, vit ce Dieu comme la personne, comme le « Toi » le plus intime et le plus concret qui soit.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’héroïsme est très différemment polarisé suivant les sexes... Et l’égoïsme aussi (je parle de l’égoïsme normal, du bon égoïsme)&amp;amp;nbsp;: celui de la femme consiste à s’abstraire des choses lointaines et universelles pour mieux se consacrer aux choses prochaines&amp;amp;nbsp;; celui de l’homme à négliger dans une certaine mesure, les choses immédiates en vue d’un don plus haut et plus lointain. Cette divergence ne va pas sans quelques heurts. Un époux, par exemple, est un peu déçu quand, au milieu d’une conversation où il expose avec enthousiasme à sa femme ses idées les plus [119] chères, celle-ci l’interrompt pour lui dire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;A propos, si je faisais un soufflé au fromage pour le dîner?&amp;amp;nbsp;» Réciproquement, les femmes s’étonnent souvent du manque de délicatesse et d’attention des hommes dans les mille petites circonstances de la vie quotidienne. Pour ne pas souffrir de cela, il faut comprendre son conjoint et savoir qu’on peut être aimé de lui autant et plus qu’on ne l’aime, mais non pas du même amour. D’ailleurs, chez les époux, la réciprocité de l’amour engendre toujours une certaine identité d’amour. L’affection de la femme s’universalise au contact de l’idéal de son époux&amp;amp;nbsp;; de même, l’amour de l’homme gagne en délicatesse concrète au contact de la tendresse féminine. La vie à deux rend à chacun des conjoints le plus grand service que puisse recevoir un être borné et unilatéral être sauvé de soi-même... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre différence essentielle dans la structure de l’amour des époux. L’affection féminine est infiniment moins dépendante de l’intellect que celle de l’homme. Il existe, chez la femme, une espèce d’autonomie du cœur. Un homme aime une femme pour ses qualités&amp;amp;nbsp;: (il a ou croit avoir des raisons d’aimer), il justifie son amour devant sa conscience. Une femme, au contraire, aimera un homme pour lui-même l’amour chez elle suffit à l’amour, les raisons d’aimer se confondent avec l’amour même. Un homme dira Je t’aime parce que tu es belle, ou douce, ou bonne, etc. La femme dira simplement&amp;amp;nbsp;: Je t’aime parce que je t’aime&amp;amp;nbsp;! - Pour l’homme, aimer, c’est préférer. Pour la femme aimer, c’est ne pas comparer. On saisit la nuance... [119] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un lieu commun de dire que l’amour de la femme est plus «&amp;amp;nbsp;aveugle&amp;amp;nbsp;» que celui de l’homme. Ce qu’on a moins remarqué, c’est ceci. L’amour féminin, précisément parce qu’il est aveugle en tant qu’amour, parce qu’il s’appuie peu sur les raisons d’aimer, permet une plus grande clairvoyance à l’égard de l’être aimé et se nourrit moins d’illusions. Dans la mesure où l’amour est indépendant de l’intellect, l’intellect à son tour peut fonctionner indépendamment de l’amour. Et c’est justement ce qui arrive chez la femme. A la différence de l’homme, dont l’amour lié à des jugements, à des comparaisons, se sent menacé par la révélation des carences de l’être aimé et réagit par des illusions, la femme peut s’offrir le luxe d’être parfaitement lucide à l’égard de celui qu’elle aime sans que son amour en souffre. Elle n’a pas besoin de se dissimuler les misères de son époux. Derrière les qualités banales et comme interchangeables qui motivent trop souvent l’affection masculine, son amour atteint, pour ainsi dire, la substance unique et imperdable de l’être&amp;amp;nbsp;; il se situe spontanément au delà de la déception, il n’a que faire de l’étai des illusions. C’est pourquoi on rencontre tant de femmes enflammées d’amour et d’admiration pour un homme, et en même temps parfaitement conscientes de tous les petits côtés de cet homme. C’est pourquoi aussi on peut devant une femme se montrer tel qu’on est, descendre jusqu’à la limite inférieure de soi-même, sans mettre son amour en danger (l’exemple des épouses de criminels est typique à cet égard). Et je crois, d’ailleurs, que beaucoup trop d’hommes, jugeant les femmes à leur aune, se croient obligés, pour [121] conquérir ou pour retenir celles-ci, de dissimuler leurs faiblesses, de prendre dés attitudes, de jeter de la poudre aux yeux. Ils arrivent ainsi non à accroître l’amour des femmes, qui n’a pas besoin de cela, mais à se faire moquer d’eux. C’est ce qui faisait dire à Toulet&amp;amp;nbsp;: Les femmes le savent bien, que les hommes ne sont pas aussi bêtes qu’on croit - qu’ils le sont davantage... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la chair peut rapprocher l’un de l’autre l’homme et la femme, l’amitié seule peut les ouvrir l’un à l’autre. Toutefois, et l’analyse précédente le montre assez, cette amitié ne peut atteindre que très rarement à cette parfaite transparence intellectuelle qui fait le charme unique des amitiés entre hommes. Les deux sexes, parce que complémentaires, donc différents, restent toujours un peu opaques l’un à l’autre&amp;amp;nbsp;; plus que cela, l’amour qui les unit vit de ce mystère réciproque, il’ repose en partie sur l’impossibilité de «&amp;amp;nbsp;se comprendre&amp;amp;nbsp;» complètement&amp;amp;nbsp;: ce qui nous attire dans l’ami, c’est ce que nous savons de lui, dans la femme, c’est ce que nous ignorons (à telle enseigne que, tandis que l’amitié croît à mesure que nous pénétrons dans l’âme de l’ami, l’amour décroît souvent à mesure que nous désincarnons la femme de son mystère, comme dit Proust). Il faut consentir à cet état de choses. Je crois que beaucoup d’époux sont déçus parce que leur amour est trop chargé d’exigences intellectuelles. Ils voudraient posséder l’épouse par la pensée autant que par le cœur. Mais une femme que nous comprendrions à ce point, nous ne pourrions plus l’aimer, car elle ne serait plus une femme, c’est-à-dire l’être étranger qui nous complète. On peut [122] retourner le vers de Géraldy, et dire à l’ami le plus cher&amp;amp;nbsp;: Si tu étais une femme, serions-nous amants&amp;amp;nbsp;? Dans le mariage -je ne veux pas pousser l’analogie trop loin, mais elle existe- il faut, comme dans la vie mystique, apprendre à respecter et à aimer ce qu’on ne comprend pas totalement. L’amour de la créature, lui aussi, exige des actes de foi. &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== VIE CONJUGALE ET SACRIFICE  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il est pour le moraliste moderne une tâche tragiquement urgente, c’est bien celle de rappeler aux hommes la notion de sacrifice. Tous les échecs, toutes les misères du mariage procèdent de l’oubli de cette nécessité. Je ne conçois pas un mariage heureux sans un sacrifice mutuel. Nul paradoxe en cela. La première condition du bonheur c’est de ne pas le chercher. Dans cet ordre, il est permis de dire, en retournant la parole évangélique&amp;amp;nbsp;: Ne cherchez pas et vous trouverez. &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme noble cherche à vivre en homme, l’homme vil cherche à vivre heureux. Le dernier cherche, ici-bas, des choses et des êtres en qui il puisse se satisfaire, le premier cherche des êtres et des choses à qui il puisse s’immoler. On ne prend pas une épouse, on se donne à elle. Se marier, c’est peut-être la façon la plus directe, la plus exclusive de ne plus s’appartenir. Chesterton, en lisant un journal américain où il était dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Tout homme qui se marie doit bien se persuader qu’il renonce à cinquante pour cent de son indépendance&amp;amp;nbsp;», remarquait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il n’y a que dans le Nouveau Monde qu’un tel optimisme soit permis!&amp;amp;nbsp;» Le secret du bonheur conjugal, c’est d’aimer cette dépendance. L’être qui vit à nos côtés, nous devons l’aimer, moins dans la mesure de ce qu’il nous donne que dans la mesure de ce qu’il nous coûte. &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vocation du mariage nous voue à notre conjoint. Ce mot va loin. Il donne un sens à tous les devoirs et à toutes les douleurs de la vie commune. Il fait en particulier de la fidélité conjugale non plus une espèce de sacrifice stérile, mais un acte religieux de la plus haute valeur humaine. &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne sait plus être fidèle parce qu’on ne sait plus se sacrifier. Tant d’hommes n’aiment que pour leur joie immédiate... Ils se condamnent ainsi à ne connaître que la surface de l’objet aimé, et dès que cette surface les déçoit, à la quitter pour une autre surface, et cela sans fin. Faire le tour de tout et n’aller au centre de rien, ne serait-ce pas là ce que certains appellent plénitude et liberté&amp;amp;nbsp;? Il est tellement plus facile de courir que de creuser&amp;amp;nbsp;! Mais celui qui veut savourer la profondeur d’une créature, celui-là doit savoir pâtir pour cette créature&amp;amp;nbsp;; son amour doit surmonter les déceptions, surmonter l’habitude plus que cela, il doit se nourrir des déceptions et de l’habitude. L’amour humain a ses aridités et ses nuits&amp;amp;nbsp;; lui aussi ne trouve son centre définitif que derrière l’épreuve pâtie et vaincue. Mais, parvenu là, il goûte à la richesse, à la pureté éternelle de la créature pour laquelle il s’est immolé. Car si la créature est terriblement bornée en surface, elle est infinie en profondeur. Elle est profonde jusqu’à Dieu. Les poètes ont toujours chanté cette saisie amoureuse de l’éternel à travers l’être éphémère&amp;amp;nbsp;: [124] &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;Toi qui passes, toi qui t’effrites, &amp;lt;br&amp;gt; Je t’ai cherchée par-delà les jours et les nues, &amp;lt;br&amp;gt; Sur les plages invariables de la volonté éternelle... &amp;lt;br&amp;gt; Je suis descendu dans tes entrailles &amp;lt;br&amp;gt; Plus loin que les battements de ton cœur, &amp;lt;br&amp;gt; Plus bas que la source de tes serments, &amp;lt;br&amp;gt; Jusqu’au centre solennel où ta vie se noue à la Vie, &amp;lt;br&amp;gt; jusqu’au frémissement irrévocable, &amp;lt;br&amp;gt; Jusqu’à la palpitation créatrice de Dieu&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;br&amp;gt; - J’aime ton âme&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;br&amp;gt; &amp;lt;/blockquote&amp;gt; &lt;br /&gt;
On a pu parler de ce que la vie conjugale a de banal, de monotone, de terre à terre. Je ne sais que trop combien l’homme est capable de banaliser et de prostituer les choses les plus profondes. Mais si la vie conjugale est souvent plate, quel nom donner à la vie sexuelle extra-conjugale&amp;amp;nbsp;? Je crois que c’est une des plus subtiles malices du diable d’essayer de persuader aux hommes que l’ordre c’est la mort et le désordre la vie. En réalité, rien n’est plus plat que le vice. Le diable n’est pas profond, - il n’est que révolté. C’est un déserteur qui essaye de se faire prendre pour un évadé&amp;lt;ref&amp;gt;La plupart des folies ne sont que des sottises (Max Jacob)&amp;lt;/ref&amp;gt;… &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les humbles réalités de la vie quotidienne, le cortège des petits devoirs et des petites douleurs ne doivent pas altérer la pureté de l’amour nuptial. L’idéal vrai tire une nouvelle sève de ces petites choses. Le réalisme de la vie conjugale a pour fonction, non de profaner ou de tarir l’idéal premier des époux, mais de purger cet idéal des illusions qui s’y mêlaient et [125] de ne retenir de lui que son essence supérieure. Dans l’âme des époux dignes de ce nom, l’union de l’amour le plus haut et des nécessités les plus matérielles, crée une sorte de réalisme de l’idéal, si je puis dire, qui ne peut exister nulle part ailleurs à ce degré. &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Joséphin Soulary dit que Dieu &lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;s’il n’était que là-haut, ne serait nulle part. &amp;lt;/blockquote&amp;gt; &lt;br /&gt;
Le mariage est, par excellence, la vocation qui permet de mettre Dieu dans ce que la vie a de plus commun et de plus banal en apparence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’allais oublier une remarque capitale. Le mariage doit être un sacrifice, c’est entendu. Mais un sacrifice réciproque. Quoi de plus vain, quoi même de plus nuisible qu’une immolation à sens unique? Deux égoïsmes accouplés se freinent, et, d’une certaine façon, se neutralisent réciproquement. Mais quel bouillon de culture pour les penchants égoïstes d’une créature que de sentir autour de soi une atmosphère de dévouement inlassable&amp;amp;nbsp;! Nous connaissons tous des ménages où l’esprit de sacrifice de l’un des époux fait de l’autre un monstre d’exigence et de recherche de soi. Chaque époux doit puiser dans le spectacle de la générosité de son conjoint, non pas un ''prétexte'' pour prendre ses aises, mais un ''motif pour'' s’immoler lui-même davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== AMOUR ET PRIERE  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Se sacrifier à une créature, l’aimer malgré son néant, à cause de son néant, l’aimer d’un amour plus fort et plus pur que le désir du bonheur, cela n’est [126] possible que si l’amour humain se conjugue et s’amalgame à l’amour éternel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne convient pas de diviniser l’être aimé. Cette idolâtrie conduit, à brève échéance, à l’indifférence ou à la répulsion. L’authentique amour nuptial accueille l’être aimé, non pas comme un Dieu, mais comme un don de Dieu où tout Dieu est enfermé. Il ne le confond jamais avec Dieu, il ne le sépare jamais de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle regardait en haut, et moi je regardais en elle&amp;amp;nbsp;», écrit Dante en parlant de Béatrice. Là est le secret suprême de l’amour humain; boire la pureté divine dans les regards, dans l’âme, dans le don d’une créature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sentir l’être sacré frémir dans l’être cher, ainsi Victor Hugo définit magnifiquement le grand amour. A ce degré, l’être aimé est vraiment irremplaçable&amp;amp;nbsp;: donné par Dieu, il est unique comme Dieu&amp;amp;nbsp;; un mystère inépuisable habite en lui. Les vrais époux conservent éternellement des âmes de fiancés; la possession approfondit pour eux la virginité. Plus ils sont l’un à l’autre, plus ils ont faim d’être l’un à l’autre. Il est une manière sacrée de posséder les choses qui, au lieu de tuer le désir, comme dans la satisfaction charnelle, l’exalte et le transfigure. Celui qui boira de cette eau aura encore soif... Comment l’amour des époux pourrait-il tarir, puisqu’ils ont été créés et unis pour se donner Dieu l’un à l’autre La vie à deux s’épanouit et s’infinitise dans une prière unique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1725</id>
		<title>Enchiridion des indulgences</title>
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				<updated>2011-04-06T15:56:48Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt; EN COURS !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''ENCHIRIDION'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;DES INDULGENCES&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Normes et concessions''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''1999''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Première édition latine, juin 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deuxième édition latine, octobre 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Troisième édition latine, mai 1986.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatrième édition latine, juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Troisième édition française, janvier 2000.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Titre original de l’ouvrage&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Enchiridion indulgentiarum''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Traduction française par la Procure de l’œuvre de Montligeon à Rome, approuvée par la Pénitencerie Apostolique''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte typique latin, Libreria Editrice Vaticana, 1999.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte français, éditions Lethielleux, 2000''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==DÉCRETS PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Quatrième édition de l’Enchiridion des indulgences ===&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mérites infinis de Jésus, divin Rédempteur du genre humain, et ceux qui en dérivent avec surabondance chez la bienheureuse Vierge Marie et tous les saints, sont confiés à l’Église du Christ comme un trésor inépuisable&amp;amp;nbsp;: pour qu’en vertu du pouvoir de lier et de délier attribué par le Fondateur de l’Église à Pierre et aux autres Apôtres, et par eux à leurs successeurs les Souverains Pontifes et les Évêques, ils soient appliqués en rémission des péchés et des conséquences des péchés. Cela se réalise avant tout, et de façon indispensable quand il s’agit de péchés mortels, à travers le Sacrement de la Réconciliation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, malgré la rémission aussi bien de la faute mortelle et donc nécessairement aussi de la peine éternelle méritée par cette faute, que de la faute légère ou péché véniel, le pécheur, bien que pardonné, peut avoir encore besoin de purification&amp;amp;nbsp;: il peut encore être tenu de purger une peine temporelle, soit dans la vie terrestre soit dans l’autre vie, par l’état de purgatoire. L’indulgence, qui découle de l’admirable trésor de l’Église mentionné plus haut, remplace, en l’éliminant, cette peine temporelle. Par conséquent, la doctrine de foi sur les indulgences et leur louable pratique confirment les mystères si consolants du Corps mystique du Christ et de la communion des saints, et elles appliquent ces mystères avec une spéciale efficacité pour obtenir la sainteté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela est abondamment enseigné par le Souverain Pontife Jean-Paul II dans la Bulle d’indiction du Grand Jubilé&amp;amp;nbsp;: ''Incarnationis'' ''mysterium''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En conformité avec cette expression du Magistère, la Pénitencerie Apostolique met à profit l’occasion offerte par le saint Jubilé, désormais imminent, et par la diffusion dans le monde catholique de la Bulle en question, pour publier pour la quatrième fois l’''Enchiridion des Indulgences'', selon la forme typique de l’édition du 29 juin 1968, qui suivait la discipline introduite par la Constitution Apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec cette nouvelle édition,&amp;amp;nbsp;les principes concernant la discipline des indulgences ne sont en rien changés, mais quelques normes ont été révisées conformément aux derniers documents publiés par le Siège Apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux concessions, elles ont été regroupées selon un critère systématique, si bien que leur nombre réel n’est pas changé, mais que la liste en est plus brève&amp;amp;nbsp;; la méthode suivie pour exprimer les concessions a été choisie dans le but de favoriser une pieuse disposition de charité, tant chez les fidèles en particulier qu’au sein de la communauté ecclésiale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi, tout d’abord, qu’on a inséré une quatrième concession générale, qui enrichit d’une indulgence le fait de témoigner ouvertement de la foi dans les circonstances particulières de la vie courante. Les autres nouvelles concessions d’une particulière importance sont destinées à affermir les fondements de la famille chrétienne (consécration des familles)&amp;amp;nbsp;; la communion de l’Église universelle dans sa supplication (participation fructueuse soit aux journées mondiales consacrées à une finalité religieuse, soit à la semaine pour l’unité des chrétiens)&amp;amp;nbsp;; le culte à rendre à Jésus présent dans le Saint Sacrement (procession eucharistique).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs concessions précédentes ont été encore étendues&amp;amp;nbsp;: par exemple celles qui concernent la récitation du rosaire de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste, les célébrations jubilaires des Ordinations, la lecture de l’Écriture Sainte et la visite des lieux sacrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette édition de l’''Enchiridion'', on fait plus souvent référence aux facultés qu’ont les assemblées épiscopales de déterminer les listes des prières les plus répandues sur leurs territoires, pour les orientaux selon leurs propres statuts, et pour les latins aux termes du canon 447 CIC. De fait le nombre des prières reportées par l’''Enchiridion'' est notablement augmenté, surtout pour celles des Traditions orientales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce décret, on déclare authentique le texte qui suit et l’on en ordonne la publication en vertu de l’autorité du Souverain Pontife, comme cela a été signifié aux Responsables de la Pénitencerie Apostolique dans l’audience du 5 juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, selon l’intention du Saint Père, souhaite que les fidèles, guidés par l’enseignement et la sollicitude pastorale de leurs évêques, s’emploient à augmenter leur piété à la gloire de la Divine et très auguste Trinité, par l’usage des saintes indulgences dans une religieuse disposition intérieure de leur âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nonobstant toutes dispositions contraires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donné à Rome, au Siège de la Pénitencerie Apostolique, le 16 juillet 1999, en la commémoration de Notre-Dame du Mont-Carmel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE ===&lt;br /&gt;
N. 129/99/I&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, ayant attentivement examiné la version en langue française de l’''Enchiridion indulgentiarum'', en autorise la publication pour ce qui est de sa compétence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rome, au siège de la Pénitencerie Apostolique, le 22 février 2000, Fête de la Chaire de Saint-Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==ABRÉVIATIONS ET SIGLES==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AA &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Apostolicam actuositatem''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 18 novembre 1965 (AAS 59 [1966] 837-864)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AAS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Acta Apostolicae Sedis, Commentarium officiale''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AG &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Ad gentes''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 947-990)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
All.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Allocution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ap.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AP&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Benoît XV, m.p. ''Alloquentes'' ''proxime''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 25 mars 1917 (AAS 9 [1917] 167)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
can./cann.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Canon/canons&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CD&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Christus Dominus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 oct. 1965 (AAS 58 [1966] 673-701)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CE&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Caeremoniale Episcoporum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatum'', 14 septembre 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CEC&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Catéchisme de l’Église catholique'', 15 août 1997&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1917&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici Pii X Pontificis Maximi iussu digestus Benedicti Papae XV auctoritate promulgatus'', 27 mai 1917&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1983 &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatus'', 25 janvier 1983&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conc.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; concession&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Const.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pie XII, m.p. ''Cleri'' ''sanctitati''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 2 juin 1957 (AAS 49 [1957] 433-600)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Ben.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Rituale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani instauratum auctoritate Ioannis Pauli II promulgatum, De benedictionibus'', 31 mai 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decl.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decr.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration ''Dignitatis'' ''humanae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 929-946)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Denzinger-Schönmetzer, ''Enchiridion Symbolorum Definitionum et Declarationum de rebus fidei et morum'', 33e éd., 1965&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1968&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 29 juin 1968&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1986&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 18 mai 1986&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
GS &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution pastorale ''Gaudium'' ''et spes,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 1025-1120)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ID&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. Ap. ''Indulgentiarum doctrina'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; janvier 1967 (AAS 59 [1967] 5-24)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IFI&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; SPA, décret ''In fere innumeris''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 20 juillet 1942 (AAS 34 [1942] 240)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LG&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution dogmatique ''Lumen gentium,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 21 novembre 1964 (AAS 57 [1965] 5-71)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Officium ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum, Liturgia Horarum iuxta Ritum Romanum'' (Liturgie des Heures), 7 avril 1985&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
m.p.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Lettre apostolique donnée sous forme de ''Motu proprio''&lt;br /&gt;
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MR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Missale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum'' (Missel Romain), 27 mars 1975&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
n./nn.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; norme/normes&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OT&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Optatam'' ''totius''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 octobre 1965 (AAS 58 [1966] 713-727)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paen.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Paenitemini''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 17 février 1966 (AAS 58 [1966] 177-198)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
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PB&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Jean-Paul II, Const. ap. ''Pastor'' ''bonus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 juin 1988 (AAS 80 [1988] 841-912)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PL&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Migne J.P., ''Patrologia latina'', 1841-1864&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Resp.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Réponse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
REU&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Regimini Ecclesiae Universae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 15 août 1967 (AAS 59 [1967] 885-928)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SCR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Congrégation des Rites&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SPA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Préliminaires==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La première édition de cet ''Enchiridion des indulgences'', parue en juin 1968, mettait à exécution la Norme 13 de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le manuel des indulgences sera révisé afin que des indulgences ne soient attachées qu’aux principales prières et aux principales œuvres de piété, de charité et de pénitence.&amp;amp;nbsp;» Dans les éditions successives, jusqu’à la présente édition, la Pénitencerie Apostolique veilla à rendre le texte plus clair, à le corriger en quelques points secondaires pour le conformer aux règles de la critique, et à insérer quelques additions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. À cet égard, sont considérées comme «&amp;amp;nbsp;principales prières et œuvres&amp;amp;nbsp;» celles qui, en tenant compte de la tradition et des conditions des temps, semblent être particulièrement adaptées non seulement pour aider les fidèles à s’acquitter des peines dues pour leurs péchés, «&amp;amp;nbsp;mais aussi et surtout pour les pousser à une plus grande ferveur de charité. Tel a été le principe inspirateur de la réforme&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Paul VI, Allocution au Sacré-Collège et à la Curie romaine, 23 décembre 1966&amp;amp;nbsp;: ''AAS'' 59 (1967), p. 57. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Conformément à la tradition, la participation au Sacrifice de la Messe et aux Sacrements n’est pas indulgenciée&amp;amp;nbsp;: ceux-ci possèdent en eux-mêmes une efficacité prééminente quant à «&amp;amp;nbsp;la sanctification et la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, lors d’événements particuliers (comme la première Communion, la première Messe d’un nouveau prêtre, la Messe de clôture d’un Congrès eucharistique), une indulgence est accordée, celle-ci n’est pas attachée à la participation à la Messe ou aux Sacrements, mais aux circonstances exceptionnelles qui accompagnent cette participation. Ainsi, grâce à l’indulgence, on encourage et l’on récompense en quelque sorte la résolution de se consacrer qui est propre à de telles célébrations, le bon exemple donné à autrui, et l’honneur rendu à la Sainte Eucharistie et au Sacerdoce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, conformément à la tradition, une indulgence peut être ajoutée à diverses œuvres de piété, privées et publiques&amp;amp;nbsp;; en outre, on peut enrichir d’une même indulgence des œuvres de charité et de pénitence, auxquelles il convient d’accorder plus d’importance de nos jours. Mais toutes ces œuvres indulgenciées, comme du reste toute autre bonne action et toute souffrance patiemment supportée, ne sont en rien disjointes de la Messe et des Sacrements, en tant que sources principales de la sanctification et de la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''ibid''. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: les bonnes œuvres et les souffrances deviennent l’offrande des fidèles eux-mêmes, offrande qui s’ajoute à celle du Christ dans le Sacrifice Eucharistique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 34. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; puisque la Messe et les Sacrements conduisent les fidèles à accomplir leurs devoirs de telle façon qu’ils «&amp;amp;nbsp;appliquent dans leur vie ce qu’ils ont reçu dans la foi&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Cf. MR, Oraison du lundi de l’octave de Pâques. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et qu’en retour, les devoirs accomplis consciencieusement disposent les âmes chaque jour un peu plus à participer avec fruit à la Messe et aux Sacrements&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Cf. SC 9‑13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Par piété envers les choses sacrées, une plus grande importance est accordée à l’action du fidèle ''(opus operantis)&amp;amp;nbsp;:'' c’est pourquoi on ne reporte pas une longue liste d’œuvres de piété ''(opus operatum) ''comme étrangères à la vie quotidienne des fidèles, mais on présente seulement un petit nombre de concessions&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;Cf. particulièrement les nn. I‑IV ci-dessous. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui incitent plus efficacement le fidèle à rendre sa vie plus profitable et plus sainte dans la mesure où on écarte «&amp;amp;nbsp;cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne… (et) où l’on unit dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Cf. GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique a donc cherché davantage à donner une grande place à la vie chrétienne, à former les âmes à l’esprit de prière et de pénitence et à l’exercice des vertus théologales, plutôt que de proposer des formules et des actes à répéter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Dans l’''Enchiridion'', avant d’énumérer les diverses concessions, on a fait figurer les Normes, reprises pour la plupart de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina'', du Code de droit canonique ainsi que d’autres documents normatifs. En effet il est utile, pour éviter d’éventuels doutes en cette matière, d’exposer simultanément et avec ordre toutes les dispositions actuellement en vigueur au sujet des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Dans l’''Enchiridion, ''on commence par énumérer quatre concessions générales, qui devraient donner le ton à la conduite quotidienne de la vie chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour l’utilité et l’instruction des fidèles, chacune des quatre concessions générales est accompagnée de quelques annotations qui manifestent comment elle s’accorde avec l’esprit de l’Évangile et avec le renouveau entrepris par le concile œcuménique Vatican II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Suit une liste de concessions relatives à quelques pieuses pratiques. Mais elles sont peu nombreuses, parce que beaucoup sont comprises dans les concessions générales, et aussi parce que, parmi les prières, on a préféré n’en rappeler expressément que quelques-unes de caractère universel. Les Assemblées épiscopales compétentes veilleront à ajouter aux éditions de l’''Enchiridion ''dans les diverses langues d’autres formules, utiles pour la piété des fidèles et chères à leur tradition, si le cas se présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# L’''Enchiridion ''contient en outre un Appendice, qui comprend une liste d’invocations et qui reporte le texte de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''.&amp;lt;br/&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Normes sur les indulgences==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 1 - L’indulgence est la remise devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés, déjà effacés quant à la faute, que le fidèle, bien disposé et à certaines conditions déterminées, reçoit par l’intervention de l’Église qui, en tant que ministre de la rédemption, distribue et applique avec autorité le trésor des satisfactions du Christ et des Saints&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 911&amp;amp;nbsp;; ID, n. 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983'', ''can. 992&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 1''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 2 - L’indulgence est partielle ou plénière selon qu’elle libère en partie ou totalement de la peine temporelle due pour les péchés&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 2&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'' EI 1968, n. 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can 993&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 2''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 3 - Tout fidèle peut gagner des indulgences partielles ou plénières pour lui-même, ou les appliquer aux défunts par mode de suffrage&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 930&amp;amp;nbsp;; ID, n. 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, nn. 3-4&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 994&amp;amp;nbsp;; EI 1986, nn. 3-4. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 4 – Au fidèle qui, au moins le cœur contrit, accomplit une œuvre à laquelle est attachée une indulgence partielle, est appliquée par l’Église&amp;amp;nbsp;la remise d’une peine temporelle de même valeur que celle qu’il obtient déjà par son œuvre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 5&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 5. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 5 - § 1. Outre l’autorité suprême de l’Église, seuls peuvent accorder des indulgences ceux à qui ce pouvoir est reconnu par le droit ou à qui il a été concédé par le Pontife Romain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Aucune autorité inférieure au Pontife Romain n’est en mesure de confier à d’autres le pouvoir de concéder des indulgences, à moins que cela ne lui ait été expressément concédé par le Siège Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 912&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 8&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 7. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2 &amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 913&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 10, 1°&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 6 - Dans la Curie Romaine, tout ce qui concerne la concession et l’usage des indulgences est confié exclusivement à la Pénitencerie Apostolique, restant sauf le droit de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi d’examiner ce qui regarde la doctrine dogmatique à leur sujet&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;AP 4-5&amp;amp;nbsp;; REU 113&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 8&amp;amp;nbsp;; PB 120. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 7 - Les évêques éparchiaux ou diocésains, ainsi que ceux qui leur sont assimilés en droit, même dépourvus de la dignité épiscopale, dès le début de leur charge pastorale, ont le droit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1°. D’accorder dans leur territoire l’indulgence partielle à tous les fidèles, et hors de leur territoire aux fidèles relevant de leur juridiction&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°. D’impartir trois fois par an la bénédiction papale avec indulgence plénière, en employant la formule prescrite, dans leur propre éparchie ou diocèse, lors de fêtes solennelles de leur choix, même s’ils ne font qu’assister à la Messe. Cette bénédiction se donne à l’issue de la Messe à la place de la bénédiction habituelle, selon les normes du Cérémonial des Évêques de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;1°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 349 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 396 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; 364 § 3, 3°&amp;amp;nbsp;; 367 § 2, 1°&amp;amp;nbsp;; 391&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 1°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 914&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, 2°&amp;amp;nbsp;; CE, 1122-1126&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 2°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 8 - Les métropolites peuvent accorder l’indulgence partielle dans les éparchies ou diocèses suffragants comme dans leur propre territoire&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 274, 2°&amp;amp;nbsp;; SPA, decr. 20 iul. 1942, n. 2&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 319, 6°&amp;amp;nbsp;; 320 § 1, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 12&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 9 - § 1. Les Patriarches, en tout lieu même exempt de leur patriarcat, dans les églises de leur propre rite en dehors des limites du patriarcat, et partout pour les fidèles de leur rite, peuvent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° accorder l’indulgence partielle&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° impartir la Bénédiction Papale avec indulgence plénière, trois fois par an en règle ordinaire, et en outre lorsque se présente une circonstance ou une raison religieuse tout à fait particulière, qui demande la concession de l’indulgence plénière pour le bien des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cette disposition vaut aussi pour les Archevêques Majeurs&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CS, can. 283, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CS can. 326 § 1, 10°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 10 - Les Cardinaux de la Sainte Église Romaine jouissent de la faculté d’accorder en tout lieu l’indulgence partielle, qui ne peut être acquise, à chaque fois, que par les personnes présentes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 239 § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; CS, can. 185, § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 14&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 11 - § 1. Il faut l’autorisation expresse du Siège Apostolique pour pouvoir imprimer, en quelque langue que ce soit, l’''Enchiridion ''des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Quant à tous les autres livres, feuillets et autres écrits contenant des concessions d’indulgences, ils ne peuvent être édités sans l’autorisation du Hiérarque ou de l’Ordinaire du lieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 826 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 12 – Selon l’intention du Souverain Pontife, les concessions des indulgences demandées pour tous les fidèles n’entrent en vigueur qu’après que leurs documents authentiques aient été revus par la Pénitencerie Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 920&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 13 - L’indulgence jointe à un jour de célébration liturgique est considérée comme transférée au jour auquel cette célébration ou la solennité extérieure, qui lui est liée, est légitimement transférée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 922&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 14 - Pour gagner l’indulgence attachée à un jour déterminé, si la visite d’une église ou d’un oratoire est requise, celle-ci peut se faire depuis midi, la veille, jusqu’à minuit, le jour en question&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 923&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 15 - Le fidèle peut obtenir une indulgence s’il se sert avec dévotion de l’un des objets de piété suivants, dûment béni&amp;amp;nbsp;: crucifix ou croix, chapelet, scapulaire ou médaille&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 19&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 16 - § 1. L’indulgence attachée à la visite d’une église ou d’un oratoire ne cesse pas si l’édifice est totalement détruit puis reconstruit avant cinquante ans, dans le même lieu ou à peu près, et sous le même titre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. L’indulgence attachée à l’usage d’un objet de piété ne cesse que si cet objet est entièrement détruit ou vendu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 17 - § 1. Pour avoir capacité à gagner des indulgences, il faut être baptisé, non excommunié et en état de grâce, au moins à la fin des œuvres prescrites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant, pour qu’un sujet capable gagne des indulgences, il doit avoir l’intention au moins générale de les acquérir, et accomplir les œuvres imposées dans le temps fixé et de la manière prescrite, selon la teneur de la concession&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;§&amp;amp;nbsp; 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 18 - § 1. L’indulgence plénière ne peut être acquise qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;; l’indulgence partielle peut l’être plusieurs fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant le fidèle peut obtenir l’indulgence plénière ''in articulo mortis ''même s’il a déjà acquis l’indulgence plénière en ce même jour&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 928&amp;amp;nbsp;; ID, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 §§ 1 et 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 §§ 1 et 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 19 - L’œuvre prescrite pour acquérir l’indulgence plénière attachée à une église ou à un oratoire consiste à y faire une pieuse visite, au cours de laquelle on récite l’Oraison Dominicale et le symbole de la foi (''Pater ''et ''Credo''), à moins que la concession n’en dispose autrement&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 25&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 20 - § 1. Pour gagner l’indulgence plénière, en plus d’exclure toute affection au péché, même véniel, il est requis d’accomplir l’œuvre indulgenciée et de remplir les trois conditions&amp;amp;nbsp;: confession sacramentelle, communion eucharistique et prière aux intentions du Souverain Pontife. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Avec une seule confession sacramentelle, on peut acquérir plusieurs indulgences plénières&amp;amp;nbsp;; mais avec une seule communion eucharistique et une seule prière aux intentions du Souverain Pontife, on n’acquiert qu’une seule indulgence plénière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. Les trois conditions peuvent être remplies plusieurs jours avant ou après l’accomplissement de l’œuvre prescrite&amp;amp;nbsp;; cependant, il convient de recevoir la communion et de prier aux intentions du Souverain Pontife le jour même où l’on accomplit l’œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4. S’il manque la pleine disposition, ou si l’œuvre requise n’est pas entièrement exécutée et les trois conditions susdites ne sont pas remplies - restant sauves les prescriptions n. 24 et n. 25 pour ceux qui sont «&amp;amp;nbsp;empêchés&amp;amp;nbsp;» - l’indulgence sera seulement partielle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5. La condition de prier aux intentions du Souverain Pontife est remplie si l’on récite à son intention un ''Pater ''et un ''Ave''&amp;amp;nbsp;; cependant les fidèles sont libres de réciter toute autre prière selon la piété et dévotion de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 28&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: ID, n. 8&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 27&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5&amp;amp;nbsp;: ID, n. 10&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 29&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 21 - § 1. On ne peut gagner une indulgence avec une œuvre à laquelle on est obligé par une loi ou un précepte, à moins que dans la concession de celle-ci il ne soit dit expressément le contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Toutefois, celui qui accomplit une œuvre imposée comme pénitence sacramentelle, qui est éventuellement enrichie d’indulgences, peut à la fois satisfaire à la pénitence et gagner les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. De même les membres d’Instituts de vie consacrée ou de Sociétés de vie apostolique peuvent gagner les indulgences par des prières et des œuvres pieuses qu’ils sont tenus d’offrir ou d’accomplir en vertu de leurs règles, de leurs constitutions ou tout autre précepte&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: PA, ''Réponse à un doute'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; juillet 1992 (AAS 84 [1992] 935).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 22 - L’indulgence attachée à une prière peut être gagnée quelle que soit la langue dans laquelle cette prière est récitée, pourvu que la traduction ait été approuvée par une autorité ecclésiastique compétente&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 32&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 23 - La récitation d’une prière en alternant avec un compagnon, ou le fait de la suivre mentalement tandis qu’un autre la récite, suffisent pour gagner des indulgences&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 33&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 26. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 24 - Les confesseurs peuvent commuer soit l’œuvre prescrite, soit les conditions, en faveur de ceux qui, tenus par un empêchement légitime, ne peuvent les accomplir&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 935&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 34&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 25 - Les Hiérarques ou les Ordinaires des lieux peuvent de surcroît concéder aux fidèles sur lesquels ils exercent leur autorité selon le droit, si ceux-ci se trouvent en des lieux où il leur est soit impossible soit très difficile d’approcher de la confession ou de la communion, de pouvoir gagner l’indulgence plénière sans la confession et la communion actuelles, pourvu qu’ils aient le cœur contrit et qu’ils se proposent de recevoir ces sacrements dès qu’ils le pourront&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 11&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 35&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 26 - Les sourds comme les muets peuvent gagner les indulgences attachées à des prières publiques, s’ils élèvent vers Dieu leur esprit et leurs pieux sentiments, à l’unisson des autres fidèles qui prient dans le même lieu&amp;amp;nbsp;; et s’il s’agit de prières privées, il suffit qu’ils les récitent mentalement, qu’ils les expriment par des signes, ou qu’ils les parcourent seulement des yeux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 936&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 36&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 29. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Quatre concessions générales==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. On propose avant tout quatre concessions d’indulgences qui invitent le fidèle à pénétrer d’esprit chrétien les actions qui sont en quelque sorte la trame de sa vie quotidienne&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''1 Co ''10, 31&amp;amp;nbsp;; ''Col ''3, 17&amp;amp;nbsp;; AA 2‑4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;, et à chercher la perfection de la charité dans ses occupations ordinaires&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 39, 40‑42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les quatre concessions sont réellement de caractère général et chacune d’elles comprend plusieurs œuvres du même genre. Cependant ces œuvres ne sont pas toutes indulgenciées, mais seulement celles qui sont accomplies d’une manière et dans un esprit particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, par la première concession ainsi formulée - «&amp;amp;nbsp;L’indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en accomplissant ses devoirs et en supportant les adversités de la vie, élève avec une humble confiance son âme vers Dieu, en ajoutant, ne fût-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;amp;nbsp;» - ne sont enrichis d’indulgence que les actes par lesquels le fidèle accomplit ses devoirs et supporte les adversités de la vie tout en élevant son esprit vers Dieu de la façon indiquée. De tels actes particuliers, en raison de la faiblesse humaine, ne sont pas fréquents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelqu’un était assez appliqué et fervent pour multiplier ces actes dans la journée, il mériterait justement, en plus d’une augmentation de grâce, une plus large remise de peine et, à la mesure de sa charité, il pourrait aussi plus largement venir au secours des âmes du purgatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit juger de la même façon pour les trois autres concessions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Puisque ces quatre concessions, comme il est manifeste, concordent pleinement avec l’Évangile et avec la doctrine de l’Église, clairement exposée par le Concile Vatican II, on reporte pour l’utilité des fidèles des passages de la Sainte Écriture et des Actes de ce concile en commentaire de chacune des concessions suivantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CONCESSIONS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== I. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, accomplissant ses devoirs et supportant les adversités de la vie, élève son âme vers Dieu avec une humble confiance, en ajoutant, ne serait-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Decr. Pia oblatio quotidiani laboris Indulgentiis ditatur, 25 nov. 1961 (AAS 53 [1961] 827) ; Decr. Pia oblatio humani doloris Indulgentiis ditatur, 4 juin 1962 (AAS 54 [1962] 475) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. I. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par cette première concession, les fidèles sont conduits en quelque sorte à mettre en pratique le commandement du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est nécessaire de prier sans cesse et de ne pas se décourager&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;'''''Lc 18, 1. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;; en même temps ils sont exhortés à s’acquitter de leurs devoirs d’une façon telle qu’ils gardent et accroissent leur union au Christ.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’esprit dans lequel l’Église concède cette indulgence est parfaitement illustré par les passages suivants de l’Écriture&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Demandez, on vous donnera&amp;amp;nbsp;; cherchez, vous trouverez&amp;amp;nbsp;; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''7, 7‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''26, 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s’alourdissent dans ... les soucis de la vie ... Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 21, 34.36. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;''Ac ''2, 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;''1 Co ''10, 31. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’Esprit suscite votre prière sous toutes ses formes, vos requêtes, en toutes circonstances&amp;amp;nbsp;; employez vos veilles à une infatigable intercession pour tous les saints&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;''Ep ''6, 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous à la prière&amp;amp;nbsp;; qu’elle vous garde sur le qui-vive dans l’action de grâce&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;''Col ''4, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Priez sans cesse, rendez grâce en toute circonstance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;''1 Th ''5, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et dans les actes du Concile Vatican II on lit ceci&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi donc tous les fidèles du Christ se sanctifieront chaque jour davantage dans les conditions, les charges et les circonstances de leur vie et grâce à tout cela, s’ils acceptent tout avec foi de la main du Père céleste et s’ils coopèrent à la volonté de Dieu, en manifestant à tous, dans le service temporel lui-même, l’amour dont Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette vie d’intime union avec le Christ dans l’Église est entretenue par les secours spirituels ... qui doivent être utilisés par les laïcs de telle sorte que, tout en remplissant de façon convenable les obligations du monde dans les conditions ordinaires de leur vie, ils ne dissocient pas l’union au Christ et leur vie, mais qu’en accomplissant leurs œuvres selon la volonté de Dieu, ils grandissent encore dans cette union ... Ni le soin de leur famille ni les autres affaires temporelles ne doivent être étrangers à leur vie spirituelle, selon cette parole de l’Apôtre&amp;amp;nbsp;: ‘Tout ce que vous faites, en paroles ou en actes, faites-le au nom du Seigneur Jésus-Christ, en rendant grâces par lui à Dieu le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;‘&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;AA 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps ... il faut éviter d’opposer artificiellement les activités professionnelles et sociales d’une part et la vie religieuse d’autre part ... Que les chrétiens, suivant l’exemple du Christ, qui exerça un métier d’artisan, se réjouissent plutôt de pouvoir mener toutes leurs activités terrestres en unissant dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====II. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de foi et avec un cœur miséricordieux, s’emploie, par sa personne ou par ses biens, au service de ses frères dans le besoin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn52&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Indulgentiae apostolicae (AAS 55 [1963] 657-659) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. II. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par la concession de cette indulgence, le fidèle est engagé, en suivant l’exemple et le commandement du Christ&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn53&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. Jn 13, 15&amp;amp;nbsp;; Ac 10, 38. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;, à accomplir plus fréquemment des œuvres de charité et de miséricorde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Toutes les œuvres de charité ne sont pourtant pas indulgenciées, mais seulement celles qui sont faites&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;au service des frères dans le besoin&amp;amp;nbsp;», qu’il s’agisse de besoin corporel, comme celui de la nourriture ou du vêtement, ou bien de besoin spirituel, comme celui de l’instruction ou du réconfort.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger&amp;amp;nbsp;; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire&amp;amp;nbsp;; j’étais un étranger, et vous m’avez recueilli&amp;amp;nbsp;; nu, et vous m’avez vêtu&amp;amp;nbsp;; malade, et vous m’avez visité&amp;amp;nbsp;; en prison, et vous êtes venus à moi ... En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn54&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''25, 35‑36.40&amp;amp;nbsp;; cf. aussi ''Tob'' 4, 7‑8&amp;amp;nbsp;; ''Is'' 58, 7. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je vous donne un commandement nouveau&amp;amp;nbsp;: aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples&amp;amp;nbsp;: à l’amour que vous aurez les uns pour les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn55&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 34‑35. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que celui qui donne le fasse sans calcul ... celui qui exerce la miséricorde, avec joie ... Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection&amp;amp;nbsp;; rivalisez d’estime réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur ... Soyez solidaires des saints dans le besoin, exercez l’hospitalité avec empressement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn56&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 8.10‑11.13 &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés ... s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn57&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tant que nous disposons de temps, travaillons pour le bien de tous, surtout celui de nos proches dans la foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn58&amp;quot;&amp;gt;''Gal'' 6, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn59&amp;quot;&amp;gt;''Ep'' 5, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn60&amp;quot;&amp;gt;''1 Th'' 4, 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’amour fraternel demeure&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn61&amp;quot;&amp;gt;''He ''13, 1. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici&amp;amp;nbsp;: visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse&amp;amp;nbsp;; se garder du monde pour ne pas se souiller&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn62&amp;quot;&amp;gt;''Jc'' 1, 27&amp;amp;nbsp;; cf. ''Jc'' 2, 15‑16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous avez purifié vos âmes, en obéissant à la vérité, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie. Aimez-vous les uns les autres d’un cœur pur, avec constance&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn63&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''1, 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Enfin, soyez tous dans de mêmes dispositions, compatissants, animés d’un amour fraternel, miséricordieux, humbles. Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l’insulte pour l’insulte&amp;amp;nbsp;; au contraire, bénissez, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn64&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 3, 8‑9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et pour cette raison même, concentrant tous vos efforts, joignez ... à la piété l’amitié fraternelle, à l’amitié fraternelle l’amour&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn65&amp;quot;&amp;gt;''2 P ''1, 5.7. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il se ferme à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? Mes petits enfants, n’aimons pas en paroles et de langue, mais en acte et dans la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn66&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn ''3, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Partout où vivent des gens qui manquent de nourriture et de boisson, de vêtements, de logement, de remèdes, de travail, d’instruction, des moyens nécessaires pour mener une vie vraiment humaine, qui sont en proie aux tribulations et à la maladie, qui subissent l’exil ou la prison, tous ceux-là la charité chrétienne doit les chercher et les trouver, les réconforter avec un soin empressé et les soulager par les secours fournis ... Pour qu’un tel exercice de la charité échappe à tout soupçon et apparaisse comme tel, il faut voir dans le prochain l’image de Dieu selon laquelle il a été créé et le Christ Seigneur à qui est offert en réalité tout ce qui est donné à un pauvre&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn67&amp;quot;&amp;gt;AA 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comme les œuvres de charité et de miséricorde représentent un témoignage éminent de vie chrétienne, la formation apostolique doit aussi conduire à les pratiquer, en sorte que dès leur enfance les fidèles apprennent à compatir aux souffrances de leurs frères et à secourir généreusement ceux qui sont dans le besoin&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn68&amp;quot;&amp;gt;AA 31c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Se souvenant de la parole du Seigneur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;En ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn69&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 35. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;, les chrétiens ne peuvent avoir de souhait plus ardent que celui de se mettre au service des hommes de ce temps avec une générosité et une efficacité toujours plus grandes ... Le Père veut qu’en tout homme nous reconnaissions et aimions effectivement le Christ notre frère, en parole et en acte&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn70&amp;quot;&amp;gt;GS 93. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====III. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de pénitence, s’abstient spontanément de quelque chose de licite qui lui est agréable&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn71&amp;quot;&amp;gt;EI 1968 et 1986, conc. gen. III. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession convient particulièrement à notre époque en laquelle, en complément de la loi, d’ailleurs très douce, sur l’abstinence de viande et le jeûne, il convient tout à fait que les fidèles soient incités à exercer d’eux-mêmes la pénitence&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn72&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Paen III, c. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De la sorte, on encourage le fidèle à apprendre comment réduire son corps en servitude en réfrénant ses passions, et à se conformer au Christ pauvre et patient&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn73&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Mt 8, 20&amp;amp;nbsp;; 16, 24. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et l’abstinence aura plus de prix si elle est jointe à la charité, selon ces paroles de saint Léon le Grand&amp;amp;nbsp;: « Donnons à la vertu ce que nous retirons à la volupté. Que l’abstinence de celui qui jeûne devienne la réfection des pauvres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn74&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 13 (alias&amp;amp;nbsp;: 12) De ieiunio decimi mensis, 2 (PL 54, 172). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn75&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 9, 23&amp;amp;nbsp;: cf. ''Lc'' 14, 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn76&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 13, 5&amp;amp;nbsp;; cf. ''Lc'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais si, par l’Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn77&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn78&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse&amp;amp;nbsp;; eux, c’est pour une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable. Moi donc, je cours ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne vais pas à l’aveuglette&amp;amp;nbsp;; et je boxe ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne frappe pas dans le vide. Mais je traite durement mon corps et le tiens assujetti&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn79&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 9, 25‑27. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn80&amp;quot;&amp;gt;''2 Co'' 4, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle est digne de confiance, cette parole&amp;amp;nbsp;: si nous mourons avec lui, avec lui&amp;amp;nbsp;nous vivrons. Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn81&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 2, 11‑12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Renoncer ... aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn82&amp;quot;&amp;gt;''Tt'' 2, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais, dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn83&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Avec une sollicitude particulière, on cultivera chez eux l’obéissance sacerdotale, le mode de vie pauvre et l’esprit d’abnégation, pour qu’ils s’habituent à renoncer spontanément à ce qui est certes licite mais non pas utile, et à se conformer au Christ crucifié&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn84&amp;quot;&amp;gt;OT 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les fidèles, pour leur part, en vertu de leur sacerdoce royal, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent ce sacerdoce par la réception des sacrements, par la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte et par l’abnégation et une charité active&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn85&amp;quot;&amp;gt;LG 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dans la diversité des formes de vie et des tâches, c’est une seule sainteté qui est cultivée par tous ceux qui sont mus par l’Esprit de Dieu et qui, obéissant à la voix du Père et adorant Dieu le Père en esprit et en vérité, marchent à la suite du Christ pauvre, humble, et portant la croix, pour mériter d’avoir part à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn86&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L’Église invite tous les chrétiens, sans distinction, à obéir au précepte divin de la pénitence par des actes volontaires, en dehors des épreuves et des sacrifices inhérents à la vie quotidienne... L’Église veut indiquer que, conformément à la tradition ancienne, il y a trois façons principales de satisfaire au précepte divin de la pénitence&amp;amp;nbsp;: la prière, le jeûne et les œuvres de charité, bien qu’elle ait toujours spécialement prôné l’abstinence de viande et le jeûne. Ces façons ont été communément pratiquées dans tous les siècles. Il existe cependant aujourd’hui des motifs particuliers pour que, selon les exigences des diverses régions, il soit nécessaire d’insister sur telle ou telle forme de pénitence plutôt que sur telle autre. C’est ainsi que dans les pays qui connaissent un plus grand bien-être économique, on devra surtout donner un témoignage d’ascèse pour que les fidèles ne prennent pas l’esprit du &amp;quot;monde&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; et on devra en même temps donner un témoignage de charité envers les frères qui souffrent de la pauvreté et de la faim, même dans les pays lointains&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn87&amp;quot;&amp;gt;Paen III c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====IV. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, de façon spontanée, rend ouvertement un témoignage de foi devant les autres en des circonstances particulières de la vie quotidienne.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession incite le fidèle à professer ouvertement sa foi devant les autres, pour la gloire de Dieu et l’édification de l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Saint Augustin a écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que ton Symbole te soit comme un miroir. Regarde-toi en lui&amp;amp;nbsp;: pour voir si tu crois tout ce que tu déclares croire. Et réjouis-toi chaque jour en ta foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn88&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 58, 11, 13 (PL 38, 399). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie chrétienne de chaque jour sera donc comme l’&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;» concluant le «&amp;amp;nbsp;Je crois en Dieu&amp;amp;nbsp;» de la profession de foi de notre Baptême &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn89&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. CEC 1064. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn90&amp;quot;&amp;gt;''Mt'' 10, 32. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn91&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 11, 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez mes témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn92&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jour après jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn93&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 2, 46. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme... Et avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient tous d’une grande faveur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn94&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 4, 32-33. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;On publie votre foi dans le monde entier&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn95&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit ... tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn96&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 10, 9-10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Combats le beau combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé, comme tu l’as reconnu dans une belle profession de foi en présence de nombreux témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn97&amp;quot;&amp;gt;''1 Tm'' 6, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn98&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que nul d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou comme se mêlant des affaires d’autrui, mais si c’est comme chrétien, qu’il n’en ait pas honte, qu’il glorifie plutôt Dieu à cause de ce nom&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn99&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 4, 15-16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn100&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn'' 4, 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais pour que la charité grandisse dans les âmes et y porte des fruits comme le fait une bonne semence, chaque fidèle doit écouter volontiers la Parole de Dieu et, avec le secours de sa grâce, accomplir sa volonté en la mettant en œuvre, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions liturgiques, s’appliquer constamment à la prière, à l’abnégation, au service actif des frères, et à l’exercice de toutes les vertus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn101&amp;quot;&amp;gt;LG 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C’est certes à titre individuel que les chrétiens sont appelés à exercer l’apostolat dans leurs diverses conditions de vie&amp;amp;nbsp;; cependant ils se rappelleront que l’homme, par nature, est un être social ... C’est pourquoi les fidèles exerceront leur apostolat dans un esprit d’union et d’unanimité. Ils seront apôtres tant dans leurs communautés familiales que dans les paroisses et les diocèses qui par eux-mêmes expriment le caractère communautaire de l’apostolat, et dans les groupements libres dans le cadre desquels ils auront décidé de se réunir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn102&amp;quot;&amp;gt;AA 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais la nature sociale de l’homme exige elle-même que celui-ci exprime extérieurement les actes intérieurs de la religion, qu’il communique avec d’autres en matière religieuse, et qu’il professe sa religion sous une forme communautaire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn103&amp;quot;&amp;gt;DH 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il ne suffit pas que le peuple chrétien soit présent et établi dans un pays, et il ne suffit pas qu’il exerce l’apostolat de l’exemple&amp;amp;nbsp;; il est établi, il est présent à cette fin, qui est d’annoncer le Christ aux concitoyens non chrétiens par la parole et par l’action et de les aider à accueillir pleinement le Christ&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn104&amp;quot;&amp;gt;AG 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==AUTRES CONCESSIONS==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Aux quatre concessions générales traitées ci-dessus (nn. I‑IV), s’ajoutent quelques autres concessions, qui revêtent une signification particulière compte tenu des traditions du passé aussi bien que des besoins de notre temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces concessions se complètent réciproquement et, alors qu’elles invitent les fidèles, par le don de l’indulgence, à accomplir des œuvres de piété, de charité et de pénitence, elles les conduisent à s’unir plus étroitement par la charité au Christ Tête et à l’Église son corps&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn105&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Sont reportées quelques prières vénérables en raison de leur inspiration divine ou de leur caractère antique, et d’usage universel&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn106&amp;quot;&amp;gt;Par exemple, le ''Credo ''(conc. 28 § 2, 3°), le ''De profundis ''(conc. 9, 2°), le ''Magnificat ''(conc. 17 § 2, 1°), le ''Sub tuum praesidium ''(conc. 17 § 2, 3°), le ''Salve Regina ''(ibid.), l’''Actiones'' ''nostras ''(conc. 26 § 2, 2°), l’''Agimus'' ''tibi gratias ''(ibid.). &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est évident qu’elles sont citées à titre d’exemple. Mais il faut se rappeler ce que disent les Normes à propos du droit des évêques éparchiaux ou diocésains, des métropolites, des patriarches et des cardinaux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn107&amp;quot;&amp;gt;Cf. nn. 7-10, 11 § 2, 22, 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les indulgences concédées pour la pieuse récitation des prières dont la liste suit, par la nature des choses, peuvent être acquises par des fidèles de n’importe quel rite, quelle que soit la tradition liturgique à laquelle ces prières appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Ces prières, tout bien considéré, sont déjà comprises dans la concession générale I, quand elles sont récitées dans la vie courante par le fidèle qui élève son âme vers Dieu avec une humble confiance. Ainsi, par exemple, appartiennent à cette première concession les prières ''Actiones'' ''nostras ''et ''Agimus'' ''tibi gratias'', qui sont récitées dans l’«&amp;amp;nbsp;accomplissement de sa tâche ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, on a préféré les citer explicitement, parmi les pratiques indulgenciées, pour dissiper d’éventuels doutes et pour en souligner l’excellence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Comme il est de soi évident, chaque fois que, dans les concessions, l’on requiert pour obtenir une indulgence la récitation de prières, de litanies ou de petits offices, leur texte doit être approuvé par l’Autorité ecclésiastique compétente&amp;amp;nbsp;; et leur récitation, comme la visite d’un lieu sacré, l’accomplissement d’un pieux exercice ou l’usage d’un objet de dévotion quand ils sont prescrits, doit se faire avec la dévotion requise et la pieuse affection du cœur. Dans quelques concessions particulières, cet esprit est rappelé explicitement pour aider la piété des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Pour gagner une indulgence plénière, comme l’établit la norme 20, on requiert l’exécution de l’œuvre, l’accomplissement des trois conditions et une entière disposition de l’âme, qui exclue toute affection peccamineuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne l’indulgence partielle, dont parle la norme 4, sont requises l’exécution de l’œuvre et au moins la contrition du cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Si l’œuvre enrichie de l’indulgence plénière peut être divisée en plusieurs parties de façon convenable (par exemple, le Rosaire de la Vierge Marie en dizaines), celui qui, pour un motif raisonnable, n’accomplit pas l’œuvre entière, peut gagner l’indulgence partielle pour la partie accomplie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn108&amp;quot;&amp;gt;Cf. norme 20 § 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Sont dignes de mention spéciale les concessions relatives à des œuvres dont l’accomplissement permet au fidèle de gagner l’indulgence plénière chaque jour de l’année, restant ferme la norme 18 § 1, selon laquelle l’indulgence plénière ne peut être obtenue qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* l’adoration du Saint-Sacrement pendant une demi-heure au moins (conc. 7 § 1, 1°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* le pieux exercice du Chemin de la Croix (conc. 13, 2°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la récitation du Chapelet de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste dans une église ou un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse, dans une association de fidèles, et de manière générale quand plusieurs personnes se rassemblent dans un but honnête (conc. 17 § 1, 1° et conc. 23 § 1)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la pieuse lecture ou l’écoute de la Sainte Écriture pendant une demi-heure au moins (conc. 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Les concessions sont énumérées suivant l’ordre alphabétique latin. Pour établir cet ordre, on mentionne les premiers mots indiqués par le titre (par exemple, ''Actus consecrationis familiarum ''- ''Eucharistica adoratio et processio'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n’indique les sources de ces prières que lorsqu’il s’agit de textes liturgiques actuellement en vigueur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faciliter l’usage de ''l’Enchiridion ''aux fidèles, trois tables ont été ajoutées en fin de volume&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* les formules des prières&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la liste des temps et des actes par lesquels on obtient une indulgence plénière&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* l’index général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1724</id>
		<title>Enchiridion des indulgences</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1724"/>
				<updated>2011-04-06T15:52:07Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* III. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de pénitence, s’abstient spontanément de quelque chose de licite qui lui est agréableEI 1968 et 1986, conc. gen. III. . */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;'''ENCHIRIDION'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;DES INDULGENCES&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Normes et concessions''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''1999''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Première édition latine, juin 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deuxième édition latine, octobre 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Troisième édition latine, mai 1986.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatrième édition latine, juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Troisième édition française, janvier 2000.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Titre original de l’ouvrage&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Enchiridion indulgentiarum''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Traduction française par la Procure de l’œuvre de Montligeon à Rome, approuvée par la Pénitencerie Apostolique''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte typique latin, Libreria Editrice Vaticana, 1999.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte français, éditions Lethielleux, 2000''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==DÉCRETS PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Quatrième édition de l’Enchiridion des indulgences ===&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mérites infinis de Jésus, divin Rédempteur du genre humain, et ceux qui en dérivent avec surabondance chez la bienheureuse Vierge Marie et tous les saints, sont confiés à l’Église du Christ comme un trésor inépuisable&amp;amp;nbsp;: pour qu’en vertu du pouvoir de lier et de délier attribué par le Fondateur de l’Église à Pierre et aux autres Apôtres, et par eux à leurs successeurs les Souverains Pontifes et les Évêques, ils soient appliqués en rémission des péchés et des conséquences des péchés. Cela se réalise avant tout, et de façon indispensable quand il s’agit de péchés mortels, à travers le Sacrement de la Réconciliation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, malgré la rémission aussi bien de la faute mortelle et donc nécessairement aussi de la peine éternelle méritée par cette faute, que de la faute légère ou péché véniel, le pécheur, bien que pardonné, peut avoir encore besoin de purification&amp;amp;nbsp;: il peut encore être tenu de purger une peine temporelle, soit dans la vie terrestre soit dans l’autre vie, par l’état de purgatoire. L’indulgence, qui découle de l’admirable trésor de l’Église mentionné plus haut, remplace, en l’éliminant, cette peine temporelle. Par conséquent, la doctrine de foi sur les indulgences et leur louable pratique confirment les mystères si consolants du Corps mystique du Christ et de la communion des saints, et elles appliquent ces mystères avec une spéciale efficacité pour obtenir la sainteté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela est abondamment enseigné par le Souverain Pontife Jean-Paul II dans la Bulle d’indiction du Grand Jubilé&amp;amp;nbsp;: ''Incarnationis'' ''mysterium''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En conformité avec cette expression du Magistère, la Pénitencerie Apostolique met à profit l’occasion offerte par le saint Jubilé, désormais imminent, et par la diffusion dans le monde catholique de la Bulle en question, pour publier pour la quatrième fois l’''Enchiridion des Indulgences'', selon la forme typique de l’édition du 29 juin 1968, qui suivait la discipline introduite par la Constitution Apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec cette nouvelle édition,&amp;amp;nbsp;les principes concernant la discipline des indulgences ne sont en rien changés, mais quelques normes ont été révisées conformément aux derniers documents publiés par le Siège Apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux concessions, elles ont été regroupées selon un critère systématique, si bien que leur nombre réel n’est pas changé, mais que la liste en est plus brève&amp;amp;nbsp;; la méthode suivie pour exprimer les concessions a été choisie dans le but de favoriser une pieuse disposition de charité, tant chez les fidèles en particulier qu’au sein de la communauté ecclésiale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi, tout d’abord, qu’on a inséré une quatrième concession générale, qui enrichit d’une indulgence le fait de témoigner ouvertement de la foi dans les circonstances particulières de la vie courante. Les autres nouvelles concessions d’une particulière importance sont destinées à affermir les fondements de la famille chrétienne (consécration des familles)&amp;amp;nbsp;; la communion de l’Église universelle dans sa supplication (participation fructueuse soit aux journées mondiales consacrées à une finalité religieuse, soit à la semaine pour l’unité des chrétiens)&amp;amp;nbsp;; le culte à rendre à Jésus présent dans le Saint Sacrement (procession eucharistique).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs concessions précédentes ont été encore étendues&amp;amp;nbsp;: par exemple celles qui concernent la récitation du rosaire de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste, les célébrations jubilaires des Ordinations, la lecture de l’Écriture Sainte et la visite des lieux sacrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette édition de l’''Enchiridion'', on fait plus souvent référence aux facultés qu’ont les assemblées épiscopales de déterminer les listes des prières les plus répandues sur leurs territoires, pour les orientaux selon leurs propres statuts, et pour les latins aux termes du canon 447 CIC. De fait le nombre des prières reportées par l’''Enchiridion'' est notablement augmenté, surtout pour celles des Traditions orientales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce décret, on déclare authentique le texte qui suit et l’on en ordonne la publication en vertu de l’autorité du Souverain Pontife, comme cela a été signifié aux Responsables de la Pénitencerie Apostolique dans l’audience du 5 juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, selon l’intention du Saint Père, souhaite que les fidèles, guidés par l’enseignement et la sollicitude pastorale de leurs évêques, s’emploient à augmenter leur piété à la gloire de la Divine et très auguste Trinité, par l’usage des saintes indulgences dans une religieuse disposition intérieure de leur âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nonobstant toutes dispositions contraires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donné à Rome, au Siège de la Pénitencerie Apostolique, le 16 juillet 1999, en la commémoration de Notre-Dame du Mont-Carmel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE ===&lt;br /&gt;
N. 129/99/I&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, ayant attentivement examiné la version en langue française de l’''Enchiridion indulgentiarum'', en autorise la publication pour ce qui est de sa compétence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rome, au siège de la Pénitencerie Apostolique, le 22 février 2000, Fête de la Chaire de Saint-Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==ABRÉVIATIONS ET SIGLES==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AA &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Apostolicam actuositatem''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 18 novembre 1965 (AAS 59 [1966] 837-864)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AAS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Acta Apostolicae Sedis, Commentarium officiale''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AG &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Ad gentes''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 947-990)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
All.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Allocution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ap.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AP&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Benoît XV, m.p. ''Alloquentes'' ''proxime''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 25 mars 1917 (AAS 9 [1917] 167)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
can./cann.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Canon/canons&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CD&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Christus Dominus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 oct. 1965 (AAS 58 [1966] 673-701)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CE&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Caeremoniale Episcoporum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatum'', 14 septembre 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CEC&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Catéchisme de l’Église catholique'', 15 août 1997&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1917&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici Pii X Pontificis Maximi iussu digestus Benedicti Papae XV auctoritate promulgatus'', 27 mai 1917&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1983 &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatus'', 25 janvier 1983&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conc.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; concession&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Const.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pie XII, m.p. ''Cleri'' ''sanctitati''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 2 juin 1957 (AAS 49 [1957] 433-600)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Ben.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Rituale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani instauratum auctoritate Ioannis Pauli II promulgatum, De benedictionibus'', 31 mai 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decl.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decr.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration ''Dignitatis'' ''humanae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 929-946)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Denzinger-Schönmetzer, ''Enchiridion Symbolorum Definitionum et Declarationum de rebus fidei et morum'', 33e éd., 1965&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1968&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 29 juin 1968&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1986&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 18 mai 1986&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
GS &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution pastorale ''Gaudium'' ''et spes,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 1025-1120)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ID&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. Ap. ''Indulgentiarum doctrina'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; janvier 1967 (AAS 59 [1967] 5-24)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
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IFI&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; SPA, décret ''In fere innumeris''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 20 juillet 1942 (AAS 34 [1942] 240)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
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LG&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution dogmatique ''Lumen gentium,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 21 novembre 1964 (AAS 57 [1965] 5-71)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Officium ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum, Liturgia Horarum iuxta Ritum Romanum'' (Liturgie des Heures), 7 avril 1985&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
m.p.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Lettre apostolique donnée sous forme de ''Motu proprio''&lt;br /&gt;
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MR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Missale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum'' (Missel Romain), 27 mars 1975&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
n./nn.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; norme/normes&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OT&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Optatam'' ''totius''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 octobre 1965 (AAS 58 [1966] 713-727)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paen.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Paenitemini''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 17 février 1966 (AAS 58 [1966] 177-198)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PB&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Jean-Paul II, Const. ap. ''Pastor'' ''bonus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 juin 1988 (AAS 80 [1988] 841-912)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PL&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Migne J.P., ''Patrologia latina'', 1841-1864&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Resp.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Réponse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
REU&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Regimini Ecclesiae Universae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 15 août 1967 (AAS 59 [1967] 885-928)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SCR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Congrégation des Rites&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SPA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Préliminaires==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La première édition de cet ''Enchiridion des indulgences'', parue en juin 1968, mettait à exécution la Norme 13 de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le manuel des indulgences sera révisé afin que des indulgences ne soient attachées qu’aux principales prières et aux principales œuvres de piété, de charité et de pénitence.&amp;amp;nbsp;» Dans les éditions successives, jusqu’à la présente édition, la Pénitencerie Apostolique veilla à rendre le texte plus clair, à le corriger en quelques points secondaires pour le conformer aux règles de la critique, et à insérer quelques additions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. À cet égard, sont considérées comme «&amp;amp;nbsp;principales prières et œuvres&amp;amp;nbsp;» celles qui, en tenant compte de la tradition et des conditions des temps, semblent être particulièrement adaptées non seulement pour aider les fidèles à s’acquitter des peines dues pour leurs péchés, «&amp;amp;nbsp;mais aussi et surtout pour les pousser à une plus grande ferveur de charité. Tel a été le principe inspirateur de la réforme&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Paul VI, Allocution au Sacré-Collège et à la Curie romaine, 23 décembre 1966&amp;amp;nbsp;: ''AAS'' 59 (1967), p. 57. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Conformément à la tradition, la participation au Sacrifice de la Messe et aux Sacrements n’est pas indulgenciée&amp;amp;nbsp;: ceux-ci possèdent en eux-mêmes une efficacité prééminente quant à «&amp;amp;nbsp;la sanctification et la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, lors d’événements particuliers (comme la première Communion, la première Messe d’un nouveau prêtre, la Messe de clôture d’un Congrès eucharistique), une indulgence est accordée, celle-ci n’est pas attachée à la participation à la Messe ou aux Sacrements, mais aux circonstances exceptionnelles qui accompagnent cette participation. Ainsi, grâce à l’indulgence, on encourage et l’on récompense en quelque sorte la résolution de se consacrer qui est propre à de telles célébrations, le bon exemple donné à autrui, et l’honneur rendu à la Sainte Eucharistie et au Sacerdoce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, conformément à la tradition, une indulgence peut être ajoutée à diverses œuvres de piété, privées et publiques&amp;amp;nbsp;; en outre, on peut enrichir d’une même indulgence des œuvres de charité et de pénitence, auxquelles il convient d’accorder plus d’importance de nos jours. Mais toutes ces œuvres indulgenciées, comme du reste toute autre bonne action et toute souffrance patiemment supportée, ne sont en rien disjointes de la Messe et des Sacrements, en tant que sources principales de la sanctification et de la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''ibid''. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: les bonnes œuvres et les souffrances deviennent l’offrande des fidèles eux-mêmes, offrande qui s’ajoute à celle du Christ dans le Sacrifice Eucharistique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 34. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; puisque la Messe et les Sacrements conduisent les fidèles à accomplir leurs devoirs de telle façon qu’ils «&amp;amp;nbsp;appliquent dans leur vie ce qu’ils ont reçu dans la foi&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Cf. MR, Oraison du lundi de l’octave de Pâques. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et qu’en retour, les devoirs accomplis consciencieusement disposent les âmes chaque jour un peu plus à participer avec fruit à la Messe et aux Sacrements&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Cf. SC 9‑13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Par piété envers les choses sacrées, une plus grande importance est accordée à l’action du fidèle ''(opus operantis)&amp;amp;nbsp;:'' c’est pourquoi on ne reporte pas une longue liste d’œuvres de piété ''(opus operatum) ''comme étrangères à la vie quotidienne des fidèles, mais on présente seulement un petit nombre de concessions&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;Cf. particulièrement les nn. I‑IV ci-dessous. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui incitent plus efficacement le fidèle à rendre sa vie plus profitable et plus sainte dans la mesure où on écarte «&amp;amp;nbsp;cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne… (et) où l’on unit dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Cf. GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique a donc cherché davantage à donner une grande place à la vie chrétienne, à former les âmes à l’esprit de prière et de pénitence et à l’exercice des vertus théologales, plutôt que de proposer des formules et des actes à répéter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Dans l’''Enchiridion'', avant d’énumérer les diverses concessions, on a fait figurer les Normes, reprises pour la plupart de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina'', du Code de droit canonique ainsi que d’autres documents normatifs. En effet il est utile, pour éviter d’éventuels doutes en cette matière, d’exposer simultanément et avec ordre toutes les dispositions actuellement en vigueur au sujet des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Dans l’''Enchiridion, ''on commence par énumérer quatre concessions générales, qui devraient donner le ton à la conduite quotidienne de la vie chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour l’utilité et l’instruction des fidèles, chacune des quatre concessions générales est accompagnée de quelques annotations qui manifestent comment elle s’accorde avec l’esprit de l’Évangile et avec le renouveau entrepris par le concile œcuménique Vatican II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Suit une liste de concessions relatives à quelques pieuses pratiques. Mais elles sont peu nombreuses, parce que beaucoup sont comprises dans les concessions générales, et aussi parce que, parmi les prières, on a préféré n’en rappeler expressément que quelques-unes de caractère universel. Les Assemblées épiscopales compétentes veilleront à ajouter aux éditions de l’''Enchiridion ''dans les diverses langues d’autres formules, utiles pour la piété des fidèles et chères à leur tradition, si le cas se présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# L’''Enchiridion ''contient en outre un Appendice, qui comprend une liste d’invocations et qui reporte le texte de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''.&amp;lt;br/&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Normes sur les indulgences==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 1 - L’indulgence est la remise devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés, déjà effacés quant à la faute, que le fidèle, bien disposé et à certaines conditions déterminées, reçoit par l’intervention de l’Église qui, en tant que ministre de la rédemption, distribue et applique avec autorité le trésor des satisfactions du Christ et des Saints&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 911&amp;amp;nbsp;; ID, n. 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983'', ''can. 992&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 1''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 2 - L’indulgence est partielle ou plénière selon qu’elle libère en partie ou totalement de la peine temporelle due pour les péchés&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 2&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'' EI 1968, n. 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can 993&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 2''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 3 - Tout fidèle peut gagner des indulgences partielles ou plénières pour lui-même, ou les appliquer aux défunts par mode de suffrage&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 930&amp;amp;nbsp;; ID, n. 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, nn. 3-4&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 994&amp;amp;nbsp;; EI 1986, nn. 3-4. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 4 – Au fidèle qui, au moins le cœur contrit, accomplit une œuvre à laquelle est attachée une indulgence partielle, est appliquée par l’Église&amp;amp;nbsp;la remise d’une peine temporelle de même valeur que celle qu’il obtient déjà par son œuvre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 5&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 5. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 5 - § 1. Outre l’autorité suprême de l’Église, seuls peuvent accorder des indulgences ceux à qui ce pouvoir est reconnu par le droit ou à qui il a été concédé par le Pontife Romain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Aucune autorité inférieure au Pontife Romain n’est en mesure de confier à d’autres le pouvoir de concéder des indulgences, à moins que cela ne lui ait été expressément concédé par le Siège Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 912&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 8&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 7. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2 &amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 913&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 10, 1°&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 6 - Dans la Curie Romaine, tout ce qui concerne la concession et l’usage des indulgences est confié exclusivement à la Pénitencerie Apostolique, restant sauf le droit de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi d’examiner ce qui regarde la doctrine dogmatique à leur sujet&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;AP 4-5&amp;amp;nbsp;; REU 113&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 8&amp;amp;nbsp;; PB 120. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 7 - Les évêques éparchiaux ou diocésains, ainsi que ceux qui leur sont assimilés en droit, même dépourvus de la dignité épiscopale, dès le début de leur charge pastorale, ont le droit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1°. D’accorder dans leur territoire l’indulgence partielle à tous les fidèles, et hors de leur territoire aux fidèles relevant de leur juridiction&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°. D’impartir trois fois par an la bénédiction papale avec indulgence plénière, en employant la formule prescrite, dans leur propre éparchie ou diocèse, lors de fêtes solennelles de leur choix, même s’ils ne font qu’assister à la Messe. Cette bénédiction se donne à l’issue de la Messe à la place de la bénédiction habituelle, selon les normes du Cérémonial des Évêques de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;1°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 349 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 396 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; 364 § 3, 3°&amp;amp;nbsp;; 367 § 2, 1°&amp;amp;nbsp;; 391&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 1°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 914&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, 2°&amp;amp;nbsp;; CE, 1122-1126&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 2°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 8 - Les métropolites peuvent accorder l’indulgence partielle dans les éparchies ou diocèses suffragants comme dans leur propre territoire&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 274, 2°&amp;amp;nbsp;; SPA, decr. 20 iul. 1942, n. 2&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 319, 6°&amp;amp;nbsp;; 320 § 1, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 12&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 9 - § 1. Les Patriarches, en tout lieu même exempt de leur patriarcat, dans les églises de leur propre rite en dehors des limites du patriarcat, et partout pour les fidèles de leur rite, peuvent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° accorder l’indulgence partielle&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° impartir la Bénédiction Papale avec indulgence plénière, trois fois par an en règle ordinaire, et en outre lorsque se présente une circonstance ou une raison religieuse tout à fait particulière, qui demande la concession de l’indulgence plénière pour le bien des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cette disposition vaut aussi pour les Archevêques Majeurs&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CS, can. 283, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CS can. 326 § 1, 10°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 10 - Les Cardinaux de la Sainte Église Romaine jouissent de la faculté d’accorder en tout lieu l’indulgence partielle, qui ne peut être acquise, à chaque fois, que par les personnes présentes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 239 § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; CS, can. 185, § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 14&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 11 - § 1. Il faut l’autorisation expresse du Siège Apostolique pour pouvoir imprimer, en quelque langue que ce soit, l’''Enchiridion ''des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Quant à tous les autres livres, feuillets et autres écrits contenant des concessions d’indulgences, ils ne peuvent être édités sans l’autorisation du Hiérarque ou de l’Ordinaire du lieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 826 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 12 – Selon l’intention du Souverain Pontife, les concessions des indulgences demandées pour tous les fidèles n’entrent en vigueur qu’après que leurs documents authentiques aient été revus par la Pénitencerie Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 920&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 13 - L’indulgence jointe à un jour de célébration liturgique est considérée comme transférée au jour auquel cette célébration ou la solennité extérieure, qui lui est liée, est légitimement transférée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 922&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 14 - Pour gagner l’indulgence attachée à un jour déterminé, si la visite d’une église ou d’un oratoire est requise, celle-ci peut se faire depuis midi, la veille, jusqu’à minuit, le jour en question&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 923&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 15 - Le fidèle peut obtenir une indulgence s’il se sert avec dévotion de l’un des objets de piété suivants, dûment béni&amp;amp;nbsp;: crucifix ou croix, chapelet, scapulaire ou médaille&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 19&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 16 - § 1. L’indulgence attachée à la visite d’une église ou d’un oratoire ne cesse pas si l’édifice est totalement détruit puis reconstruit avant cinquante ans, dans le même lieu ou à peu près, et sous le même titre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. L’indulgence attachée à l’usage d’un objet de piété ne cesse que si cet objet est entièrement détruit ou vendu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 17 - § 1. Pour avoir capacité à gagner des indulgences, il faut être baptisé, non excommunié et en état de grâce, au moins à la fin des œuvres prescrites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant, pour qu’un sujet capable gagne des indulgences, il doit avoir l’intention au moins générale de les acquérir, et accomplir les œuvres imposées dans le temps fixé et de la manière prescrite, selon la teneur de la concession&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;§&amp;amp;nbsp; 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 18 - § 1. L’indulgence plénière ne peut être acquise qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;; l’indulgence partielle peut l’être plusieurs fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant le fidèle peut obtenir l’indulgence plénière ''in articulo mortis ''même s’il a déjà acquis l’indulgence plénière en ce même jour&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 928&amp;amp;nbsp;; ID, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 §§ 1 et 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 §§ 1 et 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 19 - L’œuvre prescrite pour acquérir l’indulgence plénière attachée à une église ou à un oratoire consiste à y faire une pieuse visite, au cours de laquelle on récite l’Oraison Dominicale et le symbole de la foi (''Pater ''et ''Credo''), à moins que la concession n’en dispose autrement&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 25&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 20 - § 1. Pour gagner l’indulgence plénière, en plus d’exclure toute affection au péché, même véniel, il est requis d’accomplir l’œuvre indulgenciée et de remplir les trois conditions&amp;amp;nbsp;: confession sacramentelle, communion eucharistique et prière aux intentions du Souverain Pontife. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Avec une seule confession sacramentelle, on peut acquérir plusieurs indulgences plénières&amp;amp;nbsp;; mais avec une seule communion eucharistique et une seule prière aux intentions du Souverain Pontife, on n’acquiert qu’une seule indulgence plénière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. Les trois conditions peuvent être remplies plusieurs jours avant ou après l’accomplissement de l’œuvre prescrite&amp;amp;nbsp;; cependant, il convient de recevoir la communion et de prier aux intentions du Souverain Pontife le jour même où l’on accomplit l’œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4. S’il manque la pleine disposition, ou si l’œuvre requise n’est pas entièrement exécutée et les trois conditions susdites ne sont pas remplies - restant sauves les prescriptions n. 24 et n. 25 pour ceux qui sont «&amp;amp;nbsp;empêchés&amp;amp;nbsp;» - l’indulgence sera seulement partielle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5. La condition de prier aux intentions du Souverain Pontife est remplie si l’on récite à son intention un ''Pater ''et un ''Ave''&amp;amp;nbsp;; cependant les fidèles sont libres de réciter toute autre prière selon la piété et dévotion de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 28&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: ID, n. 8&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 27&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5&amp;amp;nbsp;: ID, n. 10&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 29&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 21 - § 1. On ne peut gagner une indulgence avec une œuvre à laquelle on est obligé par une loi ou un précepte, à moins que dans la concession de celle-ci il ne soit dit expressément le contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Toutefois, celui qui accomplit une œuvre imposée comme pénitence sacramentelle, qui est éventuellement enrichie d’indulgences, peut à la fois satisfaire à la pénitence et gagner les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. De même les membres d’Instituts de vie consacrée ou de Sociétés de vie apostolique peuvent gagner les indulgences par des prières et des œuvres pieuses qu’ils sont tenus d’offrir ou d’accomplir en vertu de leurs règles, de leurs constitutions ou tout autre précepte&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: PA, ''Réponse à un doute'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; juillet 1992 (AAS 84 [1992] 935).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 22 - L’indulgence attachée à une prière peut être gagnée quelle que soit la langue dans laquelle cette prière est récitée, pourvu que la traduction ait été approuvée par une autorité ecclésiastique compétente&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 32&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 23 - La récitation d’une prière en alternant avec un compagnon, ou le fait de la suivre mentalement tandis qu’un autre la récite, suffisent pour gagner des indulgences&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 33&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 26. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 24 - Les confesseurs peuvent commuer soit l’œuvre prescrite, soit les conditions, en faveur de ceux qui, tenus par un empêchement légitime, ne peuvent les accomplir&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 935&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 34&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 25 - Les Hiérarques ou les Ordinaires des lieux peuvent de surcroît concéder aux fidèles sur lesquels ils exercent leur autorité selon le droit, si ceux-ci se trouvent en des lieux où il leur est soit impossible soit très difficile d’approcher de la confession ou de la communion, de pouvoir gagner l’indulgence plénière sans la confession et la communion actuelles, pourvu qu’ils aient le cœur contrit et qu’ils se proposent de recevoir ces sacrements dès qu’ils le pourront&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 11&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 35&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 26 - Les sourds comme les muets peuvent gagner les indulgences attachées à des prières publiques, s’ils élèvent vers Dieu leur esprit et leurs pieux sentiments, à l’unisson des autres fidèles qui prient dans le même lieu&amp;amp;nbsp;; et s’il s’agit de prières privées, il suffit qu’ils les récitent mentalement, qu’ils les expriment par des signes, ou qu’ils les parcourent seulement des yeux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 936&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 36&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 29. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Quatre concessions générales==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. On propose avant tout quatre concessions d’indulgences qui invitent le fidèle à pénétrer d’esprit chrétien les actions qui sont en quelque sorte la trame de sa vie quotidienne&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''1 Co ''10, 31&amp;amp;nbsp;; ''Col ''3, 17&amp;amp;nbsp;; AA 2‑4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;, et à chercher la perfection de la charité dans ses occupations ordinaires&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 39, 40‑42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les quatre concessions sont réellement de caractère général et chacune d’elles comprend plusieurs œuvres du même genre. Cependant ces œuvres ne sont pas toutes indulgenciées, mais seulement celles qui sont accomplies d’une manière et dans un esprit particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, par la première concession ainsi formulée - «&amp;amp;nbsp;L’indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en accomplissant ses devoirs et en supportant les adversités de la vie, élève avec une humble confiance son âme vers Dieu, en ajoutant, ne fût-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;amp;nbsp;» - ne sont enrichis d’indulgence que les actes par lesquels le fidèle accomplit ses devoirs et supporte les adversités de la vie tout en élevant son esprit vers Dieu de la façon indiquée. De tels actes particuliers, en raison de la faiblesse humaine, ne sont pas fréquents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelqu’un était assez appliqué et fervent pour multiplier ces actes dans la journée, il mériterait justement, en plus d’une augmentation de grâce, une plus large remise de peine et, à la mesure de sa charité, il pourrait aussi plus largement venir au secours des âmes du purgatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit juger de la même façon pour les trois autres concessions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Puisque ces quatre concessions, comme il est manifeste, concordent pleinement avec l’Évangile et avec la doctrine de l’Église, clairement exposée par le Concile Vatican II, on reporte pour l’utilité des fidèles des passages de la Sainte Écriture et des Actes de ce concile en commentaire de chacune des concessions suivantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CONCESSIONS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== I. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, accomplissant ses devoirs et supportant les adversités de la vie, élève son âme vers Dieu avec une humble confiance, en ajoutant, ne serait-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Decr. Pia oblatio quotidiani laboris Indulgentiis ditatur, 25 nov. 1961 (AAS 53 [1961] 827) ; Decr. Pia oblatio humani doloris Indulgentiis ditatur, 4 juin 1962 (AAS 54 [1962] 475) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. I. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par cette première concession, les fidèles sont conduits en quelque sorte à mettre en pratique le commandement du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est nécessaire de prier sans cesse et de ne pas se décourager&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;'''''Lc 18, 1. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;; en même temps ils sont exhortés à s’acquitter de leurs devoirs d’une façon telle qu’ils gardent et accroissent leur union au Christ.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’esprit dans lequel l’Église concède cette indulgence est parfaitement illustré par les passages suivants de l’Écriture&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Demandez, on vous donnera&amp;amp;nbsp;; cherchez, vous trouverez&amp;amp;nbsp;; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''7, 7‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''26, 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s’alourdissent dans ... les soucis de la vie ... Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 21, 34.36. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;''Ac ''2, 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;''1 Co ''10, 31. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’Esprit suscite votre prière sous toutes ses formes, vos requêtes, en toutes circonstances&amp;amp;nbsp;; employez vos veilles à une infatigable intercession pour tous les saints&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;''Ep ''6, 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous à la prière&amp;amp;nbsp;; qu’elle vous garde sur le qui-vive dans l’action de grâce&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;''Col ''4, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Priez sans cesse, rendez grâce en toute circonstance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;''1 Th ''5, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et dans les actes du Concile Vatican II on lit ceci&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi donc tous les fidèles du Christ se sanctifieront chaque jour davantage dans les conditions, les charges et les circonstances de leur vie et grâce à tout cela, s’ils acceptent tout avec foi de la main du Père céleste et s’ils coopèrent à la volonté de Dieu, en manifestant à tous, dans le service temporel lui-même, l’amour dont Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette vie d’intime union avec le Christ dans l’Église est entretenue par les secours spirituels ... qui doivent être utilisés par les laïcs de telle sorte que, tout en remplissant de façon convenable les obligations du monde dans les conditions ordinaires de leur vie, ils ne dissocient pas l’union au Christ et leur vie, mais qu’en accomplissant leurs œuvres selon la volonté de Dieu, ils grandissent encore dans cette union ... Ni le soin de leur famille ni les autres affaires temporelles ne doivent être étrangers à leur vie spirituelle, selon cette parole de l’Apôtre&amp;amp;nbsp;: ‘Tout ce que vous faites, en paroles ou en actes, faites-le au nom du Seigneur Jésus-Christ, en rendant grâces par lui à Dieu le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;‘&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;AA 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps ... il faut éviter d’opposer artificiellement les activités professionnelles et sociales d’une part et la vie religieuse d’autre part ... Que les chrétiens, suivant l’exemple du Christ, qui exerça un métier d’artisan, se réjouissent plutôt de pouvoir mener toutes leurs activités terrestres en unissant dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====II. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de foi et avec un cœur miséricordieux, s’emploie, par sa personne ou par ses biens, au service de ses frères dans le besoin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn52&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Indulgentiae apostolicae (AAS 55 [1963] 657-659) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. II. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par la concession de cette indulgence, le fidèle est engagé, en suivant l’exemple et le commandement du Christ&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn53&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. Jn 13, 15&amp;amp;nbsp;; Ac 10, 38. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;, à accomplir plus fréquemment des œuvres de charité et de miséricorde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Toutes les œuvres de charité ne sont pourtant pas indulgenciées, mais seulement celles qui sont faites&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;au service des frères dans le besoin&amp;amp;nbsp;», qu’il s’agisse de besoin corporel, comme celui de la nourriture ou du vêtement, ou bien de besoin spirituel, comme celui de l’instruction ou du réconfort.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger&amp;amp;nbsp;; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire&amp;amp;nbsp;; j’étais un étranger, et vous m’avez recueilli&amp;amp;nbsp;; nu, et vous m’avez vêtu&amp;amp;nbsp;; malade, et vous m’avez visité&amp;amp;nbsp;; en prison, et vous êtes venus à moi ... En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn54&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''25, 35‑36.40&amp;amp;nbsp;; cf. aussi ''Tob'' 4, 7‑8&amp;amp;nbsp;; ''Is'' 58, 7. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je vous donne un commandement nouveau&amp;amp;nbsp;: aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples&amp;amp;nbsp;: à l’amour que vous aurez les uns pour les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn55&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 34‑35. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que celui qui donne le fasse sans calcul ... celui qui exerce la miséricorde, avec joie ... Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection&amp;amp;nbsp;; rivalisez d’estime réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur ... Soyez solidaires des saints dans le besoin, exercez l’hospitalité avec empressement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn56&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 8.10‑11.13 &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés ... s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn57&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tant que nous disposons de temps, travaillons pour le bien de tous, surtout celui de nos proches dans la foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn58&amp;quot;&amp;gt;''Gal'' 6, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn59&amp;quot;&amp;gt;''Ep'' 5, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn60&amp;quot;&amp;gt;''1 Th'' 4, 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’amour fraternel demeure&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn61&amp;quot;&amp;gt;''He ''13, 1. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici&amp;amp;nbsp;: visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse&amp;amp;nbsp;; se garder du monde pour ne pas se souiller&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn62&amp;quot;&amp;gt;''Jc'' 1, 27&amp;amp;nbsp;; cf. ''Jc'' 2, 15‑16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous avez purifié vos âmes, en obéissant à la vérité, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie. Aimez-vous les uns les autres d’un cœur pur, avec constance&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn63&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''1, 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Enfin, soyez tous dans de mêmes dispositions, compatissants, animés d’un amour fraternel, miséricordieux, humbles. Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l’insulte pour l’insulte&amp;amp;nbsp;; au contraire, bénissez, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn64&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 3, 8‑9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et pour cette raison même, concentrant tous vos efforts, joignez ... à la piété l’amitié fraternelle, à l’amitié fraternelle l’amour&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn65&amp;quot;&amp;gt;''2 P ''1, 5.7. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il se ferme à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? Mes petits enfants, n’aimons pas en paroles et de langue, mais en acte et dans la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn66&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn ''3, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Partout où vivent des gens qui manquent de nourriture et de boisson, de vêtements, de logement, de remèdes, de travail, d’instruction, des moyens nécessaires pour mener une vie vraiment humaine, qui sont en proie aux tribulations et à la maladie, qui subissent l’exil ou la prison, tous ceux-là la charité chrétienne doit les chercher et les trouver, les réconforter avec un soin empressé et les soulager par les secours fournis ... Pour qu’un tel exercice de la charité échappe à tout soupçon et apparaisse comme tel, il faut voir dans le prochain l’image de Dieu selon laquelle il a été créé et le Christ Seigneur à qui est offert en réalité tout ce qui est donné à un pauvre&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn67&amp;quot;&amp;gt;AA 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comme les œuvres de charité et de miséricorde représentent un témoignage éminent de vie chrétienne, la formation apostolique doit aussi conduire à les pratiquer, en sorte que dès leur enfance les fidèles apprennent à compatir aux souffrances de leurs frères et à secourir généreusement ceux qui sont dans le besoin&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn68&amp;quot;&amp;gt;AA 31c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Se souvenant de la parole du Seigneur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;En ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn69&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 35. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;, les chrétiens ne peuvent avoir de souhait plus ardent que celui de se mettre au service des hommes de ce temps avec une générosité et une efficacité toujours plus grandes ... Le Père veut qu’en tout homme nous reconnaissions et aimions effectivement le Christ notre frère, en parole et en acte&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn70&amp;quot;&amp;gt;GS 93. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====III. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de pénitence, s’abstient spontanément de quelque chose de licite qui lui est agréable&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn71&amp;quot;&amp;gt;EI 1968 et 1986, conc. gen. III. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession convient particulièrement à notre époque en laquelle, en complément de la loi, d’ailleurs très douce, sur l’abstinence de viande et le jeûne, il convient tout à fait que les fidèles soient incités à exercer d’eux-mêmes la pénitence&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn72&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Paen III, c. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De la sorte, on encourage le fidèle à apprendre comment réduire son corps en servitude en réfrénant ses passions, et à se conformer au Christ pauvre et patient&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn73&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Mt 8, 20&amp;amp;nbsp;; 16, 24. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et l’abstinence aura plus de prix si elle est jointe à la charité, selon ces paroles de saint Léon le Grand&amp;amp;nbsp;: « Donnons à la vertu ce que nous retirons à la volupté. Que l’abstinence de celui qui jeûne devienne la réfection des pauvres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn74&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 13 (alias&amp;amp;nbsp;: 12) De ieiunio decimi mensis, 2 (PL 54, 172). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn75&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 9, 23&amp;amp;nbsp;: cf. ''Lc'' 14, 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn76&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 13, 5&amp;amp;nbsp;; cf. ''Lc'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais si, par l’Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn77&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn78&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse&amp;amp;nbsp;; eux, c’est pour une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable. Moi donc, je cours ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne vais pas à l’aveuglette&amp;amp;nbsp;; et je boxe ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne frappe pas dans le vide. Mais je traite durement mon corps et le tiens assujetti&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn79&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 9, 25‑27. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn80&amp;quot;&amp;gt;''2 Co'' 4, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle est digne de confiance, cette parole&amp;amp;nbsp;: si nous mourons avec lui, avec lui&amp;amp;nbsp;nous vivrons. Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn81&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 2, 11‑12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Renoncer ... aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn82&amp;quot;&amp;gt;''Tt'' 2, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais, dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn83&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Avec une sollicitude particulière, on cultivera chez eux l’obéissance sacerdotale, le mode de vie pauvre et l’esprit d’abnégation, pour qu’ils s’habituent à renoncer spontanément à ce qui est certes licite mais non pas utile, et à se conformer au Christ crucifié&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn84&amp;quot;&amp;gt;OT 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les fidèles, pour leur part, en vertu de leur sacerdoce royal, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent ce sacerdoce par la réception des sacrements, par la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte et par l’abnégation et une charité active&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn85&amp;quot;&amp;gt;LG 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dans la diversité des formes de vie et des tâches, c’est une seule sainteté qui est cultivée par tous ceux qui sont mus par l’Esprit de Dieu et qui, obéissant à la voix du Père et adorant Dieu le Père en esprit et en vérité, marchent à la suite du Christ pauvre, humble, et portant la croix, pour mériter d’avoir part à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn86&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L’Église invite tous les chrétiens, sans distinction, à obéir au précepte divin de la pénitence par des actes volontaires, en dehors des épreuves et des sacrifices inhérents à la vie quotidienne... L’Église veut indiquer que, conformément à la tradition ancienne, il y a trois façons principales de satisfaire au précepte divin de la pénitence&amp;amp;nbsp;: la prière, le jeûne et les œuvres de charité, bien qu’elle ait toujours spécialement prôné l’abstinence de viande et le jeûne. Ces façons ont été communément pratiquées dans tous les siècles. Il existe cependant aujourd’hui des motifs particuliers pour que, selon les exigences des diverses régions, il soit nécessaire d’insister sur telle ou telle forme de pénitence plutôt que sur telle autre. C’est ainsi que dans les pays qui connaissent un plus grand bien-être économique, on devra surtout donner un témoignage d’ascèse pour que les fidèles ne prennent pas l’esprit du &amp;quot;monde&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; et on devra en même temps donner un témoignage de charité envers les frères qui souffrent de la pauvreté et de la faim, même dans les pays lointains&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn87&amp;quot;&amp;gt;Paen III c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====IV. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, de façon spontanée, rend ouvertement un témoignage de foi devant les autres en des circonstances particulières de la vie quotidienne.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession incite le fidèle à professer ouvertement sa foi devant les autres, pour la gloire de Dieu et l’édification de l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Saint Augustin a écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que ton Symbole te soit comme un miroir. Regarde-toi en lui&amp;amp;nbsp;: pour voir si tu crois tout ce que tu déclares croire. Et réjouis-toi chaque jour en ta foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn88&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 58, 11, 13 (PL 38, 399). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie chrétienne de chaque jour sera donc comme l’&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;» concluant le «&amp;amp;nbsp;Je crois en Dieu&amp;amp;nbsp;» de la profession de foi de notre Baptême &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn89&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. CEC 1064. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn90&amp;quot;&amp;gt;''Mt'' 10, 32. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn91&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 11, 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez mes témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn92&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jour après jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn93&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 2, 46. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme... Et avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient tous d’une grande faveur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn94&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 4, 32-33. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;On publie votre foi dans le monde entier&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn95&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit ... tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn96&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 10, 9-10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Combats le beau combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé, comme tu l’as reconnu dans une belle profession de foi en présence de nombreux témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn97&amp;quot;&amp;gt;''1 Tm'' 6, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn98&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que nul d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou comme se mêlant des affaires d’autrui, mais si c’est comme chrétien, qu’il n’en ait pas honte, qu’il glorifie plutôt Dieu à cause de ce nom&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn99&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 4, 15-16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn100&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn'' 4, 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais pour que la charité grandisse dans les âmes et y porte des fruits comme le fait une bonne semence, chaque fidèle doit écouter volontiers la Parole de Dieu et, avec le secours de sa grâce, accomplir sa volonté en la mettant en œuvre, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions liturgiques, s’appliquer constamment à la prière, à l’abnégation, au service actif des frères, et à l’exercice de toutes les vertus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn101&amp;quot;&amp;gt;LG 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C’est certes à titre individuel que les chrétiens sont appelés à exercer l’apostolat dans leurs diverses conditions de vie&amp;amp;nbsp;; cependant ils se rappelleront que l’homme, par nature, est un être social ... C’est pourquoi les fidèles exerceront leur apostolat dans un esprit d’union et d’unanimité. Ils seront apôtres tant dans leurs communautés familiales que dans les paroisses et les diocèses qui par eux-mêmes expriment le caractère communautaire de l’apostolat, et dans les groupements libres dans le cadre desquels ils auront décidé de se réunir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn102&amp;quot;&amp;gt;AA 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais la nature sociale de l’homme exige elle-même que celui-ci exprime extérieurement les actes intérieurs de la religion, qu’il communique avec d’autres en matière religieuse, et qu’il professe sa religion sous une forme communautaire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn103&amp;quot;&amp;gt;DH 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il ne suffit pas que le peuple chrétien soit présent et établi dans un pays, et il ne suffit pas qu’il exerce l’apostolat de l’exemple&amp;amp;nbsp;; il est établi, il est présent à cette fin, qui est d’annoncer le Christ aux concitoyens non chrétiens par la parole et par l’action et de les aider à accueillir pleinement le Christ&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn104&amp;quot;&amp;gt;AG 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==AUTRES CONCESSIONS==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Aux quatre concessions générales traitées ci-dessus (nn. I‑IV), s’ajoutent quelques autres concessions, qui revêtent une signification particulière compte tenu des traditions du passé aussi bien que des besoins de notre temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces concessions se complètent réciproquement et, alors qu’elles invitent les fidèles, par le don de l’indulgence, à accomplir des œuvres de piété, de charité et de pénitence, elles les conduisent à s’unir plus étroitement par la charité au Christ Tête et à l’Église son corps&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn105&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Sont reportées quelques prières vénérables en raison de leur inspiration divine ou de leur caractère antique, et d’usage universel&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn106&amp;quot;&amp;gt;Par exemple, le ''Credo ''(conc. 28 § 2, 3°), le ''De profundis ''(conc. 9, 2°), le ''Magnificat ''(conc. 17 § 2, 1°), le ''Sub tuum praesidium ''(conc. 17 § 2, 3°), le ''Salve Regina ''(ibid.), l’''Actiones'' ''nostras ''(conc. 26 § 2, 2°), l’''Agimus'' ''tibi gratias ''(ibid.). &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est évident qu’elles sont citées à titre d’exemple. Mais il faut se rappeler ce que disent les Normes à propos du droit des évêques éparchiaux ou diocésains, des métropolites, des patriarches et des cardinaux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn107&amp;quot;&amp;gt;Cf. nn. 7-10, 11 § 2, 22, 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les indulgences concédées pour la pieuse récitation des prières dont la liste suit, par la nature des choses, peuvent être acquises par des fidèles de n’importe quel rite, quelle que soit la tradition liturgique à laquelle ces prières appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Ces prières, tout bien considéré, sont déjà comprises dans la concession générale I, quand elles sont récitées dans la vie courante par le fidèle qui élève son âme vers Dieu avec une humble confiance. Ainsi, par exemple, appartiennent à cette première concession les prières ''Actiones'' ''nostras ''et ''Agimus'' ''tibi gratias'', qui sont récitées dans l’«&amp;amp;nbsp;accomplissement de sa tâche ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, on a préféré les citer explicitement, parmi les pratiques indulgenciées, pour dissiper d’éventuels doutes et pour en souligner l’excellence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Comme il est de soi évident, chaque fois que, dans les concessions, l’on requiert pour obtenir une indulgence la récitation de prières, de litanies ou de petits offices, leur texte doit être approuvé par l’Autorité ecclésiastique compétente&amp;amp;nbsp;; et leur récitation, comme la visite d’un lieu sacré, l’accomplissement d’un pieux exercice ou l’usage d’un objet de dévotion quand ils sont prescrits, doit se faire avec la dévotion requise et la pieuse affection du cœur. Dans quelques concessions particulières, cet esprit est rappelé explicitement pour aider la piété des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Pour gagner une indulgence plénière, comme l’établit la norme 20, on requiert l’exécution de l’œuvre, l’accomplissement des trois conditions et une entière disposition de l’âme, qui exclue toute affection peccamineuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne l’indulgence partielle, dont parle la norme 4, sont requises l’exécution de l’œuvre et au moins la contrition du cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Si l’œuvre enrichie de l’indulgence plénière peut être divisée en plusieurs parties de façon convenable (par exemple, le Rosaire de la Vierge Marie en dizaines), celui qui, pour un motif raisonnable, n’accomplit pas l’œuvre entière, peut gagner l’indulgence partielle pour la partie accomplie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn108&amp;quot;&amp;gt;Cf. norme 20 § 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Sont dignes de mention spéciale les concessions relatives à des œuvres dont l’accomplissement permet au fidèle de gagner l’indulgence plénière chaque jour de l’année, restant ferme la norme 18 § 1, selon laquelle l’indulgence plénière ne peut être obtenue qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* l’adoration du Saint-Sacrement pendant une demi-heure au moins (conc. 7 § 1, 1°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* le pieux exercice du Chemin de la Croix (conc. 13, 2°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la récitation du Chapelet de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste dans une église ou un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse, dans une association de fidèles, et de manière générale quand plusieurs personnes se rassemblent dans un but honnête (conc. 17 § 1, 1° et conc. 23 § 1)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la pieuse lecture ou l’écoute de la Sainte Écriture pendant une demi-heure au moins (conc. 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Les concessions sont énumérées suivant l’ordre alphabétique latin. Pour établir cet ordre, on mentionne les premiers mots indiqués par le titre (par exemple, ''Actus consecrationis familiarum ''- ''Eucharistica adoratio et processio'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n’indique les sources de ces prières que lorsqu’il s’agit de textes liturgiques actuellement en vigueur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faciliter l’usage de ''l’Enchiridion ''aux fidèles, trois tables ont été ajoutées en fin de volume&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* les formules des prières&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la liste des temps et des actes par lesquels on obtient une indulgence plénière&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* l’index général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1723</id>
		<title>Enchiridion des indulgences</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1723"/>
				<updated>2011-04-06T15:51:41Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* III. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de pénitence, s’abstient spontanément de quelque chose de licite qui lui est agréableEI 1968 et 1986, conc. gen. III. . */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;'''ENCHIRIDION'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;DES INDULGENCES&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Normes et concessions''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''1999''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Première édition latine, juin 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deuxième édition latine, octobre 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Troisième édition latine, mai 1986.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatrième édition latine, juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Troisième édition française, janvier 2000.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Titre original de l’ouvrage&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Enchiridion indulgentiarum''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Traduction française par la Procure de l’œuvre de Montligeon à Rome, approuvée par la Pénitencerie Apostolique''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte typique latin, Libreria Editrice Vaticana, 1999.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte français, éditions Lethielleux, 2000''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==DÉCRETS PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Quatrième édition de l’Enchiridion des indulgences ===&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mérites infinis de Jésus, divin Rédempteur du genre humain, et ceux qui en dérivent avec surabondance chez la bienheureuse Vierge Marie et tous les saints, sont confiés à l’Église du Christ comme un trésor inépuisable&amp;amp;nbsp;: pour qu’en vertu du pouvoir de lier et de délier attribué par le Fondateur de l’Église à Pierre et aux autres Apôtres, et par eux à leurs successeurs les Souverains Pontifes et les Évêques, ils soient appliqués en rémission des péchés et des conséquences des péchés. Cela se réalise avant tout, et de façon indispensable quand il s’agit de péchés mortels, à travers le Sacrement de la Réconciliation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, malgré la rémission aussi bien de la faute mortelle et donc nécessairement aussi de la peine éternelle méritée par cette faute, que de la faute légère ou péché véniel, le pécheur, bien que pardonné, peut avoir encore besoin de purification&amp;amp;nbsp;: il peut encore être tenu de purger une peine temporelle, soit dans la vie terrestre soit dans l’autre vie, par l’état de purgatoire. L’indulgence, qui découle de l’admirable trésor de l’Église mentionné plus haut, remplace, en l’éliminant, cette peine temporelle. Par conséquent, la doctrine de foi sur les indulgences et leur louable pratique confirment les mystères si consolants du Corps mystique du Christ et de la communion des saints, et elles appliquent ces mystères avec une spéciale efficacité pour obtenir la sainteté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela est abondamment enseigné par le Souverain Pontife Jean-Paul II dans la Bulle d’indiction du Grand Jubilé&amp;amp;nbsp;: ''Incarnationis'' ''mysterium''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En conformité avec cette expression du Magistère, la Pénitencerie Apostolique met à profit l’occasion offerte par le saint Jubilé, désormais imminent, et par la diffusion dans le monde catholique de la Bulle en question, pour publier pour la quatrième fois l’''Enchiridion des Indulgences'', selon la forme typique de l’édition du 29 juin 1968, qui suivait la discipline introduite par la Constitution Apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec cette nouvelle édition,&amp;amp;nbsp;les principes concernant la discipline des indulgences ne sont en rien changés, mais quelques normes ont été révisées conformément aux derniers documents publiés par le Siège Apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux concessions, elles ont été regroupées selon un critère systématique, si bien que leur nombre réel n’est pas changé, mais que la liste en est plus brève&amp;amp;nbsp;; la méthode suivie pour exprimer les concessions a été choisie dans le but de favoriser une pieuse disposition de charité, tant chez les fidèles en particulier qu’au sein de la communauté ecclésiale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi, tout d’abord, qu’on a inséré une quatrième concession générale, qui enrichit d’une indulgence le fait de témoigner ouvertement de la foi dans les circonstances particulières de la vie courante. Les autres nouvelles concessions d’une particulière importance sont destinées à affermir les fondements de la famille chrétienne (consécration des familles)&amp;amp;nbsp;; la communion de l’Église universelle dans sa supplication (participation fructueuse soit aux journées mondiales consacrées à une finalité religieuse, soit à la semaine pour l’unité des chrétiens)&amp;amp;nbsp;; le culte à rendre à Jésus présent dans le Saint Sacrement (procession eucharistique).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs concessions précédentes ont été encore étendues&amp;amp;nbsp;: par exemple celles qui concernent la récitation du rosaire de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste, les célébrations jubilaires des Ordinations, la lecture de l’Écriture Sainte et la visite des lieux sacrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette édition de l’''Enchiridion'', on fait plus souvent référence aux facultés qu’ont les assemblées épiscopales de déterminer les listes des prières les plus répandues sur leurs territoires, pour les orientaux selon leurs propres statuts, et pour les latins aux termes du canon 447 CIC. De fait le nombre des prières reportées par l’''Enchiridion'' est notablement augmenté, surtout pour celles des Traditions orientales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce décret, on déclare authentique le texte qui suit et l’on en ordonne la publication en vertu de l’autorité du Souverain Pontife, comme cela a été signifié aux Responsables de la Pénitencerie Apostolique dans l’audience du 5 juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, selon l’intention du Saint Père, souhaite que les fidèles, guidés par l’enseignement et la sollicitude pastorale de leurs évêques, s’emploient à augmenter leur piété à la gloire de la Divine et très auguste Trinité, par l’usage des saintes indulgences dans une religieuse disposition intérieure de leur âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nonobstant toutes dispositions contraires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donné à Rome, au Siège de la Pénitencerie Apostolique, le 16 juillet 1999, en la commémoration de Notre-Dame du Mont-Carmel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE ===&lt;br /&gt;
N. 129/99/I&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, ayant attentivement examiné la version en langue française de l’''Enchiridion indulgentiarum'', en autorise la publication pour ce qui est de sa compétence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rome, au siège de la Pénitencerie Apostolique, le 22 février 2000, Fête de la Chaire de Saint-Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==ABRÉVIATIONS ET SIGLES==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AA &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Apostolicam actuositatem''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 18 novembre 1965 (AAS 59 [1966] 837-864)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AAS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Acta Apostolicae Sedis, Commentarium officiale''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AG &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Ad gentes''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 947-990)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
All.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Allocution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ap.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AP&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Benoît XV, m.p. ''Alloquentes'' ''proxime''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 25 mars 1917 (AAS 9 [1917] 167)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
can./cann.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Canon/canons&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CD&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Christus Dominus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 oct. 1965 (AAS 58 [1966] 673-701)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CE&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Caeremoniale Episcoporum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatum'', 14 septembre 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CEC&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Catéchisme de l’Église catholique'', 15 août 1997&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1917&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici Pii X Pontificis Maximi iussu digestus Benedicti Papae XV auctoritate promulgatus'', 27 mai 1917&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1983 &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatus'', 25 janvier 1983&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conc.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; concession&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Const.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pie XII, m.p. ''Cleri'' ''sanctitati''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 2 juin 1957 (AAS 49 [1957] 433-600)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Ben.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Rituale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani instauratum auctoritate Ioannis Pauli II promulgatum, De benedictionibus'', 31 mai 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decl.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decr.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration ''Dignitatis'' ''humanae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 929-946)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Denzinger-Schönmetzer, ''Enchiridion Symbolorum Definitionum et Declarationum de rebus fidei et morum'', 33e éd., 1965&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1968&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 29 juin 1968&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1986&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 18 mai 1986&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
GS &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution pastorale ''Gaudium'' ''et spes,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 1025-1120)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ID&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. Ap. ''Indulgentiarum doctrina'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; janvier 1967 (AAS 59 [1967] 5-24)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IFI&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; SPA, décret ''In fere innumeris''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 20 juillet 1942 (AAS 34 [1942] 240)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LG&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution dogmatique ''Lumen gentium,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 21 novembre 1964 (AAS 57 [1965] 5-71)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Officium ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum, Liturgia Horarum iuxta Ritum Romanum'' (Liturgie des Heures), 7 avril 1985&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
m.p.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Lettre apostolique donnée sous forme de ''Motu proprio''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Missale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum'' (Missel Romain), 27 mars 1975&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
n./nn.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; norme/normes&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OT&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Optatam'' ''totius''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 octobre 1965 (AAS 58 [1966] 713-727)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paen.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Paenitemini''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 17 février 1966 (AAS 58 [1966] 177-198)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PB&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Jean-Paul II, Const. ap. ''Pastor'' ''bonus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 juin 1988 (AAS 80 [1988] 841-912)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PL&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Migne J.P., ''Patrologia latina'', 1841-1864&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Resp.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Réponse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
REU&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Regimini Ecclesiae Universae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 15 août 1967 (AAS 59 [1967] 885-928)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SCR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Congrégation des Rites&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SPA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Préliminaires==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La première édition de cet ''Enchiridion des indulgences'', parue en juin 1968, mettait à exécution la Norme 13 de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le manuel des indulgences sera révisé afin que des indulgences ne soient attachées qu’aux principales prières et aux principales œuvres de piété, de charité et de pénitence.&amp;amp;nbsp;» Dans les éditions successives, jusqu’à la présente édition, la Pénitencerie Apostolique veilla à rendre le texte plus clair, à le corriger en quelques points secondaires pour le conformer aux règles de la critique, et à insérer quelques additions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. À cet égard, sont considérées comme «&amp;amp;nbsp;principales prières et œuvres&amp;amp;nbsp;» celles qui, en tenant compte de la tradition et des conditions des temps, semblent être particulièrement adaptées non seulement pour aider les fidèles à s’acquitter des peines dues pour leurs péchés, «&amp;amp;nbsp;mais aussi et surtout pour les pousser à une plus grande ferveur de charité. Tel a été le principe inspirateur de la réforme&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Paul VI, Allocution au Sacré-Collège et à la Curie romaine, 23 décembre 1966&amp;amp;nbsp;: ''AAS'' 59 (1967), p. 57. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Conformément à la tradition, la participation au Sacrifice de la Messe et aux Sacrements n’est pas indulgenciée&amp;amp;nbsp;: ceux-ci possèdent en eux-mêmes une efficacité prééminente quant à «&amp;amp;nbsp;la sanctification et la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, lors d’événements particuliers (comme la première Communion, la première Messe d’un nouveau prêtre, la Messe de clôture d’un Congrès eucharistique), une indulgence est accordée, celle-ci n’est pas attachée à la participation à la Messe ou aux Sacrements, mais aux circonstances exceptionnelles qui accompagnent cette participation. Ainsi, grâce à l’indulgence, on encourage et l’on récompense en quelque sorte la résolution de se consacrer qui est propre à de telles célébrations, le bon exemple donné à autrui, et l’honneur rendu à la Sainte Eucharistie et au Sacerdoce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, conformément à la tradition, une indulgence peut être ajoutée à diverses œuvres de piété, privées et publiques&amp;amp;nbsp;; en outre, on peut enrichir d’une même indulgence des œuvres de charité et de pénitence, auxquelles il convient d’accorder plus d’importance de nos jours. Mais toutes ces œuvres indulgenciées, comme du reste toute autre bonne action et toute souffrance patiemment supportée, ne sont en rien disjointes de la Messe et des Sacrements, en tant que sources principales de la sanctification et de la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''ibid''. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: les bonnes œuvres et les souffrances deviennent l’offrande des fidèles eux-mêmes, offrande qui s’ajoute à celle du Christ dans le Sacrifice Eucharistique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 34. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; puisque la Messe et les Sacrements conduisent les fidèles à accomplir leurs devoirs de telle façon qu’ils «&amp;amp;nbsp;appliquent dans leur vie ce qu’ils ont reçu dans la foi&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Cf. MR, Oraison du lundi de l’octave de Pâques. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et qu’en retour, les devoirs accomplis consciencieusement disposent les âmes chaque jour un peu plus à participer avec fruit à la Messe et aux Sacrements&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Cf. SC 9‑13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Par piété envers les choses sacrées, une plus grande importance est accordée à l’action du fidèle ''(opus operantis)&amp;amp;nbsp;:'' c’est pourquoi on ne reporte pas une longue liste d’œuvres de piété ''(opus operatum) ''comme étrangères à la vie quotidienne des fidèles, mais on présente seulement un petit nombre de concessions&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;Cf. particulièrement les nn. I‑IV ci-dessous. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui incitent plus efficacement le fidèle à rendre sa vie plus profitable et plus sainte dans la mesure où on écarte «&amp;amp;nbsp;cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne… (et) où l’on unit dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Cf. GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique a donc cherché davantage à donner une grande place à la vie chrétienne, à former les âmes à l’esprit de prière et de pénitence et à l’exercice des vertus théologales, plutôt que de proposer des formules et des actes à répéter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Dans l’''Enchiridion'', avant d’énumérer les diverses concessions, on a fait figurer les Normes, reprises pour la plupart de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina'', du Code de droit canonique ainsi que d’autres documents normatifs. En effet il est utile, pour éviter d’éventuels doutes en cette matière, d’exposer simultanément et avec ordre toutes les dispositions actuellement en vigueur au sujet des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Dans l’''Enchiridion, ''on commence par énumérer quatre concessions générales, qui devraient donner le ton à la conduite quotidienne de la vie chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour l’utilité et l’instruction des fidèles, chacune des quatre concessions générales est accompagnée de quelques annotations qui manifestent comment elle s’accorde avec l’esprit de l’Évangile et avec le renouveau entrepris par le concile œcuménique Vatican II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Suit une liste de concessions relatives à quelques pieuses pratiques. Mais elles sont peu nombreuses, parce que beaucoup sont comprises dans les concessions générales, et aussi parce que, parmi les prières, on a préféré n’en rappeler expressément que quelques-unes de caractère universel. Les Assemblées épiscopales compétentes veilleront à ajouter aux éditions de l’''Enchiridion ''dans les diverses langues d’autres formules, utiles pour la piété des fidèles et chères à leur tradition, si le cas se présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# L’''Enchiridion ''contient en outre un Appendice, qui comprend une liste d’invocations et qui reporte le texte de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''.&amp;lt;br/&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Normes sur les indulgences==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 1 - L’indulgence est la remise devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés, déjà effacés quant à la faute, que le fidèle, bien disposé et à certaines conditions déterminées, reçoit par l’intervention de l’Église qui, en tant que ministre de la rédemption, distribue et applique avec autorité le trésor des satisfactions du Christ et des Saints&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 911&amp;amp;nbsp;; ID, n. 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983'', ''can. 992&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 1''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 2 - L’indulgence est partielle ou plénière selon qu’elle libère en partie ou totalement de la peine temporelle due pour les péchés&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 2&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'' EI 1968, n. 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can 993&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 2''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 3 - Tout fidèle peut gagner des indulgences partielles ou plénières pour lui-même, ou les appliquer aux défunts par mode de suffrage&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 930&amp;amp;nbsp;; ID, n. 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, nn. 3-4&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 994&amp;amp;nbsp;; EI 1986, nn. 3-4. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 4 – Au fidèle qui, au moins le cœur contrit, accomplit une œuvre à laquelle est attachée une indulgence partielle, est appliquée par l’Église&amp;amp;nbsp;la remise d’une peine temporelle de même valeur que celle qu’il obtient déjà par son œuvre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 5&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 5. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 5 - § 1. Outre l’autorité suprême de l’Église, seuls peuvent accorder des indulgences ceux à qui ce pouvoir est reconnu par le droit ou à qui il a été concédé par le Pontife Romain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Aucune autorité inférieure au Pontife Romain n’est en mesure de confier à d’autres le pouvoir de concéder des indulgences, à moins que cela ne lui ait été expressément concédé par le Siège Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 912&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 8&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 7. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2 &amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 913&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 10, 1°&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 6 - Dans la Curie Romaine, tout ce qui concerne la concession et l’usage des indulgences est confié exclusivement à la Pénitencerie Apostolique, restant sauf le droit de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi d’examiner ce qui regarde la doctrine dogmatique à leur sujet&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;AP 4-5&amp;amp;nbsp;; REU 113&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 8&amp;amp;nbsp;; PB 120. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 7 - Les évêques éparchiaux ou diocésains, ainsi que ceux qui leur sont assimilés en droit, même dépourvus de la dignité épiscopale, dès le début de leur charge pastorale, ont le droit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1°. D’accorder dans leur territoire l’indulgence partielle à tous les fidèles, et hors de leur territoire aux fidèles relevant de leur juridiction&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°. D’impartir trois fois par an la bénédiction papale avec indulgence plénière, en employant la formule prescrite, dans leur propre éparchie ou diocèse, lors de fêtes solennelles de leur choix, même s’ils ne font qu’assister à la Messe. Cette bénédiction se donne à l’issue de la Messe à la place de la bénédiction habituelle, selon les normes du Cérémonial des Évêques de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;1°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 349 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 396 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; 364 § 3, 3°&amp;amp;nbsp;; 367 § 2, 1°&amp;amp;nbsp;; 391&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 1°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 914&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, 2°&amp;amp;nbsp;; CE, 1122-1126&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 2°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 8 - Les métropolites peuvent accorder l’indulgence partielle dans les éparchies ou diocèses suffragants comme dans leur propre territoire&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 274, 2°&amp;amp;nbsp;; SPA, decr. 20 iul. 1942, n. 2&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 319, 6°&amp;amp;nbsp;; 320 § 1, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 12&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 9 - § 1. Les Patriarches, en tout lieu même exempt de leur patriarcat, dans les églises de leur propre rite en dehors des limites du patriarcat, et partout pour les fidèles de leur rite, peuvent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° accorder l’indulgence partielle&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° impartir la Bénédiction Papale avec indulgence plénière, trois fois par an en règle ordinaire, et en outre lorsque se présente une circonstance ou une raison religieuse tout à fait particulière, qui demande la concession de l’indulgence plénière pour le bien des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cette disposition vaut aussi pour les Archevêques Majeurs&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CS, can. 283, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CS can. 326 § 1, 10°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 10 - Les Cardinaux de la Sainte Église Romaine jouissent de la faculté d’accorder en tout lieu l’indulgence partielle, qui ne peut être acquise, à chaque fois, que par les personnes présentes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 239 § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; CS, can. 185, § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 14&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 11 - § 1. Il faut l’autorisation expresse du Siège Apostolique pour pouvoir imprimer, en quelque langue que ce soit, l’''Enchiridion ''des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Quant à tous les autres livres, feuillets et autres écrits contenant des concessions d’indulgences, ils ne peuvent être édités sans l’autorisation du Hiérarque ou de l’Ordinaire du lieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 826 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 12 – Selon l’intention du Souverain Pontife, les concessions des indulgences demandées pour tous les fidèles n’entrent en vigueur qu’après que leurs documents authentiques aient été revus par la Pénitencerie Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 920&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 13 - L’indulgence jointe à un jour de célébration liturgique est considérée comme transférée au jour auquel cette célébration ou la solennité extérieure, qui lui est liée, est légitimement transférée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 922&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 14 - Pour gagner l’indulgence attachée à un jour déterminé, si la visite d’une église ou d’un oratoire est requise, celle-ci peut se faire depuis midi, la veille, jusqu’à minuit, le jour en question&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 923&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 15 - Le fidèle peut obtenir une indulgence s’il se sert avec dévotion de l’un des objets de piété suivants, dûment béni&amp;amp;nbsp;: crucifix ou croix, chapelet, scapulaire ou médaille&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 19&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 16 - § 1. L’indulgence attachée à la visite d’une église ou d’un oratoire ne cesse pas si l’édifice est totalement détruit puis reconstruit avant cinquante ans, dans le même lieu ou à peu près, et sous le même titre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. L’indulgence attachée à l’usage d’un objet de piété ne cesse que si cet objet est entièrement détruit ou vendu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 17 - § 1. Pour avoir capacité à gagner des indulgences, il faut être baptisé, non excommunié et en état de grâce, au moins à la fin des œuvres prescrites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant, pour qu’un sujet capable gagne des indulgences, il doit avoir l’intention au moins générale de les acquérir, et accomplir les œuvres imposées dans le temps fixé et de la manière prescrite, selon la teneur de la concession&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;§&amp;amp;nbsp; 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 18 - § 1. L’indulgence plénière ne peut être acquise qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;; l’indulgence partielle peut l’être plusieurs fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant le fidèle peut obtenir l’indulgence plénière ''in articulo mortis ''même s’il a déjà acquis l’indulgence plénière en ce même jour&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 928&amp;amp;nbsp;; ID, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 §§ 1 et 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 §§ 1 et 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 19 - L’œuvre prescrite pour acquérir l’indulgence plénière attachée à une église ou à un oratoire consiste à y faire une pieuse visite, au cours de laquelle on récite l’Oraison Dominicale et le symbole de la foi (''Pater ''et ''Credo''), à moins que la concession n’en dispose autrement&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 25&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 20 - § 1. Pour gagner l’indulgence plénière, en plus d’exclure toute affection au péché, même véniel, il est requis d’accomplir l’œuvre indulgenciée et de remplir les trois conditions&amp;amp;nbsp;: confession sacramentelle, communion eucharistique et prière aux intentions du Souverain Pontife. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Avec une seule confession sacramentelle, on peut acquérir plusieurs indulgences plénières&amp;amp;nbsp;; mais avec une seule communion eucharistique et une seule prière aux intentions du Souverain Pontife, on n’acquiert qu’une seule indulgence plénière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. Les trois conditions peuvent être remplies plusieurs jours avant ou après l’accomplissement de l’œuvre prescrite&amp;amp;nbsp;; cependant, il convient de recevoir la communion et de prier aux intentions du Souverain Pontife le jour même où l’on accomplit l’œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4. S’il manque la pleine disposition, ou si l’œuvre requise n’est pas entièrement exécutée et les trois conditions susdites ne sont pas remplies - restant sauves les prescriptions n. 24 et n. 25 pour ceux qui sont «&amp;amp;nbsp;empêchés&amp;amp;nbsp;» - l’indulgence sera seulement partielle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5. La condition de prier aux intentions du Souverain Pontife est remplie si l’on récite à son intention un ''Pater ''et un ''Ave''&amp;amp;nbsp;; cependant les fidèles sont libres de réciter toute autre prière selon la piété et dévotion de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 28&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: ID, n. 8&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 27&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5&amp;amp;nbsp;: ID, n. 10&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 29&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 21 - § 1. On ne peut gagner une indulgence avec une œuvre à laquelle on est obligé par une loi ou un précepte, à moins que dans la concession de celle-ci il ne soit dit expressément le contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Toutefois, celui qui accomplit une œuvre imposée comme pénitence sacramentelle, qui est éventuellement enrichie d’indulgences, peut à la fois satisfaire à la pénitence et gagner les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. De même les membres d’Instituts de vie consacrée ou de Sociétés de vie apostolique peuvent gagner les indulgences par des prières et des œuvres pieuses qu’ils sont tenus d’offrir ou d’accomplir en vertu de leurs règles, de leurs constitutions ou tout autre précepte&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: PA, ''Réponse à un doute'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; juillet 1992 (AAS 84 [1992] 935).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 22 - L’indulgence attachée à une prière peut être gagnée quelle que soit la langue dans laquelle cette prière est récitée, pourvu que la traduction ait été approuvée par une autorité ecclésiastique compétente&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 32&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 23 - La récitation d’une prière en alternant avec un compagnon, ou le fait de la suivre mentalement tandis qu’un autre la récite, suffisent pour gagner des indulgences&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 33&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 26. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 24 - Les confesseurs peuvent commuer soit l’œuvre prescrite, soit les conditions, en faveur de ceux qui, tenus par un empêchement légitime, ne peuvent les accomplir&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 935&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 34&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 25 - Les Hiérarques ou les Ordinaires des lieux peuvent de surcroît concéder aux fidèles sur lesquels ils exercent leur autorité selon le droit, si ceux-ci se trouvent en des lieux où il leur est soit impossible soit très difficile d’approcher de la confession ou de la communion, de pouvoir gagner l’indulgence plénière sans la confession et la communion actuelles, pourvu qu’ils aient le cœur contrit et qu’ils se proposent de recevoir ces sacrements dès qu’ils le pourront&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 11&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 35&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 26 - Les sourds comme les muets peuvent gagner les indulgences attachées à des prières publiques, s’ils élèvent vers Dieu leur esprit et leurs pieux sentiments, à l’unisson des autres fidèles qui prient dans le même lieu&amp;amp;nbsp;; et s’il s’agit de prières privées, il suffit qu’ils les récitent mentalement, qu’ils les expriment par des signes, ou qu’ils les parcourent seulement des yeux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 936&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 36&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 29. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Quatre concessions générales==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. On propose avant tout quatre concessions d’indulgences qui invitent le fidèle à pénétrer d’esprit chrétien les actions qui sont en quelque sorte la trame de sa vie quotidienne&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''1 Co ''10, 31&amp;amp;nbsp;; ''Col ''3, 17&amp;amp;nbsp;; AA 2‑4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;, et à chercher la perfection de la charité dans ses occupations ordinaires&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 39, 40‑42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les quatre concessions sont réellement de caractère général et chacune d’elles comprend plusieurs œuvres du même genre. Cependant ces œuvres ne sont pas toutes indulgenciées, mais seulement celles qui sont accomplies d’une manière et dans un esprit particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, par la première concession ainsi formulée - «&amp;amp;nbsp;L’indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en accomplissant ses devoirs et en supportant les adversités de la vie, élève avec une humble confiance son âme vers Dieu, en ajoutant, ne fût-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;amp;nbsp;» - ne sont enrichis d’indulgence que les actes par lesquels le fidèle accomplit ses devoirs et supporte les adversités de la vie tout en élevant son esprit vers Dieu de la façon indiquée. De tels actes particuliers, en raison de la faiblesse humaine, ne sont pas fréquents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelqu’un était assez appliqué et fervent pour multiplier ces actes dans la journée, il mériterait justement, en plus d’une augmentation de grâce, une plus large remise de peine et, à la mesure de sa charité, il pourrait aussi plus largement venir au secours des âmes du purgatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit juger de la même façon pour les trois autres concessions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Puisque ces quatre concessions, comme il est manifeste, concordent pleinement avec l’Évangile et avec la doctrine de l’Église, clairement exposée par le Concile Vatican II, on reporte pour l’utilité des fidèles des passages de la Sainte Écriture et des Actes de ce concile en commentaire de chacune des concessions suivantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CONCESSIONS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== I. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, accomplissant ses devoirs et supportant les adversités de la vie, élève son âme vers Dieu avec une humble confiance, en ajoutant, ne serait-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Decr. Pia oblatio quotidiani laboris Indulgentiis ditatur, 25 nov. 1961 (AAS 53 [1961] 827) ; Decr. Pia oblatio humani doloris Indulgentiis ditatur, 4 juin 1962 (AAS 54 [1962] 475) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. I. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par cette première concession, les fidèles sont conduits en quelque sorte à mettre en pratique le commandement du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est nécessaire de prier sans cesse et de ne pas se décourager&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;'''''Lc 18, 1. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;; en même temps ils sont exhortés à s’acquitter de leurs devoirs d’une façon telle qu’ils gardent et accroissent leur union au Christ.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’esprit dans lequel l’Église concède cette indulgence est parfaitement illustré par les passages suivants de l’Écriture&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Demandez, on vous donnera&amp;amp;nbsp;; cherchez, vous trouverez&amp;amp;nbsp;; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''7, 7‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''26, 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s’alourdissent dans ... les soucis de la vie ... Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 21, 34.36. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;''Ac ''2, 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;''1 Co ''10, 31. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’Esprit suscite votre prière sous toutes ses formes, vos requêtes, en toutes circonstances&amp;amp;nbsp;; employez vos veilles à une infatigable intercession pour tous les saints&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;''Ep ''6, 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous à la prière&amp;amp;nbsp;; qu’elle vous garde sur le qui-vive dans l’action de grâce&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;''Col ''4, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Priez sans cesse, rendez grâce en toute circonstance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;''1 Th ''5, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et dans les actes du Concile Vatican II on lit ceci&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi donc tous les fidèles du Christ se sanctifieront chaque jour davantage dans les conditions, les charges et les circonstances de leur vie et grâce à tout cela, s’ils acceptent tout avec foi de la main du Père céleste et s’ils coopèrent à la volonté de Dieu, en manifestant à tous, dans le service temporel lui-même, l’amour dont Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette vie d’intime union avec le Christ dans l’Église est entretenue par les secours spirituels ... qui doivent être utilisés par les laïcs de telle sorte que, tout en remplissant de façon convenable les obligations du monde dans les conditions ordinaires de leur vie, ils ne dissocient pas l’union au Christ et leur vie, mais qu’en accomplissant leurs œuvres selon la volonté de Dieu, ils grandissent encore dans cette union ... Ni le soin de leur famille ni les autres affaires temporelles ne doivent être étrangers à leur vie spirituelle, selon cette parole de l’Apôtre&amp;amp;nbsp;: ‘Tout ce que vous faites, en paroles ou en actes, faites-le au nom du Seigneur Jésus-Christ, en rendant grâces par lui à Dieu le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;‘&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;AA 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps ... il faut éviter d’opposer artificiellement les activités professionnelles et sociales d’une part et la vie religieuse d’autre part ... Que les chrétiens, suivant l’exemple du Christ, qui exerça un métier d’artisan, se réjouissent plutôt de pouvoir mener toutes leurs activités terrestres en unissant dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====II. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de foi et avec un cœur miséricordieux, s’emploie, par sa personne ou par ses biens, au service de ses frères dans le besoin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn52&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Indulgentiae apostolicae (AAS 55 [1963] 657-659) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. II. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par la concession de cette indulgence, le fidèle est engagé, en suivant l’exemple et le commandement du Christ&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn53&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. Jn 13, 15&amp;amp;nbsp;; Ac 10, 38. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;, à accomplir plus fréquemment des œuvres de charité et de miséricorde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Toutes les œuvres de charité ne sont pourtant pas indulgenciées, mais seulement celles qui sont faites&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;au service des frères dans le besoin&amp;amp;nbsp;», qu’il s’agisse de besoin corporel, comme celui de la nourriture ou du vêtement, ou bien de besoin spirituel, comme celui de l’instruction ou du réconfort.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger&amp;amp;nbsp;; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire&amp;amp;nbsp;; j’étais un étranger, et vous m’avez recueilli&amp;amp;nbsp;; nu, et vous m’avez vêtu&amp;amp;nbsp;; malade, et vous m’avez visité&amp;amp;nbsp;; en prison, et vous êtes venus à moi ... En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn54&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''25, 35‑36.40&amp;amp;nbsp;; cf. aussi ''Tob'' 4, 7‑8&amp;amp;nbsp;; ''Is'' 58, 7. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je vous donne un commandement nouveau&amp;amp;nbsp;: aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples&amp;amp;nbsp;: à l’amour que vous aurez les uns pour les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn55&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 34‑35. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que celui qui donne le fasse sans calcul ... celui qui exerce la miséricorde, avec joie ... Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection&amp;amp;nbsp;; rivalisez d’estime réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur ... Soyez solidaires des saints dans le besoin, exercez l’hospitalité avec empressement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn56&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 8.10‑11.13 &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés ... s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn57&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tant que nous disposons de temps, travaillons pour le bien de tous, surtout celui de nos proches dans la foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn58&amp;quot;&amp;gt;''Gal'' 6, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn59&amp;quot;&amp;gt;''Ep'' 5, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn60&amp;quot;&amp;gt;''1 Th'' 4, 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’amour fraternel demeure&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn61&amp;quot;&amp;gt;''He ''13, 1. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici&amp;amp;nbsp;: visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse&amp;amp;nbsp;; se garder du monde pour ne pas se souiller&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn62&amp;quot;&amp;gt;''Jc'' 1, 27&amp;amp;nbsp;; cf. ''Jc'' 2, 15‑16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous avez purifié vos âmes, en obéissant à la vérité, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie. Aimez-vous les uns les autres d’un cœur pur, avec constance&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn63&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''1, 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Enfin, soyez tous dans de mêmes dispositions, compatissants, animés d’un amour fraternel, miséricordieux, humbles. Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l’insulte pour l’insulte&amp;amp;nbsp;; au contraire, bénissez, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn64&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 3, 8‑9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et pour cette raison même, concentrant tous vos efforts, joignez ... à la piété l’amitié fraternelle, à l’amitié fraternelle l’amour&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn65&amp;quot;&amp;gt;''2 P ''1, 5.7. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il se ferme à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? Mes petits enfants, n’aimons pas en paroles et de langue, mais en acte et dans la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn66&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn ''3, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Partout où vivent des gens qui manquent de nourriture et de boisson, de vêtements, de logement, de remèdes, de travail, d’instruction, des moyens nécessaires pour mener une vie vraiment humaine, qui sont en proie aux tribulations et à la maladie, qui subissent l’exil ou la prison, tous ceux-là la charité chrétienne doit les chercher et les trouver, les réconforter avec un soin empressé et les soulager par les secours fournis ... Pour qu’un tel exercice de la charité échappe à tout soupçon et apparaisse comme tel, il faut voir dans le prochain l’image de Dieu selon laquelle il a été créé et le Christ Seigneur à qui est offert en réalité tout ce qui est donné à un pauvre&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn67&amp;quot;&amp;gt;AA 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comme les œuvres de charité et de miséricorde représentent un témoignage éminent de vie chrétienne, la formation apostolique doit aussi conduire à les pratiquer, en sorte que dès leur enfance les fidèles apprennent à compatir aux souffrances de leurs frères et à secourir généreusement ceux qui sont dans le besoin&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn68&amp;quot;&amp;gt;AA 31c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Se souvenant de la parole du Seigneur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;En ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn69&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 35. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;, les chrétiens ne peuvent avoir de souhait plus ardent que celui de se mettre au service des hommes de ce temps avec une générosité et une efficacité toujours plus grandes ... Le Père veut qu’en tout homme nous reconnaissions et aimions effectivement le Christ notre frère, en parole et en acte&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn70&amp;quot;&amp;gt;GS 93. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====III. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de pénitence, s’abstient spontanément de quelque chose de licite qui lui est agréable&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn71&amp;quot;&amp;gt;EI 1968 et 1986, conc. gen. III. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession convient particulièrement à notre époque en laquelle, en complément de la loi, d’ailleurs très douce, sur l’abstinence de viande et le jeûne, il convient tout à fait que les fidèles soient incités à exercer d’eux-mêmes la pénitence&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn72&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Paen III, c. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De la sorte, on encourage le fidèle à apprendre comment réduire son corps en servitude en réfrénant ses passions, et à se conformer au Christ pauvre et patient&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn73&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Mt 8, 20&amp;amp;nbsp;; 16, 24. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et l’abstinence aura plus de prix si elle est jointe à la charité, selon ces paroles de saint Léon le Grand&amp;amp;nbsp;: « Donnons à la vertu ce que nous retirons à la volupté. Que l’abstinence de celui qui jeûne devienne la réfection des pauvres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn74&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 13 (alias&amp;amp;nbsp;: 12) De ieiunio decimi mensis, 2 (PL 54, 172). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn75&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 9, 23&amp;amp;nbsp;: cf. ''Lc'' 14, 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn76&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 13, 5&amp;amp;nbsp;; cf. ''Lc'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais si, par l’Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn77&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn78&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse&amp;amp;nbsp;; eux, c’est pour une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable. Moi donc, je cours ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne vais pas à l’aveuglette&amp;amp;nbsp;; et je boxe ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne frappe pas dans le vide. Mais je traite durement mon corps et le tiens assujetti&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn79&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 9, 25‑27. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn80&amp;quot;&amp;gt;''2 Co'' 4, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle est digne de confiance, cette parole&amp;amp;nbsp;: si nous mourons avec lui, avec lui&amp;amp;nbsp;nous vivrons. Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn81&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 2, 11‑12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Renoncer ... aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn82&amp;quot;&amp;gt;''Tt'' 2, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais, dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn83&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Avec une sollicitude particulière, on cultivera chez eux l’obéissance sacerdotale, le mode de vie pauvre et l’esprit d’abnégation, pour qu’ils s’habituent à renoncer spontanément à ce qui est certes licite mais non pas utile, et à se conformer au Christ crucifié&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn84&amp;quot;&amp;gt;OT 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les fidèles, pour leur part, en vertu de leur sacerdoce royal, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent ce sacerdoce par la réception des sacrements, par la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte et par l’abnégation et une charité active&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn85&amp;quot;&amp;gt;LG 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dans la diversité des formes de vie et des tâches, c’est une seule sainteté qui est cultivée par tous ceux qui sont mus par l’Esprit de Dieu et qui, obéissant à la voix du Père et adorant Dieu le Père en esprit et en vérité, marchent à la suite du Christ pauvre, humble, et portant la croix, pour mériter d’avoir part à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn86&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L’Église invite tous les chrétiens, sans distinction, à obéir au précepte divin de la pénitence par des actes volontaires, en dehors des épreuves et des sacrifices inhérents à la vie quotidienne... L’Église veut indiquer que, conformément à la tradition ancienne, il y a trois façons principales de satisfaire au précepte divin de la pénitence&amp;amp;nbsp;: la prière, le jeûne et les œuvres de charité, bien qu’elle ait toujours spécialement prôné l’abstinence de viande et le jeûne. Ces façons ont été communément pratiquées dans tous les siècles. Il existe cependant aujourd’hui des motifs particuliers pour que, selon les exigences des diverses régions, il soit nécessaire d’insister sur telle ou telle forme de pénitence plutôt que sur telle autre. C’est ainsi que dans les pays qui connaissent un plus grand bien-être économique, on devra surtout donner un témoignage d’ascèse pour que les fidèles ne prennent pas l’esprit du &amp;quot;monde&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; et on devra en même temps donner un témoignage de charité envers les frères qui souffrent de la pauvreté et de la faim, même dans les pays lointains&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn87&amp;quot;&amp;gt;Paen III c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====IV. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, de façon spontanée, rend ouvertement un témoignage de foi devant les autres en des circonstances particulières de la vie quotidienne.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession incite le fidèle à professer ouvertement sa foi devant les autres, pour la gloire de Dieu et l’édification de l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Saint Augustin a écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que ton Symbole te soit comme un miroir. Regarde-toi en lui&amp;amp;nbsp;: pour voir si tu crois tout ce que tu déclares croire. Et réjouis-toi chaque jour en ta foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn88&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 58, 11, 13 (PL 38, 399). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie chrétienne de chaque jour sera donc comme l’&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;» concluant le «&amp;amp;nbsp;Je crois en Dieu&amp;amp;nbsp;» de la profession de foi de notre Baptême &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn89&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. CEC 1064. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn90&amp;quot;&amp;gt;''Mt'' 10, 32. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn91&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 11, 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez mes témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn92&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jour après jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn93&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 2, 46. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme... Et avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient tous d’une grande faveur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn94&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 4, 32-33. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;On publie votre foi dans le monde entier&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn95&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit ... tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn96&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 10, 9-10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Combats le beau combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé, comme tu l’as reconnu dans une belle profession de foi en présence de nombreux témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn97&amp;quot;&amp;gt;''1 Tm'' 6, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn98&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que nul d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou comme se mêlant des affaires d’autrui, mais si c’est comme chrétien, qu’il n’en ait pas honte, qu’il glorifie plutôt Dieu à cause de ce nom&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn99&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 4, 15-16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn100&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn'' 4, 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais pour que la charité grandisse dans les âmes et y porte des fruits comme le fait une bonne semence, chaque fidèle doit écouter volontiers la Parole de Dieu et, avec le secours de sa grâce, accomplir sa volonté en la mettant en œuvre, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions liturgiques, s’appliquer constamment à la prière, à l’abnégation, au service actif des frères, et à l’exercice de toutes les vertus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn101&amp;quot;&amp;gt;LG 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C’est certes à titre individuel que les chrétiens sont appelés à exercer l’apostolat dans leurs diverses conditions de vie&amp;amp;nbsp;; cependant ils se rappelleront que l’homme, par nature, est un être social ... C’est pourquoi les fidèles exerceront leur apostolat dans un esprit d’union et d’unanimité. Ils seront apôtres tant dans leurs communautés familiales que dans les paroisses et les diocèses qui par eux-mêmes expriment le caractère communautaire de l’apostolat, et dans les groupements libres dans le cadre desquels ils auront décidé de se réunir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn102&amp;quot;&amp;gt;AA 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais la nature sociale de l’homme exige elle-même que celui-ci exprime extérieurement les actes intérieurs de la religion, qu’il communique avec d’autres en matière religieuse, et qu’il professe sa religion sous une forme communautaire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn103&amp;quot;&amp;gt;DH 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il ne suffit pas que le peuple chrétien soit présent et établi dans un pays, et il ne suffit pas qu’il exerce l’apostolat de l’exemple&amp;amp;nbsp;; il est établi, il est présent à cette fin, qui est d’annoncer le Christ aux concitoyens non chrétiens par la parole et par l’action et de les aider à accueillir pleinement le Christ&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn104&amp;quot;&amp;gt;AG 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==AUTRES CONCESSIONS==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Aux quatre concessions générales traitées ci-dessus (nn. I‑IV), s’ajoutent quelques autres concessions, qui revêtent une signification particulière compte tenu des traditions du passé aussi bien que des besoins de notre temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces concessions se complètent réciproquement et, alors qu’elles invitent les fidèles, par le don de l’indulgence, à accomplir des œuvres de piété, de charité et de pénitence, elles les conduisent à s’unir plus étroitement par la charité au Christ Tête et à l’Église son corps&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn105&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Sont reportées quelques prières vénérables en raison de leur inspiration divine ou de leur caractère antique, et d’usage universel&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn106&amp;quot;&amp;gt;Par exemple, le ''Credo ''(conc. 28 § 2, 3°), le ''De profundis ''(conc. 9, 2°), le ''Magnificat ''(conc. 17 § 2, 1°), le ''Sub tuum praesidium ''(conc. 17 § 2, 3°), le ''Salve Regina ''(ibid.), l’''Actiones'' ''nostras ''(conc. 26 § 2, 2°), l’''Agimus'' ''tibi gratias ''(ibid.). &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est évident qu’elles sont citées à titre d’exemple. Mais il faut se rappeler ce que disent les Normes à propos du droit des évêques éparchiaux ou diocésains, des métropolites, des patriarches et des cardinaux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn107&amp;quot;&amp;gt;Cf. nn. 7-10, 11 § 2, 22, 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les indulgences concédées pour la pieuse récitation des prières dont la liste suit, par la nature des choses, peuvent être acquises par des fidèles de n’importe quel rite, quelle que soit la tradition liturgique à laquelle ces prières appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Ces prières, tout bien considéré, sont déjà comprises dans la concession générale I, quand elles sont récitées dans la vie courante par le fidèle qui élève son âme vers Dieu avec une humble confiance. Ainsi, par exemple, appartiennent à cette première concession les prières ''Actiones'' ''nostras ''et ''Agimus'' ''tibi gratias'', qui sont récitées dans l’«&amp;amp;nbsp;accomplissement de sa tâche ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, on a préféré les citer explicitement, parmi les pratiques indulgenciées, pour dissiper d’éventuels doutes et pour en souligner l’excellence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Comme il est de soi évident, chaque fois que, dans les concessions, l’on requiert pour obtenir une indulgence la récitation de prières, de litanies ou de petits offices, leur texte doit être approuvé par l’Autorité ecclésiastique compétente&amp;amp;nbsp;; et leur récitation, comme la visite d’un lieu sacré, l’accomplissement d’un pieux exercice ou l’usage d’un objet de dévotion quand ils sont prescrits, doit se faire avec la dévotion requise et la pieuse affection du cœur. Dans quelques concessions particulières, cet esprit est rappelé explicitement pour aider la piété des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Pour gagner une indulgence plénière, comme l’établit la norme 20, on requiert l’exécution de l’œuvre, l’accomplissement des trois conditions et une entière disposition de l’âme, qui exclue toute affection peccamineuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne l’indulgence partielle, dont parle la norme 4, sont requises l’exécution de l’œuvre et au moins la contrition du cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Si l’œuvre enrichie de l’indulgence plénière peut être divisée en plusieurs parties de façon convenable (par exemple, le Rosaire de la Vierge Marie en dizaines), celui qui, pour un motif raisonnable, n’accomplit pas l’œuvre entière, peut gagner l’indulgence partielle pour la partie accomplie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn108&amp;quot;&amp;gt;Cf. norme 20 § 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Sont dignes de mention spéciale les concessions relatives à des œuvres dont l’accomplissement permet au fidèle de gagner l’indulgence plénière chaque jour de l’année, restant ferme la norme 18 § 1, selon laquelle l’indulgence plénière ne peut être obtenue qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* l’adoration du Saint-Sacrement pendant une demi-heure au moins (conc. 7 § 1, 1°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* le pieux exercice du Chemin de la Croix (conc. 13, 2°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la récitation du Chapelet de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste dans une église ou un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse, dans une association de fidèles, et de manière générale quand plusieurs personnes se rassemblent dans un but honnête (conc. 17 § 1, 1° et conc. 23 § 1)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la pieuse lecture ou l’écoute de la Sainte Écriture pendant une demi-heure au moins (conc. 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Les concessions sont énumérées suivant l’ordre alphabétique latin. Pour établir cet ordre, on mentionne les premiers mots indiqués par le titre (par exemple, ''Actus consecrationis familiarum ''- ''Eucharistica adoratio et processio'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n’indique les sources de ces prières que lorsqu’il s’agit de textes liturgiques actuellement en vigueur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faciliter l’usage de ''l’Enchiridion ''aux fidèles, trois tables ont été ajoutées en fin de volume&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* les formules des prières&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la liste des temps et des actes par lesquels on obtient une indulgence plénière&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* l’index général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1722</id>
		<title>Enchiridion des indulgences</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1722"/>
				<updated>2011-04-06T15:51:21Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* II. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de foi et avec un cœur miséricordieux, s’emploie, par sa personne ou par ses biens, au service de ses frères dans le besoinCf. SPA, Indulgentiae apostolicae (AAS 55 [1963] 6&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;'''ENCHIRIDION'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;DES INDULGENCES&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Normes et concessions''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''1999''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Première édition latine, juin 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deuxième édition latine, octobre 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Troisième édition latine, mai 1986.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatrième édition latine, juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Troisième édition française, janvier 2000.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Titre original de l’ouvrage&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Enchiridion indulgentiarum''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Traduction française par la Procure de l’œuvre de Montligeon à Rome, approuvée par la Pénitencerie Apostolique''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte typique latin, Libreria Editrice Vaticana, 1999.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte français, éditions Lethielleux, 2000''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==DÉCRETS PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Quatrième édition de l’Enchiridion des indulgences ===&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mérites infinis de Jésus, divin Rédempteur du genre humain, et ceux qui en dérivent avec surabondance chez la bienheureuse Vierge Marie et tous les saints, sont confiés à l’Église du Christ comme un trésor inépuisable&amp;amp;nbsp;: pour qu’en vertu du pouvoir de lier et de délier attribué par le Fondateur de l’Église à Pierre et aux autres Apôtres, et par eux à leurs successeurs les Souverains Pontifes et les Évêques, ils soient appliqués en rémission des péchés et des conséquences des péchés. Cela se réalise avant tout, et de façon indispensable quand il s’agit de péchés mortels, à travers le Sacrement de la Réconciliation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, malgré la rémission aussi bien de la faute mortelle et donc nécessairement aussi de la peine éternelle méritée par cette faute, que de la faute légère ou péché véniel, le pécheur, bien que pardonné, peut avoir encore besoin de purification&amp;amp;nbsp;: il peut encore être tenu de purger une peine temporelle, soit dans la vie terrestre soit dans l’autre vie, par l’état de purgatoire. L’indulgence, qui découle de l’admirable trésor de l’Église mentionné plus haut, remplace, en l’éliminant, cette peine temporelle. Par conséquent, la doctrine de foi sur les indulgences et leur louable pratique confirment les mystères si consolants du Corps mystique du Christ et de la communion des saints, et elles appliquent ces mystères avec une spéciale efficacité pour obtenir la sainteté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela est abondamment enseigné par le Souverain Pontife Jean-Paul II dans la Bulle d’indiction du Grand Jubilé&amp;amp;nbsp;: ''Incarnationis'' ''mysterium''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En conformité avec cette expression du Magistère, la Pénitencerie Apostolique met à profit l’occasion offerte par le saint Jubilé, désormais imminent, et par la diffusion dans le monde catholique de la Bulle en question, pour publier pour la quatrième fois l’''Enchiridion des Indulgences'', selon la forme typique de l’édition du 29 juin 1968, qui suivait la discipline introduite par la Constitution Apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec cette nouvelle édition,&amp;amp;nbsp;les principes concernant la discipline des indulgences ne sont en rien changés, mais quelques normes ont été révisées conformément aux derniers documents publiés par le Siège Apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux concessions, elles ont été regroupées selon un critère systématique, si bien que leur nombre réel n’est pas changé, mais que la liste en est plus brève&amp;amp;nbsp;; la méthode suivie pour exprimer les concessions a été choisie dans le but de favoriser une pieuse disposition de charité, tant chez les fidèles en particulier qu’au sein de la communauté ecclésiale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi, tout d’abord, qu’on a inséré une quatrième concession générale, qui enrichit d’une indulgence le fait de témoigner ouvertement de la foi dans les circonstances particulières de la vie courante. Les autres nouvelles concessions d’une particulière importance sont destinées à affermir les fondements de la famille chrétienne (consécration des familles)&amp;amp;nbsp;; la communion de l’Église universelle dans sa supplication (participation fructueuse soit aux journées mondiales consacrées à une finalité religieuse, soit à la semaine pour l’unité des chrétiens)&amp;amp;nbsp;; le culte à rendre à Jésus présent dans le Saint Sacrement (procession eucharistique).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs concessions précédentes ont été encore étendues&amp;amp;nbsp;: par exemple celles qui concernent la récitation du rosaire de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste, les célébrations jubilaires des Ordinations, la lecture de l’Écriture Sainte et la visite des lieux sacrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette édition de l’''Enchiridion'', on fait plus souvent référence aux facultés qu’ont les assemblées épiscopales de déterminer les listes des prières les plus répandues sur leurs territoires, pour les orientaux selon leurs propres statuts, et pour les latins aux termes du canon 447 CIC. De fait le nombre des prières reportées par l’''Enchiridion'' est notablement augmenté, surtout pour celles des Traditions orientales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce décret, on déclare authentique le texte qui suit et l’on en ordonne la publication en vertu de l’autorité du Souverain Pontife, comme cela a été signifié aux Responsables de la Pénitencerie Apostolique dans l’audience du 5 juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, selon l’intention du Saint Père, souhaite que les fidèles, guidés par l’enseignement et la sollicitude pastorale de leurs évêques, s’emploient à augmenter leur piété à la gloire de la Divine et très auguste Trinité, par l’usage des saintes indulgences dans une religieuse disposition intérieure de leur âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nonobstant toutes dispositions contraires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donné à Rome, au Siège de la Pénitencerie Apostolique, le 16 juillet 1999, en la commémoration de Notre-Dame du Mont-Carmel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE ===&lt;br /&gt;
N. 129/99/I&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, ayant attentivement examiné la version en langue française de l’''Enchiridion indulgentiarum'', en autorise la publication pour ce qui est de sa compétence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rome, au siège de la Pénitencerie Apostolique, le 22 février 2000, Fête de la Chaire de Saint-Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==ABRÉVIATIONS ET SIGLES==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AA &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Apostolicam actuositatem''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 18 novembre 1965 (AAS 59 [1966] 837-864)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AAS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Acta Apostolicae Sedis, Commentarium officiale''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AG &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Ad gentes''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 947-990)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
All.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Allocution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ap.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AP&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Benoît XV, m.p. ''Alloquentes'' ''proxime''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 25 mars 1917 (AAS 9 [1917] 167)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
can./cann.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Canon/canons&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CD&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Christus Dominus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 oct. 1965 (AAS 58 [1966] 673-701)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CE&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Caeremoniale Episcoporum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatum'', 14 septembre 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CEC&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Catéchisme de l’Église catholique'', 15 août 1997&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1917&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici Pii X Pontificis Maximi iussu digestus Benedicti Papae XV auctoritate promulgatus'', 27 mai 1917&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1983 &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatus'', 25 janvier 1983&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conc.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; concession&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Const.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pie XII, m.p. ''Cleri'' ''sanctitati''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 2 juin 1957 (AAS 49 [1957] 433-600)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Ben.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Rituale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani instauratum auctoritate Ioannis Pauli II promulgatum, De benedictionibus'', 31 mai 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decl.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decr.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration ''Dignitatis'' ''humanae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 929-946)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Denzinger-Schönmetzer, ''Enchiridion Symbolorum Definitionum et Declarationum de rebus fidei et morum'', 33e éd., 1965&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1968&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 29 juin 1968&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1986&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 18 mai 1986&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
GS &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution pastorale ''Gaudium'' ''et spes,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 1025-1120)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ID&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. Ap. ''Indulgentiarum doctrina'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; janvier 1967 (AAS 59 [1967] 5-24)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IFI&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; SPA, décret ''In fere innumeris''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 20 juillet 1942 (AAS 34 [1942] 240)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LG&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution dogmatique ''Lumen gentium,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 21 novembre 1964 (AAS 57 [1965] 5-71)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Officium ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum, Liturgia Horarum iuxta Ritum Romanum'' (Liturgie des Heures), 7 avril 1985&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
m.p.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Lettre apostolique donnée sous forme de ''Motu proprio''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Missale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum'' (Missel Romain), 27 mars 1975&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
n./nn.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; norme/normes&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OT&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Optatam'' ''totius''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 octobre 1965 (AAS 58 [1966] 713-727)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paen.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Paenitemini''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 17 février 1966 (AAS 58 [1966] 177-198)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PB&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Jean-Paul II, Const. ap. ''Pastor'' ''bonus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 juin 1988 (AAS 80 [1988] 841-912)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PL&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Migne J.P., ''Patrologia latina'', 1841-1864&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Resp.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Réponse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
REU&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Regimini Ecclesiae Universae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 15 août 1967 (AAS 59 [1967] 885-928)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SCR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Congrégation des Rites&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SPA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Préliminaires==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La première édition de cet ''Enchiridion des indulgences'', parue en juin 1968, mettait à exécution la Norme 13 de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le manuel des indulgences sera révisé afin que des indulgences ne soient attachées qu’aux principales prières et aux principales œuvres de piété, de charité et de pénitence.&amp;amp;nbsp;» Dans les éditions successives, jusqu’à la présente édition, la Pénitencerie Apostolique veilla à rendre le texte plus clair, à le corriger en quelques points secondaires pour le conformer aux règles de la critique, et à insérer quelques additions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. À cet égard, sont considérées comme «&amp;amp;nbsp;principales prières et œuvres&amp;amp;nbsp;» celles qui, en tenant compte de la tradition et des conditions des temps, semblent être particulièrement adaptées non seulement pour aider les fidèles à s’acquitter des peines dues pour leurs péchés, «&amp;amp;nbsp;mais aussi et surtout pour les pousser à une plus grande ferveur de charité. Tel a été le principe inspirateur de la réforme&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Paul VI, Allocution au Sacré-Collège et à la Curie romaine, 23 décembre 1966&amp;amp;nbsp;: ''AAS'' 59 (1967), p. 57. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Conformément à la tradition, la participation au Sacrifice de la Messe et aux Sacrements n’est pas indulgenciée&amp;amp;nbsp;: ceux-ci possèdent en eux-mêmes une efficacité prééminente quant à «&amp;amp;nbsp;la sanctification et la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, lors d’événements particuliers (comme la première Communion, la première Messe d’un nouveau prêtre, la Messe de clôture d’un Congrès eucharistique), une indulgence est accordée, celle-ci n’est pas attachée à la participation à la Messe ou aux Sacrements, mais aux circonstances exceptionnelles qui accompagnent cette participation. Ainsi, grâce à l’indulgence, on encourage et l’on récompense en quelque sorte la résolution de se consacrer qui est propre à de telles célébrations, le bon exemple donné à autrui, et l’honneur rendu à la Sainte Eucharistie et au Sacerdoce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, conformément à la tradition, une indulgence peut être ajoutée à diverses œuvres de piété, privées et publiques&amp;amp;nbsp;; en outre, on peut enrichir d’une même indulgence des œuvres de charité et de pénitence, auxquelles il convient d’accorder plus d’importance de nos jours. Mais toutes ces œuvres indulgenciées, comme du reste toute autre bonne action et toute souffrance patiemment supportée, ne sont en rien disjointes de la Messe et des Sacrements, en tant que sources principales de la sanctification et de la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''ibid''. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: les bonnes œuvres et les souffrances deviennent l’offrande des fidèles eux-mêmes, offrande qui s’ajoute à celle du Christ dans le Sacrifice Eucharistique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 34. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; puisque la Messe et les Sacrements conduisent les fidèles à accomplir leurs devoirs de telle façon qu’ils «&amp;amp;nbsp;appliquent dans leur vie ce qu’ils ont reçu dans la foi&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Cf. MR, Oraison du lundi de l’octave de Pâques. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et qu’en retour, les devoirs accomplis consciencieusement disposent les âmes chaque jour un peu plus à participer avec fruit à la Messe et aux Sacrements&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Cf. SC 9‑13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Par piété envers les choses sacrées, une plus grande importance est accordée à l’action du fidèle ''(opus operantis)&amp;amp;nbsp;:'' c’est pourquoi on ne reporte pas une longue liste d’œuvres de piété ''(opus operatum) ''comme étrangères à la vie quotidienne des fidèles, mais on présente seulement un petit nombre de concessions&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;Cf. particulièrement les nn. I‑IV ci-dessous. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui incitent plus efficacement le fidèle à rendre sa vie plus profitable et plus sainte dans la mesure où on écarte «&amp;amp;nbsp;cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne… (et) où l’on unit dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Cf. GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique a donc cherché davantage à donner une grande place à la vie chrétienne, à former les âmes à l’esprit de prière et de pénitence et à l’exercice des vertus théologales, plutôt que de proposer des formules et des actes à répéter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Dans l’''Enchiridion'', avant d’énumérer les diverses concessions, on a fait figurer les Normes, reprises pour la plupart de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina'', du Code de droit canonique ainsi que d’autres documents normatifs. En effet il est utile, pour éviter d’éventuels doutes en cette matière, d’exposer simultanément et avec ordre toutes les dispositions actuellement en vigueur au sujet des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Dans l’''Enchiridion, ''on commence par énumérer quatre concessions générales, qui devraient donner le ton à la conduite quotidienne de la vie chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour l’utilité et l’instruction des fidèles, chacune des quatre concessions générales est accompagnée de quelques annotations qui manifestent comment elle s’accorde avec l’esprit de l’Évangile et avec le renouveau entrepris par le concile œcuménique Vatican II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Suit une liste de concessions relatives à quelques pieuses pratiques. Mais elles sont peu nombreuses, parce que beaucoup sont comprises dans les concessions générales, et aussi parce que, parmi les prières, on a préféré n’en rappeler expressément que quelques-unes de caractère universel. Les Assemblées épiscopales compétentes veilleront à ajouter aux éditions de l’''Enchiridion ''dans les diverses langues d’autres formules, utiles pour la piété des fidèles et chères à leur tradition, si le cas se présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# L’''Enchiridion ''contient en outre un Appendice, qui comprend une liste d’invocations et qui reporte le texte de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''.&amp;lt;br/&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Normes sur les indulgences==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 1 - L’indulgence est la remise devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés, déjà effacés quant à la faute, que le fidèle, bien disposé et à certaines conditions déterminées, reçoit par l’intervention de l’Église qui, en tant que ministre de la rédemption, distribue et applique avec autorité le trésor des satisfactions du Christ et des Saints&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 911&amp;amp;nbsp;; ID, n. 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983'', ''can. 992&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 1''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 2 - L’indulgence est partielle ou plénière selon qu’elle libère en partie ou totalement de la peine temporelle due pour les péchés&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 2&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'' EI 1968, n. 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can 993&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 2''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 3 - Tout fidèle peut gagner des indulgences partielles ou plénières pour lui-même, ou les appliquer aux défunts par mode de suffrage&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 930&amp;amp;nbsp;; ID, n. 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, nn. 3-4&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 994&amp;amp;nbsp;; EI 1986, nn. 3-4. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 4 – Au fidèle qui, au moins le cœur contrit, accomplit une œuvre à laquelle est attachée une indulgence partielle, est appliquée par l’Église&amp;amp;nbsp;la remise d’une peine temporelle de même valeur que celle qu’il obtient déjà par son œuvre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 5&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 5. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 5 - § 1. Outre l’autorité suprême de l’Église, seuls peuvent accorder des indulgences ceux à qui ce pouvoir est reconnu par le droit ou à qui il a été concédé par le Pontife Romain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Aucune autorité inférieure au Pontife Romain n’est en mesure de confier à d’autres le pouvoir de concéder des indulgences, à moins que cela ne lui ait été expressément concédé par le Siège Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 912&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 8&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 7. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2 &amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 913&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 10, 1°&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 6 - Dans la Curie Romaine, tout ce qui concerne la concession et l’usage des indulgences est confié exclusivement à la Pénitencerie Apostolique, restant sauf le droit de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi d’examiner ce qui regarde la doctrine dogmatique à leur sujet&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;AP 4-5&amp;amp;nbsp;; REU 113&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 8&amp;amp;nbsp;; PB 120. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 7 - Les évêques éparchiaux ou diocésains, ainsi que ceux qui leur sont assimilés en droit, même dépourvus de la dignité épiscopale, dès le début de leur charge pastorale, ont le droit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1°. D’accorder dans leur territoire l’indulgence partielle à tous les fidèles, et hors de leur territoire aux fidèles relevant de leur juridiction&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°. D’impartir trois fois par an la bénédiction papale avec indulgence plénière, en employant la formule prescrite, dans leur propre éparchie ou diocèse, lors de fêtes solennelles de leur choix, même s’ils ne font qu’assister à la Messe. Cette bénédiction se donne à l’issue de la Messe à la place de la bénédiction habituelle, selon les normes du Cérémonial des Évêques de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;1°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 349 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 396 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; 364 § 3, 3°&amp;amp;nbsp;; 367 § 2, 1°&amp;amp;nbsp;; 391&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 1°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 914&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, 2°&amp;amp;nbsp;; CE, 1122-1126&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 2°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 8 - Les métropolites peuvent accorder l’indulgence partielle dans les éparchies ou diocèses suffragants comme dans leur propre territoire&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 274, 2°&amp;amp;nbsp;; SPA, decr. 20 iul. 1942, n. 2&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 319, 6°&amp;amp;nbsp;; 320 § 1, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 12&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 9 - § 1. Les Patriarches, en tout lieu même exempt de leur patriarcat, dans les églises de leur propre rite en dehors des limites du patriarcat, et partout pour les fidèles de leur rite, peuvent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° accorder l’indulgence partielle&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° impartir la Bénédiction Papale avec indulgence plénière, trois fois par an en règle ordinaire, et en outre lorsque se présente une circonstance ou une raison religieuse tout à fait particulière, qui demande la concession de l’indulgence plénière pour le bien des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cette disposition vaut aussi pour les Archevêques Majeurs&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CS, can. 283, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CS can. 326 § 1, 10°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 10 - Les Cardinaux de la Sainte Église Romaine jouissent de la faculté d’accorder en tout lieu l’indulgence partielle, qui ne peut être acquise, à chaque fois, que par les personnes présentes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 239 § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; CS, can. 185, § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 14&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 11 - § 1. Il faut l’autorisation expresse du Siège Apostolique pour pouvoir imprimer, en quelque langue que ce soit, l’''Enchiridion ''des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Quant à tous les autres livres, feuillets et autres écrits contenant des concessions d’indulgences, ils ne peuvent être édités sans l’autorisation du Hiérarque ou de l’Ordinaire du lieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 826 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 12 – Selon l’intention du Souverain Pontife, les concessions des indulgences demandées pour tous les fidèles n’entrent en vigueur qu’après que leurs documents authentiques aient été revus par la Pénitencerie Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 920&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 13 - L’indulgence jointe à un jour de célébration liturgique est considérée comme transférée au jour auquel cette célébration ou la solennité extérieure, qui lui est liée, est légitimement transférée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 922&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 14 - Pour gagner l’indulgence attachée à un jour déterminé, si la visite d’une église ou d’un oratoire est requise, celle-ci peut se faire depuis midi, la veille, jusqu’à minuit, le jour en question&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 923&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 15 - Le fidèle peut obtenir une indulgence s’il se sert avec dévotion de l’un des objets de piété suivants, dûment béni&amp;amp;nbsp;: crucifix ou croix, chapelet, scapulaire ou médaille&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 19&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 16 - § 1. L’indulgence attachée à la visite d’une église ou d’un oratoire ne cesse pas si l’édifice est totalement détruit puis reconstruit avant cinquante ans, dans le même lieu ou à peu près, et sous le même titre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. L’indulgence attachée à l’usage d’un objet de piété ne cesse que si cet objet est entièrement détruit ou vendu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 17 - § 1. Pour avoir capacité à gagner des indulgences, il faut être baptisé, non excommunié et en état de grâce, au moins à la fin des œuvres prescrites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant, pour qu’un sujet capable gagne des indulgences, il doit avoir l’intention au moins générale de les acquérir, et accomplir les œuvres imposées dans le temps fixé et de la manière prescrite, selon la teneur de la concession&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;§&amp;amp;nbsp; 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 18 - § 1. L’indulgence plénière ne peut être acquise qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;; l’indulgence partielle peut l’être plusieurs fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant le fidèle peut obtenir l’indulgence plénière ''in articulo mortis ''même s’il a déjà acquis l’indulgence plénière en ce même jour&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 928&amp;amp;nbsp;; ID, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 §§ 1 et 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 §§ 1 et 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 19 - L’œuvre prescrite pour acquérir l’indulgence plénière attachée à une église ou à un oratoire consiste à y faire une pieuse visite, au cours de laquelle on récite l’Oraison Dominicale et le symbole de la foi (''Pater ''et ''Credo''), à moins que la concession n’en dispose autrement&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 25&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 20 - § 1. Pour gagner l’indulgence plénière, en plus d’exclure toute affection au péché, même véniel, il est requis d’accomplir l’œuvre indulgenciée et de remplir les trois conditions&amp;amp;nbsp;: confession sacramentelle, communion eucharistique et prière aux intentions du Souverain Pontife. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Avec une seule confession sacramentelle, on peut acquérir plusieurs indulgences plénières&amp;amp;nbsp;; mais avec une seule communion eucharistique et une seule prière aux intentions du Souverain Pontife, on n’acquiert qu’une seule indulgence plénière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. Les trois conditions peuvent être remplies plusieurs jours avant ou après l’accomplissement de l’œuvre prescrite&amp;amp;nbsp;; cependant, il convient de recevoir la communion et de prier aux intentions du Souverain Pontife le jour même où l’on accomplit l’œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4. S’il manque la pleine disposition, ou si l’œuvre requise n’est pas entièrement exécutée et les trois conditions susdites ne sont pas remplies - restant sauves les prescriptions n. 24 et n. 25 pour ceux qui sont «&amp;amp;nbsp;empêchés&amp;amp;nbsp;» - l’indulgence sera seulement partielle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5. La condition de prier aux intentions du Souverain Pontife est remplie si l’on récite à son intention un ''Pater ''et un ''Ave''&amp;amp;nbsp;; cependant les fidèles sont libres de réciter toute autre prière selon la piété et dévotion de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 28&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: ID, n. 8&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 27&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5&amp;amp;nbsp;: ID, n. 10&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 29&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 21 - § 1. On ne peut gagner une indulgence avec une œuvre à laquelle on est obligé par une loi ou un précepte, à moins que dans la concession de celle-ci il ne soit dit expressément le contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Toutefois, celui qui accomplit une œuvre imposée comme pénitence sacramentelle, qui est éventuellement enrichie d’indulgences, peut à la fois satisfaire à la pénitence et gagner les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. De même les membres d’Instituts de vie consacrée ou de Sociétés de vie apostolique peuvent gagner les indulgences par des prières et des œuvres pieuses qu’ils sont tenus d’offrir ou d’accomplir en vertu de leurs règles, de leurs constitutions ou tout autre précepte&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: PA, ''Réponse à un doute'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; juillet 1992 (AAS 84 [1992] 935).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 22 - L’indulgence attachée à une prière peut être gagnée quelle que soit la langue dans laquelle cette prière est récitée, pourvu que la traduction ait été approuvée par une autorité ecclésiastique compétente&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 32&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 23 - La récitation d’une prière en alternant avec un compagnon, ou le fait de la suivre mentalement tandis qu’un autre la récite, suffisent pour gagner des indulgences&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 33&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 26. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 24 - Les confesseurs peuvent commuer soit l’œuvre prescrite, soit les conditions, en faveur de ceux qui, tenus par un empêchement légitime, ne peuvent les accomplir&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 935&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 34&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 25 - Les Hiérarques ou les Ordinaires des lieux peuvent de surcroît concéder aux fidèles sur lesquels ils exercent leur autorité selon le droit, si ceux-ci se trouvent en des lieux où il leur est soit impossible soit très difficile d’approcher de la confession ou de la communion, de pouvoir gagner l’indulgence plénière sans la confession et la communion actuelles, pourvu qu’ils aient le cœur contrit et qu’ils se proposent de recevoir ces sacrements dès qu’ils le pourront&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 11&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 35&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 26 - Les sourds comme les muets peuvent gagner les indulgences attachées à des prières publiques, s’ils élèvent vers Dieu leur esprit et leurs pieux sentiments, à l’unisson des autres fidèles qui prient dans le même lieu&amp;amp;nbsp;; et s’il s’agit de prières privées, il suffit qu’ils les récitent mentalement, qu’ils les expriment par des signes, ou qu’ils les parcourent seulement des yeux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 936&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 36&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 29. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Quatre concessions générales==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. On propose avant tout quatre concessions d’indulgences qui invitent le fidèle à pénétrer d’esprit chrétien les actions qui sont en quelque sorte la trame de sa vie quotidienne&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''1 Co ''10, 31&amp;amp;nbsp;; ''Col ''3, 17&amp;amp;nbsp;; AA 2‑4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;, et à chercher la perfection de la charité dans ses occupations ordinaires&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 39, 40‑42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les quatre concessions sont réellement de caractère général et chacune d’elles comprend plusieurs œuvres du même genre. Cependant ces œuvres ne sont pas toutes indulgenciées, mais seulement celles qui sont accomplies d’une manière et dans un esprit particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, par la première concession ainsi formulée - «&amp;amp;nbsp;L’indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en accomplissant ses devoirs et en supportant les adversités de la vie, élève avec une humble confiance son âme vers Dieu, en ajoutant, ne fût-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;amp;nbsp;» - ne sont enrichis d’indulgence que les actes par lesquels le fidèle accomplit ses devoirs et supporte les adversités de la vie tout en élevant son esprit vers Dieu de la façon indiquée. De tels actes particuliers, en raison de la faiblesse humaine, ne sont pas fréquents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelqu’un était assez appliqué et fervent pour multiplier ces actes dans la journée, il mériterait justement, en plus d’une augmentation de grâce, une plus large remise de peine et, à la mesure de sa charité, il pourrait aussi plus largement venir au secours des âmes du purgatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit juger de la même façon pour les trois autres concessions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Puisque ces quatre concessions, comme il est manifeste, concordent pleinement avec l’Évangile et avec la doctrine de l’Église, clairement exposée par le Concile Vatican II, on reporte pour l’utilité des fidèles des passages de la Sainte Écriture et des Actes de ce concile en commentaire de chacune des concessions suivantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CONCESSIONS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== I. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, accomplissant ses devoirs et supportant les adversités de la vie, élève son âme vers Dieu avec une humble confiance, en ajoutant, ne serait-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Decr. Pia oblatio quotidiani laboris Indulgentiis ditatur, 25 nov. 1961 (AAS 53 [1961] 827) ; Decr. Pia oblatio humani doloris Indulgentiis ditatur, 4 juin 1962 (AAS 54 [1962] 475) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. I. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par cette première concession, les fidèles sont conduits en quelque sorte à mettre en pratique le commandement du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est nécessaire de prier sans cesse et de ne pas se décourager&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;'''''Lc 18, 1. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;; en même temps ils sont exhortés à s’acquitter de leurs devoirs d’une façon telle qu’ils gardent et accroissent leur union au Christ.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’esprit dans lequel l’Église concède cette indulgence est parfaitement illustré par les passages suivants de l’Écriture&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Demandez, on vous donnera&amp;amp;nbsp;; cherchez, vous trouverez&amp;amp;nbsp;; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''7, 7‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''26, 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s’alourdissent dans ... les soucis de la vie ... Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 21, 34.36. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;''Ac ''2, 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;''1 Co ''10, 31. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’Esprit suscite votre prière sous toutes ses formes, vos requêtes, en toutes circonstances&amp;amp;nbsp;; employez vos veilles à une infatigable intercession pour tous les saints&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;''Ep ''6, 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous à la prière&amp;amp;nbsp;; qu’elle vous garde sur le qui-vive dans l’action de grâce&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;''Col ''4, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Priez sans cesse, rendez grâce en toute circonstance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;''1 Th ''5, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et dans les actes du Concile Vatican II on lit ceci&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi donc tous les fidèles du Christ se sanctifieront chaque jour davantage dans les conditions, les charges et les circonstances de leur vie et grâce à tout cela, s’ils acceptent tout avec foi de la main du Père céleste et s’ils coopèrent à la volonté de Dieu, en manifestant à tous, dans le service temporel lui-même, l’amour dont Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette vie d’intime union avec le Christ dans l’Église est entretenue par les secours spirituels ... qui doivent être utilisés par les laïcs de telle sorte que, tout en remplissant de façon convenable les obligations du monde dans les conditions ordinaires de leur vie, ils ne dissocient pas l’union au Christ et leur vie, mais qu’en accomplissant leurs œuvres selon la volonté de Dieu, ils grandissent encore dans cette union ... Ni le soin de leur famille ni les autres affaires temporelles ne doivent être étrangers à leur vie spirituelle, selon cette parole de l’Apôtre&amp;amp;nbsp;: ‘Tout ce que vous faites, en paroles ou en actes, faites-le au nom du Seigneur Jésus-Christ, en rendant grâces par lui à Dieu le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;‘&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;AA 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps ... il faut éviter d’opposer artificiellement les activités professionnelles et sociales d’une part et la vie religieuse d’autre part ... Que les chrétiens, suivant l’exemple du Christ, qui exerça un métier d’artisan, se réjouissent plutôt de pouvoir mener toutes leurs activités terrestres en unissant dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====II. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de foi et avec un cœur miséricordieux, s’emploie, par sa personne ou par ses biens, au service de ses frères dans le besoin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn52&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Indulgentiae apostolicae (AAS 55 [1963] 657-659) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. II. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par la concession de cette indulgence, le fidèle est engagé, en suivant l’exemple et le commandement du Christ&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn53&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. Jn 13, 15&amp;amp;nbsp;; Ac 10, 38. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;, à accomplir plus fréquemment des œuvres de charité et de miséricorde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Toutes les œuvres de charité ne sont pourtant pas indulgenciées, mais seulement celles qui sont faites&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;au service des frères dans le besoin&amp;amp;nbsp;», qu’il s’agisse de besoin corporel, comme celui de la nourriture ou du vêtement, ou bien de besoin spirituel, comme celui de l’instruction ou du réconfort.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger&amp;amp;nbsp;; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire&amp;amp;nbsp;; j’étais un étranger, et vous m’avez recueilli&amp;amp;nbsp;; nu, et vous m’avez vêtu&amp;amp;nbsp;; malade, et vous m’avez visité&amp;amp;nbsp;; en prison, et vous êtes venus à moi ... En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn54&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''25, 35‑36.40&amp;amp;nbsp;; cf. aussi ''Tob'' 4, 7‑8&amp;amp;nbsp;; ''Is'' 58, 7. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je vous donne un commandement nouveau&amp;amp;nbsp;: aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples&amp;amp;nbsp;: à l’amour que vous aurez les uns pour les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn55&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 34‑35. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que celui qui donne le fasse sans calcul ... celui qui exerce la miséricorde, avec joie ... Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection&amp;amp;nbsp;; rivalisez d’estime réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur ... Soyez solidaires des saints dans le besoin, exercez l’hospitalité avec empressement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn56&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 8.10‑11.13 &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés ... s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn57&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tant que nous disposons de temps, travaillons pour le bien de tous, surtout celui de nos proches dans la foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn58&amp;quot;&amp;gt;''Gal'' 6, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn59&amp;quot;&amp;gt;''Ep'' 5, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn60&amp;quot;&amp;gt;''1 Th'' 4, 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’amour fraternel demeure&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn61&amp;quot;&amp;gt;''He ''13, 1. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici&amp;amp;nbsp;: visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse&amp;amp;nbsp;; se garder du monde pour ne pas se souiller&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn62&amp;quot;&amp;gt;''Jc'' 1, 27&amp;amp;nbsp;; cf. ''Jc'' 2, 15‑16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous avez purifié vos âmes, en obéissant à la vérité, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie. Aimez-vous les uns les autres d’un cœur pur, avec constance&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn63&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''1, 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Enfin, soyez tous dans de mêmes dispositions, compatissants, animés d’un amour fraternel, miséricordieux, humbles. Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l’insulte pour l’insulte&amp;amp;nbsp;; au contraire, bénissez, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn64&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 3, 8‑9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et pour cette raison même, concentrant tous vos efforts, joignez ... à la piété l’amitié fraternelle, à l’amitié fraternelle l’amour&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn65&amp;quot;&amp;gt;''2 P ''1, 5.7. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il se ferme à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? Mes petits enfants, n’aimons pas en paroles et de langue, mais en acte et dans la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn66&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn ''3, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Partout où vivent des gens qui manquent de nourriture et de boisson, de vêtements, de logement, de remèdes, de travail, d’instruction, des moyens nécessaires pour mener une vie vraiment humaine, qui sont en proie aux tribulations et à la maladie, qui subissent l’exil ou la prison, tous ceux-là la charité chrétienne doit les chercher et les trouver, les réconforter avec un soin empressé et les soulager par les secours fournis ... Pour qu’un tel exercice de la charité échappe à tout soupçon et apparaisse comme tel, il faut voir dans le prochain l’image de Dieu selon laquelle il a été créé et le Christ Seigneur à qui est offert en réalité tout ce qui est donné à un pauvre&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn67&amp;quot;&amp;gt;AA 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comme les œuvres de charité et de miséricorde représentent un témoignage éminent de vie chrétienne, la formation apostolique doit aussi conduire à les pratiquer, en sorte que dès leur enfance les fidèles apprennent à compatir aux souffrances de leurs frères et à secourir généreusement ceux qui sont dans le besoin&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn68&amp;quot;&amp;gt;AA 31c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Se souvenant de la parole du Seigneur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;En ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn69&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 35. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;, les chrétiens ne peuvent avoir de souhait plus ardent que celui de se mettre au service des hommes de ce temps avec une générosité et une efficacité toujours plus grandes ... Le Père veut qu’en tout homme nous reconnaissions et aimions effectivement le Christ notre frère, en parole et en acte&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn70&amp;quot;&amp;gt;GS 93. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====III. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de pénitence, s’abstient spontanément de quelque chose de licite qui lui est agréable&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn71&amp;quot;&amp;gt;EI 1968 et 1986, conc. gen. III. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession convient particulièrement à notre époque en laquelle, en complément de la loi, d’ailleurs très douce, sur l’abstinence de viande et le jeûne, il convient tout à fait que les fidèles soient incités à exercer d’eux-mêmes la pénitence&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn72&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Paen III, c. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De la sorte, on encourage le fidèle à apprendre comment réduire son corps en servitude en réfrénant ses passions, et à se conformer au Christ pauvre et patient&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn73&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Mt 8, 20&amp;amp;nbsp;; 16, 24. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et l’abstinence aura plus de prix si elle est jointe à la charité, selon ces paroles de saint Léon le Grand&amp;amp;nbsp;: « Donnons à la vertu ce que nous retirons à la volupté. Que l’abstinence de celui qui jeûne devienne la réfection des pauvres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn74&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 13 (alias&amp;amp;nbsp;: 12) De ieiunio decimi mensis, 2 (PL 54, 172). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn75&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 9, 23&amp;amp;nbsp;: cf. ''Lc'' 14, 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn76&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 13, 5&amp;amp;nbsp;; cf. ''Lc'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais si, par l’Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn77&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn78&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse&amp;amp;nbsp;; eux, c’est pour une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable. Moi donc, je cours ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne vais pas à l’aveuglette&amp;amp;nbsp;; et je boxe ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne frappe pas dans le vide. Mais je traite durement mon corps et le tiens assujetti&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn79&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 9, 25‑27. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn80&amp;quot;&amp;gt;''2 Co'' 4, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle est digne de confiance, cette parole&amp;amp;nbsp;: si nous mourons avec lui, avec lui&amp;amp;nbsp;nous vivrons. Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn81&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 2, 11‑12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Renoncer ... aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn82&amp;quot;&amp;gt;''Tt'' 2, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais, dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn83&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Avec une sollicitude particulière, on cultivera chez eux l’obéissance sacerdotale, le mode de vie pauvre et l’esprit d’abnégation, pour qu’ils s’habituent à renoncer spontanément à ce qui est certes licite mais non pas utile, et à se conformer au Christ crucifié&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn84&amp;quot;&amp;gt;OT 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les fidèles, pour leur part, en vertu de leur sacerdoce royal, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent ce sacerdoce par la réception des sacrements, par la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte et par l’abnégation et une charité active&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn85&amp;quot;&amp;gt;LG 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dans la diversité des formes de vie et des tâches, c’est une seule sainteté qui est cultivée par tous ceux qui sont mus par l’Esprit de Dieu et qui, obéissant à la voix du Père et adorant Dieu le Père en esprit et en vérité, marchent à la suite du Christ pauvre, humble, et portant la croix, pour mériter d’avoir part à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn86&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L’Église invite tous les chrétiens, sans distinction, à obéir au précepte divin de la pénitence par des actes volontaires, en dehors des épreuves et des sacrifices inhérents à la vie quotidienne... L’Église veut indiquer que, conformément à la tradition ancienne, il y a trois façons principales de satisfaire au précepte divin de la pénitence&amp;amp;nbsp;: la prière, le jeûne et les œuvres de charité, bien qu’elle ait toujours spécialement prôné l’abstinence de viande et le jeûne. Ces façons ont été communément pratiquées dans tous les siècles. Il existe cependant aujourd’hui des motifs particuliers pour que, selon les exigences des diverses régions, il soit nécessaire d’insister sur telle ou telle forme de pénitence plutôt que sur telle autre. C’est ainsi que dans les pays qui connaissent un plus grand bien-être économique, on devra surtout donner un témoignage d’ascèse pour que les fidèles ne prennent pas l’esprit du &amp;quot;monde&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; et on devra en même temps donner un témoignage de charité envers les frères qui souffrent de la pauvreté et de la faim, même dans les pays lointains&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn87&amp;quot;&amp;gt;Paen III c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====IV. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, de façon spontanée, rend ouvertement un témoignage de foi devant les autres en des circonstances particulières de la vie quotidienne.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession incite le fidèle à professer ouvertement sa foi devant les autres, pour la gloire de Dieu et l’édification de l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Saint Augustin a écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que ton Symbole te soit comme un miroir. Regarde-toi en lui&amp;amp;nbsp;: pour voir si tu crois tout ce que tu déclares croire. Et réjouis-toi chaque jour en ta foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn88&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 58, 11, 13 (PL 38, 399). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie chrétienne de chaque jour sera donc comme l’&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;» concluant le «&amp;amp;nbsp;Je crois en Dieu&amp;amp;nbsp;» de la profession de foi de notre Baptême &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn89&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. CEC 1064. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn90&amp;quot;&amp;gt;''Mt'' 10, 32. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn91&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 11, 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez mes témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn92&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jour après jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn93&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 2, 46. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme... Et avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient tous d’une grande faveur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn94&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 4, 32-33. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;On publie votre foi dans le monde entier&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn95&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit ... tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn96&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 10, 9-10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Combats le beau combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé, comme tu l’as reconnu dans une belle profession de foi en présence de nombreux témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn97&amp;quot;&amp;gt;''1 Tm'' 6, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn98&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que nul d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou comme se mêlant des affaires d’autrui, mais si c’est comme chrétien, qu’il n’en ait pas honte, qu’il glorifie plutôt Dieu à cause de ce nom&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn99&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 4, 15-16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn100&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn'' 4, 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais pour que la charité grandisse dans les âmes et y porte des fruits comme le fait une bonne semence, chaque fidèle doit écouter volontiers la Parole de Dieu et, avec le secours de sa grâce, accomplir sa volonté en la mettant en œuvre, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions liturgiques, s’appliquer constamment à la prière, à l’abnégation, au service actif des frères, et à l’exercice de toutes les vertus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn101&amp;quot;&amp;gt;LG 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C’est certes à titre individuel que les chrétiens sont appelés à exercer l’apostolat dans leurs diverses conditions de vie&amp;amp;nbsp;; cependant ils se rappelleront que l’homme, par nature, est un être social ... C’est pourquoi les fidèles exerceront leur apostolat dans un esprit d’union et d’unanimité. Ils seront apôtres tant dans leurs communautés familiales que dans les paroisses et les diocèses qui par eux-mêmes expriment le caractère communautaire de l’apostolat, et dans les groupements libres dans le cadre desquels ils auront décidé de se réunir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn102&amp;quot;&amp;gt;AA 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais la nature sociale de l’homme exige elle-même que celui-ci exprime extérieurement les actes intérieurs de la religion, qu’il communique avec d’autres en matière religieuse, et qu’il professe sa religion sous une forme communautaire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn103&amp;quot;&amp;gt;DH 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il ne suffit pas que le peuple chrétien soit présent et établi dans un pays, et il ne suffit pas qu’il exerce l’apostolat de l’exemple&amp;amp;nbsp;; il est établi, il est présent à cette fin, qui est d’annoncer le Christ aux concitoyens non chrétiens par la parole et par l’action et de les aider à accueillir pleinement le Christ&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn104&amp;quot;&amp;gt;AG 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==AUTRES CONCESSIONS==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Aux quatre concessions générales traitées ci-dessus (nn. I‑IV), s’ajoutent quelques autres concessions, qui revêtent une signification particulière compte tenu des traditions du passé aussi bien que des besoins de notre temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces concessions se complètent réciproquement et, alors qu’elles invitent les fidèles, par le don de l’indulgence, à accomplir des œuvres de piété, de charité et de pénitence, elles les conduisent à s’unir plus étroitement par la charité au Christ Tête et à l’Église son corps&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn105&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Sont reportées quelques prières vénérables en raison de leur inspiration divine ou de leur caractère antique, et d’usage universel&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn106&amp;quot;&amp;gt;Par exemple, le ''Credo ''(conc. 28 § 2, 3°), le ''De profundis ''(conc. 9, 2°), le ''Magnificat ''(conc. 17 § 2, 1°), le ''Sub tuum praesidium ''(conc. 17 § 2, 3°), le ''Salve Regina ''(ibid.), l’''Actiones'' ''nostras ''(conc. 26 § 2, 2°), l’''Agimus'' ''tibi gratias ''(ibid.). &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est évident qu’elles sont citées à titre d’exemple. Mais il faut se rappeler ce que disent les Normes à propos du droit des évêques éparchiaux ou diocésains, des métropolites, des patriarches et des cardinaux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn107&amp;quot;&amp;gt;Cf. nn. 7-10, 11 § 2, 22, 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les indulgences concédées pour la pieuse récitation des prières dont la liste suit, par la nature des choses, peuvent être acquises par des fidèles de n’importe quel rite, quelle que soit la tradition liturgique à laquelle ces prières appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Ces prières, tout bien considéré, sont déjà comprises dans la concession générale I, quand elles sont récitées dans la vie courante par le fidèle qui élève son âme vers Dieu avec une humble confiance. Ainsi, par exemple, appartiennent à cette première concession les prières ''Actiones'' ''nostras ''et ''Agimus'' ''tibi gratias'', qui sont récitées dans l’«&amp;amp;nbsp;accomplissement de sa tâche ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, on a préféré les citer explicitement, parmi les pratiques indulgenciées, pour dissiper d’éventuels doutes et pour en souligner l’excellence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Comme il est de soi évident, chaque fois que, dans les concessions, l’on requiert pour obtenir une indulgence la récitation de prières, de litanies ou de petits offices, leur texte doit être approuvé par l’Autorité ecclésiastique compétente&amp;amp;nbsp;; et leur récitation, comme la visite d’un lieu sacré, l’accomplissement d’un pieux exercice ou l’usage d’un objet de dévotion quand ils sont prescrits, doit se faire avec la dévotion requise et la pieuse affection du cœur. Dans quelques concessions particulières, cet esprit est rappelé explicitement pour aider la piété des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Pour gagner une indulgence plénière, comme l’établit la norme 20, on requiert l’exécution de l’œuvre, l’accomplissement des trois conditions et une entière disposition de l’âme, qui exclue toute affection peccamineuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne l’indulgence partielle, dont parle la norme 4, sont requises l’exécution de l’œuvre et au moins la contrition du cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Si l’œuvre enrichie de l’indulgence plénière peut être divisée en plusieurs parties de façon convenable (par exemple, le Rosaire de la Vierge Marie en dizaines), celui qui, pour un motif raisonnable, n’accomplit pas l’œuvre entière, peut gagner l’indulgence partielle pour la partie accomplie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn108&amp;quot;&amp;gt;Cf. norme 20 § 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Sont dignes de mention spéciale les concessions relatives à des œuvres dont l’accomplissement permet au fidèle de gagner l’indulgence plénière chaque jour de l’année, restant ferme la norme 18 § 1, selon laquelle l’indulgence plénière ne peut être obtenue qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* l’adoration du Saint-Sacrement pendant une demi-heure au moins (conc. 7 § 1, 1°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* le pieux exercice du Chemin de la Croix (conc. 13, 2°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la récitation du Chapelet de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste dans une église ou un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse, dans une association de fidèles, et de manière générale quand plusieurs personnes se rassemblent dans un but honnête (conc. 17 § 1, 1° et conc. 23 § 1)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la pieuse lecture ou l’écoute de la Sainte Écriture pendant une demi-heure au moins (conc. 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Les concessions sont énumérées suivant l’ordre alphabétique latin. Pour établir cet ordre, on mentionne les premiers mots indiqués par le titre (par exemple, ''Actus consecrationis familiarum ''- ''Eucharistica adoratio et processio'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n’indique les sources de ces prières que lorsqu’il s’agit de textes liturgiques actuellement en vigueur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faciliter l’usage de ''l’Enchiridion ''aux fidèles, trois tables ont été ajoutées en fin de volume&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* les formules des prières&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la liste des temps et des actes par lesquels on obtient une indulgence plénière&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* l’index général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1721</id>
		<title>Enchiridion des indulgences</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1721"/>
				<updated>2011-04-06T15:49:52Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* II. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de foi et avec un cœur miséricordieux, s’emploie, par sa personne ou par ses biens, au service de ses frères dans le besoinCf. SPA, Indulgentiae apostolicae (AAS 55 [1963] 6&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;'''ENCHIRIDION'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;DES INDULGENCES&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Normes et concessions''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''1999''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Première édition latine, juin 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deuxième édition latine, octobre 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Troisième édition latine, mai 1986.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatrième édition latine, juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Troisième édition française, janvier 2000.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Titre original de l’ouvrage&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Enchiridion indulgentiarum''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Traduction française par la Procure de l’œuvre de Montligeon à Rome, approuvée par la Pénitencerie Apostolique''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte typique latin, Libreria Editrice Vaticana, 1999.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte français, éditions Lethielleux, 2000''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==DÉCRETS PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Quatrième édition de l’Enchiridion des indulgences ===&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mérites infinis de Jésus, divin Rédempteur du genre humain, et ceux qui en dérivent avec surabondance chez la bienheureuse Vierge Marie et tous les saints, sont confiés à l’Église du Christ comme un trésor inépuisable&amp;amp;nbsp;: pour qu’en vertu du pouvoir de lier et de délier attribué par le Fondateur de l’Église à Pierre et aux autres Apôtres, et par eux à leurs successeurs les Souverains Pontifes et les Évêques, ils soient appliqués en rémission des péchés et des conséquences des péchés. Cela se réalise avant tout, et de façon indispensable quand il s’agit de péchés mortels, à travers le Sacrement de la Réconciliation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, malgré la rémission aussi bien de la faute mortelle et donc nécessairement aussi de la peine éternelle méritée par cette faute, que de la faute légère ou péché véniel, le pécheur, bien que pardonné, peut avoir encore besoin de purification&amp;amp;nbsp;: il peut encore être tenu de purger une peine temporelle, soit dans la vie terrestre soit dans l’autre vie, par l’état de purgatoire. L’indulgence, qui découle de l’admirable trésor de l’Église mentionné plus haut, remplace, en l’éliminant, cette peine temporelle. Par conséquent, la doctrine de foi sur les indulgences et leur louable pratique confirment les mystères si consolants du Corps mystique du Christ et de la communion des saints, et elles appliquent ces mystères avec une spéciale efficacité pour obtenir la sainteté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela est abondamment enseigné par le Souverain Pontife Jean-Paul II dans la Bulle d’indiction du Grand Jubilé&amp;amp;nbsp;: ''Incarnationis'' ''mysterium''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En conformité avec cette expression du Magistère, la Pénitencerie Apostolique met à profit l’occasion offerte par le saint Jubilé, désormais imminent, et par la diffusion dans le monde catholique de la Bulle en question, pour publier pour la quatrième fois l’''Enchiridion des Indulgences'', selon la forme typique de l’édition du 29 juin 1968, qui suivait la discipline introduite par la Constitution Apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec cette nouvelle édition,&amp;amp;nbsp;les principes concernant la discipline des indulgences ne sont en rien changés, mais quelques normes ont été révisées conformément aux derniers documents publiés par le Siège Apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux concessions, elles ont été regroupées selon un critère systématique, si bien que leur nombre réel n’est pas changé, mais que la liste en est plus brève&amp;amp;nbsp;; la méthode suivie pour exprimer les concessions a été choisie dans le but de favoriser une pieuse disposition de charité, tant chez les fidèles en particulier qu’au sein de la communauté ecclésiale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi, tout d’abord, qu’on a inséré une quatrième concession générale, qui enrichit d’une indulgence le fait de témoigner ouvertement de la foi dans les circonstances particulières de la vie courante. Les autres nouvelles concessions d’une particulière importance sont destinées à affermir les fondements de la famille chrétienne (consécration des familles)&amp;amp;nbsp;; la communion de l’Église universelle dans sa supplication (participation fructueuse soit aux journées mondiales consacrées à une finalité religieuse, soit à la semaine pour l’unité des chrétiens)&amp;amp;nbsp;; le culte à rendre à Jésus présent dans le Saint Sacrement (procession eucharistique).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs concessions précédentes ont été encore étendues&amp;amp;nbsp;: par exemple celles qui concernent la récitation du rosaire de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste, les célébrations jubilaires des Ordinations, la lecture de l’Écriture Sainte et la visite des lieux sacrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette édition de l’''Enchiridion'', on fait plus souvent référence aux facultés qu’ont les assemblées épiscopales de déterminer les listes des prières les plus répandues sur leurs territoires, pour les orientaux selon leurs propres statuts, et pour les latins aux termes du canon 447 CIC. De fait le nombre des prières reportées par l’''Enchiridion'' est notablement augmenté, surtout pour celles des Traditions orientales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce décret, on déclare authentique le texte qui suit et l’on en ordonne la publication en vertu de l’autorité du Souverain Pontife, comme cela a été signifié aux Responsables de la Pénitencerie Apostolique dans l’audience du 5 juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, selon l’intention du Saint Père, souhaite que les fidèles, guidés par l’enseignement et la sollicitude pastorale de leurs évêques, s’emploient à augmenter leur piété à la gloire de la Divine et très auguste Trinité, par l’usage des saintes indulgences dans une religieuse disposition intérieure de leur âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nonobstant toutes dispositions contraires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donné à Rome, au Siège de la Pénitencerie Apostolique, le 16 juillet 1999, en la commémoration de Notre-Dame du Mont-Carmel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE ===&lt;br /&gt;
N. 129/99/I&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, ayant attentivement examiné la version en langue française de l’''Enchiridion indulgentiarum'', en autorise la publication pour ce qui est de sa compétence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rome, au siège de la Pénitencerie Apostolique, le 22 février 2000, Fête de la Chaire de Saint-Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==ABRÉVIATIONS ET SIGLES==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AA &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Apostolicam actuositatem''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 18 novembre 1965 (AAS 59 [1966] 837-864)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AAS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Acta Apostolicae Sedis, Commentarium officiale''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AG &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Ad gentes''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 947-990)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
All.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Allocution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ap.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AP&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Benoît XV, m.p. ''Alloquentes'' ''proxime''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 25 mars 1917 (AAS 9 [1917] 167)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
can./cann.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Canon/canons&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CD&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Christus Dominus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 oct. 1965 (AAS 58 [1966] 673-701)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CE&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Caeremoniale Episcoporum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatum'', 14 septembre 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CEC&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Catéchisme de l’Église catholique'', 15 août 1997&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1917&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici Pii X Pontificis Maximi iussu digestus Benedicti Papae XV auctoritate promulgatus'', 27 mai 1917&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1983 &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatus'', 25 janvier 1983&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conc.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; concession&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Const.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pie XII, m.p. ''Cleri'' ''sanctitati''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 2 juin 1957 (AAS 49 [1957] 433-600)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Ben.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Rituale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani instauratum auctoritate Ioannis Pauli II promulgatum, De benedictionibus'', 31 mai 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decl.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decr.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration ''Dignitatis'' ''humanae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 929-946)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Denzinger-Schönmetzer, ''Enchiridion Symbolorum Definitionum et Declarationum de rebus fidei et morum'', 33e éd., 1965&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1968&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 29 juin 1968&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1986&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 18 mai 1986&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
GS &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution pastorale ''Gaudium'' ''et spes,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 1025-1120)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ID&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. Ap. ''Indulgentiarum doctrina'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; janvier 1967 (AAS 59 [1967] 5-24)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IFI&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; SPA, décret ''In fere innumeris''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 20 juillet 1942 (AAS 34 [1942] 240)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LG&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution dogmatique ''Lumen gentium,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 21 novembre 1964 (AAS 57 [1965] 5-71)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Officium ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum, Liturgia Horarum iuxta Ritum Romanum'' (Liturgie des Heures), 7 avril 1985&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
m.p.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Lettre apostolique donnée sous forme de ''Motu proprio''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Missale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum'' (Missel Romain), 27 mars 1975&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
n./nn.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; norme/normes&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OT&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Optatam'' ''totius''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 octobre 1965 (AAS 58 [1966] 713-727)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paen.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Paenitemini''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 17 février 1966 (AAS 58 [1966] 177-198)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PB&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Jean-Paul II, Const. ap. ''Pastor'' ''bonus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 juin 1988 (AAS 80 [1988] 841-912)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PL&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Migne J.P., ''Patrologia latina'', 1841-1864&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Resp.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Réponse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
REU&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Regimini Ecclesiae Universae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 15 août 1967 (AAS 59 [1967] 885-928)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SCR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Congrégation des Rites&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SPA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Préliminaires==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La première édition de cet ''Enchiridion des indulgences'', parue en juin 1968, mettait à exécution la Norme 13 de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le manuel des indulgences sera révisé afin que des indulgences ne soient attachées qu’aux principales prières et aux principales œuvres de piété, de charité et de pénitence.&amp;amp;nbsp;» Dans les éditions successives, jusqu’à la présente édition, la Pénitencerie Apostolique veilla à rendre le texte plus clair, à le corriger en quelques points secondaires pour le conformer aux règles de la critique, et à insérer quelques additions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. À cet égard, sont considérées comme «&amp;amp;nbsp;principales prières et œuvres&amp;amp;nbsp;» celles qui, en tenant compte de la tradition et des conditions des temps, semblent être particulièrement adaptées non seulement pour aider les fidèles à s’acquitter des peines dues pour leurs péchés, «&amp;amp;nbsp;mais aussi et surtout pour les pousser à une plus grande ferveur de charité. Tel a été le principe inspirateur de la réforme&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Paul VI, Allocution au Sacré-Collège et à la Curie romaine, 23 décembre 1966&amp;amp;nbsp;: ''AAS'' 59 (1967), p. 57. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Conformément à la tradition, la participation au Sacrifice de la Messe et aux Sacrements n’est pas indulgenciée&amp;amp;nbsp;: ceux-ci possèdent en eux-mêmes une efficacité prééminente quant à «&amp;amp;nbsp;la sanctification et la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, lors d’événements particuliers (comme la première Communion, la première Messe d’un nouveau prêtre, la Messe de clôture d’un Congrès eucharistique), une indulgence est accordée, celle-ci n’est pas attachée à la participation à la Messe ou aux Sacrements, mais aux circonstances exceptionnelles qui accompagnent cette participation. Ainsi, grâce à l’indulgence, on encourage et l’on récompense en quelque sorte la résolution de se consacrer qui est propre à de telles célébrations, le bon exemple donné à autrui, et l’honneur rendu à la Sainte Eucharistie et au Sacerdoce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, conformément à la tradition, une indulgence peut être ajoutée à diverses œuvres de piété, privées et publiques&amp;amp;nbsp;; en outre, on peut enrichir d’une même indulgence des œuvres de charité et de pénitence, auxquelles il convient d’accorder plus d’importance de nos jours. Mais toutes ces œuvres indulgenciées, comme du reste toute autre bonne action et toute souffrance patiemment supportée, ne sont en rien disjointes de la Messe et des Sacrements, en tant que sources principales de la sanctification et de la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''ibid''. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: les bonnes œuvres et les souffrances deviennent l’offrande des fidèles eux-mêmes, offrande qui s’ajoute à celle du Christ dans le Sacrifice Eucharistique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 34. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; puisque la Messe et les Sacrements conduisent les fidèles à accomplir leurs devoirs de telle façon qu’ils «&amp;amp;nbsp;appliquent dans leur vie ce qu’ils ont reçu dans la foi&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Cf. MR, Oraison du lundi de l’octave de Pâques. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et qu’en retour, les devoirs accomplis consciencieusement disposent les âmes chaque jour un peu plus à participer avec fruit à la Messe et aux Sacrements&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Cf. SC 9‑13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Par piété envers les choses sacrées, une plus grande importance est accordée à l’action du fidèle ''(opus operantis)&amp;amp;nbsp;:'' c’est pourquoi on ne reporte pas une longue liste d’œuvres de piété ''(opus operatum) ''comme étrangères à la vie quotidienne des fidèles, mais on présente seulement un petit nombre de concessions&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;Cf. particulièrement les nn. I‑IV ci-dessous. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui incitent plus efficacement le fidèle à rendre sa vie plus profitable et plus sainte dans la mesure où on écarte «&amp;amp;nbsp;cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne… (et) où l’on unit dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Cf. GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique a donc cherché davantage à donner une grande place à la vie chrétienne, à former les âmes à l’esprit de prière et de pénitence et à l’exercice des vertus théologales, plutôt que de proposer des formules et des actes à répéter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Dans l’''Enchiridion'', avant d’énumérer les diverses concessions, on a fait figurer les Normes, reprises pour la plupart de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina'', du Code de droit canonique ainsi que d’autres documents normatifs. En effet il est utile, pour éviter d’éventuels doutes en cette matière, d’exposer simultanément et avec ordre toutes les dispositions actuellement en vigueur au sujet des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Dans l’''Enchiridion, ''on commence par énumérer quatre concessions générales, qui devraient donner le ton à la conduite quotidienne de la vie chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour l’utilité et l’instruction des fidèles, chacune des quatre concessions générales est accompagnée de quelques annotations qui manifestent comment elle s’accorde avec l’esprit de l’Évangile et avec le renouveau entrepris par le concile œcuménique Vatican II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Suit une liste de concessions relatives à quelques pieuses pratiques. Mais elles sont peu nombreuses, parce que beaucoup sont comprises dans les concessions générales, et aussi parce que, parmi les prières, on a préféré n’en rappeler expressément que quelques-unes de caractère universel. Les Assemblées épiscopales compétentes veilleront à ajouter aux éditions de l’''Enchiridion ''dans les diverses langues d’autres formules, utiles pour la piété des fidèles et chères à leur tradition, si le cas se présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# L’''Enchiridion ''contient en outre un Appendice, qui comprend une liste d’invocations et qui reporte le texte de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''.&amp;lt;br/&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Normes sur les indulgences==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 1 - L’indulgence est la remise devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés, déjà effacés quant à la faute, que le fidèle, bien disposé et à certaines conditions déterminées, reçoit par l’intervention de l’Église qui, en tant que ministre de la rédemption, distribue et applique avec autorité le trésor des satisfactions du Christ et des Saints&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 911&amp;amp;nbsp;; ID, n. 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983'', ''can. 992&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 1''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 2 - L’indulgence est partielle ou plénière selon qu’elle libère en partie ou totalement de la peine temporelle due pour les péchés&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 2&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'' EI 1968, n. 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can 993&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 2''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 3 - Tout fidèle peut gagner des indulgences partielles ou plénières pour lui-même, ou les appliquer aux défunts par mode de suffrage&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 930&amp;amp;nbsp;; ID, n. 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, nn. 3-4&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 994&amp;amp;nbsp;; EI 1986, nn. 3-4. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 4 – Au fidèle qui, au moins le cœur contrit, accomplit une œuvre à laquelle est attachée une indulgence partielle, est appliquée par l’Église&amp;amp;nbsp;la remise d’une peine temporelle de même valeur que celle qu’il obtient déjà par son œuvre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 5&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 5. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 5 - § 1. Outre l’autorité suprême de l’Église, seuls peuvent accorder des indulgences ceux à qui ce pouvoir est reconnu par le droit ou à qui il a été concédé par le Pontife Romain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Aucune autorité inférieure au Pontife Romain n’est en mesure de confier à d’autres le pouvoir de concéder des indulgences, à moins que cela ne lui ait été expressément concédé par le Siège Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 912&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 8&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 7. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2 &amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 913&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 10, 1°&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 6 - Dans la Curie Romaine, tout ce qui concerne la concession et l’usage des indulgences est confié exclusivement à la Pénitencerie Apostolique, restant sauf le droit de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi d’examiner ce qui regarde la doctrine dogmatique à leur sujet&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;AP 4-5&amp;amp;nbsp;; REU 113&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 8&amp;amp;nbsp;; PB 120. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 7 - Les évêques éparchiaux ou diocésains, ainsi que ceux qui leur sont assimilés en droit, même dépourvus de la dignité épiscopale, dès le début de leur charge pastorale, ont le droit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1°. D’accorder dans leur territoire l’indulgence partielle à tous les fidèles, et hors de leur territoire aux fidèles relevant de leur juridiction&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°. D’impartir trois fois par an la bénédiction papale avec indulgence plénière, en employant la formule prescrite, dans leur propre éparchie ou diocèse, lors de fêtes solennelles de leur choix, même s’ils ne font qu’assister à la Messe. Cette bénédiction se donne à l’issue de la Messe à la place de la bénédiction habituelle, selon les normes du Cérémonial des Évêques de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;1°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 349 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 396 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; 364 § 3, 3°&amp;amp;nbsp;; 367 § 2, 1°&amp;amp;nbsp;; 391&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 1°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 914&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, 2°&amp;amp;nbsp;; CE, 1122-1126&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 2°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 8 - Les métropolites peuvent accorder l’indulgence partielle dans les éparchies ou diocèses suffragants comme dans leur propre territoire&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 274, 2°&amp;amp;nbsp;; SPA, decr. 20 iul. 1942, n. 2&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 319, 6°&amp;amp;nbsp;; 320 § 1, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 12&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 9 - § 1. Les Patriarches, en tout lieu même exempt de leur patriarcat, dans les églises de leur propre rite en dehors des limites du patriarcat, et partout pour les fidèles de leur rite, peuvent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° accorder l’indulgence partielle&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° impartir la Bénédiction Papale avec indulgence plénière, trois fois par an en règle ordinaire, et en outre lorsque se présente une circonstance ou une raison religieuse tout à fait particulière, qui demande la concession de l’indulgence plénière pour le bien des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cette disposition vaut aussi pour les Archevêques Majeurs&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CS, can. 283, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CS can. 326 § 1, 10°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 10 - Les Cardinaux de la Sainte Église Romaine jouissent de la faculté d’accorder en tout lieu l’indulgence partielle, qui ne peut être acquise, à chaque fois, que par les personnes présentes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 239 § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; CS, can. 185, § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 14&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 11 - § 1. Il faut l’autorisation expresse du Siège Apostolique pour pouvoir imprimer, en quelque langue que ce soit, l’''Enchiridion ''des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Quant à tous les autres livres, feuillets et autres écrits contenant des concessions d’indulgences, ils ne peuvent être édités sans l’autorisation du Hiérarque ou de l’Ordinaire du lieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 826 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 12 – Selon l’intention du Souverain Pontife, les concessions des indulgences demandées pour tous les fidèles n’entrent en vigueur qu’après que leurs documents authentiques aient été revus par la Pénitencerie Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 920&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 13 - L’indulgence jointe à un jour de célébration liturgique est considérée comme transférée au jour auquel cette célébration ou la solennité extérieure, qui lui est liée, est légitimement transférée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 922&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 14 - Pour gagner l’indulgence attachée à un jour déterminé, si la visite d’une église ou d’un oratoire est requise, celle-ci peut se faire depuis midi, la veille, jusqu’à minuit, le jour en question&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 923&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 15 - Le fidèle peut obtenir une indulgence s’il se sert avec dévotion de l’un des objets de piété suivants, dûment béni&amp;amp;nbsp;: crucifix ou croix, chapelet, scapulaire ou médaille&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 19&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 16 - § 1. L’indulgence attachée à la visite d’une église ou d’un oratoire ne cesse pas si l’édifice est totalement détruit puis reconstruit avant cinquante ans, dans le même lieu ou à peu près, et sous le même titre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. L’indulgence attachée à l’usage d’un objet de piété ne cesse que si cet objet est entièrement détruit ou vendu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 17 - § 1. Pour avoir capacité à gagner des indulgences, il faut être baptisé, non excommunié et en état de grâce, au moins à la fin des œuvres prescrites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant, pour qu’un sujet capable gagne des indulgences, il doit avoir l’intention au moins générale de les acquérir, et accomplir les œuvres imposées dans le temps fixé et de la manière prescrite, selon la teneur de la concession&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;§&amp;amp;nbsp; 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 18 - § 1. L’indulgence plénière ne peut être acquise qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;; l’indulgence partielle peut l’être plusieurs fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant le fidèle peut obtenir l’indulgence plénière ''in articulo mortis ''même s’il a déjà acquis l’indulgence plénière en ce même jour&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 928&amp;amp;nbsp;; ID, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 §§ 1 et 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 §§ 1 et 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 19 - L’œuvre prescrite pour acquérir l’indulgence plénière attachée à une église ou à un oratoire consiste à y faire une pieuse visite, au cours de laquelle on récite l’Oraison Dominicale et le symbole de la foi (''Pater ''et ''Credo''), à moins que la concession n’en dispose autrement&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 25&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 20 - § 1. Pour gagner l’indulgence plénière, en plus d’exclure toute affection au péché, même véniel, il est requis d’accomplir l’œuvre indulgenciée et de remplir les trois conditions&amp;amp;nbsp;: confession sacramentelle, communion eucharistique et prière aux intentions du Souverain Pontife. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Avec une seule confession sacramentelle, on peut acquérir plusieurs indulgences plénières&amp;amp;nbsp;; mais avec une seule communion eucharistique et une seule prière aux intentions du Souverain Pontife, on n’acquiert qu’une seule indulgence plénière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. Les trois conditions peuvent être remplies plusieurs jours avant ou après l’accomplissement de l’œuvre prescrite&amp;amp;nbsp;; cependant, il convient de recevoir la communion et de prier aux intentions du Souverain Pontife le jour même où l’on accomplit l’œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4. S’il manque la pleine disposition, ou si l’œuvre requise n’est pas entièrement exécutée et les trois conditions susdites ne sont pas remplies - restant sauves les prescriptions n. 24 et n. 25 pour ceux qui sont «&amp;amp;nbsp;empêchés&amp;amp;nbsp;» - l’indulgence sera seulement partielle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5. La condition de prier aux intentions du Souverain Pontife est remplie si l’on récite à son intention un ''Pater ''et un ''Ave''&amp;amp;nbsp;; cependant les fidèles sont libres de réciter toute autre prière selon la piété et dévotion de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 28&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: ID, n. 8&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 27&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5&amp;amp;nbsp;: ID, n. 10&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 29&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 21 - § 1. On ne peut gagner une indulgence avec une œuvre à laquelle on est obligé par une loi ou un précepte, à moins que dans la concession de celle-ci il ne soit dit expressément le contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Toutefois, celui qui accomplit une œuvre imposée comme pénitence sacramentelle, qui est éventuellement enrichie d’indulgences, peut à la fois satisfaire à la pénitence et gagner les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. De même les membres d’Instituts de vie consacrée ou de Sociétés de vie apostolique peuvent gagner les indulgences par des prières et des œuvres pieuses qu’ils sont tenus d’offrir ou d’accomplir en vertu de leurs règles, de leurs constitutions ou tout autre précepte&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: PA, ''Réponse à un doute'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; juillet 1992 (AAS 84 [1992] 935).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 22 - L’indulgence attachée à une prière peut être gagnée quelle que soit la langue dans laquelle cette prière est récitée, pourvu que la traduction ait été approuvée par une autorité ecclésiastique compétente&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 32&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 23 - La récitation d’une prière en alternant avec un compagnon, ou le fait de la suivre mentalement tandis qu’un autre la récite, suffisent pour gagner des indulgences&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 33&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 26. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 24 - Les confesseurs peuvent commuer soit l’œuvre prescrite, soit les conditions, en faveur de ceux qui, tenus par un empêchement légitime, ne peuvent les accomplir&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 935&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 34&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 25 - Les Hiérarques ou les Ordinaires des lieux peuvent de surcroît concéder aux fidèles sur lesquels ils exercent leur autorité selon le droit, si ceux-ci se trouvent en des lieux où il leur est soit impossible soit très difficile d’approcher de la confession ou de la communion, de pouvoir gagner l’indulgence plénière sans la confession et la communion actuelles, pourvu qu’ils aient le cœur contrit et qu’ils se proposent de recevoir ces sacrements dès qu’ils le pourront&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 11&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 35&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 26 - Les sourds comme les muets peuvent gagner les indulgences attachées à des prières publiques, s’ils élèvent vers Dieu leur esprit et leurs pieux sentiments, à l’unisson des autres fidèles qui prient dans le même lieu&amp;amp;nbsp;; et s’il s’agit de prières privées, il suffit qu’ils les récitent mentalement, qu’ils les expriment par des signes, ou qu’ils les parcourent seulement des yeux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 936&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 36&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 29. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Quatre concessions générales==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. On propose avant tout quatre concessions d’indulgences qui invitent le fidèle à pénétrer d’esprit chrétien les actions qui sont en quelque sorte la trame de sa vie quotidienne&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''1 Co ''10, 31&amp;amp;nbsp;; ''Col ''3, 17&amp;amp;nbsp;; AA 2‑4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;, et à chercher la perfection de la charité dans ses occupations ordinaires&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 39, 40‑42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les quatre concessions sont réellement de caractère général et chacune d’elles comprend plusieurs œuvres du même genre. Cependant ces œuvres ne sont pas toutes indulgenciées, mais seulement celles qui sont accomplies d’une manière et dans un esprit particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, par la première concession ainsi formulée - «&amp;amp;nbsp;L’indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en accomplissant ses devoirs et en supportant les adversités de la vie, élève avec une humble confiance son âme vers Dieu, en ajoutant, ne fût-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;amp;nbsp;» - ne sont enrichis d’indulgence que les actes par lesquels le fidèle accomplit ses devoirs et supporte les adversités de la vie tout en élevant son esprit vers Dieu de la façon indiquée. De tels actes particuliers, en raison de la faiblesse humaine, ne sont pas fréquents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelqu’un était assez appliqué et fervent pour multiplier ces actes dans la journée, il mériterait justement, en plus d’une augmentation de grâce, une plus large remise de peine et, à la mesure de sa charité, il pourrait aussi plus largement venir au secours des âmes du purgatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit juger de la même façon pour les trois autres concessions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Puisque ces quatre concessions, comme il est manifeste, concordent pleinement avec l’Évangile et avec la doctrine de l’Église, clairement exposée par le Concile Vatican II, on reporte pour l’utilité des fidèles des passages de la Sainte Écriture et des Actes de ce concile en commentaire de chacune des concessions suivantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CONCESSIONS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== I. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, accomplissant ses devoirs et supportant les adversités de la vie, élève son âme vers Dieu avec une humble confiance, en ajoutant, ne serait-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Decr. Pia oblatio quotidiani laboris Indulgentiis ditatur, 25 nov. 1961 (AAS 53 [1961] 827) ; Decr. Pia oblatio humani doloris Indulgentiis ditatur, 4 juin 1962 (AAS 54 [1962] 475) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. I. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par cette première concession, les fidèles sont conduits en quelque sorte à mettre en pratique le commandement du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est nécessaire de prier sans cesse et de ne pas se décourager&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;'''''Lc 18, 1. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;; en même temps ils sont exhortés à s’acquitter de leurs devoirs d’une façon telle qu’ils gardent et accroissent leur union au Christ.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’esprit dans lequel l’Église concède cette indulgence est parfaitement illustré par les passages suivants de l’Écriture&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Demandez, on vous donnera&amp;amp;nbsp;; cherchez, vous trouverez&amp;amp;nbsp;; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''7, 7‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''26, 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s’alourdissent dans ... les soucis de la vie ... Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 21, 34.36. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;''Ac ''2, 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;''1 Co ''10, 31. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’Esprit suscite votre prière sous toutes ses formes, vos requêtes, en toutes circonstances&amp;amp;nbsp;; employez vos veilles à une infatigable intercession pour tous les saints&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;''Ep ''6, 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous à la prière&amp;amp;nbsp;; qu’elle vous garde sur le qui-vive dans l’action de grâce&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;''Col ''4, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Priez sans cesse, rendez grâce en toute circonstance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;''1 Th ''5, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et dans les actes du Concile Vatican II on lit ceci&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi donc tous les fidèles du Christ se sanctifieront chaque jour davantage dans les conditions, les charges et les circonstances de leur vie et grâce à tout cela, s’ils acceptent tout avec foi de la main du Père céleste et s’ils coopèrent à la volonté de Dieu, en manifestant à tous, dans le service temporel lui-même, l’amour dont Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette vie d’intime union avec le Christ dans l’Église est entretenue par les secours spirituels ... qui doivent être utilisés par les laïcs de telle sorte que, tout en remplissant de façon convenable les obligations du monde dans les conditions ordinaires de leur vie, ils ne dissocient pas l’union au Christ et leur vie, mais qu’en accomplissant leurs œuvres selon la volonté de Dieu, ils grandissent encore dans cette union ... Ni le soin de leur famille ni les autres affaires temporelles ne doivent être étrangers à leur vie spirituelle, selon cette parole de l’Apôtre&amp;amp;nbsp;: ‘Tout ce que vous faites, en paroles ou en actes, faites-le au nom du Seigneur Jésus-Christ, en rendant grâces par lui à Dieu le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;‘&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;AA 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps ... il faut éviter d’opposer artificiellement les activités professionnelles et sociales d’une part et la vie religieuse d’autre part ... Que les chrétiens, suivant l’exemple du Christ, qui exerça un métier d’artisan, se réjouissent plutôt de pouvoir mener toutes leurs activités terrestres en unissant dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====II. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de foi et avec un cœur miséricordieux, s’emploie, par sa personne ou par ses biens, au service de ses frères dans le besoin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn52&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Indulgentiae apostolicae (AAS 55 [1963] 657-659) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. II. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par la concession de cette indulgence, le fidèle est engagé, en suivant l’exemple et le commandement du Christ&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn53&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. Jn 13, 15&amp;amp;nbsp;; Ac 10, 38. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;, à accomplir plus fréquemment des œuvres de charité et de miséricorde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Toutes les œuvres de charité ne sont pourtant pas indulgenciées, mais seulement celles qui sont faites&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;au service des frères dans le besoin&amp;amp;nbsp;», qu’il s’agisse de besoin corporel, comme celui de la nourriture ou du vêtement, ou bien de besoin spirituel, comme celui de l’instruction ou du réconfort.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger&amp;amp;nbsp;; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire&amp;amp;nbsp;; j’étais un étranger, et vous m’avez recueilli&amp;amp;nbsp;; nu, et vous m’avez vêtu&amp;amp;nbsp;; malade, et vous m’avez visité&amp;amp;nbsp;; en prison, et vous êtes venus à moi ... En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn54&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''25, 35‑36.40&amp;amp;nbsp;; cf. aussi ''Tob'' 4, 7‑8&amp;amp;nbsp;; ''Is'' 58, 7. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je vous donne un commandement nouveau&amp;amp;nbsp;: aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples&amp;amp;nbsp;: à l’amour que vous aurez les uns pour les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn55&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 34‑35. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que celui qui donne le fasse sans calcul ... celui qui exerce la miséricorde, avec joie ... Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection&amp;amp;nbsp;; rivalisez d’estime réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur ... Soyez solidaires des saints dans le besoin, exercez l’hospitalité avec empressement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn56&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 8.10‑11.13 &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés ... s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn57&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tant que nous disposons de temps, travaillons pour le bien de tous, surtout celui de nos proches dans la foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn58&amp;quot;&amp;gt;''Gal'' 6, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn59&amp;quot;&amp;gt;''Ep'' 5, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn60&amp;quot;&amp;gt;''1 Th'' 4, 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’amour fraternel demeure&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn61&amp;quot;&amp;gt;''He ''13, 1. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici&amp;amp;nbsp;: visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse&amp;amp;nbsp;; se garder du monde pour ne pas se souiller&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn62&amp;quot;&amp;gt;''Jc'' 1, 27&amp;amp;nbsp;; cf. ''Jc'' 2, 15‑16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous avez purifié vos âmes, en obéissant à la vérité, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie. Aimez-vous les uns les autres d’un cœur pur, avec constance&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn63&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''1, 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Enfin, soyez tous dans de mêmes dispositions, compatissants, animés d’un amour fraternel, miséricordieux, humbles. Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l’insulte pour l’insulte&amp;amp;nbsp;; au contraire, bénissez, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn64&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 3, 8‑9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et pour cette raison même, concentrant tous vos efforts, joignez ... à la piété l’amitié fraternelle, à l’amitié fraternelle l’amour&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn65&amp;quot;&amp;gt;''2 P ''1, 5.7. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il se ferme à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? Mes petits enfants, n’aimons pas en paroles et de langue, mais en acte et dans la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn66&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn ''3, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Partout où vivent des gens qui manquent de nourriture et de boisson, de vêtements, de logement, de remèdes, de travail, d’instruction, des moyens nécessaires pour mener une vie vraiment humaine, qui sont en proie aux tribulations et à la maladie, qui subissent l’exil ou la prison, tous ceux-là la charité chrétienne doit les chercher et les trouver, les réconforter avec un soin empressé et les soulager par les secours fournis ... Pour qu’un tel exercice de la charité échappe à tout soupçon et apparaisse comme tel, il faut voir dans le prochain l’image de Dieu selon laquelle il a été créé et le Christ Seigneur à qui est offert en réalité tout ce qui est donné à un pauvre&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn67&amp;quot;&amp;gt;AA 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comme les œuvres de charité et de miséricorde représentent un témoignage éminent de vie chrétienne, la formation apostolique doit aussi conduire à les pratiquer, en sorte que dès leur enfance les fidèles apprennent à compatir aux souffrances de leurs frères et à secourir généreusement ceux qui sont dans le besoin&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn68&amp;quot;&amp;gt;AA 31c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Se souvenant de la parole du Seigneur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;En ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn69&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 35. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;, les chrétiens ne peuvent avoir de souhait plus ardent que celui de se mettre au service des hommes de ce temps avec une générosité et une efficacité toujours plus grandes ... Le Père veut qu’en tout homme nous reconnaissions et aimions effectivement le Christ notre frère, en parole et en acte&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn70&amp;quot;&amp;gt;GS 93. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====III. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de pénitence, s’abstient spontanément de quelque chose de licite qui lui est agréable&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn71&amp;quot;&amp;gt;EI 1968 et 1986, conc. gen. III. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession convient particulièrement à notre époque en laquelle, en complément de la loi, d’ailleurs très douce, sur l’abstinence de viande et le jeûne, il convient tout à fait que les fidèles soient incités à exercer d’eux-mêmes la pénitence&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn72&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Paen III, c. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De la sorte, on encourage le fidèle à apprendre comment réduire son corps en servitude en réfrénant ses passions, et à se conformer au Christ pauvre et patient&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn73&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Mt 8, 20&amp;amp;nbsp;; 16, 24. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et l’abstinence aura plus de prix si elle est jointe à la charité, selon ces paroles de saint Léon le Grand&amp;amp;nbsp;: « Donnons à la vertu ce que nous retirons à la volupté. Que l’abstinence de celui qui jeûne devienne la réfection des pauvres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn74&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 13 (alias&amp;amp;nbsp;: 12) De ieiunio decimi mensis, 2 (PL 54, 172). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn75&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 9, 23&amp;amp;nbsp;: cf. ''Lc'' 14, 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn76&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 13, 5&amp;amp;nbsp;; cf. ''Lc'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais si, par l’Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn77&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn78&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse&amp;amp;nbsp;; eux, c’est pour une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable. Moi donc, je cours ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne vais pas à l’aveuglette&amp;amp;nbsp;; et je boxe ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne frappe pas dans le vide. Mais je traite durement mon corps et le tiens assujetti&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn79&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 9, 25‑27. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn80&amp;quot;&amp;gt;''2 Co'' 4, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle est digne de confiance, cette parole&amp;amp;nbsp;: si nous mourons avec lui, avec lui&amp;amp;nbsp;nous vivrons. Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn81&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 2, 11‑12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Renoncer ... aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn82&amp;quot;&amp;gt;''Tt'' 2, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais, dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn83&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Avec une sollicitude particulière, on cultivera chez eux l’obéissance sacerdotale, le mode de vie pauvre et l’esprit d’abnégation, pour qu’ils s’habituent à renoncer spontanément à ce qui est certes licite mais non pas utile, et à se conformer au Christ crucifié&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn84&amp;quot;&amp;gt;OT 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les fidèles, pour leur part, en vertu de leur sacerdoce royal, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent ce sacerdoce par la réception des sacrements, par la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte et par l’abnégation et une charité active&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn85&amp;quot;&amp;gt;LG 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dans la diversité des formes de vie et des tâches, c’est une seule sainteté qui est cultivée par tous ceux qui sont mus par l’Esprit de Dieu et qui, obéissant à la voix du Père et adorant Dieu le Père en esprit et en vérité, marchent à la suite du Christ pauvre, humble, et portant la croix, pour mériter d’avoir part à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn86&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L’Église invite tous les chrétiens, sans distinction, à obéir au précepte divin de la pénitence par des actes volontaires, en dehors des épreuves et des sacrifices inhérents à la vie quotidienne... L’Église veut indiquer que, conformément à la tradition ancienne, il y a trois façons principales de satisfaire au précepte divin de la pénitence&amp;amp;nbsp;: la prière, le jeûne et les œuvres de charité, bien qu’elle ait toujours spécialement prôné l’abstinence de viande et le jeûne. Ces façons ont été communément pratiquées dans tous les siècles. Il existe cependant aujourd’hui des motifs particuliers pour que, selon les exigences des diverses régions, il soit nécessaire d’insister sur telle ou telle forme de pénitence plutôt que sur telle autre. C’est ainsi que dans les pays qui connaissent un plus grand bien-être économique, on devra surtout donner un témoignage d’ascèse pour que les fidèles ne prennent pas l’esprit du &amp;quot;monde&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; et on devra en même temps donner un témoignage de charité envers les frères qui souffrent de la pauvreté et de la faim, même dans les pays lointains&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn87&amp;quot;&amp;gt;Paen III c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====IV. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, de façon spontanée, rend ouvertement un témoignage de foi devant les autres en des circonstances particulières de la vie quotidienne.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession incite le fidèle à professer ouvertement sa foi devant les autres, pour la gloire de Dieu et l’édification de l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Saint Augustin a écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que ton Symbole te soit comme un miroir. Regarde-toi en lui&amp;amp;nbsp;: pour voir si tu crois tout ce que tu déclares croire. Et réjouis-toi chaque jour en ta foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn88&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 58, 11, 13 (PL 38, 399). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie chrétienne de chaque jour sera donc comme l’&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;» concluant le «&amp;amp;nbsp;Je crois en Dieu&amp;amp;nbsp;» de la profession de foi de notre Baptême &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn89&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. CEC 1064. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn90&amp;quot;&amp;gt;''Mt'' 10, 32. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn91&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 11, 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez mes témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn92&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jour après jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn93&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 2, 46. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme... Et avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient tous d’une grande faveur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn94&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 4, 32-33. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;On publie votre foi dans le monde entier&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn95&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit ... tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn96&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 10, 9-10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Combats le beau combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé, comme tu l’as reconnu dans une belle profession de foi en présence de nombreux témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn97&amp;quot;&amp;gt;''1 Tm'' 6, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn98&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que nul d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou comme se mêlant des affaires d’autrui, mais si c’est comme chrétien, qu’il n’en ait pas honte, qu’il glorifie plutôt Dieu à cause de ce nom&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn99&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 4, 15-16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn100&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn'' 4, 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais pour que la charité grandisse dans les âmes et y porte des fruits comme le fait une bonne semence, chaque fidèle doit écouter volontiers la Parole de Dieu et, avec le secours de sa grâce, accomplir sa volonté en la mettant en œuvre, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions liturgiques, s’appliquer constamment à la prière, à l’abnégation, au service actif des frères, et à l’exercice de toutes les vertus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn101&amp;quot;&amp;gt;LG 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C’est certes à titre individuel que les chrétiens sont appelés à exercer l’apostolat dans leurs diverses conditions de vie&amp;amp;nbsp;; cependant ils se rappelleront que l’homme, par nature, est un être social ... C’est pourquoi les fidèles exerceront leur apostolat dans un esprit d’union et d’unanimité. Ils seront apôtres tant dans leurs communautés familiales que dans les paroisses et les diocèses qui par eux-mêmes expriment le caractère communautaire de l’apostolat, et dans les groupements libres dans le cadre desquels ils auront décidé de se réunir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn102&amp;quot;&amp;gt;AA 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais la nature sociale de l’homme exige elle-même que celui-ci exprime extérieurement les actes intérieurs de la religion, qu’il communique avec d’autres en matière religieuse, et qu’il professe sa religion sous une forme communautaire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn103&amp;quot;&amp;gt;DH 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il ne suffit pas que le peuple chrétien soit présent et établi dans un pays, et il ne suffit pas qu’il exerce l’apostolat de l’exemple&amp;amp;nbsp;; il est établi, il est présent à cette fin, qui est d’annoncer le Christ aux concitoyens non chrétiens par la parole et par l’action et de les aider à accueillir pleinement le Christ&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn104&amp;quot;&amp;gt;AG 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==AUTRES CONCESSIONS==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Aux quatre concessions générales traitées ci-dessus (nn. I‑IV), s’ajoutent quelques autres concessions, qui revêtent une signification particulière compte tenu des traditions du passé aussi bien que des besoins de notre temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces concessions se complètent réciproquement et, alors qu’elles invitent les fidèles, par le don de l’indulgence, à accomplir des œuvres de piété, de charité et de pénitence, elles les conduisent à s’unir plus étroitement par la charité au Christ Tête et à l’Église son corps&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn105&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Sont reportées quelques prières vénérables en raison de leur inspiration divine ou de leur caractère antique, et d’usage universel&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn106&amp;quot;&amp;gt;Par exemple, le ''Credo ''(conc. 28 § 2, 3°), le ''De profundis ''(conc. 9, 2°), le ''Magnificat ''(conc. 17 § 2, 1°), le ''Sub tuum praesidium ''(conc. 17 § 2, 3°), le ''Salve Regina ''(ibid.), l’''Actiones'' ''nostras ''(conc. 26 § 2, 2°), l’''Agimus'' ''tibi gratias ''(ibid.). &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est évident qu’elles sont citées à titre d’exemple. Mais il faut se rappeler ce que disent les Normes à propos du droit des évêques éparchiaux ou diocésains, des métropolites, des patriarches et des cardinaux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn107&amp;quot;&amp;gt;Cf. nn. 7-10, 11 § 2, 22, 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les indulgences concédées pour la pieuse récitation des prières dont la liste suit, par la nature des choses, peuvent être acquises par des fidèles de n’importe quel rite, quelle que soit la tradition liturgique à laquelle ces prières appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Ces prières, tout bien considéré, sont déjà comprises dans la concession générale I, quand elles sont récitées dans la vie courante par le fidèle qui élève son âme vers Dieu avec une humble confiance. Ainsi, par exemple, appartiennent à cette première concession les prières ''Actiones'' ''nostras ''et ''Agimus'' ''tibi gratias'', qui sont récitées dans l’«&amp;amp;nbsp;accomplissement de sa tâche ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, on a préféré les citer explicitement, parmi les pratiques indulgenciées, pour dissiper d’éventuels doutes et pour en souligner l’excellence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Comme il est de soi évident, chaque fois que, dans les concessions, l’on requiert pour obtenir une indulgence la récitation de prières, de litanies ou de petits offices, leur texte doit être approuvé par l’Autorité ecclésiastique compétente&amp;amp;nbsp;; et leur récitation, comme la visite d’un lieu sacré, l’accomplissement d’un pieux exercice ou l’usage d’un objet de dévotion quand ils sont prescrits, doit se faire avec la dévotion requise et la pieuse affection du cœur. Dans quelques concessions particulières, cet esprit est rappelé explicitement pour aider la piété des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Pour gagner une indulgence plénière, comme l’établit la norme 20, on requiert l’exécution de l’œuvre, l’accomplissement des trois conditions et une entière disposition de l’âme, qui exclue toute affection peccamineuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne l’indulgence partielle, dont parle la norme 4, sont requises l’exécution de l’œuvre et au moins la contrition du cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Si l’œuvre enrichie de l’indulgence plénière peut être divisée en plusieurs parties de façon convenable (par exemple, le Rosaire de la Vierge Marie en dizaines), celui qui, pour un motif raisonnable, n’accomplit pas l’œuvre entière, peut gagner l’indulgence partielle pour la partie accomplie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn108&amp;quot;&amp;gt;Cf. norme 20 § 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Sont dignes de mention spéciale les concessions relatives à des œuvres dont l’accomplissement permet au fidèle de gagner l’indulgence plénière chaque jour de l’année, restant ferme la norme 18 § 1, selon laquelle l’indulgence plénière ne peut être obtenue qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* l’adoration du Saint-Sacrement pendant une demi-heure au moins (conc. 7 § 1, 1°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* le pieux exercice du Chemin de la Croix (conc. 13, 2°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la récitation du Chapelet de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste dans une église ou un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse, dans une association de fidèles, et de manière générale quand plusieurs personnes se rassemblent dans un but honnête (conc. 17 § 1, 1° et conc. 23 § 1)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la pieuse lecture ou l’écoute de la Sainte Écriture pendant une demi-heure au moins (conc. 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Les concessions sont énumérées suivant l’ordre alphabétique latin. Pour établir cet ordre, on mentionne les premiers mots indiqués par le titre (par exemple, ''Actus consecrationis familiarum ''- ''Eucharistica adoratio et processio'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n’indique les sources de ces prières que lorsqu’il s’agit de textes liturgiques actuellement en vigueur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faciliter l’usage de ''l’Enchiridion ''aux fidèles, trois tables ont été ajoutées en fin de volume&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* les formules des prières&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la liste des temps et des actes par lesquels on obtient une indulgence plénière&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* l’index général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1720</id>
		<title>Enchiridion des indulgences</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1720"/>
				<updated>2011-04-06T15:49:26Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : Annulation des modifications 1719 de Emmanuel (discussion)&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;'''ENCHIRIDION'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;DES INDULGENCES&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Normes et concessions''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''1999''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Première édition latine, juin 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deuxième édition latine, octobre 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Troisième édition latine, mai 1986.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatrième édition latine, juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Troisième édition française, janvier 2000.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Titre original de l’ouvrage&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Enchiridion indulgentiarum''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Traduction française par la Procure de l’œuvre de Montligeon à Rome, approuvée par la Pénitencerie Apostolique''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte typique latin, Libreria Editrice Vaticana, 1999.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte français, éditions Lethielleux, 2000''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==DÉCRETS PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Quatrième édition de l’Enchiridion des indulgences ===&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mérites infinis de Jésus, divin Rédempteur du genre humain, et ceux qui en dérivent avec surabondance chez la bienheureuse Vierge Marie et tous les saints, sont confiés à l’Église du Christ comme un trésor inépuisable&amp;amp;nbsp;: pour qu’en vertu du pouvoir de lier et de délier attribué par le Fondateur de l’Église à Pierre et aux autres Apôtres, et par eux à leurs successeurs les Souverains Pontifes et les Évêques, ils soient appliqués en rémission des péchés et des conséquences des péchés. Cela se réalise avant tout, et de façon indispensable quand il s’agit de péchés mortels, à travers le Sacrement de la Réconciliation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, malgré la rémission aussi bien de la faute mortelle et donc nécessairement aussi de la peine éternelle méritée par cette faute, que de la faute légère ou péché véniel, le pécheur, bien que pardonné, peut avoir encore besoin de purification&amp;amp;nbsp;: il peut encore être tenu de purger une peine temporelle, soit dans la vie terrestre soit dans l’autre vie, par l’état de purgatoire. L’indulgence, qui découle de l’admirable trésor de l’Église mentionné plus haut, remplace, en l’éliminant, cette peine temporelle. Par conséquent, la doctrine de foi sur les indulgences et leur louable pratique confirment les mystères si consolants du Corps mystique du Christ et de la communion des saints, et elles appliquent ces mystères avec une spéciale efficacité pour obtenir la sainteté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela est abondamment enseigné par le Souverain Pontife Jean-Paul II dans la Bulle d’indiction du Grand Jubilé&amp;amp;nbsp;: ''Incarnationis'' ''mysterium''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En conformité avec cette expression du Magistère, la Pénitencerie Apostolique met à profit l’occasion offerte par le saint Jubilé, désormais imminent, et par la diffusion dans le monde catholique de la Bulle en question, pour publier pour la quatrième fois l’''Enchiridion des Indulgences'', selon la forme typique de l’édition du 29 juin 1968, qui suivait la discipline introduite par la Constitution Apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec cette nouvelle édition,&amp;amp;nbsp;les principes concernant la discipline des indulgences ne sont en rien changés, mais quelques normes ont été révisées conformément aux derniers documents publiés par le Siège Apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux concessions, elles ont été regroupées selon un critère systématique, si bien que leur nombre réel n’est pas changé, mais que la liste en est plus brève&amp;amp;nbsp;; la méthode suivie pour exprimer les concessions a été choisie dans le but de favoriser une pieuse disposition de charité, tant chez les fidèles en particulier qu’au sein de la communauté ecclésiale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi, tout d’abord, qu’on a inséré une quatrième concession générale, qui enrichit d’une indulgence le fait de témoigner ouvertement de la foi dans les circonstances particulières de la vie courante. Les autres nouvelles concessions d’une particulière importance sont destinées à affermir les fondements de la famille chrétienne (consécration des familles)&amp;amp;nbsp;; la communion de l’Église universelle dans sa supplication (participation fructueuse soit aux journées mondiales consacrées à une finalité religieuse, soit à la semaine pour l’unité des chrétiens)&amp;amp;nbsp;; le culte à rendre à Jésus présent dans le Saint Sacrement (procession eucharistique).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs concessions précédentes ont été encore étendues&amp;amp;nbsp;: par exemple celles qui concernent la récitation du rosaire de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste, les célébrations jubilaires des Ordinations, la lecture de l’Écriture Sainte et la visite des lieux sacrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette édition de l’''Enchiridion'', on fait plus souvent référence aux facultés qu’ont les assemblées épiscopales de déterminer les listes des prières les plus répandues sur leurs territoires, pour les orientaux selon leurs propres statuts, et pour les latins aux termes du canon 447 CIC. De fait le nombre des prières reportées par l’''Enchiridion'' est notablement augmenté, surtout pour celles des Traditions orientales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce décret, on déclare authentique le texte qui suit et l’on en ordonne la publication en vertu de l’autorité du Souverain Pontife, comme cela a été signifié aux Responsables de la Pénitencerie Apostolique dans l’audience du 5 juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, selon l’intention du Saint Père, souhaite que les fidèles, guidés par l’enseignement et la sollicitude pastorale de leurs évêques, s’emploient à augmenter leur piété à la gloire de la Divine et très auguste Trinité, par l’usage des saintes indulgences dans une religieuse disposition intérieure de leur âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nonobstant toutes dispositions contraires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donné à Rome, au Siège de la Pénitencerie Apostolique, le 16 juillet 1999, en la commémoration de Notre-Dame du Mont-Carmel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE ===&lt;br /&gt;
N. 129/99/I&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, ayant attentivement examiné la version en langue française de l’''Enchiridion indulgentiarum'', en autorise la publication pour ce qui est de sa compétence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rome, au siège de la Pénitencerie Apostolique, le 22 février 2000, Fête de la Chaire de Saint-Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==ABRÉVIATIONS ET SIGLES==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AA &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Apostolicam actuositatem''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 18 novembre 1965 (AAS 59 [1966] 837-864)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AAS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Acta Apostolicae Sedis, Commentarium officiale''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AG &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Ad gentes''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 947-990)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
All.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Allocution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ap.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AP&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Benoît XV, m.p. ''Alloquentes'' ''proxime''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 25 mars 1917 (AAS 9 [1917] 167)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
can./cann.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Canon/canons&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CD&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Christus Dominus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 oct. 1965 (AAS 58 [1966] 673-701)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CE&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Caeremoniale Episcoporum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatum'', 14 septembre 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CEC&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Catéchisme de l’Église catholique'', 15 août 1997&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1917&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici Pii X Pontificis Maximi iussu digestus Benedicti Papae XV auctoritate promulgatus'', 27 mai 1917&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1983 &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatus'', 25 janvier 1983&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conc.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; concession&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Const.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pie XII, m.p. ''Cleri'' ''sanctitati''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 2 juin 1957 (AAS 49 [1957] 433-600)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Ben.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Rituale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani instauratum auctoritate Ioannis Pauli II promulgatum, De benedictionibus'', 31 mai 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decl.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decr.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration ''Dignitatis'' ''humanae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 929-946)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Denzinger-Schönmetzer, ''Enchiridion Symbolorum Definitionum et Declarationum de rebus fidei et morum'', 33e éd., 1965&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1968&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 29 juin 1968&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1986&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 18 mai 1986&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
GS &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution pastorale ''Gaudium'' ''et spes,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 1025-1120)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ID&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. Ap. ''Indulgentiarum doctrina'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; janvier 1967 (AAS 59 [1967] 5-24)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IFI&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; SPA, décret ''In fere innumeris''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 20 juillet 1942 (AAS 34 [1942] 240)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LG&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution dogmatique ''Lumen gentium,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 21 novembre 1964 (AAS 57 [1965] 5-71)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Officium ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum, Liturgia Horarum iuxta Ritum Romanum'' (Liturgie des Heures), 7 avril 1985&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
m.p.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Lettre apostolique donnée sous forme de ''Motu proprio''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Missale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum'' (Missel Romain), 27 mars 1975&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
n./nn.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; norme/normes&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OT&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Optatam'' ''totius''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 octobre 1965 (AAS 58 [1966] 713-727)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paen.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Paenitemini''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 17 février 1966 (AAS 58 [1966] 177-198)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PB&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Jean-Paul II, Const. ap. ''Pastor'' ''bonus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 juin 1988 (AAS 80 [1988] 841-912)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PL&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Migne J.P., ''Patrologia latina'', 1841-1864&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Resp.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Réponse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
REU&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Regimini Ecclesiae Universae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 15 août 1967 (AAS 59 [1967] 885-928)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SCR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Congrégation des Rites&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SPA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Préliminaires==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La première édition de cet ''Enchiridion des indulgences'', parue en juin 1968, mettait à exécution la Norme 13 de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le manuel des indulgences sera révisé afin que des indulgences ne soient attachées qu’aux principales prières et aux principales œuvres de piété, de charité et de pénitence.&amp;amp;nbsp;» Dans les éditions successives, jusqu’à la présente édition, la Pénitencerie Apostolique veilla à rendre le texte plus clair, à le corriger en quelques points secondaires pour le conformer aux règles de la critique, et à insérer quelques additions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. À cet égard, sont considérées comme «&amp;amp;nbsp;principales prières et œuvres&amp;amp;nbsp;» celles qui, en tenant compte de la tradition et des conditions des temps, semblent être particulièrement adaptées non seulement pour aider les fidèles à s’acquitter des peines dues pour leurs péchés, «&amp;amp;nbsp;mais aussi et surtout pour les pousser à une plus grande ferveur de charité. Tel a été le principe inspirateur de la réforme&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Paul VI, Allocution au Sacré-Collège et à la Curie romaine, 23 décembre 1966&amp;amp;nbsp;: ''AAS'' 59 (1967), p. 57. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Conformément à la tradition, la participation au Sacrifice de la Messe et aux Sacrements n’est pas indulgenciée&amp;amp;nbsp;: ceux-ci possèdent en eux-mêmes une efficacité prééminente quant à «&amp;amp;nbsp;la sanctification et la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, lors d’événements particuliers (comme la première Communion, la première Messe d’un nouveau prêtre, la Messe de clôture d’un Congrès eucharistique), une indulgence est accordée, celle-ci n’est pas attachée à la participation à la Messe ou aux Sacrements, mais aux circonstances exceptionnelles qui accompagnent cette participation. Ainsi, grâce à l’indulgence, on encourage et l’on récompense en quelque sorte la résolution de se consacrer qui est propre à de telles célébrations, le bon exemple donné à autrui, et l’honneur rendu à la Sainte Eucharistie et au Sacerdoce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, conformément à la tradition, une indulgence peut être ajoutée à diverses œuvres de piété, privées et publiques&amp;amp;nbsp;; en outre, on peut enrichir d’une même indulgence des œuvres de charité et de pénitence, auxquelles il convient d’accorder plus d’importance de nos jours. Mais toutes ces œuvres indulgenciées, comme du reste toute autre bonne action et toute souffrance patiemment supportée, ne sont en rien disjointes de la Messe et des Sacrements, en tant que sources principales de la sanctification et de la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''ibid''. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: les bonnes œuvres et les souffrances deviennent l’offrande des fidèles eux-mêmes, offrande qui s’ajoute à celle du Christ dans le Sacrifice Eucharistique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 34. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; puisque la Messe et les Sacrements conduisent les fidèles à accomplir leurs devoirs de telle façon qu’ils «&amp;amp;nbsp;appliquent dans leur vie ce qu’ils ont reçu dans la foi&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Cf. MR, Oraison du lundi de l’octave de Pâques. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et qu’en retour, les devoirs accomplis consciencieusement disposent les âmes chaque jour un peu plus à participer avec fruit à la Messe et aux Sacrements&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Cf. SC 9‑13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Par piété envers les choses sacrées, une plus grande importance est accordée à l’action du fidèle ''(opus operantis)&amp;amp;nbsp;:'' c’est pourquoi on ne reporte pas une longue liste d’œuvres de piété ''(opus operatum) ''comme étrangères à la vie quotidienne des fidèles, mais on présente seulement un petit nombre de concessions&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;Cf. particulièrement les nn. I‑IV ci-dessous. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui incitent plus efficacement le fidèle à rendre sa vie plus profitable et plus sainte dans la mesure où on écarte «&amp;amp;nbsp;cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne… (et) où l’on unit dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Cf. GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique a donc cherché davantage à donner une grande place à la vie chrétienne, à former les âmes à l’esprit de prière et de pénitence et à l’exercice des vertus théologales, plutôt que de proposer des formules et des actes à répéter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Dans l’''Enchiridion'', avant d’énumérer les diverses concessions, on a fait figurer les Normes, reprises pour la plupart de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina'', du Code de droit canonique ainsi que d’autres documents normatifs. En effet il est utile, pour éviter d’éventuels doutes en cette matière, d’exposer simultanément et avec ordre toutes les dispositions actuellement en vigueur au sujet des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Dans l’''Enchiridion, ''on commence par énumérer quatre concessions générales, qui devraient donner le ton à la conduite quotidienne de la vie chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour l’utilité et l’instruction des fidèles, chacune des quatre concessions générales est accompagnée de quelques annotations qui manifestent comment elle s’accorde avec l’esprit de l’Évangile et avec le renouveau entrepris par le concile œcuménique Vatican II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Suit une liste de concessions relatives à quelques pieuses pratiques. Mais elles sont peu nombreuses, parce que beaucoup sont comprises dans les concessions générales, et aussi parce que, parmi les prières, on a préféré n’en rappeler expressément que quelques-unes de caractère universel. Les Assemblées épiscopales compétentes veilleront à ajouter aux éditions de l’''Enchiridion ''dans les diverses langues d’autres formules, utiles pour la piété des fidèles et chères à leur tradition, si le cas se présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# L’''Enchiridion ''contient en outre un Appendice, qui comprend une liste d’invocations et qui reporte le texte de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''.&amp;lt;br/&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Normes sur les indulgences==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 1 - L’indulgence est la remise devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés, déjà effacés quant à la faute, que le fidèle, bien disposé et à certaines conditions déterminées, reçoit par l’intervention de l’Église qui, en tant que ministre de la rédemption, distribue et applique avec autorité le trésor des satisfactions du Christ et des Saints&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 911&amp;amp;nbsp;; ID, n. 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983'', ''can. 992&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 1''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 2 - L’indulgence est partielle ou plénière selon qu’elle libère en partie ou totalement de la peine temporelle due pour les péchés&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 2&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'' EI 1968, n. 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can 993&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 2''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 3 - Tout fidèle peut gagner des indulgences partielles ou plénières pour lui-même, ou les appliquer aux défunts par mode de suffrage&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 930&amp;amp;nbsp;; ID, n. 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, nn. 3-4&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 994&amp;amp;nbsp;; EI 1986, nn. 3-4. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 4 – Au fidèle qui, au moins le cœur contrit, accomplit une œuvre à laquelle est attachée une indulgence partielle, est appliquée par l’Église&amp;amp;nbsp;la remise d’une peine temporelle de même valeur que celle qu’il obtient déjà par son œuvre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 5&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 5. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 5 - § 1. Outre l’autorité suprême de l’Église, seuls peuvent accorder des indulgences ceux à qui ce pouvoir est reconnu par le droit ou à qui il a été concédé par le Pontife Romain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Aucune autorité inférieure au Pontife Romain n’est en mesure de confier à d’autres le pouvoir de concéder des indulgences, à moins que cela ne lui ait été expressément concédé par le Siège Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 912&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 8&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 7. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2 &amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 913&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 10, 1°&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 6 - Dans la Curie Romaine, tout ce qui concerne la concession et l’usage des indulgences est confié exclusivement à la Pénitencerie Apostolique, restant sauf le droit de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi d’examiner ce qui regarde la doctrine dogmatique à leur sujet&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;AP 4-5&amp;amp;nbsp;; REU 113&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 8&amp;amp;nbsp;; PB 120. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 7 - Les évêques éparchiaux ou diocésains, ainsi que ceux qui leur sont assimilés en droit, même dépourvus de la dignité épiscopale, dès le début de leur charge pastorale, ont le droit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1°. D’accorder dans leur territoire l’indulgence partielle à tous les fidèles, et hors de leur territoire aux fidèles relevant de leur juridiction&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°. D’impartir trois fois par an la bénédiction papale avec indulgence plénière, en employant la formule prescrite, dans leur propre éparchie ou diocèse, lors de fêtes solennelles de leur choix, même s’ils ne font qu’assister à la Messe. Cette bénédiction se donne à l’issue de la Messe à la place de la bénédiction habituelle, selon les normes du Cérémonial des Évêques de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;1°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 349 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 396 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; 364 § 3, 3°&amp;amp;nbsp;; 367 § 2, 1°&amp;amp;nbsp;; 391&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 1°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 914&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, 2°&amp;amp;nbsp;; CE, 1122-1126&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 2°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 8 - Les métropolites peuvent accorder l’indulgence partielle dans les éparchies ou diocèses suffragants comme dans leur propre territoire&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 274, 2°&amp;amp;nbsp;; SPA, decr. 20 iul. 1942, n. 2&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 319, 6°&amp;amp;nbsp;; 320 § 1, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 12&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 9 - § 1. Les Patriarches, en tout lieu même exempt de leur patriarcat, dans les églises de leur propre rite en dehors des limites du patriarcat, et partout pour les fidèles de leur rite, peuvent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° accorder l’indulgence partielle&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° impartir la Bénédiction Papale avec indulgence plénière, trois fois par an en règle ordinaire, et en outre lorsque se présente une circonstance ou une raison religieuse tout à fait particulière, qui demande la concession de l’indulgence plénière pour le bien des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cette disposition vaut aussi pour les Archevêques Majeurs&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CS, can. 283, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CS can. 326 § 1, 10°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 10 - Les Cardinaux de la Sainte Église Romaine jouissent de la faculté d’accorder en tout lieu l’indulgence partielle, qui ne peut être acquise, à chaque fois, que par les personnes présentes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 239 § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; CS, can. 185, § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 14&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 11 - § 1. Il faut l’autorisation expresse du Siège Apostolique pour pouvoir imprimer, en quelque langue que ce soit, l’''Enchiridion ''des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Quant à tous les autres livres, feuillets et autres écrits contenant des concessions d’indulgences, ils ne peuvent être édités sans l’autorisation du Hiérarque ou de l’Ordinaire du lieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 826 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 12 – Selon l’intention du Souverain Pontife, les concessions des indulgences demandées pour tous les fidèles n’entrent en vigueur qu’après que leurs documents authentiques aient été revus par la Pénitencerie Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 920&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 13 - L’indulgence jointe à un jour de célébration liturgique est considérée comme transférée au jour auquel cette célébration ou la solennité extérieure, qui lui est liée, est légitimement transférée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 922&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 14 - Pour gagner l’indulgence attachée à un jour déterminé, si la visite d’une église ou d’un oratoire est requise, celle-ci peut se faire depuis midi, la veille, jusqu’à minuit, le jour en question&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 923&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 15 - Le fidèle peut obtenir une indulgence s’il se sert avec dévotion de l’un des objets de piété suivants, dûment béni&amp;amp;nbsp;: crucifix ou croix, chapelet, scapulaire ou médaille&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 19&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 16 - § 1. L’indulgence attachée à la visite d’une église ou d’un oratoire ne cesse pas si l’édifice est totalement détruit puis reconstruit avant cinquante ans, dans le même lieu ou à peu près, et sous le même titre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. L’indulgence attachée à l’usage d’un objet de piété ne cesse que si cet objet est entièrement détruit ou vendu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 17 - § 1. Pour avoir capacité à gagner des indulgences, il faut être baptisé, non excommunié et en état de grâce, au moins à la fin des œuvres prescrites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant, pour qu’un sujet capable gagne des indulgences, il doit avoir l’intention au moins générale de les acquérir, et accomplir les œuvres imposées dans le temps fixé et de la manière prescrite, selon la teneur de la concession&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;§&amp;amp;nbsp; 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 18 - § 1. L’indulgence plénière ne peut être acquise qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;; l’indulgence partielle peut l’être plusieurs fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant le fidèle peut obtenir l’indulgence plénière ''in articulo mortis ''même s’il a déjà acquis l’indulgence plénière en ce même jour&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 928&amp;amp;nbsp;; ID, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 §§ 1 et 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 §§ 1 et 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 19 - L’œuvre prescrite pour acquérir l’indulgence plénière attachée à une église ou à un oratoire consiste à y faire une pieuse visite, au cours de laquelle on récite l’Oraison Dominicale et le symbole de la foi (''Pater ''et ''Credo''), à moins que la concession n’en dispose autrement&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 25&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 20 - § 1. Pour gagner l’indulgence plénière, en plus d’exclure toute affection au péché, même véniel, il est requis d’accomplir l’œuvre indulgenciée et de remplir les trois conditions&amp;amp;nbsp;: confession sacramentelle, communion eucharistique et prière aux intentions du Souverain Pontife. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Avec une seule confession sacramentelle, on peut acquérir plusieurs indulgences plénières&amp;amp;nbsp;; mais avec une seule communion eucharistique et une seule prière aux intentions du Souverain Pontife, on n’acquiert qu’une seule indulgence plénière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. Les trois conditions peuvent être remplies plusieurs jours avant ou après l’accomplissement de l’œuvre prescrite&amp;amp;nbsp;; cependant, il convient de recevoir la communion et de prier aux intentions du Souverain Pontife le jour même où l’on accomplit l’œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4. S’il manque la pleine disposition, ou si l’œuvre requise n’est pas entièrement exécutée et les trois conditions susdites ne sont pas remplies - restant sauves les prescriptions n. 24 et n. 25 pour ceux qui sont «&amp;amp;nbsp;empêchés&amp;amp;nbsp;» - l’indulgence sera seulement partielle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5. La condition de prier aux intentions du Souverain Pontife est remplie si l’on récite à son intention un ''Pater ''et un ''Ave''&amp;amp;nbsp;; cependant les fidèles sont libres de réciter toute autre prière selon la piété et dévotion de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 28&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: ID, n. 8&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 27&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5&amp;amp;nbsp;: ID, n. 10&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 29&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 21 - § 1. On ne peut gagner une indulgence avec une œuvre à laquelle on est obligé par une loi ou un précepte, à moins que dans la concession de celle-ci il ne soit dit expressément le contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Toutefois, celui qui accomplit une œuvre imposée comme pénitence sacramentelle, qui est éventuellement enrichie d’indulgences, peut à la fois satisfaire à la pénitence et gagner les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. De même les membres d’Instituts de vie consacrée ou de Sociétés de vie apostolique peuvent gagner les indulgences par des prières et des œuvres pieuses qu’ils sont tenus d’offrir ou d’accomplir en vertu de leurs règles, de leurs constitutions ou tout autre précepte&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: PA, ''Réponse à un doute'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; juillet 1992 (AAS 84 [1992] 935).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 22 - L’indulgence attachée à une prière peut être gagnée quelle que soit la langue dans laquelle cette prière est récitée, pourvu que la traduction ait été approuvée par une autorité ecclésiastique compétente&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 32&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 23 - La récitation d’une prière en alternant avec un compagnon, ou le fait de la suivre mentalement tandis qu’un autre la récite, suffisent pour gagner des indulgences&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 33&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 26. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 24 - Les confesseurs peuvent commuer soit l’œuvre prescrite, soit les conditions, en faveur de ceux qui, tenus par un empêchement légitime, ne peuvent les accomplir&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 935&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 34&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 25 - Les Hiérarques ou les Ordinaires des lieux peuvent de surcroît concéder aux fidèles sur lesquels ils exercent leur autorité selon le droit, si ceux-ci se trouvent en des lieux où il leur est soit impossible soit très difficile d’approcher de la confession ou de la communion, de pouvoir gagner l’indulgence plénière sans la confession et la communion actuelles, pourvu qu’ils aient le cœur contrit et qu’ils se proposent de recevoir ces sacrements dès qu’ils le pourront&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 11&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 35&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 26 - Les sourds comme les muets peuvent gagner les indulgences attachées à des prières publiques, s’ils élèvent vers Dieu leur esprit et leurs pieux sentiments, à l’unisson des autres fidèles qui prient dans le même lieu&amp;amp;nbsp;; et s’il s’agit de prières privées, il suffit qu’ils les récitent mentalement, qu’ils les expriment par des signes, ou qu’ils les parcourent seulement des yeux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 936&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 36&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 29. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Quatre concessions générales==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. On propose avant tout quatre concessions d’indulgences qui invitent le fidèle à pénétrer d’esprit chrétien les actions qui sont en quelque sorte la trame de sa vie quotidienne&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''1 Co ''10, 31&amp;amp;nbsp;; ''Col ''3, 17&amp;amp;nbsp;; AA 2‑4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;, et à chercher la perfection de la charité dans ses occupations ordinaires&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 39, 40‑42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les quatre concessions sont réellement de caractère général et chacune d’elles comprend plusieurs œuvres du même genre. Cependant ces œuvres ne sont pas toutes indulgenciées, mais seulement celles qui sont accomplies d’une manière et dans un esprit particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, par la première concession ainsi formulée - «&amp;amp;nbsp;L’indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en accomplissant ses devoirs et en supportant les adversités de la vie, élève avec une humble confiance son âme vers Dieu, en ajoutant, ne fût-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;amp;nbsp;» - ne sont enrichis d’indulgence que les actes par lesquels le fidèle accomplit ses devoirs et supporte les adversités de la vie tout en élevant son esprit vers Dieu de la façon indiquée. De tels actes particuliers, en raison de la faiblesse humaine, ne sont pas fréquents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelqu’un était assez appliqué et fervent pour multiplier ces actes dans la journée, il mériterait justement, en plus d’une augmentation de grâce, une plus large remise de peine et, à la mesure de sa charité, il pourrait aussi plus largement venir au secours des âmes du purgatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit juger de la même façon pour les trois autres concessions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Puisque ces quatre concessions, comme il est manifeste, concordent pleinement avec l’Évangile et avec la doctrine de l’Église, clairement exposée par le Concile Vatican II, on reporte pour l’utilité des fidèles des passages de la Sainte Écriture et des Actes de ce concile en commentaire de chacune des concessions suivantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CONCESSIONS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== I. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, accomplissant ses devoirs et supportant les adversités de la vie, élève son âme vers Dieu avec une humble confiance, en ajoutant, ne serait-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Decr. Pia oblatio quotidiani laboris Indulgentiis ditatur, 25 nov. 1961 (AAS 53 [1961] 827) ; Decr. Pia oblatio humani doloris Indulgentiis ditatur, 4 juin 1962 (AAS 54 [1962] 475) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. I. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par cette première concession, les fidèles sont conduits en quelque sorte à mettre en pratique le commandement du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est nécessaire de prier sans cesse et de ne pas se décourager&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;'''''Lc 18, 1. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;; en même temps ils sont exhortés à s’acquitter de leurs devoirs d’une façon telle qu’ils gardent et accroissent leur union au Christ.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’esprit dans lequel l’Église concède cette indulgence est parfaitement illustré par les passages suivants de l’Écriture&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Demandez, on vous donnera&amp;amp;nbsp;; cherchez, vous trouverez&amp;amp;nbsp;; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''7, 7‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''26, 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s’alourdissent dans ... les soucis de la vie ... Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 21, 34.36. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;''Ac ''2, 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;''1 Co ''10, 31. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’Esprit suscite votre prière sous toutes ses formes, vos requêtes, en toutes circonstances&amp;amp;nbsp;; employez vos veilles à une infatigable intercession pour tous les saints&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;''Ep ''6, 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous à la prière&amp;amp;nbsp;; qu’elle vous garde sur le qui-vive dans l’action de grâce&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;''Col ''4, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Priez sans cesse, rendez grâce en toute circonstance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;''1 Th ''5, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et dans les actes du Concile Vatican II on lit ceci&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi donc tous les fidèles du Christ se sanctifieront chaque jour davantage dans les conditions, les charges et les circonstances de leur vie et grâce à tout cela, s’ils acceptent tout avec foi de la main du Père céleste et s’ils coopèrent à la volonté de Dieu, en manifestant à tous, dans le service temporel lui-même, l’amour dont Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette vie d’intime union avec le Christ dans l’Église est entretenue par les secours spirituels ... qui doivent être utilisés par les laïcs de telle sorte que, tout en remplissant de façon convenable les obligations du monde dans les conditions ordinaires de leur vie, ils ne dissocient pas l’union au Christ et leur vie, mais qu’en accomplissant leurs œuvres selon la volonté de Dieu, ils grandissent encore dans cette union ... Ni le soin de leur famille ni les autres affaires temporelles ne doivent être étrangers à leur vie spirituelle, selon cette parole de l’Apôtre&amp;amp;nbsp;: ‘Tout ce que vous faites, en paroles ou en actes, faites-le au nom du Seigneur Jésus-Christ, en rendant grâces par lui à Dieu le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;‘&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;AA 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps ... il faut éviter d’opposer artificiellement les activités professionnelles et sociales d’une part et la vie religieuse d’autre part ... Que les chrétiens, suivant l’exemple du Christ, qui exerça un métier d’artisan, se réjouissent plutôt de pouvoir mener toutes leurs activités terrestres en unissant dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====II. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de foi et avec un cœur miséricordieux, s’emploie, par sa personne ou par ses biens, au service de ses frères dans le besoin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn52&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Indulgentiae apostolicae (AAS 55 [1963] 657-659) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. II. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par la concession de cette indulgence, le fidèle est engagé, en suivant l’exemple et le commandement du Christ&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn53&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. Jn 13, 15&amp;amp;nbsp;; Ac 10, 38. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;, à accomplir plus fréquemment des œuvres de charité et de miséricorde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Toutes les œuvres de charité ne sont pourtant pas indulgenciées, mais seulement celles qui sont faites&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;au service des frères dans le besoin&amp;amp;nbsp;», qu’il s’agisse de besoin corporel, comme celui de la nourriture ou du vêtement, ou bien de besoin spirituel, comme celui de l’instruction ou du réconfort.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger&amp;amp;nbsp;; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire&amp;amp;nbsp;; j’étais un étranger, et vous m’avez recueilli&amp;amp;nbsp;; nu, et vous m’avez vêtu&amp;amp;nbsp;; malade, et vous m’avez visité&amp;amp;nbsp;; en prison, et vous êtes venus à moi ... En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn54&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''25, 35‑36.40&amp;amp;nbsp;; cf. aussi ''Tob'' 4, 7‑8&amp;amp;nbsp;; ''Is'' 58, 7. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je vous donne un commandement nouveau&amp;amp;nbsp;: aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples&amp;amp;nbsp;: à l’amour que vous aurez les uns pour les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn55&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 34‑35. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que celui qui donne le fasse sans calcul ... celui qui exerce la miséricorde, avec joie ... Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection&amp;amp;nbsp;; rivalisez d’estime réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur ... Soyez solidaires des saints dans le besoin, exercez l’hospitalité avec empressement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn56&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 8.10‑11.13 &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés ... s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn57&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tant que nous disposons de temps, travaillons pour le bien de tous, surtout celui de nos proches dans la foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn58&amp;quot;&amp;gt;''Gal'' 6, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn59&amp;quot;&amp;gt;''Ep'' 5, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn60&amp;quot;&amp;gt;''1 Th'' 4, 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’amour fraternel demeure&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn61&amp;quot;&amp;gt;''He ''13, 1. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici&amp;amp;nbsp;: visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse&amp;amp;nbsp;; se garder du monde pour ne pas se souiller&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn62&amp;quot;&amp;gt;''Jc'' 1, 27&amp;amp;nbsp;; cf. ''Jc'' 2, 15‑16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous avez purifié vos âmes, en obéissant à la vérité, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie. Aimez-vous les uns les autres d’un cœur pur, avec constance&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn63&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''1, 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Enfin, soyez tous dans de mêmes dispositions, compatissants, animés d’un amour fraternel, miséricordieux, humbles. Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l’insulte pour l’insulte&amp;amp;nbsp;; au contraire, bénissez, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn64&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 3, 8‑9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et pour cette raison même, concentrant tous vos efforts, joignez ... à la piété l’amitié fraternelle, à l’amitié fraternelle l’amour&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn65&amp;quot;&amp;gt;''2 P ''1, 5.7. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il se ferme à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? Mes petits enfants, n’aimons pas en paroles et de langue, mais en acte et dans la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn66&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn ''3, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Partout où vivent des gens qui manquent de nourriture et de boisson, de vêtements, de logement, de remèdes, de travail, d’instruction, des moyens nécessaires pour mener une vie vraiment humaine, qui sont en proie aux tribulations et à la maladie, qui subissent l’exil ou la prison, tous ceux-là la charité chrétienne doit les chercher et les trouver, les réconforter avec un soin empressé et les soulager par les secours fournis ... Pour qu’un tel exercice de la charité échappe à tout soupçon et apparaisse comme tel, il faut voir dans le prochain l’image de Dieu selon laquelle il a été créé et le Christ Seigneur à qui est offert en réalité tout ce qui est donné à un pauvre&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn67&amp;quot;&amp;gt;AA 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comme les œuvres de charité et de miséricorde représentent un témoignage éminent de vie chrétienne, la formation apostolique doit aussi conduire à les pratiquer, en sorte que dès leur enfance les fidèles apprennent à compatir aux souffrances de leurs frères et à secourir généreusement ceux qui sont dans le besoin&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn68&amp;quot;&amp;gt;AA 31c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Se souvenant de la parole du Seigneur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;En ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn69&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 35. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;, les chrétiens ne peuvent avoir de souhait plus ardent que celui de se mettre au service des hommes de ce temps avec une générosité et une efficacité toujours plus grandes ... Le Père veut qu’en tout homme nous reconnaissions et aimions effectivement le Christ notre frère, en parole et en acte&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn70&amp;quot;&amp;gt;GS 93. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====III. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de pénitence, s’abstient spontanément de quelque chose de licite qui lui est agréable&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn71&amp;quot;&amp;gt;EI 1968 et 1986, conc. gen. III. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession convient particulièrement à notre époque en laquelle, en complément de la loi, d’ailleurs très douce, sur l’abstinence de viande et le jeûne, il convient tout à fait que les fidèles soient incités à exercer d’eux-mêmes la pénitence&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn72&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Paen III, c. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De la sorte, on encourage le fidèle à apprendre comment réduire son corps en servitude en réfrénant ses passions, et à se conformer au Christ pauvre et patient&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn73&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Mt 8, 20&amp;amp;nbsp;; 16, 24. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et l’abstinence aura plus de prix si elle est jointe à la charité, selon ces paroles de saint Léon le Grand&amp;amp;nbsp;: « Donnons à la vertu ce que nous retirons à la volupté. Que l’abstinence de celui qui jeûne devienne la réfection des pauvres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn74&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 13 (alias&amp;amp;nbsp;: 12) De ieiunio decimi mensis, 2 (PL 54, 172). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn75&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 9, 23&amp;amp;nbsp;: cf. ''Lc'' 14, 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn76&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 13, 5&amp;amp;nbsp;; cf. ''Lc'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais si, par l’Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn77&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn78&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse&amp;amp;nbsp;; eux, c’est pour une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable. Moi donc, je cours ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne vais pas à l’aveuglette&amp;amp;nbsp;; et je boxe ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne frappe pas dans le vide. Mais je traite durement mon corps et le tiens assujetti&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn79&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 9, 25‑27. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn80&amp;quot;&amp;gt;''2 Co'' 4, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle est digne de confiance, cette parole&amp;amp;nbsp;: si nous mourons avec lui, avec lui&amp;amp;nbsp;nous vivrons. Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn81&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 2, 11‑12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Renoncer ... aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn82&amp;quot;&amp;gt;''Tt'' 2, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais, dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn83&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Avec une sollicitude particulière, on cultivera chez eux l’obéissance sacerdotale, le mode de vie pauvre et l’esprit d’abnégation, pour qu’ils s’habituent à renoncer spontanément à ce qui est certes licite mais non pas utile, et à se conformer au Christ crucifié&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn84&amp;quot;&amp;gt;OT 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les fidèles, pour leur part, en vertu de leur sacerdoce royal, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent ce sacerdoce par la réception des sacrements, par la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte et par l’abnégation et une charité active&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn85&amp;quot;&amp;gt;LG 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dans la diversité des formes de vie et des tâches, c’est une seule sainteté qui est cultivée par tous ceux qui sont mus par l’Esprit de Dieu et qui, obéissant à la voix du Père et adorant Dieu le Père en esprit et en vérité, marchent à la suite du Christ pauvre, humble, et portant la croix, pour mériter d’avoir part à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn86&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L’Église invite tous les chrétiens, sans distinction, à obéir au précepte divin de la pénitence par des actes volontaires, en dehors des épreuves et des sacrifices inhérents à la vie quotidienne... L’Église veut indiquer que, conformément à la tradition ancienne, il y a trois façons principales de satisfaire au précepte divin de la pénitence&amp;amp;nbsp;: la prière, le jeûne et les œuvres de charité, bien qu’elle ait toujours spécialement prôné l’abstinence de viande et le jeûne. Ces façons ont été communément pratiquées dans tous les siècles. Il existe cependant aujourd’hui des motifs particuliers pour que, selon les exigences des diverses régions, il soit nécessaire d’insister sur telle ou telle forme de pénitence plutôt que sur telle autre. C’est ainsi que dans les pays qui connaissent un plus grand bien-être économique, on devra surtout donner un témoignage d’ascèse pour que les fidèles ne prennent pas l’esprit du &amp;quot;monde&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; et on devra en même temps donner un témoignage de charité envers les frères qui souffrent de la pauvreté et de la faim, même dans les pays lointains&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn87&amp;quot;&amp;gt;Paen III c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====IV. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, de façon spontanée, rend ouvertement un témoignage de foi devant les autres en des circonstances particulières de la vie quotidienne.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession incite le fidèle à professer ouvertement sa foi devant les autres, pour la gloire de Dieu et l’édification de l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Saint Augustin a écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que ton Symbole te soit comme un miroir. Regarde-toi en lui&amp;amp;nbsp;: pour voir si tu crois tout ce que tu déclares croire. Et réjouis-toi chaque jour en ta foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn88&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 58, 11, 13 (PL 38, 399). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie chrétienne de chaque jour sera donc comme l’&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;» concluant le «&amp;amp;nbsp;Je crois en Dieu&amp;amp;nbsp;» de la profession de foi de notre Baptême &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn89&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. CEC 1064. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn90&amp;quot;&amp;gt;''Mt'' 10, 32. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn91&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 11, 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez mes témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn92&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jour après jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn93&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 2, 46. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme... Et avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient tous d’une grande faveur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn94&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 4, 32-33. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;On publie votre foi dans le monde entier&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn95&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit ... tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn96&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 10, 9-10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Combats le beau combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé, comme tu l’as reconnu dans une belle profession de foi en présence de nombreux témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn97&amp;quot;&amp;gt;''1 Tm'' 6, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn98&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que nul d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou comme se mêlant des affaires d’autrui, mais si c’est comme chrétien, qu’il n’en ait pas honte, qu’il glorifie plutôt Dieu à cause de ce nom&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn99&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 4, 15-16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn100&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn'' 4, 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais pour que la charité grandisse dans les âmes et y porte des fruits comme le fait une bonne semence, chaque fidèle doit écouter volontiers la Parole de Dieu et, avec le secours de sa grâce, accomplir sa volonté en la mettant en œuvre, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions liturgiques, s’appliquer constamment à la prière, à l’abnégation, au service actif des frères, et à l’exercice de toutes les vertus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn101&amp;quot;&amp;gt;LG 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C’est certes à titre individuel que les chrétiens sont appelés à exercer l’apostolat dans leurs diverses conditions de vie&amp;amp;nbsp;; cependant ils se rappelleront que l’homme, par nature, est un être social ... C’est pourquoi les fidèles exerceront leur apostolat dans un esprit d’union et d’unanimité. Ils seront apôtres tant dans leurs communautés familiales que dans les paroisses et les diocèses qui par eux-mêmes expriment le caractère communautaire de l’apostolat, et dans les groupements libres dans le cadre desquels ils auront décidé de se réunir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn102&amp;quot;&amp;gt;AA 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais la nature sociale de l’homme exige elle-même que celui-ci exprime extérieurement les actes intérieurs de la religion, qu’il communique avec d’autres en matière religieuse, et qu’il professe sa religion sous une forme communautaire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn103&amp;quot;&amp;gt;DH 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il ne suffit pas que le peuple chrétien soit présent et établi dans un pays, et il ne suffit pas qu’il exerce l’apostolat de l’exemple&amp;amp;nbsp;; il est établi, il est présent à cette fin, qui est d’annoncer le Christ aux concitoyens non chrétiens par la parole et par l’action et de les aider à accueillir pleinement le Christ&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn104&amp;quot;&amp;gt;AG 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==AUTRES CONCESSIONS==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Aux quatre concessions générales traitées ci-dessus (nn. I‑IV), s’ajoutent quelques autres concessions, qui revêtent une signification particulière compte tenu des traditions du passé aussi bien que des besoins de notre temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces concessions se complètent réciproquement et, alors qu’elles invitent les fidèles, par le don de l’indulgence, à accomplir des œuvres de piété, de charité et de pénitence, elles les conduisent à s’unir plus étroitement par la charité au Christ Tête et à l’Église son corps&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn105&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Sont reportées quelques prières vénérables en raison de leur inspiration divine ou de leur caractère antique, et d’usage universel&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn106&amp;quot;&amp;gt;Par exemple, le ''Credo ''(conc. 28 § 2, 3°), le ''De profundis ''(conc. 9, 2°), le ''Magnificat ''(conc. 17 § 2, 1°), le ''Sub tuum praesidium ''(conc. 17 § 2, 3°), le ''Salve Regina ''(ibid.), l’''Actiones'' ''nostras ''(conc. 26 § 2, 2°), l’''Agimus'' ''tibi gratias ''(ibid.). &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est évident qu’elles sont citées à titre d’exemple. Mais il faut se rappeler ce que disent les Normes à propos du droit des évêques éparchiaux ou diocésains, des métropolites, des patriarches et des cardinaux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn107&amp;quot;&amp;gt;Cf. nn. 7-10, 11 § 2, 22, 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les indulgences concédées pour la pieuse récitation des prières dont la liste suit, par la nature des choses, peuvent être acquises par des fidèles de n’importe quel rite, quelle que soit la tradition liturgique à laquelle ces prières appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Ces prières, tout bien considéré, sont déjà comprises dans la concession générale I, quand elles sont récitées dans la vie courante par le fidèle qui élève son âme vers Dieu avec une humble confiance. Ainsi, par exemple, appartiennent à cette première concession les prières ''Actiones'' ''nostras ''et ''Agimus'' ''tibi gratias'', qui sont récitées dans l’«&amp;amp;nbsp;accomplissement de sa tâche ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, on a préféré les citer explicitement, parmi les pratiques indulgenciées, pour dissiper d’éventuels doutes et pour en souligner l’excellence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Comme il est de soi évident, chaque fois que, dans les concessions, l’on requiert pour obtenir une indulgence la récitation de prières, de litanies ou de petits offices, leur texte doit être approuvé par l’Autorité ecclésiastique compétente&amp;amp;nbsp;; et leur récitation, comme la visite d’un lieu sacré, l’accomplissement d’un pieux exercice ou l’usage d’un objet de dévotion quand ils sont prescrits, doit se faire avec la dévotion requise et la pieuse affection du cœur. Dans quelques concessions particulières, cet esprit est rappelé explicitement pour aider la piété des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Pour gagner une indulgence plénière, comme l’établit la norme 20, on requiert l’exécution de l’œuvre, l’accomplissement des trois conditions et une entière disposition de l’âme, qui exclue toute affection peccamineuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne l’indulgence partielle, dont parle la norme 4, sont requises l’exécution de l’œuvre et au moins la contrition du cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Si l’œuvre enrichie de l’indulgence plénière peut être divisée en plusieurs parties de façon convenable (par exemple, le Rosaire de la Vierge Marie en dizaines), celui qui, pour un motif raisonnable, n’accomplit pas l’œuvre entière, peut gagner l’indulgence partielle pour la partie accomplie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn108&amp;quot;&amp;gt;Cf. norme 20 § 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Sont dignes de mention spéciale les concessions relatives à des œuvres dont l’accomplissement permet au fidèle de gagner l’indulgence plénière chaque jour de l’année, restant ferme la norme 18 § 1, selon laquelle l’indulgence plénière ne peut être obtenue qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* l’adoration du Saint-Sacrement pendant une demi-heure au moins (conc. 7 § 1, 1°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* le pieux exercice du Chemin de la Croix (conc. 13, 2°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la récitation du Chapelet de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste dans une église ou un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse, dans une association de fidèles, et de manière générale quand plusieurs personnes se rassemblent dans un but honnête (conc. 17 § 1, 1° et conc. 23 § 1)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la pieuse lecture ou l’écoute de la Sainte Écriture pendant une demi-heure au moins (conc. 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Les concessions sont énumérées suivant l’ordre alphabétique latin. Pour établir cet ordre, on mentionne les premiers mots indiqués par le titre (par exemple, ''Actus consecrationis familiarum ''- ''Eucharistica adoratio et processio'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n’indique les sources de ces prières que lorsqu’il s’agit de textes liturgiques actuellement en vigueur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faciliter l’usage de ''l’Enchiridion ''aux fidèles, trois tables ont été ajoutées en fin de volume&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* les formules des prières&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la liste des temps et des actes par lesquels on obtient une indulgence plénière&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* l’index général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1719</id>
		<title>Enchiridion des indulgences</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1719"/>
				<updated>2011-04-06T15:48:08Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* Normes sur les indulgences */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;'''ENCHIRIDION'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;DES INDULGENCES&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Normes et concessions''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''1999''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Première édition latine, juin 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deuxième édition latine, octobre 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Troisième édition latine, mai 1986.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatrième édition latine, juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Troisième édition française, janvier 2000.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Titre original de l’ouvrage&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Enchiridion indulgentiarum''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Traduction française par la Procure de l’œuvre de Montligeon à Rome, approuvée par la Pénitencerie Apostolique''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte typique latin, Libreria Editrice Vaticana, 1999.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte français, éditions Lethielleux, 2000''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==DÉCRETS PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Quatrième édition de l’Enchiridion des indulgences ===&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mérites infinis de Jésus, divin Rédempteur du genre humain, et ceux qui en dérivent avec surabondance chez la bienheureuse Vierge Marie et tous les saints, sont confiés à l’Église du Christ comme un trésor inépuisable&amp;amp;nbsp;: pour qu’en vertu du pouvoir de lier et de délier attribué par le Fondateur de l’Église à Pierre et aux autres Apôtres, et par eux à leurs successeurs les Souverains Pontifes et les Évêques, ils soient appliqués en rémission des péchés et des conséquences des péchés. Cela se réalise avant tout, et de façon indispensable quand il s’agit de péchés mortels, à travers le Sacrement de la Réconciliation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, malgré la rémission aussi bien de la faute mortelle et donc nécessairement aussi de la peine éternelle méritée par cette faute, que de la faute légère ou péché véniel, le pécheur, bien que pardonné, peut avoir encore besoin de purification&amp;amp;nbsp;: il peut encore être tenu de purger une peine temporelle, soit dans la vie terrestre soit dans l’autre vie, par l’état de purgatoire. L’indulgence, qui découle de l’admirable trésor de l’Église mentionné plus haut, remplace, en l’éliminant, cette peine temporelle. Par conséquent, la doctrine de foi sur les indulgences et leur louable pratique confirment les mystères si consolants du Corps mystique du Christ et de la communion des saints, et elles appliquent ces mystères avec une spéciale efficacité pour obtenir la sainteté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela est abondamment enseigné par le Souverain Pontife Jean-Paul II dans la Bulle d’indiction du Grand Jubilé&amp;amp;nbsp;: ''Incarnationis'' ''mysterium''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En conformité avec cette expression du Magistère, la Pénitencerie Apostolique met à profit l’occasion offerte par le saint Jubilé, désormais imminent, et par la diffusion dans le monde catholique de la Bulle en question, pour publier pour la quatrième fois l’''Enchiridion des Indulgences'', selon la forme typique de l’édition du 29 juin 1968, qui suivait la discipline introduite par la Constitution Apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec cette nouvelle édition,&amp;amp;nbsp;les principes concernant la discipline des indulgences ne sont en rien changés, mais quelques normes ont été révisées conformément aux derniers documents publiés par le Siège Apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux concessions, elles ont été regroupées selon un critère systématique, si bien que leur nombre réel n’est pas changé, mais que la liste en est plus brève&amp;amp;nbsp;; la méthode suivie pour exprimer les concessions a été choisie dans le but de favoriser une pieuse disposition de charité, tant chez les fidèles en particulier qu’au sein de la communauté ecclésiale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi, tout d’abord, qu’on a inséré une quatrième concession générale, qui enrichit d’une indulgence le fait de témoigner ouvertement de la foi dans les circonstances particulières de la vie courante. Les autres nouvelles concessions d’une particulière importance sont destinées à affermir les fondements de la famille chrétienne (consécration des familles)&amp;amp;nbsp;; la communion de l’Église universelle dans sa supplication (participation fructueuse soit aux journées mondiales consacrées à une finalité religieuse, soit à la semaine pour l’unité des chrétiens)&amp;amp;nbsp;; le culte à rendre à Jésus présent dans le Saint Sacrement (procession eucharistique).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs concessions précédentes ont été encore étendues&amp;amp;nbsp;: par exemple celles qui concernent la récitation du rosaire de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste, les célébrations jubilaires des Ordinations, la lecture de l’Écriture Sainte et la visite des lieux sacrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette édition de l’''Enchiridion'', on fait plus souvent référence aux facultés qu’ont les assemblées épiscopales de déterminer les listes des prières les plus répandues sur leurs territoires, pour les orientaux selon leurs propres statuts, et pour les latins aux termes du canon 447 CIC. De fait le nombre des prières reportées par l’''Enchiridion'' est notablement augmenté, surtout pour celles des Traditions orientales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce décret, on déclare authentique le texte qui suit et l’on en ordonne la publication en vertu de l’autorité du Souverain Pontife, comme cela a été signifié aux Responsables de la Pénitencerie Apostolique dans l’audience du 5 juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, selon l’intention du Saint Père, souhaite que les fidèles, guidés par l’enseignement et la sollicitude pastorale de leurs évêques, s’emploient à augmenter leur piété à la gloire de la Divine et très auguste Trinité, par l’usage des saintes indulgences dans une religieuse disposition intérieure de leur âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nonobstant toutes dispositions contraires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donné à Rome, au Siège de la Pénitencerie Apostolique, le 16 juillet 1999, en la commémoration de Notre-Dame du Mont-Carmel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE ===&lt;br /&gt;
N. 129/99/I&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, ayant attentivement examiné la version en langue française de l’''Enchiridion indulgentiarum'', en autorise la publication pour ce qui est de sa compétence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rome, au siège de la Pénitencerie Apostolique, le 22 février 2000, Fête de la Chaire de Saint-Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==ABRÉVIATIONS ET SIGLES==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AA &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Apostolicam actuositatem''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 18 novembre 1965 (AAS 59 [1966] 837-864)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AAS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Acta Apostolicae Sedis, Commentarium officiale''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AG &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Ad gentes''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 947-990)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
All.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Allocution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ap.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AP&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Benoît XV, m.p. ''Alloquentes'' ''proxime''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 25 mars 1917 (AAS 9 [1917] 167)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
can./cann.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Canon/canons&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CD&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Christus Dominus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 oct. 1965 (AAS 58 [1966] 673-701)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CE&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Caeremoniale Episcoporum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatum'', 14 septembre 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CEC&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Catéchisme de l’Église catholique'', 15 août 1997&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1917&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici Pii X Pontificis Maximi iussu digestus Benedicti Papae XV auctoritate promulgatus'', 27 mai 1917&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1983 &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatus'', 25 janvier 1983&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conc.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; concession&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Const.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pie XII, m.p. ''Cleri'' ''sanctitati''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 2 juin 1957 (AAS 49 [1957] 433-600)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Ben.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Rituale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani instauratum auctoritate Ioannis Pauli II promulgatum, De benedictionibus'', 31 mai 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decl.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decr.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration ''Dignitatis'' ''humanae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 929-946)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Denzinger-Schönmetzer, ''Enchiridion Symbolorum Definitionum et Declarationum de rebus fidei et morum'', 33e éd., 1965&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1968&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 29 juin 1968&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1986&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 18 mai 1986&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
GS &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution pastorale ''Gaudium'' ''et spes,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 1025-1120)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ID&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. Ap. ''Indulgentiarum doctrina'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; janvier 1967 (AAS 59 [1967] 5-24)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IFI&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; SPA, décret ''In fere innumeris''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 20 juillet 1942 (AAS 34 [1942] 240)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LG&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution dogmatique ''Lumen gentium,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 21 novembre 1964 (AAS 57 [1965] 5-71)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Officium ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum, Liturgia Horarum iuxta Ritum Romanum'' (Liturgie des Heures), 7 avril 1985&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
m.p.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Lettre apostolique donnée sous forme de ''Motu proprio''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Missale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum'' (Missel Romain), 27 mars 1975&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
n./nn.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; norme/normes&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OT&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Optatam'' ''totius''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 octobre 1965 (AAS 58 [1966] 713-727)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paen.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Paenitemini''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 17 février 1966 (AAS 58 [1966] 177-198)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PB&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Jean-Paul II, Const. ap. ''Pastor'' ''bonus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 juin 1988 (AAS 80 [1988] 841-912)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PL&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Migne J.P., ''Patrologia latina'', 1841-1864&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Resp.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Réponse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
REU&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Regimini Ecclesiae Universae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 15 août 1967 (AAS 59 [1967] 885-928)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SCR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Congrégation des Rites&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SPA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Préliminaires==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La première édition de cet ''Enchiridion des indulgences'', parue en juin 1968, mettait à exécution la Norme 13 de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le manuel des indulgences sera révisé afin que des indulgences ne soient attachées qu’aux principales prières et aux principales œuvres de piété, de charité et de pénitence.&amp;amp;nbsp;» Dans les éditions successives, jusqu’à la présente édition, la Pénitencerie Apostolique veilla à rendre le texte plus clair, à le corriger en quelques points secondaires pour le conformer aux règles de la critique, et à insérer quelques additions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. À cet égard, sont considérées comme «&amp;amp;nbsp;principales prières et œuvres&amp;amp;nbsp;» celles qui, en tenant compte de la tradition et des conditions des temps, semblent être particulièrement adaptées non seulement pour aider les fidèles à s’acquitter des peines dues pour leurs péchés, «&amp;amp;nbsp;mais aussi et surtout pour les pousser à une plus grande ferveur de charité. Tel a été le principe inspirateur de la réforme&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Paul VI, Allocution au Sacré-Collège et à la Curie romaine, 23 décembre 1966&amp;amp;nbsp;: ''AAS'' 59 (1967), p. 57. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Conformément à la tradition, la participation au Sacrifice de la Messe et aux Sacrements n’est pas indulgenciée&amp;amp;nbsp;: ceux-ci possèdent en eux-mêmes une efficacité prééminente quant à «&amp;amp;nbsp;la sanctification et la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, lors d’événements particuliers (comme la première Communion, la première Messe d’un nouveau prêtre, la Messe de clôture d’un Congrès eucharistique), une indulgence est accordée, celle-ci n’est pas attachée à la participation à la Messe ou aux Sacrements, mais aux circonstances exceptionnelles qui accompagnent cette participation. Ainsi, grâce à l’indulgence, on encourage et l’on récompense en quelque sorte la résolution de se consacrer qui est propre à de telles célébrations, le bon exemple donné à autrui, et l’honneur rendu à la Sainte Eucharistie et au Sacerdoce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, conformément à la tradition, une indulgence peut être ajoutée à diverses œuvres de piété, privées et publiques&amp;amp;nbsp;; en outre, on peut enrichir d’une même indulgence des œuvres de charité et de pénitence, auxquelles il convient d’accorder plus d’importance de nos jours. Mais toutes ces œuvres indulgenciées, comme du reste toute autre bonne action et toute souffrance patiemment supportée, ne sont en rien disjointes de la Messe et des Sacrements, en tant que sources principales de la sanctification et de la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''ibid''. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: les bonnes œuvres et les souffrances deviennent l’offrande des fidèles eux-mêmes, offrande qui s’ajoute à celle du Christ dans le Sacrifice Eucharistique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 34. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; puisque la Messe et les Sacrements conduisent les fidèles à accomplir leurs devoirs de telle façon qu’ils «&amp;amp;nbsp;appliquent dans leur vie ce qu’ils ont reçu dans la foi&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Cf. MR, Oraison du lundi de l’octave de Pâques. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et qu’en retour, les devoirs accomplis consciencieusement disposent les âmes chaque jour un peu plus à participer avec fruit à la Messe et aux Sacrements&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Cf. SC 9‑13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Par piété envers les choses sacrées, une plus grande importance est accordée à l’action du fidèle ''(opus operantis)&amp;amp;nbsp;:'' c’est pourquoi on ne reporte pas une longue liste d’œuvres de piété ''(opus operatum) ''comme étrangères à la vie quotidienne des fidèles, mais on présente seulement un petit nombre de concessions&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;Cf. particulièrement les nn. I‑IV ci-dessous. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui incitent plus efficacement le fidèle à rendre sa vie plus profitable et plus sainte dans la mesure où on écarte «&amp;amp;nbsp;cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne… (et) où l’on unit dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Cf. GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique a donc cherché davantage à donner une grande place à la vie chrétienne, à former les âmes à l’esprit de prière et de pénitence et à l’exercice des vertus théologales, plutôt que de proposer des formules et des actes à répéter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Dans l’''Enchiridion'', avant d’énumérer les diverses concessions, on a fait figurer les Normes, reprises pour la plupart de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina'', du Code de droit canonique ainsi que d’autres documents normatifs. En effet il est utile, pour éviter d’éventuels doutes en cette matière, d’exposer simultanément et avec ordre toutes les dispositions actuellement en vigueur au sujet des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Dans l’''Enchiridion, ''on commence par énumérer quatre concessions générales, qui devraient donner le ton à la conduite quotidienne de la vie chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour l’utilité et l’instruction des fidèles, chacune des quatre concessions générales est accompagnée de quelques annotations qui manifestent comment elle s’accorde avec l’esprit de l’Évangile et avec le renouveau entrepris par le concile œcuménique Vatican II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Suit une liste de concessions relatives à quelques pieuses pratiques. Mais elles sont peu nombreuses, parce que beaucoup sont comprises dans les concessions générales, et aussi parce que, parmi les prières, on a préféré n’en rappeler expressément que quelques-unes de caractère universel. Les Assemblées épiscopales compétentes veilleront à ajouter aux éditions de l’''Enchiridion ''dans les diverses langues d’autres formules, utiles pour la piété des fidèles et chères à leur tradition, si le cas se présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# L’''Enchiridion ''contient en outre un Appendice, qui comprend une liste d’invocations et qui reporte le texte de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''.&amp;lt;br/&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Normes sur les indulgences==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 1 - L’indulgence est la remise devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés, déjà effacés quant à la faute, que le fidèle, bien disposé et à certaines conditions déterminées, reçoit par l’intervention de l’Église qui, en tant que ministre de la rédemption, distribue et applique avec autorité le trésor des satisfactions du Christ et des Saints&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 911&amp;amp;nbsp;; ID, n. 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983'', ''can. 992&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 1''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 2 - L’indulgence est partielle ou plénière selon qu’elle libère en partie ou totalement de la peine temporelle due pour les péchés&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 2&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'' EI 1968, n. 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can 993&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 2''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 3 - Tout fidèle peut gagner des indulgences partielles ou plénières pour lui-même, ou les appliquer aux défunts par mode de suffrage&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 930&amp;amp;nbsp;; ID, n. 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, nn. 3-4&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 994&amp;amp;nbsp;; EI 1986, nn. 3-4. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 4 – Au fidèle qui, au moins le cœur contrit, accomplit une œuvre à laquelle est attachée une indulgence partielle, est appliquée par l’Église&amp;amp;nbsp;la remise d’une peine temporelle de même valeur que celle qu’il obtient déjà par son œuvre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 5&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 5. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 5 - § 1. Outre l’autorité suprême de l’Église, seuls peuvent accorder des indulgences ceux à qui ce pouvoir est reconnu par le droit ou à qui il a été concédé par le Pontife Romain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Aucune autorité inférieure au Pontife Romain n’est en mesure de confier à d’autres le pouvoir de concéder des indulgences, à moins que cela ne lui ait été expressément concédé par le Siège Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 912&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 8&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 7. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2 &amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 913&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 10, 1°&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 6 - Dans la Curie Romaine, tout ce qui concerne la concession et l’usage des indulgences est confié exclusivement à la Pénitencerie Apostolique, restant sauf le droit de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi d’examiner ce qui regarde la doctrine dogmatique à leur sujet&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;AP 4-5&amp;amp;nbsp;; REU 113&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 8&amp;amp;nbsp;; PB 120. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 7 - Les évêques éparchiaux ou diocésains, ainsi que ceux qui leur sont assimilés en droit, même dépourvus de la dignité épiscopale, dès le début de leur charge pastorale, ont le droit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1°. D’accorder dans leur territoire l’indulgence partielle à tous les fidèles, et hors de leur territoire aux fidèles relevant de leur juridiction&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°. D’impartir trois fois par an la bénédiction papale avec indulgence plénière, en employant la formule prescrite, dans leur propre éparchie ou diocèse, lors de fêtes solennelles de leur choix, même s’ils ne font qu’assister à la Messe. Cette bénédiction se donne à l’issue de la Messe à la place de la bénédiction habituelle, selon les normes du Cérémonial des Évêques de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;1°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 349 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 396 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; 364 § 3, 3°&amp;amp;nbsp;; 367 § 2, 1°&amp;amp;nbsp;; 391&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 1°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 914&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, 2°&amp;amp;nbsp;; CE, 1122-1126&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 2°.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 8 - Les métropolites peuvent accorder l’indulgence partielle dans les éparchies ou diocèses suffragants comme dans leur propre territoire&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 274, 2°&amp;amp;nbsp;; SPA, decr. 20 iul. 1942, n. 2&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 319, 6°&amp;amp;nbsp;; 320 § 1, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 12&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 9 - § 1. Les Patriarches, en tout lieu même exempt de leur patriarcat, dans les églises de leur propre rite en dehors des limites du patriarcat, et partout pour les fidèles de leur rite, peuvent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° accorder l’indulgence partielle&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° impartir la Bénédiction Papale avec indulgence plénière, trois fois par an en règle ordinaire, et en outre lorsque se présente une circonstance ou une raison religieuse tout à fait particulière, qui demande la concession de l’indulgence plénière pour le bien des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cette disposition vaut aussi pour les Archevêques Majeurs&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CS, can. 283, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CS can. 326 § 1, 10°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 10 - Les Cardinaux de la Sainte Église Romaine jouissent de la faculté d’accorder en tout lieu l’indulgence partielle, qui ne peut être acquise, à chaque fois, que par les personnes présentes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 239 § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; CS, can. 185, § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 14&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 11 - § 1. Il faut l’autorisation expresse du Siège Apostolique pour pouvoir imprimer, en quelque langue que ce soit, l’''Enchiridion ''des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Quant à tous les autres livres, feuillets et autres écrits contenant des concessions d’indulgences, ils ne peuvent être édités sans l’autorisation du Hiérarque ou de l’Ordinaire du lieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 826 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 12 – Selon l’intention du Souverain Pontife, les concessions des indulgences demandées pour tous les fidèles n’entrent en vigueur qu’après que leurs documents authentiques aient été revus par la Pénitencerie Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 920&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 13 - L’indulgence jointe à un jour de célébration liturgique est considérée comme transférée au jour auquel cette célébration ou la solennité extérieure, qui lui est liée, est légitimement transférée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 922&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 14 - Pour gagner l’indulgence attachée à un jour déterminé, si la visite d’une église ou d’un oratoire est requise, celle-ci peut se faire depuis midi, la veille, jusqu’à minuit, le jour en question&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 923&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 15 - Le fidèle peut obtenir une indulgence s’il se sert avec dévotion de l’un des objets de piété suivants, dûment béni&amp;amp;nbsp;: crucifix ou croix, chapelet, scapulaire ou médaille&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 19&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 16 - § 1. L’indulgence attachée à la visite d’une église ou d’un oratoire ne cesse pas si l’édifice est totalement détruit puis reconstruit avant cinquante ans, dans le même lieu ou à peu près, et sous le même titre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. L’indulgence attachée à l’usage d’un objet de piété ne cesse que si cet objet est entièrement détruit ou vendu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 17 - § 1. Pour avoir capacité à gagner des indulgences, il faut être baptisé, non excommunié et en état de grâce, au moins à la fin des œuvres prescrites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant, pour qu’un sujet capable gagne des indulgences, il doit avoir l’intention au moins générale de les acquérir, et accomplir les œuvres imposées dans le temps fixé et de la manière prescrite, selon la teneur de la concession&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;§&amp;amp;nbsp; 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 18 - § 1. L’indulgence plénière ne peut être acquise qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;; l’indulgence partielle peut l’être plusieurs fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant le fidèle peut obtenir l’indulgence plénière ''in articulo mortis ''même s’il a déjà acquis l’indulgence plénière en ce même jour&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 928&amp;amp;nbsp;; ID, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 §§ 1 et 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 §§ 1 et 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 19 - L’œuvre prescrite pour acquérir l’indulgence plénière attachée à une église ou à un oratoire consiste à y faire une pieuse visite, au cours de laquelle on récite l’Oraison Dominicale et le symbole de la foi (''Pater ''et ''Credo''), à moins que la concession n’en dispose autrement&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 25&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 20 - § 1. Pour gagner l’indulgence plénière, en plus d’exclure toute affection au péché, même véniel, il est requis d’accomplir l’œuvre indulgenciée et de remplir les trois conditions&amp;amp;nbsp;: confession sacramentelle, communion eucharistique et prière aux intentions du Souverain Pontife. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Avec une seule confession sacramentelle, on peut acquérir plusieurs indulgences plénières&amp;amp;nbsp;; mais avec une seule communion eucharistique et une seule prière aux intentions du Souverain Pontife, on n’acquiert qu’une seule indulgence plénière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. Les trois conditions peuvent être remplies plusieurs jours avant ou après l’accomplissement de l’œuvre prescrite&amp;amp;nbsp;; cependant, il convient de recevoir la communion et de prier aux intentions du Souverain Pontife le jour même où l’on accomplit l’œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4. S’il manque la pleine disposition, ou si l’œuvre requise n’est pas entièrement exécutée et les trois conditions susdites ne sont pas remplies - restant sauves les prescriptions n. 24 et n. 25 pour ceux qui sont «&amp;amp;nbsp;empêchés&amp;amp;nbsp;» - l’indulgence sera seulement partielle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5. La condition de prier aux intentions du Souverain Pontife est remplie si l’on récite à son intention un ''Pater ''et un ''Ave''&amp;amp;nbsp;; cependant les fidèles sont libres de réciter toute autre prière selon la piété et dévotion de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 28&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: ID, n. 8&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 27&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5&amp;amp;nbsp;: ID, n. 10&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 29&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 21 - § 1. On ne peut gagner une indulgence avec une œuvre à laquelle on est obligé par une loi ou un précepte, à moins que dans la concession de celle-ci il ne soit dit expressément le contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Toutefois, celui qui accomplit une œuvre imposée comme pénitence sacramentelle, qui est éventuellement enrichie d’indulgences, peut à la fois satisfaire à la pénitence et gagner les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. De même les membres d’Instituts de vie consacrée ou de Sociétés de vie apostolique peuvent gagner les indulgences par des prières et des œuvres pieuses qu’ils sont tenus d’offrir ou d’accomplir en vertu de leurs règles, de leurs constitutions ou tout autre précepte&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: PA, ''Réponse à un doute'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; juillet 1992 (AAS 84 [1992] 935).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 22 - L’indulgence attachée à une prière peut être gagnée quelle que soit la langue dans laquelle cette prière est récitée, pourvu que la traduction ait été approuvée par une autorité ecclésiastique compétente&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 32&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 23 - La récitation d’une prière en alternant avec un compagnon, ou le fait de la suivre mentalement tandis qu’un autre la récite, suffisent pour gagner des indulgences&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 33&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 26. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 24 - Les confesseurs peuvent commuer soit l’œuvre prescrite, soit les conditions, en faveur de ceux qui, tenus par un empêchement légitime, ne peuvent les accomplir&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 935&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 34&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 25 - Les Hiérarques ou les Ordinaires des lieux peuvent de surcroît concéder aux fidèles sur lesquels ils exercent leur autorité selon le droit, si ceux-ci se trouvent en des lieux où il leur est soit impossible soit très difficile d’approcher de la confession ou de la communion, de pouvoir gagner l’indulgence plénière sans la confession et la communion actuelles, pourvu qu’ils aient le cœur contrit et qu’ils se proposent de recevoir ces sacrements dès qu’ils le pourront&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 11&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 35&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 26 - Les sourds comme les muets peuvent gagner les indulgences attachées à des prières publiques, s’ils élèvent vers Dieu leur esprit et leurs pieux sentiments, à l’unisson des autres fidèles qui prient dans le même lieu&amp;amp;nbsp;; et s’il s’agit de prières privées, il suffit qu’ils les récitent mentalement, qu’ils les expriment par des signes, ou qu’ils les parcourent seulement des yeux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 936&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 36&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 29. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Quatre concessions générales==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. On propose avant tout quatre concessions d’indulgences qui invitent le fidèle à pénétrer d’esprit chrétien les actions qui sont en quelque sorte la trame de sa vie quotidienne&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''1 Co ''10, 31&amp;amp;nbsp;; ''Col ''3, 17&amp;amp;nbsp;; AA 2‑4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;, et à chercher la perfection de la charité dans ses occupations ordinaires&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 39, 40‑42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les quatre concessions sont réellement de caractère général et chacune d’elles comprend plusieurs œuvres du même genre. Cependant ces œuvres ne sont pas toutes indulgenciées, mais seulement celles qui sont accomplies d’une manière et dans un esprit particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, par la première concession ainsi formulée - «&amp;amp;nbsp;L’indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en accomplissant ses devoirs et en supportant les adversités de la vie, élève avec une humble confiance son âme vers Dieu, en ajoutant, ne fût-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;amp;nbsp;» - ne sont enrichis d’indulgence que les actes par lesquels le fidèle accomplit ses devoirs et supporte les adversités de la vie tout en élevant son esprit vers Dieu de la façon indiquée. De tels actes particuliers, en raison de la faiblesse humaine, ne sont pas fréquents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelqu’un était assez appliqué et fervent pour multiplier ces actes dans la journée, il mériterait justement, en plus d’une augmentation de grâce, une plus large remise de peine et, à la mesure de sa charité, il pourrait aussi plus largement venir au secours des âmes du purgatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit juger de la même façon pour les trois autres concessions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Puisque ces quatre concessions, comme il est manifeste, concordent pleinement avec l’Évangile et avec la doctrine de l’Église, clairement exposée par le Concile Vatican II, on reporte pour l’utilité des fidèles des passages de la Sainte Écriture et des Actes de ce concile en commentaire de chacune des concessions suivantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CONCESSIONS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== I. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, accomplissant ses devoirs et supportant les adversités de la vie, élève son âme vers Dieu avec une humble confiance, en ajoutant, ne serait-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Decr. Pia oblatio quotidiani laboris Indulgentiis ditatur, 25 nov. 1961 (AAS 53 [1961] 827) ; Decr. Pia oblatio humani doloris Indulgentiis ditatur, 4 juin 1962 (AAS 54 [1962] 475) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. I. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par cette première concession, les fidèles sont conduits en quelque sorte à mettre en pratique le commandement du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est nécessaire de prier sans cesse et de ne pas se décourager&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;'''''Lc 18, 1. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;; en même temps ils sont exhortés à s’acquitter de leurs devoirs d’une façon telle qu’ils gardent et accroissent leur union au Christ.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’esprit dans lequel l’Église concède cette indulgence est parfaitement illustré par les passages suivants de l’Écriture&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Demandez, on vous donnera&amp;amp;nbsp;; cherchez, vous trouverez&amp;amp;nbsp;; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''7, 7‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''26, 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s’alourdissent dans ... les soucis de la vie ... Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 21, 34.36. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;''Ac ''2, 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;''1 Co ''10, 31. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’Esprit suscite votre prière sous toutes ses formes, vos requêtes, en toutes circonstances&amp;amp;nbsp;; employez vos veilles à une infatigable intercession pour tous les saints&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;''Ep ''6, 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous à la prière&amp;amp;nbsp;; qu’elle vous garde sur le qui-vive dans l’action de grâce&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;''Col ''4, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Priez sans cesse, rendez grâce en toute circonstance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;''1 Th ''5, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et dans les actes du Concile Vatican II on lit ceci&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi donc tous les fidèles du Christ se sanctifieront chaque jour davantage dans les conditions, les charges et les circonstances de leur vie et grâce à tout cela, s’ils acceptent tout avec foi de la main du Père céleste et s’ils coopèrent à la volonté de Dieu, en manifestant à tous, dans le service temporel lui-même, l’amour dont Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette vie d’intime union avec le Christ dans l’Église est entretenue par les secours spirituels ... qui doivent être utilisés par les laïcs de telle sorte que, tout en remplissant de façon convenable les obligations du monde dans les conditions ordinaires de leur vie, ils ne dissocient pas l’union au Christ et leur vie, mais qu’en accomplissant leurs œuvres selon la volonté de Dieu, ils grandissent encore dans cette union ... Ni le soin de leur famille ni les autres affaires temporelles ne doivent être étrangers à leur vie spirituelle, selon cette parole de l’Apôtre&amp;amp;nbsp;: ‘Tout ce que vous faites, en paroles ou en actes, faites-le au nom du Seigneur Jésus-Christ, en rendant grâces par lui à Dieu le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;‘&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;AA 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps ... il faut éviter d’opposer artificiellement les activités professionnelles et sociales d’une part et la vie religieuse d’autre part ... Que les chrétiens, suivant l’exemple du Christ, qui exerça un métier d’artisan, se réjouissent plutôt de pouvoir mener toutes leurs activités terrestres en unissant dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====II. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de foi et avec un cœur miséricordieux, s’emploie, par sa personne ou par ses biens, au service de ses frères dans le besoin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn52&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Indulgentiae apostolicae (AAS 55 [1963] 657-659) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. II. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par la concession de cette indulgence, le fidèle est engagé, en suivant l’exemple et le commandement du Christ&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn53&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. Jn 13, 15&amp;amp;nbsp;; Ac 10, 38. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;, à accomplir plus fréquemment des œuvres de charité et de miséricorde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Toutes les œuvres de charité ne sont pourtant pas indulgenciées, mais seulement celles qui sont faites&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;au service des frères dans le besoin&amp;amp;nbsp;», qu’il s’agisse de besoin corporel, comme celui de la nourriture ou du vêtement, ou bien de besoin spirituel, comme celui de l’instruction ou du réconfort.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger&amp;amp;nbsp;; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire&amp;amp;nbsp;; j’étais un étranger, et vous m’avez recueilli&amp;amp;nbsp;; nu, et vous m’avez vêtu&amp;amp;nbsp;; malade, et vous m’avez visité&amp;amp;nbsp;; en prison, et vous êtes venus à moi ... En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn54&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''25, 35‑36.40&amp;amp;nbsp;; cf. aussi ''Tob'' 4, 7‑8&amp;amp;nbsp;; ''Is'' 58, 7. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je vous donne un commandement nouveau&amp;amp;nbsp;: aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples&amp;amp;nbsp;: à l’amour que vous aurez les uns pour les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn55&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 34‑35. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que celui qui donne le fasse sans calcul ... celui qui exerce la miséricorde, avec joie ... Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection&amp;amp;nbsp;; rivalisez d’estime réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur ... Soyez solidaires des saints dans le besoin, exercez l’hospitalité avec empressement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn56&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 8.10‑11.13 &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés ... s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn57&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tant que nous disposons de temps, travaillons pour le bien de tous, surtout celui de nos proches dans la foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn58&amp;quot;&amp;gt;''Gal'' 6, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn59&amp;quot;&amp;gt;''Ep'' 5, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn60&amp;quot;&amp;gt;''1 Th'' 4, 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’amour fraternel demeure&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn61&amp;quot;&amp;gt;''He ''13, 1. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici&amp;amp;nbsp;: visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse&amp;amp;nbsp;; se garder du monde pour ne pas se souiller&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn62&amp;quot;&amp;gt;''Jc'' 1, 27&amp;amp;nbsp;; cf. ''Jc'' 2, 15‑16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous avez purifié vos âmes, en obéissant à la vérité, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie. Aimez-vous les uns les autres d’un cœur pur, avec constance&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn63&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''1, 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Enfin, soyez tous dans de mêmes dispositions, compatissants, animés d’un amour fraternel, miséricordieux, humbles. Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l’insulte pour l’insulte&amp;amp;nbsp;; au contraire, bénissez, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn64&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 3, 8‑9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et pour cette raison même, concentrant tous vos efforts, joignez ... à la piété l’amitié fraternelle, à l’amitié fraternelle l’amour&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn65&amp;quot;&amp;gt;''2 P ''1, 5.7. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il se ferme à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? Mes petits enfants, n’aimons pas en paroles et de langue, mais en acte et dans la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn66&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn ''3, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Partout où vivent des gens qui manquent de nourriture et de boisson, de vêtements, de logement, de remèdes, de travail, d’instruction, des moyens nécessaires pour mener une vie vraiment humaine, qui sont en proie aux tribulations et à la maladie, qui subissent l’exil ou la prison, tous ceux-là la charité chrétienne doit les chercher et les trouver, les réconforter avec un soin empressé et les soulager par les secours fournis ... Pour qu’un tel exercice de la charité échappe à tout soupçon et apparaisse comme tel, il faut voir dans le prochain l’image de Dieu selon laquelle il a été créé et le Christ Seigneur à qui est offert en réalité tout ce qui est donné à un pauvre&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn67&amp;quot;&amp;gt;AA 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comme les œuvres de charité et de miséricorde représentent un témoignage éminent de vie chrétienne, la formation apostolique doit aussi conduire à les pratiquer, en sorte que dès leur enfance les fidèles apprennent à compatir aux souffrances de leurs frères et à secourir généreusement ceux qui sont dans le besoin&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn68&amp;quot;&amp;gt;AA 31c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Se souvenant de la parole du Seigneur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;En ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn69&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 35. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;, les chrétiens ne peuvent avoir de souhait plus ardent que celui de se mettre au service des hommes de ce temps avec une générosité et une efficacité toujours plus grandes ... Le Père veut qu’en tout homme nous reconnaissions et aimions effectivement le Christ notre frère, en parole et en acte&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn70&amp;quot;&amp;gt;GS 93. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====III. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de pénitence, s’abstient spontanément de quelque chose de licite qui lui est agréable&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn71&amp;quot;&amp;gt;EI 1968 et 1986, conc. gen. III. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession convient particulièrement à notre époque en laquelle, en complément de la loi, d’ailleurs très douce, sur l’abstinence de viande et le jeûne, il convient tout à fait que les fidèles soient incités à exercer d’eux-mêmes la pénitence&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn72&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Paen III, c. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De la sorte, on encourage le fidèle à apprendre comment réduire son corps en servitude en réfrénant ses passions, et à se conformer au Christ pauvre et patient&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn73&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Mt 8, 20&amp;amp;nbsp;; 16, 24. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et l’abstinence aura plus de prix si elle est jointe à la charité, selon ces paroles de saint Léon le Grand&amp;amp;nbsp;: « Donnons à la vertu ce que nous retirons à la volupté. Que l’abstinence de celui qui jeûne devienne la réfection des pauvres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn74&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 13 (alias&amp;amp;nbsp;: 12) De ieiunio decimi mensis, 2 (PL 54, 172). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn75&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 9, 23&amp;amp;nbsp;: cf. ''Lc'' 14, 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn76&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 13, 5&amp;amp;nbsp;; cf. ''Lc'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais si, par l’Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn77&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn78&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse&amp;amp;nbsp;; eux, c’est pour une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable. Moi donc, je cours ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne vais pas à l’aveuglette&amp;amp;nbsp;; et je boxe ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne frappe pas dans le vide. Mais je traite durement mon corps et le tiens assujetti&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn79&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 9, 25‑27. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn80&amp;quot;&amp;gt;''2 Co'' 4, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle est digne de confiance, cette parole&amp;amp;nbsp;: si nous mourons avec lui, avec lui&amp;amp;nbsp;nous vivrons. Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn81&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 2, 11‑12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Renoncer ... aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn82&amp;quot;&amp;gt;''Tt'' 2, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais, dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn83&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Avec une sollicitude particulière, on cultivera chez eux l’obéissance sacerdotale, le mode de vie pauvre et l’esprit d’abnégation, pour qu’ils s’habituent à renoncer spontanément à ce qui est certes licite mais non pas utile, et à se conformer au Christ crucifié&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn84&amp;quot;&amp;gt;OT 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les fidèles, pour leur part, en vertu de leur sacerdoce royal, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent ce sacerdoce par la réception des sacrements, par la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte et par l’abnégation et une charité active&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn85&amp;quot;&amp;gt;LG 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dans la diversité des formes de vie et des tâches, c’est une seule sainteté qui est cultivée par tous ceux qui sont mus par l’Esprit de Dieu et qui, obéissant à la voix du Père et adorant Dieu le Père en esprit et en vérité, marchent à la suite du Christ pauvre, humble, et portant la croix, pour mériter d’avoir part à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn86&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L’Église invite tous les chrétiens, sans distinction, à obéir au précepte divin de la pénitence par des actes volontaires, en dehors des épreuves et des sacrifices inhérents à la vie quotidienne... L’Église veut indiquer que, conformément à la tradition ancienne, il y a trois façons principales de satisfaire au précepte divin de la pénitence&amp;amp;nbsp;: la prière, le jeûne et les œuvres de charité, bien qu’elle ait toujours spécialement prôné l’abstinence de viande et le jeûne. Ces façons ont été communément pratiquées dans tous les siècles. Il existe cependant aujourd’hui des motifs particuliers pour que, selon les exigences des diverses régions, il soit nécessaire d’insister sur telle ou telle forme de pénitence plutôt que sur telle autre. C’est ainsi que dans les pays qui connaissent un plus grand bien-être économique, on devra surtout donner un témoignage d’ascèse pour que les fidèles ne prennent pas l’esprit du &amp;quot;monde&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; et on devra en même temps donner un témoignage de charité envers les frères qui souffrent de la pauvreté et de la faim, même dans les pays lointains&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn87&amp;quot;&amp;gt;Paen III c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====IV. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, de façon spontanée, rend ouvertement un témoignage de foi devant les autres en des circonstances particulières de la vie quotidienne.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession incite le fidèle à professer ouvertement sa foi devant les autres, pour la gloire de Dieu et l’édification de l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Saint Augustin a écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que ton Symbole te soit comme un miroir. Regarde-toi en lui&amp;amp;nbsp;: pour voir si tu crois tout ce que tu déclares croire. Et réjouis-toi chaque jour en ta foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn88&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 58, 11, 13 (PL 38, 399). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie chrétienne de chaque jour sera donc comme l’&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;» concluant le «&amp;amp;nbsp;Je crois en Dieu&amp;amp;nbsp;» de la profession de foi de notre Baptême &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn89&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. CEC 1064. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn90&amp;quot;&amp;gt;''Mt'' 10, 32. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn91&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 11, 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez mes témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn92&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jour après jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn93&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 2, 46. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme... Et avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient tous d’une grande faveur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn94&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 4, 32-33. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;On publie votre foi dans le monde entier&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn95&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit ... tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn96&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 10, 9-10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Combats le beau combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé, comme tu l’as reconnu dans une belle profession de foi en présence de nombreux témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn97&amp;quot;&amp;gt;''1 Tm'' 6, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn98&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que nul d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou comme se mêlant des affaires d’autrui, mais si c’est comme chrétien, qu’il n’en ait pas honte, qu’il glorifie plutôt Dieu à cause de ce nom&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn99&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 4, 15-16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn100&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn'' 4, 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais pour que la charité grandisse dans les âmes et y porte des fruits comme le fait une bonne semence, chaque fidèle doit écouter volontiers la Parole de Dieu et, avec le secours de sa grâce, accomplir sa volonté en la mettant en œuvre, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions liturgiques, s’appliquer constamment à la prière, à l’abnégation, au service actif des frères, et à l’exercice de toutes les vertus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn101&amp;quot;&amp;gt;LG 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C’est certes à titre individuel que les chrétiens sont appelés à exercer l’apostolat dans leurs diverses conditions de vie&amp;amp;nbsp;; cependant ils se rappelleront que l’homme, par nature, est un être social ... C’est pourquoi les fidèles exerceront leur apostolat dans un esprit d’union et d’unanimité. Ils seront apôtres tant dans leurs communautés familiales que dans les paroisses et les diocèses qui par eux-mêmes expriment le caractère communautaire de l’apostolat, et dans les groupements libres dans le cadre desquels ils auront décidé de se réunir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn102&amp;quot;&amp;gt;AA 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais la nature sociale de l’homme exige elle-même que celui-ci exprime extérieurement les actes intérieurs de la religion, qu’il communique avec d’autres en matière religieuse, et qu’il professe sa religion sous une forme communautaire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn103&amp;quot;&amp;gt;DH 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il ne suffit pas que le peuple chrétien soit présent et établi dans un pays, et il ne suffit pas qu’il exerce l’apostolat de l’exemple&amp;amp;nbsp;; il est établi, il est présent à cette fin, qui est d’annoncer le Christ aux concitoyens non chrétiens par la parole et par l’action et de les aider à accueillir pleinement le Christ&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn104&amp;quot;&amp;gt;AG 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==AUTRES CONCESSIONS==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Aux quatre concessions générales traitées ci-dessus (nn. I‑IV), s’ajoutent quelques autres concessions, qui revêtent une signification particulière compte tenu des traditions du passé aussi bien que des besoins de notre temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces concessions se complètent réciproquement et, alors qu’elles invitent les fidèles, par le don de l’indulgence, à accomplir des œuvres de piété, de charité et de pénitence, elles les conduisent à s’unir plus étroitement par la charité au Christ Tête et à l’Église son corps&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn105&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Sont reportées quelques prières vénérables en raison de leur inspiration divine ou de leur caractère antique, et d’usage universel&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn106&amp;quot;&amp;gt;Par exemple, le ''Credo ''(conc. 28 § 2, 3°), le ''De profundis ''(conc. 9, 2°), le ''Magnificat ''(conc. 17 § 2, 1°), le ''Sub tuum praesidium ''(conc. 17 § 2, 3°), le ''Salve Regina ''(ibid.), l’''Actiones'' ''nostras ''(conc. 26 § 2, 2°), l’''Agimus'' ''tibi gratias ''(ibid.). &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est évident qu’elles sont citées à titre d’exemple. Mais il faut se rappeler ce que disent les Normes à propos du droit des évêques éparchiaux ou diocésains, des métropolites, des patriarches et des cardinaux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn107&amp;quot;&amp;gt;Cf. nn. 7-10, 11 § 2, 22, 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les indulgences concédées pour la pieuse récitation des prières dont la liste suit, par la nature des choses, peuvent être acquises par des fidèles de n’importe quel rite, quelle que soit la tradition liturgique à laquelle ces prières appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Ces prières, tout bien considéré, sont déjà comprises dans la concession générale I, quand elles sont récitées dans la vie courante par le fidèle qui élève son âme vers Dieu avec une humble confiance. Ainsi, par exemple, appartiennent à cette première concession les prières ''Actiones'' ''nostras ''et ''Agimus'' ''tibi gratias'', qui sont récitées dans l’«&amp;amp;nbsp;accomplissement de sa tâche ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, on a préféré les citer explicitement, parmi les pratiques indulgenciées, pour dissiper d’éventuels doutes et pour en souligner l’excellence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Comme il est de soi évident, chaque fois que, dans les concessions, l’on requiert pour obtenir une indulgence la récitation de prières, de litanies ou de petits offices, leur texte doit être approuvé par l’Autorité ecclésiastique compétente&amp;amp;nbsp;; et leur récitation, comme la visite d’un lieu sacré, l’accomplissement d’un pieux exercice ou l’usage d’un objet de dévotion quand ils sont prescrits, doit se faire avec la dévotion requise et la pieuse affection du cœur. Dans quelques concessions particulières, cet esprit est rappelé explicitement pour aider la piété des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Pour gagner une indulgence plénière, comme l’établit la norme 20, on requiert l’exécution de l’œuvre, l’accomplissement des trois conditions et une entière disposition de l’âme, qui exclue toute affection peccamineuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne l’indulgence partielle, dont parle la norme 4, sont requises l’exécution de l’œuvre et au moins la contrition du cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Si l’œuvre enrichie de l’indulgence plénière peut être divisée en plusieurs parties de façon convenable (par exemple, le Rosaire de la Vierge Marie en dizaines), celui qui, pour un motif raisonnable, n’accomplit pas l’œuvre entière, peut gagner l’indulgence partielle pour la partie accomplie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn108&amp;quot;&amp;gt;Cf. norme 20 § 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Sont dignes de mention spéciale les concessions relatives à des œuvres dont l’accomplissement permet au fidèle de gagner l’indulgence plénière chaque jour de l’année, restant ferme la norme 18 § 1, selon laquelle l’indulgence plénière ne peut être obtenue qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* l’adoration du Saint-Sacrement pendant une demi-heure au moins (conc. 7 § 1, 1°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* le pieux exercice du Chemin de la Croix (conc. 13, 2°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la récitation du Chapelet de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste dans une église ou un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse, dans une association de fidèles, et de manière générale quand plusieurs personnes se rassemblent dans un but honnête (conc. 17 § 1, 1° et conc. 23 § 1)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la pieuse lecture ou l’écoute de la Sainte Écriture pendant une demi-heure au moins (conc. 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Les concessions sont énumérées suivant l’ordre alphabétique latin. Pour établir cet ordre, on mentionne les premiers mots indiqués par le titre (par exemple, ''Actus consecrationis familiarum ''- ''Eucharistica adoratio et processio'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n’indique les sources de ces prières que lorsqu’il s’agit de textes liturgiques actuellement en vigueur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faciliter l’usage de ''l’Enchiridion ''aux fidèles, trois tables ont été ajoutées en fin de volume&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* les formules des prières&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la liste des temps et des actes par lesquels on obtient une indulgence plénière&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* l’index général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1718</id>
		<title>Enchiridion des indulgences</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1718"/>
				<updated>2011-04-06T15:45:50Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;'''ENCHIRIDION'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;DES INDULGENCES&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Normes et concessions''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''1999''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Première édition latine, juin 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deuxième édition latine, octobre 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Troisième édition latine, mai 1986.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatrième édition latine, juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Troisième édition française, janvier 2000.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Titre original de l’ouvrage&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Enchiridion indulgentiarum''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Traduction française par la Procure de l’œuvre de Montligeon à Rome, approuvée par la Pénitencerie Apostolique''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte typique latin, Libreria Editrice Vaticana, 1999.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte français, éditions Lethielleux, 2000''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==DÉCRETS PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Quatrième édition de l’Enchiridion des indulgences ===&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mérites infinis de Jésus, divin Rédempteur du genre humain, et ceux qui en dérivent avec surabondance chez la bienheureuse Vierge Marie et tous les saints, sont confiés à l’Église du Christ comme un trésor inépuisable&amp;amp;nbsp;: pour qu’en vertu du pouvoir de lier et de délier attribué par le Fondateur de l’Église à Pierre et aux autres Apôtres, et par eux à leurs successeurs les Souverains Pontifes et les Évêques, ils soient appliqués en rémission des péchés et des conséquences des péchés. Cela se réalise avant tout, et de façon indispensable quand il s’agit de péchés mortels, à travers le Sacrement de la Réconciliation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, malgré la rémission aussi bien de la faute mortelle et donc nécessairement aussi de la peine éternelle méritée par cette faute, que de la faute légère ou péché véniel, le pécheur, bien que pardonné, peut avoir encore besoin de purification&amp;amp;nbsp;: il peut encore être tenu de purger une peine temporelle, soit dans la vie terrestre soit dans l’autre vie, par l’état de purgatoire. L’indulgence, qui découle de l’admirable trésor de l’Église mentionné plus haut, remplace, en l’éliminant, cette peine temporelle. Par conséquent, la doctrine de foi sur les indulgences et leur louable pratique confirment les mystères si consolants du Corps mystique du Christ et de la communion des saints, et elles appliquent ces mystères avec une spéciale efficacité pour obtenir la sainteté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela est abondamment enseigné par le Souverain Pontife Jean-Paul II dans la Bulle d’indiction du Grand Jubilé&amp;amp;nbsp;: ''Incarnationis'' ''mysterium''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En conformité avec cette expression du Magistère, la Pénitencerie Apostolique met à profit l’occasion offerte par le saint Jubilé, désormais imminent, et par la diffusion dans le monde catholique de la Bulle en question, pour publier pour la quatrième fois l’''Enchiridion des Indulgences'', selon la forme typique de l’édition du 29 juin 1968, qui suivait la discipline introduite par la Constitution Apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec cette nouvelle édition,&amp;amp;nbsp;les principes concernant la discipline des indulgences ne sont en rien changés, mais quelques normes ont été révisées conformément aux derniers documents publiés par le Siège Apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux concessions, elles ont été regroupées selon un critère systématique, si bien que leur nombre réel n’est pas changé, mais que la liste en est plus brève&amp;amp;nbsp;; la méthode suivie pour exprimer les concessions a été choisie dans le but de favoriser une pieuse disposition de charité, tant chez les fidèles en particulier qu’au sein de la communauté ecclésiale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi, tout d’abord, qu’on a inséré une quatrième concession générale, qui enrichit d’une indulgence le fait de témoigner ouvertement de la foi dans les circonstances particulières de la vie courante. Les autres nouvelles concessions d’une particulière importance sont destinées à affermir les fondements de la famille chrétienne (consécration des familles)&amp;amp;nbsp;; la communion de l’Église universelle dans sa supplication (participation fructueuse soit aux journées mondiales consacrées à une finalité religieuse, soit à la semaine pour l’unité des chrétiens)&amp;amp;nbsp;; le culte à rendre à Jésus présent dans le Saint Sacrement (procession eucharistique).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs concessions précédentes ont été encore étendues&amp;amp;nbsp;: par exemple celles qui concernent la récitation du rosaire de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste, les célébrations jubilaires des Ordinations, la lecture de l’Écriture Sainte et la visite des lieux sacrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette édition de l’''Enchiridion'', on fait plus souvent référence aux facultés qu’ont les assemblées épiscopales de déterminer les listes des prières les plus répandues sur leurs territoires, pour les orientaux selon leurs propres statuts, et pour les latins aux termes du canon 447 CIC. De fait le nombre des prières reportées par l’''Enchiridion'' est notablement augmenté, surtout pour celles des Traditions orientales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce décret, on déclare authentique le texte qui suit et l’on en ordonne la publication en vertu de l’autorité du Souverain Pontife, comme cela a été signifié aux Responsables de la Pénitencerie Apostolique dans l’audience du 5 juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, selon l’intention du Saint Père, souhaite que les fidèles, guidés par l’enseignement et la sollicitude pastorale de leurs évêques, s’emploient à augmenter leur piété à la gloire de la Divine et très auguste Trinité, par l’usage des saintes indulgences dans une religieuse disposition intérieure de leur âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nonobstant toutes dispositions contraires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donné à Rome, au Siège de la Pénitencerie Apostolique, le 16 juillet 1999, en la commémoration de Notre-Dame du Mont-Carmel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE ===&lt;br /&gt;
N. 129/99/I&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, ayant attentivement examiné la version en langue française de l’''Enchiridion indulgentiarum'', en autorise la publication pour ce qui est de sa compétence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rome, au siège de la Pénitencerie Apostolique, le 22 février 2000, Fête de la Chaire de Saint-Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==ABRÉVIATIONS ET SIGLES==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AA &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Apostolicam actuositatem''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 18 novembre 1965 (AAS 59 [1966] 837-864)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AAS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Acta Apostolicae Sedis, Commentarium officiale''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AG &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Ad gentes''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 947-990)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
All.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Allocution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ap.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AP&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Benoît XV, m.p. ''Alloquentes'' ''proxime''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 25 mars 1917 (AAS 9 [1917] 167)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
can./cann.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Canon/canons&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CD&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Christus Dominus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 oct. 1965 (AAS 58 [1966] 673-701)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CE&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Caeremoniale Episcoporum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatum'', 14 septembre 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CEC&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Catéchisme de l’Église catholique'', 15 août 1997&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1917&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici Pii X Pontificis Maximi iussu digestus Benedicti Papae XV auctoritate promulgatus'', 27 mai 1917&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1983 &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatus'', 25 janvier 1983&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conc.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; concession&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Const.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pie XII, m.p. ''Cleri'' ''sanctitati''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 2 juin 1957 (AAS 49 [1957] 433-600)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Ben.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Rituale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani instauratum auctoritate Ioannis Pauli II promulgatum, De benedictionibus'', 31 mai 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decl.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decr.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration ''Dignitatis'' ''humanae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 929-946)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Denzinger-Schönmetzer, ''Enchiridion Symbolorum Definitionum et Declarationum de rebus fidei et morum'', 33e éd., 1965&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1968&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 29 juin 1968&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1986&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 18 mai 1986&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
GS &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution pastorale ''Gaudium'' ''et spes,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 1025-1120)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ID&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. Ap. ''Indulgentiarum doctrina'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; janvier 1967 (AAS 59 [1967] 5-24)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IFI&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; SPA, décret ''In fere innumeris''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 20 juillet 1942 (AAS 34 [1942] 240)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LG&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution dogmatique ''Lumen gentium,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 21 novembre 1964 (AAS 57 [1965] 5-71)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Officium ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum, Liturgia Horarum iuxta Ritum Romanum'' (Liturgie des Heures), 7 avril 1985&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
m.p.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Lettre apostolique donnée sous forme de ''Motu proprio''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Missale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum'' (Missel Romain), 27 mars 1975&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
n./nn.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; norme/normes&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OT&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Optatam'' ''totius''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 octobre 1965 (AAS 58 [1966] 713-727)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paen.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Paenitemini''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 17 février 1966 (AAS 58 [1966] 177-198)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PB&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Jean-Paul II, Const. ap. ''Pastor'' ''bonus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 juin 1988 (AAS 80 [1988] 841-912)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PL&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Migne J.P., ''Patrologia latina'', 1841-1864&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Resp.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Réponse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
REU&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Regimini Ecclesiae Universae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 15 août 1967 (AAS 59 [1967] 885-928)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SCR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Congrégation des Rites&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SPA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Préliminaires==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La première édition de cet ''Enchiridion des indulgences'', parue en juin 1968, mettait à exécution la Norme 13 de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le manuel des indulgences sera révisé afin que des indulgences ne soient attachées qu’aux principales prières et aux principales œuvres de piété, de charité et de pénitence.&amp;amp;nbsp;» Dans les éditions successives, jusqu’à la présente édition, la Pénitencerie Apostolique veilla à rendre le texte plus clair, à le corriger en quelques points secondaires pour le conformer aux règles de la critique, et à insérer quelques additions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. À cet égard, sont considérées comme «&amp;amp;nbsp;principales prières et œuvres&amp;amp;nbsp;» celles qui, en tenant compte de la tradition et des conditions des temps, semblent être particulièrement adaptées non seulement pour aider les fidèles à s’acquitter des peines dues pour leurs péchés, «&amp;amp;nbsp;mais aussi et surtout pour les pousser à une plus grande ferveur de charité. Tel a été le principe inspirateur de la réforme&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Paul VI, Allocution au Sacré-Collège et à la Curie romaine, 23 décembre 1966&amp;amp;nbsp;: ''AAS'' 59 (1967), p. 57. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Conformément à la tradition, la participation au Sacrifice de la Messe et aux Sacrements n’est pas indulgenciée&amp;amp;nbsp;: ceux-ci possèdent en eux-mêmes une efficacité prééminente quant à «&amp;amp;nbsp;la sanctification et la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, lors d’événements particuliers (comme la première Communion, la première Messe d’un nouveau prêtre, la Messe de clôture d’un Congrès eucharistique), une indulgence est accordée, celle-ci n’est pas attachée à la participation à la Messe ou aux Sacrements, mais aux circonstances exceptionnelles qui accompagnent cette participation. Ainsi, grâce à l’indulgence, on encourage et l’on récompense en quelque sorte la résolution de se consacrer qui est propre à de telles célébrations, le bon exemple donné à autrui, et l’honneur rendu à la Sainte Eucharistie et au Sacerdoce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, conformément à la tradition, une indulgence peut être ajoutée à diverses œuvres de piété, privées et publiques&amp;amp;nbsp;; en outre, on peut enrichir d’une même indulgence des œuvres de charité et de pénitence, auxquelles il convient d’accorder plus d’importance de nos jours. Mais toutes ces œuvres indulgenciées, comme du reste toute autre bonne action et toute souffrance patiemment supportée, ne sont en rien disjointes de la Messe et des Sacrements, en tant que sources principales de la sanctification et de la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''ibid''. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: les bonnes œuvres et les souffrances deviennent l’offrande des fidèles eux-mêmes, offrande qui s’ajoute à celle du Christ dans le Sacrifice Eucharistique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 34. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; puisque la Messe et les Sacrements conduisent les fidèles à accomplir leurs devoirs de telle façon qu’ils «&amp;amp;nbsp;appliquent dans leur vie ce qu’ils ont reçu dans la foi&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Cf. MR, Oraison du lundi de l’octave de Pâques. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et qu’en retour, les devoirs accomplis consciencieusement disposent les âmes chaque jour un peu plus à participer avec fruit à la Messe et aux Sacrements&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Cf. SC 9‑13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Par piété envers les choses sacrées, une plus grande importance est accordée à l’action du fidèle ''(opus operantis)&amp;amp;nbsp;:'' c’est pourquoi on ne reporte pas une longue liste d’œuvres de piété ''(opus operatum) ''comme étrangères à la vie quotidienne des fidèles, mais on présente seulement un petit nombre de concessions&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;Cf. particulièrement les nn. I‑IV ci-dessous. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui incitent plus efficacement le fidèle à rendre sa vie plus profitable et plus sainte dans la mesure où on écarte «&amp;amp;nbsp;cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne… (et) où l’on unit dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Cf. GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique a donc cherché davantage à donner une grande place à la vie chrétienne, à former les âmes à l’esprit de prière et de pénitence et à l’exercice des vertus théologales, plutôt que de proposer des formules et des actes à répéter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Dans l’''Enchiridion'', avant d’énumérer les diverses concessions, on a fait figurer les Normes, reprises pour la plupart de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina'', du Code de droit canonique ainsi que d’autres documents normatifs. En effet il est utile, pour éviter d’éventuels doutes en cette matière, d’exposer simultanément et avec ordre toutes les dispositions actuellement en vigueur au sujet des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Dans l’''Enchiridion, ''on commence par énumérer quatre concessions générales, qui devraient donner le ton à la conduite quotidienne de la vie chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour l’utilité et l’instruction des fidèles, chacune des quatre concessions générales est accompagnée de quelques annotations qui manifestent comment elle s’accorde avec l’esprit de l’Évangile et avec le renouveau entrepris par le concile œcuménique Vatican II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Suit une liste de concessions relatives à quelques pieuses pratiques. Mais elles sont peu nombreuses, parce que beaucoup sont comprises dans les concessions générales, et aussi parce que, parmi les prières, on a préféré n’en rappeler expressément que quelques-unes de caractère universel. Les Assemblées épiscopales compétentes veilleront à ajouter aux éditions de l’''Enchiridion ''dans les diverses langues d’autres formules, utiles pour la piété des fidèles et chères à leur tradition, si le cas se présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# L’''Enchiridion ''contient en outre un Appendice, qui comprend une liste d’invocations et qui reporte le texte de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''.&amp;lt;br/&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Normes sur les indulgences==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 1 - L’indulgence est la remise devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés, déjà effacés quant à la faute, que le fidèle, bien disposé et à certaines conditions déterminées, reçoit par l’intervention de l’Église qui, en tant que ministre de la rédemption, distribue et applique avec autorité le trésor des satisfactions du Christ et des Saints&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 911&amp;amp;nbsp;; ID, n. 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983'', ''can. 992&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 1''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 2 - L’indulgence est partielle ou plénière selon qu’elle libère en partie ou totalement de la peine temporelle due pour les péchés&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 2&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'' EI 1968, n. 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can 993&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 2''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 3 - Tout fidèle peut gagner des indulgences partielles ou plénières pour lui-même, ou les appliquer aux défunts par mode de suffrage&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 930&amp;amp;nbsp;; ID, n. 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, nn. 3-4&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 994&amp;amp;nbsp;; EI 1986, nn. 3-4. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 4 – Au fidèle qui, au moins le cœur contrit, accomplit une œuvre à laquelle est attachée une indulgence partielle, est appliquée par l’Église&amp;amp;nbsp;la remise d’une peine temporelle de même valeur que celle qu’il obtient déjà par son œuvre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 5&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 5. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 5 - § 1. Outre l’autorité suprême de l’Église, seuls peuvent accorder des indulgences ceux à qui ce pouvoir est reconnu par le droit ou à qui il a été concédé par le Pontife Romain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Aucune autorité inférieure au Pontife Romain n’est en mesure de confier à d’autres le pouvoir de concéder des indulgences, à moins que cela ne lui ait été expressément concédé par le Siège Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 912&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 8&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 7. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2 &amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 913&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 10, 1°&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 6 - Dans la Curie Romaine, tout ce qui concerne la concession et l’usage des indulgences est confié exclusivement à la Pénitencerie Apostolique, restant sauf le droit de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi d’examiner ce qui regarde la doctrine dogmatique à leur sujet&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;AP 4-5&amp;amp;nbsp;; REU 113&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 8&amp;amp;nbsp;; PB 120. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 7 - Les évêques éparchiaux ou diocésains, ainsi que ceux qui leur sont assimilés en droit, même dépourvus de la dignité épiscopale, dès le début de leur charge pastorale, ont le droit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1°. D’accorder dans leur territoire l’indulgence partielle à tous les fidèles, et hors de leur territoire aux fidèles relevant de leur juridiction&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°. D’impartir trois fois par an la bénédiction papale avec indulgence plénière, en employant la formule prescrite, dans leur propre éparchie ou diocèse, lors de fêtes solennelles de leur choix, même s’ils ne font qu’assister à la Messe. Cette bénédiction se donne à l’issue de la Messe à la place de la bénédiction habituelle, selon les normes du Cérémonial des Évêques de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;1°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 349 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 396 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; 364 § 3, 3°&amp;amp;nbsp;; 367 § 2, 1°&amp;amp;nbsp;; 391&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 1°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 914&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, 2°&amp;amp;nbsp;; CE, 1122-1126&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 2°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 8 - Les métropolites peuvent accorder l’indulgence partielle dans les éparchies ou diocèses suffragants comme dans leur propre territoire&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 274, 2°&amp;amp;nbsp;; SPA, decr. 20 iul. 1942, n. 2&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 319, 6°&amp;amp;nbsp;; 320 § 1, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 12&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 9 - § 1. Les Patriarches, en tout lieu même exempt de leur patriarcat, dans les églises de leur propre rite en dehors des limites du patriarcat, et partout pour les fidèles de leur rite, peuvent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° accorder l’indulgence partielle&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° impartir la Bénédiction Papale avec indulgence plénière, trois fois par an en règle ordinaire, et en outre lorsque se présente une circonstance ou une raison religieuse tout à fait particulière, qui demande la concession de l’indulgence plénière pour le bien des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cette disposition vaut aussi pour les Archevêques Majeurs&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CS, can. 283, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CS can. 326 § 1, 10°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 10 - Les Cardinaux de la Sainte Église Romaine jouissent de la faculté d’accorder en tout lieu l’indulgence partielle, qui ne peut être acquise, à chaque fois, que par les personnes présentes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 239 § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; CS, can. 185, § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 14&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 11 - § 1. Il faut l’autorisation expresse du Siège Apostolique pour pouvoir imprimer, en quelque langue que ce soit, l’''Enchiridion ''des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Quant à tous les autres livres, feuillets et autres écrits contenant des concessions d’indulgences, ils ne peuvent être édités sans l’autorisation du Hiérarque ou de l’Ordinaire du lieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 826 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 12 – Selon l’intention du Souverain Pontife, les concessions des indulgences demandées pour tous les fidèles n’entrent en vigueur qu’après que leurs documents authentiques aient été revus par la Pénitencerie Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 920&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 13 - L’indulgence jointe à un jour de célébration liturgique est considérée comme transférée au jour auquel cette célébration ou la solennité extérieure, qui lui est liée, est légitimement transférée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 922&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 14 - Pour gagner l’indulgence attachée à un jour déterminé, si la visite d’une église ou d’un oratoire est requise, celle-ci peut se faire depuis midi, la veille, jusqu’à minuit, le jour en question&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 923&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 15 - Le fidèle peut obtenir une indulgence s’il se sert avec dévotion de l’un des objets de piété suivants, dûment béni&amp;amp;nbsp;: crucifix ou croix, chapelet, scapulaire ou médaille&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 19&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 16 - § 1. L’indulgence attachée à la visite d’une église ou d’un oratoire ne cesse pas si l’édifice est totalement détruit puis reconstruit avant cinquante ans, dans le même lieu ou à peu près, et sous le même titre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. L’indulgence attachée à l’usage d’un objet de piété ne cesse que si cet objet est entièrement détruit ou vendu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 17 - § 1. Pour avoir capacité à gagner des indulgences, il faut être baptisé, non excommunié et en état de grâce, au moins à la fin des œuvres prescrites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant, pour qu’un sujet capable gagne des indulgences, il doit avoir l’intention au moins générale de les acquérir, et accomplir les œuvres imposées dans le temps fixé et de la manière prescrite, selon la teneur de la concession&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;§&amp;amp;nbsp; 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 18 - § 1. L’indulgence plénière ne peut être acquise qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;; l’indulgence partielle peut l’être plusieurs fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant le fidèle peut obtenir l’indulgence plénière ''in articulo mortis ''même s’il a déjà acquis l’indulgence plénière en ce même jour&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 928&amp;amp;nbsp;; ID, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 §§ 1 et 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 §§ 1 et 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 19 - L’œuvre prescrite pour acquérir l’indulgence plénière attachée à une église ou à un oratoire consiste à y faire une pieuse visite, au cours de laquelle on récite l’Oraison Dominicale et le symbole de la foi (''Pater ''et ''Credo''), à moins que la concession n’en dispose autrement&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 25&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 20 - § 1. Pour gagner l’indulgence plénière, en plus d’exclure toute affection au péché, même véniel, il est requis d’accomplir l’œuvre indulgenciée et de remplir les trois conditions&amp;amp;nbsp;: confession sacramentelle, communion eucharistique et prière aux intentions du Souverain Pontife. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Avec une seule confession sacramentelle, on peut acquérir plusieurs indulgences plénières&amp;amp;nbsp;; mais avec une seule communion eucharistique et une seule prière aux intentions du Souverain Pontife, on n’acquiert qu’une seule indulgence plénière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. Les trois conditions peuvent être remplies plusieurs jours avant ou après l’accomplissement de l’œuvre prescrite&amp;amp;nbsp;; cependant, il convient de recevoir la communion et de prier aux intentions du Souverain Pontife le jour même où l’on accomplit l’œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4. S’il manque la pleine disposition, ou si l’œuvre requise n’est pas entièrement exécutée et les trois conditions susdites ne sont pas remplies - restant sauves les prescriptions n. 24 et n. 25 pour ceux qui sont «&amp;amp;nbsp;empêchés&amp;amp;nbsp;» - l’indulgence sera seulement partielle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5. La condition de prier aux intentions du Souverain Pontife est remplie si l’on récite à son intention un ''Pater ''et un ''Ave''&amp;amp;nbsp;; cependant les fidèles sont libres de réciter toute autre prière selon la piété et dévotion de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 28&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: ID, n. 8&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 27&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5&amp;amp;nbsp;: ID, n. 10&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 29&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 21 - § 1. On ne peut gagner une indulgence avec une œuvre à laquelle on est obligé par une loi ou un précepte, à moins que dans la concession de celle-ci il ne soit dit expressément le contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Toutefois, celui qui accomplit une œuvre imposée comme pénitence sacramentelle, qui est éventuellement enrichie d’indulgences, peut à la fois satisfaire à la pénitence et gagner les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. De même les membres d’Instituts de vie consacrée ou de Sociétés de vie apostolique peuvent gagner les indulgences par des prières et des œuvres pieuses qu’ils sont tenus d’offrir ou d’accomplir en vertu de leurs règles, de leurs constitutions ou tout autre précepte&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: PA, ''Réponse à un doute'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; juillet 1992 (AAS 84 [1992] 935).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 22 - L’indulgence attachée à une prière peut être gagnée quelle que soit la langue dans laquelle cette prière est récitée, pourvu que la traduction ait été approuvée par une autorité ecclésiastique compétente&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 32&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 23 - La récitation d’une prière en alternant avec un compagnon, ou le fait de la suivre mentalement tandis qu’un autre la récite, suffisent pour gagner des indulgences&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 33&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 26. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 24 - Les confesseurs peuvent commuer soit l’œuvre prescrite, soit les conditions, en faveur de ceux qui, tenus par un empêchement légitime, ne peuvent les accomplir&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 935&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 34&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 25 - Les Hiérarques ou les Ordinaires des lieux peuvent de surcroît concéder aux fidèles sur lesquels ils exercent leur autorité selon le droit, si ceux-ci se trouvent en des lieux où il leur est soit impossible soit très difficile d’approcher de la confession ou de la communion, de pouvoir gagner l’indulgence plénière sans la confession et la communion actuelles, pourvu qu’ils aient le cœur contrit et qu’ils se proposent de recevoir ces sacrements dès qu’ils le pourront&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 11&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 35&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 26 - Les sourds comme les muets peuvent gagner les indulgences attachées à des prières publiques, s’ils élèvent vers Dieu leur esprit et leurs pieux sentiments, à l’unisson des autres fidèles qui prient dans le même lieu&amp;amp;nbsp;; et s’il s’agit de prières privées, il suffit qu’ils les récitent mentalement, qu’ils les expriment par des signes, ou qu’ils les parcourent seulement des yeux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 936&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 36&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 29. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Quatre concessions générales==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. On propose avant tout quatre concessions d’indulgences qui invitent le fidèle à pénétrer d’esprit chrétien les actions qui sont en quelque sorte la trame de sa vie quotidienne&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''1 Co ''10, 31&amp;amp;nbsp;; ''Col ''3, 17&amp;amp;nbsp;; AA 2‑4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;, et à chercher la perfection de la charité dans ses occupations ordinaires&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 39, 40‑42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les quatre concessions sont réellement de caractère général et chacune d’elles comprend plusieurs œuvres du même genre. Cependant ces œuvres ne sont pas toutes indulgenciées, mais seulement celles qui sont accomplies d’une manière et dans un esprit particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, par la première concession ainsi formulée - «&amp;amp;nbsp;L’indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en accomplissant ses devoirs et en supportant les adversités de la vie, élève avec une humble confiance son âme vers Dieu, en ajoutant, ne fût-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;amp;nbsp;» - ne sont enrichis d’indulgence que les actes par lesquels le fidèle accomplit ses devoirs et supporte les adversités de la vie tout en élevant son esprit vers Dieu de la façon indiquée. De tels actes particuliers, en raison de la faiblesse humaine, ne sont pas fréquents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelqu’un était assez appliqué et fervent pour multiplier ces actes dans la journée, il mériterait justement, en plus d’une augmentation de grâce, une plus large remise de peine et, à la mesure de sa charité, il pourrait aussi plus largement venir au secours des âmes du purgatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit juger de la même façon pour les trois autres concessions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Puisque ces quatre concessions, comme il est manifeste, concordent pleinement avec l’Évangile et avec la doctrine de l’Église, clairement exposée par le Concile Vatican II, on reporte pour l’utilité des fidèles des passages de la Sainte Écriture et des Actes de ce concile en commentaire de chacune des concessions suivantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CONCESSIONS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== I. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, accomplissant ses devoirs et supportant les adversités de la vie, élève son âme vers Dieu avec une humble confiance, en ajoutant, ne serait-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Decr. Pia oblatio quotidiani laboris Indulgentiis ditatur, 25 nov. 1961 (AAS 53 [1961] 827) ; Decr. Pia oblatio humani doloris Indulgentiis ditatur, 4 juin 1962 (AAS 54 [1962] 475) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. I. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par cette première concession, les fidèles sont conduits en quelque sorte à mettre en pratique le commandement du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est nécessaire de prier sans cesse et de ne pas se décourager&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;'''''Lc 18, 1. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;; en même temps ils sont exhortés à s’acquitter de leurs devoirs d’une façon telle qu’ils gardent et accroissent leur union au Christ.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’esprit dans lequel l’Église concède cette indulgence est parfaitement illustré par les passages suivants de l’Écriture&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Demandez, on vous donnera&amp;amp;nbsp;; cherchez, vous trouverez&amp;amp;nbsp;; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''7, 7‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''26, 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s’alourdissent dans ... les soucis de la vie ... Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 21, 34.36. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;''Ac ''2, 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;''1 Co ''10, 31. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’Esprit suscite votre prière sous toutes ses formes, vos requêtes, en toutes circonstances&amp;amp;nbsp;; employez vos veilles à une infatigable intercession pour tous les saints&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;''Ep ''6, 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous à la prière&amp;amp;nbsp;; qu’elle vous garde sur le qui-vive dans l’action de grâce&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;''Col ''4, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Priez sans cesse, rendez grâce en toute circonstance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;''1 Th ''5, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et dans les actes du Concile Vatican II on lit ceci&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi donc tous les fidèles du Christ se sanctifieront chaque jour davantage dans les conditions, les charges et les circonstances de leur vie et grâce à tout cela, s’ils acceptent tout avec foi de la main du Père céleste et s’ils coopèrent à la volonté de Dieu, en manifestant à tous, dans le service temporel lui-même, l’amour dont Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette vie d’intime union avec le Christ dans l’Église est entretenue par les secours spirituels ... qui doivent être utilisés par les laïcs de telle sorte que, tout en remplissant de façon convenable les obligations du monde dans les conditions ordinaires de leur vie, ils ne dissocient pas l’union au Christ et leur vie, mais qu’en accomplissant leurs œuvres selon la volonté de Dieu, ils grandissent encore dans cette union ... Ni le soin de leur famille ni les autres affaires temporelles ne doivent être étrangers à leur vie spirituelle, selon cette parole de l’Apôtre&amp;amp;nbsp;: ‘Tout ce que vous faites, en paroles ou en actes, faites-le au nom du Seigneur Jésus-Christ, en rendant grâces par lui à Dieu le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;‘&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;AA 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps ... il faut éviter d’opposer artificiellement les activités professionnelles et sociales d’une part et la vie religieuse d’autre part ... Que les chrétiens, suivant l’exemple du Christ, qui exerça un métier d’artisan, se réjouissent plutôt de pouvoir mener toutes leurs activités terrestres en unissant dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====II. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de foi et avec un cœur miséricordieux, s’emploie, par sa personne ou par ses biens, au service de ses frères dans le besoin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn52&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Indulgentiae apostolicae (AAS 55 [1963] 657-659) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. II. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par la concession de cette indulgence, le fidèle est engagé, en suivant l’exemple et le commandement du Christ&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn53&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. Jn 13, 15&amp;amp;nbsp;; Ac 10, 38. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;, à accomplir plus fréquemment des œuvres de charité et de miséricorde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Toutes les œuvres de charité ne sont pourtant pas indulgenciées, mais seulement celles qui sont faites&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;au service des frères dans le besoin&amp;amp;nbsp;», qu’il s’agisse de besoin corporel, comme celui de la nourriture ou du vêtement, ou bien de besoin spirituel, comme celui de l’instruction ou du réconfort.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger&amp;amp;nbsp;; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire&amp;amp;nbsp;; j’étais un étranger, et vous m’avez recueilli&amp;amp;nbsp;; nu, et vous m’avez vêtu&amp;amp;nbsp;; malade, et vous m’avez visité&amp;amp;nbsp;; en prison, et vous êtes venus à moi ... En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn54&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''25, 35‑36.40&amp;amp;nbsp;; cf. aussi ''Tob'' 4, 7‑8&amp;amp;nbsp;; ''Is'' 58, 7. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je vous donne un commandement nouveau&amp;amp;nbsp;: aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples&amp;amp;nbsp;: à l’amour que vous aurez les uns pour les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn55&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 34‑35. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que celui qui donne le fasse sans calcul ... celui qui exerce la miséricorde, avec joie ... Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection&amp;amp;nbsp;; rivalisez d’estime réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur ... Soyez solidaires des saints dans le besoin, exercez l’hospitalité avec empressement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn56&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 8.10‑11.13 &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés ... s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn57&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tant que nous disposons de temps, travaillons pour le bien de tous, surtout celui de nos proches dans la foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn58&amp;quot;&amp;gt;''Gal'' 6, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn59&amp;quot;&amp;gt;''Ep'' 5, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn60&amp;quot;&amp;gt;''1 Th'' 4, 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’amour fraternel demeure&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn61&amp;quot;&amp;gt;''He ''13, 1. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici&amp;amp;nbsp;: visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse&amp;amp;nbsp;; se garder du monde pour ne pas se souiller&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn62&amp;quot;&amp;gt;''Jc'' 1, 27&amp;amp;nbsp;; cf. ''Jc'' 2, 15‑16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous avez purifié vos âmes, en obéissant à la vérité, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie. Aimez-vous les uns les autres d’un cœur pur, avec constance&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn63&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''1, 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Enfin, soyez tous dans de mêmes dispositions, compatissants, animés d’un amour fraternel, miséricordieux, humbles. Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l’insulte pour l’insulte&amp;amp;nbsp;; au contraire, bénissez, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn64&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 3, 8‑9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et pour cette raison même, concentrant tous vos efforts, joignez ... à la piété l’amitié fraternelle, à l’amitié fraternelle l’amour&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn65&amp;quot;&amp;gt;''2 P ''1, 5.7. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il se ferme à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? Mes petits enfants, n’aimons pas en paroles et de langue, mais en acte et dans la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn66&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn ''3, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Partout où vivent des gens qui manquent de nourriture et de boisson, de vêtements, de logement, de remèdes, de travail, d’instruction, des moyens nécessaires pour mener une vie vraiment humaine, qui sont en proie aux tribulations et à la maladie, qui subissent l’exil ou la prison, tous ceux-là la charité chrétienne doit les chercher et les trouver, les réconforter avec un soin empressé et les soulager par les secours fournis ... Pour qu’un tel exercice de la charité échappe à tout soupçon et apparaisse comme tel, il faut voir dans le prochain l’image de Dieu selon laquelle il a été créé et le Christ Seigneur à qui est offert en réalité tout ce qui est donné à un pauvre&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn67&amp;quot;&amp;gt;AA 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comme les œuvres de charité et de miséricorde représentent un témoignage éminent de vie chrétienne, la formation apostolique doit aussi conduire à les pratiquer, en sorte que dès leur enfance les fidèles apprennent à compatir aux souffrances de leurs frères et à secourir généreusement ceux qui sont dans le besoin&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn68&amp;quot;&amp;gt;AA 31c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Se souvenant de la parole du Seigneur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;En ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn69&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 35. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;, les chrétiens ne peuvent avoir de souhait plus ardent que celui de se mettre au service des hommes de ce temps avec une générosité et une efficacité toujours plus grandes ... Le Père veut qu’en tout homme nous reconnaissions et aimions effectivement le Christ notre frère, en parole et en acte&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn70&amp;quot;&amp;gt;GS 93. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====III. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de pénitence, s’abstient spontanément de quelque chose de licite qui lui est agréable&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn71&amp;quot;&amp;gt;EI 1968 et 1986, conc. gen. III. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ====&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession convient particulièrement à notre époque en laquelle, en complément de la loi, d’ailleurs très douce, sur l’abstinence de viande et le jeûne, il convient tout à fait que les fidèles soient incités à exercer d’eux-mêmes la pénitence&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn72&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Paen III, c. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De la sorte, on encourage le fidèle à apprendre comment réduire son corps en servitude en réfrénant ses passions, et à se conformer au Christ pauvre et patient&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn73&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Mt 8, 20&amp;amp;nbsp;; 16, 24. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et l’abstinence aura plus de prix si elle est jointe à la charité, selon ces paroles de saint Léon le Grand&amp;amp;nbsp;: « Donnons à la vertu ce que nous retirons à la volupté. Que l’abstinence de celui qui jeûne devienne la réfection des pauvres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn74&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 13 (alias&amp;amp;nbsp;: 12) De ieiunio decimi mensis, 2 (PL 54, 172). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn75&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 9, 23&amp;amp;nbsp;: cf. ''Lc'' 14, 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn76&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 13, 5&amp;amp;nbsp;; cf. ''Lc'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais si, par l’Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn77&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn78&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse&amp;amp;nbsp;; eux, c’est pour une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable. Moi donc, je cours ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne vais pas à l’aveuglette&amp;amp;nbsp;; et je boxe ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne frappe pas dans le vide. Mais je traite durement mon corps et le tiens assujetti&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn79&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 9, 25‑27. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn80&amp;quot;&amp;gt;''2 Co'' 4, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle est digne de confiance, cette parole&amp;amp;nbsp;: si nous mourons avec lui, avec lui&amp;amp;nbsp;nous vivrons. Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn81&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 2, 11‑12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Renoncer ... aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn82&amp;quot;&amp;gt;''Tt'' 2, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais, dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn83&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Avec une sollicitude particulière, on cultivera chez eux l’obéissance sacerdotale, le mode de vie pauvre et l’esprit d’abnégation, pour qu’ils s’habituent à renoncer spontanément à ce qui est certes licite mais non pas utile, et à se conformer au Christ crucifié&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn84&amp;quot;&amp;gt;OT 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les fidèles, pour leur part, en vertu de leur sacerdoce royal, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent ce sacerdoce par la réception des sacrements, par la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte et par l’abnégation et une charité active&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn85&amp;quot;&amp;gt;LG 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dans la diversité des formes de vie et des tâches, c’est une seule sainteté qui est cultivée par tous ceux qui sont mus par l’Esprit de Dieu et qui, obéissant à la voix du Père et adorant Dieu le Père en esprit et en vérité, marchent à la suite du Christ pauvre, humble, et portant la croix, pour mériter d’avoir part à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn86&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L’Église invite tous les chrétiens, sans distinction, à obéir au précepte divin de la pénitence par des actes volontaires, en dehors des épreuves et des sacrifices inhérents à la vie quotidienne... L’Église veut indiquer que, conformément à la tradition ancienne, il y a trois façons principales de satisfaire au précepte divin de la pénitence&amp;amp;nbsp;: la prière, le jeûne et les œuvres de charité, bien qu’elle ait toujours spécialement prôné l’abstinence de viande et le jeûne. Ces façons ont été communément pratiquées dans tous les siècles. Il existe cependant aujourd’hui des motifs particuliers pour que, selon les exigences des diverses régions, il soit nécessaire d’insister sur telle ou telle forme de pénitence plutôt que sur telle autre. C’est ainsi que dans les pays qui connaissent un plus grand bien-être économique, on devra surtout donner un témoignage d’ascèse pour que les fidèles ne prennent pas l’esprit du &amp;quot;monde&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; et on devra en même temps donner un témoignage de charité envers les frères qui souffrent de la pauvreté et de la faim, même dans les pays lointains&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn87&amp;quot;&amp;gt;Paen III c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====IV. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, de façon spontanée, rend ouvertement un témoignage de foi devant les autres en des circonstances particulières de la vie quotidienne.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession incite le fidèle à professer ouvertement sa foi devant les autres, pour la gloire de Dieu et l’édification de l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Saint Augustin a écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que ton Symbole te soit comme un miroir. Regarde-toi en lui&amp;amp;nbsp;: pour voir si tu crois tout ce que tu déclares croire. Et réjouis-toi chaque jour en ta foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn88&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 58, 11, 13 (PL 38, 399). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie chrétienne de chaque jour sera donc comme l’&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;» concluant le «&amp;amp;nbsp;Je crois en Dieu&amp;amp;nbsp;» de la profession de foi de notre Baptême &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn89&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. CEC 1064. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn90&amp;quot;&amp;gt;''Mt'' 10, 32. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn91&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 11, 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez mes témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn92&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jour après jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn93&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 2, 46. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme... Et avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient tous d’une grande faveur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn94&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 4, 32-33. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;On publie votre foi dans le monde entier&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn95&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit ... tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn96&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 10, 9-10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Combats le beau combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé, comme tu l’as reconnu dans une belle profession de foi en présence de nombreux témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn97&amp;quot;&amp;gt;''1 Tm'' 6, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn98&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que nul d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou comme se mêlant des affaires d’autrui, mais si c’est comme chrétien, qu’il n’en ait pas honte, qu’il glorifie plutôt Dieu à cause de ce nom&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn99&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 4, 15-16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn100&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn'' 4, 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais pour que la charité grandisse dans les âmes et y porte des fruits comme le fait une bonne semence, chaque fidèle doit écouter volontiers la Parole de Dieu et, avec le secours de sa grâce, accomplir sa volonté en la mettant en œuvre, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions liturgiques, s’appliquer constamment à la prière, à l’abnégation, au service actif des frères, et à l’exercice de toutes les vertus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn101&amp;quot;&amp;gt;LG 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C’est certes à titre individuel que les chrétiens sont appelés à exercer l’apostolat dans leurs diverses conditions de vie&amp;amp;nbsp;; cependant ils se rappelleront que l’homme, par nature, est un être social ... C’est pourquoi les fidèles exerceront leur apostolat dans un esprit d’union et d’unanimité. Ils seront apôtres tant dans leurs communautés familiales que dans les paroisses et les diocèses qui par eux-mêmes expriment le caractère communautaire de l’apostolat, et dans les groupements libres dans le cadre desquels ils auront décidé de se réunir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn102&amp;quot;&amp;gt;AA 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais la nature sociale de l’homme exige elle-même que celui-ci exprime extérieurement les actes intérieurs de la religion, qu’il communique avec d’autres en matière religieuse, et qu’il professe sa religion sous une forme communautaire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn103&amp;quot;&amp;gt;DH 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il ne suffit pas que le peuple chrétien soit présent et établi dans un pays, et il ne suffit pas qu’il exerce l’apostolat de l’exemple&amp;amp;nbsp;; il est établi, il est présent à cette fin, qui est d’annoncer le Christ aux concitoyens non chrétiens par la parole et par l’action et de les aider à accueillir pleinement le Christ&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn104&amp;quot;&amp;gt;AG 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==AUTRES CONCESSIONS==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Préambule ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Aux quatre concessions générales traitées ci-dessus (nn. I‑IV), s’ajoutent quelques autres concessions, qui revêtent une signification particulière compte tenu des traditions du passé aussi bien que des besoins de notre temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces concessions se complètent réciproquement et, alors qu’elles invitent les fidèles, par le don de l’indulgence, à accomplir des œuvres de piété, de charité et de pénitence, elles les conduisent à s’unir plus étroitement par la charité au Christ Tête et à l’Église son corps&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn105&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Sont reportées quelques prières vénérables en raison de leur inspiration divine ou de leur caractère antique, et d’usage universel&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn106&amp;quot;&amp;gt;Par exemple, le ''Credo ''(conc. 28 § 2, 3°), le ''De profundis ''(conc. 9, 2°), le ''Magnificat ''(conc. 17 § 2, 1°), le ''Sub tuum praesidium ''(conc. 17 § 2, 3°), le ''Salve Regina ''(ibid.), l’''Actiones'' ''nostras ''(conc. 26 § 2, 2°), l’''Agimus'' ''tibi gratias ''(ibid.). &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est évident qu’elles sont citées à titre d’exemple. Mais il faut se rappeler ce que disent les Normes à propos du droit des évêques éparchiaux ou diocésains, des métropolites, des patriarches et des cardinaux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn107&amp;quot;&amp;gt;Cf. nn. 7-10, 11 § 2, 22, 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les indulgences concédées pour la pieuse récitation des prières dont la liste suit, par la nature des choses, peuvent être acquises par des fidèles de n’importe quel rite, quelle que soit la tradition liturgique à laquelle ces prières appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Ces prières, tout bien considéré, sont déjà comprises dans la concession générale I, quand elles sont récitées dans la vie courante par le fidèle qui élève son âme vers Dieu avec une humble confiance. Ainsi, par exemple, appartiennent à cette première concession les prières ''Actiones'' ''nostras ''et ''Agimus'' ''tibi gratias'', qui sont récitées dans l’«&amp;amp;nbsp;accomplissement de sa tâche ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, on a préféré les citer explicitement, parmi les pratiques indulgenciées, pour dissiper d’éventuels doutes et pour en souligner l’excellence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Comme il est de soi évident, chaque fois que, dans les concessions, l’on requiert pour obtenir une indulgence la récitation de prières, de litanies ou de petits offices, leur texte doit être approuvé par l’Autorité ecclésiastique compétente&amp;amp;nbsp;; et leur récitation, comme la visite d’un lieu sacré, l’accomplissement d’un pieux exercice ou l’usage d’un objet de dévotion quand ils sont prescrits, doit se faire avec la dévotion requise et la pieuse affection du cœur. Dans quelques concessions particulières, cet esprit est rappelé explicitement pour aider la piété des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Pour gagner une indulgence plénière, comme l’établit la norme 20, on requiert l’exécution de l’œuvre, l’accomplissement des trois conditions et une entière disposition de l’âme, qui exclue toute affection peccamineuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne l’indulgence partielle, dont parle la norme 4, sont requises l’exécution de l’œuvre et au moins la contrition du cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Si l’œuvre enrichie de l’indulgence plénière peut être divisée en plusieurs parties de façon convenable (par exemple, le Rosaire de la Vierge Marie en dizaines), celui qui, pour un motif raisonnable, n’accomplit pas l’œuvre entière, peut gagner l’indulgence partielle pour la partie accomplie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn108&amp;quot;&amp;gt;Cf. norme 20 § 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Sont dignes de mention spéciale les concessions relatives à des œuvres dont l’accomplissement permet au fidèle de gagner l’indulgence plénière chaque jour de l’année, restant ferme la norme 18 § 1, selon laquelle l’indulgence plénière ne peut être obtenue qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* l’adoration du Saint-Sacrement pendant une demi-heure au moins (conc. 7 § 1, 1°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* le pieux exercice du Chemin de la Croix (conc. 13, 2°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la récitation du Chapelet de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste dans une église ou un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse, dans une association de fidèles, et de manière générale quand plusieurs personnes se rassemblent dans un but honnête (conc. 17 § 1, 1° et conc. 23 § 1)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la pieuse lecture ou l’écoute de la Sainte Écriture pendant une demi-heure au moins (conc. 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Les concessions sont énumérées suivant l’ordre alphabétique latin. Pour établir cet ordre, on mentionne les premiers mots indiqués par le titre (par exemple, ''Actus consecrationis familiarum ''- ''Eucharistica adoratio et processio'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n’indique les sources de ces prières que lorsqu’il s’agit de textes liturgiques actuellement en vigueur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faciliter l’usage de ''l’Enchiridion ''aux fidèles, trois tables ont été ajoutées en fin de volume&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
* les formules des prières&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* la liste des temps et des actes par lesquels on obtient une indulgence plénière&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
* l’index général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1717</id>
		<title>Enchiridion des indulgences</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Enchiridion_des_indulgences&amp;diff=1717"/>
				<updated>2011-04-06T15:22:33Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : Page créée avec « '''ENCHIRIDION'''  &amp;lt;center&amp;gt;DES INDULGENCES&amp;lt;/center&amp;gt;  &amp;lt;center&amp;gt;''Normes et concessions''&amp;lt;/center&amp;gt;  &amp;lt;center&amp;gt;''1999''&amp;lt;/center&amp;gt;  Première édition latine, juin 1968.  Deuxième ... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;'''ENCHIRIDION'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;DES INDULGENCES&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Normes et concessions''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''1999''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Première édition latine, juin 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deuxième édition latine, octobre 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Troisième édition latine, mai 1986.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatrième édition latine, juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Troisième édition française, janvier 2000.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Titre original de l’ouvrage&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Enchiridion indulgentiarum''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Traduction française par la Procure de l’œuvre de Montligeon à Rome, approuvée par la Pénitencerie Apostolique''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte typique latin, Libreria Editrice Vaticana, 1999.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''©'' ''Texte français, éditions Lethielleux, 2000''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉCRETS'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;_______________&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;DÉCRET&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quatrième édition de l’Enchiridion des indulgences ==&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mérites infinis de Jésus, divin Rédempteur du genre humain, et ceux qui en dérivent avec surabondance chez la bienheureuse Vierge Marie et tous les saints, sont confiés à l’Église du Christ comme un trésor inépuisable&amp;amp;nbsp;: pour qu’en vertu du pouvoir de lier et de délier attribué par le Fondateur de l’Église à Pierre et aux autres Apôtres, et par eux à leurs successeurs les Souverains Pontifes et les Évêques, ils soient appliqués en rémission des péchés et des conséquences des péchés. Cela se réalise avant tout, et de façon indispensable quand il s’agit de péchés mortels, à travers le Sacrement de la Réconciliation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, malgré la rémission aussi bien de la faute mortelle et donc nécessairement aussi de la peine éternelle méritée par cette faute, que de la faute légère ou péché véniel, le pécheur, bien que pardonné, peut avoir encore besoin de purification&amp;amp;nbsp;: il peut encore être tenu de purger une peine temporelle, soit dans la vie terrestre soit dans l’autre vie, par l’état de purgatoire. L’indulgence, qui découle de l’admirable trésor de l’Église mentionné plus haut, remplace, en l’éliminant, cette peine temporelle. Par conséquent, la doctrine de foi sur les indulgences et leur louable pratique confirment les mystères si consolants du Corps mystique du Christ et de la communion des saints, et elles appliquent ces mystères avec une spéciale efficacité pour obtenir la sainteté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela est abondamment enseigné par le Souverain Pontife Jean-Paul II dans la Bulle d’indiction du Grand Jubilé&amp;amp;nbsp;: ''Incarnationis'' ''mysterium''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En conformité avec cette expression du Magistère, la Pénitencerie Apostolique met à profit l’occasion offerte par le saint Jubilé, désormais imminent, et par la diffusion dans le monde catholique de la Bulle en question, pour publier pour la quatrième fois l’''Enchiridion des Indulgences'', selon la forme typique de l’édition du 29 juin 1968, qui suivait la discipline introduite par la Constitution Apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec cette nouvelle édition,&amp;amp;nbsp;les principes concernant la discipline des indulgences ne sont en rien changés, mais quelques normes ont été révisées conformément aux derniers documents publiés par le Siège Apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux concessions, elles ont été regroupées selon un critère systématique, si bien que leur nombre réel n’est pas changé, mais que la liste en est plus brève&amp;amp;nbsp;; la méthode suivie pour exprimer les concessions a été choisie dans le but de favoriser une pieuse disposition de charité, tant chez les fidèles en particulier qu’au sein de la communauté ecclésiale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi, tout d’abord, qu’on a inséré une quatrième concession générale, qui enrichit d’une indulgence le fait de témoigner ouvertement de la foi dans les circonstances particulières de la vie courante. Les autres nouvelles concessions d’une particulière importance sont destinées à affermir les fondements de la famille chrétienne (consécration des familles)&amp;amp;nbsp;; la communion de l’Église universelle dans sa supplication (participation fructueuse soit aux journées mondiales consacrées à une finalité religieuse, soit à la semaine pour l’unité des chrétiens)&amp;amp;nbsp;; le culte à rendre à Jésus présent dans le Saint Sacrement (procession eucharistique).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs concessions précédentes ont été encore étendues&amp;amp;nbsp;: par exemple celles qui concernent la récitation du rosaire de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste, les célébrations jubilaires des Ordinations, la lecture de l’Écriture Sainte et la visite des lieux sacrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette édition de l’''Enchiridion'', on fait plus souvent référence aux facultés qu’ont les assemblées épiscopales de déterminer les listes des prières les plus répandues sur leurs territoires, pour les orientaux selon leurs propres statuts, et pour les latins aux termes du canon 447 CIC. De fait le nombre des prières reportées par l’''Enchiridion'' est notablement augmenté, surtout pour celles des Traditions orientales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce décret, on déclare authentique le texte qui suit et l’on en ordonne la publication en vertu de l’autorité du Souverain Pontife, comme cela a été signifié aux Responsables de la Pénitencerie Apostolique dans l’audience du 5 juillet 1999.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, selon l’intention du Saint Père, souhaite que les fidèles, guidés par l’enseignement et la sollicitude pastorale de leurs évêques, s’emploient à augmenter leur piété à la gloire de la Divine et très auguste Trinité, par l’usage des saintes indulgences dans une religieuse disposition intérieure de leur âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nonobstant toutes dispositions contraires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donné à Rome, au Siège de la Pénitencerie Apostolique, le 16 juillet 1999, en la commémoration de Notre-Dame du Mont-Carmel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE ==&lt;br /&gt;
N. 129/99/I&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique, ayant attentivement examiné la version en langue française de l’''Enchiridion indulgentiarum'', en autorise la publication pour ce qui est de sa compétence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rome, au siège de la Pénitencerie Apostolique, le 22 février 2000, Fête de la Chaire de Saint-Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Guillaume Wakefield Card. Baum&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Grand Pénitencier''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;Louis de Magistris, év. tit. de Nova&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Régent''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''ABRÉVIATIONS ET SIGLES'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AA &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Apostolicam actuositatem''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 18 novembre 1965 (AAS 59 [1966] 837-864)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AAS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Acta Apostolicae Sedis, Commentarium officiale''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AG &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Ad gentes''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 947-990)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
All.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Allocution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ap.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AP&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Benoît XV, m.p. ''Alloquentes'' ''proxime''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 25 mars 1917 (AAS 9 [1917] 167)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
can./cann.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Canon/canons&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CD&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Christus Dominus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 oct. 1965 (AAS 58 [1966] 673-701)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CE&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Caeremoniale Episcoporum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatum'', 14 septembre 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CEC&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Catéchisme de l’Église catholique'', 15 août 1997&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1917&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici Pii X Pontificis Maximi iussu digestus Benedicti Papae XV auctoritate promulgatus'', 27 mai 1917&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CIC 1983 &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Codex Iuris Canonici auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatus'', 25 janvier 1983&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conc.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; concession&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Const.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pie XII, m.p. ''Cleri'' ''sanctitati''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 2 juin 1957 (AAS 49 [1957] 433-600)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Ben.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Rituale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani instauratum auctoritate Ioannis Pauli II promulgatum, De benedictionibus'', 31 mai 1984&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decl.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Decr.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Déclaration ''Dignitatis'' ''humanae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 929-946)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DS&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Denzinger-Schönmetzer, ''Enchiridion Symbolorum Definitionum et Declarationum de rebus fidei et morum'', 33e éd., 1965&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1968&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 29 juin 1968&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EI 1986&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones'', 18 mai 1986&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
GS &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution pastorale ''Gaudium'' ''et spes,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 7 décembre 1965 (AAS 58 [1966] 1025-1120)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ID&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. Ap. ''Indulgentiarum doctrina'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; janvier 1967 (AAS 59 [1967] 5-24)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IFI&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; SPA, décret ''In fere innumeris''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 20 juillet 1942 (AAS 34 [1942] 240)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LG&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Constitution dogmatique ''Lumen gentium,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; 21 novembre 1964 (AAS 57 [1965] 5-71)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LH&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Officium ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum, Liturgia Horarum iuxta Ritum Romanum'' (Liturgie des Heures), 7 avril 1985&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
m.p.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Lettre apostolique donnée sous forme de ''Motu proprio''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ''Missale Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum'' (Missel Romain), 27 mars 1975&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
n./nn.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; norme/normes&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OT&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Décret ''Optatam'' ''totius''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 octobre 1965 (AAS 58 [1966] 713-727)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paen.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Paenitemini''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 17 février 1966 (AAS 58 [1966] 177-198)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PB&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Jean-Paul II, Const. ap. ''Pastor'' ''bonus''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 28 juin 1988 (AAS 80 [1988] 841-912)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PL&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Migne J.P., ''Patrologia latina'', 1841-1864&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Resp.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Réponse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
REU&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul VI, Const. ap. ''Regimini Ecclesiae Universae''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, 15 août 1967 (AAS 59 [1967] 885-928)&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SCR&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Congrégation des Rites&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SPA&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sacrée Pénitencerie Apostolique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Préliminaires'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;PRÉLIMINAIRES&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La première édition de cet ''Enchiridion des indulgences'', parue en juin 1968, mettait à exécution la Norme 13 de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le manuel des indulgences sera révisé afin que des indulgences ne soient attachées qu’aux principales prières et aux principales œuvres de piété, de charité et de pénitence.&amp;amp;nbsp;» Dans les éditions successives, jusqu’à la présente édition, la Pénitencerie Apostolique veilla à rendre le texte plus clair, à le corriger en quelques points secondaires pour le conformer aux règles de la critique, et à insérer quelques additions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. À cet égard, sont considérées comme «&amp;amp;nbsp;principales prières et œuvres&amp;amp;nbsp;» celles qui, en tenant compte de la tradition et des conditions des temps, semblent être particulièrement adaptées non seulement pour aider les fidèles à s’acquitter des peines dues pour leurs péchés, «&amp;amp;nbsp;mais aussi et surtout pour les pousser à une plus grande ferveur de charité. Tel a été le principe inspirateur de la réforme&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Paul VI, Allocution au Sacré-Collège et à la Curie romaine, 23 décembre 1966&amp;amp;nbsp;: ''AAS'' 59 (1967), p. 57. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Conformément à la tradition, la participation au Sacrifice de la Messe et aux Sacrements n’est pas indulgenciée&amp;amp;nbsp;: ceux-ci possèdent en eux-mêmes une efficacité prééminente quant à «&amp;amp;nbsp;la sanctification et la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, lors d’événements particuliers (comme la première Communion, la première Messe d’un nouveau prêtre, la Messe de clôture d’un Congrès eucharistique), une indulgence est accordée, celle-ci n’est pas attachée à la participation à la Messe ou aux Sacrements, mais aux circonstances exceptionnelles qui accompagnent cette participation. Ainsi, grâce à l’indulgence, on encourage et l’on récompense en quelque sorte la résolution de se consacrer qui est propre à de telles célébrations, le bon exemple donné à autrui, et l’honneur rendu à la Sainte Eucharistie et au Sacerdoce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, conformément à la tradition, une indulgence peut être ajoutée à diverses œuvres de piété, privées et publiques&amp;amp;nbsp;; en outre, on peut enrichir d’une même indulgence des œuvres de charité et de pénitence, auxquelles il convient d’accorder plus d’importance de nos jours. Mais toutes ces œuvres indulgenciées, comme du reste toute autre bonne action et toute souffrance patiemment supportée, ne sont en rien disjointes de la Messe et des Sacrements, en tant que sources principales de la sanctification et de la purification&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''ibid''. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: les bonnes œuvres et les souffrances deviennent l’offrande des fidèles eux-mêmes, offrande qui s’ajoute à celle du Christ dans le Sacrifice Eucharistique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 34. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; puisque la Messe et les Sacrements conduisent les fidèles à accomplir leurs devoirs de telle façon qu’ils «&amp;amp;nbsp;appliquent dans leur vie ce qu’ils ont reçu dans la foi&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Cf. MR, Oraison du lundi de l’octave de Pâques. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et qu’en retour, les devoirs accomplis consciencieusement disposent les âmes chaque jour un peu plus à participer avec fruit à la Messe et aux Sacrements&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Cf. SC 9‑13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Par piété envers les choses sacrées, une plus grande importance est accordée à l’action du fidèle ''(opus operantis)&amp;amp;nbsp;:'' c’est pourquoi on ne reporte pas une longue liste d’œuvres de piété ''(opus operatum) ''comme étrangères à la vie quotidienne des fidèles, mais on présente seulement un petit nombre de concessions&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;Cf. particulièrement les nn. I‑IV ci-dessous. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui incitent plus efficacement le fidèle à rendre sa vie plus profitable et plus sainte dans la mesure où on écarte «&amp;amp;nbsp;cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne… (et) où l’on unit dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Cf. GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitencerie Apostolique a donc cherché davantage à donner une grande place à la vie chrétienne, à former les âmes à l’esprit de prière et de pénitence et à l’exercice des vertus théologales, plutôt que de proposer des formules et des actes à répéter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Dans l’''Enchiridion'', avant d’énumérer les diverses concessions, on a fait figurer les Normes, reprises pour la plupart de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina'', du Code de droit canonique ainsi que d’autres documents normatifs. En effet il est utile, pour éviter d’éventuels doutes en cette matière, d’exposer simultanément et avec ordre toutes les dispositions actuellement en vigueur au sujet des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Dans l’''Enchiridion, ''on commence par énumérer quatre concessions générales, qui devraient donner le ton à la conduite quotidienne de la vie chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour l’utilité et l’instruction des fidèles, chacune des quatre concessions générales est accompagnée de quelques annotations qui manifestent comment elle s’accorde avec l’esprit de l’Évangile et avec le renouveau entrepris par le concile œcuménique Vatican II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Suit une liste de concessions relatives à quelques pieuses pratiques. Mais elles sont peu nombreuses, parce que beaucoup sont comprises dans les concessions générales, et aussi parce que, parmi les prières, on a préféré n’en rappeler expressément que quelques-unes de caractère universel. Les Assemblées épiscopales compétentes veilleront à ajouter aux éditions de l’''Enchiridion ''dans les diverses langues d’autres formules, utiles pour la piété des fidèles et chères à leur tradition, si le cas se présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# L’''Enchiridion ''contient en outre un Appendice, qui comprend une liste d’invocations et qui reporte le texte de la Constitution apostolique ''Indulgentiarum'' ''doctrina''.&amp;lt;br/&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Normes sur les indulgences'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;NORMES SUR LES INDULGENCES&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 1 - L’indulgence est la remise devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés, déjà effacés quant à la faute, que le fidèle, bien disposé et à certaines conditions déterminées, reçoit par l’intervention de l’Église qui, en tant que ministre de la rédemption, distribue et applique avec autorité le trésor des satisfactions du Christ et des Saints&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 911&amp;amp;nbsp;; ID, n. 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983'', ''can. 992&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 1''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 2 - L’indulgence est partielle ou plénière selon qu’elle libère en partie ou totalement de la peine temporelle due pour les péchés&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 2&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'' EI 1968, n. 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can 993&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 2''.'' &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 3 - Tout fidèle peut gagner des indulgences partielles ou plénières pour lui-même, ou les appliquer aux défunts par mode de suffrage&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 930&amp;amp;nbsp;; ID, n. 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, nn. 3-4&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 994&amp;amp;nbsp;; EI 1986, nn. 3-4. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 4 – Au fidèle qui, au moins le cœur contrit, accomplit une œuvre à laquelle est attachée une indulgence partielle, est appliquée par l’Église&amp;amp;nbsp;la remise d’une peine temporelle de même valeur que celle qu’il obtient déjà par son œuvre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 5&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 5. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 5 - § 1. Outre l’autorité suprême de l’Église, seuls peuvent accorder des indulgences ceux à qui ce pouvoir est reconnu par le droit ou à qui il a été concédé par le Pontife Romain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Aucune autorité inférieure au Pontife Romain n’est en mesure de confier à d’autres le pouvoir de concéder des indulgences, à moins que cela ne lui ait été expressément concédé par le Siège Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 912&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 8&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 7. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2 &amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 913&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 10, 1°&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 995, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 6 - Dans la Curie Romaine, tout ce qui concerne la concession et l’usage des indulgences est confié exclusivement à la Pénitencerie Apostolique, restant sauf le droit de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi d’examiner ce qui regarde la doctrine dogmatique à leur sujet&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;AP 4-5&amp;amp;nbsp;; REU 113&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 8&amp;amp;nbsp;; PB 120. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 7 - Les évêques éparchiaux ou diocésains, ainsi que ceux qui leur sont assimilés en droit, même dépourvus de la dignité épiscopale, dès le début de leur charge pastorale, ont le droit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1°. D’accorder dans leur territoire l’indulgence partielle à tous les fidèles, et hors de leur territoire aux fidèles relevant de leur juridiction&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°. D’impartir trois fois par an la bénédiction papale avec indulgence plénière, en employant la formule prescrite, dans leur propre éparchie ou diocèse, lors de fêtes solennelles de leur choix, même s’ils ne font qu’assister à la Messe. Cette bénédiction se donne à l’issue de la Messe à la place de la bénédiction habituelle, selon les normes du Cérémonial des Évêques de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;1°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 349 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 396 § 2, 2°&amp;amp;nbsp;; 364 § 3, 3°&amp;amp;nbsp;; 367 § 2, 1°&amp;amp;nbsp;; 391&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 1°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2°&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 914&amp;amp;nbsp;; IFI 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 11, 2°&amp;amp;nbsp;; CE, 1122-1126&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 10, 2°.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 8 - Les métropolites peuvent accorder l’indulgence partielle dans les éparchies ou diocèses suffragants comme dans leur propre territoire&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 274, 2°&amp;amp;nbsp;; SPA, decr. 20 iul. 1942, n. 2&amp;amp;nbsp;; CS, cann. 319, 6°&amp;amp;nbsp;; 320 § 1, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 12&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 9 - § 1. Les Patriarches, en tout lieu même exempt de leur patriarcat, dans les églises de leur propre rite en dehors des limites du patriarcat, et partout pour les fidèles de leur rite, peuvent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° accorder l’indulgence partielle&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° impartir la Bénédiction Papale avec indulgence plénière, trois fois par an en règle ordinaire, et en outre lorsque se présente une circonstance ou une raison religieuse tout à fait particulière, qui demande la concession de l’indulgence plénière pour le bien des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cette disposition vaut aussi pour les Archevêques Majeurs&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CS, can. 283, 4°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CS can. 326 § 1, 10°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 13&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 10 - Les Cardinaux de la Sainte Église Romaine jouissent de la faculté d’accorder en tout lieu l’indulgence partielle, qui ne peut être acquise, à chaque fois, que par les personnes présentes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 239 § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; CS, can. 185, § 1, 24°&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 14&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 11 - § 1. Il faut l’autorisation expresse du Siège Apostolique pour pouvoir imprimer, en quelque langue que ce soit, l’''Enchiridion ''des indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Quant à tous les autres livres, feuillets et autres écrits contenant des concessions d’indulgences, ils ne peuvent être édités sans l’autorisation du Hiérarque ou de l’Ordinaire du lieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 1388 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 15, § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 826 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 14, § 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 12 – Selon l’intention du Souverain Pontife, les concessions des indulgences demandées pour tous les fidèles n’entrent en vigueur qu’après que leurs documents authentiques aient été revus par la Pénitencerie Apostolique&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 920&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 13 - L’indulgence jointe à un jour de célébration liturgique est considérée comme transférée au jour auquel cette célébration ou la solennité extérieure, qui lui est liée, est légitimement transférée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 922&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 14 - Pour gagner l’indulgence attachée à un jour déterminé, si la visite d’une église ou d’un oratoire est requise, celle-ci peut se faire depuis midi, la veille, jusqu’à minuit, le jour en question&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 923&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 15 - Le fidèle peut obtenir une indulgence s’il se sert avec dévotion de l’un des objets de piété suivants, dûment béni&amp;amp;nbsp;: crucifix ou croix, chapelet, scapulaire ou médaille&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 17&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 19&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 16 - § 1. L’indulgence attachée à la visite d’une église ou d’un oratoire ne cesse pas si l’édifice est totalement détruit puis reconstruit avant cinquante ans, dans le même lieu ou à peu près, et sous le même titre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. L’indulgence attachée à l’usage d’un objet de piété ne cesse que si cet objet est entièrement détruit ou vendu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 924 § 2 et can. 75&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 20 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 78 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 19 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 17 - § 1. Pour avoir capacité à gagner des indulgences, il faut être baptisé, non excommunié et en état de grâce, au moins à la fin des œuvres prescrites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant, pour qu’un sujet capable gagne des indulgences, il doit avoir l’intention au moins générale de les acquérir, et accomplir les œuvres imposées dans le temps fixé et de la manière prescrite, selon la teneur de la concession&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;§&amp;amp;nbsp; 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 1&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 1&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 925 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 22 § 2&amp;amp;nbsp;; CIC 1983, can. 996 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 20 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 18 - § 1. L’indulgence plénière ne peut être acquise qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;; l’indulgence partielle peut l’être plusieurs fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Cependant le fidèle peut obtenir l’indulgence plénière ''in articulo mortis ''même s’il a déjà acquis l’indulgence plénière en ce même jour&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 928&amp;amp;nbsp;; ID, n. 6&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 §§ 1 et 3&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 §§ 1 et 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 18&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 24 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 21 § 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 19 - L’œuvre prescrite pour acquérir l’indulgence plénière attachée à une église ou à un oratoire consiste à y faire une pieuse visite, au cours de laquelle on récite l’Oraison Dominicale et le symbole de la foi (''Pater ''et ''Credo''), à moins que la concession n’en dispose autrement&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 16&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 25&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 20 - § 1. Pour gagner l’indulgence plénière, en plus d’exclure toute affection au péché, même véniel, il est requis d’accomplir l’œuvre indulgenciée et de remplir les trois conditions&amp;amp;nbsp;: confession sacramentelle, communion eucharistique et prière aux intentions du Souverain Pontife. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Avec une seule confession sacramentelle, on peut acquérir plusieurs indulgences plénières&amp;amp;nbsp;; mais avec une seule communion eucharistique et une seule prière aux intentions du Souverain Pontife, on n’acquiert qu’une seule indulgence plénière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. Les trois conditions peuvent être remplies plusieurs jours avant ou après l’accomplissement de l’œuvre prescrite&amp;amp;nbsp;; cependant, il convient de recevoir la communion et de prier aux intentions du Souverain Pontife le jour même où l’on accomplit l’œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4. S’il manque la pleine disposition, ou si l’œuvre requise n’est pas entièrement exécutée et les trois conditions susdites ne sont pas remplies - restant sauves les prescriptions n. 24 et n. 25 pour ceux qui sont «&amp;amp;nbsp;empêchés&amp;amp;nbsp;» - l’indulgence sera seulement partielle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5. La condition de prier aux intentions du Souverain Pontife est remplie si l’on récite à son intention un ''Pater ''et un ''Ave''&amp;amp;nbsp;; cependant les fidèles sont libres de réciter toute autre prière selon la piété et dévotion de chacun&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: ID, n. 9&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 28&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: ID, n. 8&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 27&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 4&amp;amp;nbsp;: ID, n. 7, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 26, in fine&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 5&amp;amp;nbsp;: ID, n. 10&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 29&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 23 § 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 21 - § 1. On ne peut gagner une indulgence avec une œuvre à laquelle on est obligé par une loi ou un précepte, à moins que dans la concession de celle-ci il ne soit dit expressément le contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2. Toutefois, celui qui accomplit une œuvre imposée comme pénitence sacramentelle, qui est éventuellement enrichie d’indulgences, peut à la fois satisfaire à la pénitence et gagner les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3. De même les membres d’Instituts de vie consacrée ou de Sociétés de vie apostolique peuvent gagner les indulgences par des prières et des œuvres pieuses qu’ils sont tenus d’offrir ou d’accomplir en vertu de leurs règles, de leurs constitutions ou tout autre précepte&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;§ 1&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 2&amp;amp;nbsp;: CIC 1917, can. 932&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 31&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 24.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
§ 3&amp;amp;nbsp;: PA, ''Réponse à un doute'', 1er&amp;lt;nowiki&amp;gt; juillet 1992 (AAS 84 [1992] 935).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 22 - L’indulgence attachée à une prière peut être gagnée quelle que soit la langue dans laquelle cette prière est récitée, pourvu que la traduction ait été approuvée par une autorité ecclésiastique compétente&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 2&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 32&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 23 - La récitation d’une prière en alternant avec un compagnon, ou le fait de la suivre mentalement tandis qu’un autre la récite, suffisent pour gagner des indulgences&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 934 § 3&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 33&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 26. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 24 - Les confesseurs peuvent commuer soit l’œuvre prescrite, soit les conditions, en faveur de ceux qui, tenus par un empêchement légitime, ne peuvent les accomplir&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 935&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 34&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 25 - Les Hiérarques ou les Ordinaires des lieux peuvent de surcroît concéder aux fidèles sur lesquels ils exercent leur autorité selon le droit, si ceux-ci se trouvent en des lieux où il leur est soit impossible soit très difficile d’approcher de la confession ou de la communion, de pouvoir gagner l’indulgence plénière sans la confession et la communion actuelles, pourvu qu’ils aient le cœur contrit et qu’ils se proposent de recevoir ces sacrements dès qu’ils le pourront&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;ID, n. 11&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 35&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N. 26 - Les sourds comme les muets peuvent gagner les indulgences attachées à des prières publiques, s’ils élèvent vers Dieu leur esprit et leurs pieux sentiments, à l’unisson des autres fidèles qui prient dans le même lieu&amp;amp;nbsp;; et s’il s’agit de prières privées, il suffit qu’ils les récitent mentalement, qu’ils les expriment par des signes, ou qu’ils les parcourent seulement des yeux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;CIC 1917, can. 936&amp;amp;nbsp;; EI 1968, n. 36&amp;amp;nbsp;; EI 1986, n. 29. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatre concessions générales&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''QUATRE CONCESSIONS GÉNÉRALES'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Préambule ==&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. On propose avant tout quatre concessions d’indulgences qui invitent le fidèle à pénétrer d’esprit chrétien les actions qui sont en quelque sorte la trame de sa vie quotidienne&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Cf. ''1 Co ''10, 31&amp;amp;nbsp;; ''Col ''3, 17&amp;amp;nbsp;; AA 2‑4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;, et à chercher la perfection de la charité dans ses occupations ordinaires&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Cf. LG 39, 40‑42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les quatre concessions sont réellement de caractère général et chacune d’elles comprend plusieurs œuvres du même genre. Cependant ces œuvres ne sont pas toutes indulgenciées, mais seulement celles qui sont accomplies d’une manière et dans un esprit particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, par la première concession ainsi formulée - «&amp;amp;nbsp;L’indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en accomplissant ses devoirs et en supportant les adversités de la vie, élève avec une humble confiance son âme vers Dieu, en ajoutant, ne fût-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;amp;nbsp;» - ne sont enrichis d’indulgence que les actes par lesquels le fidèle accomplit ses devoirs et supporte les adversités de la vie tout en élevant son esprit vers Dieu de la façon indiquée. De tels actes particuliers, en raison de la faiblesse humaine, ne sont pas fréquents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelqu’un était assez appliqué et fervent pour multiplier ces actes dans la journée, il mériterait justement, en plus d’une augmentation de grâce, une plus large remise de peine et, à la mesure de sa charité, il pourrait aussi plus largement venir au secours des âmes du purgatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit juger de la même façon pour les trois autres concessions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Puisque ces quatre concessions, comme il est manifeste, concordent pleinement avec l’Évangile et avec la doctrine de l’Église, clairement exposée par le Concile Vatican II, on reporte pour l’utilité des fidèles des passages de la Sainte Écriture et des Actes de ce concile en commentaire de chacune des concessions suivantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== CONCESSIONS ==&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;I&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, accomplissant ses devoirs et supportant les adversités de la vie, élève son âme vers Dieu avec une humble confiance, en ajoutant, ne serait-ce que mentalement, une pieuse invocation&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Decr. Pia oblatio quotidiani laboris Indulgentiis ditatur, 25 nov. 1961 (AAS 53 [1961] 827) ; Decr. Pia oblatio humani doloris Indulgentiis ditatur, 4 juin 1962 (AAS 54 [1962] 475) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. I. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ===&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par cette première concession, les fidèles sont conduits en quelque sorte à mettre en pratique le commandement du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est nécessaire de prier sans cesse et de ne pas se décourager&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;'''''Lc 18, 1. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;; en même temps ils sont exhortés à s’acquitter de leurs devoirs d’une façon telle qu’ils gardent et accroissent leur union au Christ.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’esprit dans lequel l’Église concède cette indulgence est parfaitement illustré par les passages suivants de l’Écriture&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Demandez, on vous donnera&amp;amp;nbsp;; cherchez, vous trouverez&amp;amp;nbsp;; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''7, 7‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''26, 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s’alourdissent dans ... les soucis de la vie ... Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 21, 34.36. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;''Ac ''2, 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;''1 Co ''10, 31. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’Esprit suscite votre prière sous toutes ses formes, vos requêtes, en toutes circonstances&amp;amp;nbsp;; employez vos veilles à une infatigable intercession pour tous les saints&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;''Ep ''6, 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tenez-vous à la prière&amp;amp;nbsp;; qu’elle vous garde sur le qui-vive dans l’action de grâce&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;''Col ''4, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Priez sans cesse, rendez grâce en toute circonstance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;''1 Th ''5, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et dans les actes du Concile Vatican II on lit ceci&amp;amp;nbsp;:''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi donc tous les fidèles du Christ se sanctifieront chaque jour davantage dans les conditions, les charges et les circonstances de leur vie et grâce à tout cela, s’ils acceptent tout avec foi de la main du Père céleste et s’ils coopèrent à la volonté de Dieu, en manifestant à tous, dans le service temporel lui-même, l’amour dont Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette vie d’intime union avec le Christ dans l’Église est entretenue par les secours spirituels ... qui doivent être utilisés par les laïcs de telle sorte que, tout en remplissant de façon convenable les obligations du monde dans les conditions ordinaires de leur vie, ils ne dissocient pas l’union au Christ et leur vie, mais qu’en accomplissant leurs œuvres selon la volonté de Dieu, ils grandissent encore dans cette union ... Ni le soin de leur famille ni les autres affaires temporelles ne doivent être étrangers à leur vie spirituelle, selon cette parole de l’Apôtre&amp;amp;nbsp;: ‘Tout ce que vous faites, en paroles ou en actes, faites-le au nom du Seigneur Jésus-Christ, en rendant grâces par lui à Dieu le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;''Col ''3, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;‘&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;AA 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cette dissociation chez beaucoup entre la foi qu’ils professent et la vie quotidienne est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps ... il faut éviter d’opposer artificiellement les activités professionnelles et sociales d’une part et la vie religieuse d’autre part ... Que les chrétiens, suivant l’exemple du Christ, qui exerça un métier d’artisan, se réjouissent plutôt de pouvoir mener toutes leurs activités terrestres en unissant dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;GS 43. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;II&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de foi et avec un cœur miséricordieux, s’emploie, par sa personne ou par ses biens, au service de ses frères dans le besoin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn52&amp;quot;&amp;gt;Cf. SPA, Indulgentiae apostolicae (AAS 55 [1963] 657-659) ; EI 1968 et 1986, conc. gen. II. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ===&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par la concession de cette indulgence, le fidèle est engagé, en suivant l’exemple et le commandement du Christ&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn53&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. Jn 13, 15&amp;amp;nbsp;; Ac 10, 38. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;, à accomplir plus fréquemment des œuvres de charité et de miséricorde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Toutes les œuvres de charité ne sont pourtant pas indulgenciées, mais seulement celles qui sont faites&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;au service des frères dans le besoin&amp;amp;nbsp;», qu’il s’agisse de besoin corporel, comme celui de la nourriture ou du vêtement, ou bien de besoin spirituel, comme celui de l’instruction ou du réconfort.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger&amp;amp;nbsp;; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire&amp;amp;nbsp;; j’étais un étranger, et vous m’avez recueilli&amp;amp;nbsp;; nu, et vous m’avez vêtu&amp;amp;nbsp;; malade, et vous m’avez visité&amp;amp;nbsp;; en prison, et vous êtes venus à moi ... En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn54&amp;quot;&amp;gt;''Mt ''25, 35‑36.40&amp;amp;nbsp;; cf. aussi ''Tob'' 4, 7‑8&amp;amp;nbsp;; ''Is'' 58, 7. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je vous donne un commandement nouveau&amp;amp;nbsp;: aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples&amp;amp;nbsp;: à l’amour que vous aurez les uns pour les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn55&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 34‑35. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que celui qui donne le fasse sans calcul ... celui qui exerce la miséricorde, avec joie ... Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection&amp;amp;nbsp;; rivalisez d’estime réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur ... Soyez solidaires des saints dans le besoin, exercez l’hospitalité avec empressement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn56&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 12, 8.10‑11.13 &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés ... s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn57&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tant que nous disposons de temps, travaillons pour le bien de tous, surtout celui de nos proches dans la foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn58&amp;quot;&amp;gt;''Gal'' 6, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn59&amp;quot;&amp;gt;''Ep'' 5, 2. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn60&amp;quot;&amp;gt;''1 Th'' 4, 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que l’amour fraternel demeure&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn61&amp;quot;&amp;gt;''He ''13, 1. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici&amp;amp;nbsp;: visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse&amp;amp;nbsp;; se garder du monde pour ne pas se souiller&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn62&amp;quot;&amp;gt;''Jc'' 1, 27&amp;amp;nbsp;; cf. ''Jc'' 2, 15‑16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous avez purifié vos âmes, en obéissant à la vérité, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie. Aimez-vous les uns les autres d’un cœur pur, avec constance&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn63&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''1, 22. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Enfin, soyez tous dans de mêmes dispositions, compatissants, animés d’un amour fraternel, miséricordieux, humbles. Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l’insulte pour l’insulte&amp;amp;nbsp;; au contraire, bénissez, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn64&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 3, 8‑9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et pour cette raison même, concentrant tous vos efforts, joignez ... à la piété l’amitié fraternelle, à l’amitié fraternelle l’amour&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn65&amp;quot;&amp;gt;''2 P ''1, 5.7. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il se ferme à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? Mes petits enfants, n’aimons pas en paroles et de langue, mais en acte et dans la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn66&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn ''3, 17‑18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Partout où vivent des gens qui manquent de nourriture et de boisson, de vêtements, de logement, de remèdes, de travail, d’instruction, des moyens nécessaires pour mener une vie vraiment humaine, qui sont en proie aux tribulations et à la maladie, qui subissent l’exil ou la prison, tous ceux-là la charité chrétienne doit les chercher et les trouver, les réconforter avec un soin empressé et les soulager par les secours fournis ... Pour qu’un tel exercice de la charité échappe à tout soupçon et apparaisse comme tel, il faut voir dans le prochain l’image de Dieu selon laquelle il a été créé et le Christ Seigneur à qui est offert en réalité tout ce qui est donné à un pauvre&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn67&amp;quot;&amp;gt;AA 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comme les œuvres de charité et de miséricorde représentent un témoignage éminent de vie chrétienne, la formation apostolique doit aussi conduire à les pratiquer, en sorte que dès leur enfance les fidèles apprennent à compatir aux souffrances de leurs frères et à secourir généreusement ceux qui sont dans le besoin&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn68&amp;quot;&amp;gt;AA 31c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Se souvenant de la parole du Seigneur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;En ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn69&amp;quot;&amp;gt;''Jn'' 13, 35. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;, les chrétiens ne peuvent avoir de souhait plus ardent que celui de se mettre au service des hommes de ce temps avec une générosité et une efficacité toujours plus grandes ... Le Père veut qu’en tout homme nous reconnaissions et aimions effectivement le Christ notre frère, en parole et en acte&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn70&amp;quot;&amp;gt;GS 93. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;III&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, en esprit de pénitence, s’abstient spontanément de quelque chose de licite qui lui est agréable&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn71&amp;quot;&amp;gt;EI 1968 et 1986, conc. gen. III. &amp;lt;/ref&amp;gt;. ===&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession convient particulièrement à notre époque en laquelle, en complément de la loi, d’ailleurs très douce, sur l’abstinence de viande et le jeûne, il convient tout à fait que les fidèles soient incités à exercer d’eux-mêmes la pénitence&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn72&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Paen III, c. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De la sorte, on encourage le fidèle à apprendre comment réduire son corps en servitude en réfrénant ses passions, et à se conformer au Christ pauvre et patient&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn73&amp;quot;&amp;gt;''Cf. Mt 8, 20&amp;amp;nbsp;; 16, 24. ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et l’abstinence aura plus de prix si elle est jointe à la charité, selon ces paroles de saint Léon le Grand&amp;amp;nbsp;: « Donnons à la vertu ce que nous retirons à la volupté. Que l’abstinence de celui qui jeûne devienne la réfection des pauvres&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn74&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 13 (alias&amp;amp;nbsp;: 12) De ieiunio decimi mensis, 2 (PL 54, 172). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn75&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 9, 23&amp;amp;nbsp;: cf. ''Lc'' 14, 27. &amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn76&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 13, 5&amp;amp;nbsp;; cf. ''Lc'' 13, 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais si, par l’Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn77&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn78&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 8, 17. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse&amp;amp;nbsp;; eux, c’est pour une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable. Moi donc, je cours ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne vais pas à l’aveuglette&amp;amp;nbsp;; et je boxe ainsi&amp;amp;nbsp;: je ne frappe pas dans le vide. Mais je traite durement mon corps et le tiens assujetti&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn79&amp;quot;&amp;gt;''1 Co'' 9, 25‑27. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn80&amp;quot;&amp;gt;''2 Co'' 4, 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle est digne de confiance, cette parole&amp;amp;nbsp;: si nous mourons avec lui, avec lui&amp;amp;nbsp;nous vivrons. Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn81&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 2, 11‑12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Renoncer ... aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn82&amp;quot;&amp;gt;''Tt'' 2, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais, dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn83&amp;quot;&amp;gt;''1 P ''4, 13. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Avec une sollicitude particulière, on cultivera chez eux l’obéissance sacerdotale, le mode de vie pauvre et l’esprit d’abnégation, pour qu’ils s’habituent à renoncer spontanément à ce qui est certes licite mais non pas utile, et à se conformer au Christ crucifié&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn84&amp;quot;&amp;gt;OT 9. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les fidèles, pour leur part, en vertu de leur sacerdoce royal, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent ce sacerdoce par la réception des sacrements, par la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte et par l’abnégation et une charité active&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn85&amp;quot;&amp;gt;LG 10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dans la diversité des formes de vie et des tâches, c’est une seule sainteté qui est cultivée par tous ceux qui sont mus par l’Esprit de Dieu et qui, obéissant à la voix du Père et adorant Dieu le Père en esprit et en vérité, marchent à la suite du Christ pauvre, humble, et portant la croix, pour mériter d’avoir part à sa gloire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn86&amp;quot;&amp;gt;LG 41. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L’Église invite tous les chrétiens, sans distinction, à obéir au précepte divin de la pénitence par des actes volontaires, en dehors des épreuves et des sacrifices inhérents à la vie quotidienne... L’Église veut indiquer que, conformément à la tradition ancienne, il y a trois façons principales de satisfaire au précepte divin de la pénitence&amp;amp;nbsp;: la prière, le jeûne et les œuvres de charité, bien qu’elle ait toujours spécialement prôné l’abstinence de viande et le jeûne. Ces façons ont été communément pratiquées dans tous les siècles. Il existe cependant aujourd’hui des motifs particuliers pour que, selon les exigences des diverses régions, il soit nécessaire d’insister sur telle ou telle forme de pénitence plutôt que sur telle autre. C’est ainsi que dans les pays qui connaissent un plus grand bien-être économique, on devra surtout donner un témoignage d’ascèse pour que les fidèles ne prennent pas l’esprit du &amp;quot;monde&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; et on devra en même temps donner un témoignage de charité envers les frères qui souffrent de la pauvreté et de la faim, même dans les pays lointains&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn87&amp;quot;&amp;gt;Paen III c. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;IV&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui, de façon spontanée, rend ouvertement un témoignage de foi devant les autres en des circonstances particulières de la vie quotidienne.  ===&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette concession incite le fidèle à professer ouvertement sa foi devant les autres, pour la gloire de Dieu et l’édification de l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Saint Augustin a écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que ton Symbole te soit comme un miroir. Regarde-toi en lui&amp;amp;nbsp;: pour voir si tu crois tout ce que tu déclares croire. Et réjouis-toi chaque jour en ta foi&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn88&amp;quot;&amp;gt;''Sermon 58, 11, 13 (PL 38, 399). ''&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie chrétienne de chaque jour sera donc comme l’&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;» concluant le «&amp;amp;nbsp;Je crois en Dieu&amp;amp;nbsp;» de la profession de foi de notre Baptême &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn89&amp;quot;&amp;gt;'''''Cf. CEC 1064. '''''&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn90&amp;quot;&amp;gt;''Mt'' 10, 32. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn91&amp;quot;&amp;gt;''Lc'' 11, 28. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez mes témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn92&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jour après jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn93&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 2, 46. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme... Et avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient tous d’une grande faveur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn94&amp;quot;&amp;gt;''Ac'' 4, 32-33. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;On publie votre foi dans le monde entier&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn95&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit ... tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn96&amp;quot;&amp;gt;''Rm'' 10, 9-10. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Combats le beau combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé, comme tu l’as reconnu dans une belle profession de foi en présence de nombreux témoins&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn97&amp;quot;&amp;gt;''1 Tm'' 6, 12. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn98&amp;quot;&amp;gt;''2 Tm'' 1, 8. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que nul d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou comme se mêlant des affaires d’autrui, mais si c’est comme chrétien, qu’il n’en ait pas honte, qu’il glorifie plutôt Dieu à cause de ce nom&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn99&amp;quot;&amp;gt;''1 P'' 4, 15-16. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn100&amp;quot;&amp;gt;''1 Jn'' 4, 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais pour que la charité grandisse dans les âmes et y porte des fruits comme le fait une bonne semence, chaque fidèle doit écouter volontiers la Parole de Dieu et, avec le secours de sa grâce, accomplir sa volonté en la mettant en œuvre, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions liturgiques, s’appliquer constamment à la prière, à l’abnégation, au service actif des frères, et à l’exercice de toutes les vertus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn101&amp;quot;&amp;gt;LG 42. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C’est certes à titre individuel que les chrétiens sont appelés à exercer l’apostolat dans leurs diverses conditions de vie&amp;amp;nbsp;; cependant ils se rappelleront que l’homme, par nature, est un être social ... C’est pourquoi les fidèles exerceront leur apostolat dans un esprit d’union et d’unanimité. Ils seront apôtres tant dans leurs communautés familiales que dans les paroisses et les diocèses qui par eux-mêmes expriment le caractère communautaire de l’apostolat, et dans les groupements libres dans le cadre desquels ils auront décidé de se réunir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn102&amp;quot;&amp;gt;AA 18. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais la nature sociale de l’homme exige elle-même que celui-ci exprime extérieurement les actes intérieurs de la religion, qu’il communique avec d’autres en matière religieuse, et qu’il professe sa religion sous une forme communautaire&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn103&amp;quot;&amp;gt;DH 3. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il ne suffit pas que le peuple chrétien soit présent et établi dans un pays, et il ne suffit pas qu’il exerce l’apostolat de l’exemple&amp;amp;nbsp;; il est établi, il est présent à cette fin, qui est d’annoncer le Christ aux concitoyens non chrétiens par la parole et par l’action et de les aider à accueillir pleinement le Christ&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn104&amp;quot;&amp;gt;AG 15. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Autres concessions'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;AUTRES CONCESSIONS&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Préambule ==&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Aux quatre concessions générales traitées ci-dessus (nn. I‑IV), s’ajoutent quelques autres concessions, qui revêtent une signification particulière compte tenu des traditions du passé aussi bien que des besoins de notre temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces concessions se complètent réciproquement et, alors qu’elles invitent les fidèles, par le don de l’indulgence, à accomplir des œuvres de piété, de charité et de pénitence, elles les conduisent à s’unir plus étroitement par la charité au Christ Tête et à l’Église son corps&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn105&amp;quot;&amp;gt;Cf. ID 11. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Sont reportées quelques prières vénérables en raison de leur inspiration divine ou de leur caractère antique, et d’usage universel&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn106&amp;quot;&amp;gt;Par exemple, le ''Credo ''(conc. 28 § 2, 3°), le ''De profundis ''(conc. 9, 2°), le ''Magnificat ''(conc. 17 § 2, 1°), le ''Sub tuum praesidium ''(conc. 17 § 2, 3°), le ''Salve Regina ''(ibid.), l’''Actiones'' ''nostras ''(conc. 26 § 2, 2°), l’''Agimus'' ''tibi gratias ''(ibid.). &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est évident qu’elles sont citées à titre d’exemple. Mais il faut se rappeler ce que disent les Normes à propos du droit des évêques éparchiaux ou diocésains, des métropolites, des patriarches et des cardinaux&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn107&amp;quot;&amp;gt;Cf. nn. 7-10, 11 § 2, 22, 25. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les indulgences concédées pour la pieuse récitation des prières dont la liste suit, par la nature des choses, peuvent être acquises par des fidèles de n’importe quel rite, quelle que soit la tradition liturgique à laquelle ces prières appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Ces prières, tout bien considéré, sont déjà comprises dans la concession générale I, quand elles sont récitées dans la vie courante par le fidèle qui élève son âme vers Dieu avec une humble confiance. Ainsi, par exemple, appartiennent à cette première concession les prières ''Actiones'' ''nostras ''et ''Agimus'' ''tibi gratias'', qui sont récitées dans l’«&amp;amp;nbsp;accomplissement de sa tâche ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, on a préféré les citer explicitement, parmi les pratiques indulgenciées, pour dissiper d’éventuels doutes et pour en souligner l’excellence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Comme il est de soi évident, chaque fois que, dans les concessions, l’on requiert pour obtenir une indulgence la récitation de prières, de litanies ou de petits offices, leur texte doit être approuvé par l’Autorité ecclésiastique compétente&amp;amp;nbsp;; et leur récitation, comme la visite d’un lieu sacré, l’accomplissement d’un pieux exercice ou l’usage d’un objet de dévotion quand ils sont prescrits, doit se faire avec la dévotion requise et la pieuse affection du cœur. Dans quelques concessions particulières, cet esprit est rappelé explicitement pour aider la piété des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Pour gagner une indulgence plénière, comme l’établit la norme 20, on requiert l’exécution de l’œuvre, l’accomplissement des trois conditions et une entière disposition de l’âme, qui exclue toute affection peccamineuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne l’indulgence partielle, dont parle la norme 4, sont requises l’exécution de l’œuvre et au moins la contrition du cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Si l’œuvre enrichie de l’indulgence plénière peut être divisée en plusieurs parties de façon convenable (par exemple, le Rosaire de la Vierge Marie en dizaines), celui qui, pour un motif raisonnable, n’accomplit pas l’œuvre entière, peut gagner l’indulgence partielle pour la partie accomplie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn108&amp;quot;&amp;gt;Cf. norme 20 § 4. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Sont dignes de mention spéciale les concessions relatives à des œuvres dont l’accomplissement permet au fidèle de gagner l’indulgence plénière chaque jour de l’année, restant ferme la norme 18 § 1, selon laquelle l’indulgence plénière ne peut être obtenue qu’une seule fois par jour&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— l’adoration du Saint-Sacrement pendant une demi-heure au moins (conc. 7 § 1, 1°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— le pieux exercice du Chemin de la Croix (conc. 13, 2°)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— la récitation du Chapelet de la Vierge Marie ou de l’hymne Acathiste dans une église ou un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse, dans une association de fidèles, et de manière générale quand plusieurs personnes se rassemblent dans un but honnête (conc. 17 § 1, 1° et conc. 23 § 1)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— la pieuse lecture ou l’écoute de la Sainte Écriture pendant une demi-heure au moins (conc. 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Les concessions sont énumérées suivant l’ordre alphabétique latin. Pour établir cet ordre, on mentionne les premiers mots indiqués par le titre (par exemple, ''Actus consecrationis familiarum ''- ''Eucharistica adoratio et processio'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n’indique les sources de ces prières que lorsqu’il s’agit de textes liturgiques actuellement en vigueur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faciliter l’usage de ''l’Enchiridion ''aux fidèles, trois tables ont été ajoutées en fin de volume&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- les formules des prières&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- la liste des temps et des actes par lesquels on obtient une indulgence plénière&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- l’index général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_Charit%C3%A9_de_la_v%C3%A9rit%C3%A9&amp;diff=1716</id>
		<title>La Charité de la vérité</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_Charit%C3%A9_de_la_v%C3%A9rit%C3%A9&amp;diff=1716"/>
				<updated>2011-04-06T13:56:02Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* Être vrai. */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = P. Guérard des Lauriers, O.P. &lt;br /&gt;
| source = Revue ''Itinéraires'', n°155, pp. 217-234&lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = Juin 1956&lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦♦ Moyen &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|- &lt;br /&gt;
| &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
= Caritas veritatis =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité est une, et cependant, «&amp;amp;nbsp;lien de perfection&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Col. 3, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, elle revêt des formes multiples&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 16, 24. Ma charité est avec vous tous dans le Christ Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La charité est Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;1 Jean 4, 16.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et elle est aussi Dieu en nous&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Rom. 5, 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Contraste familier à qui scrute l’insertion de l’Incréé dans le créé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même charité stimule la contemplation et inspire l’ascèse, porte remède à toute l’indigence humaine et verse au fond de l’âme un baume mystérieux. Immense et belle fresque, dont peut jouir tout chrétien, pourvu qu’il sache ouvrir les yeux, dans le coin de terre où Dieu l’a fait naître. La charité de la vérité n’en est qu’un motif, dont nous n’examinerons qu’un aspect...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La charité de la vérité, dit S. Augustin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Otium sanctum quaerit charitas veritatis ; negotium justum suscipit necessitas charitatis. De Civ. Dei 19, 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;, recherche un saint loisir&amp;amp;nbsp;; la nécessité de la charité supporte de servir avec équité&amp;amp;nbsp;». S. Augustin parlait d’expérience&amp;amp;nbsp;: c’est au prix d’un long et coûteux effort que, «&amp;amp;nbsp;prêtre du premier ordre&amp;amp;nbsp;» ne crai­gnant pas pour autant de réfuter les hérétiques, il réussit à com­poser le De Trinitate, c’est-à-dire en l’occurrence, à installer la «&amp;amp;nbsp;caritas veritatis&amp;amp;nbsp;» au cœur de la «&amp;amp;nbsp;necessitas caritatis&amp;amp;nbsp;». Scruter la vérité pour elle-même n’est pas prendre en charge d’une manière immédiate les besoins de ses frères&amp;amp;nbsp;: le poêle de Descartes n’est pas une officine de philanthropie. La vérité est cependant un pain dont tous ont besoin&amp;amp;nbsp;: le rompre est une œuvre éminente de charité, plus encore s’il s’agit des vérités qui concernent le Bien ultime de l’homme. Il revient au seul christianisme de résoudre, en une sagesse ineffable, l’apparente an­tinomie entre «&amp;amp;nbsp;caritas veritatis&amp;amp;nbsp;» et «&amp;amp;nbsp;necessitas caritatis&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous envisagerons ici une communication de la vérité ins­pirée par l’amour de Dieu - d’où charité de la vérité -&amp;amp;nbsp;: mais il s’agira d’une vérité plus immédiate et plus universelle, plus simple et plus profonde, plus familière et plus difficile à attein­dre que la vérité élaborée par l’esprit&amp;amp;nbsp;: il s’agira de la vérité de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les formes élémentaires - dire vrai, vivre vrai, être vrai -que revêt la charité de la vérité, en constituent le climat plutôt que la substance&amp;amp;nbsp;; car, si l’amour les inspire, la justice ne laisse pas de les impérer. Nous en présenterons d’abord une triangu­lation, nous en examinerons ensuite le fondement dans la Révé­lation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Ier Partie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dire vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire vrai&amp;amp;nbsp;», c’est d’abord ne pas mentir. Règle simple, et juste&amp;amp;nbsp;; car, mentir, c’est retourner contre le prochain le droit qu’a tout homme à un échange spirituel avec ses semblables. «&amp;amp;nbsp;Dire vrai&amp;amp;nbsp;», c’est également, et c’est plus délicat, sérier les cas dans lesquels il convient de dire ou de taire la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’amour d’amitié, chacun veut et son bien propre et le bien de Celui qu’il aime. Le premier de ces biens est la vérité de la vie, dans son engagement extérieur comme dans sa rectification intime. Je me dois à moi-même la vérité, et mon ami la tient pour son propre bien parce qu’elle est mon bien. Je la lui dois donc au nom de l’amitié, qui postule l’unité du désir et celle du bien, aimé en commun. Cela n’entraîne pas qu’on doive tou­jours tout dire&amp;amp;nbsp;; il suffit, pour l’ordinaire, d’être prêt à commu­niquer. La communication effective constitue cependant une exigence plus urgente quand il s’agit de la vie intime, laquelle se déroule au degré même d’intériorité d’où procède l’amitié&amp;amp;nbsp;; il y a des confidences qu’on ne refuse pas sans trahir, et bientôt sans détruire, l’amour qui les exigeait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout cela, ce qui importe, c’est le fait même de la commu­nication, le don, non l’objet du don&amp;amp;nbsp;; car la vérité que je dis peut, de soi, être personnellement indifférente à l’ami&amp;amp;nbsp;; ainsi lorsqu’il s’agit d’une chose qui n’est sienne que parce qu’elle est mienne. Mais il peut s’agir aussi d’un bien qui est en propre le bien de celui que j’aime&amp;amp;nbsp;; et même du bien dont, par excellence, il a besoin&amp;amp;nbsp;: savoir, la vérité concernant la rectification morale per­sonnelle. Dire cette vérité, c’est exercer la correction fraternelle. Deux conditions sont pour cela requises&amp;amp;nbsp;: être en situation pour juger juste, estimer probable l’amendement suggéré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce service se pratique spontanément entre ceux qu’unit une charité fervente. Mais il ne faut pas le limiter à des groupes par­ticuliers&amp;amp;nbsp;: il a sa forme héroïque, mais aussi sa forme commune, spontanée, sur laquelle il convient de réfléchir. Quand il ne sied point de dire la vérité, on peut la suggérer. On doit, pour le moins, éviter tout ce qui pourrait induire autrui en erreur&amp;amp;nbsp;; notamment la flatterie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Ps. 11, 2. Les fidèles disparaissent d'entre les enfants des hommes. On se dit des mensonges les uns aux autres; on parle avec des lèvres flatteuses et un cœur double.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ou même simplement les éloges trop fréquents susceptibles de porter celui qui les reçoit à une funeste surestime de soi-même. Ce comportement servile est souvent dic­té par la cupidité, par l’inclination à la facilité, ou par un certain dilettantisme de la politesse&amp;amp;nbsp;; il n’est pas pour autant justifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est si simple d’amortir les petits heurts inhérents aux con­tacts humains en flattant l’amour-propre, si agréable d’être le témoin, voire le point de mire, d’une amabilité que l’on contribue à entretenir en séduisant&amp;amp;nbsp;: il semble que l’on crée un capi­tal qui profite à tous et qui ne coûte rien à personne&amp;amp;nbsp;; mais, en réalité, on fausse l’ordre des valeurs, on empêche le jeu des réflexes sains en emprisonnant les consciences dans un réseau de convenances qu’elles prennent pour de l’authentique charité. La charité de la vérité exige une habituelle franchise qui préfé­rera la fermeté et même une pointe de rudesse à l’ombre de la flatterie facile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il rappeler que ce service charitable doit être rendu en particulier aux chefs, qui sont, à ce point de vue, les plus desservis des hommes&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;Un prince sera la fable de toute l’Europe, et lui seul n’en saura rien&amp;amp;nbsp;» remarquait Pascal&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;''Pensées''. Edition Brunschvicg ou Giraud. N° 100.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne convient&amp;amp;nbsp;pas, sauf exception, de dire à un supérieur quels défauts on remarque en lui&amp;amp;nbsp;; du moins lui doit-on de ne pas favoriser le jeu de penchants déficients par des connivences tacites dont le ressort caché est en général un intérêt égoïste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Vivre vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour dire vrai, il faut vivre vrai. On ne peut sentir comment la vérité mesure les choses et les vies, que si l’on vit soi-même dans la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute la différence entre l’insupportable redresseur de torts et le charitable témoin de la vérité, c’est que le premier ne saisit la vérité qu’abstraitement, et l’applique comme un calque inflexible sur les conduites qu’il entend reprendre&amp;amp;nbsp;; tandis que le second, vivant de la vérité, se trouve établi avec tous ses frères en une communion intelligible grâce à laquelle il prévient instinctivement les déviations plus encore qu’il ne les observe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour dire vrai, il suffit de vivre vrai. Il y a alors communication non habituellement explicitée, mais latente, de la vérité&amp;amp;nbsp;; persuasion de la vérité par la vérité de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela implique, sur le plan humain, conformité à l’état et à la fonction qui nous situent au regard d’autrui. Les quelques paroles que rapporte l’Évangile concernant la prédication de saint Jean-Baptiste sont, à cet égard, fort suggestives&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Luc 3, 10‑14. Et les foules l'interrogeaient disant « Que devons-nous donc faire ? » Il répondait et leur disait « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent : « Maître que devons-nous faire ? » et il leur dit : « N'exigez rien en plus de ce qui vous a été fixé. » Des gens du service armé lui demandaient aussi : « Et nous, que devons-nous faire ? » Et il leur dit : « Ne molestez personne. Ne dénoncez pas faussement. Et contentez­-vous de votre paye.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: il demande à tous de se montrer secourables, conformément à la grande loi humaine qui doit devenir la loi du Royaume&amp;amp;nbsp;; et, sollicité à plus de précision, il prescrit tout simplement à chacun d’accomplir ce qu’on a justement appelé le «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;», en veillant d’ailleurs à s’abstenir de toute fraude. Les percepteurs n’exigeront rien au-delà de ce qui est fixé, les soldats ne molesteront personne et se contenteront de leur paye.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stricte justice, pensera-t-on&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;Formellement&amp;amp;nbsp;», oui. Cependant S. Jean prêche dans la perspective du Royaume. Les conseils qu’il donne ne sont qu’un point de départ, une préparation.&amp;amp;nbsp;Il faut les prolonger, les affiner, mais en en conservant la rigoureuse et profonde simplicité. La justice du Royaume serait pri­vée de sens sans la charité. L’obligation de justice peut être im­pérée par l’amour&amp;amp;nbsp;; lequel opère, à la source de l’agir, une trans­formation, non une destruction. La charité ne demande pas qu’on change de condition&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 7, 20. Que chacun demeure dans la condition où l'appel divin l'a trouvé.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; elle doit faire vivre ''autrement'', dans la même condition. Elle peut avoir ses œuvres propres, elle doit d’abord informer, pour chacun, l’agir que la Providence lui départit. En un mot, la charité étant la perfection du chrétien, elle doit, pour lui, ''assumer ''toute la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est fort commun de dire que le «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;» doit être accompli pour l’amour de Dieu. Songe-t-on assez qu’il constitue également, vis-à-vis du prochain, la charité primordiale&amp;amp;nbsp;? S’il est entendu que nous coopérons au bien de nos frères par la tâche qui nous est dévolue, si en perspective chrétienne aucun bien ne peut être étranger au bien divin qu’il appartient à chacun d’atteindre, il s’ensuit que notre tâche, même considérée dans l’ordre naturel, relève fondamentalement de la charité surna­turelle. Si donc la falsification est condamnable en justice, com­bien plus si elle trompe l’attente de l’amour. Rien n’est plus in­supportable que de la rencontrer en ceux dont le trait distinctif est de faire consister la perfection en la charité. J’attends du percepteur, du soldat, qu’il fasse son métier, qu’il soit vrai. S’il ne l’est pas, il manque à la justice, mais en plus s’il est chrétien, à la charité&amp;amp;nbsp;: car il n’exprime pas adéquatement l’amour qui doit être en lui pour moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rencontre assez souvent une trahison implicite de la charité de la vérité dans le soin que certains prennent à éviter de prendre des décisions qui pourraient dresser contre eux quel­que opposition, et dont la responsabilité retombe ainsi inévita­blement sur d’autres. Abstentionnisme, habileté des enfants de ténèbres, mais non authentique charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soyez vrais, aurait à redire S. Jean, s’il se trouvait parmi nous. C’est simple, mais en réalité difficile&amp;amp;nbsp;; car ce sont les données les plus primitives que toujours on risque d’altérer, très particulièrement dans un monde voué à l’artificialité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une perspective plus large, ce que, chrétien ou non, j’attends du chrétien, c’est qu’il soit un chrétien authentique. Si le chrétien peut faire tout ce que font les autres, et ceux-ci tout ce qui fait le chrétien, quel sens cela a-t-il d’être chrétien&amp;amp;nbsp;? Si le sel s’affadit, à quoi sert-il&amp;amp;nbsp;? Le monde a besoin du sel chré­tien&amp;amp;nbsp;: est-ce l’aimer que de lui donner un ersatz&amp;amp;nbsp;? Nous n’enten­dons pas seulement ici que tout chrétien a le devoir d’être aussi fervent que grâce lui en est donnée, nous visons surtout une question d’authenticité dans les principes. Élaborer et plus encore prétendre vivre un «&amp;amp;nbsp;christianisme&amp;amp;nbsp;» dans lequel des valeurs aussi essentielles que péché, Rédemption, pénitence, re­noncement, sont édulcorées, ou ramenées à des proportions mes­quines qui les rendront «&amp;amp;nbsp;acceptables&amp;amp;nbsp;», c’est sans doute se rapprocher du monde, mais pour le mieux trahir. Car c’est trahir l’attente où il est d’un message dont il a perdu le souvenir, et que les chrétiens lui doivent par amour&amp;amp;nbsp;: au nom même de l’amour en lequel Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;1 Jean ''4, 9‑10.''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charité de la vérité&amp;amp;nbsp;! Je crois trouver un chrétien, je ne trouve qu’un homme. Ce chrétien m’aime-t-il de l’amour dont il fait, par vocation, profession&amp;amp;nbsp;? De cet amour dont j’ai besoin parce que Dieu seul a pu l’inventer, Lui qui est l’Amour, Amour qui a donné aux hommes, dans le mystère de la vie de Jésus, la vé­rité de toute vie et la vie par la Vérité. Si d’autres services peuvent être rendus au nom de la seule justice, le témoignage de la vérité chrétienne ne peut être rendu que par amour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la charité de la vérité conduit-elle, par le progrès de sa requête intime, non seulement à dire vrai ou à vivre vrai, mais encore à faire aux hommes la charité d’être vrai, à la ma­nière dont le Verbe incarné manifesta l’amour de Dieu en se montrant parmi nous «&amp;amp;nbsp;plein de grâce et de vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;Jean 1, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, en étant la «&amp;amp;nbsp;Vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 6. Je suis la Voie, la Vérité, la Vie.&amp;lt;/ref&amp;gt; «&amp;amp;nbsp;venue rendre témoignage à la véri­té&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;Jean 18, 37. « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 8, 38. « Ce que j'ai vu auprès du Père, je le dis. »(Cf. Jean 1, 18.)&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est l’idéal. Nous ne pouvons le bien comprendre qu’en observant comment Dieu Lui-même en a assuré la réali­sation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Être vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a préparé, longuement, l’homme à Le recevoir, Lui la Vérité. La récitation des psaumes rend familière l’association des deux mots ''misericordia'' et ''veritas&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;''Ps. 24, 10. Tous les sentiers de Yahweh sont miséricorde et fidélité, pour ceux qui gardent son alliance et ses commande­ments.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 88, 15. La justice et l'équité sont le fondement de ton trône ; la bonté et la fidélité se tiennent devant ta face.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 107, 5. Car ta bonté s'élève au-dessus des cieux et ta fidélité jusqu'aux nues.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Michée 7, 20. Vous ferez voir à Job votre fidélité, à Abraham la miséricorde, que vous avez jurée à nos pères dès les jours anciens.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tob. 3, 2 &amp;lt;nowiki&amp;gt;[Tobie] : Vous êtes juste Seigneur; justes sont tous vos jugements, et toutes vos voies sont miséricorde, vérité et justice.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 39, 12. Toi Yahweh, ne me ferme pas tes miséricordes que ta vérité et ta bonté me gardent toujours.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 56. 4. Dieu m'enverra du ciel le salut : Dieu enverra sa bonté et sa vérité.''&amp;lt;/ref&amp;gt;, qu’ils soient attribués à Dieu Lui-même, ou bien qu’ils décrivent le comportement des justes sous le regard de Dieu. N’a-t-on pas discerné, en cette habituelle concordance, la manifestation originelle de la «&amp;amp;nbsp;charité de la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;? L’Alliance de Dieu avec son peuple ne fut-elle pas scellée par la communication d’une loi&amp;amp;nbsp;? Or on ne saurait voir en celle-ci seulement un ensemble de commandements, ni réduire celle-là à un pacte juridique&amp;amp;nbsp;; l’Alliance est la pre­mière initiative d’un amour qui ira s’épanouissant jusqu’à l’éco­nomie nouvelle, et la loi c’est la première initiation aux rudi­ments indispensables d’une vérité oubliée ou encore ignorée. ''Misericordia'' ''et veritas'', les psaumes ne font qu’exprimer une réalité déjà vécue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous découvrons ainsi, dans toute son ampleur divine et hu­maine, la charité de la vérité. Donner aux autres le pain de la vérité, par ce qu’on dit, par ce qu’on vit, par ce qu’on est, c’est être fidèle à l’engagement d’autant plus profond qu’il est moins exprimable, et qui nous lie aux autres parce qu’à Dieu. La fidélité lucide à la condition propre est, pour chacun, l’expression ha­bituelle de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;; c’est même cette forme hum­ble et concrète qui réussit au mieux à communiquer la vérité aux autres, en la leur suggérant par une persuasion aussi mystérieuse qu’incoercible. C’est qu’en effet cette forme de la fidélité est l’image de celle de Dieu. Il fait, Lui le premier si l’on ose dire, Son «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;», Celui qu’Il S’est choisi aimer, pardonner, instruire. Et si Dieu rencontre blasphème, ingratitude, fer­meture d’esprit, Il demeure Miséricorde prévenante et condes­cendante Lumière. Ainsi l’homme sait-il rencontrer, non un Dieu double, comme le sont tous les hommes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;Ps. 115, 1 ; Rom. 3, 4 Omnis homo mendax.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais un Dieu vrai&amp;amp;nbsp;: le vrai Dieu, qui donne la plus précieuse des oboles, celle de la vérité concrètement existante, vivante, agissante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallait sans doute que Dieu Lui-même Se fît patiemment persuasion, pour amener l’homme à découvrir, entre ''misericordia'' et ''veritas'', une mystérieuse coordination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fidélité de Dieu à l’égard de l’homme se traduit d’abord par une exigence de sincérité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Soyez vrais parce que je suis vrai.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;Nous pouvons transporter de cette façon les invitations si hardies : Lévit. 11, 44 ; 19, 2. Soyez saints parce que je suis saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Matt. 4, 48. Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.&amp;lt;/ref&amp;gt; La vie humaine appelle, comme sa justification, une plénitude immanente&amp;amp;nbsp;: celle de la vie divine gratuitement com­muniquée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;Telle est, en substance, l'interprétation que propose S. Au­gustin du verset Ps. 84, 12. La vérité germera de la terre et la justice regardera du haut du ciel.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Or elle ne s’ouvre à la Miséricorde qu’en se conformant à la Vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En retour, les liens affectifs fondés sur la communauté de la destinée, voire de la race, entraînent un devoir de mutuelle sincérité. Le mensonge n’est pas toujours stigmatisé en Israël quand il s’exerce, au bénéfice de la cause commune, vis-à-vis des étrangers&amp;amp;nbsp;; tandis qu’il est considéré absolument comme une faute entre Israélites. Cette disparité quant à l’appréciation mo­rale ne doit évidemment pas être retenue, mais elle était, en son temps, éducatrice. Elle signifiait précisément que fraternité et vérité relèvent d’une même mesure&amp;amp;nbsp;: c’est parce que les membres du peuple élu ont le même sens et le même culte du même Dieu vrai que toute altération de la vérité est tenue, entre eux, pour une faute contre Dieu Lui-même. La mésestime collective ou officielle de la vérité est moins un manquement à la justice qui ruine le fondement des échanges humains, qu’elle n’est le symp­tôme de la décadence morale et de la déchéance religieuse. Si Pilate avait respecté la vérité, il n’eût pas livré Celui qui est la Vérité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean 18, 37‑38. [Jésus] : « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : pour rendre témoignage à la vérité&amp;amp;nbsp;: quiconque est de la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit&amp;amp;nbsp;: « Qu'est-ce que la vérité ? » Ayant dit cela, il sortit de nouveau Pour aller vers les Juifs et il leur dit : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui... ».&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité de la vérité, telle qu’elle doit jouer entre les en­fants d’un même Père, se trouve donc en germe dans l’ancienne Alliance. Il en est un autre aspect, divin celui-là, que la miséri­cordieuse fidélité de Dieu a patiemment inculqué à l’homme. La miséricorde est comme un climat toujours identique. C’est Dieu qui le crée. Les relations humaines doivent donc s’y déployer, tout comme les initiatives divines à l’égard de l’homme. Et comme la Miséricorde est fondée dans la Vérité, la fidélité de Dieu assure la médiation entre la vérité que l’homme doit mettre dans sa vie et cette autre Vérité, propre à Dieu, cette vérité de Dieu «&amp;amp;nbsp;qui atteint jusqu’aux nues&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;Ps. 35, 6 ; Ps. 56, 11. Car ta fidélité atteint jusqu'aux cieux, et ta vérité jusqu'aux nues.&amp;lt;/ref&amp;gt; et qui «&amp;amp;nbsp;subsiste à jamais&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;Ps. 116, 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le lien organique entre la communication que Dieu fait de Lui-même, par Miséricorde, et les comportements concrets que dicte à l’homme la même Miséricorde. Ceux-ci sont vérité, en celle-là qui est Vérité. La première Miséricorde consista d’ailleurs en la communication de la Vérité, par dessus tout de cette vérité qui par sa nature engageait Dieu Lui-même&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Yahveh est le seul vrai Dieu.&amp;amp;nbsp;» C’est pourquoi, sans cette trame subsistante qu’est la charité de la vérité, tout ce que peuvent dessiner les autres formes de la charité est voué à s’estomper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le message de la loi nouvelle nous permettra de saisir pour­quoi on doit, et comment on peut, au nom de l’Amour, dire vrai, vivre vrai, être vrai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==IIème Partie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot charité est si chargé d’images que son contenu spi­rituel risque de s’en trouver caché. Trop souvent charité équi­vaut à «&amp;amp;nbsp;faire la charité&amp;amp;nbsp;», à «&amp;amp;nbsp;donner quelque chose&amp;amp;nbsp;». Or ce «&amp;amp;nbsp;quelque chose&amp;amp;nbsp;» est le signe - et devient une cause supplé­mentaire - de l’extériorité qui existe entre ceux qui s’aiment, extériorité que l’amour voudrait justement annuler. S’engager dans cette voie serait oublier le sens tout spirituel de la charité, de la charitas veritatis. Celle-ci consiste bien à «&amp;amp;nbsp;donner&amp;amp;nbsp;», mais le don est si éminent qu’il ne peut procéder que de Dieu&amp;amp;nbsp;; il pénètre si intimement l’esprit, le cœur, l’être, que cette zone, hors d’atteinte de toute puissance créée, est réservée à Dieu. On ne peut donner la vérité - celle, du moins, qui concerne la vie et l’être - qu’en vertu de l’acte même par lequel on la reçoit. Autrement dit, un amour naturel ne suffit pas pour porter effica­cement à autrui une certaine qualité de vérité. Il faut, pour ce faire, bénéficier d’un potentiel divin qu’assure le seul amour qui nous fait un avec Dieu, la charité. La sublime obole de la charité ne peut être matérialisée, elle n’a de sens qu’insérée dans l’amour dont Dieu Seul est la Source.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, de cela, une importante conséquence. La charité, qui vient de Dieu, ne fait pas acception de personnes. Mon premier prochain, c’est moi-même&amp;amp;nbsp;: je ne peux donc pas ne pas m’aimer moi-même de cet indivisible amour dont j’aime Dieu et le prochain. Et parce que le don de la vérité est entièrement inclus dans l’amour, parce qu’il ne peut l’alourdir d’aucune extériorité, parce qu’il est en quelque sorte immanent à cet amour, il est partout où se porte cet amour, il est en moi. C’est d’abord vis-à­-vis de moi-même que je dois exercer la charité de la vérité, à moins d’être dans l’illusion sur la nature du sentiment qui m’in­cline à donner la vérité aux autres. Ici, charité qui ne commen­cerait pas par soi-même, ne serait pas du tout charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer la vérité c’est vouloir, pour les autres, la leur donner, pour soi, la recevoir&amp;amp;nbsp;: deux incidences d’un même acte, par nous participé, celui de l’amour, inclusif de vérité. Faire la charité de la vérité c’est donc premièrement et essentiellement&amp;amp;nbsp; la recevoir. Dieu donne, par amour, la vérité à tous&amp;amp;nbsp;: à autrui, à moi, à moi par autrui et à autrui par moi. Dans la mesure, et au degré où je reçois, je puis donner. Et s’il est possible de tricher sur la parole - on peut dire, de la vérité, un peu plus qu’on a compris - il est très difficile de faire vivre de la vérité plus qu’on en vit soi-même, et tout à fait impossible de donner aux autres d’être vrais plus qu’on est vrai soi-même&amp;amp;nbsp;: on ne triche pas avec l’être. A ce degré, c’est Dieu qui est con­cerné. Lui, et Lui seul, mesure l’équation de chaque être avec lui-même, c’est-à-dire la vérité de chaque être&amp;amp;nbsp;; Lui et Lui seul fonde les relations mystérieuses en vertu desquelles ses créatu­res se conditionnent mutuellement dans leur être-vrai, du fait qu’elles communient toutes en Lui, qui est la Vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A chaque étape de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;: dire, vivre, être, se retrouve au sein du même amour la même fondamentale réciprocité, entre le don reçu et le don communiqué. Procédons à l’observer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dire vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient, pour dire vrai, d’être disposé à ''recevoir la ''vérité&amp;amp;nbsp;; cette vérité qui est règle de vie et devient progressive­ment l’être même. Il faut interroger Dieu, et savoir attendre la réponse. Pilate demande bien à Jésus&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;qu’est-ce que la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot; /&amp;gt;, mais tourne les talons. Il retourne à sa préoccupa­tion, qui était, d’ailleurs, de défendre Jésus&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;Jean 18, 39. Mais c'est la coutume qu'à la fête de pâque je vous délivre quelqu'un. Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean 19, 12. Dès ce moment, Pilate cherchait à le délivrer, [Après avoir affirmé à plusieurs reprises : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui. » (18, 38 ; 19, 4, 6.)]&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais comme il le défend mal&amp;amp;nbsp;: en se lavant les mains&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;Matt. 27, 24‑25. Or, Pilate, voyant qu'il n'avançait à rien mais que plutôt le tumulte augmentait, prenant de l'eau, se lava les mains en présence de la foule en disant « Je suis innocent de ce sang : à vous de voir ». Tout le peuple répondit : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;. Eût-il attendu, puis écouté la réponse, le sang du Juste n’eût peut-être pas été appelé sur les Juifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui n’écoute pas Dieu, qui se porte trop vite vers d’autres foyers de vérité sans attendre les réponses de Dieu qui seules sont décisives, celui-là se met hors de la charité de la vérité. Car l’attente ne peut être soutenue que par un amour&amp;amp;nbsp;: amour qui n’est point facultatif - faute de l’avoir, on risque fort de&amp;amp;nbsp;se perdre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;II Thess. 2, 9‑10. Son avènement à lui [l'impie] se produira par l'action de Satan, parmi toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges menteurs, et parmi toutes les séductions de l'iniquité pour ceux qui se perdent faute d'avoir accueilli l'amour de la vérité (caritas veritatis) qui les sauverait.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt; -, amour qui devient opérant par la vérité, c’est-à-dire qui devient inclusif de vérité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 13, 6. La charité se réjouit de la vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La joie étant conscience d'être, la charité contient elle-même la vérité dont elle se réjouit. La charité communique la vérité, enveloppée de joie.&amp;lt;/ref&amp;gt; avant de s’appliquer à communiquer&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;Ps. 50, 8. Voici que tu aimes la vérité, et que tu m'as com­muniqué le mystère de ta sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II Cor. 4, 13. J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette disposition première, désir sincère, et docilité humble, est la racine cachée de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;: c’est d’elle que jaillit toute la sève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dire vrai, et par le fait même diffuser autour de soi une certaine limpidité mentale à la faveur de laquelle les réflexes autocritiques sains se développent spontanément, est le premier service de la charité de la vérité. Il suppose que nous sachions nous laisser «&amp;amp;nbsp;instruire par le Christ, selon que la vérité se trouve en Jésus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;Eph. 4, 20‑21. Mais ce n'est pas ainsi que vous avez appris le Christ, si vraiment vous l'avez entendu et si vous avez été instruits par lui, selon que la vérité se trouve en Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Car il n’y a qu’une parole qui purifie ceux qui l’entendent&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;Jean 15, 3. Déjà vous êtes purs à cause de la parole que je vous ai annoncée.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: elle ne sera opérante par nous que si nous la faisons nôtre en l’écoutant. Cela ne veut pas dire que nous la répéterons. Qui donc pourrait y prétendre&amp;amp;nbsp;? Cela signifie simplement que le sens de la vérité, dont la Parole est en un sens le sacrement, inspirera spontanément en nous les vigilances ou les non-advertances, les sévérités ou les indulgences, les fermetés ou les sourires qui contribueront à faire de la vérité un besoin irrésistible pour ceux qui nous entourent&amp;amp;nbsp;: chacun com­prenant à sa mesure le mystérieux message qui inclinera celui-ci à éviter le mensonge, et tel autre à une sincérité totale sous le regard de Dieu. Tous seront purs, chacun à son degré, dans le moment où la Parole, présente en nous, leur sera, peut-être grâce à nous, communiquée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut recevoir pour donner. Mais il ne suffit pas de recevoir. L’acte indivisible de l’Amour, dans lequel le don reçu est aussi le don donné, saisit simultanément Dieu, le prochain et nous­-mêmes. Il établit entre le prochain et nous-mêmes une relation que fonde l’Amour dont nous sommes aimés l’un et l’autre. Et nous ne serions pas authentiquement en cet amour, à ce degré où il faut l’être pour que soit conférée à la vérité une communi­cabilité efficace, si nous pensions pouvoir donner de Dieu au&amp;amp;nbsp;prochain sans être disposés à recevoir de Dieu par le prochain. Il faut accepter nos vérités du prochain&amp;amp;nbsp;; il n’y a en effet qu’une vérité, et qu’un amour de cette vérité, ou bien mensonge et illusion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le signe est crucial&amp;amp;nbsp;: avoir la charité de la vérité dans son absolu irrésistible, c’est savoir accueillir toute vérité, en parti­culier sur soi-même, d’où qu’elle vienne. Nous devons aimer cette vérité de nous-même que nous livre le prochain&amp;amp;nbsp;; il est si perspicace quand il nous demande l’héroïsme, car il ne fait souvent qu’appliquer une logique dont nous redoutions la rigueur. Accepter ce message des autres, apporte double bénéfice. D’abord la lumière sur nous-même&amp;amp;nbsp;: Dieu, qui accueille toutes les prières, peut aussi nous parler par toutes les lèvres. Nous, qui avons tant besoin, quand nous prions, de croire au premier point, croyons aussi le second. Puis, cette acceptation nous ou­vre les autres&amp;amp;nbsp;: ils nous savent gré de respecter l’exigence la plus primitive de la charité de la vérité - don reçu, don donné dans un seul amour -. Les non-chrétiens, mêmes s’ils ne croient plus à la vérité, perçoivent avec raison que nous devons y croire assez pour ne vouloir triompher que par elle, et donc répudier aussi bien l’hypocrisie aveugle qu’une certaine diplo­matie de la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Vivre vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;Matt. 5, 16.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils que donne Jésus sur la manière de prier&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;Matt. 6, 6‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;, les reproches si véhéments qu’Il adresse au pharisaïsme, ne lais­sent aucun doute sur la portée de ce conseil. Pas d’ostentation, pas d’»&amp;amp;nbsp;édification&amp;amp;nbsp;», pas de calcul. Si une vie est vraie, elle ne peut pas ne pas rayonner. Celui qui met en pratique les lois du Royaume, à savoir les béatitudes, est la «&amp;amp;nbsp;lumière du monde&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;Matt. 5,14. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne doit pas se cacher. Et ceux qui l’entourent, sensibles à la qualité de lumière qui émane de lui, remonteront jusqu’à la Source&amp;amp;nbsp;: Dieu, «&amp;amp;nbsp;Lui qui nous a appelés dans son admirable Lumière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;1 Pet. 2, 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Transfiguration opérée dans une vie humaine par le don de Dieu&amp;amp;nbsp;: le chrétien doit à tous, cette vérité qu’il est seul à même de donner. Il ne s’agit d’ailleurs pas&amp;amp;nbsp;seulement de justice, mais d’amour. Quand Dieu nous introduit dans son Royaume, Il nous donne d’emblée plus que nous ne pouvions attendre et comprendre. C’est bien dans son amour que nous devons présenter aux autres la persuasion de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous attendre d’eux, en retour, pareil service&amp;amp;nbsp;? Oui, s’i1 s’agit de nos frères chrétiens. Mais non de ceux qui, n’ayant pas en eux la vérité de Dieu et l’amour de Dieu, ne peuvent laisser filtrer jusqu’à nous cette lumière sans pareille qui est comme un resplendissement du secret de la face du Père. Beaucoup peuvent être sincères et accomplir de grandes choses, mais ne s’élèvera-t-il pas de «&amp;amp;nbsp;faux Christ et de faux prophètes, et ils feront de grands prodiges et des choses extraordinaires, jusqu’à séduire s’il se pouvait les élus eux-mêmes&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;Matt. 24, 24.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sincérité peut être au service de l’erreur&amp;amp;nbsp;: elle excuse ceux qui se trompent de bonne foi&amp;amp;nbsp;; mais rien n’excuse la séduction en ceux qui, possesseurs de la vérité, doivent appeler l’erreur par son nom&amp;amp;nbsp;: c’est, nous l’avons vu, la première forme de la charité de la vérité. Ne laissons donc pas l’idéal chrétien se contaminer par une osmose, d’abord imperceptible, qui finirait par noyer dans un humanisme immédiatement tangible les valeurs surnaturelles que Dieu seul peut dispenser gratuite­ment. Ne cherchons pas à conjurer par un illusoire apprivoise­ment ces sortes de démons «&amp;amp;nbsp;qui ne peuvent se chasser que par le jeûne et par la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;Matt. 17, 20.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’erreur et la facilité pactisent secrètement contre les enfants de lumière. Le danger n’est pas moindre en vie collective qu’en vie individuelle&amp;amp;nbsp;; et, s’il sévit surtout dans le monde, il peut aussi visiter les cloîtres par le truchement de conceptions de la vie humaine assez étrangères aux perspectives évangéliques. En ce qui concerne la vérité et le rayonnement de la vie, le chrétien doit apporter davantage, et doit savoir qu’il a moins à recevoir des non-chrétiens. La cha­rité de la vérité demeure, à ce point de vue, partiellement unila­térale&amp;amp;nbsp;; cela résulte, inéluctablement, de ce que la grâce est don gratuit, et pareillement la foi. Certes, ce n’est pas en tout chrétien que la lumière brille au point de susciter discrètement et irré­sistiblement la louange qui remonte vers le Père&amp;amp;nbsp;; mais ce n’est pas une raison pour oublier, ni que cette lumière-là et elle seule est la parure des saints, ni qu’il n’y a pas de sainteté laïque, ni que la sainteté devient un mythe si on résorbe Dieu, en une immanence si indéfiniment accueillante et si misérable, dans sa prétendue infinitude qu’on est tout près d’oublier qu’on, ne peut aimer Dieu si, en même temps, on ne L’adore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charitas veritatis&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Lorsque le Fils de l’Homme viendra trouvera-t-il la foi sur terre&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;Luc 18, 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La pureté divine des&amp;amp;nbsp;valeurs que la foi devrait envelopper et conserver sur terre n’aura-t-elle pas sombré dans l’universelle séduction&amp;amp;nbsp;? Tel est l’enjeu qui est déposé dans notre cœur et dans notre esprit&amp;amp;nbsp;: assurer à la vérité qui vient de Dieu la seule permanence qu’elle puisse revêtir en ce monde, par notre vie et dans notre vie, ''testimonium'' ''fidei''. Et faire ainsi, par l’amour de Dieu qui la dispense, par l’amour de nos frères qui l’attendent&amp;amp;nbsp;: une seule et même charité de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On demandera sans doute&amp;amp;nbsp;: que faut-il faire&amp;amp;nbsp;? Rien peut-être que déjà nous ne fassions. La charité de la vérité est trop ori­ginelle pour avoir ses œuvres propres. Elle consiste à vivre, en un certain esprit, l’amour divin. La précision la plus nuancée et la plus exacte nous est donnée par Jésus lui-même. Il apporte sur terre un certain reflet que lui-même n’y retrouve nulle part. il vient «&amp;amp;nbsp;rendre témoignage à la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot; /&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; or ce témoi­gnage, qui «&amp;amp;nbsp;ne fait acceptation de personne&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Marc 12, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, comporte bien un «&amp;amp;nbsp;jugement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Jean 5, 22. Le Père même ne juge personne, mais il a donné au Fils le jugement tout entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; au sujet des réalités de la terre, au sujet de la vérité concrétisée sur terre&amp;amp;nbsp;; mais il consiste d’abord en ceci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce que j’ai vu auprès de mon Père, je le dis&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Jean 8, 38. Cf. 1, 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toute l’œuvre de Jésus procède du Père, est orientée vers le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;Jean 6, 38. Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui m'a envoyé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 5, 37 ; 8, 18. Le Père lui-même témoigne de moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 8, .50. Pour moi, je n'ai pas souci de ma propre gloire : il est quelqu'un qui en prend soin et qui fera justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 17, 5. Père rends-moi la gloire que j'avais auprès de toi, avant que le monde fût.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces quelques versets, entre bien d'autres, rappellent que Jésus se réfère constamment au Père, comme Principe, comme Témoin, comme Terme.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; elle montre le Père, à tel point que, Philippe deman­dant&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Seigneur, montrez-nous le Père et cela nous suffit&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Jésus répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Celui qui m’a vu, a vu aussi le Père&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie du chrétien doit, elle aussi, désigner Dieu&amp;amp;nbsp;; plutôt que s’appliquer à mettre en valeur un homme multidimensionnel, révélation des temps nouveaux, si enfiévré à ne rien laisser perdre de soi qu’il devient imperméable à la véritable Sagesse&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Rechercher ''premièrement ''le royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;Matt. 6. 33.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut certes pas changer en préoccupation scrupuleuse de ne point excéder&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;La foi doit ôter toute timidité puisqu'elle donne de faire des œuvres qui surpassent celles de Jésus lui-même (Jean 14, 12).&amp;lt;/ref&amp;gt;, ce qui doit être occupation soucieuse de l’essentiel. Mais la vérité primordiale c’est que le chrétien vit de Dieu, et que le point d’application de son effort doit être de développer la «&amp;amp;nbsp;tendance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;Ainsi aimait à s'exprimer la bienheureuse Marie de l'Incar­nation.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont il reçoit la grâce. Alors il montrera Dieu, comme Jésus montrait son Père&amp;amp;nbsp;: avec le même naturel. On rayonne par sa vie ce dont précisément on vit. Plus profondément on réalise, par ce que l’on est, cela même en fonction de quoi l’on est&amp;amp;nbsp;; Jésus tient lieu du Père auprès de ses disciples, parce que tout son être est d’être du Père. Il ''est ''plus véritablement la Vérité qu’Il ne le dit ou ne le vit, et c’est cela même qu’il vient offrir à ceux qui l’entourent. Cette forme ultime de la charité n’appartient-elle pas aussi au chrétien&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ce qu’il nous reste à examiner brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Être vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’amour de Dieu consiste en ce qu’Il a envoyé son Fils - le Fils qui procède du Père selon la Vérité - comme victime de propitiation pour nos péchés10. Cette mission visible est le principe efficace d’une mission invisible qui se poursuit dans les âmes. Invisible ou visible, cette communication de Dieu épouse les mêmes modes&amp;amp;nbsp;: par amour - selon la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sanctifiez-les dans la vérité&amp;amp;nbsp;: votre parole est vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;Jean 17, 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;, dit Jésus à son Père. Le principe immédiat de cette sanctification, c’est l’Esprit-Saint. «&amp;amp;nbsp;Esprit de Jésus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;Jean 16, 14 ; Philip. 1, 19. ‑ Dans les Actes : Baptême dans l'Esprit Saint équivaut à Baptême de Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de vérité, qui procède du Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;Jean 15, 26‑27 ; Matt. 10, 20 ; Rom. 8, 9‑11.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit qui est la Vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;1 Jean 5, 6. Et c'est l'Esprit qui rend témoignage, parce que l'Esprit est la Vérité.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de Vérité qui guide dans toute la véri­té&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;Jean 16, 13.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne s’agit plus ici d’une rectitude parlée ou vécue, mais de cette «&amp;amp;nbsp;vérité qui transcende les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot; /&amp;gt;, qui «&amp;amp;nbsp;de­meure éternellement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot; /&amp;gt;, qui est Dieu même. Exercée par Dieu, la charité devient le don ultime en quoi consiste la vision béatifiante. Ce don est réservé à Dieu&amp;amp;nbsp;; nous ne devons ni l’attendre d’autre que Lui, ni penser intervenir à l’intime de la communication que Dieu en fait à autrui. La charité de la&amp;amp;nbsp;vérité se résout ici en une réceptivité docile et diligente, dont l’Esprit de Vérité demeure à chaque instant la seule mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, notre fidélité à accueillir le don de la Vérité ne relève pas moins de l’amour du prochain que de l’amour de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun, il est vrai, porte la responsabilité de ses actes. On ne doit plus dire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des fils en sont agacées. Mais chacun mourra pour son iniquité&amp;amp;nbsp;; tout homme qui mangera des raisins verts, ses dents en seront agacées&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;Jer. 31, 29.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mes refus n’entraîneraient pas que Dieu se refuse à autrui. En retour, autrui ne bénéficie pas de ce dont je refuse de bénéficier&amp;amp;nbsp;; la sanctification par la vérité est en profonde conformité avec la communicabilité qui est propre à la vérité. En quoi on reconnaît une œuvre éminente de la Sagesse divine. La contempler contribue, de surcroît, à fixer l’esprit dans la Vérité qui est source de toute vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a plus. La grâce de vérité nous venant en fait par l’Humanité du Christ, et celle-ci étant une réalité créée, il s’établit de nous à elle une certaine réciprocité. L’Humanité sainte est, ''en tant que principe de communication'', condition­née par notre propre réceptivité&amp;amp;nbsp;; à la manière dont la parole de l’orateur se trouve, du fait même du contact avec l’audi­toire, constituée en un état de communicabilité qui n’en affecte pas la teneur objective, mais qui n’en dérive pas non plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui écoutent une parole au point de mettre tout leur être en accord avec elle suscitent, dans cette parole, des har­moniques qui la rendent intrinsèquement plus pénétrante, qui lui confèrent une exigence de communicabilité à laquelle doivent bientôt se rendre ceux qui d’abord n’écoutaient qu’avec moins de profondeur, ou moins de docilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Semblablement, recevoir la Parole de Vérité c’est, par la médiation de cette Parole elle-même, assurer la même grâce aux autres. La Vérité, incarnée dans le Christ, réfléchit en elle-­même la profondeur à laquelle elle pénètre. Elle acquiert, par des modalités temporelles muées en un état éternel, une péné­trabilité qui requiert par sa nature même d’être réalisée dans le temps. Que Judas ait refusé la grâce de repentir et de conversion enveloppée dans le regard et la parole de Jésus n’ôte évidemment rien aux virtualités infinies contenues pour chacun de nous dans l’éternelle Vérité. Mais que les Samari­tains aient eu conscience de parvenir à une foi plus pure en s’attachant à Jésus lui-même, plutôt qu’en accueillant le témoignage de leur compatriote&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;Jean 4,42. ‑ S. Thomas, dans son beau commentaire, montre que le progrès de la foi est lié à ce fait que Dieu opère dans l'âme d'une manière plus immédiate&amp;amp;nbsp;: l'action divine apparaît elle-même, et non plus voilée dans la médiation des signes.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: voilà qui a découvert, et qui premièrement a réalisé, l’une des possibilités sanctificatrices de la Vérité. Réalisation et manifestation qui inaugurées il y a vingt siècles, demeurent opérantes en notre durée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Conclusion==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a donc une charité de la vérité, d’autant plus imma­nente à la participation de la Vérité que cette participation est plus profonde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous faisons de la Vérité la règle de nos paroles et de nos pensées, nous induisons les autres à la sincérité sans laquelle il n’y a pas de vie possible avec Dieu&amp;amp;nbsp;; mais nous devons, en retour, être prêts à accueillir, d’où qu’il vienne, le service d’entendre nos vérités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous prenons la Vérité comme mesure permanente de notre vie, nous faisons luire une lumière purifiante et con­vertissante. Nous devons en même temps discerner, dans ses plus subtiles infiltrations, la séduisante facilité qui résout Dieu en un surhomme, ou qui substitue la sagesse de la raison à la folie de la Croix, la vérité «&amp;amp;nbsp;diminuée par les hommes&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;Ps. 11, 2. Quoniam diminutae sunt veritates a filiis hominum.&amp;lt;/ref&amp;gt; à la Vérité de Dieu. Il y a une trahison des chrétiens, comme il y a une fidélité des chrétiens. Eux seuls connaissent le secret, eux seuls possèdent la source&amp;amp;nbsp;; eux seuls peuvent aller à un certain degré, dans la fidélité comme dans la trahison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si enfin nous accueillons la Vérité, non plus seulement comme mesure d’une vie qui procéderait de nous, mais selon un mode plus mystérieusement intime, comme nous refor­mant à la source de nous-même, cette Vérité devient un prin­cipe opérant et transformant&amp;amp;nbsp;: elle nous fait vrais nous-même en nous mettant en équation avec elle, elle nous fait exercer .la charité de la vérité par l’acte qui établit en état de communicabilité permanente ce qui était, en elle, seulement communicable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons marqué à grands traits le cheminement concret de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;; nous en avons ensuite indiqué le fondement théologal. Faut-il rappeler en terminant que ces deux points de vue doivent être tenus ensemble, si on ne veut, ni qu’une ascèse sans envol s’effrite en recettes, ni qu’une mystique sans contrôle s’exténue en abstractions. Le plus humble de nos actes est toujours justiciable de la plus haute inspiration&amp;amp;nbsp;: la vérité ne subsiste que dans la Vérité, comme l’humanité de Jésus dans le Verbe incréé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la temporalité de l’agir nous est-elle donnée pour que nous en saisissions la véritable substance&amp;amp;nbsp;: l’Acte éternel. Ainsi la Loi fut-elle donnée aux Juifs pour qu’en l’écrivant par la vérité de leur vie, ils reconnaissent le doigt de Dieu. Ainsi Jésus est-il donné aux hommes afin qu’ils atteignent, chacun pour soi, chacun pour ses frères, le Verbe de Vérité&amp;amp;nbsp;: charitas veritatis in Deo et in nobis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_Charit%C3%A9_de_la_v%C3%A9rit%C3%A9&amp;diff=1715</id>
		<title>La Charité de la vérité</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_Charit%C3%A9_de_la_v%C3%A9rit%C3%A9&amp;diff=1715"/>
				<updated>2011-04-06T13:55:03Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* Caritas veritatis */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = P. Guérard des Lauriers, O.P. &lt;br /&gt;
| source = Revue ''Itinéraires'', n°155, pp. 217-234&lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = Juin 1956&lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦♦ Moyen &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|- &lt;br /&gt;
| &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
= Caritas veritatis =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité est une, et cependant, «&amp;amp;nbsp;lien de perfection&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Col. 3, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, elle revêt des formes multiples&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 16, 24. Ma charité est avec vous tous dans le Christ Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La charité est Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;1 Jean 4, 16.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et elle est aussi Dieu en nous&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Rom. 5, 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Contraste familier à qui scrute l’insertion de l’Incréé dans le créé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même charité stimule la contemplation et inspire l’ascèse, porte remède à toute l’indigence humaine et verse au fond de l’âme un baume mystérieux. Immense et belle fresque, dont peut jouir tout chrétien, pourvu qu’il sache ouvrir les yeux, dans le coin de terre où Dieu l’a fait naître. La charité de la vérité n’en est qu’un motif, dont nous n’examinerons qu’un aspect...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La charité de la vérité, dit S. Augustin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Otium sanctum quaerit charitas veritatis ; negotium justum suscipit necessitas charitatis. De Civ. Dei 19, 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;, recherche un saint loisir&amp;amp;nbsp;; la nécessité de la charité supporte de servir avec équité&amp;amp;nbsp;». S. Augustin parlait d’expérience&amp;amp;nbsp;: c’est au prix d’un long et coûteux effort que, «&amp;amp;nbsp;prêtre du premier ordre&amp;amp;nbsp;» ne crai­gnant pas pour autant de réfuter les hérétiques, il réussit à com­poser le De Trinitate, c’est-à-dire en l’occurrence, à installer la «&amp;amp;nbsp;caritas veritatis&amp;amp;nbsp;» au cœur de la «&amp;amp;nbsp;necessitas caritatis&amp;amp;nbsp;». Scruter la vérité pour elle-même n’est pas prendre en charge d’une manière immédiate les besoins de ses frères&amp;amp;nbsp;: le poêle de Descartes n’est pas une officine de philanthropie. La vérité est cependant un pain dont tous ont besoin&amp;amp;nbsp;: le rompre est une œuvre éminente de charité, plus encore s’il s’agit des vérités qui concernent le Bien ultime de l’homme. Il revient au seul christianisme de résoudre, en une sagesse ineffable, l’apparente an­tinomie entre «&amp;amp;nbsp;caritas veritatis&amp;amp;nbsp;» et «&amp;amp;nbsp;necessitas caritatis&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous envisagerons ici une communication de la vérité ins­pirée par l’amour de Dieu - d’où charité de la vérité -&amp;amp;nbsp;: mais il s’agira d’une vérité plus immédiate et plus universelle, plus simple et plus profonde, plus familière et plus difficile à attein­dre que la vérité élaborée par l’esprit&amp;amp;nbsp;: il s’agira de la vérité de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les formes élémentaires - dire vrai, vivre vrai, être vrai -que revêt la charité de la vérité, en constituent le climat plutôt que la substance&amp;amp;nbsp;; car, si l’amour les inspire, la justice ne laisse pas de les impérer. Nous en présenterons d’abord une triangu­lation, nous en examinerons ensuite le fondement dans la Révé­lation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Ier Partie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dire vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire vrai&amp;amp;nbsp;», c’est d’abord ne pas mentir. Règle simple, et juste&amp;amp;nbsp;; car, mentir, c’est retourner contre le prochain le droit qu’a tout homme à un échange spirituel avec ses semblables. «&amp;amp;nbsp;Dire vrai&amp;amp;nbsp;», c’est également, et c’est plus délicat, sérier les cas dans lesquels il convient de dire ou de taire la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’amour d’amitié, chacun veut et son bien propre et le bien de Celui qu’il aime. Le premier de ces biens est la vérité de la vie, dans son engagement extérieur comme dans sa rectification intime. Je me dois à moi-même la vérité, et mon ami la tient pour son propre bien parce qu’elle est mon bien. Je la lui dois donc au nom de l’amitié, qui postule l’unité du désir et celle du bien, aimé en commun. Cela n’entraîne pas qu’on doive tou­jours tout dire&amp;amp;nbsp;; il suffit, pour l’ordinaire, d’être prêt à commu­niquer. La communication effective constitue cependant une exigence plus urgente quand il s’agit de la vie intime, laquelle se déroule au degré même d’intériorité d’où procède l’amitié&amp;amp;nbsp;; il y a des confidences qu’on ne refuse pas sans trahir, et bientôt sans détruire, l’amour qui les exigeait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout cela, ce qui importe, c’est le fait même de la commu­nication, le don, non l’objet du don&amp;amp;nbsp;; car la vérité que je dis peut, de soi, être personnellement indifférente à l’ami&amp;amp;nbsp;; ainsi lorsqu’il s’agit d’une chose qui n’est sienne que parce qu’elle est mienne. Mais il peut s’agir aussi d’un bien qui est en propre le bien de celui que j’aime&amp;amp;nbsp;; et même du bien dont, par excellence, il a besoin&amp;amp;nbsp;: savoir, la vérité concernant la rectification morale per­sonnelle. Dire cette vérité, c’est exercer la correction fraternelle. Deux conditions sont pour cela requises&amp;amp;nbsp;: être en situation pour juger juste, estimer probable l’amendement suggéré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce service se pratique spontanément entre ceux qu’unit une charité fervente. Mais il ne faut pas le limiter à des groupes par­ticuliers&amp;amp;nbsp;: il a sa forme héroïque, mais aussi sa forme commune, spontanée, sur laquelle il convient de réfléchir. Quand il ne sied point de dire la vérité, on peut la suggérer. On doit, pour le moins, éviter tout ce qui pourrait induire autrui en erreur&amp;amp;nbsp;; notamment la flatterie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Ps. 11, 2. Les fidèles disparaissent d'entre les enfants des hommes. On se dit des mensonges les uns aux autres; on parle avec des lèvres flatteuses et un cœur double.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ou même simplement les éloges trop fréquents susceptibles de porter celui qui les reçoit à une funeste surestime de soi-même. Ce comportement servile est souvent dic­té par la cupidité, par l’inclination à la facilité, ou par un certain dilettantisme de la politesse&amp;amp;nbsp;; il n’est pas pour autant justifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est si simple d’amortir les petits heurts inhérents aux con­tacts humains en flattant l’amour-propre, si agréable d’être le témoin, voire le point de mire, d’une amabilité que l’on contribue à entretenir en séduisant&amp;amp;nbsp;: il semble que l’on crée un capi­tal qui profite à tous et qui ne coûte rien à personne&amp;amp;nbsp;; mais, en réalité, on fausse l’ordre des valeurs, on empêche le jeu des réflexes sains en emprisonnant les consciences dans un réseau de convenances qu’elles prennent pour de l’authentique charité. La charité de la vérité exige une habituelle franchise qui préfé­rera la fermeté et même une pointe de rudesse à l’ombre de la flatterie facile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il rappeler que ce service charitable doit être rendu en particulier aux chefs, qui sont, à ce point de vue, les plus desservis des hommes&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;Un prince sera la fable de toute l’Europe, et lui seul n’en saura rien&amp;amp;nbsp;» remarquait Pascal&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;''Pensées''. Edition Brunschvicg ou Giraud. N° 100.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne convient&amp;amp;nbsp;pas, sauf exception, de dire à un supérieur quels défauts on remarque en lui&amp;amp;nbsp;; du moins lui doit-on de ne pas favoriser le jeu de penchants déficients par des connivences tacites dont le ressort caché est en général un intérêt égoïste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Vivre vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour dire vrai, il faut vivre vrai. On ne peut sentir comment la vérité mesure les choses et les vies, que si l’on vit soi-même dans la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute la différence entre l’insupportable redresseur de torts et le charitable témoin de la vérité, c’est que le premier ne saisit la vérité qu’abstraitement, et l’applique comme un calque inflexible sur les conduites qu’il entend reprendre&amp;amp;nbsp;; tandis que le second, vivant de la vérité, se trouve établi avec tous ses frères en une communion intelligible grâce à laquelle il prévient instinctivement les déviations plus encore qu’il ne les observe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour dire vrai, il suffit de vivre vrai. Il y a alors communication non habituellement explicitée, mais latente, de la vérité&amp;amp;nbsp;; persuasion de la vérité par la vérité de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela implique, sur le plan humain, conformité à l’état et à la fonction qui nous situent au regard d’autrui. Les quelques paroles que rapporte l’Évangile concernant la prédication de saint Jean-Baptiste sont, à cet égard, fort suggestives&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Luc 3, 10‑14. Et les foules l'interrogeaient disant « Que devons-nous donc faire ? » Il répondait et leur disait « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent : « Maître que devons-nous faire ? » et il leur dit : « N'exigez rien en plus de ce qui vous a été fixé. » Des gens du service armé lui demandaient aussi : « Et nous, que devons-nous faire ? » Et il leur dit : « Ne molestez personne. Ne dénoncez pas faussement. Et contentez­-vous de votre paye.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: il demande à tous de se montrer secourables, conformément à la grande loi humaine qui doit devenir la loi du Royaume&amp;amp;nbsp;; et, sollicité à plus de précision, il prescrit tout simplement à chacun d’accomplir ce qu’on a justement appelé le «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;», en veillant d’ailleurs à s’abstenir de toute fraude. Les percepteurs n’exigeront rien au-delà de ce qui est fixé, les soldats ne molesteront personne et se contenteront de leur paye.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stricte justice, pensera-t-on&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;Formellement&amp;amp;nbsp;», oui. Cependant S. Jean prêche dans la perspective du Royaume. Les conseils qu’il donne ne sont qu’un point de départ, une préparation.&amp;amp;nbsp;Il faut les prolonger, les affiner, mais en en conservant la rigoureuse et profonde simplicité. La justice du Royaume serait pri­vée de sens sans la charité. L’obligation de justice peut être im­pérée par l’amour&amp;amp;nbsp;; lequel opère, à la source de l’agir, une trans­formation, non une destruction. La charité ne demande pas qu’on change de condition&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 7, 20. Que chacun demeure dans la condition où l'appel divin l'a trouvé.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; elle doit faire vivre ''autrement'', dans la même condition. Elle peut avoir ses œuvres propres, elle doit d’abord informer, pour chacun, l’agir que la Providence lui départit. En un mot, la charité étant la perfection du chrétien, elle doit, pour lui, ''assumer ''toute la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est fort commun de dire que le «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;» doit être accompli pour l’amour de Dieu. Songe-t-on assez qu’il constitue également, vis-à-vis du prochain, la charité primordiale&amp;amp;nbsp;? S’il est entendu que nous coopérons au bien de nos frères par la tâche qui nous est dévolue, si en perspective chrétienne aucun bien ne peut être étranger au bien divin qu’il appartient à chacun d’atteindre, il s’ensuit que notre tâche, même considérée dans l’ordre naturel, relève fondamentalement de la charité surna­turelle. Si donc la falsification est condamnable en justice, com­bien plus si elle trompe l’attente de l’amour. Rien n’est plus in­supportable que de la rencontrer en ceux dont le trait distinctif est de faire consister la perfection en la charité. J’attends du percepteur, du soldat, qu’il fasse son métier, qu’il soit vrai. S’il ne l’est pas, il manque à la justice, mais en plus s’il est chrétien, à la charité&amp;amp;nbsp;: car il n’exprime pas adéquatement l’amour qui doit être en lui pour moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rencontre assez souvent une trahison implicite de la charité de la vérité dans le soin que certains prennent à éviter de prendre des décisions qui pourraient dresser contre eux quel­que opposition, et dont la responsabilité retombe ainsi inévita­blement sur d’autres. Abstentionnisme, habileté des enfants de ténèbres, mais non authentique charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soyez vrais, aurait à redire S. Jean, s’il se trouvait parmi nous. C’est simple, mais en réalité difficile&amp;amp;nbsp;; car ce sont les données les plus primitives que toujours on risque d’altérer, très particulièrement dans un monde voué à l’artificialité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une perspective plus large, ce que, chrétien ou non, j’attends du chrétien, c’est qu’il soit un chrétien authentique. Si le chrétien peut faire tout ce que font les autres, et ceux-ci tout ce qui fait le chrétien, quel sens cela a-t-il d’être chrétien&amp;amp;nbsp;? Si le sel s’affadit, à quoi sert-il&amp;amp;nbsp;? Le monde a besoin du sel chré­tien&amp;amp;nbsp;: est-ce l’aimer que de lui donner un ersatz&amp;amp;nbsp;? Nous n’enten­dons pas seulement ici que tout chrétien a le devoir d’être aussi fervent que grâce lui en est donnée, nous visons surtout une question d’authenticité dans les principes. Élaborer et plus encore prétendre vivre un «&amp;amp;nbsp;christianisme&amp;amp;nbsp;» dans lequel des valeurs aussi essentielles que péché, Rédemption, pénitence, re­noncement, sont édulcorées, ou ramenées à des proportions mes­quines qui les rendront «&amp;amp;nbsp;acceptables&amp;amp;nbsp;», c’est sans doute se rapprocher du monde, mais pour le mieux trahir. Car c’est trahir l’attente où il est d’un message dont il a perdu le souvenir, et que les chrétiens lui doivent par amour&amp;amp;nbsp;: au nom même de l’amour en lequel Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;1 Jean ''4, 9‑10.''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charité de la vérité&amp;amp;nbsp;! Je crois trouver un chrétien, je ne trouve qu’un homme. Ce chrétien m’aime-t-il de l’amour dont il fait, par vocation, profession&amp;amp;nbsp;? De cet amour dont j’ai besoin parce que Dieu seul a pu l’inventer, Lui qui est l’Amour, Amour qui a donné aux hommes, dans le mystère de la vie de Jésus, la vé­rité de toute vie et la vie par la Vérité. Si d’autres services peuvent être rendus au nom de la seule justice, le témoignage de la vérité chrétienne ne peut être rendu que par amour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la charité de la vérité conduit-elle, par le progrès de sa requête intime, non seulement à dire vrai ou à vivre vrai, mais encore à faire aux hommes la charité d’être vrai, à la ma­nière dont le Verbe incarné manifesta l’amour de Dieu en se montrant parmi nous «&amp;amp;nbsp;plein de grâce et de vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;Jean 1, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, en étant la «&amp;amp;nbsp;Vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 6. Je suis la Voie, la Vérité, la Vie.&amp;lt;/ref&amp;gt; «&amp;amp;nbsp;venue rendre témoignage à la véri­té&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;Jean 18, 37. « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 8, 38. « Ce que j'ai vu auprès du Père, je le dis. »(Cf. Jean 1, 18.)&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est l’idéal. Nous ne pouvons le bien comprendre qu’en observant comment Dieu Lui-même en a assuré la réali­sation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Être vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a préparé, longuement, l’homme à Le recevoir, Lui la Vérité. La récitation des psaumes rend familière l’association des deux mots ''misericordia'' et ''veritas&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;''Ps. 24, 10. Tous les sentiers de Yahweh sont miséricorde et fidélité, pour ceux qui gardent son alliance et ses commande­ments.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 88, 15. La justice et l'équité sont le fondement de ton trône ; la bonté et la fidélité se tiennent devant ta face.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 107, 5. Car ta bonté s'élève au-dessus des cieux et ta fidélité jusqu'aux nues.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Michée 7, 20. Vous ferez voir à Job votre fidélité, à Abraham la miséricorde, que vous avez jurée à nos pères dès les jours anciens.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tob. 3, 2 &amp;lt;nowiki&amp;gt;[Tobie] : Vous êtes juste Seigneur; justes sont tous vos jugements, et toutes vos voies sont miséricorde, vérité et justice.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 39, 12. Toi Yahweh, ne me ferme pas tes miséricordes que ta vérité et ta bonté me gardent toujours.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 56. 4. Dieu m'enverra du ciel le salut : Dieu enverra sa bonté et sa vérité.''&amp;lt;/ref&amp;gt;, qu’ils soient attribués à Dieu Lui-même, ou bien qu’ils décrivent le comportement des justes sous le regard de Dieu. N’a-t-on pas discerné, en cette habituelle concordance, la manifestation originelle de la «&amp;amp;nbsp;charité de la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;? L’Alliance de Dieu avec son peuple ne fut-elle pas scellée par la communication d’une loi&amp;amp;nbsp;? Or on ne saurait voir en celle-ci seulement un ensemble de commandements, ni réduire celle-là à un pacte juridique&amp;amp;nbsp;; l’Alliance est la pre­mière initiative d’un amour qui ira s’épanouissant jusqu’à l’éco­nomie nouvelle, et la loi c’est la première initiation aux rudi­ments indispensables d’une vérité oubliée ou encore ignorée. ''Misericordia'' ''et veritas'', les psaumes ne font qu’exprimer une réalité déjà vécue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous découvrons ainsi, dans toute son ampleur divine et hu­maine, la charité de la vérité. Donner aux autres le pain de la vérité, par ce qu’on dit, par ce qu’on vit, par ce qu’on est, c’est être fidèle à l’engagement d’autant plus profond qu’il est moins exprimable, et qui nous lie aux autres parce qu’à Dieu. La fidélité lucide à la condition propre est, pour chacun, l’expression ha­bituelle de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;; c’est même cette forme hum­ble et concrète qui réussit au mieux à communiquer la vérité aux autres, en la leur suggérant par une persuasion aussi mystérieuse qu’incoercible. C’est qu’en effet cette forme de la fidélité est l’image de celle de Dieu. Il fait, Lui le premier si l’on ose dire, Son «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;», Celui qu’Il S’est choisi aimer, pardonner, instruire. Et si Dieu rencontre blasphème, ingratitude, fer­meture d’esprit, Il demeure Miséricorde prévenante et condes­cendante Lumière. Ainsi l’homme sait-il rencontrer, non un Dieu double, comme le sont tous les hommes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;Ps. 115, 1 ; Rom. 3, 4 Omnis homo mendax.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais un Dieu vrai&amp;amp;nbsp;: le vrai Dieu, qui donne la plus précieuse des oboles, celle de la vérité concrètement existante, vivante, agissante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallait sans doute que Dieu Lui-même Se fît patiemment persuasion, pour amener l’homme à découvrir, entre ''misericordia'' et ''veritas'', une mystérieuse coordination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fidélité de Dieu à l’égard de l’homme se traduit d’abord par une exigence de sincérité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Soyez vrais parce que je suis vrai.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;Nous pouvons transporter de cette façon les invitations si hardies : Lévit. 11, 44 ; 19, 2. Soyez saints parce que je suis saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Matt. 4, 48. Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.&amp;lt;/ref&amp;gt; La vie humaine appelle, comme sa justification, une plénitude immanente&amp;amp;nbsp;: celle de la vie divine gratuitement com­muniquée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;Telle est, en substance, l'interprétation que propose S. Au­gustin du verset Ps. 84, 12. La vérité germera de la terre et la justice regardera du haut du ciel.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Or elle ne s’ouvre à la Miséricorde qu’en se conformant à la Vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En retour, les liens affectifs fondés sur la communauté de la destinée, voire de la race, entraînent un devoir de mutuelle sincérité. Le mensonge n’est pas toujours stigmatisé en Israël quand il s’exerce, au bénéfice de la cause commune, vis-à-vis des étrangers&amp;amp;nbsp;; tandis qu’il est considéré absolument comme une faute entre Israélites. Cette disparité quant à l’appréciation mo­rale ne doit évidemment pas être retenue, mais elle était, en son temps, éducatrice. Elle signifiait précisément que fraternité et vérité relèvent d’une même mesure&amp;amp;nbsp;: c’est parce que les membres du peuple élu ont le même sens et le même culte du même Dieu vrai que toute altération de la vérité est tenue, entre eux, pour une faute contre Dieu Lui-même. La mésestime collective ou officielle de la vérité est moins un manquement à la justice qui ruine le fondement des échanges humains, qu’elle n’est le symp­tôme de la décadence morale et de la déchéance religieuse. Si Pilate avait respecté la vérité, il n’eût pas livré Celui qui est la Vérité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean 18, 37‑38. [Jésus] : « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : pour rendre témoignage à la vérité&amp;amp;nbsp;: quiconque est de la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit&amp;amp;nbsp;: « Qu'est-ce que la vérité ? » Ayant dit cela, il sortit de nouveau Pour aller vers les Juifs et il leur dit : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui... ».&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité de la vérité, telle qu’elle doit jouer entre les en­fants d’un même Père, se trouve donc en germe dans l’ancienne Alliance. Il en est un autre aspect, divin celui-là, que la miséri­cordieuse fidélité de Dieu a patiemment inculqué à l’homme. La miséricorde est comme un climat toujours identique. C’est Dieu qui le crée. Les relations humaines doivent donc s’y déployer, tout comme les initiatives divines à l’égard de l’homme. Et comme la Miséricorde est fondée dans la Vérité, la fidélité de Dieu assure la médiation entre la vérité que l’homme doit mettre dans sa vie et cette autre Vérité, propre à Dieu, cette vérité de Dieu «&amp;amp;nbsp;qui atteint jusqu’aux nues&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;Ps. 35, 6 ; Ps. 56, 11. Car ta fidélité atteint jusqu'aux cieux, et ta vérité jusqu'aux nues.&amp;lt;/ref&amp;gt; et qui «&amp;amp;nbsp;subsiste à jamais&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;Ps. 116, 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le lien organique entre la communication que Dieu fait de Lui-même, par Miséricorde, et les comportements concrets que dicte à l’homme la même Miséricorde. Ceux-ci sont vérité, en celle-là qui est Vérité. La première Miséricorde consista d’ailleurs en la communication de la Vérité, par dessus tout de cette vérité qui par sa nature engageait Dieu Lui-même&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Yahveh est le seul vrai Dieu.&amp;amp;nbsp;» C’est pourquoi, sans cette trame subsistante qu’est la charité de la vérité, tout ce que peuvent dessiner les autres formes de la charité est voué à s’estomper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le message de la loi nouvelle nous permettra de saisir pour­quoi on doit, et comment on peut, au nom de l’Amour, dire vrai, vivre vrai, être vrai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==IIème Partie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot charité est si chargé d’images que son contenu spi­rituel risque de s’en trouver caché. Trop souvent charité équi­vaut à «&amp;amp;nbsp;faire la charité&amp;amp;nbsp;», à «&amp;amp;nbsp;donner quelque chose&amp;amp;nbsp;». Or ce «&amp;amp;nbsp;quelque chose&amp;amp;nbsp;» est le signe - et devient une cause supplé­mentaire - de l’extériorité qui existe entre ceux qui s’aiment, extériorité que l’amour voudrait justement annuler. S’engager dans cette voie serait oublier le sens tout spirituel de la charité, de la charitas veritatis. Celle-ci consiste bien à «&amp;amp;nbsp;donner&amp;amp;nbsp;», mais le don est si éminent qu’il ne peut procéder que de Dieu&amp;amp;nbsp;; il pénètre si intimement l’esprit, le cœur, l’être, que cette zone, hors d’atteinte de toute puissance créée, est réservée à Dieu. On ne peut donner la vérité - celle, du moins, qui concerne la vie et l’être - qu’en vertu de l’acte même par lequel on la reçoit. Autrement dit, un amour naturel ne suffit pas pour porter effica­cement à autrui une certaine qualité de vérité. Il faut, pour ce faire, bénéficier d’un potentiel divin qu’assure le seul amour qui nous fait un avec Dieu, la charité. La sublime obole de la charité ne peut être matérialisée, elle n’a de sens qu’insérée dans l’amour dont Dieu Seul est la Source.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, de cela, une importante conséquence. La charité, qui vient de Dieu, ne fait pas acception de personnes. Mon premier prochain, c’est moi-même&amp;amp;nbsp;: je ne peux donc pas ne pas m’aimer moi-même de cet indivisible amour dont j’aime Dieu et le prochain. Et parce que le don de la vérité est entièrement inclus dans l’amour, parce qu’il ne peut l’alourdir d’aucune extériorité, parce qu’il est en quelque sorte immanent à cet amour, il est partout où se porte cet amour, il est en moi. C’est d’abord vis-à­-vis de moi-même que je dois exercer la charité de la vérité, à moins d’être dans l’illusion sur la nature du sentiment qui m’in­cline à donner la vérité aux autres. Ici, charité qui ne commen­cerait pas par soi-même, ne serait pas du tout charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer la vérité c’est vouloir, pour les autres, la leur donner, pour soi, la recevoir&amp;amp;nbsp;: deux incidences d’un même acte, par nous participé, celui de l’amour, inclusif de vérité. Faire la charité de la vérité c’est donc premièrement et essentiellement&amp;amp;nbsp; la recevoir. Dieu donne, par amour, la vérité à tous&amp;amp;nbsp;: à autrui, à moi, à moi par autrui et à autrui par moi. Dans la mesure, et au degré où je reçois, je puis donner. Et s’il est possible de tricher sur la parole - on peut dire, de la vérité, un peu plus qu’on a compris - il est très difficile de faire vivre de la vérité plus qu’on en vit soi-même, et tout à fait impossible de donner aux autres d’être vrais plus qu’on est vrai soi-même&amp;amp;nbsp;: on ne triche pas avec l’être. A ce degré, c’est Dieu qui est con­cerné. Lui, et Lui seul, mesure l’équation de chaque être avec lui-même, c’est-à-dire la vérité de chaque être&amp;amp;nbsp;; Lui et Lui seul fonde les relations mystérieuses en vertu desquelles ses créatu­res se conditionnent mutuellement dans leur être-vrai, du fait qu’elles communient toutes en Lui, qui est la Vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A chaque étape de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;: dire, vivre, être, se retrouve au sein du même amour la même fondamentale réciprocité, entre le don reçu et le don communiqué. Procédons à l’observer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dire vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient, pour dire vrai, d’être disposé à ''recevoir la ''vérité&amp;amp;nbsp;; cette vérité qui est règle de vie et devient progressive­ment l’être même. Il faut interroger Dieu, et savoir attendre la réponse. Pilate demande bien à Jésus&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;qu’est-ce que la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot; /&amp;gt;, mais tourne les talons. Il retourne à sa préoccupa­tion, qui était, d’ailleurs, de défendre Jésus&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;Jean 18, 39. Mais c'est la coutume qu'à la fête de pâque je vous délivre quelqu'un. Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean 19, 12. Dès ce moment, Pilate cherchait à le délivrer, [Après avoir affirmé à plusieurs reprises : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui. » (18, 38 ; 19, 4, 6.)]&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais comme il le défend mal&amp;amp;nbsp;: en se lavant les mains&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;Matt. 27, 24‑25. Or, Pilate, voyant qu'il n'avançait à rien mais que plutôt le tumulte augmentait, prenant de l'eau, se lava les mains en présence de la foule en disant « Je suis innocent de ce sang : à vous de voir ». Tout le peuple répondit : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;. Eût-il attendu, puis écouté la réponse, le sang du Juste n’eût peut-être pas été appelé sur les Juifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui n’écoute pas Dieu, qui se porte trop vite vers d’autres foyers de vérité sans attendre les réponses de Dieu qui seules sont décisives, celui-là se met hors de la charité de la vérité. Car l’attente ne peut être soutenue que par un amour&amp;amp;nbsp;: amour qui n’est point facultatif - faute de l’avoir, on risque fort de&amp;amp;nbsp;se perdre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;II Thess. 2, 9‑10. Son avènement à lui [l'impie] se produira par l'action de Satan, parmi toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges menteurs, et parmi toutes les séductions de l'iniquité pour ceux qui se perdent faute d'avoir accueilli l'amour de la vérité (caritas veritatis) qui les sauverait.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt; -, amour qui devient opérant par la vérité, c’est-à-dire qui devient inclusif de vérité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 13, 6. La charité se réjouit de la vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La joie étant conscience d'être, la charité contient elle-même la vérité dont elle se réjouit. La charité communique la vérité, enveloppée de joie.&amp;lt;/ref&amp;gt; avant de s’appliquer à communiquer&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;Ps. 50, 8. Voici que tu aimes la vérité, et que tu m'as com­muniqué le mystère de ta sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II Cor. 4, 13. J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette disposition première, désir sincère, et docilité humble, est la racine cachée de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;: c’est d’elle que jaillit toute la sève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dire vrai, et par le fait même diffuser autour de soi une certaine limpidité mentale à la faveur de laquelle les réflexes autocritiques sains se développent spontanément, est le premier service de la charité de la vérité. Il suppose que nous sachions nous laisser «&amp;amp;nbsp;instruire par le Christ, selon que la vérité se trouve en Jésus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;Eph. 4, 20‑21. Mais ce n'est pas ainsi que vous avez appris le Christ, si vraiment vous l'avez entendu et si vous avez été instruits par lui, selon que la vérité se trouve en Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Car il n’y a qu’une parole qui purifie ceux qui l’entendent&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;Jean 15, 3. Déjà vous êtes purs à cause de la parole que je vous ai annoncée.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: elle ne sera opérante par nous que si nous la faisons nôtre en l’écoutant. Cela ne veut pas dire que nous la répéterons. Qui donc pourrait y prétendre&amp;amp;nbsp;? Cela signifie simplement que le sens de la vérité, dont la Parole est en un sens le sacrement, inspirera spontanément en nous les vigilances ou les non-advertances, les sévérités ou les indulgences, les fermetés ou les sourires qui contribueront à faire de la vérité un besoin irrésistible pour ceux qui nous entourent&amp;amp;nbsp;: chacun com­prenant à sa mesure le mystérieux message qui inclinera celui-ci à éviter le mensonge, et tel autre à une sincérité totale sous le regard de Dieu. Tous seront purs, chacun à son degré, dans le moment où la Parole, présente en nous, leur sera, peut-être grâce à nous, communiquée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut recevoir pour donner. Mais il ne suffit pas de recevoir. L’acte indivisible de l’Amour, dans lequel le don reçu est aussi le don donné, saisit simultanément Dieu, le prochain et nous­-mêmes. Il établit entre le prochain et nous-mêmes une relation que fonde l’Amour dont nous sommes aimés l’un et l’autre. Et nous ne serions pas authentiquement en cet amour, à ce degré où il faut l’être pour que soit conférée à la vérité une communi­cabilité efficace, si nous pensions pouvoir donner de Dieu au&amp;amp;nbsp;prochain sans être disposés à recevoir de Dieu par le prochain. Il faut accepter nos vérités du prochain&amp;amp;nbsp;; il n’y a en effet qu’une vérité, et qu’un amour de cette vérité, ou bien mensonge et illusion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le signe est crucial&amp;amp;nbsp;: avoir la charité de la vérité dans son absolu irrésistible, c’est savoir accueillir toute vérité, en parti­culier sur soi-même, d’où qu’elle vienne. Nous devons aimer cette vérité de nous-même que nous livre le prochain&amp;amp;nbsp;; il est si perspicace quand il nous demande l’héroïsme, car il ne fait souvent qu’appliquer une logique dont nous redoutions la rigueur. Accepter ce message des autres, apporte double bénéfice. D’abord la lumière sur nous-même&amp;amp;nbsp;: Dieu, qui accueille toutes les prières, peut aussi nous parler par toutes les lèvres. Nous, qui avons tant besoin, quand nous prions, de croire au premier point, croyons aussi le second. Puis, cette acceptation nous ou­vre les autres&amp;amp;nbsp;: ils nous savent gré de respecter l’exigence la plus primitive de la charité de la vérité - don reçu, don donné dans un seul amour -. Les non-chrétiens, mêmes s’ils ne croient plus à la vérité, perçoivent avec raison que nous devons y croire assez pour ne vouloir triompher que par elle, et donc répudier aussi bien l’hypocrisie aveugle qu’une certaine diplo­matie de la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Vivre vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;Matt. 5, 16.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils que donne Jésus sur la manière de prier&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;Matt. 6, 6‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;, les reproches si véhéments qu’Il adresse au pharisaïsme, ne lais­sent aucun doute sur la portée de ce conseil. Pas d’ostentation, pas d’»&amp;amp;nbsp;édification&amp;amp;nbsp;», pas de calcul. Si une vie est vraie, elle ne peut pas ne pas rayonner. Celui qui met en pratique les lois du Royaume, à savoir les béatitudes, est la «&amp;amp;nbsp;lumière du monde&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;Matt. 5,14. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne doit pas se cacher. Et ceux qui l’entourent, sensibles à la qualité de lumière qui émane de lui, remonteront jusqu’à la Source&amp;amp;nbsp;: Dieu, «&amp;amp;nbsp;Lui qui nous a appelés dans son admirable Lumière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;1 Pet. 2, 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Transfiguration opérée dans une vie humaine par le don de Dieu&amp;amp;nbsp;: le chrétien doit à tous, cette vérité qu’il est seul à même de donner. Il ne s’agit d’ailleurs pas&amp;amp;nbsp;seulement de justice, mais d’amour. Quand Dieu nous introduit dans son Royaume, Il nous donne d’emblée plus que nous ne pouvions attendre et comprendre. C’est bien dans son amour que nous devons présenter aux autres la persuasion de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous attendre d’eux, en retour, pareil service&amp;amp;nbsp;? Oui, s’i1 s’agit de nos frères chrétiens. Mais non de ceux qui, n’ayant pas en eux la vérité de Dieu et l’amour de Dieu, ne peuvent laisser filtrer jusqu’à nous cette lumière sans pareille qui est comme un resplendissement du secret de la face du Père. Beaucoup peuvent être sincères et accomplir de grandes choses, mais ne s’élèvera-t-il pas de «&amp;amp;nbsp;faux Christ et de faux prophètes, et ils feront de grands prodiges et des choses extraordinaires, jusqu’à séduire s’il se pouvait les élus eux-mêmes&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;Matt. 24, 24.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sincérité peut être au service de l’erreur&amp;amp;nbsp;: elle excuse ceux qui se trompent de bonne foi&amp;amp;nbsp;; mais rien n’excuse la séduction en ceux qui, possesseurs de la vérité, doivent appeler l’erreur par son nom&amp;amp;nbsp;: c’est, nous l’avons vu, la première forme de la charité de la vérité. Ne laissons donc pas l’idéal chrétien se contaminer par une osmose, d’abord imperceptible, qui finirait par noyer dans un humanisme immédiatement tangible les valeurs surnaturelles que Dieu seul peut dispenser gratuite­ment. Ne cherchons pas à conjurer par un illusoire apprivoise­ment ces sortes de démons «&amp;amp;nbsp;qui ne peuvent se chasser que par le jeûne et par la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;Matt. 17, 20.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’erreur et la facilité pactisent secrètement contre les enfants de lumière. Le danger n’est pas moindre en vie collective qu’en vie individuelle&amp;amp;nbsp;; et, s’il sévit surtout dans le monde, il peut aussi visiter les cloîtres par le truchement de conceptions de la vie humaine assez étrangères aux perspectives évangéliques. En ce qui concerne la vérité et le rayonnement de la vie, le chrétien doit apporter davantage, et doit savoir qu’il a moins à recevoir des non-chrétiens. La cha­rité de la vérité demeure, à ce point de vue, partiellement unila­térale&amp;amp;nbsp;; cela résulte, inéluctablement, de ce que la grâce est don gratuit, et pareillement la foi. Certes, ce n’est pas en tout chrétien que la lumière brille au point de susciter discrètement et irré­sistiblement la louange qui remonte vers le Père&amp;amp;nbsp;; mais ce n’est pas une raison pour oublier, ni que cette lumière-là et elle seule est la parure des saints, ni qu’il n’y a pas de sainteté laïque, ni que la sainteté devient un mythe si on résorbe Dieu, en une immanence si indéfiniment accueillante et si misérable, dans sa prétendue infinitude qu’on est tout près d’oublier qu’on, ne peut aimer Dieu si, en même temps, on ne L’adore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charitas veritatis&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Lorsque le Fils de l’Homme viendra trouvera-t-il la foi sur terre&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;Luc 18, 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La pureté divine des&amp;amp;nbsp;valeurs que la foi devrait envelopper et conserver sur terre n’aura-t-elle pas sombré dans l’universelle séduction&amp;amp;nbsp;? Tel est l’enjeu qui est déposé dans notre cœur et dans notre esprit&amp;amp;nbsp;: assurer à la vérité qui vient de Dieu la seule permanence qu’elle puisse revêtir en ce monde, par notre vie et dans notre vie, ''testimonium'' ''fidei''. Et faire ainsi, par l’amour de Dieu qui la dispense, par l’amour de nos frères qui l’attendent&amp;amp;nbsp;: une seule et même charité de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On demandera sans doute&amp;amp;nbsp;: que faut-il faire&amp;amp;nbsp;? Rien peut-être que déjà nous ne fassions. La charité de la vérité est trop ori­ginelle pour avoir ses œuvres propres. Elle consiste à vivre, en un certain esprit, l’amour divin. La précision la plus nuancée et la plus exacte nous est donnée par Jésus lui-même. Il apporte sur terre un certain reflet que lui-même n’y retrouve nulle part. il vient «&amp;amp;nbsp;rendre témoignage à la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot; /&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; or ce témoi­gnage, qui «&amp;amp;nbsp;ne fait acceptation de personne&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Marc 12, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, comporte bien un «&amp;amp;nbsp;jugement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Jean 5, 22. Le Père même ne juge personne, mais il a donné au Fils le jugement tout entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; au sujet des réalités de la terre, au sujet de la vérité concrétisée sur terre&amp;amp;nbsp;; mais il consiste d’abord en ceci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce que j’ai vu auprès de mon Père, je le dis&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Jean 8, 38. Cf. 1, 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toute l’œuvre de Jésus procède du Père, est orientée vers le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;Jean 6, 38. Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui m'a envoyé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 5, 37 ; 8, 18. Le Père lui-même témoigne de moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 8, .50. Pour moi, je n'ai pas souci de ma propre gloire : il est quelqu'un qui en prend soin et qui fera justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 17, 5. Père rends-moi la gloire que j'avais auprès de toi, avant que le monde fût.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces quelques versets, entre bien d'autres, rappellent que Jésus se réfère constamment au Père, comme Principe, comme Témoin, comme Terme.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; elle montre le Père, à tel point que, Philippe deman­dant&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Seigneur, montrez-nous le Père et cela nous suffit&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Jésus répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Celui qui m’a vu, a vu aussi le Père&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie du chrétien doit, elle aussi, désigner Dieu&amp;amp;nbsp;; plutôt que s’appliquer à mettre en valeur un homme multidimensionnel, révélation des temps nouveaux, si enfiévré à ne rien laisser perdre de soi qu’il devient imperméable à la véritable Sagesse&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Rechercher ''premièrement ''le royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;Matt. 6. 33.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut certes pas changer en préoccupation scrupuleuse de ne point excéder&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;La foi doit ôter toute timidité puisqu'elle donne de faire des œuvres qui surpassent celles de Jésus lui-même (Jean 14, 12).&amp;lt;/ref&amp;gt;, ce qui doit être occupation soucieuse de l’essentiel. Mais la vérité primordiale c’est que le chrétien vit de Dieu, et que le point d’application de son effort doit être de développer la «&amp;amp;nbsp;tendance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;Ainsi aimait à s'exprimer la bienheureuse Marie de l'Incar­nation.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont il reçoit la grâce. Alors il montrera Dieu, comme Jésus montrait son Père&amp;amp;nbsp;: avec le même naturel. On rayonne par sa vie ce dont précisément on vit. Plus profondément on réalise, par ce que l’on est, cela même en fonction de quoi l’on est&amp;amp;nbsp;; Jésus tient lieu du Père auprès de ses disciples, parce que tout son être est d’être du Père. Il ''est ''plus véritablement la Vérité qu’Il ne le dit ou ne le vit, et c’est cela même qu’il vient offrir à ceux qui l’entourent. Cette forme ultime de la charité n’appartient-elle pas aussi au chrétien&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ce qu’il nous reste à examiner brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Être vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’amour de Dieu consiste en ce qu’Il a envoyé son Fils - le Fils qui procède du Père selon la Vérité - comme victime de propitiation pour nos péchés10. Cette mission visible est le principe efficace d’une mission invisible qui se poursuit dans les âmes. Invisible ou visible, cette communication de Dieu épouse les mêmes modes&amp;amp;nbsp;: par amour - selon la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sanctifiez-les dans la vérité&amp;amp;nbsp;: votre parole est vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;Jean 17, 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;, dit Jésus à son Père. Le principe immédiat de cette sanctification, c’est l’Esprit-Saint. «&amp;amp;nbsp;Esprit de Jésus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;Jean 16, 14 ; Philip. 1, 19. ‑ Dans les Actes : Baptême dans l'Esprit Saint équivaut à Baptême de Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de vérité, qui procède du Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;Jean 15, 26‑27 ; Matt. 10, 20 ; Rom. 8, 9‑11.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit qui est la Vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;1 Jean 5, 6. Et c'est l'Esprit qui rend témoignage, parce que l'Esprit est la Vérité.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de Vérité qui guide dans toute la véri­té&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;Jean 16, 13.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne s’agit plus ici d’une rectitude parlée ou vécue, mais de cette «&amp;amp;nbsp;vérité qui transcende les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;, qui «&amp;amp;nbsp;de­meure éternellement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;, qui est Dieu même. Exercée par Dieu, la charité devient le don ultime en quoi consiste la vision béatifiante. Ce don est réservé à Dieu&amp;amp;nbsp;; nous ne devons ni l’attendre d’autre que Lui, ni penser intervenir à l’intime de la communication que Dieu en fait à autrui. La charité de la&amp;amp;nbsp;vérité se résout ici en une réceptivité docile et diligente, dont l’Esprit de Vérité demeure à chaque instant la seule mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, notre fidélité à accueillir le don de la Vérité ne relève pas moins de l’amour du prochain que de l’amour de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun, il est vrai, porte la responsabilité de ses actes. On ne doit plus dire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des fils en sont agacées. Mais chacun mourra pour son iniquité&amp;amp;nbsp;; tout homme qui mangera des raisins verts, ses dents en seront agacées&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;Jer. 31, 29.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mes refus n’entraîneraient pas que Dieu se refuse à autrui. En retour, autrui ne bénéficie pas de ce dont je refuse de bénéficier&amp;amp;nbsp;; la sanctification par la vérité est en profonde conformité avec la communicabilité qui est propre à la vérité. En quoi on reconnaît une œuvre éminente de la Sagesse divine. La contempler contribue, de surcroît, à fixer l’esprit dans la Vérité qui est source de toute vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a plus. La grâce de vérité nous venant en fait par l’Humanité du Christ, et celle-ci étant une réalité créée, il s’établit de nous à elle une certaine réciprocité. L’Humanité sainte est, ''en tant que principe de communication'', condition­née par notre propre réceptivité&amp;amp;nbsp;; à la manière dont la parole de l’orateur se trouve, du fait même du contact avec l’audi­toire, constituée en un état de communicabilité qui n’en affecte pas la teneur objective, mais qui n’en dérive pas non plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui écoutent une parole au point de mettre tout leur être en accord avec elle suscitent, dans cette parole, des har­moniques qui la rendent intrinsèquement plus pénétrante, qui lui confèrent une exigence de communicabilité à laquelle doivent bientôt se rendre ceux qui d’abord n’écoutaient qu’avec moins de profondeur, ou moins de docilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Semblablement, recevoir la Parole de Vérité c’est, par la médiation de cette Parole elle-même, assurer la même grâce aux autres. La Vérité, incarnée dans le Christ, réfléchit en elle-­même la profondeur à laquelle elle pénètre. Elle acquiert, par des modalités temporelles muées en un état éternel, une péné­trabilité qui requiert par sa nature même d’être réalisée dans le temps. Que Judas ait refusé la grâce de repentir et de conversion enveloppée dans le regard et la parole de Jésus n’ôte évidemment rien aux virtualités infinies contenues pour chacun de nous dans l’éternelle Vérité. Mais que les Samari­tains aient eu conscience de parvenir à une foi plus pure en s’attachant à Jésus lui-même, plutôt qu’en accueillant le témoignage de leur compatriote&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;Jean 4,42. ‑ S. Thomas, dans son beau commentaire, montre que le progrès de la foi est lié à ce fait que Dieu opère dans l'âme d'une manière plus immédiate&amp;amp;nbsp;: l'action divine apparaît elle-même, et non plus voilée dans la médiation des signes.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: voilà qui a découvert, et qui premièrement a réalisé, l’une des possibilités sanctificatrices de la Vérité. Réalisation et manifestation qui inaugurées il y a vingt siècles, demeurent opérantes en notre durée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Conclusion==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a donc une charité de la vérité, d’autant plus imma­nente à la participation de la Vérité que cette participation est plus profonde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous faisons de la Vérité la règle de nos paroles et de nos pensées, nous induisons les autres à la sincérité sans laquelle il n’y a pas de vie possible avec Dieu&amp;amp;nbsp;; mais nous devons, en retour, être prêts à accueillir, d’où qu’il vienne, le service d’entendre nos vérités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous prenons la Vérité comme mesure permanente de notre vie, nous faisons luire une lumière purifiante et con­vertissante. Nous devons en même temps discerner, dans ses plus subtiles infiltrations, la séduisante facilité qui résout Dieu en un surhomme, ou qui substitue la sagesse de la raison à la folie de la Croix, la vérité «&amp;amp;nbsp;diminuée par les hommes&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;Ps. 11, 2. Quoniam diminutae sunt veritates a filiis hominum.&amp;lt;/ref&amp;gt; à la Vérité de Dieu. Il y a une trahison des chrétiens, comme il y a une fidélité des chrétiens. Eux seuls connaissent le secret, eux seuls possèdent la source&amp;amp;nbsp;; eux seuls peuvent aller à un certain degré, dans la fidélité comme dans la trahison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si enfin nous accueillons la Vérité, non plus seulement comme mesure d’une vie qui procéderait de nous, mais selon un mode plus mystérieusement intime, comme nous refor­mant à la source de nous-même, cette Vérité devient un prin­cipe opérant et transformant&amp;amp;nbsp;: elle nous fait vrais nous-même en nous mettant en équation avec elle, elle nous fait exercer .la charité de la vérité par l’acte qui établit en état de communicabilité permanente ce qui était, en elle, seulement communicable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons marqué à grands traits le cheminement concret de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;; nous en avons ensuite indiqué le fondement théologal. Faut-il rappeler en terminant que ces deux points de vue doivent être tenus ensemble, si on ne veut, ni qu’une ascèse sans envol s’effrite en recettes, ni qu’une mystique sans contrôle s’exténue en abstractions. Le plus humble de nos actes est toujours justiciable de la plus haute inspiration&amp;amp;nbsp;: la vérité ne subsiste que dans la Vérité, comme l’humanité de Jésus dans le Verbe incréé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la temporalité de l’agir nous est-elle donnée pour que nous en saisissions la véritable substance&amp;amp;nbsp;: l’Acte éternel. Ainsi la Loi fut-elle donnée aux Juifs pour qu’en l’écrivant par la vérité de leur vie, ils reconnaissent le doigt de Dieu. Ainsi Jésus est-il donné aux hommes afin qu’ils atteignent, chacun pour soi, chacun pour ses frères, le Verbe de Vérité&amp;amp;nbsp;: charitas veritatis in Deo et in nobis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_Charit%C3%A9_de_la_v%C3%A9rit%C3%A9&amp;diff=1714</id>
		<title>La Charité de la vérité</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_Charit%C3%A9_de_la_v%C3%A9rit%C3%A9&amp;diff=1714"/>
				<updated>2011-04-06T13:51:34Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* Caritas veritatis */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = P. Guérard des Lauriers, O.P. &lt;br /&gt;
| source = Revue ''Itinéraires'', n°155, pp. 217-234&lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = Juin 1956&lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦♦ Moyen &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|- &lt;br /&gt;
| &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
= Caritas veritatis =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité est une, et cependant, «&amp;amp;nbsp;lien de perfection&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Col. 3, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, elle revêt des formes multiples&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 16, 24. Ma charité est avec vous tous dans le Christ Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La charité est Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;1 Jean 4, 16.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et elle est aussi Dieu en nous&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Rom. 5, 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Contraste familier à qui scrute l’insertion de l’Incréé dans le créé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même charité stimule la contemplation et inspire l’ascèse, porte remède à toute l’indigence humaine et verse au fond de l’âme un baume mystérieux. Immense et belle fresque, dont peut jouir tout chrétien, pourvu qu’il sache ouvrir les yeux, dans le coin de terre où Dieu l’a fait naître. La charité de la vérité n’en est qu’un motif, dont nous n’examinerons qu’un aspect...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La charité de la vérité, dit S. Augustin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Otium sanctum quaerit charitas veritatis ; negotium justum suscipit necessitas charitatis. De Civ. Dei 19, 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;, recherche un saint loisir&amp;amp;nbsp;; la nécessité de la charité supporte de servir avec équité&amp;amp;nbsp;». S. Augustin parlait d’expérience&amp;amp;nbsp;: c’est au prix d’un long et coûteux effort que, «&amp;amp;nbsp;prêtre du premier ordre&amp;amp;nbsp;» ne crai­gnant pas pour autant de réfuter les hérétiques, il réussit à com­poser le De Trinitate, c’est-à-dire en l’occurrence, à installer la «&amp;amp;nbsp;caritas veritatis&amp;amp;nbsp;» au cœur de la «&amp;amp;nbsp;necessitas caritatis&amp;amp;nbsp;». Scruter la vérité pour elle-même n’est pas prendre en charge d’une manière immédiate les besoins de ses frères&amp;amp;nbsp;: le poêle de Descartes n’est pas une officine de philanthropie. La vérité est cependant un pain dont tous ont besoin&amp;amp;nbsp;: le rompre est une œuvre éminente de charité, plus encore s’il s’agit des vérités qui concernent le Bien ultime de l’homme. Il revient au seul christianisme de résoudre, en une sagesse ineffable, l’apparente an­tinomie entre «&amp;amp;nbsp;caritas veritatis&amp;amp;nbsp;» et «&amp;amp;nbsp;necessitas caritatis&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous envisagerons ici une communication de la vérité ins­pirée par l’amour de Dieu - d’où charité de la vérité -&amp;amp;nbsp;: mais il s’agira d’une vérité plus immédiate et plus universelle, plus simple et plus profonde, plus familière et plus difficile à attein­dre que la vérité élaborée par l’esprit&amp;amp;nbsp;: il s’agira de la vérité de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les formes élémentaires - dire vrai, vivre vrai, être vrai -que revêt la charité de la vérité, en constituent le climat plutôt que la substance&amp;amp;nbsp;; car, si l’amour les inspire, la justice ne laisse pas de les impérer. Nous en présenterons d’abord une triangu­lation, nous en examinerons ensuite le fondement dans la Révé­lation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Ier Partie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dire vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire vrai&amp;amp;nbsp;», c’est d’abord ne pas mentir. Règle simple, et juste&amp;amp;nbsp;; car, mentir, c’est retourner contre le prochain le droit qu’a tout homme à un échange spirituel avec ses semblables. «&amp;amp;nbsp;Dire vrai&amp;amp;nbsp;», c’est également, et c’est plus délicat, sérier les cas dans lesquels il convient de dire ou de taire la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’amour d’amitié, chacun veut et son bien propre et le bien de Celui qu’il aime. Le premier de ces biens est la vérité de la vie, dans son engagement extérieur comme dans sa rectification intime. Je me dois à moi-même la vérité, et mon ami la tient pour son propre bien parce qu’elle est mon bien. Je la lui dois donc au nom de l’amitié, qui postule l’unité du désir et celle du bien, aimé en commun. Cela n’entraîne pas qu’on doive tou­jours tout dire&amp;amp;nbsp;; il suffit, pour l’ordinaire, d’être prêt à commu­niquer. La communication effective constitue cependant une exigence plus urgente quand il s’agit de la vie intime, laquelle se déroule au degré même d’intériorité d’où procède l’amitié&amp;amp;nbsp;; il y a des confidences qu’on ne refuse pas sans trahir, et bientôt sans détruire, l’amour qui les exigeait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout cela, ce qui importe, c’est le fait même de la commu­nication, le don, non l’objet du don&amp;amp;nbsp;; car la vérité que je dis peut, de soi, être personnellement indifférente à l’ami&amp;amp;nbsp;; ainsi lorsqu’il s’agit d’une chose qui n’est sienne que parce qu’elle est mienne. Mais il peut s’agir aussi d’un bien qui est en propre le bien de celui que j’aime&amp;amp;nbsp;; et même du bien dont, par excellence, il a besoin&amp;amp;nbsp;: savoir, la vérité concernant la rectification morale per­sonnelle. Dire cette vérité, c’est exercer la correction fraternelle. Deux conditions sont pour cela requises&amp;amp;nbsp;: être en situation pour juger juste, estimer probable l’amendement suggéré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce service se pratique spontanément entre ceux qu’unit une charité fervente. Mais il ne faut pas le limiter à des groupes par­ticuliers&amp;amp;nbsp;: il a sa forme héroïque, mais aussi sa forme commune, spontanée, sur laquelle il convient de réfléchir. Quand il ne sied point de dire la vérité, on peut la suggérer. On doit, pour le moins, éviter tout ce qui pourrait induire autrui en erreur&amp;amp;nbsp;; notamment la flatterie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Ps. 11, 2. Les fidèles disparaissent d'entre les enfants des hommes. On se dit des mensonges les uns aux autres; on parle avec des lèvres flatteuses et un cœur double.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ou même simplement les éloges trop fréquents susceptibles de porter celui qui les reçoit à une funeste surestime de soi-même. Ce comportement servile est souvent dic­té par la cupidité, par l’inclination à la facilité, ou par un certain dilettantisme de la politesse&amp;amp;nbsp;; il n’est pas pour autant justifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est si simple d’amortir les petits heurts inhérents aux con­tacts humains en flattant l’amour-propre, si agréable d’être le témoin, voire le point de mire, d’une amabilité que l’on contribue à entretenir en séduisant&amp;amp;nbsp;: il semble que l’on crée un capi­tal qui profite à tous et qui ne coûte rien à personne&amp;amp;nbsp;; mais, en réalité, on fausse l’ordre des valeurs, on empêche le jeu des réflexes sains en emprisonnant les consciences dans un réseau de convenances qu’elles prennent pour de l’authentique charité. La charité de la vérité exige une habituelle franchise qui préfé­rera la fermeté et même une pointe de rudesse à l’ombre de la flatterie facile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il rappeler que ce service charitable doit être rendu en particulier aux chefs, qui sont, à ce point de vue, les plus desservis des hommes&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;Un prince sera la fable de toute l’Europe, et lui seul n’en saura rien&amp;amp;nbsp;» remarquait Pascal&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;''Pensées''. Edition Brunschvicg ou Giraud. N° 100.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne convient&amp;amp;nbsp;pas, sauf exception, de dire à un supérieur quels défauts on remarque en lui&amp;amp;nbsp;; du moins lui doit-on de ne pas favoriser le jeu de penchants déficients par des connivences tacites dont le ressort caché est en général un intérêt égoïste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Vivre vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour dire vrai, il faut vivre vrai. On ne peut sentir comment la vérité mesure les choses et les vies, que si l’on vit soi-même dans la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute la différence entre l’insupportable redresseur de torts et le charitable témoin de la vérité, c’est que le premier ne saisit la vérité qu’abstraitement, et l’applique comme un calque inflexible sur les conduites qu’il entend reprendre&amp;amp;nbsp;; tandis que le second, vivant de la vérité, se trouve établi avec tous ses frères en une communion intelligible grâce à laquelle il prévient instinctivement les déviations plus encore qu’il ne les observe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour dire vrai, il suffit de vivre vrai. Il y a alors communication non habituellement explicitée, mais latente, de la vérité&amp;amp;nbsp;; persuasion de la vérité par la vérité de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela implique, sur le plan humain, conformité à l’état et à la fonction qui nous situent au regard d’autrui. Les quelques paroles que rapporte l’Évangile concernant la prédication de saint Jean-Baptiste sont, à cet égard, fort suggestives&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Luc 3, 10‑14. Et les foules l'interrogeaient disant « Que devons-nous donc faire ? » Il répondait et leur disait « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent : « Maître que devons-nous faire ? » et il leur dit : « N'exigez rien en plus de ce qui vous a été fixé. » Des gens du service armé lui demandaient aussi : « Et nous, que devons-nous faire ? » Et il leur dit : « Ne molestez personne. Ne dénoncez pas faussement. Et contentez­-vous de votre paye.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: il demande à tous de se montrer secourables, conformément à la grande loi humaine qui doit devenir la loi du Royaume&amp;amp;nbsp;; et, sollicité à plus de précision, il prescrit tout simplement à chacun d’accomplir ce qu’on a justement appelé le «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;», en veillant d’ailleurs à s’abstenir de toute fraude. Les percepteurs n’exigeront rien au-delà de ce qui est fixé, les soldats ne molesteront personne et se contenteront de leur paye.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stricte justice, pensera-t-on&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;Formellement&amp;amp;nbsp;», oui. Cependant S. Jean prêche dans la perspective du Royaume. Les conseils qu’il donne ne sont qu’un point de départ, une préparation.&amp;amp;nbsp;Il faut les prolonger, les affiner, mais en en conservant la rigoureuse et profonde simplicité. La justice du Royaume serait pri­vée de sens sans la charité. L’obligation de justice peut être im­pérée par l’amour&amp;amp;nbsp;; lequel opère, à la source de l’agir, une trans­formation, non une destruction. La charité ne demande pas qu’on change de condition&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 7, 20. Que chacun demeure dans la condition où l'appel divin l'a trouvé.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; elle doit faire vivre ''autrement'', dans la même condition. Elle peut avoir ses œuvres propres, elle doit d’abord informer, pour chacun, l’agir que la Providence lui départit. En un mot, la charité étant la perfection du chrétien, elle doit, pour lui, ''assumer ''toute la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est fort commun de dire que le «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;» doit être accompli pour l’amour de Dieu. Songe-t-on assez qu’il constitue également, vis-à-vis du prochain, la charité primordiale&amp;amp;nbsp;? S’il est entendu que nous coopérons au bien de nos frères par la tâche qui nous est dévolue, si en perspective chrétienne aucun bien ne peut être étranger au bien divin qu’il appartient à chacun d’atteindre, il s’ensuit que notre tâche, même considérée dans l’ordre naturel, relève fondamentalement de la charité surna­turelle. Si donc la falsification est condamnable en justice, com­bien plus si elle trompe l’attente de l’amour. Rien n’est plus in­supportable que de la rencontrer en ceux dont le trait distinctif est de faire consister la perfection en la charité. J’attends du percepteur, du soldat, qu’il fasse son métier, qu’il soit vrai. S’il ne l’est pas, il manque à la justice, mais en plus s’il est chrétien, à la charité&amp;amp;nbsp;: car il n’exprime pas adéquatement l’amour qui doit être en lui pour moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rencontre assez souvent une trahison implicite de la charité de la vérité dans le soin que certains prennent à éviter de prendre des décisions qui pourraient dresser contre eux quel­que opposition, et dont la responsabilité retombe ainsi inévita­blement sur d’autres. Abstentionnisme, habileté des enfants de ténèbres, mais non authentique charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soyez vrais, aurait à redire S. Jean, s’il se trouvait parmi nous. C’est simple, mais en réalité difficile&amp;amp;nbsp;; car ce sont les données les plus primitives que toujours on risque d’altérer, très particulièrement dans un monde voué à l’artificialité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une perspective plus large, ce que, chrétien ou non, j’attends du chrétien, c’est qu’il soit un chrétien authentique. Si le chrétien peut faire tout ce que font les autres, et ceux-ci tout ce qui fait le chrétien, quel sens cela a-t-il d’être chrétien&amp;amp;nbsp;? Si le sel s’affadit, à quoi sert-il&amp;amp;nbsp;? Le monde a besoin du sel chré­tien&amp;amp;nbsp;: est-ce l’aimer que de lui donner un ersatz&amp;amp;nbsp;? Nous n’enten­dons pas seulement ici que tout chrétien a le devoir d’être aussi fervent que grâce lui en est donnée, nous visons surtout une question d’authenticité dans les principes. Élaborer et plus encore prétendre vivre un «&amp;amp;nbsp;christianisme&amp;amp;nbsp;» dans lequel des valeurs aussi essentielles que péché, Rédemption, pénitence, re­noncement, sont édulcorées, ou ramenées à des proportions mes­quines qui les rendront «&amp;amp;nbsp;acceptables&amp;amp;nbsp;», c’est sans doute se rapprocher du monde, mais pour le mieux trahir. Car c’est trahir l’attente où il est d’un message dont il a perdu le souvenir, et que les chrétiens lui doivent par amour&amp;amp;nbsp;: au nom même de l’amour en lequel Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;1 Jean ''4, 9‑10.''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charité de la vérité&amp;amp;nbsp;! Je crois trouver un chrétien, je ne trouve qu’un homme. Ce chrétien m’aime-t-il de l’amour dont il fait, par vocation, profession&amp;amp;nbsp;? De cet amour dont j’ai besoin parce que Dieu seul a pu l’inventer, Lui qui est l’Amour, Amour qui a donné aux hommes, dans le mystère de la vie de Jésus, la vé­rité de toute vie et la vie par la Vérité. Si d’autres services peuvent être rendus au nom de la seule justice, le témoignage de la vérité chrétienne ne peut être rendu que par amour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la charité de la vérité conduit-elle, par le progrès de sa requête intime, non seulement à dire vrai ou à vivre vrai, mais encore à faire aux hommes la charité d’être vrai, à la ma­nière dont le Verbe incarné manifesta l’amour de Dieu en se montrant parmi nous «&amp;amp;nbsp;plein de grâce et de vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;Jean 1, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, en étant la «&amp;amp;nbsp;Vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 6. Je suis la Voie, la Vérité, la Vie.&amp;lt;/ref&amp;gt; «&amp;amp;nbsp;venue rendre témoignage à la véri­té&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;Jean 18, 37. « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 8, 38. « Ce que j'ai vu auprès du Père, je le dis. »(Cf. Jean 1, 18.)&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est l’idéal. Nous ne pouvons le bien comprendre qu’en observant comment Dieu Lui-même en a assuré la réali­sation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Être vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a préparé, longuement, l’homme à Le recevoir, Lui la Vérité. La récitation des psaumes rend familière l’association des deux mots ''misericordia'' et ''veritas&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;''Ps. 24, 10. Tous les sentiers de Yahweh sont miséricorde et fidélité, pour ceux qui gardent son alliance et ses commande­ments.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 88, 15. La justice et l'équité sont le fondement de ton trône ; la bonté et la fidélité se tiennent devant ta face.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 107, 5. Car ta bonté s'élève au-dessus des cieux et ta fidélité jusqu'aux nues.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Michée 7, 20. Vous ferez voir à Job votre fidélité, à Abraham la miséricorde, que vous avez jurée à nos pères dès les jours anciens.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tob. 3, 2 &amp;lt;nowiki&amp;gt;[Tobie] : Vous êtes juste Seigneur; justes sont tous vos jugements, et toutes vos voies sont miséricorde, vérité et justice.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 39, 12. Toi Yahweh, ne me ferme pas tes miséricordes que ta vérité et ta bonté me gardent toujours.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 56. 4. Dieu m'enverra du ciel le salut : Dieu enverra sa bonté et sa vérité.''&amp;lt;/ref&amp;gt;, qu’ils soient attribués à Dieu Lui-même, ou bien qu’ils décrivent le comportement des justes sous le regard de Dieu. N’a-t-on pas discerné, en cette habituelle concordance, la manifestation originelle de la «&amp;amp;nbsp;charité de la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;? L’Alliance de Dieu avec son peuple ne fut-elle pas scellée par la communication d’une loi&amp;amp;nbsp;? Or on ne saurait voir en celle-ci seulement un ensemble de commandements, ni réduire celle-là à un pacte juridique&amp;amp;nbsp;; l’Alliance est la pre­mière initiative d’un amour qui ira s’épanouissant jusqu’à l’éco­nomie nouvelle, et la loi c’est la première initiation aux rudi­ments indispensables d’une vérité oubliée ou encore ignorée. ''Misericordia'' ''et veritas'', les psaumes ne font qu’exprimer une réalité déjà vécue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous découvrons ainsi, dans toute son ampleur divine et hu­maine, la charité de la vérité. Donner aux autres le pain de la vérité, par ce qu’on dit, par ce qu’on vit, par ce qu’on est, c’est être fidèle à l’engagement d’autant plus profond qu’il est moins exprimable, et qui nous lie aux autres parce qu’à Dieu. La fidélité lucide à la condition propre est, pour chacun, l’expression ha­bituelle de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;; c’est même cette forme hum­ble et concrète qui réussit au mieux à communiquer la vérité aux autres, en la leur suggérant par une persuasion aussi mystérieuse qu’incoercible. C’est qu’en effet cette forme de la fidélité est l’image de celle de Dieu. Il fait, Lui le premier si l’on ose dire, Son «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;», Celui qu’Il S’est choisi aimer, pardonner, instruire. Et si Dieu rencontre blasphème, ingratitude, fer­meture d’esprit, Il demeure Miséricorde prévenante et condes­cendante Lumière. Ainsi l’homme sait-il rencontrer, non un Dieu double, comme le sont tous les hommes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;Ps. 115, 1 ; Rom. 3, 4 Omnis homo mendax.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais un Dieu vrai&amp;amp;nbsp;: le vrai Dieu, qui donne la plus précieuse des oboles, celle de la vérité concrètement existante, vivante, agissante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallait sans doute que Dieu Lui-même Se fît patiemment persuasion, pour amener l’homme à découvrir, entre ''misericordia'' et ''veritas'', une mystérieuse coordination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fidélité de Dieu à l’égard de l’homme se traduit d’abord par une exigence de sincérité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Soyez vrais parce que je suis vrai.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;Nous pouvons transporter de cette façon les invitations si hardies : Lévit. 11, 44 ; 19, 2. Soyez saints parce que je suis saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Matt. 4, 48. Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.&amp;lt;/ref&amp;gt; La vie humaine appelle, comme sa justification, une plénitude immanente&amp;amp;nbsp;: celle de la vie divine gratuitement com­muniquée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;Telle est, en substance, l'interprétation que propose S. Au­gustin du verset Ps. 84, 12. La vérité germera de la terre et la justice regardera du haut du ciel.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Or elle ne s’ouvre à la Miséricorde qu’en se conformant à la Vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En retour, les liens affectifs fondés sur la communauté de la destinée, voire de la race, entraînent un devoir de mutuelle sincérité. Le mensonge n’est pas toujours stigmatisé en Israël quand il s’exerce, au bénéfice de la cause commune, vis-à-vis des étrangers&amp;amp;nbsp;; tandis qu’il est considéré absolument comme une faute entre Israélites. Cette disparité quant à l’appréciation mo­rale ne doit évidemment pas être retenue, mais elle était, en son temps, éducatrice. Elle signifiait précisément que fraternité et vérité relèvent d’une même mesure&amp;amp;nbsp;: c’est parce que les membres du peuple élu ont le même sens et le même culte du même Dieu vrai que toute altération de la vérité est tenue, entre eux, pour une faute contre Dieu Lui-même. La mésestime collective ou officielle de la vérité est moins un manquement à la justice qui ruine le fondement des échanges humains, qu’elle n’est le symp­tôme de la décadence morale et de la déchéance religieuse. Si Pilate avait respecté la vérité, il n’eût pas livré Celui qui est la Vérité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean 18, 37‑38. [Jésus] : « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : pour rendre témoignage à la vérité&amp;amp;nbsp;: quiconque est de la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit&amp;amp;nbsp;: « Qu'est-ce que la vérité ? » Ayant dit cela, il sortit de nouveau Pour aller vers les Juifs et il leur dit : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui... ».&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité de la vérité, telle qu’elle doit jouer entre les en­fants d’un même Père, se trouve donc en germe dans l’ancienne Alliance. Il en est un autre aspect, divin celui-là, que la miséri­cordieuse fidélité de Dieu a patiemment inculqué à l’homme. La miséricorde est comme un climat toujours identique. C’est Dieu qui le crée. Les relations humaines doivent donc s’y déployer, tout comme les initiatives divines à l’égard de l’homme. Et comme la Miséricorde est fondée dans la Vérité, la fidélité de Dieu assure la médiation entre la vérité que l’homme doit mettre dans sa vie et cette autre Vérité, propre à Dieu, cette vérité de Dieu «&amp;amp;nbsp;qui atteint jusqu’aux nues&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;Ps. 35, 6 ; Ps. 56, 11. Car ta fidélité atteint jusqu'aux cieux, et ta vérité jusqu'aux nues.&amp;lt;/ref&amp;gt; et qui «&amp;amp;nbsp;subsiste à jamais&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;Ps. 116, 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le lien organique entre la communication que Dieu fait de Lui-même, par Miséricorde, et les comportements concrets que dicte à l’homme la même Miséricorde. Ceux-ci sont vérité, en celle-là qui est Vérité. La première Miséricorde consista d’ailleurs en la communication de la Vérité, par dessus tout de cette vérité qui par sa nature engageait Dieu Lui-même&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Yahveh est le seul vrai Dieu.&amp;amp;nbsp;» C’est pourquoi, sans cette trame subsistante qu’est la charité de la vérité, tout ce que peuvent dessiner les autres formes de la charité est voué à s’estomper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le message de la loi nouvelle nous permettra de saisir pour­quoi on doit, et comment on peut, au nom de l’Amour, dire vrai, vivre vrai, être vrai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==IIème Partie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot charité est si chargé d’images que son contenu spi­rituel risque de s’en trouver caché. Trop souvent charité équi­vaut à «&amp;amp;nbsp;faire la charité&amp;amp;nbsp;», à «&amp;amp;nbsp;donner quelque chose&amp;amp;nbsp;». Or ce «&amp;amp;nbsp;quelque chose&amp;amp;nbsp;» est le signe - et devient une cause supplé­mentaire - de l’extériorité qui existe entre ceux qui s’aiment, extériorité que l’amour voudrait justement annuler. S’engager dans cette voie serait oublier le sens tout spirituel de la charité, de la charitas veritatis. Celle-ci consiste bien à «&amp;amp;nbsp;donner&amp;amp;nbsp;», mais le don est si éminent qu’il ne peut procéder que de Dieu&amp;amp;nbsp;; il pénètre si intimement l’esprit, le cœur, l’être, que cette zone, hors d’atteinte de toute puissance créée, est réservée à Dieu. On ne peut donner la vérité - celle, du moins, qui concerne la vie et l’être - qu’en vertu de l’acte même par lequel on la reçoit. Autrement dit, un amour naturel ne suffit pas pour porter effica­cement à autrui une certaine qualité de vérité. Il faut, pour ce faire, bénéficier d’un potentiel divin qu’assure le seul amour qui nous fait un avec Dieu, la charité. La sublime obole de la charité ne peut être matérialisée, elle n’a de sens qu’insérée dans l’amour dont Dieu Seul est la Source.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, de cela, une importante conséquence. La charité, qui vient de Dieu, ne fait pas acception de personnes. Mon premier prochain, c’est moi-même&amp;amp;nbsp;: je ne peux donc pas ne pas m’aimer moi-même de cet indivisible amour dont j’aime Dieu et le prochain. Et parce que le don de la vérité est entièrement inclus dans l’amour, parce qu’il ne peut l’alourdir d’aucune extériorité, parce qu’il est en quelque sorte immanent à cet amour, il est partout où se porte cet amour, il est en moi. C’est d’abord vis-à­-vis de moi-même que je dois exercer la charité de la vérité, à moins d’être dans l’illusion sur la nature du sentiment qui m’in­cline à donner la vérité aux autres. Ici, charité qui ne commen­cerait pas par soi-même, ne serait pas du tout charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer la vérité c’est vouloir, pour les autres, la leur donner, pour soi, la recevoir&amp;amp;nbsp;: deux incidences d’un même acte, par nous participé, celui de l’amour, inclusif de vérité. Faire la charité de la vérité c’est donc premièrement et essentiellement&amp;amp;nbsp; la recevoir. Dieu donne, par amour, la vérité à tous&amp;amp;nbsp;: à autrui, à moi, à moi par autrui et à autrui par moi. Dans la mesure, et au degré où je reçois, je puis donner. Et s’il est possible de tricher sur la parole - on peut dire, de la vérité, un peu plus qu’on a compris - il est très difficile de faire vivre de la vérité plus qu’on en vit soi-même, et tout à fait impossible de donner aux autres d’être vrais plus qu’on est vrai soi-même&amp;amp;nbsp;: on ne triche pas avec l’être. A ce degré, c’est Dieu qui est con­cerné. Lui, et Lui seul, mesure l’équation de chaque être avec lui-même, c’est-à-dire la vérité de chaque être&amp;amp;nbsp;; Lui et Lui seul fonde les relations mystérieuses en vertu desquelles ses créatu­res se conditionnent mutuellement dans leur être-vrai, du fait qu’elles communient toutes en Lui, qui est la Vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A chaque étape de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;: dire, vivre, être, se retrouve au sein du même amour la même fondamentale réciprocité, entre le don reçu et le don communiqué. Procédons à l’observer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dire vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient, pour dire vrai, d’être disposé à ''recevoir la ''vérité&amp;amp;nbsp;; cette vérité qui est règle de vie et devient progressive­ment l’être même. Il faut interroger Dieu, et savoir attendre la réponse. Pilate demande bien à Jésus&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;qu’est-ce que la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot; /&amp;gt;, mais tourne les talons. Il retourne à sa préoccupa­tion, qui était, d’ailleurs, de défendre Jésus&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;Jean 18, 39. Mais c'est la coutume qu'à la fête de pâque je vous délivre quelqu'un. Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean 19, 12. Dès ce moment, Pilate cherchait à le délivrer, [Après avoir affirmé à plusieurs reprises : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui. » (18, 38 ; 19, 4, 6.)]&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais comme il le défend mal&amp;amp;nbsp;: en se lavant les mains&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;Matt. 27, 24‑25. Or, Pilate, voyant qu'il n'avançait à rien mais que plutôt le tumulte augmentait, prenant de l'eau, se lava les mains en présence de la foule en disant « Je suis innocent de ce sang : à vous de voir ». Tout le peuple répondit : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;. Eût-il attendu, puis écouté la réponse, le sang du Juste n’eût peut-être pas été appelé sur les Juifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui n’écoute pas Dieu, qui se porte trop vite vers d’autres foyers de vérité sans attendre les réponses de Dieu qui seules sont décisives, celui-là se met hors de la charité de la vérité. Car l’attente ne peut être soutenue que par un amour&amp;amp;nbsp;: amour qui n’est point facultatif - faute de l’avoir, on risque fort de&amp;amp;nbsp;se perdre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;II Thess. 2, 9‑10. Son avènement à lui [l'impie] se produira par l'action de Satan, parmi toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges menteurs, et parmi toutes les séductions de l'iniquité pour ceux qui se perdent faute d'avoir accueilli l'amour de la vérité (caritas veritatis) qui les sauverait.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt; -, amour qui devient opérant par la vérité, c’est-à-dire qui devient inclusif de vérité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 13, 6. La charité se réjouit de la vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La joie étant conscience d'être, la charité contient elle-même la vérité dont elle se réjouit. La charité communique la vérité, enveloppée de joie.&amp;lt;/ref&amp;gt; avant de s’appliquer à communiquer&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;Ps. 50, 8. Voici que tu aimes la vérité, et que tu m'as com­muniqué le mystère de ta sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II Cor. 4, 13. J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette disposition première, désir sincère, et docilité humble, est la racine cachée de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;: c’est d’elle que jaillit toute la sève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dire vrai, et par le fait même diffuser autour de soi une certaine limpidité mentale à la faveur de laquelle les réflexes autocritiques sains se développent spontanément, est le premier service de la charité de la vérité. Il suppose que nous sachions nous laisser «&amp;amp;nbsp;instruire par le Christ, selon que la vérité se trouve en Jésus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;Eph. 4, 20‑21. Mais ce n'est pas ainsi que vous avez appris le Christ, si vraiment vous l'avez entendu et si vous avez été instruits par lui, selon que la vérité se trouve en Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Car il n’y a qu’une parole qui purifie ceux qui l’entendent&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;Jean 15, 3. Déjà vous êtes purs à cause de la parole que je vous ai annoncée.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: elle ne sera opérante par nous que si nous la faisons nôtre en l’écoutant. Cela ne veut pas dire que nous la répéterons. Qui donc pourrait y prétendre&amp;amp;nbsp;? Cela signifie simplement que le sens de la vérité, dont la Parole est en un sens le sacrement, inspirera spontanément en nous les vigilances ou les non-advertances, les sévérités ou les indulgences, les fermetés ou les sourires qui contribueront à faire de la vérité un besoin irrésistible pour ceux qui nous entourent&amp;amp;nbsp;: chacun com­prenant à sa mesure le mystérieux message qui inclinera celui-ci à éviter le mensonge, et tel autre à une sincérité totale sous le regard de Dieu. Tous seront purs, chacun à son degré, dans le moment où la Parole, présente en nous, leur sera, peut-être grâce à nous, communiquée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut recevoir pour donner. Mais il ne suffit pas de recevoir. L’acte indivisible de l’Amour, dans lequel le don reçu est aussi le don donné, saisit simultanément Dieu, le prochain et nous­-mêmes. Il établit entre le prochain et nous-mêmes une relation que fonde l’Amour dont nous sommes aimés l’un et l’autre. Et nous ne serions pas authentiquement en cet amour, à ce degré où il faut l’être pour que soit conférée à la vérité une communi­cabilité efficace, si nous pensions pouvoir donner de Dieu au&amp;amp;nbsp;prochain sans être disposés à recevoir de Dieu par le prochain. Il faut accepter nos vérités du prochain&amp;amp;nbsp;; il n’y a en effet qu’une vérité, et qu’un amour de cette vérité, ou bien mensonge et illusion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le signe est crucial&amp;amp;nbsp;: avoir la charité de la vérité dans son absolu irrésistible, c’est savoir accueillir toute vérité, en parti­culier sur soi-même, d’où qu’elle vienne. Nous devons aimer cette vérité de nous-même que nous livre le prochain&amp;amp;nbsp;; il est si perspicace quand il nous demande l’héroïsme, car il ne fait souvent qu’appliquer une logique dont nous redoutions la rigueur. Accepter ce message des autres, apporte double bénéfice. D’abord la lumière sur nous-même&amp;amp;nbsp;: Dieu, qui accueille toutes les prières, peut aussi nous parler par toutes les lèvres. Nous, qui avons tant besoin, quand nous prions, de croire au premier point, croyons aussi le second. Puis, cette acceptation nous ou­vre les autres&amp;amp;nbsp;: ils nous savent gré de respecter l’exigence la plus primitive de la charité de la vérité - don reçu, don donné dans un seul amour -. Les non-chrétiens, mêmes s’ils ne croient plus à la vérité, perçoivent avec raison que nous devons y croire assez pour ne vouloir triompher que par elle, et donc répudier aussi bien l’hypocrisie aveugle qu’une certaine diplo­matie de la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Vivre vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;Matt. 5, 16.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils que donne Jésus sur la manière de prier&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;Matt. 6, 6‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;, les reproches si véhéments qu’Il adresse au pharisaïsme, ne lais­sent aucun doute sur la portée de ce conseil. Pas d’ostentation, pas d’»&amp;amp;nbsp;édification&amp;amp;nbsp;», pas de calcul. Si une vie est vraie, elle ne peut pas ne pas rayonner. Celui qui met en pratique les lois du Royaume, à savoir les béatitudes, est la «&amp;amp;nbsp;lumière du monde&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;Matt. 5,14. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne doit pas se cacher. Et ceux qui l’entourent, sensibles à la qualité de lumière qui émane de lui, remonteront jusqu’à la Source&amp;amp;nbsp;: Dieu, «&amp;amp;nbsp;Lui qui nous a appelés dans son admirable Lumière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;1 Pet. 2, 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Transfiguration opérée dans une vie humaine par le don de Dieu&amp;amp;nbsp;: le chrétien doit à tous, cette vérité qu’il est seul à même de donner. Il ne s’agit d’ailleurs pas&amp;amp;nbsp;seulement de justice, mais d’amour. Quand Dieu nous introduit dans son Royaume, Il nous donne d’emblée plus que nous ne pouvions attendre et comprendre. C’est bien dans son amour que nous devons présenter aux autres la persuasion de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous attendre d’eux, en retour, pareil service&amp;amp;nbsp;? Oui, s’i1 s’agit de nos frères chrétiens. Mais non de ceux qui, n’ayant pas en eux la vérité de Dieu et l’amour de Dieu, ne peuvent laisser filtrer jusqu’à nous cette lumière sans pareille qui est comme un resplendissement du secret de la face du Père. Beaucoup peuvent être sincères et accomplir de grandes choses, mais ne s’élèvera-t-il pas de «&amp;amp;nbsp;faux Christ et de faux prophètes, et ils feront de grands prodiges et des choses extraordinaires, jusqu’à séduire s’il se pouvait les élus eux-mêmes&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;Matt. 24, 24.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sincérité peut être au service de l’erreur&amp;amp;nbsp;: elle excuse ceux qui se trompent de bonne foi&amp;amp;nbsp;; mais rien n’excuse la séduction en ceux qui, possesseurs de la vérité, doivent appeler l’erreur par son nom&amp;amp;nbsp;: c’est, nous l’avons vu, la première forme de la charité de la vérité. Ne laissons donc pas l’idéal chrétien se contaminer par une osmose, d’abord imperceptible, qui finirait par noyer dans un humanisme immédiatement tangible les valeurs surnaturelles que Dieu seul peut dispenser gratuite­ment. Ne cherchons pas à conjurer par un illusoire apprivoise­ment ces sortes de démons «&amp;amp;nbsp;qui ne peuvent se chasser que par le jeûne et par la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;Matt. 17, 20.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’erreur et la facilité pactisent secrètement contre les enfants de lumière. Le danger n’est pas moindre en vie collective qu’en vie individuelle&amp;amp;nbsp;; et, s’il sévit surtout dans le monde, il peut aussi visiter les cloîtres par le truchement de conceptions de la vie humaine assez étrangères aux perspectives évangéliques. En ce qui concerne la vérité et le rayonnement de la vie, le chrétien doit apporter davantage, et doit savoir qu’il a moins à recevoir des non-chrétiens. La cha­rité de la vérité demeure, à ce point de vue, partiellement unila­térale&amp;amp;nbsp;; cela résulte, inéluctablement, de ce que la grâce est don gratuit, et pareillement la foi. Certes, ce n’est pas en tout chrétien que la lumière brille au point de susciter discrètement et irré­sistiblement la louange qui remonte vers le Père&amp;amp;nbsp;; mais ce n’est pas une raison pour oublier, ni que cette lumière-là et elle seule est la parure des saints, ni qu’il n’y a pas de sainteté laïque, ni que la sainteté devient un mythe si on résorbe Dieu, en une immanence si indéfiniment accueillante et si misérable, dans sa prétendue infinitude qu’on est tout près d’oublier qu’on, ne peut aimer Dieu si, en même temps, on ne L’adore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charitas veritatis&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Lorsque le Fils de l’Homme viendra trouvera-t-il la foi sur terre&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;Luc 18, 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La pureté divine des&amp;amp;nbsp;valeurs que la foi devrait envelopper et conserver sur terre n’aura-t-elle pas sombré dans l’universelle séduction&amp;amp;nbsp;? Tel est l’enjeu qui est déposé dans notre cœur et dans notre esprit&amp;amp;nbsp;: assurer à la vérité qui vient de Dieu la seule permanence qu’elle puisse revêtir en ce monde, par notre vie et dans notre vie, ''testimonium'' ''fidei''. Et faire ainsi, par l’amour de Dieu qui la dispense, par l’amour de nos frères qui l’attendent&amp;amp;nbsp;: une seule et même charité de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On demandera sans doute&amp;amp;nbsp;: que faut-il faire&amp;amp;nbsp;? Rien peut-être que déjà nous ne fassions. La charité de la vérité est trop ori­ginelle pour avoir ses œuvres propres. Elle consiste à vivre, en un certain esprit, l’amour divin. La précision la plus nuancée et la plus exacte nous est donnée par Jésus lui-même. Il apporte sur terre un certain reflet que lui-même n’y retrouve nulle part. il vient «&amp;amp;nbsp;rendre témoignage à la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot; /&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; or ce témoi­gnage, qui «&amp;amp;nbsp;ne fait acceptation de personne&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Marc 12, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, comporte bien un «&amp;amp;nbsp;jugement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Jean 5, 22. Le Père même ne juge personne, mais il a donné au Fils le jugement tout entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; au sujet des réalités de la terre, au sujet de la vérité concrétisée sur terre&amp;amp;nbsp;; mais il consiste d’abord en ceci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce que j’ai vu auprès de mon Père, je le dis&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Jean 8, 38. Cf. 1, 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toute l’œuvre de Jésus procède du Père, est orientée vers le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;Jean 6, 38. Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui m'a envoyé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 5, 37 ; 8, 18. Le Père lui-même témoigne de moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 8, .50. Pour moi, je n'ai pas souci de ma propre gloire : il est quelqu'un qui en prend soin et qui fera justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 17, 5. Père rends-moi la gloire que j'avais auprès de toi, avant que le monde fût.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces quelques versets, entre bien d'autres, rappellent que Jésus se réfère constamment au Père, comme Principe, comme Témoin, comme Terme.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; elle montre le Père, à tel point que, Philippe deman­dant&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Seigneur, montrez-nous le Père et cela nous suffit&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Jésus répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Celui qui m’a vu, a vu aussi le Père&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie du chrétien doit, elle aussi, désigner Dieu&amp;amp;nbsp;; plutôt que s’appliquer à mettre en valeur un homme multidimensionnel, révélation des temps nouveaux, si enfiévré à ne rien laisser perdre de soi qu’il devient imperméable à la véritable Sagesse&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Rechercher ''premièrement ''le royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;Matt. 6. 33.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut certes pas changer en préoccupation scrupuleuse de ne point excéder&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;La foi doit ôter toute timidité puisqu'elle donne de faire des œuvres qui surpassent celles de Jésus lui-même (Jean 14, 12).&amp;lt;/ref&amp;gt;, ce qui doit être occupation soucieuse de l’essentiel. Mais la vérité primordiale c’est que le chrétien vit de Dieu, et que le point d’application de son effort doit être de développer la «&amp;amp;nbsp;tendance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;Ainsi aimait à s'exprimer la bienheureuse Marie de l'Incar­nation.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont il reçoit la grâce. Alors il montrera Dieu, comme Jésus montrait son Père&amp;amp;nbsp;: avec le même naturel. On rayonne par sa vie ce dont précisément on vit. Plus profondément on réalise, par ce que l’on est, cela même en fonction de quoi l’on est&amp;amp;nbsp;; Jésus tient lieu du Père auprès de ses disciples, parce que tout son être est d’être du Père. Il ''est ''plus véritablement la Vérité qu’Il ne le dit ou ne le vit, et c’est cela même qu’il vient offrir à ceux qui l’entourent. Cette forme ultime de la charité n’appartient-elle pas aussi au chrétien&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ce qu’il nous reste à examiner brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Être vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’amour de Dieu consiste en ce qu’Il a envoyé son Fils - le Fils qui procède du Père selon la Vérité - comme victime de propitiation pour nos péchés10. Cette mission visible est le principe efficace d’une mission invisible qui se poursuit dans les âmes. Invisible ou visible, cette communication de Dieu épouse les mêmes modes&amp;amp;nbsp;: par amour - selon la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sanctifiez-les dans la vérité&amp;amp;nbsp;: votre parole est vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;Jean 17, 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;, dit Jésus à son Père. Le principe immédiat de cette sanctification, c’est l’Esprit-Saint. «&amp;amp;nbsp;Esprit de Jésus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;Jean 16, 14 ; Philip. 1, 19. ‑ Dans les Actes : Baptême dans l'Esprit Saint équivaut à Baptême de Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de vérité, qui procède du Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;Jean 15, 26‑27 ; Matt. 10, 20 ; Rom. 8, 9‑11.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit qui est la Vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;1 Jean 5, 6. Et c'est l'Esprit qui rend témoignage, parce que l'Esprit est la Vérité.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de Vérité qui guide dans toute la véri­té&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;Jean 16, 13.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne s’agit plus ici d’une rectitude parlée ou vécue, mais de cette «&amp;amp;nbsp;vérité qui transcende les cieux&amp;amp;nbsp;»19, qui «&amp;amp;nbsp;de­meure éternellement&amp;amp;nbsp;»20, qui est Dieu même. Exercée par Dieu, la charité devient le don ultime en quoi consiste la vision béatifiante. Ce don est réservé à Dieu&amp;amp;nbsp;; nous ne devons ni l’attendre d’autre que Lui, ni penser intervenir à l’intime de la communication que Dieu en fait à autrui. La charité de la&amp;amp;nbsp;vérité se résout ici en une réceptivité docile et diligente, dont l’Esprit de Vérité demeure à chaque instant la seule mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, notre fidélité à accueillir le don de la Vérité ne relève pas moins de l’amour du prochain que de l’amour de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun, il est vrai, porte la responsabilité de ses actes. On ne doit plus dire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des fils en sont agacées. Mais chacun mourra pour son iniquité&amp;amp;nbsp;; tout homme qui mangera des raisins verts, ses dents en seront agacées&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;Jer. 31, 29.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mes refus n’entraîneraient pas que Dieu se refuse à autrui. En retour, autrui ne bénéficie pas de ce dont je refuse de bénéficier&amp;amp;nbsp;; la sanctification par la vérité est en profonde conformité avec la communicabilité qui est propre à la vérité. En quoi on reconnaît une œuvre éminente de la Sagesse divine. La contempler contribue, de surcroît, à fixer l’esprit dans la Vérité qui est source de toute vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a plus. La grâce de vérité nous venant en fait par l’Humanité du Christ, et celle-ci étant une réalité créée, il s’établit de nous à elle une certaine réciprocité. L’Humanité sainte est, ''en tant que principe de communication'', condition­née par notre propre réceptivité&amp;amp;nbsp;; à la manière dont la parole de l’orateur se trouve, du fait même du contact avec l’audi­toire, constituée en un état de communicabilité qui n’en affecte pas la teneur objective, mais qui n’en dérive pas non plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui écoutent une parole au point de mettre tout leur être en accord avec elle suscitent, dans cette parole, des har­moniques qui la rendent intrinsèquement plus pénétrante, qui lui confèrent une exigence de communicabilité à laquelle doivent bientôt se rendre ceux qui d’abord n’écoutaient qu’avec moins de profondeur, ou moins de docilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Semblablement, recevoir la Parole de Vérité c’est, par la médiation de cette Parole elle-même, assurer la même grâce aux autres. La Vérité, incarnée dans le Christ, réfléchit en elle-­même la profondeur à laquelle elle pénètre. Elle acquiert, par des modalités temporelles muées en un état éternel, une péné­trabilité qui requiert par sa nature même d’être réalisée dans le temps. Que Judas ait refusé la grâce de repentir et de conversion enveloppée dans le regard et la parole de Jésus n’ôte évidemment rien aux virtualités infinies contenues pour chacun de nous dans l’éternelle Vérité. Mais que les Samari­tains aient eu conscience de parvenir à une foi plus pure en s’attachant à Jésus lui-même, plutôt qu’en accueillant le témoignage de leur compatriote&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;Jean 4,42. ‑ S. Thomas, dans son beau commentaire, montre que le progrès de la foi est lié à ce fait que Dieu opère dans l'âme d'une manière plus immédiate&amp;amp;nbsp;: l'action divine apparaît elle-même, et non plus voilée dans la médiation des signes.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: voilà qui a découvert, et qui premièrement a réalisé, l’une des possibilités sanctificatrices de la Vérité. Réalisation et manifestation qui inaugurées il y a vingt siècles, demeurent opérantes en notre durée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Conclusion==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a donc une charité de la vérité, d’autant plus imma­nente à la participation de la Vérité que cette participation est plus profonde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous faisons de la Vérité la règle de nos paroles et de nos pensées, nous induisons les autres à la sincérité sans laquelle il n’y a pas de vie possible avec Dieu&amp;amp;nbsp;; mais nous devons, en retour, être prêts à accueillir, d’où qu’il vienne, le service d’entendre nos vérités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous prenons la Vérité comme mesure permanente de notre vie, nous faisons luire une lumière purifiante et con­vertissante. Nous devons en même temps discerner, dans ses plus subtiles infiltrations, la séduisante facilité qui résout Dieu en un surhomme, ou qui substitue la sagesse de la raison à la folie de la Croix, la vérité «&amp;amp;nbsp;diminuée par les hommes&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;Ps. 11, 2. Quoniam diminutae sunt veritates a filiis hominum.&amp;lt;/ref&amp;gt; à la Vérité de Dieu. Il y a une trahison des chrétiens, comme il y a une fidélité des chrétiens. Eux seuls connaissent le secret, eux seuls possèdent la source&amp;amp;nbsp;; eux seuls peuvent aller à un certain degré, dans la fidélité comme dans la trahison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si enfin nous accueillons la Vérité, non plus seulement comme mesure d’une vie qui procéderait de nous, mais selon un mode plus mystérieusement intime, comme nous refor­mant à la source de nous-même, cette Vérité devient un prin­cipe opérant et transformant&amp;amp;nbsp;: elle nous fait vrais nous-même en nous mettant en équation avec elle, elle nous fait exercer .la charité de la vérité par l’acte qui établit en état de communicabilité permanente ce qui était, en elle, seulement communicable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons marqué à grands traits le cheminement concret de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;; nous en avons ensuite indiqué le fondement théologal. Faut-il rappeler en terminant que ces deux points de vue doivent être tenus ensemble, si on ne veut, ni qu’une ascèse sans envol s’effrite en recettes, ni qu’une mystique sans contrôle s’exténue en abstractions. Le plus humble de nos actes est toujours justiciable de la plus haute inspiration&amp;amp;nbsp;: la vérité ne subsiste que dans la Vérité, comme l’humanité de Jésus dans le Verbe incréé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la temporalité de l’agir nous est-elle donnée pour que nous en saisissions la véritable substance&amp;amp;nbsp;: l’Acte éternel. Ainsi la Loi fut-elle donnée aux Juifs pour qu’en l’écrivant par la vérité de leur vie, ils reconnaissent le doigt de Dieu. Ainsi Jésus est-il donné aux hommes afin qu’ils atteignent, chacun pour soi, chacun pour ses frères, le Verbe de Vérité&amp;amp;nbsp;: charitas veritatis in Deo et in nobis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_Charit%C3%A9_de_la_v%C3%A9rit%C3%A9&amp;diff=1713</id>
		<title>La Charité de la vérité</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_Charit%C3%A9_de_la_v%C3%A9rit%C3%A9&amp;diff=1713"/>
				<updated>2011-04-06T13:49:04Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* Dire vrai. */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = P. Guérard des Lauriers, O.P. &lt;br /&gt;
| source = Revue ''Itinéraires'', n°155, pp. 217-234&lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = Juin 1956&lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦♦ Moyen &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|- &lt;br /&gt;
| &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
= Caritas veritatis =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité est une, et cependant, «&amp;amp;nbsp;lien de perfection&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Col. 3, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, elle revêt des formes multiples&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 16, 24. Ma charité est avec vous tous dans le Christ Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La charité est Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;1 Jean 4, 16.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et elle est aussi Dieu en nous&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Rom. 5, 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Contraste familier à qui scrute l’insertion de l’Incréé dans le créé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même charité stimule la contemplation et inspire l’ascèse, porte remède à toute l’indigence humaine et verse au fond de l’âme un baume mystérieux. Immense et belle fresque, dont peut jouir tout chrétien, pourvu qu’il sache ouvrir les yeux, dans le coin de terre où Dieu l’a fait naître. La charité de la vérité n’en est qu’un motif, dont nous n’examinerons qu’un aspect...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La charité de la vérité, dit S. Augustin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Otium sanctum quaerit charitas veritatis ; negotium justum suscipit necessitas charitatis. De Civ. Dei 19, 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;, recherche un saint loisir&amp;amp;nbsp;; la nécessité de la charité supporte de servir avec équité&amp;amp;nbsp;». S. Augustin parlait d’expérience&amp;amp;nbsp;: c’est au prix d’un long et coûteux effort que, «&amp;amp;nbsp;prêtre du premier ordre&amp;amp;nbsp;» ne crai­gnant pas pour autant de réfuter les hérétiques, il réussit à com­poser le De Trinitate, c’est-à-dire en l’occurrence, à installer la «&amp;amp;nbsp;caritas veritatis&amp;amp;nbsp;» au cœur de la «&amp;amp;nbsp;necessitas caritatis&amp;amp;nbsp;». Scruter la vérité pour elle-même n’est pas prendre en charge d’une manière immédiate les besoins de ses frères&amp;amp;nbsp;: le poêle de Descartes n’est pas une officine de philanthropie. La vérité est cependant un pain dont tous ont besoin&amp;amp;nbsp;: le rompre est une œuvre éminente de charité, plus encore s’il s’agit des vérités qui concernent le Bien ultime de l’homme. Il revient au seul christianisme de résoudre, en une sagesse ineffable, l’apparente an­tinomie entre «&amp;amp;nbsp;caritas veritatis&amp;amp;nbsp;» et «&amp;amp;nbsp;necessitas caritatis&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous envisagerons ici une communication de la vérité ins­pirée par l’amour de Dieu - d’où charité de la vérité -&amp;amp;nbsp;: mais il s’agira d’une vérité plus immédiate et plus universelle, plus simple et plus profonde, plus familière et plus difficile à attein­dre que la vérité élaborée par l’esprit&amp;amp;nbsp;: il s’agira de la vérité de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les formes élémentaires - dire vrai, vivre vrai, être vrai -que revêt la charité de la vérité, en constituent le climat plutôt que la substance&amp;amp;nbsp;; car, si l’amour les inspire, la justice ne laisse pas de les impérer. Nous en présenterons d’abord une triangu­lation, nous en examinerons ensuite le fondement dans la Révé­lation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Ier Partie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dire vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire vrai&amp;amp;nbsp;», c’est d’abord ne pas mentir. Règle simple, et juste&amp;amp;nbsp;; car, mentir, c’est retourner contre le prochain le droit qu’a tout homme à un échange spirituel avec ses semblables. «&amp;amp;nbsp;Dire vrai&amp;amp;nbsp;», c’est également, et c’est plus délicat, sérier les cas dans lesquels il convient de dire ou de taire la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’amour d’amitié, chacun veut et son bien propre et le bien de Celui qu’il aime. Le premier de ces biens est la vérité de la vie, dans son engagement extérieur comme dans sa rectification intime. Je me dois à moi-même la vérité, et mon ami la tient pour son propre bien parce qu’elle est mon bien. Je la lui dois donc au nom de l’amitié, qui postule l’unité du désir et celle du bien, aimé en commun. Cela n’entraîne pas qu’on doive tou­jours tout dire&amp;amp;nbsp;; il suffit, pour l’ordinaire, d’être prêt à commu­niquer. La communication effective constitue cependant une exigence plus urgente quand il s’agit de la vie intime, laquelle se déroule au degré même d’intériorité d’où procède l’amitié&amp;amp;nbsp;; il y a des confidences qu’on ne refuse pas sans trahir, et bientôt sans détruire, l’amour qui les exigeait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout cela, ce qui importe, c’est le fait même de la commu­nication, le don, non l’objet du don&amp;amp;nbsp;; car la vérité que je dis peut, de soi, être personnellement indifférente à l’ami&amp;amp;nbsp;; ainsi lorsqu’il s’agit d’une chose qui n’est sienne que parce qu’elle est mienne. Mais il peut s’agir aussi d’un bien qui est en propre le bien de celui que j’aime&amp;amp;nbsp;; et même du bien dont, par excellence, il a besoin&amp;amp;nbsp;: savoir, la vérité concernant la rectification morale per­sonnelle. Dire cette vérité, c’est exercer la correction fraternelle. Deux conditions sont pour cela requises&amp;amp;nbsp;: être en situation pour juger juste, estimer probable l’amendement suggéré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce service se pratique spontanément entre ceux qu’unit une charité fervente. Mais il ne faut pas le limiter à des groupes par­ticuliers&amp;amp;nbsp;: il a sa forme héroïque, mais aussi sa forme commune, spontanée, sur laquelle il convient de réfléchir. Quand il ne sied point de dire la vérité, on peut la suggérer. On doit, pour le moins, éviter tout ce qui pourrait induire autrui en erreur&amp;amp;nbsp;; notamment la flatterie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Ps. 11, 2. Les fidèles disparaissent d'entre les enfants des hommes. On se dit des mensonges les uns aux autres; on parle avec des lèvres flatteuses et un cœur double.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ou même simplement les éloges trop fréquents susceptibles de porter celui qui les reçoit à une funeste surestime de soi-même. Ce comportement servile est souvent dic­té par la cupidité, par l’inclination à la facilité, ou par un certain dilettantisme de la politesse&amp;amp;nbsp;; il n’est pas pour autant justifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est si simple d’amortir les petits heurts inhérents aux con­tacts humains en flattant l’amour-propre, si agréable d’être le témoin, voire le point de mire, d’une amabilité que l’on contribue à entretenir en séduisant&amp;amp;nbsp;: il semble que l’on crée un capi­tal qui profite à tous et qui ne coûte rien à personne&amp;amp;nbsp;; mais, en réalité, on fausse l’ordre des valeurs, on empêche le jeu des réflexes sains en emprisonnant les consciences dans un réseau de convenances qu’elles prennent pour de l’authentique charité. La charité de la vérité exige une habituelle franchise qui préfé­rera la fermeté et même une pointe de rudesse à l’ombre de la flatterie facile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il rappeler que ce service charitable doit être rendu en particulier aux chefs, qui sont, à ce point de vue, les plus desservis des hommes&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;Un prince sera la fable de toute l’Europe, et lui seul n’en saura rien&amp;amp;nbsp;» remarquait Pascal&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;''Pensées''. Edition Brunschvicg ou Giraud. N° 100.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne convient&amp;amp;nbsp;pas, sauf exception, de dire à un supérieur quels défauts on remarque en lui&amp;amp;nbsp;; du moins lui doit-on de ne pas favoriser le jeu de penchants déficients par des connivences tacites dont le ressort caché est en général un intérêt égoïste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Vivre vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour dire vrai, il faut vivre vrai. On ne peut sentir comment la vérité mesure les choses et les vies, que si l’on vit soi-même dans la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute la différence entre l’insupportable redresseur de torts et le charitable témoin de la vérité, c’est que le premier ne saisit la vérité qu’abstraitement, et l’applique comme un calque inflexible sur les conduites qu’il entend reprendre&amp;amp;nbsp;; tandis que le second, vivant de la vérité, se trouve établi avec tous ses frères en une communion intelligible grâce à laquelle il prévient instinctivement les déviations plus encore qu’il ne les observe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour dire vrai, il suffit de vivre vrai. Il y a alors communication non habituellement explicitée, mais latente, de la vérité&amp;amp;nbsp;; persuasion de la vérité par la vérité de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela implique, sur le plan humain, conformité à l’état et à la fonction qui nous situent au regard d’autrui. Les quelques paroles que rapporte l’Évangile concernant la prédication de saint Jean-Baptiste sont, à cet égard, fort suggestives&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Luc 3, 10‑14. Et les foules l'interrogeaient disant « Que devons-nous donc faire ? » Il répondait et leur disait « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent : « Maître que devons-nous faire ? » et il leur dit : « N'exigez rien en plus de ce qui vous a été fixé. » Des gens du service armé lui demandaient aussi : « Et nous, que devons-nous faire ? » Et il leur dit : « Ne molestez personne. Ne dénoncez pas faussement. Et contentez­-vous de votre paye.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: il demande à tous de se montrer secourables, conformément à la grande loi humaine qui doit devenir la loi du Royaume&amp;amp;nbsp;; et, sollicité à plus de précision, il prescrit tout simplement à chacun d’accomplir ce qu’on a justement appelé le «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;», en veillant d’ailleurs à s’abstenir de toute fraude. Les percepteurs n’exigeront rien au-delà de ce qui est fixé, les soldats ne molesteront personne et se contenteront de leur paye.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stricte justice, pensera-t-on&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;Formellement&amp;amp;nbsp;», oui. Cependant S. Jean prêche dans la perspective du Royaume. Les conseils qu’il donne ne sont qu’un point de départ, une préparation.&amp;amp;nbsp;Il faut les prolonger, les affiner, mais en en conservant la rigoureuse et profonde simplicité. La justice du Royaume serait pri­vée de sens sans la charité. L’obligation de justice peut être im­pérée par l’amour&amp;amp;nbsp;; lequel opère, à la source de l’agir, une trans­formation, non une destruction. La charité ne demande pas qu’on change de condition&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 7, 20. Que chacun demeure dans la condition où l'appel divin l'a trouvé.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; elle doit faire vivre ''autrement'', dans la même condition. Elle peut avoir ses œuvres propres, elle doit d’abord informer, pour chacun, l’agir que la Providence lui départit. En un mot, la charité étant la perfection du chrétien, elle doit, pour lui, ''assumer ''toute la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est fort commun de dire que le «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;» doit être accompli pour l’amour de Dieu. Songe-t-on assez qu’il constitue également, vis-à-vis du prochain, la charité primordiale&amp;amp;nbsp;? S’il est entendu que nous coopérons au bien de nos frères par la tâche qui nous est dévolue, si en perspective chrétienne aucun bien ne peut être étranger au bien divin qu’il appartient à chacun d’atteindre, il s’ensuit que notre tâche, même considérée dans l’ordre naturel, relève fondamentalement de la charité surna­turelle. Si donc la falsification est condamnable en justice, com­bien plus si elle trompe l’attente de l’amour. Rien n’est plus in­supportable que de la rencontrer en ceux dont le trait distinctif est de faire consister la perfection en la charité. J’attends du percepteur, du soldat, qu’il fasse son métier, qu’il soit vrai. S’il ne l’est pas, il manque à la justice, mais en plus s’il est chrétien, à la charité&amp;amp;nbsp;: car il n’exprime pas adéquatement l’amour qui doit être en lui pour moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rencontre assez souvent une trahison implicite de la charité de la vérité dans le soin que certains prennent à éviter de prendre des décisions qui pourraient dresser contre eux quel­que opposition, et dont la responsabilité retombe ainsi inévita­blement sur d’autres. Abstentionnisme, habileté des enfants de ténèbres, mais non authentique charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soyez vrais, aurait à redire S. Jean, s’il se trouvait parmi nous. C’est simple, mais en réalité difficile&amp;amp;nbsp;; car ce sont les données les plus primitives que toujours on risque d’altérer, très particulièrement dans un monde voué à l’artificialité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une perspective plus large, ce que, chrétien ou non, j’attends du chrétien, c’est qu’il soit un chrétien authentique. Si le chrétien peut faire tout ce que font les autres, et ceux-ci tout ce qui fait le chrétien, quel sens cela a-t-il d’être chrétien&amp;amp;nbsp;? Si le sel s’affadit, à quoi sert-il&amp;amp;nbsp;? Le monde a besoin du sel chré­tien&amp;amp;nbsp;: est-ce l’aimer que de lui donner un ersatz&amp;amp;nbsp;? Nous n’enten­dons pas seulement ici que tout chrétien a le devoir d’être aussi fervent que grâce lui en est donnée, nous visons surtout une question d’authenticité dans les principes. Élaborer et plus encore prétendre vivre un «&amp;amp;nbsp;christianisme&amp;amp;nbsp;» dans lequel des valeurs aussi essentielles que péché, Rédemption, pénitence, re­noncement, sont édulcorées, ou ramenées à des proportions mes­quines qui les rendront «&amp;amp;nbsp;acceptables&amp;amp;nbsp;», c’est sans doute se rapprocher du monde, mais pour le mieux trahir. Car c’est trahir l’attente où il est d’un message dont il a perdu le souvenir, et que les chrétiens lui doivent par amour&amp;amp;nbsp;: au nom même de l’amour en lequel Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;1 Jean ''4, 9‑10.''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charité de la vérité&amp;amp;nbsp;! Je crois trouver un chrétien, je ne trouve qu’un homme. Ce chrétien m’aime-t-il de l’amour dont il fait, par vocation, profession&amp;amp;nbsp;? De cet amour dont j’ai besoin parce que Dieu seul a pu l’inventer, Lui qui est l’Amour, Amour qui a donné aux hommes, dans le mystère de la vie de Jésus, la vé­rité de toute vie et la vie par la Vérité. Si d’autres services peuvent être rendus au nom de la seule justice, le témoignage de la vérité chrétienne ne peut être rendu que par amour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la charité de la vérité conduit-elle, par le progrès de sa requête intime, non seulement à dire vrai ou à vivre vrai, mais encore à faire aux hommes la charité d’être vrai, à la ma­nière dont le Verbe incarné manifesta l’amour de Dieu en se montrant parmi nous «&amp;amp;nbsp;plein de grâce et de vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;Jean 1, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, en étant la «&amp;amp;nbsp;Vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 6. Je suis la Voie, la Vérité, la Vie.&amp;lt;/ref&amp;gt; «&amp;amp;nbsp;venue rendre témoignage à la véri­té&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;Jean 18, 37. « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 8, 38. « Ce que j'ai vu auprès du Père, je le dis. »(Cf. Jean 1, 18.)&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est l’idéal. Nous ne pouvons le bien comprendre qu’en observant comment Dieu Lui-même en a assuré la réali­sation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Être vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a préparé, longuement, l’homme à Le recevoir, Lui la Vérité. La récitation des psaumes rend familière l’association des deux mots ''misericordia'' et ''veritas&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;''Ps. 24, 10. Tous les sentiers de Yahweh sont miséricorde et fidélité, pour ceux qui gardent son alliance et ses commande­ments.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 88, 15. La justice et l'équité sont le fondement de ton trône ; la bonté et la fidélité se tiennent devant ta face.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 107, 5. Car ta bonté s'élève au-dessus des cieux et ta fidélité jusqu'aux nues.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Michée 7, 20. Vous ferez voir à Job votre fidélité, à Abraham la miséricorde, que vous avez jurée à nos pères dès les jours anciens.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tob. 3, 2 &amp;lt;nowiki&amp;gt;[Tobie] : Vous êtes juste Seigneur; justes sont tous vos jugements, et toutes vos voies sont miséricorde, vérité et justice.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 39, 12. Toi Yahweh, ne me ferme pas tes miséricordes que ta vérité et ta bonté me gardent toujours.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 56. 4. Dieu m'enverra du ciel le salut : Dieu enverra sa bonté et sa vérité.''&amp;lt;/ref&amp;gt;, qu’ils soient attribués à Dieu Lui-même, ou bien qu’ils décrivent le comportement des justes sous le regard de Dieu. N’a-t-on pas discerné, en cette habituelle concordance, la manifestation originelle de la «&amp;amp;nbsp;charité de la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;? L’Alliance de Dieu avec son peuple ne fut-elle pas scellée par la communication d’une loi&amp;amp;nbsp;? Or on ne saurait voir en celle-ci seulement un ensemble de commandements, ni réduire celle-là à un pacte juridique&amp;amp;nbsp;; l’Alliance est la pre­mière initiative d’un amour qui ira s’épanouissant jusqu’à l’éco­nomie nouvelle, et la loi c’est la première initiation aux rudi­ments indispensables d’une vérité oubliée ou encore ignorée. ''Misericordia'' ''et veritas'', les psaumes ne font qu’exprimer une réalité déjà vécue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous découvrons ainsi, dans toute son ampleur divine et hu­maine, la charité de la vérité. Donner aux autres le pain de la vérité, par ce qu’on dit, par ce qu’on vit, par ce qu’on est, c’est être fidèle à l’engagement d’autant plus profond qu’il est moins exprimable, et qui nous lie aux autres parce qu’à Dieu. La fidélité lucide à la condition propre est, pour chacun, l’expression ha­bituelle de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;; c’est même cette forme hum­ble et concrète qui réussit au mieux à communiquer la vérité aux autres, en la leur suggérant par une persuasion aussi mystérieuse qu’incoercible. C’est qu’en effet cette forme de la fidélité est l’image de celle de Dieu. Il fait, Lui le premier si l’on ose dire, Son «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;», Celui qu’Il S’est choisi aimer, pardonner, instruire. Et si Dieu rencontre blasphème, ingratitude, fer­meture d’esprit, Il demeure Miséricorde prévenante et condes­cendante Lumière. Ainsi l’homme sait-il rencontrer, non un Dieu double, comme le sont tous les hommes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;Ps. 115, 1 ; Rom. 3, 4 Omnis homo mendax.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais un Dieu vrai&amp;amp;nbsp;: le vrai Dieu, qui donne la plus précieuse des oboles, celle de la vérité concrètement existante, vivante, agissante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallait sans doute que Dieu Lui-même Se fît patiemment persuasion, pour amener l’homme à découvrir, entre ''misericordia'' et ''veritas'', une mystérieuse coordination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fidélité de Dieu à l’égard de l’homme se traduit d’abord par une exigence de sincérité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Soyez vrais parce que je suis vrai.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;Nous pouvons transporter de cette façon les invitations si hardies : Lévit. 11, 44 ; 19, 2. Soyez saints parce que je suis saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Matt. 4, 48. Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.&amp;lt;/ref&amp;gt; La vie humaine appelle, comme sa justification, une plénitude immanente&amp;amp;nbsp;: celle de la vie divine gratuitement com­muniquée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;Telle est, en substance, l'interprétation que propose S. Au­gustin du verset Ps. 84, 12. La vérité germera de la terre et la justice regardera du haut du ciel.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Or elle ne s’ouvre à la Miséricorde qu’en se conformant à la Vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En retour, les liens affectifs fondés sur la communauté de la destinée, voire de la race, entraînent un devoir de mutuelle sincérité. Le mensonge n’est pas toujours stigmatisé en Israël quand il s’exerce, au bénéfice de la cause commune, vis-à-vis des étrangers&amp;amp;nbsp;; tandis qu’il est considéré absolument comme une faute entre Israélites. Cette disparité quant à l’appréciation mo­rale ne doit évidemment pas être retenue, mais elle était, en son temps, éducatrice. Elle signifiait précisément que fraternité et vérité relèvent d’une même mesure&amp;amp;nbsp;: c’est parce que les membres du peuple élu ont le même sens et le même culte du même Dieu vrai que toute altération de la vérité est tenue, entre eux, pour une faute contre Dieu Lui-même. La mésestime collective ou officielle de la vérité est moins un manquement à la justice qui ruine le fondement des échanges humains, qu’elle n’est le symp­tôme de la décadence morale et de la déchéance religieuse. Si Pilate avait respecté la vérité, il n’eût pas livré Celui qui est la Vérité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean 18, 37‑38. [Jésus] : « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : pour rendre témoignage à la vérité&amp;amp;nbsp;: quiconque est de la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit&amp;amp;nbsp;: « Qu'est-ce que la vérité ? » Ayant dit cela, il sortit de nouveau Pour aller vers les Juifs et il leur dit : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui... ».&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité de la vérité, telle qu’elle doit jouer entre les en­fants d’un même Père, se trouve donc en germe dans l’ancienne Alliance. Il en est un autre aspect, divin celui-là, que la miséri­cordieuse fidélité de Dieu a patiemment inculqué à l’homme. La miséricorde est comme un climat toujours identique. C’est Dieu qui le crée. Les relations humaines doivent donc s’y déployer, tout comme les initiatives divines à l’égard de l’homme. Et comme la Miséricorde est fondée dans la Vérité, la fidélité de Dieu assure la médiation entre la vérité que l’homme doit mettre dans sa vie et cette autre Vérité, propre à Dieu, cette vérité de Dieu «&amp;amp;nbsp;qui atteint jusqu’aux nues&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;Ps. 35, 6 ; Ps. 56, 11. Car ta fidélité atteint jusqu'aux cieux, et ta vérité jusqu'aux nues.&amp;lt;/ref&amp;gt; et qui «&amp;amp;nbsp;subsiste à jamais&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;Ps. 116, 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le lien organique entre la communication que Dieu fait de Lui-même, par Miséricorde, et les comportements concrets que dicte à l’homme la même Miséricorde. Ceux-ci sont vérité, en celle-là qui est Vérité. La première Miséricorde consista d’ailleurs en la communication de la Vérité, par dessus tout de cette vérité qui par sa nature engageait Dieu Lui-même&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Yahveh est le seul vrai Dieu.&amp;amp;nbsp;» C’est pourquoi, sans cette trame subsistante qu’est la charité de la vérité, tout ce que peuvent dessiner les autres formes de la charité est voué à s’estomper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le message de la loi nouvelle nous permettra de saisir pour­quoi on doit, et comment on peut, au nom de l’Amour, dire vrai, vivre vrai, être vrai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==IIème Partie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot charité est si chargé d’images que son contenu spi­rituel risque de s’en trouver caché. Trop souvent charité équi­vaut à «&amp;amp;nbsp;faire la charité&amp;amp;nbsp;», à «&amp;amp;nbsp;donner quelque chose&amp;amp;nbsp;». Or ce «&amp;amp;nbsp;quelque chose&amp;amp;nbsp;» est le signe - et devient une cause supplé­mentaire - de l’extériorité qui existe entre ceux qui s’aiment, extériorité que l’amour voudrait justement annuler. S’engager dans cette voie serait oublier le sens tout spirituel de la charité, de la charitas veritatis. Celle-ci consiste bien à «&amp;amp;nbsp;donner&amp;amp;nbsp;», mais le don est si éminent qu’il ne peut procéder que de Dieu&amp;amp;nbsp;; il pénètre si intimement l’esprit, le cœur, l’être, que cette zone, hors d’atteinte de toute puissance créée, est réservée à Dieu. On ne peut donner la vérité - celle, du moins, qui concerne la vie et l’être - qu’en vertu de l’acte même par lequel on la reçoit. Autrement dit, un amour naturel ne suffit pas pour porter effica­cement à autrui une certaine qualité de vérité. Il faut, pour ce faire, bénéficier d’un potentiel divin qu’assure le seul amour qui nous fait un avec Dieu, la charité. La sublime obole de la charité ne peut être matérialisée, elle n’a de sens qu’insérée dans l’amour dont Dieu Seul est la Source.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, de cela, une importante conséquence. La charité, qui vient de Dieu, ne fait pas acception de personnes. Mon premier prochain, c’est moi-même&amp;amp;nbsp;: je ne peux donc pas ne pas m’aimer moi-même de cet indivisible amour dont j’aime Dieu et le prochain. Et parce que le don de la vérité est entièrement inclus dans l’amour, parce qu’il ne peut l’alourdir d’aucune extériorité, parce qu’il est en quelque sorte immanent à cet amour, il est partout où se porte cet amour, il est en moi. C’est d’abord vis-à­-vis de moi-même que je dois exercer la charité de la vérité, à moins d’être dans l’illusion sur la nature du sentiment qui m’in­cline à donner la vérité aux autres. Ici, charité qui ne commen­cerait pas par soi-même, ne serait pas du tout charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer la vérité c’est vouloir, pour les autres, la leur donner, pour soi, la recevoir&amp;amp;nbsp;: deux incidences d’un même acte, par nous participé, celui de l’amour, inclusif de vérité. Faire la charité de la vérité c’est donc premièrement et essentiellement&amp;amp;nbsp; la recevoir. Dieu donne, par amour, la vérité à tous&amp;amp;nbsp;: à autrui, à moi, à moi par autrui et à autrui par moi. Dans la mesure, et au degré où je reçois, je puis donner. Et s’il est possible de tricher sur la parole - on peut dire, de la vérité, un peu plus qu’on a compris - il est très difficile de faire vivre de la vérité plus qu’on en vit soi-même, et tout à fait impossible de donner aux autres d’être vrais plus qu’on est vrai soi-même&amp;amp;nbsp;: on ne triche pas avec l’être. A ce degré, c’est Dieu qui est con­cerné. Lui, et Lui seul, mesure l’équation de chaque être avec lui-même, c’est-à-dire la vérité de chaque être&amp;amp;nbsp;; Lui et Lui seul fonde les relations mystérieuses en vertu desquelles ses créatu­res se conditionnent mutuellement dans leur être-vrai, du fait qu’elles communient toutes en Lui, qui est la Vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A chaque étape de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;: dire, vivre, être, se retrouve au sein du même amour la même fondamentale réciprocité, entre le don reçu et le don communiqué. Procédons à l’observer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dire vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient, pour dire vrai, d’être disposé à ''recevoir la ''vérité&amp;amp;nbsp;; cette vérité qui est règle de vie et devient progressive­ment l’être même. Il faut interroger Dieu, et savoir attendre la réponse. Pilate demande bien à Jésus&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;qu’est-ce que la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot; /&amp;gt;, mais tourne les talons. Il retourne à sa préoccupa­tion, qui était, d’ailleurs, de défendre Jésus&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;Jean 18, 39. Mais c'est la coutume qu'à la fête de pâque je vous délivre quelqu'un. Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean 19, 12. Dès ce moment, Pilate cherchait à le délivrer, [Après avoir affirmé à plusieurs reprises : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui. » (18, 38 ; 19, 4, 6.)]&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais comme il le défend mal&amp;amp;nbsp;: en se lavant les mains&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;Matt. 27, 24‑25. Or, Pilate, voyant qu'il n'avançait à rien mais que plutôt le tumulte augmentait, prenant de l'eau, se lava les mains en présence de la foule en disant « Je suis innocent de ce sang : à vous de voir ». Tout le peuple répondit : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;. Eût-il attendu, puis écouté la réponse, le sang du Juste n’eût peut-être pas été appelé sur les Juifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui n’écoute pas Dieu, qui se porte trop vite vers d’autres foyers de vérité sans attendre les réponses de Dieu qui seules sont décisives, celui-là se met hors de la charité de la vérité. Car l’attente ne peut être soutenue que par un amour&amp;amp;nbsp;: amour qui n’est point facultatif - faute de l’avoir, on risque fort de&amp;amp;nbsp;se perdre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;II Thess. 2, 9‑10. Son avènement à lui [l'impie] se produira par l'action de Satan, parmi toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges menteurs, et parmi toutes les séductions de l'iniquité pour ceux qui se perdent faute d'avoir accueilli l'amour de la vérité (caritas veritatis) qui les sauverait.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt; -, amour qui devient opérant par la vérité, c’est-à-dire qui devient inclusif de vérité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 13, 6. La charité se réjouit de la vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La joie étant conscience d'être, la charité contient elle-même la vérité dont elle se réjouit. La charité communique la vérité, enveloppée de joie.&amp;lt;/ref&amp;gt; avant de s’appliquer à communiquer&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;Ps. 50, 8. Voici que tu aimes la vérité, et que tu m'as com­muniqué le mystère de ta sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II Cor. 4, 13. J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette disposition première, désir sincère, et docilité humble, est la racine cachée de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;: c’est d’elle que jaillit toute la sève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dire vrai, et par le fait même diffuser autour de soi une certaine limpidité mentale à la faveur de laquelle les réflexes autocritiques sains se développent spontanément, est le premier service de la charité de la vérité. Il suppose que nous sachions nous laisser «&amp;amp;nbsp;instruire par le Christ, selon que la vérité se trouve en Jésus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;Eph. 4, 20‑21. Mais ce n'est pas ainsi que vous avez appris le Christ, si vraiment vous l'avez entendu et si vous avez été instruits par lui, selon que la vérité se trouve en Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Car il n’y a qu’une parole qui purifie ceux qui l’entendent&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;Jean 15, 3. Déjà vous êtes purs à cause de la parole que je vous ai annoncée.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: elle ne sera opérante par nous que si nous la faisons nôtre en l’écoutant. Cela ne veut pas dire que nous la répéterons. Qui donc pourrait y prétendre&amp;amp;nbsp;? Cela signifie simplement que le sens de la vérité, dont la Parole est en un sens le sacrement, inspirera spontanément en nous les vigilances ou les non-advertances, les sévérités ou les indulgences, les fermetés ou les sourires qui contribueront à faire de la vérité un besoin irrésistible pour ceux qui nous entourent&amp;amp;nbsp;: chacun com­prenant à sa mesure le mystérieux message qui inclinera celui-ci à éviter le mensonge, et tel autre à une sincérité totale sous le regard de Dieu. Tous seront purs, chacun à son degré, dans le moment où la Parole, présente en nous, leur sera, peut-être grâce à nous, communiquée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut recevoir pour donner. Mais il ne suffit pas de recevoir. L’acte indivisible de l’Amour, dans lequel le don reçu est aussi le don donné, saisit simultanément Dieu, le prochain et nous­-mêmes. Il établit entre le prochain et nous-mêmes une relation que fonde l’Amour dont nous sommes aimés l’un et l’autre. Et nous ne serions pas authentiquement en cet amour, à ce degré où il faut l’être pour que soit conférée à la vérité une communi­cabilité efficace, si nous pensions pouvoir donner de Dieu au&amp;amp;nbsp;prochain sans être disposés à recevoir de Dieu par le prochain. Il faut accepter nos vérités du prochain&amp;amp;nbsp;; il n’y a en effet qu’une vérité, et qu’un amour de cette vérité, ou bien mensonge et illusion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le signe est crucial&amp;amp;nbsp;: avoir la charité de la vérité dans son absolu irrésistible, c’est savoir accueillir toute vérité, en parti­culier sur soi-même, d’où qu’elle vienne. Nous devons aimer cette vérité de nous-même que nous livre le prochain&amp;amp;nbsp;; il est si perspicace quand il nous demande l’héroïsme, car il ne fait souvent qu’appliquer une logique dont nous redoutions la rigueur. Accepter ce message des autres, apporte double bénéfice. D’abord la lumière sur nous-même&amp;amp;nbsp;: Dieu, qui accueille toutes les prières, peut aussi nous parler par toutes les lèvres. Nous, qui avons tant besoin, quand nous prions, de croire au premier point, croyons aussi le second. Puis, cette acceptation nous ou­vre les autres&amp;amp;nbsp;: ils nous savent gré de respecter l’exigence la plus primitive de la charité de la vérité - don reçu, don donné dans un seul amour -. Les non-chrétiens, mêmes s’ils ne croient plus à la vérité, perçoivent avec raison que nous devons y croire assez pour ne vouloir triompher que par elle, et donc répudier aussi bien l’hypocrisie aveugle qu’une certaine diplo­matie de la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Vivre vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;Matt. 5, 16.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils que donne Jésus sur la manière de prier&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;Matt. 6, 6‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;, les reproches si véhéments qu’Il adresse au pharisaïsme, ne lais­sent aucun doute sur la portée de ce conseil. Pas d’ostentation, pas d’»&amp;amp;nbsp;édification&amp;amp;nbsp;», pas de calcul. Si une vie est vraie, elle ne peut pas ne pas rayonner. Celui qui met en pratique les lois du Royaume, à savoir les béatitudes, est la «&amp;amp;nbsp;lumière du monde&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;Matt. 5,14. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne doit pas se cacher. Et ceux qui l’entourent, sensibles à la qualité de lumière qui émane de lui, remonteront jusqu’à la Source&amp;amp;nbsp;: Dieu, «&amp;amp;nbsp;Lui qui nous a appelés dans son admirable Lumière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;1 Pet. 2, 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Transfiguration opérée dans une vie humaine par le don de Dieu&amp;amp;nbsp;: le chrétien doit à tous, cette vérité qu’il est seul à même de donner. Il ne s’agit d’ailleurs pas&amp;amp;nbsp;seulement de justice, mais d’amour. Quand Dieu nous introduit dans son Royaume, Il nous donne d’emblée plus que nous ne pouvions attendre et comprendre. C’est bien dans son amour que nous devons présenter aux autres la persuasion de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous attendre d’eux, en retour, pareil service&amp;amp;nbsp;? Oui, s’i1 s’agit de nos frères chrétiens. Mais non de ceux qui, n’ayant pas en eux la vérité de Dieu et l’amour de Dieu, ne peuvent laisser filtrer jusqu’à nous cette lumière sans pareille qui est comme un resplendissement du secret de la face du Père. Beaucoup peuvent être sincères et accomplir de grandes choses, mais ne s’élèvera-t-il pas de «&amp;amp;nbsp;faux Christ et de faux prophètes, et ils feront de grands prodiges et des choses extraordinaires, jusqu’à séduire s’il se pouvait les élus eux-mêmes&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;Matt. 24, 24.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sincérité peut être au service de l’erreur&amp;amp;nbsp;: elle excuse ceux qui se trompent de bonne foi&amp;amp;nbsp;; mais rien n’excuse la séduction en ceux qui, possesseurs de la vérité, doivent appeler l’erreur par son nom&amp;amp;nbsp;: c’est, nous l’avons vu, la première forme de la charité de la vérité. Ne laissons donc pas l’idéal chrétien se contaminer par une osmose, d’abord imperceptible, qui finirait par noyer dans un humanisme immédiatement tangible les valeurs surnaturelles que Dieu seul peut dispenser gratuite­ment. Ne cherchons pas à conjurer par un illusoire apprivoise­ment ces sortes de démons «&amp;amp;nbsp;qui ne peuvent se chasser que par le jeûne et par la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;Matt. 17, 20.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’erreur et la facilité pactisent secrètement contre les enfants de lumière. Le danger n’est pas moindre en vie collective qu’en vie individuelle&amp;amp;nbsp;; et, s’il sévit surtout dans le monde, il peut aussi visiter les cloîtres par le truchement de conceptions de la vie humaine assez étrangères aux perspectives évangéliques. En ce qui concerne la vérité et le rayonnement de la vie, le chrétien doit apporter davantage, et doit savoir qu’il a moins à recevoir des non-chrétiens. La cha­rité de la vérité demeure, à ce point de vue, partiellement unila­térale&amp;amp;nbsp;; cela résulte, inéluctablement, de ce que la grâce est don gratuit, et pareillement la foi. Certes, ce n’est pas en tout chrétien que la lumière brille au point de susciter discrètement et irré­sistiblement la louange qui remonte vers le Père&amp;amp;nbsp;; mais ce n’est pas une raison pour oublier, ni que cette lumière-là et elle seule est la parure des saints, ni qu’il n’y a pas de sainteté laïque, ni que la sainteté devient un mythe si on résorbe Dieu, en une immanence si indéfiniment accueillante et si misérable, dans sa prétendue infinitude qu’on est tout près d’oublier qu’on, ne peut aimer Dieu si, en même temps, on ne L’adore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charitas veritatis&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Lorsque le Fils de l’Homme viendra trouvera-t-il la foi sur terre&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;Luc 18, 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La pureté divine des&amp;amp;nbsp;valeurs que la foi devrait envelopper et conserver sur terre n’aura-t-elle pas sombré dans l’universelle séduction&amp;amp;nbsp;? Tel est l’enjeu qui est déposé dans notre cœur et dans notre esprit&amp;amp;nbsp;: assurer à la vérité qui vient de Dieu la seule permanence qu’elle puisse revêtir en ce monde, par notre vie et dans notre vie, ''testimonium'' ''fidei''. Et faire ainsi, par l’amour de Dieu qui la dispense, par l’amour de nos frères qui l’attendent&amp;amp;nbsp;: une seule et même charité de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On demandera sans doute&amp;amp;nbsp;: que faut-il faire&amp;amp;nbsp;? Rien peut-être que déjà nous ne fassions. La charité de la vérité est trop ori­ginelle pour avoir ses œuvres propres. Elle consiste à vivre, en un certain esprit, l’amour divin. La précision la plus nuancée et la plus exacte nous est donnée par Jésus lui-même. Il apporte sur terre un certain reflet que lui-même n’y retrouve nulle part. il vient «&amp;amp;nbsp;rendre témoignage à la vérité&amp;amp;nbsp;»18&amp;amp;nbsp;; or ce témoi­gnage, qui «&amp;amp;nbsp;ne fait acceptation de personne&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Marc 12, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, comporte bien un «&amp;amp;nbsp;jugement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Jean 5, 22. Le Père même ne juge personne, mais il a donné au Fils le jugement tout entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; au sujet des réalités de la terre, au sujet de la vérité concrétisée sur terre&amp;amp;nbsp;; mais il consiste d’abord en ceci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce que j’ai vu auprès de mon Père, je le dis&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Jean 8, 38. Cf. 1, 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toute l’œuvre de Jésus procède du Père, est orientée vers le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;Jean 6, 38. Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui m'a envoyé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 5, 37 ; 8, 18. Le Père lui-même témoigne de moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 8, .50. Pour moi, je n'ai pas souci de ma propre gloire : il est quelqu'un qui en prend soin et qui fera justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 17, 5. Père rends-moi la gloire que j'avais auprès de toi, avant que le monde fût.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces quelques versets, entre bien d'autres, rappellent que Jésus se réfère constamment au Père, comme Principe, comme Témoin, comme Terme.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; elle montre le Père, à tel point que, Philippe deman­dant&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Seigneur, montrez-nous le Père et cela nous suffit&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Jésus répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Celui qui m’a vu, a vu aussi le Père&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie du chrétien doit, elle aussi, désigner Dieu&amp;amp;nbsp;; plutôt que s’appliquer à mettre en valeur un homme multidimensionnel, révélation des temps nouveaux, si enfiévré à ne rien laisser perdre de soi qu’il devient imperméable à la véritable Sagesse&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Rechercher ''premièrement ''le royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;Matt. 6. 33.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut certes pas changer en préoccupation scrupuleuse de ne point excéder&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;La foi doit ôter toute timidité puisqu'elle donne de faire des œuvres qui surpassent celles de Jésus lui-même (Jean 14, 12).&amp;lt;/ref&amp;gt;, ce qui doit être occupation soucieuse de l’essentiel. Mais la vérité primordiale c’est que le chrétien vit de Dieu, et que le point d’application de son effort doit être de développer la «&amp;amp;nbsp;tendance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;Ainsi aimait à s'exprimer la bienheureuse Marie de l'Incar­nation.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont il reçoit la grâce. Alors il montrera Dieu, comme Jésus montrait son Père&amp;amp;nbsp;: avec le même naturel. On rayonne par sa vie ce dont précisément on vit. Plus profondément on réalise, par ce que l’on est, cela même en fonction de quoi l’on est&amp;amp;nbsp;; Jésus tient lieu du Père auprès de ses disciples, parce que tout son être est d’être du Père. Il ''est ''plus véritablement la Vérité qu’Il ne le dit ou ne le vit, et c’est cela même qu’il vient offrir à ceux qui l’entourent. Cette forme ultime de la charité n’appartient-elle pas aussi au chrétien&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ce qu’il nous reste à examiner brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Être vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’amour de Dieu consiste en ce qu’Il a envoyé son Fils - le Fils qui procède du Père selon la Vérité - comme victime de propitiation pour nos péchés10. Cette mission visible est le principe efficace d’une mission invisible qui se poursuit dans les âmes. Invisible ou visible, cette communication de Dieu épouse les mêmes modes&amp;amp;nbsp;: par amour - selon la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sanctifiez-les dans la vérité&amp;amp;nbsp;: votre parole est vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;Jean 17, 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;, dit Jésus à son Père. Le principe immédiat de cette sanctification, c’est l’Esprit-Saint. «&amp;amp;nbsp;Esprit de Jésus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;Jean 16, 14 ; Philip. 1, 19. ‑ Dans les Actes : Baptême dans l'Esprit Saint équivaut à Baptême de Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de vérité, qui procède du Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;Jean 15, 26‑27 ; Matt. 10, 20 ; Rom. 8, 9‑11.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit qui est la Vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;1 Jean 5, 6. Et c'est l'Esprit qui rend témoignage, parce que l'Esprit est la Vérité.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de Vérité qui guide dans toute la véri­té&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;Jean 16, 13.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne s’agit plus ici d’une rectitude parlée ou vécue, mais de cette «&amp;amp;nbsp;vérité qui transcende les cieux&amp;amp;nbsp;»19, qui «&amp;amp;nbsp;de­meure éternellement&amp;amp;nbsp;»20, qui est Dieu même. Exercée par Dieu, la charité devient le don ultime en quoi consiste la vision béatifiante. Ce don est réservé à Dieu&amp;amp;nbsp;; nous ne devons ni l’attendre d’autre que Lui, ni penser intervenir à l’intime de la communication que Dieu en fait à autrui. La charité de la&amp;amp;nbsp;vérité se résout ici en une réceptivité docile et diligente, dont l’Esprit de Vérité demeure à chaque instant la seule mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, notre fidélité à accueillir le don de la Vérité ne relève pas moins de l’amour du prochain que de l’amour de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun, il est vrai, porte la responsabilité de ses actes. On ne doit plus dire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des fils en sont agacées. Mais chacun mourra pour son iniquité&amp;amp;nbsp;; tout homme qui mangera des raisins verts, ses dents en seront agacées&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;Jer. 31, 29.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mes refus n’entraîneraient pas que Dieu se refuse à autrui. En retour, autrui ne bénéficie pas de ce dont je refuse de bénéficier&amp;amp;nbsp;; la sanctification par la vérité est en profonde conformité avec la communicabilité qui est propre à la vérité. En quoi on reconnaît une œuvre éminente de la Sagesse divine. La contempler contribue, de surcroît, à fixer l’esprit dans la Vérité qui est source de toute vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a plus. La grâce de vérité nous venant en fait par l’Humanité du Christ, et celle-ci étant une réalité créée, il s’établit de nous à elle une certaine réciprocité. L’Humanité sainte est, ''en tant que principe de communication'', condition­née par notre propre réceptivité&amp;amp;nbsp;; à la manière dont la parole de l’orateur se trouve, du fait même du contact avec l’audi­toire, constituée en un état de communicabilité qui n’en affecte pas la teneur objective, mais qui n’en dérive pas non plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui écoutent une parole au point de mettre tout leur être en accord avec elle suscitent, dans cette parole, des har­moniques qui la rendent intrinsèquement plus pénétrante, qui lui confèrent une exigence de communicabilité à laquelle doivent bientôt se rendre ceux qui d’abord n’écoutaient qu’avec moins de profondeur, ou moins de docilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Semblablement, recevoir la Parole de Vérité c’est, par la médiation de cette Parole elle-même, assurer la même grâce aux autres. La Vérité, incarnée dans le Christ, réfléchit en elle-­même la profondeur à laquelle elle pénètre. Elle acquiert, par des modalités temporelles muées en un état éternel, une péné­trabilité qui requiert par sa nature même d’être réalisée dans le temps. Que Judas ait refusé la grâce de repentir et de conversion enveloppée dans le regard et la parole de Jésus n’ôte évidemment rien aux virtualités infinies contenues pour chacun de nous dans l’éternelle Vérité. Mais que les Samari­tains aient eu conscience de parvenir à une foi plus pure en s’attachant à Jésus lui-même, plutôt qu’en accueillant le témoignage de leur compatriote&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;Jean 4,42. ‑ S. Thomas, dans son beau commentaire, montre que le progrès de la foi est lié à ce fait que Dieu opère dans l'âme d'une manière plus immédiate&amp;amp;nbsp;: l'action divine apparaît elle-même, et non plus voilée dans la médiation des signes.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: voilà qui a découvert, et qui premièrement a réalisé, l’une des possibilités sanctificatrices de la Vérité. Réalisation et manifestation qui inaugurées il y a vingt siècles, demeurent opérantes en notre durée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Conclusion==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a donc une charité de la vérité, d’autant plus imma­nente à la participation de la Vérité que cette participation est plus profonde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous faisons de la Vérité la règle de nos paroles et de nos pensées, nous induisons les autres à la sincérité sans laquelle il n’y a pas de vie possible avec Dieu&amp;amp;nbsp;; mais nous devons, en retour, être prêts à accueillir, d’où qu’il vienne, le service d’entendre nos vérités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous prenons la Vérité comme mesure permanente de notre vie, nous faisons luire une lumière purifiante et con­vertissante. Nous devons en même temps discerner, dans ses plus subtiles infiltrations, la séduisante facilité qui résout Dieu en un surhomme, ou qui substitue la sagesse de la raison à la folie de la Croix, la vérité «&amp;amp;nbsp;diminuée par les hommes&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;Ps. 11, 2. Quoniam diminutae sunt veritates a filiis hominum.&amp;lt;/ref&amp;gt; à la Vérité de Dieu. Il y a une trahison des chrétiens, comme il y a une fidélité des chrétiens. Eux seuls connaissent le secret, eux seuls possèdent la source&amp;amp;nbsp;; eux seuls peuvent aller à un certain degré, dans la fidélité comme dans la trahison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si enfin nous accueillons la Vérité, non plus seulement comme mesure d’une vie qui procéderait de nous, mais selon un mode plus mystérieusement intime, comme nous refor­mant à la source de nous-même, cette Vérité devient un prin­cipe opérant et transformant&amp;amp;nbsp;: elle nous fait vrais nous-même en nous mettant en équation avec elle, elle nous fait exercer .la charité de la vérité par l’acte qui établit en état de communicabilité permanente ce qui était, en elle, seulement communicable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons marqué à grands traits le cheminement concret de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;; nous en avons ensuite indiqué le fondement théologal. Faut-il rappeler en terminant que ces deux points de vue doivent être tenus ensemble, si on ne veut, ni qu’une ascèse sans envol s’effrite en recettes, ni qu’une mystique sans contrôle s’exténue en abstractions. Le plus humble de nos actes est toujours justiciable de la plus haute inspiration&amp;amp;nbsp;: la vérité ne subsiste que dans la Vérité, comme l’humanité de Jésus dans le Verbe incréé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la temporalité de l’agir nous est-elle donnée pour que nous en saisissions la véritable substance&amp;amp;nbsp;: l’Acte éternel. Ainsi la Loi fut-elle donnée aux Juifs pour qu’en l’écrivant par la vérité de leur vie, ils reconnaissent le doigt de Dieu. Ainsi Jésus est-il donné aux hommes afin qu’ils atteignent, chacun pour soi, chacun pour ses frères, le Verbe de Vérité&amp;amp;nbsp;: charitas veritatis in Deo et in nobis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_Charit%C3%A9_de_la_v%C3%A9rit%C3%A9&amp;diff=1712</id>
		<title>La Charité de la vérité</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_Charit%C3%A9_de_la_v%C3%A9rit%C3%A9&amp;diff=1712"/>
				<updated>2011-04-06T13:47:42Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* Caritas veritatis */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = P. Guérard des Lauriers, O.P. &lt;br /&gt;
| source = Revue ''Itinéraires'', n°155, pp. 217-234&lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = Juin 1956&lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦♦ Moyen &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|- &lt;br /&gt;
| &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
= Caritas veritatis =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité est une, et cependant, «&amp;amp;nbsp;lien de perfection&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Col. 3, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, elle revêt des formes multiples&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 16, 24. Ma charité est avec vous tous dans le Christ Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La charité est Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;1 Jean 4, 16.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et elle est aussi Dieu en nous&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Rom. 5, 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Contraste familier à qui scrute l’insertion de l’Incréé dans le créé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même charité stimule la contemplation et inspire l’ascèse, porte remède à toute l’indigence humaine et verse au fond de l’âme un baume mystérieux. Immense et belle fresque, dont peut jouir tout chrétien, pourvu qu’il sache ouvrir les yeux, dans le coin de terre où Dieu l’a fait naître. La charité de la vérité n’en est qu’un motif, dont nous n’examinerons qu’un aspect...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La charité de la vérité, dit S. Augustin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Otium sanctum quaerit charitas veritatis ; negotium justum suscipit necessitas charitatis. De Civ. Dei 19, 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;, recherche un saint loisir&amp;amp;nbsp;; la nécessité de la charité supporte de servir avec équité&amp;amp;nbsp;». S. Augustin parlait d’expérience&amp;amp;nbsp;: c’est au prix d’un long et coûteux effort que, «&amp;amp;nbsp;prêtre du premier ordre&amp;amp;nbsp;» ne crai­gnant pas pour autant de réfuter les hérétiques, il réussit à com­poser le De Trinitate, c’est-à-dire en l’occurrence, à installer la «&amp;amp;nbsp;caritas veritatis&amp;amp;nbsp;» au cœur de la «&amp;amp;nbsp;necessitas caritatis&amp;amp;nbsp;». Scruter la vérité pour elle-même n’est pas prendre en charge d’une manière immédiate les besoins de ses frères&amp;amp;nbsp;: le poêle de Descartes n’est pas une officine de philanthropie. La vérité est cependant un pain dont tous ont besoin&amp;amp;nbsp;: le rompre est une œuvre éminente de charité, plus encore s’il s’agit des vérités qui concernent le Bien ultime de l’homme. Il revient au seul christianisme de résoudre, en une sagesse ineffable, l’apparente an­tinomie entre «&amp;amp;nbsp;caritas veritatis&amp;amp;nbsp;» et «&amp;amp;nbsp;necessitas caritatis&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous envisagerons ici une communication de la vérité ins­pirée par l’amour de Dieu - d’où charité de la vérité -&amp;amp;nbsp;: mais il s’agira d’une vérité plus immédiate et plus universelle, plus simple et plus profonde, plus familière et plus difficile à attein­dre que la vérité élaborée par l’esprit&amp;amp;nbsp;: il s’agira de la vérité de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les formes élémentaires - dire vrai, vivre vrai, être vrai -que revêt la charité de la vérité, en constituent le climat plutôt que la substance&amp;amp;nbsp;; car, si l’amour les inspire, la justice ne laisse pas de les impérer. Nous en présenterons d’abord une triangu­lation, nous en examinerons ensuite le fondement dans la Révé­lation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Ier Partie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dire vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire vrai&amp;amp;nbsp;», c’est d’abord ne pas mentir. Règle simple, et juste&amp;amp;nbsp;; car, mentir, c’est retourner contre le prochain le droit qu’a tout homme à un échange spirituel avec ses semblables. «&amp;amp;nbsp;Dire vrai&amp;amp;nbsp;», c’est également, et c’est plus délicat, sérier les cas dans lesquels il convient de dire ou de taire la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’amour d’amitié, chacun veut et son bien propre et le bien de Celui qu’il aime. Le premier de ces biens est la vérité de la vie, dans son engagement extérieur comme dans sa rectification intime. Je me dois à moi-même la vérité, et mon ami la tient pour son propre bien parce qu’elle est mon bien. Je la lui dois donc au nom de l’amitié, qui postule l’unité du désir et celle du bien, aimé en commun. Cela n’entraîne pas qu’on doive tou­jours tout dire&amp;amp;nbsp;; il suffit, pour l’ordinaire, d’être prêt à commu­niquer. La communication effective constitue cependant une exigence plus urgente quand il s’agit de la vie intime, laquelle se déroule au degré même d’intériorité d’où procède l’amitié&amp;amp;nbsp;; il y a des confidences qu’on ne refuse pas sans trahir, et bientôt sans détruire, l’amour qui les exigeait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout cela, ce qui importe, c’est le fait même de la commu­nication, le don, non l’objet du don&amp;amp;nbsp;; car la vérité que je dis peut, de soi, être personnellement indifférente à l’ami&amp;amp;nbsp;; ainsi lorsqu’il s’agit d’une chose qui n’est sienne que parce qu’elle est mienne. Mais il peut s’agir aussi d’un bien qui est en propre le bien de celui que j’aime&amp;amp;nbsp;; et même du bien dont, par excellence, il a besoin&amp;amp;nbsp;: savoir, la vérité concernant la rectification morale per­sonnelle. Dire cette vérité, c’est exercer la correction fraternelle. Deux conditions sont pour cela requises&amp;amp;nbsp;: être en situation pour juger juste, estimer probable l’amendement suggéré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce service se pratique spontanément entre ceux qu’unit une charité fervente. Mais il ne faut pas le limiter à des groupes par­ticuliers&amp;amp;nbsp;: il a sa forme héroïque, mais aussi sa forme commune, spontanée, sur laquelle il convient de réfléchir. Quand il ne sied point de dire la vérité, on peut la suggérer. On doit, pour le moins, éviter tout ce qui pourrait induire autrui en erreur&amp;amp;nbsp;; notamment la flatterie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Ps. 11, 2. Les fidèles disparaissent d'entre les enfants des hommes. On se dit des mensonges les uns aux autres; on parle avec des lèvres flatteuses et un cœur double.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ou même simplement les éloges trop fréquents susceptibles de porter celui qui les reçoit à une funeste surestime de soi-même. Ce comportement servile est souvent dic­té par la cupidité, par l’inclination à la facilité, ou par un certain dilettantisme de la politesse&amp;amp;nbsp;; il n’est pas pour autant justifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est si simple d’amortir les petits heurts inhérents aux con­tacts humains en flattant l’amour-propre, si agréable d’être le témoin, voire le point de mire, d’une amabilité que l’on contribue à entretenir en séduisant&amp;amp;nbsp;: il semble que l’on crée un capi­tal qui profite à tous et qui ne coûte rien à personne&amp;amp;nbsp;; mais, en réalité, on fausse l’ordre des valeurs, on empêche le jeu des réflexes sains en emprisonnant les consciences dans un réseau de convenances qu’elles prennent pour de l’authentique charité. La charité de la vérité exige une habituelle franchise qui préfé­rera la fermeté et même une pointe de rudesse à l’ombre de la flatterie facile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il rappeler que ce service charitable doit être rendu en particulier aux chefs, qui sont, à ce point de vue, les plus desservis des hommes&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;Un prince sera la fable de toute l’Europe, et lui seul n’en saura rien&amp;amp;nbsp;» remarquait Pascal&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;''Pensées''. Edition Brunschvicg ou Giraud. N° 100.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne convient&amp;amp;nbsp;pas, sauf exception, de dire à un supérieur quels défauts on remarque en lui&amp;amp;nbsp;; du moins lui doit-on de ne pas favoriser le jeu de penchants déficients par des connivences tacites dont le ressort caché est en général un intérêt égoïste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Vivre vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour dire vrai, il faut vivre vrai. On ne peut sentir comment la vérité mesure les choses et les vies, que si l’on vit soi-même dans la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute la différence entre l’insupportable redresseur de torts et le charitable témoin de la vérité, c’est que le premier ne saisit la vérité qu’abstraitement, et l’applique comme un calque inflexible sur les conduites qu’il entend reprendre&amp;amp;nbsp;; tandis que le second, vivant de la vérité, se trouve établi avec tous ses frères en une communion intelligible grâce à laquelle il prévient instinctivement les déviations plus encore qu’il ne les observe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour dire vrai, il suffit de vivre vrai. Il y a alors communication non habituellement explicitée, mais latente, de la vérité&amp;amp;nbsp;; persuasion de la vérité par la vérité de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela implique, sur le plan humain, conformité à l’état et à la fonction qui nous situent au regard d’autrui. Les quelques paroles que rapporte l’Évangile concernant la prédication de saint Jean-Baptiste sont, à cet égard, fort suggestives&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Luc 3, 10‑14. Et les foules l'interrogeaient disant « Que devons-nous donc faire ? » Il répondait et leur disait « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent : « Maître que devons-nous faire ? » et il leur dit : « N'exigez rien en plus de ce qui vous a été fixé. » Des gens du service armé lui demandaient aussi : « Et nous, que devons-nous faire ? » Et il leur dit : « Ne molestez personne. Ne dénoncez pas faussement. Et contentez­-vous de votre paye.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: il demande à tous de se montrer secourables, conformément à la grande loi humaine qui doit devenir la loi du Royaume&amp;amp;nbsp;; et, sollicité à plus de précision, il prescrit tout simplement à chacun d’accomplir ce qu’on a justement appelé le «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;», en veillant d’ailleurs à s’abstenir de toute fraude. Les percepteurs n’exigeront rien au-delà de ce qui est fixé, les soldats ne molesteront personne et se contenteront de leur paye.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stricte justice, pensera-t-on&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;Formellement&amp;amp;nbsp;», oui. Cependant S. Jean prêche dans la perspective du Royaume. Les conseils qu’il donne ne sont qu’un point de départ, une préparation.&amp;amp;nbsp;Il faut les prolonger, les affiner, mais en en conservant la rigoureuse et profonde simplicité. La justice du Royaume serait pri­vée de sens sans la charité. L’obligation de justice peut être im­pérée par l’amour&amp;amp;nbsp;; lequel opère, à la source de l’agir, une trans­formation, non une destruction. La charité ne demande pas qu’on change de condition&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 7, 20. Que chacun demeure dans la condition où l'appel divin l'a trouvé.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; elle doit faire vivre ''autrement'', dans la même condition. Elle peut avoir ses œuvres propres, elle doit d’abord informer, pour chacun, l’agir que la Providence lui départit. En un mot, la charité étant la perfection du chrétien, elle doit, pour lui, ''assumer ''toute la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est fort commun de dire que le «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;» doit être accompli pour l’amour de Dieu. Songe-t-on assez qu’il constitue également, vis-à-vis du prochain, la charité primordiale&amp;amp;nbsp;? S’il est entendu que nous coopérons au bien de nos frères par la tâche qui nous est dévolue, si en perspective chrétienne aucun bien ne peut être étranger au bien divin qu’il appartient à chacun d’atteindre, il s’ensuit que notre tâche, même considérée dans l’ordre naturel, relève fondamentalement de la charité surna­turelle. Si donc la falsification est condamnable en justice, com­bien plus si elle trompe l’attente de l’amour. Rien n’est plus in­supportable que de la rencontrer en ceux dont le trait distinctif est de faire consister la perfection en la charité. J’attends du percepteur, du soldat, qu’il fasse son métier, qu’il soit vrai. S’il ne l’est pas, il manque à la justice, mais en plus s’il est chrétien, à la charité&amp;amp;nbsp;: car il n’exprime pas adéquatement l’amour qui doit être en lui pour moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rencontre assez souvent une trahison implicite de la charité de la vérité dans le soin que certains prennent à éviter de prendre des décisions qui pourraient dresser contre eux quel­que opposition, et dont la responsabilité retombe ainsi inévita­blement sur d’autres. Abstentionnisme, habileté des enfants de ténèbres, mais non authentique charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soyez vrais, aurait à redire S. Jean, s’il se trouvait parmi nous. C’est simple, mais en réalité difficile&amp;amp;nbsp;; car ce sont les données les plus primitives que toujours on risque d’altérer, très particulièrement dans un monde voué à l’artificialité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une perspective plus large, ce que, chrétien ou non, j’attends du chrétien, c’est qu’il soit un chrétien authentique. Si le chrétien peut faire tout ce que font les autres, et ceux-ci tout ce qui fait le chrétien, quel sens cela a-t-il d’être chrétien&amp;amp;nbsp;? Si le sel s’affadit, à quoi sert-il&amp;amp;nbsp;? Le monde a besoin du sel chré­tien&amp;amp;nbsp;: est-ce l’aimer que de lui donner un ersatz&amp;amp;nbsp;? Nous n’enten­dons pas seulement ici que tout chrétien a le devoir d’être aussi fervent que grâce lui en est donnée, nous visons surtout une question d’authenticité dans les principes. Élaborer et plus encore prétendre vivre un «&amp;amp;nbsp;christianisme&amp;amp;nbsp;» dans lequel des valeurs aussi essentielles que péché, Rédemption, pénitence, re­noncement, sont édulcorées, ou ramenées à des proportions mes­quines qui les rendront «&amp;amp;nbsp;acceptables&amp;amp;nbsp;», c’est sans doute se rapprocher du monde, mais pour le mieux trahir. Car c’est trahir l’attente où il est d’un message dont il a perdu le souvenir, et que les chrétiens lui doivent par amour&amp;amp;nbsp;: au nom même de l’amour en lequel Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;1 Jean ''4, 9‑10.''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charité de la vérité&amp;amp;nbsp;! Je crois trouver un chrétien, je ne trouve qu’un homme. Ce chrétien m’aime-t-il de l’amour dont il fait, par vocation, profession&amp;amp;nbsp;? De cet amour dont j’ai besoin parce que Dieu seul a pu l’inventer, Lui qui est l’Amour, Amour qui a donné aux hommes, dans le mystère de la vie de Jésus, la vé­rité de toute vie et la vie par la Vérité. Si d’autres services peuvent être rendus au nom de la seule justice, le témoignage de la vérité chrétienne ne peut être rendu que par amour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la charité de la vérité conduit-elle, par le progrès de sa requête intime, non seulement à dire vrai ou à vivre vrai, mais encore à faire aux hommes la charité d’être vrai, à la ma­nière dont le Verbe incarné manifesta l’amour de Dieu en se montrant parmi nous «&amp;amp;nbsp;plein de grâce et de vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;Jean 1, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, en étant la «&amp;amp;nbsp;Vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 6. Je suis la Voie, la Vérité, la Vie.&amp;lt;/ref&amp;gt; «&amp;amp;nbsp;venue rendre témoignage à la véri­té&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;Jean 18, 37. « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 8, 38. « Ce que j'ai vu auprès du Père, je le dis. »(Cf. Jean 1, 18.)&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est l’idéal. Nous ne pouvons le bien comprendre qu’en observant comment Dieu Lui-même en a assuré la réali­sation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Être vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a préparé, longuement, l’homme à Le recevoir, Lui la Vérité. La récitation des psaumes rend familière l’association des deux mots ''misericordia'' et ''veritas&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;''Ps. 24, 10. Tous les sentiers de Yahweh sont miséricorde et fidélité, pour ceux qui gardent son alliance et ses commande­ments.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 88, 15. La justice et l'équité sont le fondement de ton trône ; la bonté et la fidélité se tiennent devant ta face.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 107, 5. Car ta bonté s'élève au-dessus des cieux et ta fidélité jusqu'aux nues.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Michée 7, 20. Vous ferez voir à Job votre fidélité, à Abraham la miséricorde, que vous avez jurée à nos pères dès les jours anciens.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tob. 3, 2 &amp;lt;nowiki&amp;gt;[Tobie] : Vous êtes juste Seigneur; justes sont tous vos jugements, et toutes vos voies sont miséricorde, vérité et justice.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 39, 12. Toi Yahweh, ne me ferme pas tes miséricordes que ta vérité et ta bonté me gardent toujours.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 56. 4. Dieu m'enverra du ciel le salut : Dieu enverra sa bonté et sa vérité.''&amp;lt;/ref&amp;gt;, qu’ils soient attribués à Dieu Lui-même, ou bien qu’ils décrivent le comportement des justes sous le regard de Dieu. N’a-t-on pas discerné, en cette habituelle concordance, la manifestation originelle de la «&amp;amp;nbsp;charité de la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;? L’Alliance de Dieu avec son peuple ne fut-elle pas scellée par la communication d’une loi&amp;amp;nbsp;? Or on ne saurait voir en celle-ci seulement un ensemble de commandements, ni réduire celle-là à un pacte juridique&amp;amp;nbsp;; l’Alliance est la pre­mière initiative d’un amour qui ira s’épanouissant jusqu’à l’éco­nomie nouvelle, et la loi c’est la première initiation aux rudi­ments indispensables d’une vérité oubliée ou encore ignorée. ''Misericordia'' ''et veritas'', les psaumes ne font qu’exprimer une réalité déjà vécue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous découvrons ainsi, dans toute son ampleur divine et hu­maine, la charité de la vérité. Donner aux autres le pain de la vérité, par ce qu’on dit, par ce qu’on vit, par ce qu’on est, c’est être fidèle à l’engagement d’autant plus profond qu’il est moins exprimable, et qui nous lie aux autres parce qu’à Dieu. La fidélité lucide à la condition propre est, pour chacun, l’expression ha­bituelle de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;; c’est même cette forme hum­ble et concrète qui réussit au mieux à communiquer la vérité aux autres, en la leur suggérant par une persuasion aussi mystérieuse qu’incoercible. C’est qu’en effet cette forme de la fidélité est l’image de celle de Dieu. Il fait, Lui le premier si l’on ose dire, Son «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;», Celui qu’Il S’est choisi aimer, pardonner, instruire. Et si Dieu rencontre blasphème, ingratitude, fer­meture d’esprit, Il demeure Miséricorde prévenante et condes­cendante Lumière. Ainsi l’homme sait-il rencontrer, non un Dieu double, comme le sont tous les hommes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;Ps. 115, 1 ; Rom. 3, 4 Omnis homo mendax.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais un Dieu vrai&amp;amp;nbsp;: le vrai Dieu, qui donne la plus précieuse des oboles, celle de la vérité concrètement existante, vivante, agissante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallait sans doute que Dieu Lui-même Se fît patiemment persuasion, pour amener l’homme à découvrir, entre ''misericordia'' et ''veritas'', une mystérieuse coordination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fidélité de Dieu à l’égard de l’homme se traduit d’abord par une exigence de sincérité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Soyez vrais parce que je suis vrai.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;Nous pouvons transporter de cette façon les invitations si hardies : Lévit. 11, 44 ; 19, 2. Soyez saints parce que je suis saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Matt. 4, 48. Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.&amp;lt;/ref&amp;gt; La vie humaine appelle, comme sa justification, une plénitude immanente&amp;amp;nbsp;: celle de la vie divine gratuitement com­muniquée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;Telle est, en substance, l'interprétation que propose S. Au­gustin du verset Ps. 84, 12. La vérité germera de la terre et la justice regardera du haut du ciel.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Or elle ne s’ouvre à la Miséricorde qu’en se conformant à la Vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En retour, les liens affectifs fondés sur la communauté de la destinée, voire de la race, entraînent un devoir de mutuelle sincérité. Le mensonge n’est pas toujours stigmatisé en Israël quand il s’exerce, au bénéfice de la cause commune, vis-à-vis des étrangers&amp;amp;nbsp;; tandis qu’il est considéré absolument comme une faute entre Israélites. Cette disparité quant à l’appréciation mo­rale ne doit évidemment pas être retenue, mais elle était, en son temps, éducatrice. Elle signifiait précisément que fraternité et vérité relèvent d’une même mesure&amp;amp;nbsp;: c’est parce que les membres du peuple élu ont le même sens et le même culte du même Dieu vrai que toute altération de la vérité est tenue, entre eux, pour une faute contre Dieu Lui-même. La mésestime collective ou officielle de la vérité est moins un manquement à la justice qui ruine le fondement des échanges humains, qu’elle n’est le symp­tôme de la décadence morale et de la déchéance religieuse. Si Pilate avait respecté la vérité, il n’eût pas livré Celui qui est la Vérité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean 18, 37‑38. [Jésus] : « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : pour rendre témoignage à la vérité&amp;amp;nbsp;: quiconque est de la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit&amp;amp;nbsp;: « Qu'est-ce que la vérité ? » Ayant dit cela, il sortit de nouveau Pour aller vers les Juifs et il leur dit : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui... ».&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité de la vérité, telle qu’elle doit jouer entre les en­fants d’un même Père, se trouve donc en germe dans l’ancienne Alliance. Il en est un autre aspect, divin celui-là, que la miséri­cordieuse fidélité de Dieu a patiemment inculqué à l’homme. La miséricorde est comme un climat toujours identique. C’est Dieu qui le crée. Les relations humaines doivent donc s’y déployer, tout comme les initiatives divines à l’égard de l’homme. Et comme la Miséricorde est fondée dans la Vérité, la fidélité de Dieu assure la médiation entre la vérité que l’homme doit mettre dans sa vie et cette autre Vérité, propre à Dieu, cette vérité de Dieu «&amp;amp;nbsp;qui atteint jusqu’aux nues&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;Ps. 35, 6 ; Ps. 56, 11. Car ta fidélité atteint jusqu'aux cieux, et ta vérité jusqu'aux nues.&amp;lt;/ref&amp;gt; et qui «&amp;amp;nbsp;subsiste à jamais&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;Ps. 116, 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le lien organique entre la communication que Dieu fait de Lui-même, par Miséricorde, et les comportements concrets que dicte à l’homme la même Miséricorde. Ceux-ci sont vérité, en celle-là qui est Vérité. La première Miséricorde consista d’ailleurs en la communication de la Vérité, par dessus tout de cette vérité qui par sa nature engageait Dieu Lui-même&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Yahveh est le seul vrai Dieu.&amp;amp;nbsp;» C’est pourquoi, sans cette trame subsistante qu’est la charité de la vérité, tout ce que peuvent dessiner les autres formes de la charité est voué à s’estomper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le message de la loi nouvelle nous permettra de saisir pour­quoi on doit, et comment on peut, au nom de l’Amour, dire vrai, vivre vrai, être vrai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==IIème Partie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot charité est si chargé d’images que son contenu spi­rituel risque de s’en trouver caché. Trop souvent charité équi­vaut à «&amp;amp;nbsp;faire la charité&amp;amp;nbsp;», à «&amp;amp;nbsp;donner quelque chose&amp;amp;nbsp;». Or ce «&amp;amp;nbsp;quelque chose&amp;amp;nbsp;» est le signe - et devient une cause supplé­mentaire - de l’extériorité qui existe entre ceux qui s’aiment, extériorité que l’amour voudrait justement annuler. S’engager dans cette voie serait oublier le sens tout spirituel de la charité, de la charitas veritatis. Celle-ci consiste bien à «&amp;amp;nbsp;donner&amp;amp;nbsp;», mais le don est si éminent qu’il ne peut procéder que de Dieu&amp;amp;nbsp;; il pénètre si intimement l’esprit, le cœur, l’être, que cette zone, hors d’atteinte de toute puissance créée, est réservée à Dieu. On ne peut donner la vérité - celle, du moins, qui concerne la vie et l’être - qu’en vertu de l’acte même par lequel on la reçoit. Autrement dit, un amour naturel ne suffit pas pour porter effica­cement à autrui une certaine qualité de vérité. Il faut, pour ce faire, bénéficier d’un potentiel divin qu’assure le seul amour qui nous fait un avec Dieu, la charité. La sublime obole de la charité ne peut être matérialisée, elle n’a de sens qu’insérée dans l’amour dont Dieu Seul est la Source.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, de cela, une importante conséquence. La charité, qui vient de Dieu, ne fait pas acception de personnes. Mon premier prochain, c’est moi-même&amp;amp;nbsp;: je ne peux donc pas ne pas m’aimer moi-même de cet indivisible amour dont j’aime Dieu et le prochain. Et parce que le don de la vérité est entièrement inclus dans l’amour, parce qu’il ne peut l’alourdir d’aucune extériorité, parce qu’il est en quelque sorte immanent à cet amour, il est partout où se porte cet amour, il est en moi. C’est d’abord vis-à­-vis de moi-même que je dois exercer la charité de la vérité, à moins d’être dans l’illusion sur la nature du sentiment qui m’in­cline à donner la vérité aux autres. Ici, charité qui ne commen­cerait pas par soi-même, ne serait pas du tout charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer la vérité c’est vouloir, pour les autres, la leur donner, pour soi, la recevoir&amp;amp;nbsp;: deux incidences d’un même acte, par nous participé, celui de l’amour, inclusif de vérité. Faire la charité de la vérité c’est donc premièrement et essentiellement&amp;amp;nbsp; la recevoir. Dieu donne, par amour, la vérité à tous&amp;amp;nbsp;: à autrui, à moi, à moi par autrui et à autrui par moi. Dans la mesure, et au degré où je reçois, je puis donner. Et s’il est possible de tricher sur la parole - on peut dire, de la vérité, un peu plus qu’on a compris - il est très difficile de faire vivre de la vérité plus qu’on en vit soi-même, et tout à fait impossible de donner aux autres d’être vrais plus qu’on est vrai soi-même&amp;amp;nbsp;: on ne triche pas avec l’être. A ce degré, c’est Dieu qui est con­cerné. Lui, et Lui seul, mesure l’équation de chaque être avec lui-même, c’est-à-dire la vérité de chaque être&amp;amp;nbsp;; Lui et Lui seul fonde les relations mystérieuses en vertu desquelles ses créatu­res se conditionnent mutuellement dans leur être-vrai, du fait qu’elles communient toutes en Lui, qui est la Vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A chaque étape de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;: dire, vivre, être, se retrouve au sein du même amour la même fondamentale réciprocité, entre le don reçu et le don communiqué. Procédons à l’observer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dire vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient, pour dire vrai, d’être disposé à ''recevoir la ''vérité&amp;amp;nbsp;; cette vérité qui est règle de vie et devient progressive­ment l’être même. Il faut interroger Dieu, et savoir attendre la réponse. Pilate demande bien à Jésus&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;qu’est-ce que la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot; /&amp;gt;, mais tourne les talons. Il retourne à sa préoccupa­tion, qui était, d’ailleurs, de défendre Jésus&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;Jean 18, 39. Mais c'est la coutume qu'à la fête de pâque je vous délivre quelqu'un. Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean 19, 12. Dès ce moment, Pilate cherchait à le délivrer, [Après avoir affirmé à plusieurs reprises : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui. » (18, 38 ; 19, 4, 6.)]&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais comme il le défend mal&amp;amp;nbsp;: en se lavant les mains&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;Matt. 27, 24‑25. Or, Pilate, voyant qu'il n'avançait à rien mais que plutôt le tumulte augmentait, prenant de l'eau, se lava les mains en présence de la foule en disant « Je suis innocent de ce sang : à vous de voir ». Tout le peuple répondit : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;. Eût-il attendu, puis écouté la réponse, le sang du Juste n’eût peut-être pas été appelé sur les Juifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui n’écoute pas Dieu, qui se porte trop vite vers d’autres foyers de vérité sans attendre les réponses de Dieu qui seules sont décisives, celui-là se met hors de la charité de la vérité. Car l’attente ne peut être soutenue que par un amour&amp;amp;nbsp;: amour qui n’est point facultatif - faute de l’avoir, on risque fort de&amp;amp;nbsp;se perdre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;II Thess. 2, 9‑10. Son avènement à lui [l'impie] se produira par l'action de Satan, parmi toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges menteurs, et parmi toutes les séductions de l'iniquité pour ceux qui se perdent faute d'avoir accueilli l'amour de la vérité (caritas veritatis) qui les sauverait.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt; -, amour qui devient opérant par la vérité, c’est-à-dire qui devient inclusif de vérité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 13, 6. La charité se réjouit de la vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La joie étant conscience d'être, la charité contient elle-même la vérité dont elle se réjouit. La charité communique la vérité, enveloppée de joie.&amp;lt;/ref&amp;gt; avant de s’appliquer à communiquer&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;Ps. 50, 8. Voici que tu aimes la vérité, et que tu m'as com­muniqué le mystère de ta sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II Cor. 4, 13. J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette disposition première, désir sincère, et docilité humble, est la racine cachée de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;: c’est d’elle que jaillit toute la sève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dire vrai, et par le fait même diffuser autour de soi une certaine limpidité mentale à la faveur de laquelle les réflexes autocritiques sains se développent spontanément, est le premier service de la charité de la vérité. Il suppose que nous sachions nous laisser «&amp;amp;nbsp;instruire par le Christ, selon que la vérité se trouve en Jésus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;Eph. 4, 20‑21. Mais ce n'est pas ainsi que vous avez appris le Christ, si vraiment vous l'avez entendu et si vous avez été instruits par lui, selon que la vérité se trouve en Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Car il n’y a qu’une parole qui purifie ceux qui l’entendent&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;Jean 15, 3. Déjà vous êtes purs à cause de la parole que je vous ai annoncée.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: elle ne sera opérante par nous que si nous la faisons nôtre en l’écoutant. Cela ne veut pas dire que nous la répéterons. Qui donc pourrait y prétendre&amp;amp;nbsp;? Cela signifie simplement que le sens de la vérité, dont la Parole est en un sens le sacrement, inspirera spontanément en nous les vigilances ou les non-advertances, les sévérités ou les indulgences, les fermetés ou les sourires qui contribueront à faire de la vérité un besoin irrésistible pour ceux qui nous entourent&amp;amp;nbsp;: chacun com­prenant à sa mesure le mystérieux message qui inclinera celui-ci à éviter le mensonge, et tel autre à une sincérité totale sous le regard de Dieu. Tous seront purs, chacun à son degré, dans le moment où la Parole, présente en nous, leur sera, peut-être grâce à nous, communiquée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut recevoir pour donner. Mais il ne suffit pas de recevoir. L’acte indivisible de l’Amour, dans lequel le don reçu est aussi le don donné, saisit simultanément Dieu, le prochain et nous­-mêmes. Il établit entre le prochain et nous-mêmes une relation que fonde l’Amour dont nous sommes aimés l’un et l’autre. Et nous ne serions pas authentiquement en cet amour, à ce degré où il faut l’être pour que soit conférée à la vérité une communi­cabilité efficace, si nous pensions pouvoir donner de Dieu au&amp;amp;nbsp;prochain sans être disposés à recevoir de Dieu par le prochain. Il faut accepter nos vérités du prochain&amp;amp;nbsp;; il n’y a en effet qu’une vérité, et qu’un amour de cette vérité, ou bien mensonge et illusion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le signe est crucial&amp;amp;nbsp;: avoir la charité de la vérité dans son absolu irrésistible, c’est savoir accueillir toute vérité, en parti­culier sur soi-même, d’où qu’elle vienne. Nous devons aimer cette vérité de nous-même que nous livre le prochain&amp;amp;nbsp;; il est si perspicace quand il nous demande l’héroïsme, car il ne fait souvent qu’appliquer une logique dont nous redoutions la rigueur. Accepter ce message des autres, apporte double bénéfice. D’abord la lumière sur nous-même&amp;amp;nbsp;: Dieu, qui accueille toutes les prières, peut aussi nous parler par toutes les lèvres. Nous, qui avons tant besoin, quand nous prions, de croire au premier point, croyons aussi le second. Puis, cette acceptation nous ou­vre les autres&amp;amp;nbsp;: ils nous savent gré de respecter l’exigence la plus primitive de la charité de la vérité - don reçu, don donné dans un seul amour -. Les non-chrétiens, mêmes s’ils ne croient plus à la vérité, perçoivent avec raison que nous devons y croire assez pour ne vouloir triompher que par elle, et donc répudier aussi bien l’hypocrisie aveugle qu’une certaine diplo­matie de la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Vivre vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;Matt. 5, 16.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils que donne Jésus sur la manière de prier&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;Matt. 6, 6‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;, les reproches si véhéments qu’Il adresse au pharisaïsme, ne lais­sent aucun doute sur la portée de ce conseil. Pas d’ostentation, pas d’»&amp;amp;nbsp;édification&amp;amp;nbsp;», pas de calcul. Si une vie est vraie, elle ne peut pas ne pas rayonner. Celui qui met en pratique les lois du Royaume, à savoir les béatitudes, est la «&amp;amp;nbsp;lumière du monde&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;Matt. 5,14. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne doit pas se cacher. Et ceux qui l’entourent, sensibles à la qualité de lumière qui émane de lui, remonteront jusqu’à la Source&amp;amp;nbsp;: Dieu, «&amp;amp;nbsp;Lui qui nous a appelés dans son admirable Lumière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;1 Pet. 2, 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Transfiguration opérée dans une vie humaine par le don de Dieu&amp;amp;nbsp;: le chrétien doit à tous, cette vérité qu’il est seul à même de donner. Il ne s’agit d’ailleurs pas&amp;amp;nbsp;seulement de justice, mais d’amour. Quand Dieu nous introduit dans son Royaume, Il nous donne d’emblée plus que nous ne pouvions attendre et comprendre. C’est bien dans son amour que nous devons présenter aux autres la persuasion de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous attendre d’eux, en retour, pareil service&amp;amp;nbsp;? Oui, s’i1 s’agit de nos frères chrétiens. Mais non de ceux qui, n’ayant pas en eux la vérité de Dieu et l’amour de Dieu, ne peuvent laisser filtrer jusqu’à nous cette lumière sans pareille qui est comme un resplendissement du secret de la face du Père. Beaucoup peuvent être sincères et accomplir de grandes choses, mais ne s’élèvera-t-il pas de «&amp;amp;nbsp;faux Christ et de faux prophètes, et ils feront de grands prodiges et des choses extraordinaires, jusqu’à séduire s’il se pouvait les élus eux-mêmes&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;Matt. 24, 24.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sincérité peut être au service de l’erreur&amp;amp;nbsp;: elle excuse ceux qui se trompent de bonne foi&amp;amp;nbsp;; mais rien n’excuse la séduction en ceux qui, possesseurs de la vérité, doivent appeler l’erreur par son nom&amp;amp;nbsp;: c’est, nous l’avons vu, la première forme de la charité de la vérité. Ne laissons donc pas l’idéal chrétien se contaminer par une osmose, d’abord imperceptible, qui finirait par noyer dans un humanisme immédiatement tangible les valeurs surnaturelles que Dieu seul peut dispenser gratuite­ment. Ne cherchons pas à conjurer par un illusoire apprivoise­ment ces sortes de démons «&amp;amp;nbsp;qui ne peuvent se chasser que par le jeûne et par la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;Matt. 17, 20.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’erreur et la facilité pactisent secrètement contre les enfants de lumière. Le danger n’est pas moindre en vie collective qu’en vie individuelle&amp;amp;nbsp;; et, s’il sévit surtout dans le monde, il peut aussi visiter les cloîtres par le truchement de conceptions de la vie humaine assez étrangères aux perspectives évangéliques. En ce qui concerne la vérité et le rayonnement de la vie, le chrétien doit apporter davantage, et doit savoir qu’il a moins à recevoir des non-chrétiens. La cha­rité de la vérité demeure, à ce point de vue, partiellement unila­térale&amp;amp;nbsp;; cela résulte, inéluctablement, de ce que la grâce est don gratuit, et pareillement la foi. Certes, ce n’est pas en tout chrétien que la lumière brille au point de susciter discrètement et irré­sistiblement la louange qui remonte vers le Père&amp;amp;nbsp;; mais ce n’est pas une raison pour oublier, ni que cette lumière-là et elle seule est la parure des saints, ni qu’il n’y a pas de sainteté laïque, ni que la sainteté devient un mythe si on résorbe Dieu, en une immanence si indéfiniment accueillante et si misérable, dans sa prétendue infinitude qu’on est tout près d’oublier qu’on, ne peut aimer Dieu si, en même temps, on ne L’adore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charitas veritatis&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Lorsque le Fils de l’Homme viendra trouvera-t-il la foi sur terre&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;Luc 18, 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La pureté divine des&amp;amp;nbsp;valeurs que la foi devrait envelopper et conserver sur terre n’aura-t-elle pas sombré dans l’universelle séduction&amp;amp;nbsp;? Tel est l’enjeu qui est déposé dans notre cœur et dans notre esprit&amp;amp;nbsp;: assurer à la vérité qui vient de Dieu la seule permanence qu’elle puisse revêtir en ce monde, par notre vie et dans notre vie, ''testimonium'' ''fidei''. Et faire ainsi, par l’amour de Dieu qui la dispense, par l’amour de nos frères qui l’attendent&amp;amp;nbsp;: une seule et même charité de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On demandera sans doute&amp;amp;nbsp;: que faut-il faire&amp;amp;nbsp;? Rien peut-être que déjà nous ne fassions. La charité de la vérité est trop ori­ginelle pour avoir ses œuvres propres. Elle consiste à vivre, en un certain esprit, l’amour divin. La précision la plus nuancée et la plus exacte nous est donnée par Jésus lui-même. Il apporte sur terre un certain reflet que lui-même n’y retrouve nulle part. il vient «&amp;amp;nbsp;rendre témoignage à la vérité&amp;amp;nbsp;»18&amp;amp;nbsp;; or ce témoi­gnage, qui «&amp;amp;nbsp;ne fait acceptation de personne&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Marc 12, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, comporte bien un «&amp;amp;nbsp;jugement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Jean 5, 22. Le Père même ne juge personne, mais il a donné au Fils le jugement tout entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; au sujet des réalités de la terre, au sujet de la vérité concrétisée sur terre&amp;amp;nbsp;; mais il consiste d’abord en ceci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce que j’ai vu auprès de mon Père, je le dis&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Jean 8, 38. Cf. 1, 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toute l’œuvre de Jésus procède du Père, est orientée vers le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;Jean 6, 38. Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui m'a envoyé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 5, 37 ; 8, 18. Le Père lui-même témoigne de moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 8, .50. Pour moi, je n'ai pas souci de ma propre gloire : il est quelqu'un qui en prend soin et qui fera justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 17, 5. Père rends-moi la gloire que j'avais auprès de toi, avant que le monde fût.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces quelques versets, entre bien d'autres, rappellent que Jésus se réfère constamment au Père, comme Principe, comme Témoin, comme Terme.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; elle montre le Père, à tel point que, Philippe deman­dant&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Seigneur, montrez-nous le Père et cela nous suffit&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Jésus répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Celui qui m’a vu, a vu aussi le Père&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie du chrétien doit, elle aussi, désigner Dieu&amp;amp;nbsp;; plutôt que s’appliquer à mettre en valeur un homme multidimensionnel, révélation des temps nouveaux, si enfiévré à ne rien laisser perdre de soi qu’il devient imperméable à la véritable Sagesse&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Rechercher ''premièrement ''le royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;Matt. 6. 33.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut certes pas changer en préoccupation scrupuleuse de ne point excéder&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;La foi doit ôter toute timidité puisqu'elle donne de faire des œuvres qui surpassent celles de Jésus lui-même (Jean 14, 12).&amp;lt;/ref&amp;gt;, ce qui doit être occupation soucieuse de l’essentiel. Mais la vérité primordiale c’est que le chrétien vit de Dieu, et que le point d’application de son effort doit être de développer la «&amp;amp;nbsp;tendance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;Ainsi aimait à s'exprimer la bienheureuse Marie de l'Incar­nation.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont il reçoit la grâce. Alors il montrera Dieu, comme Jésus montrait son Père&amp;amp;nbsp;: avec le même naturel. On rayonne par sa vie ce dont précisément on vit. Plus profondément on réalise, par ce que l’on est, cela même en fonction de quoi l’on est&amp;amp;nbsp;; Jésus tient lieu du Père auprès de ses disciples, parce que tout son être est d’être du Père. Il ''est ''plus véritablement la Vérité qu’Il ne le dit ou ne le vit, et c’est cela même qu’il vient offrir à ceux qui l’entourent. Cette forme ultime de la charité n’appartient-elle pas aussi au chrétien&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ce qu’il nous reste à examiner brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Être vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’amour de Dieu consiste en ce qu’Il a envoyé son Fils - le Fils qui procède du Père selon la Vérité - comme victime de propitiation pour nos péchés10. Cette mission visible est le principe efficace d’une mission invisible qui se poursuit dans les âmes. Invisible ou visible, cette communication de Dieu épouse les mêmes modes&amp;amp;nbsp;: par amour - selon la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sanctifiez-les dans la vérité&amp;amp;nbsp;: votre parole est vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;Jean 17, 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;, dit Jésus à son Père. Le principe immédiat de cette sanctification, c’est l’Esprit-Saint. «&amp;amp;nbsp;Esprit de Jésus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;Jean 16, 14 ; Philip. 1, 19. ‑ Dans les Actes : Baptême dans l'Esprit Saint équivaut à Baptême de Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de vérité, qui procède du Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;Jean 15, 26‑27 ; Matt. 10, 20 ; Rom. 8, 9‑11.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit qui est la Vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;1 Jean 5, 6. Et c'est l'Esprit qui rend témoignage, parce que l'Esprit est la Vérité.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de Vérité qui guide dans toute la véri­té&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;Jean 16, 13.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne s’agit plus ici d’une rectitude parlée ou vécue, mais de cette «&amp;amp;nbsp;vérité qui transcende les cieux&amp;amp;nbsp;»19, qui «&amp;amp;nbsp;de­meure éternellement&amp;amp;nbsp;»20, qui est Dieu même. Exercée par Dieu, la charité devient le don ultime en quoi consiste la vision béatifiante. Ce don est réservé à Dieu&amp;amp;nbsp;; nous ne devons ni l’attendre d’autre que Lui, ni penser intervenir à l’intime de la communication que Dieu en fait à autrui. La charité de la&amp;amp;nbsp;vérité se résout ici en une réceptivité docile et diligente, dont l’Esprit de Vérité demeure à chaque instant la seule mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, notre fidélité à accueillir le don de la Vérité ne relève pas moins de l’amour du prochain que de l’amour de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun, il est vrai, porte la responsabilité de ses actes. On ne doit plus dire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des fils en sont agacées. Mais chacun mourra pour son iniquité&amp;amp;nbsp;; tout homme qui mangera des raisins verts, ses dents en seront agacées&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;Jer. 31, 29.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mes refus n’entraîneraient pas que Dieu se refuse à autrui. En retour, autrui ne bénéficie pas de ce dont je refuse de bénéficier&amp;amp;nbsp;; la sanctification par la vérité est en profonde conformité avec la communicabilité qui est propre à la vérité. En quoi on reconnaît une œuvre éminente de la Sagesse divine. La contempler contribue, de surcroît, à fixer l’esprit dans la Vérité qui est source de toute vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a plus. La grâce de vérité nous venant en fait par l’Humanité du Christ, et celle-ci étant une réalité créée, il s’établit de nous à elle une certaine réciprocité. L’Humanité sainte est, ''en tant que principe de communication'', condition­née par notre propre réceptivité&amp;amp;nbsp;; à la manière dont la parole de l’orateur se trouve, du fait même du contact avec l’audi­toire, constituée en un état de communicabilité qui n’en affecte pas la teneur objective, mais qui n’en dérive pas non plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui écoutent une parole au point de mettre tout leur être en accord avec elle suscitent, dans cette parole, des har­moniques qui la rendent intrinsèquement plus pénétrante, qui lui confèrent une exigence de communicabilité à laquelle doivent bientôt se rendre ceux qui d’abord n’écoutaient qu’avec moins de profondeur, ou moins de docilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Semblablement, recevoir la Parole de Vérité c’est, par la médiation de cette Parole elle-même, assurer la même grâce aux autres. La Vérité, incarnée dans le Christ, réfléchit en elle-­même la profondeur à laquelle elle pénètre. Elle acquiert, par des modalités temporelles muées en un état éternel, une péné­trabilité qui requiert par sa nature même d’être réalisée dans le temps. Que Judas ait refusé la grâce de repentir et de conversion enveloppée dans le regard et la parole de Jésus n’ôte évidemment rien aux virtualités infinies contenues pour chacun de nous dans l’éternelle Vérité. Mais que les Samari­tains aient eu conscience de parvenir à une foi plus pure en s’attachant à Jésus lui-même, plutôt qu’en accueillant le témoignage de leur compatriote&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;Jean 4,42. ‑ S. Thomas, dans son beau commentaire, montre que le progrès de la foi est lié à ce fait que Dieu opère dans l'âme d'une manière plus immédiate&amp;amp;nbsp;: l'action divine apparaît elle-même, et non plus voilée dans la médiation des signes.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: voilà qui a découvert, et qui premièrement a réalisé, l’une des possibilités sanctificatrices de la Vérité. Réalisation et manifestation qui inaugurées il y a vingt siècles, demeurent opérantes en notre durée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Conclusion==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a donc une charité de la vérité, d’autant plus imma­nente à la participation de la Vérité que cette participation est plus profonde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous faisons de la Vérité la règle de nos paroles et de nos pensées, nous induisons les autres à la sincérité sans laquelle il n’y a pas de vie possible avec Dieu&amp;amp;nbsp;; mais nous devons, en retour, être prêts à accueillir, d’où qu’il vienne, le service d’entendre nos vérités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous prenons la Vérité comme mesure permanente de notre vie, nous faisons luire une lumière purifiante et con­vertissante. Nous devons en même temps discerner, dans ses plus subtiles infiltrations, la séduisante facilité qui résout Dieu en un surhomme, ou qui substitue la sagesse de la raison à la folie de la Croix, la vérité «&amp;amp;nbsp;diminuée par les hommes&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;Ps. 11, 2. Quoniam diminutae sunt veritates a filiis hominum.&amp;lt;/ref&amp;gt; à la Vérité de Dieu. Il y a une trahison des chrétiens, comme il y a une fidélité des chrétiens. Eux seuls connaissent le secret, eux seuls possèdent la source&amp;amp;nbsp;; eux seuls peuvent aller à un certain degré, dans la fidélité comme dans la trahison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si enfin nous accueillons la Vérité, non plus seulement comme mesure d’une vie qui procéderait de nous, mais selon un mode plus mystérieusement intime, comme nous refor­mant à la source de nous-même, cette Vérité devient un prin­cipe opérant et transformant&amp;amp;nbsp;: elle nous fait vrais nous-même en nous mettant en équation avec elle, elle nous fait exercer .la charité de la vérité par l’acte qui établit en état de communicabilité permanente ce qui était, en elle, seulement communicable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons marqué à grands traits le cheminement concret de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;; nous en avons ensuite indiqué le fondement théologal. Faut-il rappeler en terminant que ces deux points de vue doivent être tenus ensemble, si on ne veut, ni qu’une ascèse sans envol s’effrite en recettes, ni qu’une mystique sans contrôle s’exténue en abstractions. Le plus humble de nos actes est toujours justiciable de la plus haute inspiration&amp;amp;nbsp;: la vérité ne subsiste que dans la Vérité, comme l’humanité de Jésus dans le Verbe incréé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la temporalité de l’agir nous est-elle donnée pour que nous en saisissions la véritable substance&amp;amp;nbsp;: l’Acte éternel. Ainsi la Loi fut-elle donnée aux Juifs pour qu’en l’écrivant par la vérité de leur vie, ils reconnaissent le doigt de Dieu. Ainsi Jésus est-il donné aux hommes afin qu’ils atteignent, chacun pour soi, chacun pour ses frères, le Verbe de Vérité&amp;amp;nbsp;: charitas veritatis in Deo et in nobis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_Charit%C3%A9_de_la_v%C3%A9rit%C3%A9&amp;diff=1711</id>
		<title>La Charité de la vérité</title>
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				<updated>2011-04-06T13:46:52Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* Caritas veritatis */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = P. Guérard des Lauriers, O.P. &lt;br /&gt;
| source = Revue ''Itinéraires'', n°155, pp. 217-234&lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = Juin 1956&lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦♦ Moyen &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|- &lt;br /&gt;
| &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
= Caritas veritatis =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité est une, et cependant, «&amp;amp;nbsp;lien de perfection&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Col. 3, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, elle revêt des formes multiples&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 16, 24. Ma charité est avec vous tous dans le Christ Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La charité est Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;1 Jean 4, 16.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et elle est aussi Dieu en nous&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Rom. 5, 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Contraste familier à qui scrute l’insertion de l’Incréé dans le créé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même charité stimule la contemplation et inspire l’ascèse, porte remède à toute l’indigence humaine et verse au fond de l’âme un baume mystérieux. Immense et belle fresque, dont peut jouir tout chrétien, pourvu qu’il sache ouvrir les yeux, dans le coin de terre où Dieu l’a fait naître. La charité de la vérité n’en est qu’un motif, dont nous n’examinerons qu’un aspect...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La charité de la vérité, dit S. Augustin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Otium sanctum quaerit charitas veritatis ; negotium justum suscipit necessitas charitatis. De Civ. Dei 19, 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;, recherche un saint loisir&amp;amp;nbsp;; la nécessité de la charité supporte de servir avec équité&amp;amp;nbsp;». S. Augustin parlait d’expérience&amp;amp;nbsp;: c’est au prix d’un long et coûteux effort que, «&amp;amp;nbsp;prêtre du premier ordre&amp;amp;nbsp;» ne crai­gnant pas pour autant de réfuter les hérétiques, il réussit à com­poser le De Trinitate, c’est-à-dire en l’occurrence, à installer la «&amp;amp;nbsp;caritas veritatis&amp;amp;nbsp;» au cœur de la «&amp;amp;nbsp;necessitas caritatis&amp;amp;nbsp;». Scruter la vérité pour elle-même n’est pas prendre en charge d’une manière immédiate les besoins de ses frères&amp;amp;nbsp;: le poêle de Descartes n’est pas une officine de philanthropie. La vérité est cependant un pain dont tous ont besoin&amp;amp;nbsp;: le rompre est une œuvre éminente de charité, plus encore s’il s’agit des vérités qui concernent le Bien ultime de l’homme. Il revient au seul christianisme de résoudre, en une sagesse ineffable, l’apparente an­tinomie entre «&amp;amp;nbsp;caritas veritatis&amp;amp;nbsp;» et «&amp;amp;nbsp;necessitas caritatis&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous envisagerons ici une communication de la vérité ins­pirée par l’amour de Dieu - d’où charité de la vérité -&amp;amp;nbsp;: mais il s’agira d’une vérité plus immédiate et plus universelle, plus simple et plus profonde, plus familière et plus difficile à attein­dre que la vérité élaborée par l’esprit&amp;amp;nbsp;: il s’agira de la vérité de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les formes élémentaires - dire vrai, vivre vrai, être vrai -que revêt la charité de la vérité, en constituent le climat plutôt que la substance&amp;amp;nbsp;; car, si l’amour les inspire, la justice ne laisse pas de les impérer. Nous en présenterons d’abord une triangu­lation, nous en examinerons ensuite le fondement dans la Révé­lation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Ier Partie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dire vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire vrai&amp;amp;nbsp;», c’est d’abord ne pas mentir. Règle simple, et juste&amp;amp;nbsp;; car, mentir, c’est retourner contre le prochain le droit qu’a tout homme à un échange spirituel avec ses semblables. «&amp;amp;nbsp;Dire vrai&amp;amp;nbsp;», c’est également, et c’est plus délicat, sérier les cas dans lesquels il convient de dire ou de taire la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’amour d’amitié, chacun veut et son bien propre et le bien de Celui qu’il aime. Le premier de ces biens est la vérité de la vie, dans son engagement extérieur comme dans sa rectification intime. Je me dois à moi-même la vérité, et mon ami la tient pour son propre bien parce qu’elle est mon bien. Je la lui dois donc au nom de l’amitié, qui postule l’unité du désir et celle du bien, aimé en commun. Cela n’entraîne pas qu’on doive tou­jours tout dire&amp;amp;nbsp;; il suffit, pour l’ordinaire, d’être prêt à commu­niquer. La communication effective constitue cependant une exigence plus urgente quand il s’agit de la vie intime, laquelle se déroule au degré même d’intériorité d’où procède l’amitié&amp;amp;nbsp;; il y a des confidences qu’on ne refuse pas sans trahir, et bientôt sans détruire, l’amour qui les exigeait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout cela, ce qui importe, c’est le fait même de la commu­nication, le don, non l’objet du don&amp;amp;nbsp;; car la vérité que je dis peut, de soi, être personnellement indifférente à l’ami&amp;amp;nbsp;; ainsi lorsqu’il s’agit d’une chose qui n’est sienne que parce qu’elle est mienne. Mais il peut s’agir aussi d’un bien qui est en propre le bien de celui que j’aime&amp;amp;nbsp;; et même du bien dont, par excellence, il a besoin&amp;amp;nbsp;: savoir, la vérité concernant la rectification morale per­sonnelle. Dire cette vérité, c’est exercer la correction fraternelle. Deux conditions sont pour cela requises&amp;amp;nbsp;: être en situation pour juger juste, estimer probable l’amendement suggéré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce service se pratique spontanément entre ceux qu’unit une charité fervente. Mais il ne faut pas le limiter à des groupes par­ticuliers&amp;amp;nbsp;: il a sa forme héroïque, mais aussi sa forme commune, spontanée, sur laquelle il convient de réfléchir. Quand il ne sied point de dire la vérité, on peut la suggérer. On doit, pour le moins, éviter tout ce qui pourrait induire autrui en erreur&amp;amp;nbsp;; notamment la flatterie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Ps. 11, 2. Les fidèles disparaissent d'entre les enfants des hommes. On se dit des mensonges les uns aux autres; on parle avec des lèvres flatteuses et un cœur double.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ou même simplement les éloges trop fréquents susceptibles de porter celui qui les reçoit à une funeste surestime de soi-même. Ce comportement servile est souvent dic­té par la cupidité, par l’inclination à la facilité, ou par un certain dilettantisme de la politesse&amp;amp;nbsp;; il n’est pas pour autant justifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est si simple d’amortir les petits heurts inhérents aux con­tacts humains en flattant l’amour-propre, si agréable d’être le témoin, voire le point de mire, d’une amabilité que l’on contribue à entretenir en séduisant&amp;amp;nbsp;: il semble que l’on crée un capi­tal qui profite à tous et qui ne coûte rien à personne&amp;amp;nbsp;; mais, en réalité, on fausse l’ordre des valeurs, on empêche le jeu des réflexes sains en emprisonnant les consciences dans un réseau de convenances qu’elles prennent pour de l’authentique charité. La charité de la vérité exige une habituelle franchise qui préfé­rera la fermeté et même une pointe de rudesse à l’ombre de la flatterie facile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il rappeler que ce service charitable doit être rendu en particulier aux chefs, qui sont, à ce point de vue, les plus desservis des hommes&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;Un prince sera la fable de toute l’Europe, et lui seul n’en saura rien&amp;amp;nbsp;» remarquait Pascal&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;''Pensées''. Edition Brunschvicg ou Giraud. N° 100.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne convient&amp;amp;nbsp;pas, sauf exception, de dire à un supérieur quels défauts on remarque en lui&amp;amp;nbsp;; du moins lui doit-on de ne pas favoriser le jeu de penchants déficients par des connivences tacites dont le ressort caché est en général un intérêt égoïste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Vivre vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour dire vrai, il faut vivre vrai. On ne peut sentir comment la vérité mesure les choses et les vies, que si l’on vit soi-même dans la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute la différence entre l’insupportable redresseur de torts et le charitable témoin de la vérité, c’est que le premier ne saisit la vérité qu’abstraitement, et l’applique comme un calque inflexible sur les conduites qu’il entend reprendre&amp;amp;nbsp;; tandis que le second, vivant de la vérité, se trouve établi avec tous ses frères en une communion intelligible grâce à laquelle il prévient instinctivement les déviations plus encore qu’il ne les observe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour dire vrai, il suffit de vivre vrai. Il y a alors communication non habituellement explicitée, mais latente, de la vérité&amp;amp;nbsp;; persuasion de la vérité par la vérité de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela implique, sur le plan humain, conformité à l’état et à la fonction qui nous situent au regard d’autrui. Les quelques paroles que rapporte l’Évangile concernant la prédication de saint Jean-Baptiste sont, à cet égard, fort suggestives&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Luc 3, 10‑14. Et les foules l'interrogeaient disant « Que devons-nous donc faire ? » Il répondait et leur disait « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent : « Maître que devons-nous faire ? » et il leur dit : « N'exigez rien en plus de ce qui vous a été fixé. » Des gens du service armé lui demandaient aussi : « Et nous, que devons-nous faire ? » Et il leur dit : « Ne molestez personne. Ne dénoncez pas faussement. Et contentez­-vous de votre paye.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: il demande à tous de se montrer secourables, conformément à la grande loi humaine qui doit devenir la loi du Royaume&amp;amp;nbsp;; et, sollicité à plus de précision, il prescrit tout simplement à chacun d’accomplir ce qu’on a justement appelé le «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;», en veillant d’ailleurs à s’abstenir de toute fraude. Les percepteurs n’exigeront rien au-delà de ce qui est fixé, les soldats ne molesteront personne et se contenteront de leur paye.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stricte justice, pensera-t-on&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;Formellement&amp;amp;nbsp;», oui. Cependant S. Jean prêche dans la perspective du Royaume. Les conseils qu’il donne ne sont qu’un point de départ, une préparation.&amp;amp;nbsp;Il faut les prolonger, les affiner, mais en en conservant la rigoureuse et profonde simplicité. La justice du Royaume serait pri­vée de sens sans la charité. L’obligation de justice peut être im­pérée par l’amour&amp;amp;nbsp;; lequel opère, à la source de l’agir, une trans­formation, non une destruction. La charité ne demande pas qu’on change de condition&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 7, 20. Que chacun demeure dans la condition où l'appel divin l'a trouvé.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; elle doit faire vivre ''autrement'', dans la même condition. Elle peut avoir ses œuvres propres, elle doit d’abord informer, pour chacun, l’agir que la Providence lui départit. En un mot, la charité étant la perfection du chrétien, elle doit, pour lui, ''assumer ''toute la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est fort commun de dire que le «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;» doit être accompli pour l’amour de Dieu. Songe-t-on assez qu’il constitue également, vis-à-vis du prochain, la charité primordiale&amp;amp;nbsp;? S’il est entendu que nous coopérons au bien de nos frères par la tâche qui nous est dévolue, si en perspective chrétienne aucun bien ne peut être étranger au bien divin qu’il appartient à chacun d’atteindre, il s’ensuit que notre tâche, même considérée dans l’ordre naturel, relève fondamentalement de la charité surna­turelle. Si donc la falsification est condamnable en justice, com­bien plus si elle trompe l’attente de l’amour. Rien n’est plus in­supportable que de la rencontrer en ceux dont le trait distinctif est de faire consister la perfection en la charité. J’attends du percepteur, du soldat, qu’il fasse son métier, qu’il soit vrai. S’il ne l’est pas, il manque à la justice, mais en plus s’il est chrétien, à la charité&amp;amp;nbsp;: car il n’exprime pas adéquatement l’amour qui doit être en lui pour moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rencontre assez souvent une trahison implicite de la charité de la vérité dans le soin que certains prennent à éviter de prendre des décisions qui pourraient dresser contre eux quel­que opposition, et dont la responsabilité retombe ainsi inévita­blement sur d’autres. Abstentionnisme, habileté des enfants de ténèbres, mais non authentique charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soyez vrais, aurait à redire S. Jean, s’il se trouvait parmi nous. C’est simple, mais en réalité difficile&amp;amp;nbsp;; car ce sont les données les plus primitives que toujours on risque d’altérer, très particulièrement dans un monde voué à l’artificialité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une perspective plus large, ce que, chrétien ou non, j’attends du chrétien, c’est qu’il soit un chrétien authentique. Si le chrétien peut faire tout ce que font les autres, et ceux-ci tout ce qui fait le chrétien, quel sens cela a-t-il d’être chrétien&amp;amp;nbsp;? Si le sel s’affadit, à quoi sert-il&amp;amp;nbsp;? Le monde a besoin du sel chré­tien&amp;amp;nbsp;: est-ce l’aimer que de lui donner un ersatz&amp;amp;nbsp;? Nous n’enten­dons pas seulement ici que tout chrétien a le devoir d’être aussi fervent que grâce lui en est donnée, nous visons surtout une question d’authenticité dans les principes. Élaborer et plus encore prétendre vivre un «&amp;amp;nbsp;christianisme&amp;amp;nbsp;» dans lequel des valeurs aussi essentielles que péché, Rédemption, pénitence, re­noncement, sont édulcorées, ou ramenées à des proportions mes­quines qui les rendront «&amp;amp;nbsp;acceptables&amp;amp;nbsp;», c’est sans doute se rapprocher du monde, mais pour le mieux trahir. Car c’est trahir l’attente où il est d’un message dont il a perdu le souvenir, et que les chrétiens lui doivent par amour&amp;amp;nbsp;: au nom même de l’amour en lequel Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;1 Jean ''4, 9‑10.''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charité de la vérité&amp;amp;nbsp;! Je crois trouver un chrétien, je ne trouve qu’un homme. Ce chrétien m’aime-t-il de l’amour dont il fait, par vocation, profession&amp;amp;nbsp;? De cet amour dont j’ai besoin parce que Dieu seul a pu l’inventer, Lui qui est l’Amour, Amour qui a donné aux hommes, dans le mystère de la vie de Jésus, la vé­rité de toute vie et la vie par la Vérité. Si d’autres services peuvent être rendus au nom de la seule justice, le témoignage de la vérité chrétienne ne peut être rendu que par amour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la charité de la vérité conduit-elle, par le progrès de sa requête intime, non seulement à dire vrai ou à vivre vrai, mais encore à faire aux hommes la charité d’être vrai, à la ma­nière dont le Verbe incarné manifesta l’amour de Dieu en se montrant parmi nous «&amp;amp;nbsp;plein de grâce et de vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;Jean 1, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, en étant la «&amp;amp;nbsp;Vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 6. Je suis la Voie, la Vérité, la Vie.&amp;lt;/ref&amp;gt; «&amp;amp;nbsp;venue rendre témoignage à la véri­té&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;Jean 18, 37. « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 8, 38. « Ce que j'ai vu auprès du Père, je le dis. »(Cf. Jean 1, 18.)&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est l’idéal. Nous ne pouvons le bien comprendre qu’en observant comment Dieu Lui-même en a assuré la réali­sation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Être vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a préparé, longuement, l’homme à Le recevoir, Lui la Vérité. La récitation des psaumes rend familière l’association des deux mots ''misericordia'' et ''veritas&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;''Ps. 24, 10. Tous les sentiers de Yahweh sont miséricorde et fidélité, pour ceux qui gardent son alliance et ses commande­ments.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 88, 15. La justice et l'équité sont le fondement de ton trône ; la bonté et la fidélité se tiennent devant ta face.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 107, 5. Car ta bonté s'élève au-dessus des cieux et ta fidélité jusqu'aux nues.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Michée 7, 20. Vous ferez voir à Job votre fidélité, à Abraham la miséricorde, que vous avez jurée à nos pères dès les jours anciens.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tob. 3, 2 &amp;lt;nowiki&amp;gt;[Tobie] : Vous êtes juste Seigneur; justes sont tous vos jugements, et toutes vos voies sont miséricorde, vérité et justice.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 39, 12. Toi Yahweh, ne me ferme pas tes miséricordes que ta vérité et ta bonté me gardent toujours.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 56. 4. Dieu m'enverra du ciel le salut : Dieu enverra sa bonté et sa vérité.''&amp;lt;/ref&amp;gt;, qu’ils soient attribués à Dieu Lui-même, ou bien qu’ils décrivent le comportement des justes sous le regard de Dieu. N’a-t-on pas discerné, en cette habituelle concordance, la manifestation originelle de la «&amp;amp;nbsp;charité de la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;? L’Alliance de Dieu avec son peuple ne fut-elle pas scellée par la communication d’une loi&amp;amp;nbsp;? Or on ne saurait voir en celle-ci seulement un ensemble de commandements, ni réduire celle-là à un pacte juridique&amp;amp;nbsp;; l’Alliance est la pre­mière initiative d’un amour qui ira s’épanouissant jusqu’à l’éco­nomie nouvelle, et la loi c’est la première initiation aux rudi­ments indispensables d’une vérité oubliée ou encore ignorée. ''Misericordia'' ''et veritas'', les psaumes ne font qu’exprimer une réalité déjà vécue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous découvrons ainsi, dans toute son ampleur divine et hu­maine, la charité de la vérité. Donner aux autres le pain de la vérité, par ce qu’on dit, par ce qu’on vit, par ce qu’on est, c’est être fidèle à l’engagement d’autant plus profond qu’il est moins exprimable, et qui nous lie aux autres parce qu’à Dieu. La fidélité lucide à la condition propre est, pour chacun, l’expression ha­bituelle de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;; c’est même cette forme hum­ble et concrète qui réussit au mieux à communiquer la vérité aux autres, en la leur suggérant par une persuasion aussi mystérieuse qu’incoercible. C’est qu’en effet cette forme de la fidélité est l’image de celle de Dieu. Il fait, Lui le premier si l’on ose dire, Son «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;», Celui qu’Il S’est choisi aimer, pardonner, instruire. Et si Dieu rencontre blasphème, ingratitude, fer­meture d’esprit, Il demeure Miséricorde prévenante et condes­cendante Lumière. Ainsi l’homme sait-il rencontrer, non un Dieu double, comme le sont tous les hommes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;Ps. 115, 1 ; Rom. 3, 4 Omnis homo mendax.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais un Dieu vrai&amp;amp;nbsp;: le vrai Dieu, qui donne la plus précieuse des oboles, celle de la vérité concrètement existante, vivante, agissante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallait sans doute que Dieu Lui-même Se fît patiemment persuasion, pour amener l’homme à découvrir, entre ''misericordia'' et ''veritas'', une mystérieuse coordination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fidélité de Dieu à l’égard de l’homme se traduit d’abord par une exigence de sincérité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Soyez vrais parce que je suis vrai.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;Nous pouvons transporter de cette façon les invitations si hardies : Lévit. 11, 44 ; 19, 2. Soyez saints parce que je suis saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Matt. 4, 48. Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.&amp;lt;/ref&amp;gt; La vie humaine appelle, comme sa justification, une plénitude immanente&amp;amp;nbsp;: celle de la vie divine gratuitement com­muniquée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;Telle est, en substance, l'interprétation que propose S. Au­gustin du verset Ps. 84, 12. La vérité germera de la terre et la justice regardera du haut du ciel.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Or elle ne s’ouvre à la Miséricorde qu’en se conformant à la Vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En retour, les liens affectifs fondés sur la communauté de la destinée, voire de la race, entraînent un devoir de mutuelle sincérité. Le mensonge n’est pas toujours stigmatisé en Israël quand il s’exerce, au bénéfice de la cause commune, vis-à-vis des étrangers&amp;amp;nbsp;; tandis qu’il est considéré absolument comme une faute entre Israélites. Cette disparité quant à l’appréciation mo­rale ne doit évidemment pas être retenue, mais elle était, en son temps, éducatrice. Elle signifiait précisément que fraternité et vérité relèvent d’une même mesure&amp;amp;nbsp;: c’est parce que les membres du peuple élu ont le même sens et le même culte du même Dieu vrai que toute altération de la vérité est tenue, entre eux, pour une faute contre Dieu Lui-même. La mésestime collective ou officielle de la vérité est moins un manquement à la justice qui ruine le fondement des échanges humains, qu’elle n’est le symp­tôme de la décadence morale et de la déchéance religieuse. Si Pilate avait respecté la vérité, il n’eût pas livré Celui qui est la Vérité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean 18, 37‑38. [Jésus] : « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : pour rendre témoignage à la vérité&amp;amp;nbsp;: quiconque est de la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit&amp;amp;nbsp;: « Qu'est-ce que la vérité ? » Ayant dit cela, il sortit de nouveau Pour aller vers les Juifs et il leur dit : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui... ».&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité de la vérité, telle qu’elle doit jouer entre les en­fants d’un même Père, se trouve donc en germe dans l’ancienne Alliance. Il en est un autre aspect, divin celui-là, que la miséri­cordieuse fidélité de Dieu a patiemment inculqué à l’homme. La miséricorde est comme un climat toujours identique. C’est Dieu qui le crée. Les relations humaines doivent donc s’y déployer, tout comme les initiatives divines à l’égard de l’homme. Et comme la Miséricorde est fondée dans la Vérité, la fidélité de Dieu assure la médiation entre la vérité que l’homme doit mettre dans sa vie et cette autre Vérité, propre à Dieu, cette vérité de Dieu «&amp;amp;nbsp;qui atteint jusqu’aux nues&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;Ps. 35, 6 ; Ps. 56, 11. Car ta fidélité atteint jusqu'aux cieux, et ta vérité jusqu'aux nues.&amp;lt;/ref&amp;gt; et qui «&amp;amp;nbsp;subsiste à jamais&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;Ps. 116, 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le lien organique entre la communication que Dieu fait de Lui-même, par Miséricorde, et les comportements concrets que dicte à l’homme la même Miséricorde. Ceux-ci sont vérité, en celle-là qui est Vérité. La première Miséricorde consista d’ailleurs en la communication de la Vérité, par dessus tout de cette vérité qui par sa nature engageait Dieu Lui-même&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Yahveh est le seul vrai Dieu.&amp;amp;nbsp;» C’est pourquoi, sans cette trame subsistante qu’est la charité de la vérité, tout ce que peuvent dessiner les autres formes de la charité est voué à s’estomper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le message de la loi nouvelle nous permettra de saisir pour­quoi on doit, et comment on peut, au nom de l’Amour, dire vrai, vivre vrai, être vrai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==IIème Partie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot charité est si chargé d’images que son contenu spi­rituel risque de s’en trouver caché. Trop souvent charité équi­vaut à «&amp;amp;nbsp;faire la charité&amp;amp;nbsp;», à «&amp;amp;nbsp;donner quelque chose&amp;amp;nbsp;». Or ce «&amp;amp;nbsp;quelque chose&amp;amp;nbsp;» est le signe - et devient une cause supplé­mentaire - de l’extériorité qui existe entre ceux qui s’aiment, extériorité que l’amour voudrait justement annuler. S’engager dans cette voie serait oublier le sens tout spirituel de la charité, de la charitas veritatis. Celle-ci consiste bien à «&amp;amp;nbsp;donner&amp;amp;nbsp;», mais le don est si éminent qu’il ne peut procéder que de Dieu&amp;amp;nbsp;; il pénètre si intimement l’esprit, le cœur, l’être, que cette zone, hors d’atteinte de toute puissance créée, est réservée à Dieu. On ne peut donner la vérité - celle, du moins, qui concerne la vie et l’être - qu’en vertu de l’acte même par lequel on la reçoit. Autrement dit, un amour naturel ne suffit pas pour porter effica­cement à autrui une certaine qualité de vérité. Il faut, pour ce faire, bénéficier d’un potentiel divin qu’assure le seul amour qui nous fait un avec Dieu, la charité. La sublime obole de la charité ne peut être matérialisée, elle n’a de sens qu’insérée dans l’amour dont Dieu Seul est la Source.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, de cela, une importante conséquence. La charité, qui vient de Dieu, ne fait pas acception de personnes. Mon premier prochain, c’est moi-même&amp;amp;nbsp;: je ne peux donc pas ne pas m’aimer moi-même de cet indivisible amour dont j’aime Dieu et le prochain. Et parce que le don de la vérité est entièrement inclus dans l’amour, parce qu’il ne peut l’alourdir d’aucune extériorité, parce qu’il est en quelque sorte immanent à cet amour, il est partout où se porte cet amour, il est en moi. C’est d’abord vis-à­-vis de moi-même que je dois exercer la charité de la vérité, à moins d’être dans l’illusion sur la nature du sentiment qui m’in­cline à donner la vérité aux autres. Ici, charité qui ne commen­cerait pas par soi-même, ne serait pas du tout charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer la vérité c’est vouloir, pour les autres, la leur donner, pour soi, la recevoir&amp;amp;nbsp;: deux incidences d’un même acte, par nous participé, celui de l’amour, inclusif de vérité. Faire la charité de la vérité c’est donc premièrement et essentiellement&amp;amp;nbsp; la recevoir. Dieu donne, par amour, la vérité à tous&amp;amp;nbsp;: à autrui, à moi, à moi par autrui et à autrui par moi. Dans la mesure, et au degré où je reçois, je puis donner. Et s’il est possible de tricher sur la parole - on peut dire, de la vérité, un peu plus qu’on a compris - il est très difficile de faire vivre de la vérité plus qu’on en vit soi-même, et tout à fait impossible de donner aux autres d’être vrais plus qu’on est vrai soi-même&amp;amp;nbsp;: on ne triche pas avec l’être. A ce degré, c’est Dieu qui est con­cerné. Lui, et Lui seul, mesure l’équation de chaque être avec lui-même, c’est-à-dire la vérité de chaque être&amp;amp;nbsp;; Lui et Lui seul fonde les relations mystérieuses en vertu desquelles ses créatu­res se conditionnent mutuellement dans leur être-vrai, du fait qu’elles communient toutes en Lui, qui est la Vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A chaque étape de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;: dire, vivre, être, se retrouve au sein du même amour la même fondamentale réciprocité, entre le don reçu et le don communiqué. Procédons à l’observer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dire vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient, pour dire vrai, d’être disposé à ''recevoir la ''vérité&amp;amp;nbsp;; cette vérité qui est règle de vie et devient progressive­ment l’être même. Il faut interroger Dieu, et savoir attendre la réponse. Pilate demande bien à Jésus&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;qu’est-ce que la vérité&amp;amp;nbsp;»18, mais tourne les talons. Il retourne à sa préoccupa­tion, qui était, d’ailleurs, de défendre Jésus&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;Jean 18, 39. Mais c'est la coutume qu'à la fête de pâque je vous délivre quelqu'un. Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean 19, 12. Dès ce moment, Pilate cherchait à le délivrer, [Après avoir affirmé à plusieurs reprises : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui. » (18, 38 ; 19, 4, 6.)]&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais comme il le défend mal&amp;amp;nbsp;: en se lavant les mains&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;Matt. 27, 24‑25. Or, Pilate, voyant qu'il n'avançait à rien mais que plutôt le tumulte augmentait, prenant de l'eau, se lava les mains en présence de la foule en disant « Je suis innocent de ce sang : à vous de voir ». Tout le peuple répondit : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;. Eût-il attendu, puis écouté la réponse, le sang du Juste n’eût peut-être pas été appelé sur les Juifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui n’écoute pas Dieu, qui se porte trop vite vers d’autres foyers de vérité sans attendre les réponses de Dieu qui seules sont décisives, celui-là se met hors de la charité de la vérité. Car l’attente ne peut être soutenue que par un amour&amp;amp;nbsp;: amour qui n’est point facultatif - faute de l’avoir, on risque fort de&amp;amp;nbsp;se perdre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;II Thess. 2, 9‑10. Son avènement à lui [l'impie] se produira par l'action de Satan, parmi toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges menteurs, et parmi toutes les séductions de l'iniquité pour ceux qui se perdent faute d'avoir accueilli l'amour de la vérité (caritas veritatis) qui les sauverait.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt; -, amour qui devient opérant par la vérité, c’est-à-dire qui devient inclusif de vérité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 13, 6. La charité se réjouit de la vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La joie étant conscience d'être, la charité contient elle-même la vérité dont elle se réjouit. La charité communique la vérité, enveloppée de joie.&amp;lt;/ref&amp;gt; avant de s’appliquer à communiquer&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;Ps. 50, 8. Voici que tu aimes la vérité, et que tu m'as com­muniqué le mystère de ta sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II Cor. 4, 13. J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette disposition première, désir sincère, et docilité humble, est la racine cachée de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;: c’est d’elle que jaillit toute la sève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dire vrai, et par le fait même diffuser autour de soi une certaine limpidité mentale à la faveur de laquelle les réflexes autocritiques sains se développent spontanément, est le premier service de la charité de la vérité. Il suppose que nous sachions nous laisser «&amp;amp;nbsp;instruire par le Christ, selon que la vérité se trouve en Jésus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;Eph. 4, 20‑21. Mais ce n'est pas ainsi que vous avez appris le Christ, si vraiment vous l'avez entendu et si vous avez été instruits par lui, selon que la vérité se trouve en Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Car il n’y a qu’une parole qui purifie ceux qui l’entendent&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;Jean 15, 3. Déjà vous êtes purs à cause de la parole que je vous ai annoncée.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: elle ne sera opérante par nous que si nous la faisons nôtre en l’écoutant. Cela ne veut pas dire que nous la répéterons. Qui donc pourrait y prétendre&amp;amp;nbsp;? Cela signifie simplement que le sens de la vérité, dont la Parole est en un sens le sacrement, inspirera spontanément en nous les vigilances ou les non-advertances, les sévérités ou les indulgences, les fermetés ou les sourires qui contribueront à faire de la vérité un besoin irrésistible pour ceux qui nous entourent&amp;amp;nbsp;: chacun com­prenant à sa mesure le mystérieux message qui inclinera celui-ci à éviter le mensonge, et tel autre à une sincérité totale sous le regard de Dieu. Tous seront purs, chacun à son degré, dans le moment où la Parole, présente en nous, leur sera, peut-être grâce à nous, communiquée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut recevoir pour donner. Mais il ne suffit pas de recevoir. L’acte indivisible de l’Amour, dans lequel le don reçu est aussi le don donné, saisit simultanément Dieu, le prochain et nous­-mêmes. Il établit entre le prochain et nous-mêmes une relation que fonde l’Amour dont nous sommes aimés l’un et l’autre. Et nous ne serions pas authentiquement en cet amour, à ce degré où il faut l’être pour que soit conférée à la vérité une communi­cabilité efficace, si nous pensions pouvoir donner de Dieu au&amp;amp;nbsp;prochain sans être disposés à recevoir de Dieu par le prochain. Il faut accepter nos vérités du prochain&amp;amp;nbsp;; il n’y a en effet qu’une vérité, et qu’un amour de cette vérité, ou bien mensonge et illusion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le signe est crucial&amp;amp;nbsp;: avoir la charité de la vérité dans son absolu irrésistible, c’est savoir accueillir toute vérité, en parti­culier sur soi-même, d’où qu’elle vienne. Nous devons aimer cette vérité de nous-même que nous livre le prochain&amp;amp;nbsp;; il est si perspicace quand il nous demande l’héroïsme, car il ne fait souvent qu’appliquer une logique dont nous redoutions la rigueur. Accepter ce message des autres, apporte double bénéfice. D’abord la lumière sur nous-même&amp;amp;nbsp;: Dieu, qui accueille toutes les prières, peut aussi nous parler par toutes les lèvres. Nous, qui avons tant besoin, quand nous prions, de croire au premier point, croyons aussi le second. Puis, cette acceptation nous ou­vre les autres&amp;amp;nbsp;: ils nous savent gré de respecter l’exigence la plus primitive de la charité de la vérité - don reçu, don donné dans un seul amour -. Les non-chrétiens, mêmes s’ils ne croient plus à la vérité, perçoivent avec raison que nous devons y croire assez pour ne vouloir triompher que par elle, et donc répudier aussi bien l’hypocrisie aveugle qu’une certaine diplo­matie de la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Vivre vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;Matt. 5, 16.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils que donne Jésus sur la manière de prier&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;Matt. 6, 6‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;, les reproches si véhéments qu’Il adresse au pharisaïsme, ne lais­sent aucun doute sur la portée de ce conseil. Pas d’ostentation, pas d’»&amp;amp;nbsp;édification&amp;amp;nbsp;», pas de calcul. Si une vie est vraie, elle ne peut pas ne pas rayonner. Celui qui met en pratique les lois du Royaume, à savoir les béatitudes, est la «&amp;amp;nbsp;lumière du monde&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;Matt. 5,14. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne doit pas se cacher. Et ceux qui l’entourent, sensibles à la qualité de lumière qui émane de lui, remonteront jusqu’à la Source&amp;amp;nbsp;: Dieu, «&amp;amp;nbsp;Lui qui nous a appelés dans son admirable Lumière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;1 Pet. 2, 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Transfiguration opérée dans une vie humaine par le don de Dieu&amp;amp;nbsp;: le chrétien doit à tous, cette vérité qu’il est seul à même de donner. Il ne s’agit d’ailleurs pas&amp;amp;nbsp;seulement de justice, mais d’amour. Quand Dieu nous introduit dans son Royaume, Il nous donne d’emblée plus que nous ne pouvions attendre et comprendre. C’est bien dans son amour que nous devons présenter aux autres la persuasion de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous attendre d’eux, en retour, pareil service&amp;amp;nbsp;? Oui, s’i1 s’agit de nos frères chrétiens. Mais non de ceux qui, n’ayant pas en eux la vérité de Dieu et l’amour de Dieu, ne peuvent laisser filtrer jusqu’à nous cette lumière sans pareille qui est comme un resplendissement du secret de la face du Père. Beaucoup peuvent être sincères et accomplir de grandes choses, mais ne s’élèvera-t-il pas de «&amp;amp;nbsp;faux Christ et de faux prophètes, et ils feront de grands prodiges et des choses extraordinaires, jusqu’à séduire s’il se pouvait les élus eux-mêmes&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;Matt. 24, 24.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sincérité peut être au service de l’erreur&amp;amp;nbsp;: elle excuse ceux qui se trompent de bonne foi&amp;amp;nbsp;; mais rien n’excuse la séduction en ceux qui, possesseurs de la vérité, doivent appeler l’erreur par son nom&amp;amp;nbsp;: c’est, nous l’avons vu, la première forme de la charité de la vérité. Ne laissons donc pas l’idéal chrétien se contaminer par une osmose, d’abord imperceptible, qui finirait par noyer dans un humanisme immédiatement tangible les valeurs surnaturelles que Dieu seul peut dispenser gratuite­ment. Ne cherchons pas à conjurer par un illusoire apprivoise­ment ces sortes de démons «&amp;amp;nbsp;qui ne peuvent se chasser que par le jeûne et par la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;Matt. 17, 20.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’erreur et la facilité pactisent secrètement contre les enfants de lumière. Le danger n’est pas moindre en vie collective qu’en vie individuelle&amp;amp;nbsp;; et, s’il sévit surtout dans le monde, il peut aussi visiter les cloîtres par le truchement de conceptions de la vie humaine assez étrangères aux perspectives évangéliques. En ce qui concerne la vérité et le rayonnement de la vie, le chrétien doit apporter davantage, et doit savoir qu’il a moins à recevoir des non-chrétiens. La cha­rité de la vérité demeure, à ce point de vue, partiellement unila­térale&amp;amp;nbsp;; cela résulte, inéluctablement, de ce que la grâce est don gratuit, et pareillement la foi. Certes, ce n’est pas en tout chrétien que la lumière brille au point de susciter discrètement et irré­sistiblement la louange qui remonte vers le Père&amp;amp;nbsp;; mais ce n’est pas une raison pour oublier, ni que cette lumière-là et elle seule est la parure des saints, ni qu’il n’y a pas de sainteté laïque, ni que la sainteté devient un mythe si on résorbe Dieu, en une immanence si indéfiniment accueillante et si misérable, dans sa prétendue infinitude qu’on est tout près d’oublier qu’on, ne peut aimer Dieu si, en même temps, on ne L’adore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charitas veritatis&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Lorsque le Fils de l’Homme viendra trouvera-t-il la foi sur terre&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;Luc 18, 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La pureté divine des&amp;amp;nbsp;valeurs que la foi devrait envelopper et conserver sur terre n’aura-t-elle pas sombré dans l’universelle séduction&amp;amp;nbsp;? Tel est l’enjeu qui est déposé dans notre cœur et dans notre esprit&amp;amp;nbsp;: assurer à la vérité qui vient de Dieu la seule permanence qu’elle puisse revêtir en ce monde, par notre vie et dans notre vie, ''testimonium'' ''fidei''. Et faire ainsi, par l’amour de Dieu qui la dispense, par l’amour de nos frères qui l’attendent&amp;amp;nbsp;: une seule et même charité de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On demandera sans doute&amp;amp;nbsp;: que faut-il faire&amp;amp;nbsp;? Rien peut-être que déjà nous ne fassions. La charité de la vérité est trop ori­ginelle pour avoir ses œuvres propres. Elle consiste à vivre, en un certain esprit, l’amour divin. La précision la plus nuancée et la plus exacte nous est donnée par Jésus lui-même. Il apporte sur terre un certain reflet que lui-même n’y retrouve nulle part. il vient «&amp;amp;nbsp;rendre témoignage à la vérité&amp;amp;nbsp;»18&amp;amp;nbsp;; or ce témoi­gnage, qui «&amp;amp;nbsp;ne fait acceptation de personne&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Marc 12, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, comporte bien un «&amp;amp;nbsp;jugement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Jean 5, 22. Le Père même ne juge personne, mais il a donné au Fils le jugement tout entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; au sujet des réalités de la terre, au sujet de la vérité concrétisée sur terre&amp;amp;nbsp;; mais il consiste d’abord en ceci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce que j’ai vu auprès de mon Père, je le dis&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Jean 8, 38. Cf. 1, 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toute l’œuvre de Jésus procède du Père, est orientée vers le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;Jean 6, 38. Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui m'a envoyé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 5, 37 ; 8, 18. Le Père lui-même témoigne de moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 8, .50. Pour moi, je n'ai pas souci de ma propre gloire : il est quelqu'un qui en prend soin et qui fera justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 17, 5. Père rends-moi la gloire que j'avais auprès de toi, avant que le monde fût.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces quelques versets, entre bien d'autres, rappellent que Jésus se réfère constamment au Père, comme Principe, comme Témoin, comme Terme.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; elle montre le Père, à tel point que, Philippe deman­dant&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Seigneur, montrez-nous le Père et cela nous suffit&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Jésus répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Celui qui m’a vu, a vu aussi le Père&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie du chrétien doit, elle aussi, désigner Dieu&amp;amp;nbsp;; plutôt que s’appliquer à mettre en valeur un homme multidimensionnel, révélation des temps nouveaux, si enfiévré à ne rien laisser perdre de soi qu’il devient imperméable à la véritable Sagesse&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Rechercher ''premièrement ''le royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;Matt. 6. 33.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut certes pas changer en préoccupation scrupuleuse de ne point excéder&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;La foi doit ôter toute timidité puisqu'elle donne de faire des œuvres qui surpassent celles de Jésus lui-même (Jean 14, 12).&amp;lt;/ref&amp;gt;, ce qui doit être occupation soucieuse de l’essentiel. Mais la vérité primordiale c’est que le chrétien vit de Dieu, et que le point d’application de son effort doit être de développer la «&amp;amp;nbsp;tendance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;Ainsi aimait à s'exprimer la bienheureuse Marie de l'Incar­nation.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont il reçoit la grâce. Alors il montrera Dieu, comme Jésus montrait son Père&amp;amp;nbsp;: avec le même naturel. On rayonne par sa vie ce dont précisément on vit. Plus profondément on réalise, par ce que l’on est, cela même en fonction de quoi l’on est&amp;amp;nbsp;; Jésus tient lieu du Père auprès de ses disciples, parce que tout son être est d’être du Père. Il ''est ''plus véritablement la Vérité qu’Il ne le dit ou ne le vit, et c’est cela même qu’il vient offrir à ceux qui l’entourent. Cette forme ultime de la charité n’appartient-elle pas aussi au chrétien&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ce qu’il nous reste à examiner brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Être vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’amour de Dieu consiste en ce qu’Il a envoyé son Fils - le Fils qui procède du Père selon la Vérité - comme victime de propitiation pour nos péchés10. Cette mission visible est le principe efficace d’une mission invisible qui se poursuit dans les âmes. Invisible ou visible, cette communication de Dieu épouse les mêmes modes&amp;amp;nbsp;: par amour - selon la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sanctifiez-les dans la vérité&amp;amp;nbsp;: votre parole est vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;Jean 17, 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;, dit Jésus à son Père. Le principe immédiat de cette sanctification, c’est l’Esprit-Saint. «&amp;amp;nbsp;Esprit de Jésus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;Jean 16, 14 ; Philip. 1, 19. ‑ Dans les Actes : Baptême dans l'Esprit Saint équivaut à Baptême de Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de vérité, qui procède du Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;Jean 15, 26‑27 ; Matt. 10, 20 ; Rom. 8, 9‑11.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit qui est la Vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;1 Jean 5, 6. Et c'est l'Esprit qui rend témoignage, parce que l'Esprit est la Vérité.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de Vérité qui guide dans toute la véri­té&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;Jean 16, 13.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne s’agit plus ici d’une rectitude parlée ou vécue, mais de cette «&amp;amp;nbsp;vérité qui transcende les cieux&amp;amp;nbsp;»19, qui «&amp;amp;nbsp;de­meure éternellement&amp;amp;nbsp;»20, qui est Dieu même. Exercée par Dieu, la charité devient le don ultime en quoi consiste la vision béatifiante. Ce don est réservé à Dieu&amp;amp;nbsp;; nous ne devons ni l’attendre d’autre que Lui, ni penser intervenir à l’intime de la communication que Dieu en fait à autrui. La charité de la&amp;amp;nbsp;vérité se résout ici en une réceptivité docile et diligente, dont l’Esprit de Vérité demeure à chaque instant la seule mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, notre fidélité à accueillir le don de la Vérité ne relève pas moins de l’amour du prochain que de l’amour de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun, il est vrai, porte la responsabilité de ses actes. On ne doit plus dire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des fils en sont agacées. Mais chacun mourra pour son iniquité&amp;amp;nbsp;; tout homme qui mangera des raisins verts, ses dents en seront agacées&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;Jer. 31, 29.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mes refus n’entraîneraient pas que Dieu se refuse à autrui. En retour, autrui ne bénéficie pas de ce dont je refuse de bénéficier&amp;amp;nbsp;; la sanctification par la vérité est en profonde conformité avec la communicabilité qui est propre à la vérité. En quoi on reconnaît une œuvre éminente de la Sagesse divine. La contempler contribue, de surcroît, à fixer l’esprit dans la Vérité qui est source de toute vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a plus. La grâce de vérité nous venant en fait par l’Humanité du Christ, et celle-ci étant une réalité créée, il s’établit de nous à elle une certaine réciprocité. L’Humanité sainte est, ''en tant que principe de communication'', condition­née par notre propre réceptivité&amp;amp;nbsp;; à la manière dont la parole de l’orateur se trouve, du fait même du contact avec l’audi­toire, constituée en un état de communicabilité qui n’en affecte pas la teneur objective, mais qui n’en dérive pas non plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui écoutent une parole au point de mettre tout leur être en accord avec elle suscitent, dans cette parole, des har­moniques qui la rendent intrinsèquement plus pénétrante, qui lui confèrent une exigence de communicabilité à laquelle doivent bientôt se rendre ceux qui d’abord n’écoutaient qu’avec moins de profondeur, ou moins de docilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Semblablement, recevoir la Parole de Vérité c’est, par la médiation de cette Parole elle-même, assurer la même grâce aux autres. La Vérité, incarnée dans le Christ, réfléchit en elle-­même la profondeur à laquelle elle pénètre. Elle acquiert, par des modalités temporelles muées en un état éternel, une péné­trabilité qui requiert par sa nature même d’être réalisée dans le temps. Que Judas ait refusé la grâce de repentir et de conversion enveloppée dans le regard et la parole de Jésus n’ôte évidemment rien aux virtualités infinies contenues pour chacun de nous dans l’éternelle Vérité. Mais que les Samari­tains aient eu conscience de parvenir à une foi plus pure en s’attachant à Jésus lui-même, plutôt qu’en accueillant le témoignage de leur compatriote&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;Jean 4,42. ‑ S. Thomas, dans son beau commentaire, montre que le progrès de la foi est lié à ce fait que Dieu opère dans l'âme d'une manière plus immédiate&amp;amp;nbsp;: l'action divine apparaît elle-même, et non plus voilée dans la médiation des signes.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: voilà qui a découvert, et qui premièrement a réalisé, l’une des possibilités sanctificatrices de la Vérité. Réalisation et manifestation qui inaugurées il y a vingt siècles, demeurent opérantes en notre durée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Conclusion==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a donc une charité de la vérité, d’autant plus imma­nente à la participation de la Vérité que cette participation est plus profonde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous faisons de la Vérité la règle de nos paroles et de nos pensées, nous induisons les autres à la sincérité sans laquelle il n’y a pas de vie possible avec Dieu&amp;amp;nbsp;; mais nous devons, en retour, être prêts à accueillir, d’où qu’il vienne, le service d’entendre nos vérités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous prenons la Vérité comme mesure permanente de notre vie, nous faisons luire une lumière purifiante et con­vertissante. Nous devons en même temps discerner, dans ses plus subtiles infiltrations, la séduisante facilité qui résout Dieu en un surhomme, ou qui substitue la sagesse de la raison à la folie de la Croix, la vérité «&amp;amp;nbsp;diminuée par les hommes&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;Ps. 11, 2. Quoniam diminutae sunt veritates a filiis hominum.&amp;lt;/ref&amp;gt; à la Vérité de Dieu. Il y a une trahison des chrétiens, comme il y a une fidélité des chrétiens. Eux seuls connaissent le secret, eux seuls possèdent la source&amp;amp;nbsp;; eux seuls peuvent aller à un certain degré, dans la fidélité comme dans la trahison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si enfin nous accueillons la Vérité, non plus seulement comme mesure d’une vie qui procéderait de nous, mais selon un mode plus mystérieusement intime, comme nous refor­mant à la source de nous-même, cette Vérité devient un prin­cipe opérant et transformant&amp;amp;nbsp;: elle nous fait vrais nous-même en nous mettant en équation avec elle, elle nous fait exercer .la charité de la vérité par l’acte qui établit en état de communicabilité permanente ce qui était, en elle, seulement communicable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons marqué à grands traits le cheminement concret de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;; nous en avons ensuite indiqué le fondement théologal. Faut-il rappeler en terminant que ces deux points de vue doivent être tenus ensemble, si on ne veut, ni qu’une ascèse sans envol s’effrite en recettes, ni qu’une mystique sans contrôle s’exténue en abstractions. Le plus humble de nos actes est toujours justiciable de la plus haute inspiration&amp;amp;nbsp;: la vérité ne subsiste que dans la Vérité, comme l’humanité de Jésus dans le Verbe incréé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la temporalité de l’agir nous est-elle donnée pour que nous en saisissions la véritable substance&amp;amp;nbsp;: l’Acte éternel. Ainsi la Loi fut-elle donnée aux Juifs pour qu’en l’écrivant par la vérité de leur vie, ils reconnaissent le doigt de Dieu. Ainsi Jésus est-il donné aux hommes afin qu’ils atteignent, chacun pour soi, chacun pour ses frères, le Verbe de Vérité&amp;amp;nbsp;: charitas veritatis in Deo et in nobis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
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		<title>La Charité de la vérité</title>
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				<updated>2011-04-06T13:42:15Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème = Les vertus  | auteur = P. Guérard des Lauriers, O.P.  | source = Revue ''Itinéraires'', n°155, pp. 217-234 | source web =  | date de publicatio... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = P. Guérard des Lauriers, O.P. &lt;br /&gt;
| source = Revue ''Itinéraires'', n°155, pp. 217-234&lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = Juin 1956&lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦♦ Moyen &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|- &lt;br /&gt;
| &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
= Caritas veritatis =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité est une, et cependant, «&amp;amp;nbsp;lien de perfection&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Col. 3, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, elle revêt des formes multiples&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 16, 24. Ma charité est avec vous tous dans le Christ Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La charité est Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;1 Jean 4, 16.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et elle est aussi Dieu en nous&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Rom. 5, 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Contraste familier à qui scrute l’insertion de l’Incréé dans le créé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même charité stimule la contemplation et inspire l’ascèse, porte remède à toute l’indigence humaine et verse au fond de l’âme un baume mystérieux. Immense et belle fresque, dont peut jouir tout chrétien, pourvu qu’il sache ouvrir les yeux, dans le coin de terre où Dieu l’a fait naître. La charité de la vérité n’en est qu’un motif, dont nous n’examinerons qu’un aspect...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La charité de la vérité, dit S. Augustin&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;Otium sanctum quaerit charitas veritatis ; negotium justum suscipit necessitas charitatis. De Civ. Dei 19, 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;, recherche un saint loisir&amp;amp;nbsp;; la nécessité de la charité supporte de servir avec équité&amp;amp;nbsp;». S. Augustin parlait d’expérience&amp;amp;nbsp;: c’est au prix d’un long et coûteux effort que, «&amp;amp;nbsp;prêtre du premier ordre&amp;amp;nbsp;» ne crai­gnant pas pour autant de réfuter les hérétiques, il réussit à com­poser le De Trinitate, c’est-à-dire en l’occurrence, à installer la «&amp;amp;nbsp;caritas veritatis&amp;amp;nbsp;» au cœur de la «&amp;amp;nbsp;necessitas caritatis&amp;amp;nbsp;». Scruter la vérité pour elle-même n’est pas prendre en charge d’une manière immédiate les besoins de ses frères&amp;amp;nbsp;: le poêle de Descartes n’est pas une officine de philanthropie. La vérité est cependant un pain dont tous ont besoin&amp;amp;nbsp;: le rompre est une&amp;amp;nbsp;/ œuvre éminente de charité, plus encore s’il s’agit des vérités qui concernent le Bien ultime de l’homme. Il revient au seul christianisme de résoudre, en une sagesse ineffable, l’apparente an­tinomie entre «&amp;amp;nbsp;caritas veritatis&amp;amp;nbsp;» et «&amp;amp;nbsp;necessitas caritatis&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous envisagerons ici une communication de la vérité ins­pirée par l’amour de Dieu - d’où charité de la vérité -&amp;amp;nbsp;: mais il s’agira d’une vérité plus immédiate et plus universelle, plus simple et plus profonde, plus familière et plus difficile à attein­dre que la vérité élaborée par l’esprit&amp;amp;nbsp;: il s’agira de la vérité de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les formes élémentaires - dire vrai, vivre vrai, être vrai -que revêt la charité de la vérité, en constituent le climat plutôt que la substance&amp;amp;nbsp;; car, si l’amour les inspire, la justice ne laisse pas de les impérer. Nous en présenterons d’abord une triangu­lation, nous en examinerons ensuite le fondement dans la Révé­lation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Ier Partie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dire vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire vrai&amp;amp;nbsp;», c’est d’abord ne pas mentir. Règle simple, et juste&amp;amp;nbsp;; car, mentir, c’est retourner contre le prochain le droit qu’a tout homme à un échange spirituel avec ses semblables. «&amp;amp;nbsp;Dire vrai&amp;amp;nbsp;», c’est également, et c’est plus délicat, sérier les cas dans lesquels il convient de dire ou de taire la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’amour d’amitié, chacun veut et son bien propre et le bien de Celui qu’il aime. Le premier de ces biens est la vérité de la vie, dans son engagement extérieur comme dans sa rectification intime. Je me dois à moi-même la vérité, et mon ami la tient pour son propre bien parce qu’elle est mon bien. Je la lui dois donc au nom de l’amitié, qui postule l’unité du désir et celle du bien, aimé en commun. Cela n’entraîne pas qu’on doive tou­jours tout dire&amp;amp;nbsp;; il suffit, pour l’ordinaire, d’être prêt à commu­niquer. La communication effective constitue cependant une exigence plus urgente quand il s’agit de la vie intime, laquelle se déroule au degré même d’intériorité d’où procède l’amitié&amp;amp;nbsp;; il y a des confidences qu’on ne refuse pas sans trahir, et bientôt sans détruire, l’amour qui les exigeait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout cela, ce qui importe, c’est le fait même de la commu­nication, le don, non l’objet du don&amp;amp;nbsp;; car la vérité que je dis peut, de soi, être personnellement indifférente à l’ami&amp;amp;nbsp;; ainsi lorsqu’il s’agit d’une chose qui n’est sienne que parce qu’elle est mienne. Mais il peut s’agir aussi d’un bien qui est en propre le bien de celui que j’aime&amp;amp;nbsp;; et même du bien dont, par excellence, il a besoin&amp;amp;nbsp;: savoir, la vérité concernant la rectification morale per­sonnelle. Dire cette vérité, c’est exercer la correction fraternelle. Deux conditions sont pour cela requises&amp;amp;nbsp;: être en situation pour juger juste, estimer probable l’amendement suggéré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce service se pratique spontanément entre ceux qu’unit une charité fervente. Mais il ne faut pas le limiter à des groupes par­ticuliers&amp;amp;nbsp;: il a sa forme héroïque, mais aussi sa forme commune, spontanée, sur laquelle il convient de réfléchir. Quand il ne sied point de dire la vérité, on peut la suggérer. On doit, pour le moins, éviter tout ce qui pourrait induire autrui en erreur&amp;amp;nbsp;; notamment la flatterie&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Ps. 11, 2. Les fidèles disparaissent d'entre les enfants des hommes. On se dit des mensonges les uns aux autres; on parle avec des lèvres flatteuses et un cœur double.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ou même simplement les éloges trop fréquents susceptibles de porter celui qui les reçoit à une funeste surestime de soi-même. Ce comportement servile est souvent dic­té par la cupidité, par l’inclination à la facilité, ou par un certain dilettantisme de la politesse&amp;amp;nbsp;; il n’est pas pour autant justifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est si simple d’amortir les petits heurts inhérents aux con­tacts humains en flattant l’amour-propre, si agréable d’être le témoin, voire le point de mire, d’une amabilité que l’on contribue à entretenir en séduisant&amp;amp;nbsp;: il semble que l’on crée un capi­tal qui profite à tous et qui ne coûte rien à personne&amp;amp;nbsp;; mais, en réalité, on fausse l’ordre des valeurs, on empêche le jeu des réflexes sains en emprisonnant les consciences dans un réseau de convenances qu’elles prennent pour de l’authentique charité. La charité de la vérité exige une habituelle franchise qui préfé­rera la fermeté et même une pointe de rudesse à l’ombre de la flatterie facile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il rappeler que ce service charitable doit être rendu en particulier aux chefs, qui sont, à ce point de vue, les plus desservis des hommes&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;Un prince sera la fable de toute l’Europe, et lui seul n’en saura rien&amp;amp;nbsp;» remarquait Pascal&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;''Pensées''. Edition Brunschvicg ou Giraud. N° 100.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne convient&amp;amp;nbsp;pas, sauf exception, de dire à un supérieur quels défauts on remarque en lui&amp;amp;nbsp;; du moins lui doit-on de ne pas favoriser le jeu de penchants déficients par des connivences tacites dont le ressort caché est en général un intérêt égoïste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Vivre vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour dire vrai, il faut vivre vrai. On ne peut sentir comment la vérité mesure les choses et les vies, que si l’on vit soi-même dans la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute la différence entre l’insupportable redresseur de torts et le charitable témoin de la vérité, c’est que le premier ne saisit la vérité qu’abstraitement, et l’applique comme un calque inflexible sur les conduites qu’il entend reprendre&amp;amp;nbsp;; tandis que le second, vivant de la vérité, se trouve établi avec tous ses frères en une communion intelligible grâce à laquelle il prévient instinctivement les déviations plus encore qu’il ne les observe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour dire vrai, il suffit de vivre vrai. Il y a alors communication non habituellement explicitée, mais latente, de la vérité&amp;amp;nbsp;; persuasion de la vérité par la vérité de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela implique, sur le plan humain, conformité à l’état et à la fonction qui nous situent au regard d’autrui. Les quelques paroles que rapporte l’Évangile concernant la prédication de saint Jean-Baptiste sont, à cet égard, fort suggestives&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;Luc 3, 10‑14. Et les foules l'interrogeaient disant « Que devons-nous donc faire ? » Il répondait et leur disait « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent : « Maître que devons-nous faire ? » et il leur dit : « N'exigez rien en plus de ce qui vous a été fixé. » Des gens du service armé lui demandaient aussi : « Et nous, que devons-nous faire ? » Et il leur dit : « Ne molestez personne. Ne dénoncez pas faussement. Et contentez­-vous de votre paye.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: il demande à tous de se montrer secourables, conformément à la grande loi humaine qui doit devenir la loi du Royaume&amp;amp;nbsp;; et, sollicité à plus de précision, il prescrit tout simplement à chacun d’accomplir ce qu’on a justement appelé le «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;», en veillant d’ailleurs à s’abstenir de toute fraude. Les percepteurs n’exigeront rien au-delà de ce qui est fixé, les soldats ne molesteront personne et se contenteront de leur paye.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stricte justice, pensera-t-on&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;Formellement&amp;amp;nbsp;», oui. Cependant S. Jean prêche dans la perspective du Royaume. Les conseils qu’il donne ne sont qu’un point de départ, une préparation.&amp;amp;nbsp;Il faut les prolonger, les affiner, mais en en conservant la rigoureuse et profonde simplicité. La justice du Royaume serait pri­vée de sens sans la charité. L’obligation de justice peut être im­pérée par l’amour&amp;amp;nbsp;; lequel opère, à la source de l’agir, une trans­formation, non une destruction. La charité ne demande pas qu’on change de condition&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 7, 20. Que chacun demeure dans la condition où l'appel divin l'a trouvé.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; elle doit faire vivre ''autrement'', dans la même condition. Elle peut avoir ses œuvres propres, elle doit d’abord informer, pour chacun, l’agir que la Providence lui départit. En un mot, la charité étant la perfection du chrétien, elle doit, pour lui, ''assumer ''toute la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est fort commun de dire que le «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;» doit être accompli pour l’amour de Dieu. Songe-t-on assez qu’il constitue également, vis-à-vis du prochain, la charité primordiale&amp;amp;nbsp;? S’il est entendu que nous coopérons au bien de nos frères par la tâche qui nous est dévolue, si en perspective chrétienne aucun bien ne peut être étranger au bien divin qu’il appartient à chacun d’atteindre, il s’ensuit que notre tâche, même considérée dans l’ordre naturel, relève fondamentalement de la charité surna­turelle. Si donc la falsification est condamnable en justice, com­bien plus si elle trompe l’attente de l’amour. Rien n’est plus in­supportable que de la rencontrer en ceux dont le trait distinctif est de faire consister la perfection en la charité. J’attends du percepteur, du soldat, qu’il fasse son métier, qu’il soit vrai. S’il ne l’est pas, il manque à la justice, mais en plus s’il est chrétien, à la charité&amp;amp;nbsp;: car il n’exprime pas adéquatement l’amour qui doit être en lui pour moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rencontre assez souvent une trahison implicite de la charité de la vérité dans le soin que certains prennent à éviter de prendre des décisions qui pourraient dresser contre eux quel­que opposition, et dont la responsabilité retombe ainsi inévita­blement sur d’autres. Abstentionnisme, habileté des enfants de ténèbres, mais non authentique charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soyez vrais, aurait à redire S. Jean, s’il se trouvait parmi nous. C’est simple, mais en réalité difficile&amp;amp;nbsp;; car ce sont les données les plus primitives que toujours on risque d’altérer, très particulièrement dans un monde voué à l’artificialité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une perspective plus large, ce que, chrétien ou non, j’attends du chrétien, c’est qu’il soit un chrétien authentique. Si le chrétien peut faire tout ce que font les autres, et ceux-ci tout ce qui fait le chrétien, quel sens cela a-t-il d’être chrétien&amp;amp;nbsp;? Si le sel s’affadit, à quoi sert-il&amp;amp;nbsp;? Le monde a besoin du sel chré­tien&amp;amp;nbsp;: est-ce l’aimer que de lui donner un ersatz&amp;amp;nbsp;? Nous n’enten­dons pas seulement ici que tout chrétien a le devoir d’être aussi fervent que grâce lui en est donnée, nous visons surtout une question d’authenticité dans les principes. Élaborer et plus encore prétendre vivre un «&amp;amp;nbsp;christianisme&amp;amp;nbsp;» dans lequel des valeurs aussi essentielles que péché, Rédemption, pénitence, re­noncement, sont édulcorées, ou ramenées à des proportions mes­quines qui les rendront «&amp;amp;nbsp;acceptables&amp;amp;nbsp;», c’est sans doute se rapprocher du monde, mais pour le mieux trahir. Car c’est trahir l’attente où il est d’un message dont il a perdu le souvenir, et que les chrétiens lui doivent par amour&amp;amp;nbsp;: au nom même de l’amour en lequel Dieu a aimé le monde&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;1 Jean ''4, 9‑10.''&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charité de la vérité&amp;amp;nbsp;! Je crois trouver un chrétien, je ne trouve qu’un homme. Ce chrétien m’aime-t-il de l’amour dont il fait, par vocation, profession&amp;amp;nbsp;? De cet amour dont j’ai besoin parce que Dieu seul a pu l’inventer, Lui qui est l’Amour, Amour qui a donné aux hommes, dans le mystère de la vie de Jésus, la vé­rité de toute vie et la vie par la Vérité. Si d’autres services peuvent être rendus au nom de la seule justice, le témoignage de la vérité chrétienne ne peut être rendu que par amour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la charité de la vérité conduit-elle, par le progrès de sa requête intime, non seulement à dire vrai ou à vivre vrai, mais encore à faire aux hommes la charité d’être vrai, à la ma­nière dont le Verbe incarné manifesta l’amour de Dieu en se montrant parmi nous «&amp;amp;nbsp;plein de grâce et de vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;Jean 1, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, en étant la «&amp;amp;nbsp;Vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn11&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 6. Je suis la Voie, la Vérité, la Vie.&amp;lt;/ref&amp;gt; «&amp;amp;nbsp;venue rendre témoignage à la véri­té&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn12&amp;quot;&amp;gt;Jean 18, 37. « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 8, 38. « Ce que j'ai vu auprès du Père, je le dis. »(Cf. Jean 1, 18.)&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est l’idéal. Nous ne pouvons le bien comprendre qu’en observant comment Dieu Lui-même en a assuré la réali­sation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Être vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a préparé, longuement, l’homme à Le recevoir, Lui la Vérité. La récitation des psaumes rend familière l’association des deux mots ''misericordia'' et ''veritas&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn13&amp;quot;&amp;gt;''Ps. 24, 10. Tous les sentiers de Yahweh sont miséricorde et fidélité, pour ceux qui gardent son alliance et ses commande­ments.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 88, 15. La justice et l'équité sont le fondement de ton trône ; la bonté et la fidélité se tiennent devant ta face.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 107, 5. Car ta bonté s'élève au-dessus des cieux et ta fidélité jusqu'aux nues.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Michée 7, 20. Vous ferez voir à Job votre fidélité, à Abraham la miséricorde, que vous avez jurée à nos pères dès les jours anciens.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tob. 3, 2 &amp;lt;nowiki&amp;gt;[Tobie] : Vous êtes juste Seigneur; justes sont tous vos jugements, et toutes vos voies sont miséricorde, vérité et justice.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 39, 12. Toi Yahweh, ne me ferme pas tes miséricordes que ta vérité et ta bonté me gardent toujours.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ps. 56. 4. Dieu m'enverra du ciel le salut : Dieu enverra sa bonté et sa vérité.''&amp;lt;/ref&amp;gt;, qu’ils soient attribués à Dieu Lui-même, ou bien qu’ils décrivent le comportement des justes sous le regard de Dieu. N’a-t-on pas discerné, en cette habituelle concordance, la manifestation originelle de la «&amp;amp;nbsp;charité de la vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;? L’Alliance de Dieu avec son peuple ne fut-elle pas scellée par la communication d’une loi&amp;amp;nbsp;? Or on ne saurait voir en celle-ci seulement un ensemble de commandements, ni réduire celle-là à un pacte juridique&amp;amp;nbsp;; l’Alliance est la pre­mière initiative d’un amour qui ira s’épanouissant jusqu’à l’éco­nomie nouvelle, et la loi c’est la première initiation aux rudi­ments indispensables d’une vérité oubliée ou encore ignorée. ''Misericordia'' ''et veritas'', les psaumes ne font qu’exprimer une réalité déjà vécue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous découvrons ainsi, dans toute son ampleur divine et hu­maine, la charité de la vérité. Donner aux autres le pain de la vérité, par ce qu’on dit, par ce qu’on vit, par ce qu’on est, c’est être fidèle à l’engagement d’autant plus profond qu’il est moins exprimable, et qui nous lie aux autres parce qu’à Dieu. La fidélité lucide à la condition propre est, pour chacun, l’expression ha­bituelle de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;; c’est même cette forme hum­ble et concrète qui réussit au mieux à communiquer la vérité aux autres, en la leur suggérant par une persuasion aussi mystérieuse qu’incoercible. C’est qu’en effet cette forme de la fidélité est l’image de celle de Dieu. Il fait, Lui le premier si l’on ose dire, Son «&amp;amp;nbsp;devoir d’état&amp;amp;nbsp;», Celui qu’Il S’est choisi aimer, pardonner, instruire. Et si Dieu rencontre blasphème, ingratitude, fer­meture d’esprit, Il demeure Miséricorde prévenante et condes­cendante Lumière. Ainsi l’homme sait-il rencontrer, non un Dieu double, comme le sont tous les hommes&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn14&amp;quot;&amp;gt;Ps. 115, 1 ; Rom. 3, 4 Omnis homo mendax.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais un Dieu vrai&amp;amp;nbsp;: le vrai Dieu, qui donne la plus précieuse des oboles, celle de la vérité concrètement existante, vivante, agissante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallait sans doute que Dieu Lui-même Se fît patiemment persuasion, pour amener l’homme à découvrir, entre ''misericordia'' et ''veritas'', une mystérieuse coordination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fidélité de Dieu à l’égard de l’homme se traduit d’abord par une exigence de sincérité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Soyez vrais parce que je suis vrai.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn15&amp;quot;&amp;gt;Nous pouvons transporter de cette façon les invitations si hardies : Lévit. 11, 44 ; 19, 2. Soyez saints parce que je suis saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Matt. 4, 48. Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.&amp;lt;/ref&amp;gt; La vie humaine appelle, comme sa justification, une plénitude immanente&amp;amp;nbsp;: celle de la vie divine gratuitement com­muniquée&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn16&amp;quot;&amp;gt;Telle est, en substance, l'interprétation que propose S. Au­gustin du verset Ps. 84, 12. La vérité germera de la terre et la justice regardera du haut du ciel.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Or elle ne s’ouvre à la Miséricorde qu’en se conformant à la Vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En retour, les liens affectifs fondés sur la communauté de la destinée, voire de la race, entraînent un devoir de mutuelle sincérité. Le mensonge n’est pas toujours stigmatisé en Israël quand il s’exerce, au bénéfice de la cause commune, vis-à-vis des étrangers&amp;amp;nbsp;; tandis qu’il est considéré absolument comme une faute entre Israélites. Cette disparité quant à l’appréciation mo­rale ne doit évidemment pas être retenue, mais elle était, en son temps, éducatrice. Elle signifiait précisément que fraternité et vérité relèvent d’une même mesure&amp;amp;nbsp;: c’est parce que les membres du peuple élu ont le même sens et le même culte du même Dieu vrai que toute altération de la vérité est tenue, entre eux, pour une faute contre Dieu Lui-même. La mésestime collective ou officielle de la vérité est moins un manquement à la justice qui ruine le fondement des échanges humains, qu’elle n’est le symp­tôme de la décadence morale et de la déchéance religieuse. Si Pilate avait respecté la vérité, il n’eût pas livré Celui qui est la Vérité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn17&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean 18, 37‑38. [Jésus] : « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : pour rendre témoignage à la vérité&amp;amp;nbsp;: quiconque est de la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit&amp;amp;nbsp;: « Qu'est-ce que la vérité ? » Ayant dit cela, il sortit de nouveau Pour aller vers les Juifs et il leur dit : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui... ».&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité de la vérité, telle qu’elle doit jouer entre les en­fants d’un même Père, se trouve donc en germe dans l’ancienne Alliance. Il en est un autre aspect, divin celui-là, que la miséri­cordieuse fidélité de Dieu a patiemment inculqué à l’homme. La miséricorde est comme un climat toujours identique. C’est Dieu qui le crée. Les relations humaines doivent donc s’y déployer, tout comme les initiatives divines à l’égard de l’homme. Et comme la Miséricorde est fondée dans la Vérité, la fidélité de Dieu assure la médiation entre la vérité que l’homme doit mettre dans sa vie et cette autre Vérité, propre à Dieu, cette vérité de Dieu «&amp;amp;nbsp;qui atteint jusqu’aux nues&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn18&amp;quot;&amp;gt;Ps. 35, 6 ; Ps. 56, 11. Car ta fidélité atteint jusqu'aux cieux, et ta vérité jusqu'aux nues.&amp;lt;/ref&amp;gt; et qui «&amp;amp;nbsp;subsiste à jamais&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn19&amp;quot;&amp;gt;Ps. 116, 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le lien organique entre la communication que Dieu fait de Lui-même, par Miséricorde, et les comportements concrets que dicte à l’homme la même Miséricorde. Ceux-ci sont vérité, en celle-là qui est Vérité. La première Miséricorde consista d’ailleurs en la communication de la Vérité, par dessus tout de cette vérité qui par sa nature engageait Dieu Lui-même&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Yahveh est le seul vrai Dieu.&amp;amp;nbsp;» C’est pourquoi, sans cette trame subsistante qu’est la charité de la vérité, tout ce que peuvent dessiner les autres formes de la charité est voué à s’estomper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le message de la loi nouvelle nous permettra de saisir pour­quoi on doit, et comment on peut, au nom de l’Amour, dire vrai, vivre vrai, être vrai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==IIème Partie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot charité est si chargé d’images que son contenu spi­rituel risque de s’en trouver caché. Trop souvent charité équi­vaut à «&amp;amp;nbsp;faire la charité&amp;amp;nbsp;», à «&amp;amp;nbsp;donner quelque chose&amp;amp;nbsp;». Or ce «&amp;amp;nbsp;quelque chose&amp;amp;nbsp;» est le signe - et devient une cause supplé­mentaire - de l’extériorité qui existe entre ceux qui s’aiment, extériorité que l’amour voudrait justement annuler. S’engager dans cette voie serait oublier le sens tout spirituel de la charité, de la charitas veritatis. Celle-ci consiste bien à «&amp;amp;nbsp;donner&amp;amp;nbsp;», mais le don est si éminent qu’il ne peut procéder que de Dieu&amp;amp;nbsp;; il pénètre si intimement l’esprit, le cœur, l’être, que cette zone, hors d’atteinte de toute puissance créée, est réservée à Dieu. On ne peut donner la vérité - celle, du moins, qui concerne la vie et l’être - qu’en vertu de l’acte même par lequel on la reçoit. Autrement dit, un amour naturel ne suffit pas pour porter effica­cement à autrui une certaine qualité de vérité. Il faut, pour ce faire, bénéficier d’un potentiel divin qu’assure le seul amour qui nous fait un avec Dieu, la charité. La sublime obole de la charité ne peut être matérialisée, elle n’a de sens qu’insérée dans l’amour dont Dieu Seul est la Source.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, de cela, une importante conséquence. La charité, qui vient de Dieu, ne fait pas acception de personnes. Mon premier prochain, c’est moi-même&amp;amp;nbsp;: je ne peux donc pas ne pas m’aimer moi-même de cet indivisible amour dont j’aime Dieu et le prochain. Et parce que le don de la vérité est entièrement inclus dans l’amour, parce qu’il ne peut l’alourdir d’aucune extériorité, parce qu’il est en quelque sorte immanent à cet amour, il est partout où se porte cet amour, il est en moi. C’est d’abord vis-à­-vis de moi-même que je dois exercer la charité de la vérité, à moins d’être dans l’illusion sur la nature du sentiment qui m’in­cline à donner la vérité aux autres. Ici, charité qui ne commen­cerait pas par soi-même, ne serait pas du tout charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer la vérité c’est vouloir, pour les autres, la leur donner, pour soi, la recevoir&amp;amp;nbsp;: deux incidences d’un même acte, par nous participé, celui de l’amour, inclusif de vérité. Faire la charité de la vérité c’est donc premièrement et essentiellement&amp;amp;nbsp; la recevoir. Dieu donne, par amour, la vérité à tous&amp;amp;nbsp;: à autrui, à moi, à moi par autrui et à autrui par moi. Dans la mesure, et au degré où je reçois, je puis donner. Et s’il est possible de tricher sur la parole - on peut dire, de la vérité, un peu plus qu’on a compris - il est très difficile de faire vivre de la vérité plus qu’on en vit soi-même, et tout à fait impossible de donner aux autres d’être vrais plus qu’on est vrai soi-même&amp;amp;nbsp;: on ne triche pas avec l’être. A ce degré, c’est Dieu qui est con­cerné. Lui, et Lui seul, mesure l’équation de chaque être avec lui-même, c’est-à-dire la vérité de chaque être&amp;amp;nbsp;; Lui et Lui seul fonde les relations mystérieuses en vertu desquelles ses créatu­res se conditionnent mutuellement dans leur être-vrai, du fait qu’elles communient toutes en Lui, qui est la Vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A chaque étape de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;: dire, vivre, être, se retrouve au sein du même amour la même fondamentale réciprocité, entre le don reçu et le don communiqué. Procédons à l’observer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dire vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient, pour dire vrai, d’être disposé à ''recevoir la ''vérité&amp;amp;nbsp;; cette vérité qui est règle de vie et devient progressive­ment l’être même. Il faut interroger Dieu, et savoir attendre la réponse. Pilate demande bien à Jésus&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;qu’est-ce que la vérité&amp;amp;nbsp;»18, mais tourne les talons. Il retourne à sa préoccupa­tion, qui était, d’ailleurs, de défendre Jésus&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn20&amp;quot;&amp;gt;Jean 18, 39. Mais c'est la coutume qu'à la fête de pâque je vous délivre quelqu'un. Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean 19, 12. Dès ce moment, Pilate cherchait à le délivrer, [Après avoir affirmé à plusieurs reprises : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui. » (18, 38 ; 19, 4, 6.)]&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais comme il le défend mal&amp;amp;nbsp;: en se lavant les mains&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn21&amp;quot;&amp;gt;Matt. 27, 24‑25. Or, Pilate, voyant qu'il n'avançait à rien mais que plutôt le tumulte augmentait, prenant de l'eau, se lava les mains en présence de la foule en disant « Je suis innocent de ce sang : à vous de voir ». Tout le peuple répondit : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;. Eût-il attendu, puis écouté la réponse, le sang du Juste n’eût peut-être pas été appelé sur les Juifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui n’écoute pas Dieu, qui se porte trop vite vers d’autres foyers de vérité sans attendre les réponses de Dieu qui seules sont décisives, celui-là se met hors de la charité de la vérité. Car l’attente ne peut être soutenue que par un amour&amp;amp;nbsp;: amour qui n’est point facultatif - faute de l’avoir, on risque fort de&amp;amp;nbsp;se perdre&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn22&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;II Thess. 2, 9‑10. Son avènement à lui [l'impie] se produira par l'action de Satan, parmi toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges menteurs, et parmi toutes les séductions de l'iniquité pour ceux qui se perdent faute d'avoir accueilli l'amour de la vérité (caritas veritatis) qui les sauverait.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/ref&amp;gt; -, amour qui devient opérant par la vérité, c’est-à-dire qui devient inclusif de vérité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn23&amp;quot;&amp;gt;1 Cor. 13, 6. La charité se réjouit de la vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La joie étant conscience d'être, la charité contient elle-même la vérité dont elle se réjouit. La charité communique la vérité, enveloppée de joie.&amp;lt;/ref&amp;gt; avant de s’appliquer à communiquer&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn24&amp;quot;&amp;gt;Ps. 50, 8. Voici que tu aimes la vérité, et que tu m'as com­muniqué le mystère de ta sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II Cor. 4, 13. J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette disposition première, désir sincère, et docilité humble, est la racine cachée de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;: c’est d’elle que jaillit toute la sève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dire vrai, et par le fait même diffuser autour de soi une certaine limpidité mentale à la faveur de laquelle les réflexes autocritiques sains se développent spontanément, est le premier service de la charité de la vérité. Il suppose que nous sachions nous laisser «&amp;amp;nbsp;instruire par le Christ, selon que la vérité se trouve en Jésus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn25&amp;quot;&amp;gt;Eph. 4, 20‑21. Mais ce n'est pas ainsi que vous avez appris le Christ, si vraiment vous l'avez entendu et si vous avez été instruits par lui, selon que la vérité se trouve en Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Car il n’y a qu’une parole qui purifie ceux qui l’entendent&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn26&amp;quot;&amp;gt;Jean 15, 3. Déjà vous êtes purs à cause de la parole que je vous ai annoncée.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: elle ne sera opérante par nous que si nous la faisons nôtre en l’écoutant. Cela ne veut pas dire que nous la répéterons. Qui donc pourrait y prétendre&amp;amp;nbsp;? Cela signifie simplement que le sens de la vérité, dont la Parole est en un sens le sacrement, inspirera spontanément en nous les vigilances ou les non-advertances, les sévérités ou les indulgences, les fermetés ou les sourires qui contribueront à faire de la vérité un besoin irrésistible pour ceux qui nous entourent&amp;amp;nbsp;: chacun com­prenant à sa mesure le mystérieux message qui inclinera celui-ci à éviter le mensonge, et tel autre à une sincérité totale sous le regard de Dieu. Tous seront purs, chacun à son degré, dans le moment où la Parole, présente en nous, leur sera, peut-être grâce à nous, communiquée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut recevoir pour donner. Mais il ne suffit pas de recevoir. L’acte indivisible de l’Amour, dans lequel le don reçu est aussi le don donné, saisit simultanément Dieu, le prochain et nous­-mêmes. Il établit entre le prochain et nous-mêmes une relation que fonde l’Amour dont nous sommes aimés l’un et l’autre. Et nous ne serions pas authentiquement en cet amour, à ce degré où il faut l’être pour que soit conférée à la vérité une communi­cabilité efficace, si nous pensions pouvoir donner de Dieu au&amp;amp;nbsp;prochain sans être disposés à recevoir de Dieu par le prochain. Il faut accepter nos vérités du prochain&amp;amp;nbsp;; il n’y a en effet qu’une vérité, et qu’un amour de cette vérité, ou bien mensonge et illusion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le signe est crucial&amp;amp;nbsp;: avoir la charité de la vérité dans son absolu irrésistible, c’est savoir accueillir toute vérité, en parti­culier sur soi-même, d’où qu’elle vienne. Nous devons aimer cette vérité de nous-même que nous livre le prochain&amp;amp;nbsp;; il est si perspicace quand il nous demande l’héroïsme, car il ne fait souvent qu’appliquer une logique dont nous redoutions la rigueur. Accepter ce message des autres, apporte double bénéfice. D’abord la lumière sur nous-même&amp;amp;nbsp;: Dieu, qui accueille toutes les prières, peut aussi nous parler par toutes les lèvres. Nous, qui avons tant besoin, quand nous prions, de croire au premier point, croyons aussi le second. Puis, cette acceptation nous ou­vre les autres&amp;amp;nbsp;: ils nous savent gré de respecter l’exigence la plus primitive de la charité de la vérité - don reçu, don donné dans un seul amour -. Les non-chrétiens, mêmes s’ils ne croient plus à la vérité, perçoivent avec raison que nous devons y croire assez pour ne vouloir triompher que par elle, et donc répudier aussi bien l’hypocrisie aveugle qu’une certaine diplo­matie de la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Vivre vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn27&amp;quot;&amp;gt;Matt. 5, 16.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils que donne Jésus sur la manière de prier&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn28&amp;quot;&amp;gt;Matt. 6, 6‑8. &amp;lt;/ref&amp;gt;, les reproches si véhéments qu’Il adresse au pharisaïsme, ne lais­sent aucun doute sur la portée de ce conseil. Pas d’ostentation, pas d’»&amp;amp;nbsp;édification&amp;amp;nbsp;», pas de calcul. Si une vie est vraie, elle ne peut pas ne pas rayonner. Celui qui met en pratique les lois du Royaume, à savoir les béatitudes, est la «&amp;amp;nbsp;lumière du monde&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn29&amp;quot;&amp;gt;Matt. 5,14. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne doit pas se cacher. Et ceux qui l’entourent, sensibles à la qualité de lumière qui émane de lui, remonteront jusqu’à la Source&amp;amp;nbsp;: Dieu, «&amp;amp;nbsp;Lui qui nous a appelés dans son admirable Lumière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn30&amp;quot;&amp;gt;1 Pet. 2, 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Transfiguration opérée dans une vie humaine par le don de Dieu&amp;amp;nbsp;: le chrétien doit à tous, cette vérité qu’il est seul à même de donner. Il ne s’agit d’ailleurs pas&amp;amp;nbsp;seulement de justice, mais d’amour. Quand Dieu nous introduit dans son Royaume, Il nous donne d’emblée plus que nous ne pouvions attendre et comprendre. C’est bien dans son amour que nous devons présenter aux autres la persuasion de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous attendre d’eux, en retour, pareil service&amp;amp;nbsp;? Oui, s’i1 s’agit de nos frères chrétiens. Mais non de ceux qui, n’ayant pas en eux la vérité de Dieu et l’amour de Dieu, ne peuvent laisser filtrer jusqu’à nous cette lumière sans pareille qui est comme un resplendissement du secret de la face du Père. Beaucoup peuvent être sincères et accomplir de grandes choses, mais ne s’élèvera-t-il pas de «&amp;amp;nbsp;faux Christ et de faux prophètes, et ils feront de grands prodiges et des choses extraordinaires, jusqu’à séduire s’il se pouvait les élus eux-mêmes&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn31&amp;quot;&amp;gt;Matt. 24, 24.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sincérité peut être au service de l’erreur&amp;amp;nbsp;: elle excuse ceux qui se trompent de bonne foi&amp;amp;nbsp;; mais rien n’excuse la séduction en ceux qui, possesseurs de la vérité, doivent appeler l’erreur par son nom&amp;amp;nbsp;: c’est, nous l’avons vu, la première forme de la charité de la vérité. Ne laissons donc pas l’idéal chrétien se contaminer par une osmose, d’abord imperceptible, qui finirait par noyer dans un humanisme immédiatement tangible les valeurs surnaturelles que Dieu seul peut dispenser gratuite­ment. Ne cherchons pas à conjurer par un illusoire apprivoise­ment ces sortes de démons «&amp;amp;nbsp;qui ne peuvent se chasser que par le jeûne et par la prière&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn32&amp;quot;&amp;gt;Matt. 17, 20.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’erreur et la facilité pactisent secrètement contre les enfants de lumière. Le danger n’est pas moindre en vie collective qu’en vie individuelle&amp;amp;nbsp;; et, s’il sévit surtout dans le monde, il peut aussi visiter les cloîtres par le truchement de conceptions de la vie humaine assez étrangères aux perspectives évangéliques. En ce qui concerne la vérité et le rayonnement de la vie, le chrétien doit apporter davantage, et doit savoir qu’il a moins à recevoir des non-chrétiens. La cha­rité de la vérité demeure, à ce point de vue, partiellement unila­térale&amp;amp;nbsp;; cela résulte, inéluctablement, de ce que la grâce est don gratuit, et pareillement la foi. Certes, ce n’est pas en tout chrétien que la lumière brille au point de susciter discrètement et irré­sistiblement la louange qui remonte vers le Père&amp;amp;nbsp;; mais ce n’est pas une raison pour oublier, ni que cette lumière-là et elle seule est la parure des saints, ni qu’il n’y a pas de sainteté laïque, ni que la sainteté devient un mythe si on résorbe Dieu, en une immanence si indéfiniment accueillante et si misérable, dans sa prétendue infinitude qu’on est tout près d’oublier qu’on, ne peut aimer Dieu si, en même temps, on ne L’adore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charitas veritatis&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Lorsque le Fils de l’Homme viendra trouvera-t-il la foi sur terre&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn33&amp;quot;&amp;gt;Luc 18, 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La pureté divine des&amp;amp;nbsp;valeurs que la foi devrait envelopper et conserver sur terre n’aura-t-elle pas sombré dans l’universelle séduction&amp;amp;nbsp;? Tel est l’enjeu qui est déposé dans notre cœur et dans notre esprit&amp;amp;nbsp;: assurer à la vérité qui vient de Dieu la seule permanence qu’elle puisse revêtir en ce monde, par notre vie et dans notre vie, ''testimonium'' ''fidei''. Et faire ainsi, par l’amour de Dieu qui la dispense, par l’amour de nos frères qui l’attendent&amp;amp;nbsp;: une seule et même charité de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On demandera sans doute&amp;amp;nbsp;: que faut-il faire&amp;amp;nbsp;? Rien peut-être que déjà nous ne fassions. La charité de la vérité est trop ori­ginelle pour avoir ses œuvres propres. Elle consiste à vivre, en un certain esprit, l’amour divin. La précision la plus nuancée et la plus exacte nous est donnée par Jésus lui-même. Il apporte sur terre un certain reflet que lui-même n’y retrouve nulle part. il vient «&amp;amp;nbsp;rendre témoignage à la vérité&amp;amp;nbsp;»18&amp;amp;nbsp;; or ce témoi­gnage, qui «&amp;amp;nbsp;ne fait acceptation de personne&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn34&amp;quot;&amp;gt;Marc 12, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;, comporte bien un «&amp;amp;nbsp;jugement&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn35&amp;quot;&amp;gt;Jean 5, 22. Le Père même ne juge personne, mais il a donné au Fils le jugement tout entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; au sujet des réalités de la terre, au sujet de la vérité concrétisée sur terre&amp;amp;nbsp;; mais il consiste d’abord en ceci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce que j’ai vu auprès de mon Père, je le dis&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn36&amp;quot;&amp;gt;Jean 8, 38. Cf. 1, 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toute l’œuvre de Jésus procède du Père, est orientée vers le Père&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn37&amp;quot;&amp;gt;Jean 6, 38. Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui m'a envoyé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 5, 37 ; 8, 18. Le Père lui-même témoigne de moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 8, .50. Pour moi, je n'ai pas souci de ma propre gloire : il est quelqu'un qui en prend soin et qui fera justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean 17, 5. Père rends-moi la gloire que j'avais auprès de toi, avant que le monde fût.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces quelques versets, entre bien d'autres, rappellent que Jésus se réfère constamment au Père, comme Principe, comme Témoin, comme Terme.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; elle montre le Père, à tel point que, Philippe deman­dant&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Seigneur, montrez-nous le Père et cela nous suffit&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn38&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Jésus répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Celui qui m’a vu, a vu aussi le Père&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn39&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie du chrétien doit, elle aussi, désigner Dieu&amp;amp;nbsp;; plutôt que s’appliquer à mettre en valeur un homme multidimensionnel, révélation des temps nouveaux, si enfiévré à ne rien laisser perdre de soi qu’il devient imperméable à la véritable Sagesse&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Rechercher ''premièrement ''le royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn40&amp;quot;&amp;gt;Matt. 6. 33.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut certes pas changer en préoccupation scrupuleuse de ne point excéder&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn41&amp;quot;&amp;gt;La foi doit ôter toute timidité puisqu'elle donne de faire des œuvres qui surpassent celles de Jésus lui-même (Jean 14, 12).&amp;lt;/ref&amp;gt;, ce qui doit être occupation soucieuse&amp;amp;nbsp;/ de l’essentiel. Mais la vérité primordiale c’est que le chrétien vit de Dieu, et que le point d’application de son effort doit être de développer la «&amp;amp;nbsp;tendance&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn42&amp;quot;&amp;gt;Ainsi aimait à s'exprimer la bienheureuse Marie de l'Incar­nation.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont il reçoit la grâce. Alors il montrera Dieu, comme Jésus montrait son Père&amp;amp;nbsp;: avec le même naturel. On rayonne par sa vie ce dont précisément on vit. Plus profondément on réalise, par ce que l’on est, cela même en fonction de quoi l’on est&amp;amp;nbsp;; Jésus tient lieu du Père auprès de ses disciples, parce que tout son être est d’être du Père. Il ''est ''plus véritablement la Vérité qu’Il ne le dit ou ne le vit, et c’est cela même qu’il vient offrir à ceux qui l’entourent. Cette forme ultime de la charité n’appartient-elle pas aussi au chrétien&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ce qu’il nous reste à examiner brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Être vrai. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’amour de Dieu consiste en ce qu’Il a envoyé son Fils - le Fils qui procède du Père selon la Vérité - comme victime de propitiation pour nos péchés10. Cette mission visible est le principe efficace d’une mission invisible qui se poursuit dans les âmes. Invisible ou visible, cette communication de Dieu épouse les mêmes modes&amp;amp;nbsp;: par amour - selon la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sanctifiez-les dans la vérité&amp;amp;nbsp;: votre parole est vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn43&amp;quot;&amp;gt;Jean 17, 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;, dit Jésus à son Père. Le principe immédiat de cette sanctification, c’est l’Esprit-Saint. «&amp;amp;nbsp;Esprit de Jésus&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn44&amp;quot;&amp;gt;Jean 16, 14 ; Philip. 1, 19. ‑ Dans les Actes : Baptême dans l'Esprit Saint équivaut à Baptême de Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de vérité, qui procède du Père&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn45&amp;quot;&amp;gt;Jean 15, 26‑27 ; Matt. 10, 20 ; Rom. 8, 9‑11.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit qui est la Vérité&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn46&amp;quot;&amp;gt;1 Jean 5, 6. Et c'est l'Esprit qui rend témoignage, parce que l'Esprit est la Vérité.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de Vérité qui guide dans toute la véri­té&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn47&amp;quot;&amp;gt;Jean 16, 13.&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn48&amp;quot;&amp;gt;Jean 14, 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne s’agit plus ici d’une rectitude parlée ou vécue, mais de cette «&amp;amp;nbsp;vérité qui transcende les cieux&amp;amp;nbsp;»19, qui «&amp;amp;nbsp;de­meure éternellement&amp;amp;nbsp;»20, qui est Dieu même. Exercée par Dieu, la charité devient le don ultime en quoi consiste la vision béatifiante. Ce don est réservé à Dieu&amp;amp;nbsp;; nous ne devons ni l’attendre d’autre que Lui, ni penser intervenir à l’intime de la communication que Dieu en fait à autrui. La charité de la&amp;amp;nbsp;vérité se résout ici en une réceptivité docile et diligente, dont l’Esprit de Vérité demeure à chaque instant la seule mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, notre fidélité à accueillir le don de la Vérité ne relève pas moins de l’amour du prochain que de l’amour de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun, il est vrai, porte la responsabilité de ses actes. On ne doit plus dire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des fils en sont agacées. Mais chacun mourra pour son iniquité&amp;amp;nbsp;; tout homme qui mangera des raisins verts, ses dents en seront agacées&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn49&amp;quot;&amp;gt;Jer. 31, 29.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mes refus n’entraîneraient pas que Dieu se refuse à autrui. En retour, autrui ne bénéficie pas de ce dont je refuse de bénéficier&amp;amp;nbsp;; la sanctification par la vérité est en profonde conformité avec la communicabilité qui est propre à la vérité. En quoi on reconnaît une œuvre éminente de la Sagesse divine. La contempler contribue, de surcroît, à fixer l’esprit dans la Vérité qui est source de toute vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a plus. La grâce de vérité nous venant en fait par l’Humanité du Christ, et celle-ci étant une réalité créée, il s’établit de nous à elle une certaine réciprocité. L’Humanité sainte est, ''en tant que principe de communication'', condition­née par notre propre réceptivité&amp;amp;nbsp;; à la manière dont la parole de l’orateur se trouve, du fait même du contact avec l’audi­toire, constituée en un état de communicabilité qui n’en affecte pas la teneur objective, mais qui n’en dérive pas non plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui écoutent une parole au point de mettre tout leur être en accord avec elle suscitent, dans cette parole, des har­moniques qui la rendent intrinsèquement plus pénétrante, qui lui confèrent une exigence de communicabilité à laquelle doivent bientôt se rendre ceux qui d’abord n’écoutaient qu’avec moins de profondeur, ou moins de docilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Semblablement, recevoir la Parole de Vérité c’est, par la médiation de cette Parole elle-même, assurer la même grâce aux autres. La Vérité, incarnée dans le Christ, réfléchit en elle-­même la profondeur à laquelle elle pénètre. Elle acquiert, par des modalités temporelles muées en un état éternel, une péné­trabilité qui requiert par sa nature même d’être réalisée dans le temps. Que Judas ait refusé la grâce de repentir et de conversion enveloppée dans le regard et la parole de Jésus n’ôte évidemment rien aux virtualités infinies contenues pour chacun de nous dans l’éternelle Vérité. Mais que les Samari­tains aient eu conscience de parvenir à une foi plus pure en s’attachant à Jésus lui-même, plutôt qu’en accueillant le&amp;amp;nbsp;/ témoignage de leur compatriote&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn50&amp;quot;&amp;gt;Jean 4,42. ‑ S. Thomas, dans son beau commentaire, montre que le progrès de la foi est lié à ce fait que Dieu opère dans l'âme d'une manière plus immédiate&amp;amp;nbsp;: l'action divine apparaît elle-même, et non plus voilée dans la médiation des signes.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: voilà qui a découvert, et qui premièrement a réalisé, l’une des possibilités sanctificatrices de la Vérité. Réalisation et manifestation qui inaugurées il y a vingt siècles, demeurent opérantes en notre durée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Conclusion==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a donc une charité de la vérité, d’autant plus imma­nente à la participation de la Vérité que cette participation est plus profonde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous faisons de la Vérité la règle de nos paroles et de nos pensées, nous induisons les autres à la sincérité sans laquelle il n’y a pas de vie possible avec Dieu&amp;amp;nbsp;; mais nous devons, en retour, être prêts à accueillir, d’où qu’il vienne, le service d’entendre nos vérités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous prenons la Vérité comme mesure permanente de notre vie, nous faisons luire une lumière purifiante et con­vertissante. Nous devons en même temps discerner, dans ses plus subtiles infiltrations, la séduisante facilité qui résout Dieu en un surhomme, ou qui substitue la sagesse de la raison à la folie de la Croix, la vérité «&amp;amp;nbsp;diminuée par les hommes&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn51&amp;quot;&amp;gt;Ps. 11, 2. Quoniam diminutae sunt veritates a filiis hominum.&amp;lt;/ref&amp;gt; à la Vérité de Dieu. Il y a une trahison des chrétiens, comme il y a une fidélité des chrétiens. Eux seuls connaissent le secret, eux seuls possèdent la source&amp;amp;nbsp;; eux seuls peuvent aller à un certain degré, dans la fidélité comme dans la trahison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si enfin nous accueillons la Vérité, non plus seulement comme mesure d’une vie qui procéderait de nous, mais selon un mode plus mystérieusement intime, comme nous refor­mant à la source de nous-même, cette Vérité devient un prin­cipe opérant et transformant&amp;amp;nbsp;: elle nous fait vrais nous-même en nous mettant en équation avec elle, elle nous fait exercer .la charité de la vérité par l’acte qui établit en état de communicabilité permanente ce qui était, en elle, seulement communicable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons marqué à grands traits le cheminement concret de la charité de la vérité&amp;amp;nbsp;; nous en avons ensuite indiqué le fondement théologal. Faut-il rappeler en terminant que ces deux points de vue doivent être tenus ensemble, si on ne veut, ni qu’une ascèse sans envol s’effrite en recettes, ni qu’une mystique sans contrôle s’exténue en abstractions. Le plus humble de nos actes est toujours justiciable de la plus haute inspiration&amp;amp;nbsp;: la vérité ne subsiste que dans la Vérité, comme l’humanité de Jésus dans le Verbe incréé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la temporalité de l’agir nous est-elle donnée pour que nous en saisissions la véritable substance&amp;amp;nbsp;: l’Acte éternel. Ainsi la Loi fut-elle donnée aux Juifs pour qu’en l’écrivant par la vérité de leur vie, ils reconnaissent le doigt de Dieu. Ainsi Jésus est-il donné aux hommes afin qu’ils atteignent, chacun pour soi, chacun pour ses frères, le Verbe de Vérité&amp;amp;nbsp;: charitas veritatis in Deo et in nobis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Pol%C3%A9mique_et_Charit%C3%A9&amp;diff=1698</id>
		<title>Polémique et Charité</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Pol%C3%A9mique_et_Charit%C3%A9&amp;diff=1698"/>
				<updated>2011-04-06T09:35:49Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = [[abbé Berto]] &lt;br /&gt;
| source = Extrait de la ''Pensée Catholique'' n°45-46 &lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = Juin 1956&lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦♦ Moyen &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|- &lt;br /&gt;
| &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;center&amp;gt;Réponse à quelques critiques&amp;lt;/center&amp;gt;==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Un de nos lecteurs occasionnels nous a fait parvenir, à propos de nos articles sur «&amp;amp;nbsp;le latin dans la liturgie&amp;amp;nbsp;», des observations du reste fort courtoises, que nous aurions volontiers transcrites, avec ou sans sa signature. Il nous a refusé, courtoisement aussi, l'autorisation nécessaire. Nous reproduisons néanmoins notre réponse parce que nous y touchons quelques points importants, et non sans nous excuser de son tour «&amp;amp;nbsp;personnel&amp;amp;nbsp;». Nous n'avons pas eu le loisir de la récrire en forme d'article.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trouver bon, mon cher ami, que je vous remercie de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet d'un article que j'ai récemment publié dans la ''Pensée Catholique''. Je trouve très bon, de mon côté, et très utile, que mes lecteurs me fassent connaître leur opinion, surtout les lecteurs occasionnels, qui ne sont pas immunisés par l'habitude. Écrivant à tout le monde, je dois souffrir et même agréer que tout le monde m'écrive. Nul titre n'est nécessaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est hors de doute que la préférence que vous exprimez pour «&amp;amp;nbsp;une proclamation directe en langue vulgaire, par le prêtre, des textes bibliques de la messe&amp;amp;nbsp;» n'est aucunement, je continue à reprendre vos termes, «&amp;amp;nbsp;incompatible avec l'esprit de soumission totale à l'Église&amp;amp;nbsp;», du moins quand on est déterminé comme vous à ne pas devancer le Saint-Siège en une matière où il s'est expressément réservé l'initiative et non seulement le contrôle. Je ne crois pas avoir énoncé la thèse contraire ; ce serait une autre manière de devancer l'autorité souveraine, en paraissant déclarer fâcheuses et regrettables des concessions qu'elle fera peut-être demain. Mais dans la mesure où j'aurais donné à entendre autre chose que ce que vous dites, je me rétracte purement et simplement. Mes préférences privées sont pour l'usage exclusif du latin ; il va de soi que j'écris, comme publiciste, pour les faire partager, mais à ''titre de préférences, ''nullement comme seules compatibles avec l'esprit de soumission totale à l’Église, et en me tenant prêt à accepter et à promouvoir d'éventuelles références contraires du Saint-Siège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des concessions comme celles que vous souhaitez ne sont pas comparables à ''l'abandon ''du latin, que réclament des écrivains selon moi téméraires et qui, pour le coup, vont certainement contre les intentions expressément déclarées du Siège Apostolique. L'un des arguments que j'apporte pour montrer le bien-fondé de ces intentions est tiré du relâchement d'unité qu'entraînerait l'abandon du latin, et j'ai écrit à ce sujet un «&amp;amp;nbsp;infailliblement&amp;amp;nbsp;» qui vous «&amp;amp;nbsp;paraît fort&amp;amp;nbsp;». Le français n'est pas ma langue maternelle, j'ai l'honneur d'avoir été élevé en breton, et j'ai pu me tromper sur la valeur d'un adverbe. J'ai mis «&amp;amp;nbsp;infailliblement&amp;amp;nbsp;» au lieu de «&amp;amp;nbsp;nécessairement&amp;amp;nbsp;», qui m'était venu d'abord parce qu'en effet il n'y a pas de lien ''essentiel, ''d'où l'on puisse tirer une démonstration a-priori, entre la suppression du latin et le desserrement de l'unité. Mais j'ai voulu marquer qu'il y a un lien ''existentiel, ''une connexion de fait, qui dans l'hypothèse jouerait, disons «&amp;amp;nbsp;incoerciblement&amp;amp;nbsp;», puisque «&amp;amp;nbsp;infailliblement&amp;amp;nbsp;» vous déplaît. Non, l'emploi du latin n'est pas seulement «&amp;amp;nbsp;un moyen humain qui n'a pas toujours existé&amp;amp;nbsp;» ; il n'est pas seulement un facteur d'unité, il ''est ''déjà un mode d'être de l'unité, un «&amp;amp;nbsp;fait acquis&amp;amp;nbsp;» d'unité, une situation d'unité, une expression d'unité, un comportement d'unité. Considéré comme moyen, ce n'est pas seulement un moyen «&amp;amp;nbsp;humain&amp;amp;nbsp;», il doit bien provenir en quelque mesure de l'Esprit-Saint, ''Dominum et vivificantem ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; qu'il n'ait pas «&amp;amp;nbsp;toujours existé&amp;amp;nbsp;», ce n'est pas si sûr, il existait bien en puissance puisque la spontanéité vitale de l’Église romaine a exercé sa poussée dans le sens de l'unité de langue liturgique. Et enfin, quand ce ne serait qu'un moyen qui n'aurait pas «&amp;amp;nbsp;toujours existé&amp;amp;nbsp;» et non pas même en puissance, il suivrait seulement que ce moyen n'est pas nécessaire en droit, ce que j'ai reconnu plus haut, ce que j'avais admis en propres &amp;lt;/nowiki&amp;gt;termes dans mon premier article, que probablement vous n'avez pas lu (voilà ce que c'est que de n'être pas un lecteur ''assidu). ''Mais il ne suivrait aucunement que ce moyen ne soit pas devenu irremplaçable ''de facto. ''Avoir des écoles n'est pas non plus de nécessité ''essentielle ''pour l’Église, c'est un attribut qui entre dans le prédicable du contingent et c'est aussi, historiquement, un moyen «&amp;amp;nbsp;qui n'a pas toujours existé&amp;amp;nbsp;». C'est pourtant dans ''l'existentiel ''un moyen irremplaçable, et on peut certainement affirmer que la suppression de l'enseignement chrétien entraînerait «&amp;amp;nbsp;infailliblement&amp;amp;nbsp;» un progrès effrayant de la déchristianisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous alléguez l’Église orientale unie. Je ne crois pourtant pas que vous souhaitiez que notre unité avec le Saint-Siège devienne semblable à celle des Orientaux unis, plutôt crue et professée que vécue. Le Saint-Siège ne veut pas que l'on touche aux liturgies vénérables de l'Orient ; néanmoins, même dans les temps paisibles, cette diversité liturgique ne facilite pas l'exercice de cette plénitude de puissance, ''ordinaria, immediala, vere episcopalis, qui ''lui est reconnue certes par tous les catholiques, autrement ils ne seraient pas catholiques, mais qui doit tolérer en Orient bien des mitigations pour éviter de plus grands maux. Et que dire des temps troublés ! Voyez ce qui se passe sous nos yeux : ce n'est pas une conjecture, c'est un fait, que les persécuteurs se sont servi de la diversité des rites pour entraîner d'un seul coup dans le schisme un million et demi de Ruthènes uniates ; c'est un fait que la même manœuvre infernale a été rendue impossible en Pologne, parce que la Pologne est latine. Dans ''l'essentiel, ''l'unité était la même ; quelle différence dans ''l'existentiel ''! Et trouvez-vous encore que mon «&amp;amp;nbsp;infailliblement&amp;amp;nbsp;» soit trop fort ? Si des désastres comme celui que je viens de rappeler ne vous font pas redouter les dangers qui résulteraient en Occident de la substitution des langues nationales au latin, j'admire votre sérénité, mais je ne la partage pas, et d'autant moins que l'entreprise anti-latine en Occident est conduite dans l'esprit le plus anti-romain. C'est pourquoi jusqu'à mon dernier souffle je combattrai pour la latinité liturgique, garantie solide, élément ''de facto ''irremplaçable (toujours en Occident) de la romanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je viens à ce qui vous a surtout déplu dans mon article, la rudesse du ton, selon vous peu charitable. Sur ce point, je ne vous concède rien. Si la charité est ce que vous dites, il faut déchirer des pages entières de l’Évangile, depuis l'a paille et la poutre des «&amp;amp;nbsp;''hypocrites&amp;amp;nbsp;»'' jusqu'à la clef de la science que les ''duces caeci et stulti ''gardent dans leur poche, pour finir par ''serpentes, ''genimina ''viperarum. Ou ''bien avez-vous deux poids et deux mesures ? Était-ce charité à saint Jérôme de traiter saint Augustin de «&amp;amp;nbsp;citrouillard, ''cucurbitarius''&amp;amp;nbsp;», ''et ''Rufin d'«&amp;amp;nbsp;âne à deux pattes, ''asinus bipes&amp;amp;nbsp;»'' tandis que ce serait manque de charité à moi d'égayer mes lecteurs en évoquant le «&amp;amp;nbsp;bipède sans plumes&amp;amp;nbsp;» de Platon, expression qu'il faut bien que je m'applique comme à mes adversaires, puisque je suis homme comme eux, au lieu que saint Jérôme ne s'appliquait sûrement pas l'asinus bipes qu'il décochait à Rufin. A moins que vous ne préfériez dire que saint Jérôme aussi manquait de charité, mais vous le diriez contre toute l’Église et contre l'évidence, car et l’Église et l'évidence proclament que ce volcan d'invectives flambait de charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui, et non pas moi ? Hélas, c'est trop vrai, mais pour le dire il faut scruter mes intentions, ce qui n'est pas évangélique non plus, et aller au delà de mon comportement littéraire, puisque mes expressions ne sont pas plus fortes que «&amp;amp;nbsp;sépulcres blanchis&amp;amp;nbsp;» qui est dans l’Évangile, et que «&amp;amp;nbsp;défécateurs en chambre&amp;amp;nbsp;» qui est dans la lettre à Eustochium. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous vous scandalisez de rencontrer de l'invective dans une publication qui s'intitule catholique, C'est tout simplement que l'invective est catholique, à preuve l’Évangile, à preuve non seulement les onze volumes de saint Jérôme dans Migne, mais cent autres tomes de la Patrologie. Elle n'est donc pas d'elle-même et dans tous les cas contraire à la charité. La charité transcende et l'invective et la douceur des paroles, elle «&amp;amp;nbsp;impère&amp;amp;nbsp;» l'une ou l'autre suivant les circonstances. Vraiment «&amp;amp;nbsp;l’Évangile ne parle que de charité&amp;amp;nbsp;» ? A merveille, et j'en demeure d'accord ; pourtant il contient des invectives, donc les invectives ne sont pas de soi contraires à la charité de l’Évangile. Et quant à une charité qui ne serait pas celle de l’Évangile, je me moque bien d'en manquer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je maintiens donc absolument mon droit à l'invective ; je repousse absolument le reproche de manquer de charité, fondé sur le seul usage de l'invective ; je dis que ce reproche procède d'une erreur sur la nature même de la charité. On peut certes manquer de charité dans l'invective, et j'ai pu avoir ce malheur ; mais on peut aussi manquer de charité dans la douceur, et condamner l'invective au nom de la charité n'est pas selon la charité telle que l’Évangile du très doux et du très terrible Seigneur Jésus nous en livre la notion et nous en montre la pratique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Veuillot est plein d'invectives, et l'on peut dire que saint Pie X a canonisé non sa personne, mais sa manière. Le Bref de 1913 est ma charte et je m'y tiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Veuillot était un laïc ! Oui, et après ? Interdire au prêtre, parce qu'il est prêtre, l'invective, c'est accepter une image conventionnelle et artificielle du prêtre, qui a son origine ailleurs que dans l’Évangile et dans l’Église, étant l'image ''mondaine du ''prêtre ou plutôt sa caricature, bénisseuse, onctueuse, efféminée. Je ne veux pas ressembler à cette caricature dégradante; je veux garder à portée de ma main le fouet dont s'est servi le Souverain Prêtre, seul vrai modèle des prêtres ministériels. J'ai pu user peu charitablement de ce fouet charitable, peu évangéliquement de ce fouet évangélique, peu sacerdotalement de ce fouet sacerdotal : mais il est charitable, mais il est évangélique, il est sacerdotal, et j'ai deux fois comme prêtre le devoir d'en conserver l'usage, parce que j'ai deux fois comme prêtre le devoir de porter la ressemblance de Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vrai, ce sont des prêtres, des religieux que je rencontre parfois sur mon chemin. Mais s'ils font une œuvre néfaste, la charité me commande-t-elle de la leur laisser accomplir, parce qu'ils sont prêtres et religieux ? Elle me commande au contraire d'empêcher que leur caractère ne protège leurs entreprises. Elle me commande en même temps, certes, de respecter en eux ce qui demeure respectable, leur vie privée, dont je ne m'occupe jamais, leurs intentions, que je ne présume jamais perverses, la pureté de leur foi, que je ne m'arroge jamais le droit de contester. Pour le reste, la charité qui m'oblige à les aimer comme mon prochain me fait un devoir de les haïr ''perfecto ''odio comme publicistes, si leur théologie est inexacte, si leur pastorale est funeste, si leur style est ridicule, si leur jugement est faux, si leur goût est sophistiqué, s'ils ratiocinent contre le bon sens, s'ils embrouillent l'univoque et l'analogue, la géométrie et la finesse, l'essentiel et l'existentiel, surtout enfin s'ils. ont gagné une audience assez large pour semer le désarroi dans beaucoup d'esprits, pour déranger un grand nombre de têtes faibles. Il est regrettable, il est douloureux que des prêtres et des religieux qui se mêlent d'écrire donnent le spectacle de l'une ou l'autre de ces difformités ou de plusieurs ; mais s'ils le donnent, la charité commande une indignation d'autant plus vive que l'indécence est plus grande de leur part, et d'autant plus salubre qu'il est plus urgent de leur ôter crédit. Le P. Teilhard doit être blâmé deux fois, parce qu'il est jésuite, pour avoir qualifié Dieu de «&amp;amp;nbsp;point W&amp;amp;nbsp;», car qu'est-ce que cette affectation de phénoménologie sous la plume d'un fils de saint Ignace ? Parce qu'il est dominicain, le P. Chenu est deux fois reprochable d'avoir imprimé que l’Église doit céder à l’État devenu majeur (naturellement) § ce qu'elle conserve encore de fonctions temporelles, parmi lesquelles, frottez-vous les yeux, le soin des malades et l'enseignement ; ce frère en religion de saint Thomas abjurera-t-il impunément ce que dit le saint Docteur des œuvres de miséricorde corporelle qui sont l'honneur de l’Église, et des œuvres de miséricorde spirituelle - parmi lesquelles l'instruction des ignorants - qui non seulement manifestent la charité surabondante de l’Église, mais conditionnent concrètement la transmission efficace du message évangélique ? Parce qu'il est prêtre, l'abbé Oraison doit être deux fois flagellé de verges, pour avoir empoisonné les séminaires, et jusqu'aux cloîtres de la virginité sacrée, des infâmes remugles de son pansexualisme larvé. Vous vous exclamez sur mes véhémences : «&amp;amp;nbsp;Et c'est un prêtre qui écrit !&amp;amp;nbsp;» Permettez-moi de vous dire que vous vous trompez d'adresse. C'est à ceux que je combats qu'il faudrait marquer votre indignation : Et c'est un jésuite qui écrit ! Et c'est un dominicain qui écrit ! Et c'est un prêtre qui écrit ! Les torts des uns n'excusent pas ceux des autres, ma mère a appris cela dès l'enfance à ses fils, avec force calottes équitables à l'appui de son dire ; mais il faut quelque justice, quand on tient tant à ce qu'on nomme charité ; et il n'est pas juste que vous trouviez légitime de blâmer davantage mon langage parce que je suis prêtre, et que vous ne trouviez pas au moins aussi légitime que je blâme davantage le P. Teilhard de Chardin de son immanentisme parce qu'il est jésuite, le P. Chenu de sa «&amp;amp;nbsp;theologia laicalis&amp;amp;nbsp;» parce qu'il est dominicain, M. Oraison de son déterminisme sexuel pseudo-médical parce qu'il est prêtre. Avez-vous protesté auprès des éditeurs du ''Phénomène humain'' ? ''Vous ''êtes-vous plaint à ''Économie et humanisme'' quand le P. Chenu y a développé les sophismes rapportés ci-dessus ? Avez-vous reproché à M. Oraison d'avoir publié dans le Supplément de la ''Vie spirituelle ''un article sur le complexe sado-anal dont la seule pensée qu'il a été lu dans des communautés religieuses fait bondir le cœur de dégoût ? Vous n'avez pas le loisir de lire tout ce qui paraît ? Sans doute, mais pardonnez à ceux qui par devoir s'astreignent à lire le plus qu'ils peuvent de croire que la charité leur prescrit l'invective contre des auteurs, fussent-ils prêtres ou religieux, dont l’œuvre est à ce point malfaisante, dont la pensée est à ce point déréglée, dont l'influence est à ce point pernicieuse. Pour moi, je ne cesserai pas d'exprimer non seulement mon désaveu, mais ma colère, et plût à Dieu que ses vibrations fussent perçues non seulement des cinq mille abonnés de la ''Pensée Catholique, ''mais du pitoyable troupeau de cinq cent mille lecteurs que la ''Vie Catholique Illustrée'' abrutit hebdomadairement, et présentera dûment décérébrés à l'abattoir communiste. C'est pour bientôt, mon cher ami ; vous qui élevez des enfants, au lieu de déplorer ma violence, faites des violents. Les violents peuvent devenir des martyrs ; les faux charitables, jamais ; on les tue sans qu'ils témoignent, et l'on en voit de si débordants de charité pour le bourreau qu'ils lui rendent le service de lui amener le bétail, d'une seule main, l'autre étant sur leur conscience. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sommes-nous loin de la question du latin dans la liturgie ? Moins qu'il ne semble. Il est vrai que c'est l'ensemble des articles que j'ai publiés depuis dix ans dans la ''Pensée'' ''Catholique'' que je cherche à justifier. Mais d'un autre côté, s'il n'y a pas de conjuration entre les hommes, ce que j'ignore, il y a certainement un lien entre les erreurs. On le voit au long de l'histoire ; on l'a vu au début de ce siècle, lorsque les publications modernistes favorisaient les idées sillonistes, si l'on peut appeler idées ce magma inconceptualisable, et que réciproquement les publications sillonistes, à leur insu bien plus qu'à leur escient, certes, mais par une connexion objective plus forte que les intentions, laissaient serpenter dans leurs colonnes l'hérésie moderniste. Semblablement aujourd'hui, si ce n'est pas de propos délibéré, c'est encore moins par hasard que les mauvais docteurs qui ont fourvoyé nos malheureux confrères les «&amp;amp;nbsp;prêtres-ouvriers&amp;amp;nbsp;» en les lançant sur un océan dont ils n'avaient pas balisé un seul récif, qui ont failli ruiner la «&amp;amp;nbsp;Mission de France&amp;amp;nbsp;», qui ont gauchi et faussé plusieurs Mouvements d'Action catholique, ce n'est pas un hasard, dis-je, si ces personnages sont tout proches de ceux qui ont fait du «&amp;amp;nbsp;Centre de Pastorale liturgique&amp;amp;nbsp;» une entreprise anti-grégorienne, et qu'il y ait des uns au profit des autres, de ceux-ci au profit des premiers, un continuel et mutuel échange de bons offices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est temps que je mette fin à cette réponse que j'aurais dû savoir abréger. Mais pour que vous ne puissiez vous plaindre que je me sois dérobé à aucun de vos griefs, je dois répondre à une question que je suis d'ailleurs surpris que vous ayez posée ; vous avez dû écrire ''ab irato ; nous ''sommes tous mortels ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le français auquel convient pareille musique (celle dont j'ai dit, sans tenir autrement à cette métaphore, qu'elle sort des étables la nuit) est une traduction littérale du nouveau psautier et de l'hébreu. A ce latin-là, est-ce la même musique qui convient ? Ou pourquoi non ?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi non ? Parce que la traduction, même littérale, d'un original euphonique peut être cacophonique. Quand nos grands élèves traduisent le chant XXII de l'Iliade, ils peuvent bien ne perpétrer ni contre-sens ni faux sens ; cela suffit-il pour que leur traduction «&amp;amp;nbsp;attrape&amp;amp;nbsp;» l'harmonie du Grec ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je répète que je vous abandonne mes métaphores ; elles ne sont sûrement pas toutes du dernier goût. Mais la charité veut que le «&amp;amp;nbsp;psautier Gélineau&amp;amp;nbsp;» soit tourné en ridicule, pour que d'une part les incroyants cultivés ne s'imaginent pas que l’Église est devenue tout de bon «&amp;amp;nbsp;obscurantiste&amp;amp;nbsp;» en musique, et pour que d'autre part le peuple fidèle soit maintenu en possession des richesses liturgiques que l’Église a accumulées pour lui, maintenu dans l'usage ''familier, ''c'est le Pape qui l'ordonne, relisez ''Musicae Sacrae, ''du répertoire grégorien. L'un n'exclut pas l'autre ? Dans «&amp;amp;nbsp;l'essentiel&amp;amp;nbsp;», non ; dans «&amp;amp;nbsp;l'existentiel&amp;amp;nbsp;», bel et bien. Du vrai cantique populaire, extra et infra-liturgique, je pense ce que pense l'Encyclique, il a sa place dans les assemblées elles aussi extra et infra-liturgiques, et il n'est pas dangereux pour la ''familiarité ''du peuple chrétien avec les mélodies grégoriennes. Tout autres sont les prétentions des recueils du type «&amp;amp;nbsp;psautier Gélineau&amp;amp;nbsp;», dont et l'auteur, et peut-être surtout les éditeurs, répètent à satiété qu'ils sont «&amp;amp;nbsp;pour l'usage liturgique&amp;amp;nbsp;» ; cette mention est à chaque page, et en effet non seulement sa présence, mais tout dans ce recueil et ses congénères, le style, la langue, la mélodie, les indications proposées au maître de chœur, tout manifeste un propos, non de se juxtaposer et de se subalterner au grégorien, mais de le remplacer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J'ai à peine écrit ces lignes que le courrier m'apporte la livraison de mars-juin 1956 de la ''Revue grégorienne. ''Solesmes est une forteresse, ''locus'' ''irreprehensibilis, ''et je combats dans la plaine ; mais hormis cette différence, dont il est ''charitable ''de tenir compte, vous trouverez que sur l'existence et la portée d'une campagne anti-latine, sur les témérités qu'elle se permet, sur la nécessité et l'urgence de la combattre, il y a, entre l'illustre ''Revue'' ''grégorienne'' et la ''Pensée catholique'', une communauté de vues dont vous comprendrez que je ne me fasse pas peu d'honneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J'ai cinquante-cinq ans, j'ai derrière moi trente années d'un ministère que Dieu a voulu sinon fécond, je n'en sais rien, du moins presque entièrement employé au service des plus pauvres parmi le peuple; ce sont eux que je ne veux pas voir spoliés du patrimoine de beauté de l’Église, leur seule richesse ici-bas, leur unique mais légitime et glorieux héritage. Je défends: leur droit baptismal à l'or pur, contre les colporteurs, bien intentionnés ou non, qui leur ''refilent ''de la pacotille. Est-il donc bien charitable de supposer si vite que je manque de charité ? Est-il si assuré que mes articles en administrent la preuve ? J'ai trop de respect pour les vrais théologiens pour oser jamais m'arroger un titre si glorieux et si vénérable dans l’Église ; je suis tout de même un vieil étudiant en théologie, un inlassable et insatiable étudiant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous deviez présumer qu'avant d'écrire j'ai médité sur la nature et les lois de la charité, et qu'en écrivant je ne cesse de les avoir présentes à l'esprit. Vous pourriez d'ailleurs lire - mais je ne vous infligerai pas ce pensum - la collection entière de mes articles ; vous n'y trouverez contre nul prêtre, nul religieux, nul chrétien, l'accusation terrible de manquer de charité, qu'on lance si volontiers contre moi. En sorte que, dans l'ardeur des contestations d'aujourd'hui, ceux qui reprochent le plus aisément à autrui d'offenser la charité telle qu'ils l'entendent, sont peut-être ceux qui la pratiquent le moins telle qu'elle est. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois, mon cher ami, vous avoir répondu plutôt que d'auteur à lecteur, de prêtre à chrétien, je dirais aussi bien d'honnête homme à honnête homme, avec le souci de ne pas louvoyer, de ne pas biaiser, de ne rien laisser d'obscur ni d'ambigu. Je me suis expliqué trop longuement, du moins me suis-je expliqué droitement : cela aussi est charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Veuillez, etc... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Manécanterie saint Pie X &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div align=&amp;quot;right&amp;quot;&amp;gt;V.-A. BERTO. &amp;lt;/div&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

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		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Les_vertus_morales_dans_la_vie_int%C3%A9rieure&amp;diff=1697</id>
		<title>Les vertus morales dans la vie intérieure</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème = Les vertus  | auteur = P. Garrigou-Lagrange, O.P  | source = ''La vie spirituelle'', n°183 | source web =  | date de publication originale = ... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = [[P. Garrigou-Lagrange, O.P]] &lt;br /&gt;
| source = ''La vie spirituelle'', n°183&lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = 1er décembre 1934&lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦♦ Moyen &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour comprendre ce que doit être le fonctionnement de l'organisme spirituel, il importe de bien distinguer, au''-''dessous des vertus théologales, les vertus morales acquises décrites déjà par les moralistes de l'antiquité païenne et qui peuvent exister sans l'état de grâce, et les vertus morales infuses ignorées des moralistes païens et décrites dans l'Évangile. Les premières, comme leur nom l'indi­que, s'acquièrent par la répétition des actes sous la direc­tion de la raison naturelle plus ou moins cultivée. Les secondes sont dites infuses'', ''parce que Dieu seul peut les produire en nous; elles ne sont pas le résultat de la répé­tition de nos actes, nous les avons reçues au baptême, comme parties de l'organisme spirituel, et l'absolution nous les rend si nous avons eu le malheur de les perdre. Les vertus morales acquises, connues des païens, ont un objet accessible à la raison naturelle; les vertus morales infuses ont un objet essentiellement surnaturel, propor­tionné à notre fin surnaturelle, objet qui serait inaccessible sans la foi infuse à la vie éternelle, à la gravité du péché. à la valeur rédemptrice de la Passion du Sauveur, au prix de la grâce et des sacrements&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;saint Thomas, I-II, q. 63, a. 4 : « En quoi les vertus mora­les acquises sont-elles spécifiquement distinctes, en nous, des vertus morales infuses&amp;amp;nbsp;?»&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à la vie intérieure, nous parlerons d'abord des vertus morales acquises, puis des vertus morales in­fuses et enfin des rapports des unes avec les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Les vertus morales acquises==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Élevons-nous progressivement des degrés inférieurs de la moralité naturelle à ceux de la moralité surnaturelle. Notons d'abord, avec saint Thomas, que chez l'homme en état de péché mortel il y a souvent de fausses vertus, comme la tempérance de l'avare; il la pratique non par amour du bien honnête et raisonnable, non pour vivre selon la droite raison, mais par amour de ce bien utile qu'est l'argent. De même s'il paie ses dettes, c'est plutôt pour éviter les frais d'un procès que par amour de la jus­tice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au-dessus de ces fausses vertus, il peut y avoir, même chez l'homme en état de péché mortel, de vraies vertus morales acquises. Plusieurs pratiquent la sobriété pour vivre raisonnablement, pour le même motif paient leurs dettes, et donnent quelques bons principes à leurs enfants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais tant que l'homme reste en état de péché mortel, ces vraies vertus restent à l'état de disposition peu stable (in statu dispositionis facile mobilis), elles ne sont pas en­core à l'état de vertu solide (difficile mobilis). Pourquoi? Parce que tant que l'homme est en état de péché mortel, sa volonté est habituellement détournée de Dieu ; au lieu de l'aimer par-dessus tout, le pécheur s'aime lui-même plus que Dieu. D'où une grande faiblesse pour accomplir le bien moral, même celui d'ordre naturel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus les vraies vertus acquises, qui sont en l'homme en état de péché mortel, manquent de solidité, parce qu'elles ne sont pas connexes, parce qu'elles ne sont pas assez appuyées par les vertus morales voisines qui sou­vent font défaut. Par exemple tel soldat, naturellement incliné aux actes de bravoure et qui s'est montré souvent courageux, est porté aussi à s'enivrer. Et alors il arrive que, certains jours, par intempérance, il manque à la vertu acquise de force et néglige ses devoirs essentiels de soldat&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;Cf. saint Thomas, I-II. q. 65, a. I. Les thomistes admettent généralement cette proposition&amp;amp;nbsp;: « Possunt esse sine caritate verae virtutes morales acquisitae stout fuerunt in multis gentibus, sed imper­fectae&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet homme, si porté par tempérament à être courageux, n'a pas la vertu de force à l'état de vertu. L'intempérance le fait manquer à la prudence, même dans le domaine de la vertu de force. La prudence, qui doit diriger toutes les vertus morales, suppose en effet que notre volonté et notre sensibilité sont habituellement rectifiées vis-à-vis de là fin de ces vertus. Celui qui conduit plusieurs chevaux atte­lés à un char a besoin que chacun d'eux soit déjà dressé et docile. Or la prudence est comme le conducteur de toutes les vertus morales, auriga virtutum, et elle doit les avoir pour ainsi dire toutes en main. L'une ne va pas sans l'au­tre : elles sont connexes dans la prudence qui les dirige.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par suite, pour que les vraies vertus acquises ne soient plus seulement à l'état de disposition peu stable, pour qu'elles soient à l'état de vertu déjà solide (in statu virtu­tis), il faut qu'elles soient connexes, et, pour cela, il faut que l'homme ne soit plus en état de péché mortel, mais que sa volonté soit rectifiée vis-à-vis de la fin dernière. Il faut qu'il aime Dieu plus que soi, au moins d'un amour d'estime, réel et efficace, sinon d'un amour senti. Et cela n'est pas possible sans l'état de grâce et la charité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;Cf. saint Thomas, I II, q. 65, a.2. Dans l'état présent de l’humanité, tout homme est soit en état de péché mortel. soit en état de grâce. Depuis la chute, l'homme ne peut en effet aimer efficace­ment plus que soi Dieu auteur de sa nature, sans la grâce qui gué­rit, et celle-ci n'est pas réellement distincte de la grâce sanctifiante qui élève. Cf. saint Thomas, II II, q. 109, a. 3&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais après la justification ou conversion, ces vraies vertus acquises peuvent arriver à être des vertus stables (in statu virtutis); elles peuvent devenir connexes, s'ap­puyer les unes sur les autres. Enfin, sous l'ïnflux de la charité infuse, elles deviennent le principe d'actes méri­toires de la vie éternelle. Quelques théologiens, comme Duns Scot, ont même pensé à cause de cela qu'il n'est pas nécessaire qu'il y ait en nous des vertus morales infuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Les vertus morales infuses==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus morales acquises, dont nous venons de parler, suffisent-elles, sous l'influence de la charité, à cons­tituer l'organisme spirituel des vertus dans le chrétien? Est-il nécessaire que nous recevions des vertus morales infuses?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Conformément à la Tradition, et à une décision du Pape Clément V, au Concile de Vienne&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn3&amp;quot;&amp;gt;Clément V, au Concile de Vienne (Denzinger, Enchiridion ne 483), résolut ainsi cette question posée sous innocent III (Dent., n° 410) :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­Utrum fides, caritas, aliaeque virtutes, infundantur parvulis in baptismo. II répond : « Nos autem attendentes generalem efficaciam mortis Christi, quae per baptisma applicatur pariter omnibus baptizatis, opinionem secundam, quae dicit, tum parvuiis quam adultis conferri in baptismo informantem gratiam et virtutes, tanquam probabiliorem, et dictis Sanctorum et doctorum modernorum theologiae, magis con­sonam et concordem, sacro approbante Concilio duximus eligendam. » Or, par ces mots et virtutes, Clément V entend non seulement les vertus théologales, mais les vertus morales, car il s'agissait d'elles aussi dans la question posée sous Innocent III.&amp;lt;/ref&amp;gt;, le catéchisme du Concile de Trente, 2e P., sur le baptême et ses effets, répond : « La grâce (sanctifiante), que le baptême com­munique, est accompagnée du glorieux cortège de toutes les vertus, qui, par un don spécial de Dieu, pénètrent dans l'âme en même temps qu'elle. » C'est un effet admi­rable de la Passion du Sauveur, qui nous est appliquée par le sacrement de régénération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a du reste à cela une très haute convenance, bien mise en relief par saint Thomas&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn4&amp;quot;&amp;gt;I II, q.63, a. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il faut, remarque-t-il, que les moyens soient proportionnés à la fin. Or par les vertus théologales infuses nous sommes élevés et rectifiés vis-à-vis de la fin dernière surnaturelle. Il convient donc hautement que nous soyons élevés et rectifiés par des vertus morales infuses vis-à-vis des moyens surnaturels capables de nous conduire à notre fin surnaturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu ne pourvoit pas moins à nos besoins dans l'ordre de la grâce que dans celui de la nature. Si donc dans ce dernier il nous a donné la capacité de parvenir à pratiquer les vertus morales acquises, il convient grandement que, dans l'ordre de la grâce, il nous donne des vertus morales infuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus morales acquises ne suffisent pas dans le chrétien pour qu'il veuille comme il convient les moyens surnaturels ordonnés à la vie éternelle. Il y a en effet, dit saint Thomas&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn5&amp;quot;&amp;gt;Ibid, a.4&amp;lt;/ref&amp;gt;, une différence essentielle entre la tempérance acquise, déjà décrite par les moralistes païens, et la tempérance chrétienne dont parle l'Évangile. Il y a ici une différence analogue à celle d'une octave, entre deux notes musicales de même nom, séparées par une gamme complète.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le remarque saint Thomas&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn6&amp;quot;&amp;gt;Ibid&amp;lt;/ref&amp;gt;, la tempérance acquise a ''une règle ''et ''un objet formel ''différents de ceux de la tempérance infuse. Elle garde le juste milieu dans la nourriture ''pour vivre raisonnablement, pour ''ne pas nuire à la santé, ni à l'exercice de notre raison. La tem­pérance infuse au contraire garde un juste milieu supé­rieur dans l'usage des aliments, pour ''vivre chrétiennement, ''comme un enfant de Dieu, en marche vers la vie toute surnaturelle de l'éternité. La seconde implique ainsi une mortification plus sévère que la première, elle demande, comme le dit saint Paul, que ''l'homme châtie son corps et le réduise en servitude&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn7&amp;quot;&amp;gt;'''''I Cor., IX, 27'''''&amp;lt;/ref&amp;gt;, ''pour devenir, non pas seule­ment citoyen vertueux dans la vie sociale d'ici-bas, mais ''« concitoyen des saints, ''et ''membre de la famille de Dieu&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn8&amp;quot;&amp;gt;'''''Ephes., II, 19'''''&amp;lt;/ref&amp;gt; ''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a la même différence entre la vertu acquise de religion qui doit rendre à Dieu, auteur de la nature, le culte qui lui est dû, et la vertu infuse de religion, qui offre à Dieu, auteur de la grâce, le sacrifice essentielle­ment surnaturel de la messe, lequel perpétue en substance celui de la Croix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre l'une et l'autre de ces vertus de même nom, il y a même plus que la différence d'une octave, il y a une différence d'ordres, si bien que la vertu ''acquise ''de religion ou celle de tempérance pourrait toujours croître par la répétition des actes, sans jamais atteindre la dignité du moindre degré de la vertu ''infuse ''de même nom. C'est une tonalité toute différente; l'esprit, qui anime la lettre, n'est plus le même. D'une part c'est seulement l'esprit de la droite raison, de l'autre c'est l'esprit de foi, qui vient de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont deux objets formels et deux motifs d'action fort différents. La prudence ''acquise ''ignore les motifs sur­naturels d'action; la prudence ''infuse ''les connaît : procé­dant, non pas seulement de la raison, mais de la raison éclairée par la foi infuse, elle connaît l'élévation infinie de notre fin dernière surnaturelle, Dieu vu face à face; elle connaît, par suite, la gravité du péché mortel, le prix de la grâce sanctifiante et des grâces actuelles à demander chaque jour pour persévérer, le prix des sacrements à recevoir. Tout cela, la prudence acquise l'ignore, car c'est d'ordre essentiellement surnaturel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle différence entre la modestie philosophique décrite par Aristote et l'humilité chrétienne qui suppose la connaissance des deux dogmes de la création ''ex nihilo'' et de la nécessité de la grâce actuelle pour faire le moin­dre pas en avant dans la voie du salut&amp;amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle distance aussi entre la virginité de la vestale chargée d'entretenir le feu sacré, et celle de la vierge chrétienne qui consacre son corps et son cœur à Dieu, pour suivre plus parfaitement Notre-Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces vertus morales infuses sont la prudence chrétienne, la justice, la force, la tempérance et celles qui les accom­pagnent comme la douceur, l'humilité. Elles sont ''connexes avec la charité, ''en ce sens que la charité, qui nous rectifie vis-à-vis de la fin dernière surnaturelle, ne peut pas exis­ter sans elles, sans cette multiple rectification vis-à-vis des moyens surnaturels du salut. De plus celui qui, par un péché mortel, perd la charité, perd les vertus Infuses, car du fait qu'il se détourne de la fin surnaturelle, il perd la rectification infuse vis-à-vis dés moyens proportionnés à cette fin. Il ne s'ensuit pas cepen­dant, qu'il perde la foi et l'espérance, ni qu'il perde, les vertus acquises, mais celles-ci cessent d'être en lui stables et connexes. Celui en effet qui est en état de péché mortel n'aime plus que Dieu et tend par égoïsme à manquer à ces devoirs même dans l'ordre naturel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Rapports des vertus morales infuses et des vertus morales acquises==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après ce qui précède on s'explique les rapports de ces vertus et leur subordination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la facilité des actes vertueux n'est pas assurée de la même manière par les vertus morales ''infu­ses'' et par les vertus morales acquises. Les infuses don­nent une facilité ''intrinsèque, ''sans exclure toujours les ''obstacles extrinsèques, qui ''sont écartés par la répétition des actes qui engendre les vertus acquises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On s'en rend compte aisément lorsque, par l'absolu­tion, les vertus morales infuses, unies à la grâce sancti­fiante et à la charité, sont rendues à un pénitent qui, tout en ayant l'attrition de ses fautes, n'a pas les vertus mora­les acquises. C'est ce qui arrive par exemple dans le cas de celui qui a l'habitude de s'enivrer et qui vient se con­fesser avec une attrition suffisante, pour Pâques. Par l'absolution il reçoit, avec la charité, les vertus morales infuses, y compris la tempérance. Mais il n'a point la tempérance acquise. La vertu infuse qu'il reçoit lui donne une certaine facilité intrinsèque à exercer les actes obli­gatoires de sobriété; mais cette vertu infuse n'exclut pas les obstacles extrinsèques, qu'écarterait la répétition des actes qui engendrent la tempérance acquise&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn9&amp;quot;&amp;gt;Il suit de là que ce pénitent connaît par expérience beaucoup plus les obstacles à vaincre que la vertu infuse de tempérance, qu'il vient de recevoir, et qui est d'ordre trop élevé pour tomber sous les prises de l'expérience sensible.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aussi ce pénitent doit-il sérieusement veiller sur lui pour éviter pénitent occasions qui le feraient retomber dans son péché habituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit par là que la vertu acquise de tempérance faci­lite beaucoup l'exercice de la vertu infuse de même nom. Comment s'exercent-elles? Elles s'exercent simultané­ment, de telle sorte que la vertu acquise est subordonnée à la vertu infuse, comme une disposition favorable. ''Ainsi, ''dans un autre domaine, chez l'artiste qui joue de la harpe ou du ''piano, ''l'agilité des doigts, acquise par la répéti­tion des actes, favorise l'exercice de l'art musical qui est, non pas dans les doigts, mais dans l'intelligence de l'ar­tiste. Si, par suite de paralysie, il perd toute agilité des doigts, il ne peut plus exercer son art, à cause d'un obsta­cle extrinsèque. Son art pourtant reste en son intelligence pratique, comme on le voit chez un musicien de génie frappé de paralysie. Normalement il doit y avoir deux fonctions subordonnées qui s'exercent ensemble. Il en est de même pour la vertu acquise et la vertu infuse de même nom&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn10&amp;quot;&amp;gt;Dans le juste, la charité commande ou inspire l'acte de la tem­pérance acquise par l'intermédiaire de l'acte simultané de la tem­pérance infuse. Et même en dehors de la production de leurs actes, ces deux vertus s'unissant dans la même faculté, l'infuse confirme l'acquise&amp;amp;nbsp;.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seulement, chez les chrétiens plus surnaturels, le motif explicite d'agir qui apparaît le plus est le motif surnaturel, chez d'autres c'est un motif rationnel et le surnaturel reste un peu latent (remis­sus). De même chez tel pianiste on sent davantage la technique, assez peu l'inspiration; chez un autre c'est l'inverse. - Les motifs de rai­son inférieure, qui touchent à la santé, sont plus ou moins expli­cites, suivant qu'on est plus ou moins dégagé de ces préoccupations, ou suivant aussi qu'étant bien portant, on n'a pas à penser à sa santé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces vertus morales consistent dans un ''juste milieu ''entre deux extrêmes, l'un par excès, l'autre par défaut. Ainsi la vertu de force nous porte à garder un juste milieu entre la peur, qui fuit le danger sans motif raisonnable, et la témérité, qui porterait à se faire casser la tête sans raison suffisante. Seulement on peut mal entendre ce juste milieu, Les épicuriens et les tièdes entendent garder un juste milieu, non par amour de la vertu, mais par com­modité, pour fuir les inconvénients des vices contraires. Ils confondent le juste milieu et ''la médiocrité, ''qui se trouve, non pas précisément ''entre deux maux contraires, ''mais à mi-côte, ''entre le bien et le mal. ''La médiocrité ou la tiédeur fuit le bien supérieur comme un extrême à éviter; elle cache sa paresse sous ce principe : « le mieux est parfois l'ennemi du bien », et elle finit par dire : « le mieux est ''souvent, ''sinon toujours, l'ennemi du bien ». Elle finit ainsi par confondre le bien avec le médiocre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''juste milieu ''véritable de la vraie vertu n'est pas seu­lement un ''milieu ''entre deux vices contraires, c'est aussi un ''sommet. Il ''s'élève comme un point culminant entre ces déviations opposées entre elles; ainsi la force est au­-dessus de la peur et de la témérité; la vraie prudence au­-dessus de l'imprudence et de l'astuce; la magnanimité au-dessus de la pusillanimité et de la présomption vaine et ambitieuse; la libéralité au-dessus de l'avarice ou de la lésinerie et de la prodigalité; la vraie religion au-dessus de l'impiété et de la superstition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ce juste milieu, ''qui est en même temps un sommet, ''tend du reste à s'élever, ''sans dévier à droite ni à gauche, ''au fur et d mesure que la vertu grandit. ''En ce sens celui de la vertu infuse est supérieur à celui de la vertu acquise correspondante, car il dépend d'une règle supérieure et vise un objet plus élevé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons enfin que les auteurs spirituels insistent parti­culièrement, comme l'Évangile, ''sur certaines vertus morales qui ont un rapport plus spécial avec Dieu ''et une affinité avec les vertus théologales. Ce sont la religion ou la solide ''piété, la pénitence, ''qui rendent à Dieu le culte et la réparation qui lui sont dus, ''la mansuétude, ''unie à la patience, ''la chasteté parfaite, la virginité'', et ''l'humilité, ''vertu fondamentale qui exclut l'orgueil, principe de tout péché. L'humilité, en nous abaissant devant Dieu, nous élève au-dessus de la pusillanimité et de l'orgueil, et nous dispose à la contemplation de choses divines, à l'union à Dieu. ''Humilibus Deus dat gra­tiam''. C'est aux humbles que Dieu donne sa grâce, et il les fait humbles pour les combler. Jésus aimait à dire&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Recevez ma doctrine, car je suis doux et humble de cœur. » Lui seul, si établi dans la vérité, pouvait par­ler de son humilité sans la perdre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les vertus morales (infuses et acquises) qui, avec les vertus théologales auxquelles elles sont subor­données, constituent notre organisme spirituel. C'est un ensemble de fonctions d'une très grande harmonie, bien que le péché véniel vienne y mettre plus ou moins souvent de fausses notes. Toutes les parties de cet organisme spi­rituel grandissent ensemble, dit saint Thomas, comme les cinq doigts de la main. C'est ce qui montre qu'on ne peut avoir une haute charité sans avoir une profonde humilité, tout comme la plus haute branche d'un arbre s'élève vers le ciel au fur et à mesure que sa racine s'en­fonce plus profondément dans le sol. Il faut veiller, dans la vie intérieure, à ce que rien ne vienne troubler l'har­monie de cet organisme spirituel, comme il arrive, hélas 1 chez ceux qui, tout en restant peut-être en état de grâce, semblent plus préoccupés de sciences humaines ou de relations extérieures que de grandir dans la foi, la con­fiance et l'amour de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour se faire une juste idée de l'organisme spirituel, il ne suffit pas de connaître ces vertus, il faut encore voir comment elles s'exercent sous l'influence de la grâce actuelle et ne pas ignorer les diverses formes sous lesquel­les se présente le secours divin. C'est ce que nous exa­minerons prochainement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rome, Angelico.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
fr. RéG. Garrigou-Lagrange, O. P.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Les_v%C3%A9rit%C3%A9s_qu%27il_faut_taire&amp;diff=1696</id>
		<title>Les vérités qu'il faut taire</title>
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				<updated>2011-04-06T09:18:50Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème = Les vertus  | auteur = Père H.-D. Noble, O.P.  | source = In ''Revue des Jeunes''  | source web =  | date de publication originale = 10 Août 191... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = Père H.-D. Noble, O.P. &lt;br /&gt;
| source = In ''Revue des Jeunes'' &lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = 10 Août 1917&lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦ Facile &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|- &lt;br /&gt;
| &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vaut-il mieux révéler au public ce que l’on pense ou vaut-il mieux habituellement le taire&amp;amp;nbsp;? Faut-il tout dire ou ne rien dire&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première attitude est prônée par les tempéraments fougueux, excessifs en humeur autant qu’en verbe et qui pensent faire accepter par une réclame de franchise leurs échappées de paroles. Jeter à la tête des gens et leur crier aux oreilles «&amp;amp;nbsp;leurs vérités&amp;amp;nbsp;» devient ainsi une parade, une manière de vantardise qui n’est pas toujours sincère&amp;amp;nbsp;; car celui qui «&amp;amp;nbsp;dit tout&amp;amp;nbsp;» sait dissimuler à point quand son propre avantage l’y pousse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l’opposé, voici les gens retors dont on ne sait jamais le fond de la pensée. Interrogez-les&amp;amp;nbsp;: Ils prennent des airs surpris, répondent évasivement, ne disent ni oui ni non. Leur excessive réserve est une ruse égoïste&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Trop parler nuit&amp;amp;nbsp;», pensent-ils. S’ils sont obligés de répondre, ils avancent des mots et les retirent&amp;amp;nbsp;; ils gazent, entortillent, s’échappent en digressions, sèment des sous-entendus et finalement stupéfient assez l’esprit de leur interlocuteur pour qu’il s’embrouille sur la réponse donnée et ne puisse en équilibrer les affirmations et les réticences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc deux attitudes qui, par leur excès, s’opposent et, de ce fait, se dénoncent comme illégitimes. Ni l’une ni l’autre n’invoque de motif valable. Le fanfaron de franchise parle de son tempérament et le cachottier, des ennuis qu’il veut éviter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici, comme en toutes les actions dirigées par la conscience morale, un juste milieu s’impose. N’en cherchons pas plus longtemps la formule raisonnable. A ces deux extrêmes inadmissibles&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;tout dire&amp;amp;nbsp;» ou «&amp;amp;nbsp;ne rien dire&amp;amp;nbsp;» il faut opposer le devoir de parler ou de se taire ''à'' ''propos''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;*&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;*&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;*&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prudence devrait-elle donc régenter notre langage quand il n’a d’autre but que d’exprimer la vérité&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au premier aspect, cela n’est pas indiqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que notre prudence soit en éveil quand il s’agit de modérer des actions qui ne sont bonnes ou mauvaises que par leur opportunité ou leur importunité, qu’elle surveille par anticipation leurs résultats et s’en porte garante&amp;amp;nbsp;: c’est là une attitude rendue obligatoire par la nature même de notre raison. Il échoit à celle-ci d’appliquer son contrôle à tous ceux de nos actes qui, sans elle, resteraient sans norme et par conséquent sans valeur morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, avant que nous n’usions d’elle, la vérité possède sa justification et nous commande. Quand elle se reflète en notre intelligence, quoi donc, semble-t-il, pourrait nous empêcher de la dire&amp;amp;nbsp;? Ce qui est, ''est&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; ce qui n’est pas, &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''n’est pas&amp;amp;nbsp;'': l’intelligence est faite pour le proclamer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, le bon sens proteste contre cette logique. «&amp;amp;nbsp;Toute vérité n’est pas bonne à dire&amp;amp;nbsp;», répète-t-on communément. Non pas que notre pensée doive se refuser à la vérité, à toute la vérité que nous impose le réel. Nous tordrons-nous l’esprit an point d’accepter comme vrai ce qui est faux et comme faux ce qui est vrai&amp;amp;nbsp;? Non, ce serait de l’imbécillité. Mais, dès que nos jugements s’extériorisent pas le tangage, ils rencontrent un milieu. Nos paroles s’adressent à des interlocuteurs. Ceux-ci sont tels ou tels. Ce que nous leur disons les intéresse ou ne les intéresse point, les regarde ou ne les regarde point. Le droit à la vérité ne correspond pas toujours au droit de exprimer. La prudence, qui vérifie chacune de nos actions dans leurs circonstances individuelles, devra donc jouer son rôle dans l’adaptation de notre sincérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que pourrait-on objecter à cette exigence&amp;amp;nbsp;? Aux yeux de quelques personnes exubérantes, qui parlent plus qu’elles ne pensent, un langage réservé paraîtra manquer de franchise. Mais la morale ne s’accommode point des travers des sots. La vertu de sincérité doit avoir, comme toute vertu, des règles d’application, mesurées elles-mêmes par l’objet de la vertu, c’est-à-dire par son but.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or que voulons-nous obtenir en excluant le mensonge et en commandant la loyauté&amp;amp;nbsp;? – Le bienfait social d’une réciproque confiance qui facilite le commerce des hommes entre eux et les rende utiles les uns aux autres. La raison le veut aussi bien que la charité&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Voir un précédent article&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Être et paraître&amp;amp;nbsp;». ''Revue des Jeunes'', 25 mars 1916, pp. 333-333.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Dès lors, tout mode de sincérité qui est contraire au bien ''véritable ''du prochain et par là blesse ''son'' ''droit ''est répréhensible. C’est une faute&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;Je ne m’occuperai point, en cet article, de ce que nous devons taire ou dire des vérités qui concernent chacun de nous personnellement&amp;amp;nbsp;: nos défauts ou nos qualités, nos démérites ou nos mérites. II y a là un objet spécial qui appelle des règles particulières. Nous rencontrons, dans cet ordre, la fausse humilité et la jactance qui valent à elles seules une étude. – Il s’agira donc seulement des vérités concernant les autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;*&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;*&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;*&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il va de soi que la prudence ne commandera jamais de mentir. Le mensonge est toujours illicite&amp;amp;nbsp;: aucun accommodement ne saurait lui donner un air d’innocence&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn2&amp;quot;&amp;gt;Voir un précédent article&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Peut-on mentir&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», ''Revue des Jeunes'', 25 janvier 1917, pp. 100-105.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Plaider pour la discrétion de nos paroles n’est point enseigner l’art de tromper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, s’il est défendu de parler contre sa pensée, peut-on, du moins, dans certains cas, ne pas exprimer sa pensée&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certaines langues semblent taillées pour le bavardage&amp;amp;nbsp;; elles ressentent de cruelles démangeaisons à ne point s’agiter en intarissable faconde. Avoir ce tempérament verbeux apporte, je le veux bien, une circonstance atténuante à la divulgation intempestive, mais ne l’absout pas. Car nous pouvons nous taire. A quoi servirait notre liberté si elle n’était pas capable de régler notre langage&amp;amp;nbsp;? Or il y a des secrets qu’il n’est jamais permis de trahir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons la force de mépris contenue dans l’expression française&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;trahir un secret&amp;amp;nbsp;». C’est le déshonneur, par conséquent la manifestation d’une bassesse de caractère qui est ainsi désignée par la dureté tranchante de ce mot. Certaines fautes morales s’habillent d’excuses passionnelles&amp;amp;nbsp;; elles entraînent la volonté comme à contrecœur&amp;amp;nbsp;; le ferme propos s’y entremêle de défaillances. Mais la divulgation non motivée respire une volonté qui s’abandonne délibérément avec la conscience suffisamment claire de l’injustice commise&amp;amp;nbsp;; aussi n’est-elle point tolérable chez un homme d’honneur. Sans doute, elle peut être occasionnée par des entraînements momentanés&amp;amp;nbsp;: certains secrets sont parfois arrachés par la menace&amp;amp;nbsp;; mais, jusqu’en cette exception, la trahison du secret demeure une faute que n’élude pas le motif d’écarter un péril.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même le péril de mort n’excuse point la divulgation de certains secrets intangibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il ranger parmi eux le secret du confesseur&amp;amp;nbsp;? Il est plutôt hors cadre. La confidence s’adresse moins au prêtre, simple intermédiaire, qu’à Dieu lui-même auquel est redite, dans le repentir, la faute que Lui seul connaît. Car Lui seul, dans sa justice, la savait, et le pénitent la lui répète pour toucher sa miséricorde. A proprement parler, le prêtre, comme ministre de l’absolution, est informé de ce que, comme homme, il n’a pas le droit de savoir. Aussi, le secret qu’il détient est-il inviolable. Aucune puissance humaine ne l’en peut délier. Les pires tourments ne sauraient ouvrir ses lèvres à jamais scellées comme une tombe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans revêtir ce caractère sacré, les secrets professionnels obligent strictement. Leur divulgation, on le sait, est légalement punissable. Et cela se conçoit. Le médecin, par exemple, est amené par la confiance qu’on lui témoigne ou par le seul exercice de sa profession à connaître des faits qui ne lui seraient jamais révélés s’il était un homme ordinaire. C’est à son savoir que le client s’adresse et non à sa personnalité. Le bien social exige la garantie de cette discrétion sans quoi seraient intolérables des fonctions qui, pour s’exercer normalement, ont souvent besoin de pénétrer dans le domaine de la vie privée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est encore le bien commun qui fermera notre bouche vis-à-vis de secrets intéressant le groupe auquel nous appartenons. Il y a des secrets de famille qui, ne concernent pas le dehors. Il y a des secrets patriotiques qui ne doivent point passer les frontières. Notre époque de guerre marque en avertissements rigoureux cette obligation du silence. Un peu de réflexion réprimerait notre envie de sourire quand nous rencontrons, affichés partout, les papillons avertisseurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Méfiez-vous, taisez-vous, les oreilles ennemies vous écoutent&amp;amp;nbsp;». Puisque l’espion rôde et qu’il y a un tel danger à révéler ce qui de près ou de loin intéresse notre défense, le mutisme absolu est de rigueur et l’on comprend la sévérité du châtiment qui en punit l’infraction. Car, si nous admirons le soldat prisonnier qui se tait malgré le revolver braqué sur lui, nous trouvons juste que soit mené au poteau d’exécution le traître qui, par gestes convenus, messages ou paroles, renseigne l’ennemi. Ainsi s’affirme la nécessaire prudence de se taire. Qu’on le remarque&amp;amp;nbsp;: ici, le silence seul est en cause. Le traître ne ment point en disant ce qu’il sait&amp;amp;nbsp;; il dit la vérité, mais inopportunément et il la dit à ceux qui n’ont pas le droit de la connaître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pourquoi notre conscience devient-elle si légère quand elle excuse la divulgation de secrets qui, sans doute, n’intéressent pas directement le bien commun, mais n’en demeurent pas moins des secrets, puisque le droit d’un tiers interdit de les révéler&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous justifions trop souvent, en ayant l’air de nous en amuser, la vulgaire transposition&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le gendarme est le commencement de la sagesse&amp;amp;nbsp;». Quand une loi de justice se présente escortée d’un appareil de punitions, notre conscience est toute disposée à en apprécier la droiture&amp;amp;nbsp;; mais qu’elle se proclame seulement à l’intérieur, sans le fracas des sanctions, son inflexibilité se relâche et ses exigences se voilent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avons-nous donc si grand scrupule de révéler, dans nos colloques entre amis, les faits et gestes de nos voisins ou les confidences qu’ils nous ont faites&amp;amp;nbsp;? Ces indiscrétions ne constituent-elles pas, trop souvent, le fonds de nos entretiens&amp;amp;nbsp;? Parfois, c’est en vertu même de l’amitié que nous nous y croyons forcés, avec le sous-entendu&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que puis-je cacher à mon ami&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», avec aussi l’avertissement qui voudrait être une excuse&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je ne dis cela qu’à vous, n’en parlez pas à d’autres&amp;amp;nbsp;». Avertissement chanceux, car le premier confident éprouvera le besoin d’en trouver un second, et celui-ci un troisième&amp;amp;nbsp;: ainsi courent les rues les secrets que l’on croit les mieux gardés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a là une violation du droit d’autrui et, par conséquent, une injustice. Même celui qui commet le mal, mais ne le commet pas en public, ne perd pas son droit à la réputation. Sa faute serait-elle de quelque façon divulguée, qu’il ne nous appartiendrait pas d’en élargir le scandale par une médisance. Car révéler le mal du prochain, fût-ce à un ami qui n’a pas le droit de l’apprendre, demeure bel et bien une médisance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce ne sera pas médire, certes, que de vanter les bonnes actions de nos semblables. Hélas&amp;amp;nbsp;! l’indiscrétion ne s’emploie pas d’ordinaire à ces bons offices. Mais, là encore, le silence peut être de mise. Certains dévouements veulent demeurer cachés, certains sacrifices et même des actes d’héroïsme prétendent à cette vertu complète de ne point paraître en public. La divulgation est ici plus qu’une indélicatesse, c’est une manière d’injustice et qui est fautive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle l’est encore davantage si elle jette en pâture à la curiosité des actions, des démarches, des entreprises qui, en elles-mêmes, sont indifférentes, mais dont les aboutissants ou les chances de réussite sont conditionnés par notre silence. C’est un manifeste abus de confiance que d’en informer ceux qui n’ont ni droit ni légitime avantage à en être avertis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute vérité n’est pas donc bonne à dire. La prudence n’est pas seulement ici une correction d’attitude, elle est un devoir qui lie la conscience et l’oblige strictement. Ne jamais mentir et se taire à propos sont deux préceptes qui s’accommodent fort bien. Seuls, d’impertinents bavards les embrouillent et couvrent ainsi d’une fausse draperie de sincérité leur inguérissable manie de médisance et de mensonge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Pol%C3%A9mique_et_Charit%C3%A9&amp;diff=1694</id>
		<title>Polémique et Charité</title>
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				<updated>2011-04-06T08:40:56Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème = Les vertus  | auteur = abbé V.A. BERTO  | source = Extrait de la ''Pensée Catholique'' n°45-46  | source web =  | date de publication originale... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = abbé V.A. BERTO &lt;br /&gt;
| source = Extrait de la ''Pensée Catholique'' n°45-46 &lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = Juin 1956&lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦♦ Moyen &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|- &lt;br /&gt;
| &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;center&amp;gt;Réponse à quelques critiques&amp;lt;/center&amp;gt;==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Un de nos lecteurs occasionnels nous a fait parvenir, à propos de nos articles sur «&amp;amp;nbsp;le latin dans la liturgie&amp;amp;nbsp;», des observations du reste fort courtoises, que nous aurions volontiers transcrites, avec ou sans sa signature. Il nous a refusé, courtoisement aussi, l'autorisation nécessaire. Nous reproduisons néanmoins notre réponse parce que nous y touchons quelques points importants, et non sans nous excuser de son tour «&amp;amp;nbsp;personnel&amp;amp;nbsp;». Nous n'avons pas eu le loisir de la récrire en forme d'article.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trouver bon, mon cher ami, que je vous remercie de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet d'un article que j'ai récemment publié dans la ''Pensée Catholique''. Je trouve très bon, de mon côté, et très utile, que mes lecteurs me fassent connaître leur opinion, surtout les lecteurs occasionnels, qui ne sont pas immunisés par l'habitude. Écrivant à tout le monde, je dois souffrir et même agréer que tout le monde m'écrive. Nul titre n'est nécessaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est hors de doute que la préférence que vous exprimez pour «&amp;amp;nbsp;une proclamation directe en langue vulgaire, par le prêtre, des textes bibliques de la messe&amp;amp;nbsp;» n'est aucunement, je continue à reprendre vos termes, «&amp;amp;nbsp;incompatible avec l'esprit de soumission totale à l'Église&amp;amp;nbsp;», du moins quand on est déterminé comme vous à ne pas devancer le Saint-Siège en une matière où il s'est expressément réservé l'initiative et non seulement le contrôle. Je ne crois pas avoir énoncé la thèse contraire ; ce serait une autre manière de devancer l'autorité souveraine, en paraissant déclarer fâcheuses et regrettables des concessions qu'elle fera peut-être demain. Mais dans la mesure où j'aurais donné à entendre autre chose que ce que vous dites, je me rétracte purement et simplement. Mes préférences privées sont pour l'usage exclusif du latin ; il va de soi que j'écris, comme publiciste, pour les faire partager, mais à ''titre de préférences, ''nullement comme seules compatibles avec l'esprit de soumission totale à l’Église, et en me tenant prêt à accepter et à promouvoir d'éventuelles références contraires du Saint-Siège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des concessions comme celles que vous souhaitez ne sont pas comparables à ''l'abandon ''du latin, que réclament des écrivains selon moi téméraires et qui, pour le coup, vont certainement contre les intentions expressément déclarées du Siège Apostolique. L'un des arguments que j'apporte pour montrer le bien-fondé de ces intentions est tiré du relâchement d'unité qu'entraînerait l'abandon du latin, et j'ai écrit à ce sujet un «&amp;amp;nbsp;infailliblement&amp;amp;nbsp;» qui vous «&amp;amp;nbsp;paraît fort&amp;amp;nbsp;». Le français n'est pas ma langue maternelle, j'ai l'honneur d'avoir été élevé en breton, et j'ai pu me tromper sur la valeur d'un adverbe. J'ai mis «&amp;amp;nbsp;infailliblement&amp;amp;nbsp;» au lieu de «&amp;amp;nbsp;nécessairement&amp;amp;nbsp;», qui m'était venu d'abord parce qu'en effet il n'y a pas de lien ''essentiel, ''d'où l'on puisse tirer une démonstration a-priori, entre la suppression du latin et le desserrement de l'unité. Mais j'ai voulu marquer qu'il y a un lien ''existentiel, ''une connexion de fait, qui dans l'hypothèse jouerait, disons «&amp;amp;nbsp;incoerciblement&amp;amp;nbsp;», puisque «&amp;amp;nbsp;infailliblement&amp;amp;nbsp;» vous déplaît. Non, l'emploi du latin n'est pas seulement «&amp;amp;nbsp;un moyen humain qui n'a pas toujours existé&amp;amp;nbsp;» ; il n'est pas seulement un facteur d'unité, il ''est ''déjà un mode d'être de l'unité, un «&amp;amp;nbsp;fait acquis&amp;amp;nbsp;» d'unité, une situation d'unité, une expression d'unité, un comportement d'unité. Considéré comme moyen, ce n'est pas seulement un moyen «&amp;amp;nbsp;humain&amp;amp;nbsp;», il doit bien provenir en quelque mesure de l'Esprit-Saint, ''Dominum et vivificantem ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; qu'il n'ait pas «&amp;amp;nbsp;toujours existé&amp;amp;nbsp;», ce n'est pas si sûr, il existait bien en puissance puisque la spontanéité vitale de l’Église romaine a exercé sa poussée dans le sens de l'unité de langue liturgique. Et enfin, quand ce ne serait qu'un moyen qui n'aurait pas «&amp;amp;nbsp;toujours existé&amp;amp;nbsp;» et non pas même en puissance, il suivrait seulement que ce moyen n'est pas nécessaire en droit, ce que j'ai reconnu plus haut, ce que j'avais admis en propres &amp;lt;/nowiki&amp;gt;termes dans mon premier article, que probablement vous n'avez pas lu (voilà ce que c'est que de n'être pas un lecteur ''assidu). ''Mais il ne suivrait aucunement que ce moyen ne soit pas devenu irremplaçable ''de facto. ''Avoir des écoles n'est pas non plus de nécessité ''essentielle ''pour l’Église, c'est un attribut qui entre dans le prédicable du contingent et c'est aussi, historiquement, un moyen «&amp;amp;nbsp;qui n'a pas toujours existé&amp;amp;nbsp;». C'est pourtant dans ''l'existentiel ''un moyen irremplaçable, et on peut certainement affirmer que la suppression de l'enseignement chrétien entraînerait «&amp;amp;nbsp;infailliblement&amp;amp;nbsp;» un progrès effrayant de la déchristianisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous alléguez l’Église orientale unie. Je ne crois pourtant pas que vous souhaitiez que notre unité avec le Saint-Siège devienne semblable à celle des Orientaux unis, plutôt crue et professée que vécue. Le Saint-Siège ne veut pas que l'on touche aux liturgies vénérables de l'Orient ; néanmoins, même dans les temps paisibles, cette diversité liturgique ne facilite pas l'exercice de cette plénitude de puissance, ''ordinaria, immediala, vere episcopalis, qui ''lui est reconnue certes par tous les catholiques, autrement ils ne seraient pas catholiques, mais qui doit tolérer en Orient bien des mitigations pour éviter de plus grands maux. Et que dire des temps troublés ! Voyez ce qui se passe sous nos yeux : ce n'est pas une conjecture, c'est un fait, que les persécuteurs se sont servi de la diversité des rites pour entraîner d'un seul coup dans le schisme un million et demi de Ruthènes uniates ; c'est un fait que la même manœuvre infernale a été rendue impossible en Pologne, parce que la Pologne est latine. Dans ''l'essentiel, ''l'unité était la même ; quelle différence dans ''l'existentiel ''! Et trouvez-vous encore que mon «&amp;amp;nbsp;infailliblement&amp;amp;nbsp;» soit trop fort ? Si des désastres comme celui que je viens de rappeler ne vous font pas redouter les dangers qui résulteraient en Occident de la substitution des langues nationales au latin, j'admire votre sérénité, mais je ne la partage pas, et d'autant moins que l'entreprise anti-latine en Occident est conduite dans l'esprit le plus anti-romain. C'est pourquoi jusqu'à mon dernier souffle je combattrai pour la latinité liturgique, garantie solide, élément ''de facto ''irremplaçable (toujours en Occident) de la romanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je viens à ce qui vous a surtout déplu dans mon article, la rudesse du ton, selon vous peu charitable. Sur ce point, je ne vous concède rien. Si la charité est ce que vous dites, il faut déchirer des pages entières de l’Évangile, depuis l'a paille et la poutre des «&amp;amp;nbsp;''hypocrites&amp;amp;nbsp;»'' jusqu'à la clef de la science que les ''duces caeci et stulti ''gardent dans leur poche, pour finir par ''serpentes, ''genimina ''viperarum. Ou ''bien avez-vous deux poids et deux mesures ? Était-ce charité à saint Jérôme de traiter saint Augustin de «&amp;amp;nbsp;citrouillard, ''cucurbitarius''&amp;amp;nbsp;», ''et ''Rufin d'«&amp;amp;nbsp;âne à deux pattes, ''asinus bipes&amp;amp;nbsp;»'' tandis que ce serait manque de charité à moi d'égayer mes lecteurs en évoquant le «&amp;amp;nbsp;bipède sans plumes&amp;amp;nbsp;» de Platon, expression qu'il faut bien que je m'applique comme à mes adversaires, puisque je suis homme comme eux, au lieu que saint Jérôme ne s'appliquait sûrement pas l'asinus bipes qu'il décochait à Rufin. A moins que vous ne préfériez dire que saint Jérôme aussi manquait de charité, mais vous le diriez contre toute l’Église et contre l'évidence, car et l’Église et l'évidence proclament que ce volcan d'invectives flambait de charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui, et non pas moi ? Hélas, c'est trop vrai, mais pour le dire il faut scruter mes intentions, ce qui n'est pas évangélique non plus, et aller au delà de mon comportement littéraire, puisque mes expressions ne sont pas plus fortes que «&amp;amp;nbsp;sépulcres blanchis&amp;amp;nbsp;» qui est dans l’Évangile, et que «&amp;amp;nbsp;défécateurs en chambre&amp;amp;nbsp;» qui est dans la lettre à Eustochium. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous vous scandalisez de rencontrer de l'invective dans une publication qui s'intitule catholique, C'est tout simplement que l'invective est catholique, à preuve l’Évangile, à preuve non seulement les onze volumes de saint Jérôme dans Migne, mais cent autres tomes de la Patrologie. Elle n'est donc pas d'elle-même et dans tous les cas contraire à la charité. La charité transcende et l'invective et la douceur des paroles, elle «&amp;amp;nbsp;impère&amp;amp;nbsp;» l'une ou l'autre suivant les circonstances. Vraiment «&amp;amp;nbsp;l’Évangile ne parle que de charité&amp;amp;nbsp;» ? A merveille, et j'en demeure d'accord ; pourtant il contient des invectives, donc les invectives ne sont pas de soi contraires à la charité de l’Évangile. Et quant à une charité qui ne serait pas celle de l’Évangile, je me moque bien d'en manquer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je maintiens donc absolument mon droit à l'invective ; je repousse absolument le reproche de manquer de charité, fondé sur le seul usage de l'invective ; je dis que ce reproche procède d'une erreur sur la nature même de la charité. On peut certes manquer de charité dans l'invective, et j'ai pu avoir ce malheur ; mais on peut aussi manquer de charité dans la douceur, et condamner l'invective au nom de la charité n'est pas selon la charité telle que l’Évangile du très doux et du très terrible Seigneur Jésus nous en livre la notion et nous en montre la pratique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Veuillot est plein d'invectives, et l'on peut dire que saint Pie X a canonisé non sa personne, mais sa manière. Le Bref de 1913 est ma charte et je m'y tiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Veuillot était un laïc ! Oui, et après ? Interdire au prêtre, parce qu'il est prêtre, l'invective, c'est accepter une image conventionnelle et artificielle du prêtre, qui a son origine ailleurs que dans l’Évangile et dans l’Église, étant l'image ''mondaine du ''prêtre ou plutôt sa caricature, bénisseuse, onctueuse, efféminée. Je ne veux pas ressembler à cette caricature dégradante; je veux garder à portée de ma main le fouet dont s'est servi le Souverain Prêtre, seul vrai modèle des prêtres ministériels. J'ai pu user peu charitablement de ce fouet charitable, peu évangéliquement de ce fouet évangélique, peu sacerdotalement de ce fouet sacerdotal : mais il est charitable, mais il est évangélique, il est sacerdotal, et j'ai deux fois comme prêtre le devoir d'en conserver l'usage, parce que j'ai deux fois comme prêtre le devoir de porter la ressemblance de Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vrai, ce sont des prêtres, des religieux que je rencontre parfois sur mon chemin. Mais s'ils font une œuvre néfaste, la charité me commande-t-elle de la leur laisser accomplir, parce qu'ils sont prêtres et religieux ? Elle me commande au contraire d'empêcher que leur caractère ne protège leurs entreprises. Elle me commande en même temps, certes, de respecter en eux ce qui demeure respectable, leur vie privée, dont je ne m'occupe jamais, leurs intentions, que je ne présume jamais perverses, la pureté de leur foi, que je ne m'arroge jamais le droit de contester. Pour le reste, la charité qui m'oblige à les aimer comme mon prochain me fait un devoir de les haïr ''perfecto ''odio comme publicistes, si leur théologie est inexacte, si leur pastorale est funeste, si leur style est ridicule, si leur jugement est faux, si leur goût est sophistiqué, s'ils ratiocinent contre le bon sens, s'ils embrouillent l'univoque et l'analogue, la géométrie et la finesse, l'essentiel et l'existentiel, surtout enfin s'ils. ont gagné une audience assez large pour semer le désarroi dans beaucoup d'esprits, pour déranger un grand nombre de têtes faibles. Il est regrettable, il est douloureux que des prêtres et des religieux qui se mêlent d'écrire donnent le spectacle de l'une ou l'autre de ces difformités ou de plusieurs ; mais s'ils le donnent, la charité commande une indignation d'autant plus vive que l'indécence est plus grande de leur part, et d'autant plus salubre qu'il est plus urgent de leur ôter crédit. Le P. Teilhard doit être blâmé deux fois, parce qu'il est jésuite, pour avoir qualifié Dieu de «&amp;amp;nbsp;point W&amp;amp;nbsp;», car qu'est-ce que cette affectation de phénoménologie sous la plume d'un fils de saint Ignace ? Parce qu'il est dominicain, le P. Chenu est deux fois reprochable d'avoir imprimé que l’Église doit céder à l’État devenu majeur (naturellement) § ce qu'elle conserve encore de fonctions temporelles, parmi lesquelles, frottez-vous les yeux, le soin des malades et l'enseignement ; ce frère en religion de saint Thomas abjurera-t-il impunément ce que dit le saint Docteur des œuvres de miséricorde corporelle qui sont l'honneur de l’Église, et des œuvres de miséricorde spirituelle - parmi lesquelles l'instruction des ignorants - qui non seulement manifestent la charité surabondante de l’Église, mais conditionnent concrètement la transmission efficace du message évangélique ? Parce qu'il est prêtre, l'abbé Oraison doit être deux fois flagellé de verges, pour avoir empoisonné les séminaires, et jusqu'aux cloîtres de la virginité sacrée, des infâmes remugles de son pansexualisme larvé. Vous vous exclamez sur mes véhémences : «&amp;amp;nbsp;Et c'est un prêtre qui écrit !&amp;amp;nbsp;» Permettez-moi de vous dire que vous vous trompez d'adresse. C'est à ceux que je combats qu'il faudrait marquer votre indignation : Et c'est un jésuite qui écrit ! Et c'est un dominicain qui écrit ! Et c'est un prêtre qui écrit ! Les torts des uns n'excusent pas ceux des autres, ma mère a appris cela dès l'enfance à ses fils, avec force calottes équitables à l'appui de son dire ; mais il faut quelque justice, quand on tient tant à ce qu'on nomme charité ; et il n'est pas juste que vous trouviez légitime de blâmer davantage mon langage parce que je suis prêtre, et que vous ne trouviez pas au moins aussi légitime que je blâme davantage le P. Teilhard de Chardin de son immanentisme parce qu'il est jésuite, le P. Chenu de sa «&amp;amp;nbsp;theologia laicalis&amp;amp;nbsp;» parce qu'il est dominicain, M. Oraison de son déterminisme sexuel pseudo-médical parce qu'il est prêtre. Avez-vous protesté auprès des éditeurs du ''Phénomène humain'' ? ''Vous ''êtes-vous plaint à ''Économie et humanisme'' quand le P. Chenu y a développé les sophismes rapportés ci-dessus ? Avez-vous reproché à M. Oraison d'avoir publié dans le Supplément de la ''Vie spirituelle ''un article sur le complexe sado-anal dont la seule pensée qu'il a été lu dans des communautés religieuses fait bondir le cœur de dégoût ? Vous n'avez pas le loisir de lire tout ce qui paraît ? Sans doute, mais pardonnez à ceux qui par devoir s'astreignent à lire le plus qu'ils peuvent de croire que la charité leur prescrit l'invective contre des auteurs, fussent-ils prêtres ou religieux, dont l’œuvre est à ce point malfaisante, dont la pensée est à ce point déréglée, dont l'influence est à ce point pernicieuse. Pour moi, je ne cesserai pas d'exprimer non seulement mon désaveu, mais ma colère, et plût à Dieu que ses vibrations fussent perçues non seulement des cinq mille abonnés de la ''Pensée Catholique, ''mais du pitoyable troupeau de cinq cent mille lecteurs que la ''Vie Catholique Illustrée'' abrutit hebdomadairement, et présentera dûment décérébrés à l'abattoir communiste. C'est pour bientôt, mon cher ami ; vous qui élevez des enfants, au lieu de déplorer ma violence, faites des violents. Les violents peuvent devenir des martyrs ; les faux charitables, jamais ; on les tue sans qu'ils témoignent, et l'on en voit de si débordants de charité pour le bourreau qu'ils lui rendent le service de lui amener le bétail, d'une seule main, l'autre étant sur leur conscience. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sommes-nous loin de la question du latin dans la liturgie ? Moins qu'il ne semble. Il est vrai que c'est l'ensemble des articles que j'ai publiés depuis dix ans dans la ''Pensée'' ''Catholique'' que je cherche à justifier. Mais d'un autre côté, s'il n'y a pas de conjuration entre les hommes, ce que j'ignore, il y a certainement un lien entre les erreurs. On le voit au long de l'histoire ; on l'a vu au début de ce siècle, lorsque les publications modernistes favorisaient les idées sillonistes, si l'on peut appeler idées ce magma inconceptualisable, et que réciproquement les publications sillonistes, à leur insu bien plus qu'à leur escient, certes, mais par une connexion objective plus forte que les intentions, laissaient serpenter dans leurs colonnes l'hérésie moderniste. Semblablement aujourd'hui, si ce n'est pas de propos délibéré, c'est encore moins par hasard que les mauvais docteurs qui ont fourvoyé nos malheureux confrères les «&amp;amp;nbsp;prêtres-ouvriers&amp;amp;nbsp;» en les lançant sur un océan dont ils n'avaient pas balisé un seul récif, qui ont failli ruiner la «&amp;amp;nbsp;Mission de France&amp;amp;nbsp;», qui ont gauchi et faussé plusieurs Mouvements d'Action catholique, ce n'est pas un hasard, dis-je, si ces personnages sont tout proches de ceux qui ont fait du «&amp;amp;nbsp;Centre de Pastorale liturgique&amp;amp;nbsp;» une entreprise anti-grégorienne, et qu'il y ait des uns au profit des autres, de ceux-ci au profit des premiers, un continuel et mutuel échange de bons offices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est temps que je mette fin à cette réponse que j'aurais dû savoir abréger. Mais pour que vous ne puissiez vous plaindre que je me sois dérobé à aucun de vos griefs, je dois répondre à une question que je suis d'ailleurs surpris que vous ayez posée ; vous avez dû écrire ''ab irato ; nous ''sommes tous mortels ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le français auquel convient pareille musique (celle dont j'ai dit, sans tenir autrement à cette métaphore, qu'elle sort des étables la nuit) est une traduction littérale du nouveau psautier et de l'hébreu. A ce latin-là, est-ce la même musique qui convient ? Ou pourquoi non ?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi non ? Parce que la traduction, même littérale, d'un original euphonique peut être cacophonique. Quand nos grands élèves traduisent le chant XXII de l'Iliade, ils peuvent bien ne perpétrer ni contre-sens ni faux sens ; cela suffit-il pour que leur traduction «&amp;amp;nbsp;attrape&amp;amp;nbsp;» l'harmonie du Grec ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je répète que je vous abandonne mes métaphores ; elles ne sont sûrement pas toutes du dernier goût. Mais la charité veut que le «&amp;amp;nbsp;psautier Gélineau&amp;amp;nbsp;» soit tourné en ridicule, pour que d'une part les incroyants cultivés ne s'imaginent pas que l’Église est devenue tout de bon «&amp;amp;nbsp;obscurantiste&amp;amp;nbsp;» en musique, et pour que d'autre part le peuple fidèle soit maintenu en possession des richesses liturgiques que l’Église a accumulées pour lui, maintenu dans l'usage ''familier, ''c'est le Pape qui l'ordonne, relisez ''Musicae Sacrae, ''du répertoire grégorien. L'un n'exclut pas l'autre ? Dans «&amp;amp;nbsp;l'essentiel&amp;amp;nbsp;», non ; dans «&amp;amp;nbsp;l'existentiel&amp;amp;nbsp;», bel et bien. Du vrai cantique populaire, extra et infra-liturgique, je pense ce que pense l'Encyclique, il a sa place dans les assemblées elles aussi extra et infra-liturgiques, et il n'est pas dangereux pour la ''familiarité ''du peuple chrétien avec les mélodies grégoriennes. Tout autres sont les prétentions des recueils du type «&amp;amp;nbsp;psautier Gélineau&amp;amp;nbsp;», dont et l'auteur, et peut-être surtout les éditeurs, répètent à satiété qu'ils sont «&amp;amp;nbsp;pour l'usage liturgique&amp;amp;nbsp;» ; cette mention est à chaque page, et en effet non seulement sa présence, mais tout dans ce recueil et ses congénères, le style, la langue, la mélodie, les indications proposées au maître de chœur, tout manifeste un propos, non de se juxtaposer et de se subalterner au grégorien, mais de le remplacer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J'ai à peine écrit ces lignes que le courrier m'apporte la livraison de mars-juin 1956 de la ''Revue grégorienne. ''Solesmes est une forteresse, ''locus'' ''irreprehensibilis, ''et je combats dans la plaine ; mais hormis cette différence, dont il est ''charitable ''de tenir compte, vous trouverez que sur l'existence et la portée d'une campagne anti-latine, sur les témérités qu'elle se permet, sur la nécessité et l'urgence de la combattre, il y a, entre l'illustre ''Revue'' ''grégorienne'' et la ''Pensée catholique'', une communauté de vues dont vous comprendrez que je ne me fasse pas peu d'honneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J'ai cinquante-cinq ans, j'ai derrière moi trente années d'un ministère que Dieu a voulu sinon fécond, je n'en sais rien, du moins presque entièrement employé au service des plus pauvres parmi le peuple; ce sont eux que je ne veux pas voir spoliés du patrimoine de beauté de l’Église, leur seule richesse ici-bas, leur unique mais légitime et glorieux héritage. Je défends: leur droit baptismal à l'or pur, contre les colporteurs, bien intentionnés ou non, qui leur ''refilent ''de la pacotille. Est-il donc bien charitable de supposer si vite que je manque de charité ? Est-il si assuré que mes articles en administrent la preuve ? J'ai trop de respect pour les vrais théologiens pour oser jamais m'arroger un titre si glorieux et si vénérable dans l’Église ; je suis tout de même un vieil étudiant en théologie, un inlassable et insatiable étudiant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous deviez présumer qu'avant d'écrire j'ai médité sur la nature et les lois de la charité, et qu'en écrivant je ne cesse de les avoir présentes à l'esprit. Vous pourriez d'ailleurs lire - mais je ne vous infligerai pas ce pensum - la collection entière de mes articles ; vous n'y trouverez contre nul prêtre, nul religieux, nul chrétien, l'accusation terrible de manquer de charité, qu'on lance si volontiers contre moi. En sorte que, dans l'ardeur des contestations d'aujourd'hui, ceux qui reprochent le plus aisément à autrui d'offenser la charité telle qu'ils l'entendent, sont peut-être ceux qui la pratiquent le moins telle qu'elle est. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois, mon cher ami, vous avoir répondu plutôt que d'auteur à lecteur, de prêtre à chrétien, je dirais aussi bien d'honnête homme à honnête homme, avec le souci de ne pas louvoyer, de ne pas biaiser, de ne rien laisser d'obscur ni d'ambigu. Je me suis expliqué trop longuement, du moins me suis-je expliqué droitement : cela aussi est charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Veuillez, etc... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Manécanterie saint Pie X &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div align=&amp;quot;right&amp;quot;&amp;gt;V.-A. BERTO. &amp;lt;/div&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

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		<title>Petit traité des indulgences</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème                         = La confession  | auteur                        = abbé G. Le Coq    | source                        =   | source web      ... »&lt;/p&gt;
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 | difficulté de lecture         = ♦ Facile&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'année jubilaire a permis à un grand nombre de fidèles de redécouvrir ce trésor de l'Église que sont les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quelques lignes qui suivent ont pour but de rappeler à chacun que les indulgences peuvent être gagnées tout au long de l'année. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il existe en effet nombre d'occasions que nous laissons passer, faute d'y penser en les accomplissant ; ou que nous pourrions faire en plus dans notre vie quotidienne sans qu’elles nous coûtent beaucoup. Nombre de bienfaits sont donc à notre portée tant pour notre âme que pour celui des âmes du purgatoire trop souvent oubliées dans nos intentions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notions sur l'indulgence==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Indulgence : c'est une remise devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés, déjà effacées quant à la faute, que le fidèle, bien disposé (et à certaines conditions déterminées) reçoit pour lui ou pour les âmes défuntes.&amp;quot; (Code de droit canonique de 1983, canon 992)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les indulgences sont dites partielles ou plénières selon qu'elles libèrent en partie ou totalement de la peine temporelle due pour les péchés. (Canon 993).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Conditions générales pour obtenir une indulgence plénière==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour avoir capacité à gagner des indulgences, il faut être baptisé, non excommunié et en état de grâce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour qu'un sujet gagne des indulgences, il doit avoir l'intention de les gagner et accomplir les œuvres prescrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'indulgence plénière ne peut être acquise qu'une seule fois par jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour gagner une indulgence plénière les conditions générales sont :&lt;br /&gt;
* être en état de grâce&lt;br /&gt;
* refuser tout attachement au péché (même véniel)&lt;br /&gt;
* accomplir l'œuvre prescrite dans le temps prescrit (s’il une œuvre est attachée à un jour particulier)&lt;br /&gt;
* confession sacramentelle (au moins 8 jours avant ou 8 jours après l'œuvre accomplie)&lt;br /&gt;
* avoir communié le jour même&lt;br /&gt;
* prier aux intentions du Souverain Pontife (même de façon générale).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Les différentes occasions d’obtenir une indulgence plénière==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous bornerons ici à rappeler les diverses occasions dans lesquelles on peut obtenir une indulgence plénière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Acte de consécration des familles.===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière est accordée aux membres d'une famille le jour où l'on accomplit pour la première fois le rite de sa consécration au Sacré Cœur de Jésus ou à la Sainte Famille, si possible en présence d'un prêtre ou d'un diacre, en récitant pieusement une prière légitimement approuvée devant l'image du Sacré Cœur ou de la Sainte Famille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Acte de Consécration du genre humain au Christ Roi.===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui, en la solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l'Univers (dernier Dimanche d'octobre), récite publiquement l'acte de Consécration du genre humain au Christ Roi (qui commence ainsi : &amp;quot;Très doux Jésus, Rédempteur du genre humain…&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Acte de réparation.===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui, en la solennité du Sacré Cœur de Jésus, récite publiquement l'acte de réparation prévu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Bénédiction Pontificale &amp;quot;Urbi et Orbi&amp;quot; (Dimanche de Pâques).===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui reçoit avec dévotion la bénédiction donnée par le Souverain Pontife &amp;quot;Urbi et Orbi&amp;quot; (&amp;quot;à la Ville et au Monde&amp;quot;), ceci même si, pour un motif raisonnable, il ne peut être présent mais qu’il suit ce rite avec l'esprit recueilli à la télévision ou à la radio.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Adoration et procession eucharistiques===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# visite le Saint Sacrement pour l'adorer pendant au moins une demi-heure ;&lt;br /&gt;
# le Jeudi Saint, au cours de la déposition solennelle du Saint Sacrement à l'issue de la Messe &amp;quot;in Cena Domini&amp;quot;, récite pieusement les strophes du &amp;quot;Tantum Ergo&amp;quot;.&lt;br /&gt;
# participe pieusement à la procession eucharistique solennelle lors de la solennité du &amp;quot;Corps et du Sang du Christ&amp;quot;, qu'elle se déroule à l'intérieur d'un édifice sacré ou à l'extérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Communion Eucharistique et spirituelle===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# s'approche pour la première fois de la Sainte Table ou qui assiste pieusement à la première Communion d'un autre personne ;&lt;br /&gt;
# Pendant le Carême récite pieusement un vendredi, après la communion, la prière &amp;quot; Me voici, ô Bon et très Doux Jésus &amp;quot; devant la représentation de Jésus crucifié (image ou crucifix).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Exercices spirituels===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui, pendant au moins trois jours entiers, se consacre aux exercices spirituels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===A l'article de la mort===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le prêtre ne peut pas être présent auprès d'un mourant, ce dernier peut cependant recevoir l'indulgence plénière &amp;quot;in articulo mortis&amp;quot; pourvu qu'il soit bien disposé et qu'il ait récité quelque prière durant sa vie ; dans ce cas l'Église supplée aux trois conditions habituellement requises pour l'indulgence plénière. Pour acquérir cette indulgence, il est recommandé d'utiliser un crucifix ou une croix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N.B. Le fidèle, vue la circonstance, peut recevoir cette indulgence plénière même s'il a déjà gagné ce jour là une autre indulgence plénière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il sera bon de prévenir les personnes en danger mortel de cette disposition de l'Église si elles ne peuvent être assistées à temps par un prêtre catholique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===En mémoire de la Passion et de la Mort du Seigneur.===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# '''le Vendredi Saint''', participe pieusement à l'adoration de la Croix au cours de l'office liturgique solennel ;&lt;br /&gt;
# '''accomplit le pieux exercice du chemin de Croix''' (ou celui qui s'unit pieusement à celui célébré par le Souverain Pontife retransmis par télévision ou radio- dans le cas où le fidèle ne peut pas se déplacer).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Rosaire.===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui récite pieusement le rosaire dans une église, un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse, et en général lorsque plusieurs se retrouvent pour une fin honnête. (Par exemple un rosaire récité à plusieurs en voiture).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Prières de supplication et d'action de grâce.===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui participe dévotement dans une église ou un oratoire au chant ou à la récitation de :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''l'hymne &amp;quot;Veni Creator&amp;quot; le premier de l'an''' pour implorer l'aide divine pour tout le cours de l'année, ou encore en la solennité de la Pentecôte ;&lt;br /&gt;
* '''l'hymne &amp;quot;Te Deum&amp;quot; le dernier jour de l'année''', en action de grâce à Dieu pour tous les bienfaits reçus au long de l'année.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Première Messe des prêtres et célébrations jubilaires des ordinations===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière est accordée &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# '''au prêtre qui célèbre sa première Messe''' en présence de peuple au jour fixé ;&lt;br /&gt;
# '''aux fidèles qui assistent avec dévotion à cette Messe''' ;&lt;br /&gt;
# '''au prêtre qui célèbrent le 25ème, 50ème, 60ème et 70ème anniversaire''' de leur ordination sacerdotale et qui auront renouvelé devant Dieu la résolution d'accomplir fidèlement les devoirs de leur vocation ;&lt;br /&gt;
# '''aux fidèles qui assistent dévotement à la célébration de la Messe de ce jubilé''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Profession de Foi===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui dans la célébration de la Vigile Pascale ou le jour anniversaire de leur baptême, renouvelle les promesses du Baptême selon une formule légitimement approuvée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Pour les fidèles défunts.===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière, applicable seulement aux âmes du purgatoire, est accordée au fidèle qui :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# '''visite dévotement un cimetière et prie pour les défunts''', ne serait-ce que mentalement, entre le 1er et le 8 novembre. (On peut donc gagner une indulgence par jour pendant ces 8 jours en se rendant tous ces jours au cimetière).&lt;br /&gt;
# '''le jour où est célébrée la commémoration de tous les fidèles défunts''', visite pieusement une église ou un oratoire et y récite le &amp;quot; Pater &amp;quot; et le &amp;quot; Credo &amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Lecture de l'Écriture Sainte.===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui lit la Sainte Écriture dans une version approuvée, avec la vénération due à la Parole de Dieu et par manière de lecture spirituelle, pendant au moins une demi-heure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si une personne se trouve dans l'impossibilité de lire, une indulgence plénière est accordée si, toutes les autres conditions restant sauves, elle écoute le texte de la sainte Écriture lu par un autre ou au moyen d'instrument vidéo ou audio.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Visite de lieux sacrés.===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui visite en récitant pieusement le &amp;quot;Pater&amp;quot; et le &amp;quot;Credo&amp;quot; (les conditions pour obtenir les indulgences restant sauves) :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# '''l'une des 4 Basiliques majeures''' ;&lt;br /&gt;
# '''une Basilique mineure''' :&lt;br /&gt;
#* en la solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul,&lt;br /&gt;
#* le jour de la solennité du titulaire,&lt;br /&gt;
#* le 2 Août,&lt;br /&gt;
#* une fois dans l'année, un jour au choix du fidèle.&lt;br /&gt;
# '''l'église cathédrale''' :&lt;br /&gt;
#* en la fête des Saints Pierre et Paul&lt;br /&gt;
#* le jour de la solennité du titulaire&lt;br /&gt;
#* le jour de la fête de la Chaire de Saint Pierre Apôtre (22 février)&lt;br /&gt;
#* le 2 Août&lt;br /&gt;
# '''un sanctuaire international, national ou diocésain''' :&lt;br /&gt;
#* le jour de la solennité du titulaire&lt;br /&gt;
#* une fois dans l'année, au choix du fidèle&lt;br /&gt;
#* chaque fois qu'il participe à un pèlerinage collectif à ce sanctuaire.&lt;br /&gt;
# '''l'église paroissiale'''&lt;br /&gt;
#* le jour de la solennité du titulaire&lt;br /&gt;
#* le 2 Août&lt;br /&gt;
# '''une église ou un autel le jour de leur dédicace.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour plus de renseignements, n'hésitez pas à en parler à un prêtre ou à lire le ''Manuel des indulgences - Normes et concessions'' Ed. P. Lethielleux, traduit de l'édition Vaticane.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
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		<title>Les deux cités</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème                         = Doctrine sociale de l'Église  | auteur                        = Père Emmanuel  | source                        =   | sou... »&lt;/p&gt;
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 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
==Introduction : la morale.== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La morale est la science qui doit régler les mœurs : définir la morale, c’est démontrer son indispensable nécessité. Il n’y a pas là-dessus de contestation tous les hommes reconnaissent la nécessité de la morale. Mais quand il s’agit d’en venir au fait, tous ne tombent pas d’accord sur le point d’où la morale devra tirer sa règle et sa sanction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant, si l’on voulait réfléchir, il ne serait pas difficile de reconnaître que la morale, ensemble des lois qui s’imposent à l’humanité tout entière, ne peut être que l’expression de la volonté de Celui qui a créé l’humanité et lui a assigné les lois de sa conduite et les moyens par lesquels elle peut arriver à sa fin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’où il suit que sans Dieu, il n’y a pas de morale digne de ce nom. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant, il est des hommes qui s’évertuent à inventer une morale sans Dieu ; ils la puiseront, disent-ils, dans la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyons-les à l’œuvre. La nature est bonne, telle qu’elle est sortie des mains de Dieu, et la morale selon la nature n’est autre chose que la morale selon Dieu. Tous les vrais philosophes reconnaissent que la loi naturelle n’est nulle part enseignée plus clairement que dans le décalogue. Ainsi la loi vraie de la nature vraie, n’est autre chose que la voix de Dieu édictant ses dix commandements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc la nature, bien comprise, mène droit à Dieu, son auteur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a des hommes qui ne veulent pas de Dieu, pas de décalogue, et qui pourtant veulent de la morale. Où iront-ils la trouver ? Et en supposant qu’ils la trouvent, comment lui donneront-ils l’autorité et la sanction, deux choses sans lesquelles il ne saurait y avoir de morale ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nature qui repousse Dieu n’est autre chose que la nature déchue : et c’est en elle, déchue comme elle est, que certains hommes de notre temps veulent puiser la morale. C’est la morale de l’intérêt, ou du plaisir, ou de la vanité : c’est en un mot ce que la révélation désigne sous le nom de la triple concupiscence; et qui étant la formule des inclinations de la nature déchue, devient pour certains hommes la règle des devoirs, la loi de la morale. C’est purement et simplement le renversement de toute morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a longtemps que nous chrétiens nous connaissons cette morale de la nature. L’apôtre saint Paul l’a stigmatisée en ces mots énergiques : ''Conduisez?vous selon l’esprit ''(morale de la nature vraie)'', n’accomplissez pas les désirs de la chair'' (morale de la nature déchue) : ''car la chair a des désirs contraires à ceux de l’esprit et l’esprit en a de con­traires à ceux de la chair.'' (Gal., V, 17.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un moraliste chrétien a tracé les caractères de ces deux morales, dont l’une est la lumière, l’autre la nuit : l’une le principe de tout progrès et de toute félicité, l’autre la voie du mal et de la ruine en ce monde et en l’autre. Il dit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| 1. La nature ''(déchue)'' n’a jamais d’autre fin qu’elle-même.&lt;br /&gt;
|| 1. La grâce (c’est-à-dire la nature vraie, restaurée par la grâce du Sauveur) fait tout pour Dieu, en qui elle se repose comme en sa fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| 2. La nature ne veut point être ni mortifiée, ni vaincue, ni être soumise, ni se soumettre.&lt;br /&gt;
|| 2. La grâce porte à se mortifier, résiste à la sensualité, n’affecte pas de jouir de sa propre liberté ''(Libéralisme !)''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| 3. La nature travaille pour son intérêt propre, et calcule le gain qu’elle peut tirer des autres. ''(Exploitation de l’homme par l’homme.)''&lt;br /&gt;
|| 3. La grâce ne recherche ni son utilité ni son avantage propre, mais ce qui peut être utile à plusieurs. ''(Dévouement au prochain.)''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| 4. La nature aime les honneurs ''(Surtout quand ils sont accompagnés du traitement.)''&lt;br /&gt;
|| 4. La grâce rend fidèlement l’hon­neur et la gloire à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| 5. La nature aime l’oisiveté. ''(Un des principes les plus féconds de l’immoralité.)''&lt;br /&gt;
|| 5. La grâce embrasse volontiers le travail. ''(Le travail embrassé selon Dieu est essentiellement moralisateur.)''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| 6. La nature convoite les biens du temps. ''(Comme si le bonheur était dans leur possession.)''&lt;br /&gt;
|| 6. La grâce aspire aux biens éternels, ne s’attache point à ceux du temps, et a son Trésor dans le Ciel où rien ne se perd. (C’est pour cela que nous donnons volontiers aux pauvres.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| 7. La nature est cupide, et reçoit plus volontiers qu’elle ne donne.&lt;br /&gt;
|| 7. La grâce est désintéressée, se contente de peu, et juge plus heureux de donner que de recevoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| 8. La nature incline vers les créatures, la propre chair, la vanité, la distraction.&lt;br /&gt;
|| 8. La grâce mène à Dieu, à la vertu, hait les désirs de la chair, réprime nos écarts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| 9. La nature fait tout pour le gain et l’intérêt propre. ''(C’est l’égoïsme partout.)''&lt;br /&gt;
|| 9. La grâce ne recherche aucun avantage temporel, et ne demande d’autre récompense que Dieu. ''(Principe de dévouement et de désintéressement.)''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| 10. La nature sourit aux puissants et flatte les riches. ''(Prétendant attirer sur elle comme une ombre, un reflet de la puissance et des richesses d’autrui.)''&lt;br /&gt;
|| 10. La grâce est plus portée vers le pauvre que vers le riche, et sympathise plus volontiers avec l’inno­cent qu’avec le puissant. ''(S’inclinant vers les plus faibles, elle leur apporte un appui, et reçoit d’eux une recom­mandation devant Dieu.)''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| 11. La nature ramène tout à elle-même. ''(Comme pour dominer tout, et alors elle crie à l’égalité.)''&lt;br /&gt;
|| 11. La grâce ramène tout à Dieu, principe de toutes choses : ''(et c’est l’ordre vrai, en dehors duquel il n’y a pas de liberté.)''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| 12. La nature veut paraître à l’extérieur et veut que ses sens goûtent par leur expérience propre de beaucoup de choses. ''(En cela semblable à Ève qui voulut voir, et toucher, et goûter)''&lt;br /&gt;
|| 12. La grâce n’a cure de ce qui est nouveauté ou curiosité : elle sait que tout cela est l’effet de l’antique corruption ''(de la nature, dont nous sommes rachetés et délivrés par Notre ­Seigneur Jésus-Christ).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi parlait au XIII° siècle l’auteur de l’Imitation (Liv., III, Ch. LIV). La lutte de la chair et de l’esprit lui était bien connue, et, alors comme aujourd’hui, il y avait des hommes qui, pour trouver la loi morale, regardaient en bas, tandis que d’autres, dans le même but, regardaient en haut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et les uns et les autres travaillaient à l’édification d’une cité en laquelle ils se promettaient d’être heureux. « Deux amours, dit saint Augustin, firent deux cités, Babylone et Jérusalem : d’un côté l’amour de soi-même jusqu’au mépris de Dieu ; de l’autre l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi-même. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’amour de soi-même jusqu’au mépris de Dieu, c’est bien là le dernier mot de la morale sensualiste, comme l’amour de Dieu jusqu’au sacrifice de soi-même est le caractère de la morale spiritualiste, de la morale vraie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux cités, les deux morales sont en présence, et, pour répéter le mot de saint Paul, elles sont en lutte : ''Sibi invicem adversantur.'' (Gal., V, 17.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les voyons à l’œuvre, là, sous nos yeux, et même plus près de nous encore : au fond de nos consciences, nous entendons les cris de guerre partant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Si nous suivons la morale de la jouissance sensuelle, nous tombons ; si nous suivons la morale du renoncement et du sacrifice, nous nous élevons ; en tombant, nous risquons de demeurer tombés éternellement : en nous élevant, nous nous dégageons du mal et nous allons à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une des deux voies paraît plus facile, c’est celle qui mène à la situation la plus pénible : l’autre semble présenter toutes sortes de difficultés, c’est celle qui mène à la paix de l’âme, à la sérénité de la conscience, à la délecta­tion du bien, à la jouissance du vrai. Choisissons, et allons à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==I. Entrée en matière.==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n’est plus connu que ces deux mots : le bien, le mal. Et pourtant il est assez rare de savoir attribuer le mot bien à ce qui est vraiment bien, et le mot mal à ce qui est vraiment mal. La Sainte Écriture nous apprend qu’il y a des hommes qui font, à ce sujet, la plus étrange comme la plus déplorable confusion : ''Malheur à vous,'' dit le Seigneur par la bouche d’Isaïe, ''malheur à vous qui appelez mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal, qui des ténèbres faites la lumière, et de la lumière les ténèbres, qui appelez amer ce qui est doux, et doux ce qui est amer.'' (Isaïe, V, 20.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est rare que l’on aille jusqu’à cette extrémité, mais combien souvent l’on hésite à appeler le bien de son nom, le mal de son nom. On craint parce qu’on ne sait pas assez, ou parce que, tout en sachant, on n’ose pas avouer ses convictions et rendre hommage à la vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en résulte que l’âme, n’ayant pas eu la force de rendre témoignage au bien, perd quelque chose de la connaissance même du bien : car, c’est une loi de la justice divine, l’esprit paie les faiblesses de la volonté. Ces faiblesses sont le fruit ordinaire des malheureuses concupiscences, et Dieu les punit en laissant se répandre dans les esprits un commencement d’aveuglement, juste châtiment de nos défaillances et de nos lâchetés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin donc que la volonté soit plus puissamment portée à s’attacher au bien et à rejeter le mal, il est souveraine­ment important de savoir clairement où est le bien, où est le mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Désireux de venir en aide au moins à quelques-uns de nos lecteurs, nous avons écrit ce petit travail sur les deux cités. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==II. Ce qu’il faut entendre par les deux cités.== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot cité désigne une réunion d’hommes vivant d’ac­cord sous les mêmes lois et les mêmes magistrats. Il peut s’entendre d’une ville en particulier, d’une commune comme nous disons, ou d’un État, formé de toutes les communes soumises aux mêmes lois et au même pouvoir souverain. ''Quid est civitas,'' dit saint Augustin, ''nisi multitudo hominum in quoddam vinculum redacta concordiæ ?''(Epist., olim V.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais nous voulons prendre le mot cité dans un sens beaucoup plus large, et considérant que Dieu est le roi des rois, qu’il a créé pour son service les anges et les hommes, nous dirons que tous les anges et tous les hommes qui sont et veulent être fidèles à Dieu, étant soumis à la loi très juste et très sainte de la volonté de leur Créateur, forment ensemble une seule et même cité, la cité de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’autre part, les anges et les hommes qui ne sont pas soumis à la loi de la volonté de Dieu, mais ont trouvé bon de se soumettre à la loi de leur propre volonté, forment ensemble une seule et même cité, la cité du monde, et du diable et de l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme donc il y a la cité du bien, il y a aussi la cité du mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==III. Principe de la constitution des deux cités.== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Augustin qui nous a donné une première défini­tion d’une cité, va nous en donner une seconde, identique au fond à la première, mais plus courte, il dit : ''Civitas, concors hominum multitudo.'' (Epist., Olim LII.) Une cité, c’est une réunion d’hommes qui ont le cœur ensemble, ou, en d’autres termes, qui ont au cœur le même amour. C’est par l’amour que les hommes s’unissent ou se désunissent. Deux hommes qui ont le même amour sont unis ; deux hommes qui n’ont pas le même amour ne peuvent être que désunis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il y a deux cités, c’est parce qu’il y a deux amours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Deux amours, dit saint Augustin, ont fait les deux cités. » Et le même docteur décrit ainsi les deux principes constitutifs des deux cités : « Ces deux amours, dit?il, dont l’un est saint, l’autre impur, l’un unissant, l’autre séparant, l’un voulant le bien de tous en vue de la société céleste, l’autre prenant le bien de tous et le soumettant à son propre pouvoir pour l’orgueil et la domination : l’un soumis à Dieu, l’autre jaloux de Dieu ; l’un tranquille, l’autre turbulent ; l’un pacifique, l’autre séditieux ; l’un aimant mieux la vérité que les louanges des discoureurs, l’autre avide de louanges ; n’importe d’où elles viennent ; l’un souhaitant au prochain le même bien qu’à soi­même, l’autre souhaitant de se soumettre le prochain ; l’un gouvernant les hommes pour le bien du prochain, l’autre pour son propre avantage ; ces deux amours qui se sont déjà trouvés dans les anges, l’un dans les bons, l’autre dans les méchants, ces deux amours ont formé les deux cités parmi les hommes. » (De Genesi ad litt., Lib. XI, c. XV.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nature viciée par le péché enfante les citoyens de la cité terrestre : quant à ceux de la cité céleste, ils naissent de la grâce qui délivre du péché la nature. Dans la cité terrestre, les hommes n’ont pour fin que la terre et leur amour-propre : dans la cité céleste, tout a pour fin Dieu seul, et en lui le bonheur éternel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette doctrine se trouve résumée dans la maxime bien connue de saint Augustin : « Deux amours ont donc fait deux cités : l’une terrestre, œuvre de l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu ; l’autre céleste, œuvre de l’amour de Dieu, jusqu’au mépris de soi. ''Fecerunt itaque civitates duas amores duo : terrenam scilicet, amor sui usque ad contemptum Dei ; cœlestem vero, amor Dei usque ad contemptum sui. »'' (De civit. Dei, Lib. XIV, c. XXVIII.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==IV. Formation des deux cités.== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu est le fondateur de la cité sainte. Elle est parce qu’il l’a voulu : elle a ce que Dieu lui a donné : elle ne désire que ce que Dieu a bien voulu lui promettre, et elle n’aspire qu’à voir son Créateur afin de partager son bonheur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu l’a fondée ''sur les saintes montagnes'', c’est-à-dire qu’il l’a commencée au ciel même par ses anges. Il la continua sur la terre par la création de l’homme. Mais l’homme, sur la terre, doit être citoyen de la cité céleste. ''Nostra conversatio in cœlis est'', dit saint Paul ; et d’après le texte grec cela veut dire que nous sommes citoyens du ciel même. Rappelons-nous la définition de la cité : ''Concors multitudo''. L’homme et l’ange sont appelés l’un et l’autre à aimer ensemble leur créateur comme à s’aimer les uns les autres; et cette unité d’amour les rassemble en une même cité dont Dieu est le souverain roi, le suprême législateur comme il en est le Créateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, Adam et Ève et ceux de leurs enfants qui demeu­rèrent fidèles à Dieu, ne nous apparaissent pas dans l’Écriture comme ayant bâti des cités terrestres. Il en fut de même des saints qui apparurent dans la suite des siècles. Écoutons saint Paul : « Animé de la foi, Abraham demeura dans la terre promise comme dans une terre étrangère, habitant sous des tentes avec Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse : car il attendait la cité bâtie sur des fondements solides, dont Dieu est le fondateur et l’architecte. Ayant vécu selon la foi, tous ces saints sont morts, confessant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. Or des hommes qui parlent ainsi, font assez comprendre qu’ils cherchent leur patrie. Et de vrai, s’ils avaient regretté celle d’où ils étaient sortis, ils avaient bien le temps d’y retourner. Mais ils en désiraient une meilleure, qui est celle du ciel. Aussi Dieu ne craint-il point d’être appelé leur Dieu, et cela parce qu’il leur a préparé une cité. » (Heb, XI, 9?10... 13?16.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de même que parmi les anges il y eut des défec­tions et des chutes, il y eut aussi, dans l’humanité, une chute originelle, et bien des défections, même après la promesse du Rédempteur. Les anges tombés et les hommes déchus perdirent les uns et les autres le chaste amour de leur Créateur, et se trouvant unis par une certaine ressemblance de non-amour de Dieu et d’amour d’eux-mêmes, ils formèrent et forment encore la cité du mal. Satan en fut le premier auteur dans le ciel, et après lui Caïn continua son œuvre sur la terre. Désespérant de recouvrer le ciel, n’aspirant plus à la cité céleste, Caïn, avant de descendre en enfer, voulut se faire une ville sur la terre. L’Écriture dit de lui : « Il bâtit une cité. » (Gen., IV, 17.) Abel, son frère, n’en avait point bâti ; il appartenait à celle dont Dieu lui-même est le fondateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture et la tradition appellent ces deux cités Baby­lone et Jérusalem. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Babylone signifie ''confusion'', Jérusalem ''vision de paix.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Jérusalem mystique commença par Abel : la Baby­lone mystique par Caïn. C’est saint Augustin qui en fait la remarque, et il ajoute : « Les constructions matérielles ne commencèrent que plus tard : les deux villes furent fondées en leur temps, pour être la figure éclatante des deux cités commencées antérieurement, et devant durer jusqu’à la fin pour être à la fin séparées. » (In Ps. LXIV.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==V. Comparaison des deux cités.== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La cité de Dieu est l’œuvre de Dieu : elle est par un acte très saint et très bon du Créateur, lequel acte, en appelant les créatures raisonnables à l’existence, les appelle aussi à la grâce et enfin à la gloire, et se forme d’elles et en elles la cité qui est à lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En cette cité, tout est bien en tant qu’il vient de Dieu, tout est bon en tant qu’il tend à Dieu, et tout est heureux en tant qu’il demeure pour toujours attaché à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La cité du monde est l’œuvre de la créature se séparant de Dieu par la désobéissance, vivant sans Dieu sous le prétexte d’une fausse liberté, et enfin aboutissant à un malheur irrémédiable dans l’enfer, là où les pauvres damnés auront faim et soif de Dieu, et ne pourront plus arriver à lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La cité de Dieu est Jérusalem, c’est la vision de la paix : là les âmes jouissent de la paix intérieure toujours, de la paix extérieure rarement, et ont à soutenir une rude guerre, presque continuellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La cité du monde n’a jamais la paix intérieure, et bien rarement la paix extérieure ; c’est pourquoi elle est com­parée dans l’Ecriture à la mer : « Les méchants sont comme une mer agitée qui ne peut se calmer, et dont les flots jettent de la fange et de l’écume : il n’y a point de paix pour les impies, c’est mon Dieu qui l’a dit. » (Isaïe, LVII, 20?21.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La cité de Dieu traverse le temps pour arriver à l’éter­nité : son cœur est fixé en Dieu qui ne passe pas : c’est pour cela que les maux présents sont impuissants à lui ôter sa paix intérieure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La cité du monde, désespérant de l’éternité, voudrait se fixer dans le temps, mais le temps qui passe lui enlève tous les jours les objets de ses jouissances trompeuses ; c’est pourquoi elle n’a point la paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux cités sont maintenant confondues et extérieurement mêlées : l’enfant de Jérusalem est coudoyé par les enfants de Babylone : ils peuvent habiter ensemble sous un même toit, vivre à la même table, manger du même pain, mais ils n’ont point au cœur le même amour. Et c’est là, comme nous l’avons dit, le principe de la distinction des cités dans le présent, comme ce sera la cause de leur séparation dans l’éternité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==VI. Mœurs et coutumes de la cité du monde.== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mœurs sont le fruit des amours. Tel amour, telles mœurs. Or l’amour qui règne en la cité du monde, c’est l’amour de soi : l’amour de soi mal entendu, l’amour de soi se faisant soi-même sa fin, sa loi, sa raison d’être, ce qui est la négation de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette simple remarque nous donne l’explication de l’athéisme moderne. Nos impies ont la logique du mal : logique funeste dont ils sont les victimes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’amour de soi étant pris ainsi comme loi suprême, ne peut cependant trouver en soi sa satisfaction. Dieu seul se suffit à lui-même. Et les créatures qui veulent singer Dieu dans cette sublime prérogative ne tardent pas à reconnaître leur indigence. ''Dans la maison de mon Père, disait l’enfant prodigue, les mercenaires même ont du pain en abondance, et dans ce pays-ci, moi, je meurs de faim.''(S. Luc, XV, 17.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors, manquant de tout, la créature regarde autour d’elle ou au-dessous d’elle ; elle va quêtant, par-ci, par-là, ou de la gloire, ou des possessions terrestres, ou des plaisirs : c’est-à-dire que l’amour-propre, forcé de sortir de lui-même, se montre par une des trois concupiscences, et cherche ainsi à attirer à soi de quoi satisfaire à son besoin d’aimer, de jouir, de posséder : besoin invincible et cependant insatiable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute la morale de la cité du monde, morale indépendante comme on le voit, découle de cette source funeste de l’amour-propre, source qui se divise en trois branches, et va se répandant de tous côtés, pour y promener son indigence, mendier des satisfactions, et cela toujours en vain, car les satisfactions manquent et l’indigence reste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un des caractères de la cité du monde, elle veut jouir dans le présent ; et pour l’amour de cette jouissance dans le présent, elle sacrifie toute espérance dans l’avenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Augustin dit quelque part que, dans la cité de Dieu, par le cœur la chair est purifiée : ''Per cor caro mundatur.'' (De civit. Lib. X, c. XXV). Mais dans la cité du mal, là où le cœur est ainsi livré à l’amour-propre, il devient lui-même souillé, et il ne tarde pas à souiller la chair qu’il aurait dû sauver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour cela que dans la cité du monde on ne veut point de la sainteté du mariage : on aime les unions libres, c’est-à-dire la liberté du désordre. Dans le mariage même, on ne veut pas des fruits du mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici quelques petits traits de mœurs qui nous sont fournis par l’histoire. « Saint Augustin nous apprend que les Manichéens, qui ne se permettaient pas le mariage, se permettaient toute autre chose. C’est que, selon leurs principes, c’était proprement la conception qu’il fallait avoir en horreur. Ces hérétiques se mitigeaient quelquefois à l’égard du mariage. Un certain Hartuvin le permettait, parmi eux, à un garçon qui épousait une fille… encore ne devait-on pas aller au-delà du premier enfant. » (Bossuet, Hist. des Variations, liv. XI.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces conditions, la femme est sans dignité, la vie sans honneur comme sans bonheur, et la mort sans espérance. Reste donc, comme dit saint Paul, l’effroyable attente du jugement et le feu qui dévorera les ennemis de Dieu. (Heb., X, 27.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==VII. Mœurs et coutumes de la cité de Dieu.== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la cité du monde aime à sa manière, la cité de Dieu aime à la manière de Dieu. Ici, toute la loi se résume dans la charité, l’amour de Dieu et du prochain. La charité, dit saint Augustin, la charité douce en parole, plus douce en action.''Dilectio, dulce verbum, sed dulcius fac­tum.'' (In Epist. S. Joann. Tract.&amp;amp;nbsp;VIII.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu et chercher en lui le bonheur, c’est ce qui règle en nous tout l’homme intérieur : Aimer le prochain et lui souhaiter d’être avec nous heureux en Dieu, c’est ce qui règle tout l’homme extérieur : et alors tout étant bien ordonné avec Dieu, tout se trouve bien ordonné avec les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour cela que toutes les législations dignes de ce nom sont puisées dans les dix commandements de Dieu : tous les législateurs reconnurent qu’ils ne sauraient mieux régler les États qu’en imitant, selon la mesure du possible, la législation de la cité de Dieu, laquelle est le premier des États, et par conséquent la règle comme le salut des États temporaires et transitoires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La cité de Dieu professe donc, avant tout, le respect de Dieu, ce respect qui se nomme l’adoration : par suite, elle professe le respect du prochain, qui est l’œuvre de Dieu et qu’il faut aimer pour Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est de là que découle toute la morale chrétienne morale qui, tout en assurant l’éternel bonheur des hommes, leur procure aussi la plus grande somme possible de paix et de bonheur ici-bas : en sorte que si l’humanité tout entière était unie dans l’adoration de Dieu et dans la pra­tique de sa loi, nous verrions diminuer, dans des pro­portions incalculables, les maux qui nous affligent ici-bas, et la terre pourrait devenir, comme jadis le paradis terres­tre, la terre pourrait devenir le vestibule du ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est une chose à laquelle on ne réfléchit pas assez : et pourtant quoi de plus désirable que de travailler au repos et au bien de l’humanité sur la terre afin que tous aient la plus grande facilité possible de s’acheminer vers l’éternelle félicité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la cité de Dieu était libre ici-bas, si elle pouvait déployer à son aise toutes les ressources de la charité que Dieu inspire au cœur de ses enfants, ce serait merveille de voir combien de souffrances disparaîtraient, combien les pauvres seraient consolés, combien le travail serait facilité, et combien la vie présente serait plus heureuse que nous ne la voyons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la cité de Dieu n’est pas libre ici-bas : elle a la liberté intérieure d’aimer, mais elle n’a pas la liberté extérieure de faire produire à son amour tous les fruits qu’il voudrait porter : elle en souffre, elle prie et demande à Dieu la délivrance, la liberté, la vraie liberté&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn0&amp;quot;&amp;gt;Dans le Pater, nous disons à Dieu : Adveniat regnum tuum… Libera nos a malo ; et l’Église dans ses prières : Destructis adversitatibus et erroribus universis, Ecclesia tua secura tibi serviat libertate.&amp;amp;nbsp;(Or. A Cunctis.) Populum tuum, quæsumus, cœlesti dono prosequere, ut perfectam libertatem consequi mereatur.&amp;amp;nbsp;(Or. du Lundi de Pâques.)&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==VIII. Lutte entre les deux cités.== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes ont été créés pour vivre en société : ils s’appellent les uns les autres, ils veulent s’unir, se grouper, afin de s’aider mutuellement et de jouir ensemble des biens de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet ordre vient de Dieu, et il aurait été gardé fidèlement et inviolablement si le péché n’eût pas mis le désordre dans le monde, et n’eût pas formé une cité à côté de la cité de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois les habitants de la cité du monde n’ont point rejeté l’antique lien de société créé de Dieu parmi les hommes, et eux aussi tendent à s’unir les autres hommes dans une même communauté d’amour, de mœurs et par suite de cité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’autre part, la cité de Dieu, fidèle à son Créateur, aspire à réunir tous les hommes dans la connaissance et dans l’amour de Dieu, afin que tous aient part en elle et avec elle aux biens de la maison de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit, dès lors, les points de départ de la lutte entre les deux cités. Chacune d’elles veut faire prévaloir l’amour qu’elle porte au cœur, et les mœurs qui en sont la suite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La cité du monde a ses amours qui nous flattent, ses erreurs qui nous trompent, ses menaces et ses scélératesses qui nous épouvantent, ''amores, errores, terrores,'' dit saint Augustin, et avec ces armes elle entre en lutte contre la cité de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De son côté la cité de Dieu porte en elle le chaste amour de son Dieu et de son prochain, la foi, et avec la foi, toute vérité, ses œuvres de paix, de dévouement pour tous et envers tous, et avec ces armes divines elle soutient les assauts de la cité du monde, et sauve les enfants de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lutte a commencé dès qu’il y eut deux frères sur la terre, Caïn et Abel sont le commencement et le type des deux cités. Caïn tue, Abel est victime : mais celui qui tue est plus tué que sa victime : Abel succombe et il triomphe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la cité du monde opprime souvent la cité de Dieu : mais plus elle paraît s’élever, plus sa chute sera formidable : et la cité de Dieu, alors même qu’elle semblerait vaincue, demeure victorieuse, parce que Dieu est avec elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==IX. De Jérusalem à Babylone.== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par suite de la lutte existant entre les deux cités, on voit quelquefois des habitants de l’une passer dans l’autre. Toute armée a ses déserteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il arrive donc que des habitants de la cité de Dieu, cessant d’être fidèles à leur Créateur et à leur Sauveur, deviennent enfants de Babylone. Tel cet homme qui, allant de Jérusalem à Jéricho, tomba entre les mains des voleurs, qui le dépouillèrent et le couvrirent de plaies : ainsi le déserteur de la cité de Dieu est dépouillé des dons de la grâce, et blessé dans tout ce qui lui reste. Tel encore l’enfant prodigue qui, voulant vivre à sa liberté, quitta la maison de son père et s’en alla dans un pays lointain où il gardait des pourceaux. Ce pays lointain, c’est Babylone. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont encore les hérétiques et les schismatiques qui, après avoir reçu le baptême, se séparent de la communion catholique, rompant les liens de la foi et de la charité qui les faisaient citoyens de Jérusalem, et s’en vont habiter la cité qu’ils se sont bâtie eux-mêmes, en cela pareils à Caïn. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont encore beaucoup de catholiques qui, ayant perdu la charité, demeurent dans l’habitude et l’état du péché : y vivent dans une sorte de sécurité et y meurent dans une fausse tranquillité : eux aussi sont passés de Jérusalem à Babylone. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais tous ces hommes, étaient-ils vraiment de Jérusalem ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ils sont sortis d’avec nous, dit saint Jean, mais ils n’étaient point d’entre nous, car s’ils en eussent été, ils seraient demeurés avec nous. »&amp;amp;nbsp;(I Joan., II, 19). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tous ces hommes, le péché introduit dans l’humanité par Adam, a prévalu sur la grâce qui leur avait été donnée en Notre-Seigneur : c’est là un mystère formidable et une cause de douleur très amère et très profonde pour tous ceux dont le cœur est fixé dans Jérusalem. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==X. De Babylone à Jérusalem.== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a des concitoyens de Jérusalem qui peuvent se trouver, pour un temps, perdus dans Babylone. Ils y sont tombés, ou par le péché originel ou par le péché actuel, mais à l’heure que Dieu sait, ils sortent de la captivité et rentrent en liberté. Écoutons saint Grégoire : « Le Seigneur par un de ses prophètes, dit : Tu iras jusqu’à Babylone et là tu seras délivré (Mich., IV, 10). Souvent un homme tombé dans la confusion des vices, rougissant du mal qu’il a fait, revient à la pénitence, et par une vie sainte se relève de ses chutes. N’est-ce point là cet homme qui est venu jusqu’à Babylone, et qui y a été délivré ? Oui, son âme est devenue confusion, et il a fait mal, puis il en a eu honte, s’est redressé contre lui-même, et en faisant le bien s’est rétabli dans un état meilleur. Il a donc été délivré dans Babylone, lui que la divine grâce a sauvé du pays de la confusion. »&amp;amp;nbsp;(In Ezech. Lib. Hom. X.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passage de Babylone à Jérusalem n’est pas toujours facile : la voie n’est pas toujours libre. Souvent il y a lutte, et contre soi-même, et contre les habitants de Babylone qui veulent y demeurer, et qui veulent y faire demeurer avec eux ceux qui y sont. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme en quelques enfants de Jérusalem nous avons vu prévaloir le péché, nous voyons aussi en quelques enfants de Babylone prévaloir la grâce de Notre-Seigneur ; et ceux dont Dieu a touché les cœurs quittent Babylone dont ils n’étaient pas, et viennent à Jérusalem chercher et trouver la paix des enfants de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==XI. Les fins des deux cités.== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les fins des deux cités, il faut entendre non ce qui les ferait cesser d’être, mais le terme au-delà duquel elles n’ont plus rien à chercher, plus rien à attendre. La fin de la cité de Dieu, c’est Dieu lui-même, et la fin de la cité du monde, c’est le degré de mal qu’elle ne dépassera pas ; d’un côté le souverain bien, de l’autre le souverain mal : d’un côté la vie éternelle, de l’autre la mort éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les saints, les fidèles qui n’auront point aimé la terre ni la vanité de ce monde, trouveront Dieu qu’ils auront aimé par-dessus tout : en quittant la vie présente, ils n’auront rien perdu de ce qu’ils aimaient ; et ce qu’ils auront cru, ils le verront, et dans cette vision de paix, ils seront bienheureux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les infidèles, les pécheurs n’auront plus rien de ce qu’ils auront aimé, et n’auront pas Dieu dont ils n’ont pas voulu : ils trouveront en eux-mêmes la cause de leur châtiment, et tout en ne pouvant plus mourir, ils seront dans la mort éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Après la résurrection et le jugement universel, les deux cités auront atteint leur fin, celle de Jésus-Christ et celle du diable : l’une des bons, l’autre des méchants, l’une et l’autre toutefois composée d’anges et d’hommes. Les bons n’auront plus jamais la volonté de pécher, les méchants n’en auront plus la faculté. Et il n’y aura plus de mort à attendre, ni pour ceux qui vivront vraiment heureux dans la vie éternelle, ni pour ceux qui sans pouvoir mourir resteront malheureux dans la mort éternelle, parce que les uns comme les autres seront là pour toujours. »&amp;amp;nbsp;(S. Aug. Enchirid. Cap. XXXI.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==XII. La chute de Babylone.== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Jean, dans sa divine Apocalypse, nous décrit la chute de Babylone. Il dit : « Je vis un ange qui descendait du ciel, il avait une grande puissance, et la terre fut éclairée de sa gloire.&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il cria avec force, et il dit : Elle est tombée, elle est tombée cette grande Babylone. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les nations ont bu du vin de sa prostitution : les rois de la terre se sont corrompus avec elle, et les marchands de la terre se sont enrichis de son luxe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et j’entendis une autre voix qui venait du ciel et qui disait : Sortez de cette ville, ô mon peuple, de peur que vous n’ayez part à ses péchés, et que vous ne rece­viez de ses châtiments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Traitez-la comme elle vous a traités : multipliez ses tourments et ses douleurs, à proportion de ce qu’elle s’est livrée à l’orgueil et au luxe. Elle s’est dit dans son cœur : je suis reine et sur le trône ; je ne serai point veuve et ne connaîtrai pas le deuil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi en un même jour viendront sur elle ses châtiments, et la mort, et le deuil, et la famine, et elle sera brûlée par le feu : car il est fort le Dieu qui la jugera. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rois de la terre pleureront sur elle ; les marchands de la terre pleureront et gémiront sur elle, parce que personne n’achètera plus leurs marchandises, ces mar­chandises d’or, d’argent, de pierreries, de perles, de lin, de pourpre, de soie, d’ivoire, d’airain, de fer, de marbre… &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ciel, soyez-en dans la joie, et vous aussi, saints, vous Apôtres et prophètes, parce que Dieu a fait justice de Babylone. » (Apoc., XVIII.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ces paroles nous recueillons ceci : trois choses ont fait Babylone, et trois choses ont amené sa ruine : l’orgueil, le luxe, l’industrialisme, c’est-à-dire les trois concupis­cences. On est puni par où l’on a péché : ''Per quæ peccat quis, per hæc et torquetur.'' (Sap., XI, 17.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==XIII. La cité de Dieu dans l’éternité.== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand prophète du Nouveau Testament va nous dire maintenant la gloire de la cité de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J’entendis après cela comme une voix de grandes foules dans le ciel, elle disait : ''Alleluia :'' Salut, gloire et puissance à notre Dieu, car ses jugements sont justes et vrais, et il a fait justice de la grande prostituée qui a corrompu la terre par sa prostitution, et il a vengé le sang de ses serviteurs, qu’elle avait répandu de ses mains, et ils répétèrent : ''Alleluia.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et je vis la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, et j’entendis une grande voix qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes et il demeurera avec eux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et Dieu essuiera toutes larmes de leurs yeux : et il aura plus ni mort, ni deuil, ni cri, ni douleur, jamais, car le premier état est passé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et celui qui était sur le trône, dit : Voici, je fais toutes choses nouvelles. Et il me dit : Écris, ces paroles sont vraies et certaines. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il dit : C’est fait, à qui a soif je donnerai à boire de la fontaine de l’eau de la vie, gratis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui sera victorieux, aura ces choses : et je serai son Dieu, et il sera mon fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les timides, les incrédules, les abominables, les homicides, les fornicateurs, les empoisonneurs, les idolâtres et tous les menteurs, auront leur part dans l’étang brûlant de feu et de soufre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors un ange me montra la grande cité, la Jérusalem nouvelle : il n’y entrera rien de souillé, ni aucun de ceux qui commettent l’abomination ou le mensonge, mais seu­lement ceux qui sont écrits au livre de vie de l’Agneau. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y aura plus là d’anathème : mais il y aura le trône de Dieu et de l’Agneau, et ses serviteurs le serviront. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils verront sa face, et auront son nom sur leur front. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y aura plus là de nuit, et ils n’auront besoin ni de lampe, ni de la lumière du soleil, parce que le Seigneur Dieu les éclairera, et ils régneront dans les siècles des siècles. » (Apoc., XIX-XXII.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Gloriosa dicta sunt de te, civitas Dei.'' (PS. LXXXVI, 3.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==VARIÉTÉS ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Une parabole avec son explication et quelques réflexions.=== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jadis il fut une belle et riche vallée, belle de toutes les beautés de la nature, riche de tous les dons du Créateur ! Et pourtant on l’appelait Emek-Abbaka ''(vallée de larmes).'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Là vivait une grande famille, grande et heureuse autant qu’on peut l’être ici-bas. Le père se nommait de son nom oriental Atik-Iamim ; mais ses enfants l’appelaient d’un nom plus court et plus doux, et disaient ordinairement Abba. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces chers enfants étaient tous aimés, et pour cela même ils étaient tous aimants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autorité d’Abba était souveraine, et elle n’en était que plus bienfaisante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’obéissance des enfants était parfaite, et jamais elle n’était pénible, parce que toujours elle était demandée avec amour, et rendue avec amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, Joseph, un des enfants d’Abba, travaillait dans les champs avec sa sœur Miriam. Un étranger, feignant d’être très fatigué, semblait venir à eux. Miriam dit : J’ai peur. Et Joseph reprit : Ne crains rien ! Cependant l’étranger arriva jusqu’à eux, voulut se reposer près d’eux, afin de jouir du plaisir de leur société. Miriam gardait un silence gros de réflexion et de crainte : Joseph était tout à la confiance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conversation s’engagea, et l’étranger, feignant une grande affection pour les enfants, s’informa de leur travail, et de leurs fatigues, et plus encore de leur père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l’entendre, le travail est trop pénible, la fatigue n’est pas assez rémunérée par les produits de la terre ; quant à leur père, l’étranger n’en dit pas long, mais il paraissait très pensif, et garda le silence assez longtemps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Joseph lui demanda s’il n’était point malade. - Je ne suis point malade, dit l’étranger - S’il n’avait pas quelque chagrin. - Je n’ai pas de chagrin en ce qui me touche. - Si son chagrin ne serait pas pour ses parents ou ses amis. - Mon chagrin, mes enfants, c’est pour vous-mêmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce mot, Miriam. trembla de tous ses membres ; Joseph la prit par la main, et ne pouvant la rassurer, il la renvoya chez son père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Joseph demeura seul avec l’étranger : Celui-ci demeurait muet. Je vous en prie, lui dit Joseph, faites-moi connaître le chagrin que vous avez à notre sujet. Votre langage, ajoute-t-il, m’étonne d’autant plus que notre famille est très heureuse, sous la conduite d’un père que nous aimons et qui nous aime encore mieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon ami, reprit l’étranger, vous êtes dans une étrange erreur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quelle erreur donc, dit Joseph ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Plusieurs fois je vous ai entendu dire : mon père, notre père ; savez-vous bien ce que ce mot-là veut dire ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Le mot, le mot… je ne suis pas un habitant de Kiriat-Sépher : niais la chose… je sais, et cela me suffit : mon père est bon, et il nous aime : avec cela, je suis assez savant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon ami, j’ai grande compassion de vous, car je vois que vous êtes dupe d’un sentiment, et d’un sentiment qui n’a rien de scientifique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Expliquez-vous, s’il est possible, car je ne vous comprends guère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous allez me comprendre. Alors que vous étiez plus jeune, c’est-à-dire sans connaissance et sans expérience, un homme s’est trouvé, plus fort, plus puissant que vous : il vous a rendu quelques services, j’en conviens, mais il vous les a fait payer plus cher que de raison. Il vous a ôté votre liberté, il vous a asservi à sa volonté ; vous, ne sachant pas démêler l’autorité d’avec la tyrannie, vous avez accepté l’état de dépendance, et vous avez subi un esclavage d’autant plus formidable que vous paraissez l’aimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais tout cela me confond ; et après tout, mon père est mon père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous le croyez ainsi ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais oui, je le crois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Très bien, mais considérez donc, mon ami, que ce mot ''je crois'' n’est pas du tout scientifique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Scientifique ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Cela veut dire démontré, comme sont démontrées les conclusions des sciences. Vous croyez, dites-vous, que Abba est votre père, et, par suite de cette croyance, vous affirmez qu’il l’est, et vous lui demeurez soumis comme un esclave. Mais en réalité qu’en savez-vous ? En avez-vous été témoin ? Et si vous ne savez pas par vous-même, quels témoins dignes de foi sont venus vous le dire ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais le témoin, c’est mon père lui-même ! Le témoin c’est son amour pour moi ; le témoin, c’est tous ses bienfaits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Du sentiment tout cela, mon ami, du sentiment tout pur ; mais il n’y a là ni science, ni expérience, ni démonstration, rien de positif en un mot. Scientifiquement parlant, vous n’avez pas de père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Si c’est cela la science, je l’envoie à tous les diables, et vive mon père ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’étranger se leva, et sans rien ajouter reprit son chemin et ne tarda pas à disparaître. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son travail fini, Joseph revint à la maison. Miriam l’attendait avec anxiété, elle avait raconté à ses frères le commencement de l’histoire. Joseph ne fut pas plutôt arrivé, que tous lui demandèrent l’histoire, l’histoire ! Joseph la raconta, et quand on eut ri assez, on voulut juger : C’est un fou, disaient les uns ; c’est un imbécile, disaient les autres. L’aîné de la famille n’avait pas ri du tout : Mes amis, dit-il à ses frères, si ce n’est pas le diable en personne, dites que je ne m’y connais pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas ! fit Miriam, j’ai eu si peur : si j’avais su, j’aurais eu peur bien autrement encore. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu’il n’y revienne pas, dit Joseph, je ne serais pas si bon que de l’entendre ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et toute la famille continua à croire à son père, et à l’aimer et à lui obéir, et toute la famille continua à être heureuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fin de la parabole. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====Explication de la parabole.====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La riche vallée, c’est le monde que nous habitons : tous les biens que nous y possédons sont des dons de Dieu : s’il y a de la souffrance ici-bas, c’est le fruit du péché, et pour cela le monde s’appelle Emek-Abbaka, ''la vallée de larmes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille, c’est le genre humain : Dieu est son créateur, l’écriture l’appelle Atik-Iamim, ''l’ancien des jours. ''(Dan., fi. 9.) Nous, nous l’appelons Notre Père. Abba veut dire ''Père'' (Rom., VIII, 15.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’amour dont il nous aime est le principe et la source de l’amour dont nous l’aimons. Plus nous lui sommes soumis, plus nous attirons à nous ses biens, et plus nous assurons notre bonheur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais nous sommes ici-bas exposés à la tentation. Miriam craint, elle s’enfuit c’est le parti le plus sûr quand la ten­tation se présente il faut la fuir, et se tenir tout près du bon Dieu. Joseph brave la tentation, parce qu’il peut la vaincre, et cela nous apprend qu’il est toujours bon de savoir ce que pense l’ennemi. C’est dans cette pensée que saint Paul dit : « Que Satan ne gagne rien sur nous ; car nous savons ses desseins. »&amp;amp;nbsp;(II Cor., II, 11.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le tentateur feint toujours de nous vouloir du bien : il nous plaint, il est sensible à nos peines, lui qui veut nous jeter dans des peines mille fois plus grandes. Il y a pour nous trop à souffrir sur la terre ; nous serions plus à l’aise en secouant le joug de l’autorité de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous êtes malade, disait Joseph à son interlocuteur. En effet, tout esprit qui vient nous chanter le mépris de Dieu est malade ; il souffre, il a perdu la foi, il a perdu la grâce, il a perdu le chemin du ciel, et voudrait nous le faire perdre aussi à nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais nous sommes dans l’erreur… Je ne suis pas un académicien, dit Joseph…, Kiriat-Sépher, la ville des lettres, l’université, l’académie… je ne suis pas un académicien, dit Joseph ; mais la vérité, c’est le bien de tout le monde, et si elle n’était accessible qu’aux savants consommés, Dieu ne serait pas bon comme il l’est. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le tentateur affecte de vouloir nous instruire ; nous n’avons pas vu Dieu, et à cause de cela, il prétend que nous ne pouvons pas le connaître. C’est absurde tout simplement. Combien d’hommes qui n’ont pas vu Paris, Londres, Rome, Pékin, et qui, pourtant, ne sont nullement trompés en croyant sur des témoignages d’hommes comme nous, que ces villes existent réellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous n’avons pas vu Dieu; mais la vie qu’il nous a donnée, et qu’il nous conserve à chaque instant, l’amour qu’il a pour nous, les bienfaits dont nous lui sommes redevables ; tout cela nous le montre à l’œuvre, nous aimant et nous faisant du bien; cela nous suffit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes qui ont étudié connaissent les démonstrations scientifiques de l’existence de Dieu et de ses souveraines perfections : ces démonstrations ne sont pas arrivées à tous les hommes, mais il n’en est pas moins vrai que l’humanité croit à son Dieu, comme les enfants d’une même famille croient à leur père : et en croyant ainsi, nul ne se trompe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et plus l’humanité grandit dans la foi et la connaissance de Dieu, plus elle est heureuse et en même temps vertueuse : plus elle s’éloigne de Dieu, plus elle est vicieuse et malheureuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====Quelques réflexions.====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le genre humain tout entier est donc vis-à-vis de Dieu comme les enfants d’une même famille vis-à-vis de leur père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’humanité croit en Dieu, comme la famille croit à son père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’humanité n’a pas vu Dieu, et l’enfant n’a pas ''vu'' son père. Et comme l’enfant n’est jamais trompé en croyant à son père, l’humanité n’est jamais trompée en croyant à son Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu se démontre à nous par ses œuvres : et la famille qui est une des plus belles œuvres de Dieu, est aussi une des plus touchantes démonstrations de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils ne s’y trompent pas, les hommes qui, aujourd’hui, s’attaquent à Dieu : en même temps qu’ils s’efforcent de chasser Dieu de partout, de l’école, de l’hôpital, de l’hôpi­tal que nos pères appelaient ''l’Hôtel?Dieu !'' en même temps ils travaillent à ruiner la famille : l’enfant n’est plus à son père, il est à la disposition d’une commission, d’un maire… L’époux ne sera bientôt plus à l’épouse, ni l’épouse à l’époux… Voici venir le divorce&amp;lt;ref name=&amp;quot;ftn1&amp;quot;&amp;gt;Il a accomplit son œuvre néfaste. Et il est suivi aujourd’hui par l’avortement ''(Note des éditeurs).''&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’enfant pourra naître sans Dieu, vivre sans Dieu, et mourir sans Dieu. Si de tels plans pouvaient se réaliser, l’humanité tout entière serait devenue un grand orphelin, sans consolation, sans espoir, ne sachant plus à qui demander ''son pain de chaque jour !'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Mon Dieu,'' disait le Psalmiste, ceux qui s’éloignent de vous périront : ''et pour moi, tout mon bien est de m’attacher à vous, de mettre en vous mon espérance, Seigneur mon Dieu ! ''(PS. LXXII, 27?28.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Lettre à une Sœur sur le temps présent.=== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Attentive, comme il convient, à la situation de l’Église en général, et des Congrégations religieuses en particulier, vous me demandez de vous enseigner la résignation chrétienne au milieu des difficultés du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquez d’abord, ma Sœur, que Notre-Seigneur nous a prévenus des maux qui nous menacent : « Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes point du monde, le monde vous hait. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront… vous aurez bien à pâtir dans le monde, mais ayez confiance, j’ai vaincu le monde. »&amp;amp;nbsp;(Joan., XV, 19, 20 &amp;lt;nowiki&amp;gt;; XVI, 33.)&amp;lt;/nowiki&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes avertis, rien ne devra nous surprendre Si nous étions surpris de quelque chose, nous aurions manqué ou de foi, ou tout au moins d’attention à la parole de Notre-Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faut nous tenir fermes dans la foi; c’est le pré­cepte divin, c’est aussi la recommandation de l’Apôtre : « Veillez, tenez ferme dans la foi, agissez courageusement, soyez forts. »&amp;amp;nbsp;(I Cor., XVI, 13.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre-Seigneur nous a annoncé les maux que nous aurions à souffrir en général, et voici que la sainte Vierge nous a avertis du mal tout particulier auquel il faut nous attendre dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez lu les paroles si graves et si douloureuses que la sainte Vierge en pleurs versait, dans une langue incomprise, en l’âme des bergers de La Salette. Ils les redirent, sans les comprendre ; et encore qu’une partie du discours de la céleste Messagère ait dû être tenue secrète, il y a un fragment de ce secret que la sainte Vierge a permis de faire connaître après une certaine époque. Vous y avez lu ces paroles : « Les religieux seront chassés. » Vous y avez lu aussi ''l’exposé des motifs de ce décret céleste,'' bien antérieur au ''décret terrestre'' que chacun sait. Nous avons péché, et dans sa justice miséricordieuse, Dieu veut punir dans le temps, afin de n’avoir point à punir dans l’éternité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autre considération. Dans les fléaux qui nous menacent, il y aura une part pour des coupables, une part aussi pour des innocents. Dieu seul connaît bien les uns et les autres, et il sait la mesure du mal qui tombera sur chacun. Ce que nous savons, nous, c’est que ce mal sera pour les uns une expiation, pour les autres un accroissement de mérites, car tout tourne à bien à qui aime Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les moyens que la malice des hommes choisit pour nous faire souffrir, entrent dans le plan de la Providence divine, et concourent à notre salut. Ce n’est pas là l’intention des méchants, mais il est de la sagesse de Dieu de coordonner à ses fins, même les volontés les plus désordonnées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc nous savons ajuster nos faibles volontés à la toute sainte et toujours adorable volonté de Dieu, il est hors de doute que tout nous tournera à bien, même les excès des méchants, qui auraient reçu d’en haut la permission de pousser tout à l’extrême, par exemple de nous tuer. Vous savez le mot de Notre-Seigneur : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, ils ne peuvent tuer l’âme. (Luc, XII, 4.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut donc entrer dans l’intelligence des desseins de Dieu sur nous, adorer en toutes choses sa conduite à la fois juste et miséricordieuse ; puis, en toutes choses, nous conduire en chrétiens décidés et en religieux fidèles, après quoi nous n’aurons plus qu’une chose à faire, demeurer en paix, jusqu’à ce que la justice de Dieu et l’injustice des hommes soient passées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’état dans lequel je vous appelle, est celui de la résignation chrétienne. La résignation chrétienne n’est pas l’attitude guindée des stoïciens vis-à-vis de la douleur, mais un concours soumis à l’exécution des desseins de Dieu, connus et inconnus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour entrer plus sûrement dans cet état, je vous donnerai une instruction, et vous enseignerai une prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’instruction est dans ces mots de l’Évangile : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jésus monta dans une barque, et ses disciples le suivirent. Et voici, il se fit sur la mer une grande tempête, au point que la barque était couverte de flots : mais pour lui, il dormait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ses disciples s’approchèrent de lui, et le réveillèrent en disant : Seigneur, sauvez-nous, nous sommes perdus.&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et Jésus leur dit : Pourquoi avez-vous peur, hommes de petite foi ? Alors il se leva, et il commanda aux vents et à la mer, et il se fit un grand calme. » (Matth., VIII, 23-26). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La barque, vous le savez, c’est l’Église dont nous sommes les enfants, Jésus est en la barque, Léon XIII en est aujourd’hui le pilote, nous en sommes les passagers. Si Jésus ne dort pas maintenant, il pourra dormir demain ou après ; et alors viendra la tempête, et les flots couvriront la barque. Plusieurs la diront perdue ; parmi les passagers même, il s’en trouvera qui diront : c’en est fait de nous ! Et Jésus s’éveillera, et il leur dira qu’ils sont hommes de petite foi. Et il se lèvera, et il dira un seul mot, et il se fera un grand calme. Et le calme durera ce que Dieu sait, et une autre tempête viendra. Il y a dix-huit siècles qu’il en est ainsi, et il en sera de même, jusqu’à ce que la barque soit arrivée au port. Alors Jésus s’éveillera pour ne plus sommeiller : il dira un mot qui sera le mot du jugement dernier, et il se fera un grand calme qui sera le calme de l’éternité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En attendant ce calme heureux, veillons et prions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vous ai promis une prière, la voici. Je la prends dans un trésor bien caché ; c’est une perle précieuse : je la livre à votre âme dont elle fera assurément l’édification. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au Samedi-Saint, précisément au temps où Jésus dort en son tombeau, l’Église lit l’histoire du déluge, une histoire toute pareille à celle de l’Évangile que je viens de vous citer, et aussitôt après cette lecture, elle adresse à Dieu la prière qui suit. Écoutez bien ; c’est le sublime de la foi, de l’espérance, de la résignation, de la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border-top:0.035cm solid #808080;border-bottom:0.035cm solid #808080;border-left:0.035cm solid #808080;border-right:none;padding:0.049cm;&amp;quot;| Deus, incommutabilis virtus et lumen æternum, respice propitius ad totius Ecclesiæ tuæ mirabile sacramentum, et opus salutis huma, perpe­tuæ dispositionis effectu, tran­quillius operare : totusque mundus experiatur et videat, dejecta erigi, inveterata renovari, et per ipsum redire omnia in integrum, a quo sumpsere principium, Dominum Nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti, Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:0.035cm solid #808080;padding:0.049cm;&amp;quot;| O Dieu, force immuable et lumière éternelle, regarde dans ta miséricorde le mystère admirable de ton Eglise tout entière, et opère fort tranquillement l’œuvre du salut des hommes par l’exécution de ta disposition éternelle : et que le monde entier éprouve et voie les choses renversées être redressées, les choses envieillies être renouvelées, et toutes choses revenir à leur intégrité par Celui de qui elles ont reçu le commencement : Notre Seigneur Jésus-Christ ton Fils qui avec toi vit et règne en l’unité du Saint-Esprit, Dieu, dans tous les siècles des siècles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous comprenez, ma sœur, que cette prière s’applique à tous les temps et à toutes les situations : en vous la mettant sous les yeux aujourd’hui, je pense que nous pourrons sans peine l’appliquer à notre temps et à notre situation. remarquez, s’il vous plaît, comme l’Église demande à Dieu d’opérer notre salut, et cela, ''fort tranquillement. ''Toutes les agitations de ce monde sont à peine dignes de l’attention de Dieu, et en tout cas ne troublent point la paix divine avec laquelle, ''tranquillement'' il opère notre salut, en exécution de ses desseins éternels et dès lors immuables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquez encore comment l’humanité renversée et jetée par Adam dans l’état de vétusté où nous la voyons, est redressée et rajeunie par Celui-là même qui étant son Créateur s’est fait son Sauveur. Ce que la grâce de Dieu opère ainsi en l’humanité christianisée, elle l’opérera également dans les ordres religieux renversés, parce qu’ils avaient repris en quelque chose le vieil homme. Le vieil homme doit être détruit, il le sera ; le nouvel homme renaîtra ; tout reviendra à ''son intégrité'' première, et il se fera un grand calme. ''Que le monde entier'' voie cela, ma sœur, et fasse Dieu que vous le voyiez aussi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu’ainsi Dieu vous garde, ma sœur, en paix et en prière ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Lettre à une Sœur sur l’heure présente.=== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvent vous avez entendu dire que les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Et moi, je vous dis que souvent les heures se ressemblent, bien qu’elles ne se suivent pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un certain jour, à une certaine heure, les ténèbres régnaient sur la terre, et des hommes de ténèbres opéraient une œuvre de ténèbres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre-Seigneur leur dit : ''Voici votre heure, l’heure de la puissance des ténèbres !'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette heure-là est passée depuis bien des siècles, et pourtant l’heure présente n’est pas sans ressemblance avec elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’était l’heure de la trahison : aujourd’hui, c’est l’heure du mensonge. Qui aurait des yeux pour voir cela, verrait des choses à faire peur. Sans vouloir entrer dans aucun détail, j’ai tenu à constater le fait. C’est fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’heure présente est l’heure où la foi se tait. Nous en­tendons parler bien des parlants : nous prêtons l’oreille, l’oreille la plus attentive, pour entendre le langage de la foi, et rien ne nous arrive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand la parole est au mensonge, la vérité semble muette. Les ténèbres de l’heure présente nous font souhaiter vivement les éclaircies de la lumière d’en haut : et rien ne paraît. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil est loin de nous, la lune est voilée, les étoile sont éclipsées et peut-être tombées du ciel : c’est la nuit. ''Venit nox, quando, nemo potest operari.'' (Joan., IX. 4.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’heure présente aurait besoin d’entendre et de comprendre la parole de Notre-Seigneur : ''Veillez et priez !'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Veillez !'' Quand le Maître prononça cette divine parole, les Apôtres dormaient. Combien qui sur ce point ne sont pas sans ressemblance avec les Apôtres ! La chose du monde qui semble la plus facile et la moins compromet­tante, aujourd’hui, c’est de dormir. ''Dormez maintenant,'' a dit Notre-Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et priez !'' Qu’est-ce que prier? Comment prier? Pourquoi prier ? Les chrétiens d’aujourd’hui (pas tous !) savent encore dire des prières, savent-ils prier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand saint Siméon annonça à Marie que son âme serait percée d’un glaive, il ajouta : ''Pour que les pensées de bien des cœurs soient révélées.'' L’heure présente est l’heure du glaive : attendons-nous à des révélations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est des déguisements qui tomberont : des demi-vertus qui seront reconnues pour être le masque de vrais vices : l’heure des ténèbres deviendra, à sa manière, l’heure des manifestations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors vous comprendrez, mieux que jamais, ce que l’Église chante à Dieu : Seul, vous êtes saint. ''Tu solus sanctus !'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous me demanderez sans doute, ma sœur, ce que fait Notre-Dame de la Sainte-Espérance, à l’heure présente. A l’heure présente, Notre-Dame de la Sainte-Espérance relit son histoire, dans un vieux livre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans quel livre donc ? Dans le livre de Job. Elle en est au chapitre XII, verset 5, à ces mots : ''Lampas contempta apud cogitationes divitum, parata ad tempus statutum.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je traduis : ''Elle est une lampe peu estimée'' (j’adoucis l’expression, pour l’honneur de Notre-Dame) ''dans les pensées des riches,'' et pourtant elle est là, ''préparée pour un temps marqué.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’explique : Elle est une lampe, rien n’est plus nécessaire aux heures de nuit. Vous savez quelle nuit nous traversons maintenant. Rendons grâces à Dieu qui nous a donné cette lampe. Peu estimée… Aucuns en effet ont pour elle si peu d’estime, qu’ils ne sauraient pas même prononcer son nom. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je continue : Préparée, vous entendez : elle attend, pré­parée pour le temps marqué. Ce temps-là n’est pas ce temps-ci : cette heure-là n’est pas cette heure-ci. Cette heure-ci passera, cette heure-là viendra. Patience pour l’une, espérance pour l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soyons à tout jamais, ma sœur, les enfants de Notre-Dame de la Sainte-Espérance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===L’instruction sans Dieu.=== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux mots que nous venons d’écrire sont aujourd’hui fort à la mode : et cependant ils se heurtent et se combattent l’un l’autre. L’instruction sans Dieu ! mais c’est comme si nous disions : Le mouvement ? sans moteur, le midi ? sans soleil, l’équipement du soldat ? sans armes. C’est l’absurde, et rien autre chose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La connaissance de Dieu est la lumière nécessaire à l’esprit humain : sans elle, l’homme ne saurait ni la raison de son existence, ni la fin de son être, ni le moyen d’arriver à sa fin : sans elle, l’homme serait ''un perdu ''dans le monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes : cela est de toute évidence ; et il est tout aussi clair que nous ne nous sommes point donné nous-mêmes l’existence. Pourquoi sommes-nous donc, si ce n’est parce que Dieu l’a voulu ? Et pourquoi l’a-t-il voulu, si ce n’est pour sa gloire et notre bonheur ? Et comment y parvenir, sinon en gardant ses commandements ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La connaissance de Dieu fait pour nous la lumière sur ces graves questions : elle a l’incomparable avantage de nous assigner notre vraie place dans la création, et de nous donner la raison des choses, en nous enseignant la cause première et la fin dernière de notre être et de tous les êtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce prix, l’homme sait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, l’homme a besoin de savoir, et de raisonner, et de juger. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Raisonner, C’est se rendre compte des choses, en examinant et leurs natures, et leurs causes, et leurs effets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quel moyen, pour l’homme, de se raisonner, par exemple, sa propre nature, s’il ne connaît et reconnaît le Dieu très bon et très grand qui nous a faits à son image et à sa ressemblance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment apprécier les causes, si l’on ne connaît la cause première et finale des choses, qui est Dieu ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment estimer les effets des choses, et les estimer à leur juste valeur, si l’on ne reconnaît les effets de la volonté de Dieu dans la création et le gouvernement du monde ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, comme l’homme ne peut exister que par Dieu, il ne peut savoir bien et raisonner juste, si ce n’est avec Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme qui sait et qui raisonne, est à même de juger. Juger, c’est faire le discernement pratique de ce qui nous mène à notre fin, et de ce qui pourrait nous en éloigner : juger, c’est faire le discernement du bien et du mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous, qui connaissons Dieu, la définition du bien et du mal est aussi facile qu’elle est lumineuse : le bien, c’est ce que Dieu veut ; le mal, ce que Dieu ne veut pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu’ils viennent, les hommes de l’instruction sans Dieu, nous les mettons au défi de nous définir le bien et le mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les voici venus : que l’on y prenne garde, ils vont nous dire que le bien c’est ce qui leur plaît, le mal ce qui ne leur plaît pas. Serait-ce là ce qu’on appelle la morale indépendante ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais admettons qu’ils ne nous parleront ni de bien ni de mal, ils seront ''neutres.'' Hé bien, nous les soupçonnons de vouloir nous ''neutraliser !'' Encore une fois que l’on y prenne garde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah ! ils nous apprendront à lire et à écrire. Et avec cela nous serons vraiment bien riches : nous lirons, sans pouvoir démêler le vrai d’avec le faux, le bien d’avec le mal. Nous lirons tout, sans pouvoir juger de rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes de l’instruction sans Dieu n’ont pas souci de nous mettre à même de juger. Comme ils croient savoir pour nous, ils tiennent à raisonner pour nous, et à juger aussi pour nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils ont un plan : c’est de mener l’humanité à une fin qui n’est pas Dieu. Et pour cela, point n’est besoin de lumières. Que l’homme ne connaisse, ni son Dieu ni son âme, ni son origine ni sa fin, ni son bien ni son mal : il n’en sera que plus docile aux maîtres qu’on veut lui donner. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Confisquée par une poignée d’anonymes, l’humanité deviendra une machine, machine à lire et à écrire, à voter et à payer : et l’exploitation ira son train. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà toute la raison d’être, la fin première et dernière de l’instruction sans Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Le serment.===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se fait actuellement beaucoup de bruit au sujet du serment. Quelques impies, sous prétexte qu’ils ne reconnaissent pas Dieu, ont refusé de prêter serment devant les tribunaux. Toutefois, en hommes d’honneur et de conscience comme ils se prétendent ils auraient volontiers juré sur leur honneur et conscience. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous tenons à donner à nos lecteurs quelques éclaircissements sur le serment et sur le fait que nous venons de mentionner, fait qui peut paraître assez étrange, mais qui n’a rien absolument de bien neuf, comme on le verra à la fin de cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le serment est essentiellement un appel à la suprême vérité qui est Dieu. L’homme qui fait serment s’engage à dire vrai, et il prend cet engagement devant Dieu, l’appe­lant comme témoin, comme garant de la vérité qu’il va dire, et aussi comme vengeur du crime qu’il commettrait, si, après avoir juré, il se parjurait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme qui jure, jure donc nécessairement par un plus grand que lui ; et comme, suivant la parole de saint Augustin, Dieu seul est plus grand que l’âme de l’homme, l’homme qui jure ne peut jurer que par Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que, dans tous les temps, dans tous les lieux, l’humanité a toujours compris par ces mots : Faire ser­ment, prêter serment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme qui ne veut pas jurer devant Dieu, ne peut absolument pas jurer du tout : ne pas reconnaître Dieu, pour lui c’est ne reconnaître rien du tout. S’il n’y a pas une vérité suprême, il n’y a pas de vérité du tout; s’il n’y a pas une justice suprême, il n’y a pas de justice du tout; s’il n’y a pas une loi suprême, règle de toutes les lois et de toutes les volontés, il n’y a pas de loi, il n’y a pas de morale, il n’y a ni bien ni mal, ni crime ni vertu, et par conséquent ni juge ni coupable, ni accusé ni tribunal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un tribunal ne peut tolérer de semblables déclarations, et à qui refuse de prêter le serment, comme le serment a été compris partout et toujours, le tribunal inflige une amende, et c’est justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, voilà notre impie qui se déclare prêt à jurer sur son honneur et sa conscience. Nous pourrions lui dire que si Dieu n’est pas, la conscience n’est pas non plus, et que si la conscience n’est pas, l’honneur n’est plus qu’un vain mot. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais admettons qu’il jure sur son honneur et sa conscience. La conscience d’un homme est-elle donc une règle infaillible, et ne savons-nous pas qu’il y a des consciences fausses ? Il jure sur son honneur ! Il va devenir lui-même son propre garant, sa propre caution : mais, dans toutes les choses humaines, le garant doit être autre que le garanti, la caution autre que le cautionné. Ajoutons que, devenu lui-même son garant, il sera du même coup devenu le vengeur de son parjure. Si parjure il y a, on peut craindre que la vengeance ne soit pas rigoureuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi qu’en niant Dieu, l’impie nie du même coup toute raison. C’est écrit dans un de nos psaumes depuis près de trois mille ans : « L’homme qui dit dans son cœur : ''Dieu n’est pas,'' est un insensé. » (Psaume XIII.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’apôtre saint Paul, dans son Epître aux Hébreux, nous instruit magnifiquement sur cette grande et belle question du serment. Il dit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dieu, dans la promesse qu’il fit à Abraham, n’ayant point de plus grand que lui par qui il pût jurer, jura par lui-même... Car comme les hommes jurent par celui qui est plus grand qu’eux, et que le serment est la plus grande assurance qu’ils puissent donner pour terminer leurs différends, ainsi Dieu voulant aussi faire voir avec plus de certitude aux héritiers de la promesse, la fermeté immuable de sa résolution, a ajouté le serment. » (Heb., VI, 13, 16.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Retenons bien ces deux maximes de l’Apôtre : Les hommes jurent par plus grand qu’eux… Dieu, n’ayant pas plus grand que lui, jure par lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux donc qui aujourd’hui ne veulent jurer que par eux­-mêmes, sur leur honneur et leur conscience, ne jurent pas du tout : ce qu’ils prétendent faire là n’est pas le serment, comme il a été toujours entendu parmi les hommes, chez les païens comme chez les juifs et les chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, ne voulant jurer que par eux-mêmes, ils ont la prétention de faire ce que Dieu seul peut faire : car, seul, il n’a pas plus grand que lui : ils se posent donc comme étant des Dieux, ni plus ni moins, ils nous ramènent en pleine mythologie... Non, ils ne sont pas des Dieux, ils ne sont que de pauvres dupes, dupes d’un ancien menteur, de celui qui un jour disait à l’humanité : ''Vous serez comme des Dieux'' ! (Gen. III, 5.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Le_crime_de_pens%C3%A9e&amp;diff=1691</id>
		<title>Le crime de pensée</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Le_crime_de_pens%C3%A9e&amp;diff=1691"/>
				<updated>2011-04-05T13:16:03Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Jean Ousset  &lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
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 | résumé                        = &lt;br /&gt;
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 | remarque particulière         =&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
==Crimes de pensée, crimes de fait.==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une réflexion, déjà ancienne, que ''Permanences'' a publiée naguère, Jean Cau écrivait :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si peu à peu se débilitent et s’effritent les cadres d’une société grâce auxquels s’instaurait et se vivait une pratique morale moyenne, il est évident que de défaillance en défaillance, de crise en crise, de doute en doute, ne reste plus que la police pour, de manière formelle (et non plus morale) sauver et maintenir l’ordre.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A terme - et voilà qui est d’une immense gravité - morale, ordre et police se confondent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fait d’époque, sans doute !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fait de civilisation, certainement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naguère encore la société était « policée ». Elle possédait ses « policiers » spontanés, si j’ose dire, ayant recours au sens étymologique. C’était par exemple le père, le chef aux mérites acquis et reconnus, le prêtre enfin...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L’ordre n’était pas tellement imposé que consenti et vécu et tirait sa légitimité dernière d’une transcendance.... L’ordre tirait sa légitimité dernière d’une transcendance » !!!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Observation capitale !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autant dire que la légitimité de l’ordre reposait sur un certain nombre de certitudes que seul l’esprit pouvait atteindre, défendre, proposer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, aujourd’hui, c’est au plan de l’esprit, au plan même des idées et des doctrines que tout est d’abord contesté, ébranlé, récusé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment tout le reste ne s’effondrerait-il pas ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crime est puni par la loi, mais non l’apologie du crime. « Un soldat qui insulte un officier ou refuse d’obéir est traduit en conseil de guerre, écrit Gustave Thibon, mais on a représenté à la Comédie Française - théâtre subventionné par l’État - une pièce où les chefs militaires sont traînés d’un bout à l’autre dans la boue. Alors qu’on châtie les pourris, on laisse en paix ou on récompense ou on décore les pourrisseurs ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut avouer qu’il y a là une inconséquence… Une inconséquence grave. Une inconséquence corruptrice… Parce qu’elle atteint l’homme dans ce qu’il a d’essentiel, de fondamental : sa nature même d’animal raisonnable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme est tel, ou n’est pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il l’est, il appartient à sa nature… aux principes mêmes de sa morale d’animal raisonnable que pour l’être vraiment il conforme ses actes à sa raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’où le mot de Pascal : « Travaillons à bien penser, c’est le fondement de la morale ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car si la façon de penser importe peu, peu importe aussi la façon d’agir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autrement dit : pas de crime d’action si l’on ne pose au moins le principe des « crimes » de pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans quoi toute coercition, toute poursuite, tout châtiment ne sont plus que contraintes d’une autorité sociale arbitraire, contre laquelle l’individu peut se révolter légitimement, et contre laquelle les anarchistes ont raison de s’élever.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme l’a écrit Joseph Folliet : « Beaucoup d’intellectuels assument sans le vouloir ni même sans le savoir des responsabilités indirectes mais réelles dans les batailles d’hommes, avec du sang et des larmes, provoquées par ce qui n’était pour eux que des batailles d’idées (...). Combien de têtes sont-elles tombées sous le couperet de la guillotine, par la faute d’Hébert, ce petit bourgeois élégant qui rédigeait &amp;quot;Le Père Duchesne&amp;quot; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rapport indissoluble donc de la pensée et de l’acte ! Voilà ce qu’il importerait de ne pas trop oublier et de rappeler au besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, combien de catholiques eux-mêmes, prétendent qu’il ne saurait y avoir de crime de pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« S’il est, au contraire, quelque chose d’évident, écrivait naguère le Père Ramière, c’est l’indissoluble liaison entre les croyances et les mœurs, entre les convictions de l’intelligence et les déterminations de la volonté. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme peut ne pas accomplir tous les devoirs qu’il connaît, mais il est impossible que sa volonté soit efficacement liée par un devoir que ne reconnaît pas son intelligence...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il n’y a pas de crime de pensée, il n’y a pas non plus de crime d’action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un crime n’est un crime, en effet, que parce qu’il viole un droit certain. S’il n’y a pas de droit certain, si l’on admet que le droit peut être légitimement nié, on ne peut plus voir dans la violation de ce droit douteux un crime certain. Et, par conséquent, on n’a plus le droit de punir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on reconnaît au Mormon le droit d’enseigner, d’écrire, de publier, que la polygamie est légitime, on commet envers lui une flagrante injustice en le punissant lorsqu’il exerce son droit supposé ou qu’on lui a du moins reconnu !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Proudhon n’a fait qu’exprimer une opinion libre et légitime en disant : « la propriété c’est le vol », celui qui, en vertu de cette doctrine, vous empêche de commettre ce vol, en vous dépouillant de votre propriété, acquiert un incontestable mérite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car il n’est rien de plus méritoire pour l’être raisonnable que de mettre sa conduite d’accord avec sa conviction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est donc le résultat inévitable de ce « respect pour toutes les opinions » dont font profession tant des nôtres. Il conduit logiquement à la justification, sinon à la liberté morale de tous les crimes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indifférence envers l’erreur, en se répandant au sein d’une société, porte à la morale publique un préjudice incomparablement plus grave que les plus énormes attentats. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux-ci créent des brèches certes. Mais des brèches relativement réparables. Car elles ne font qu’arracher quelques pierres aux solides remparts de la Cité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout au contraire, l’indifférence pour l’erreur supprime jusqu’à la possibilité d’un rempart solide. Elle détruit jusqu’aux fondements de la muraille et en prépare l’universel effondrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands crimes produisent dans le corps social un désordre local et momentané. L’indifférence pour l’erreur atteint et tarit les sources mêmes de la vie morale... Et religieuse !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands crimes, dans une société animée de l’amour de la vérité et de la justice, provoquent une énergique réaction et amènent un redoublement de vie. L’indifférence pour l’erreur rend, au contraire, toute réaction impossible. Comme une fièvre lente, elle conduit une société à la mort par un progrès d’autant plus irrésistible qu’il est moins perçu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En se fondant sur le principe faux de la liberté absolue de penser, de parler, d’écrire, la société moderne s’est mise hors d’état d’opposer une barrière aux plus pernicieuses erreurs suivies de leurs innombrables désordres moraux et sociaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est que par une immanquable mais flagrante inconséquence que les agents d’un pouvoir fondé sur de tels principes osent condamner des crimes qui trouvent pourtant dans ces mêmes principes leur entière justification.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas de crimes de fait, donc, si l’on refuse d’admettre qu’il puisse y avoir des crimes de pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes, le problème de la culpabilité, de la responsabilité subjective (de ceux qui commettent ces derniers) est difficile à résoudre. Car s’il est des esprits pervers cyniquement avertis de la malfaisance de ce qu’ils conçoivent, disent, écrivent, diffusent, etc… le nombre est immense des utopiques, des imbéciles qui n’ont qu’une conscience obscure de la qualité de ce qu’ils professent. D’où l’indulgence (relative) dont toute sottise doit être honorée a priori.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le problème de la culpabilité subjective des « crimes de pensée » est difficile à résoudre, ces derniers n’en sont pas moins, comme tels, plus graves que les « crimes de fait ». Lesquels ne peuvent être que singuliers, localisés, temporaires. Alors que « le crime de pensée » commande, si l’on peut dire, tous les &amp;quot;crimes de fait&amp;quot; qui en découlent ou qu’il justifie. Et cela d’une façon perdurable, universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considérations fondamentales. Indispensables. Pour peu qu’on tienne à aborder sérieusement le problème des culpabilités humaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car bien peu d’hommes parviennent non seulement à penser juste, mais à vivre selon la justesse de cette pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Paul, lui-même, ne se plaignait-il pas de faire le mal qu’il détestait et de ne pas faire le bien qu’il aimait ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Misère de l’homme ! Puisque, seuls, les héros et les saints parviennent à mettre leurs actes en harmonie avec les exigences d’une juste pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le plus grand nombre, au contraire, deux tendances se manifestent. La première consiste à professer, à proclamer la « vérité » et le « bien ». Même si l’on est loin d’en vivre. La seconde consiste à n’admettre pour « vérité », à n’admettre pour « bien » que ce que l’on est à peu près décidé à pratiquer ; le reste étant exclu ou récusé comme excessif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, dans la première attitude, et quelles que soient la misère ou la faiblesse de l’individu, ce dernier n’en continue pas moins à reconnaître, à professer (ce qui est façon d’honorer) une « vérité » et un « bien » dont il est l’indigne serviteur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tandis que dans la seconde tendance, pour se donner bonne conscience aux moindres frais, on n’hésite pas à réduire aux dimensions de sa paresse, ou de son impuissance, les notions de « vérité » et de « bien ». Catégorie où la moralité n’est admise qu’ajustée, ramenée au seul degré de nos appétits ou convoitises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui, pourtant, chose curieuse, est moins âprement condamné que l’inconséquence de la première tendance. Communément taxée de « pharisaïsme ». Bien que soit évidente la sagesse de la maxime : « Nul ne se repent d’adhérer à des idées meilleures que soi ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Inconséquence, dira-t-on !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’ennui est que le seul comportement conséquent est celui des héros et des saints, que l’espèce de ces derniers est très rare, et que le reste de l’humanité est surtout composé d’indignes, de pécheurs. En un mot : d’inconséquents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès lors, pour ce qui nous arrête ici, le problème n’est point tant d’épiloguer sur la réalité, trop évidente, de tant d’inconséquences. Le problème est de savoir de quel côté ces inconséquences sont plus graves et dangereuses; de quel côté elles le sont moins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui pratiquent mal une « vérité » et un « bien » qu’ils se font quand même un point d’honneur de professer, le reproche est lancé de « pharisaïsme ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N’est-ce pas trop vite dit ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes le Pharisien est un homme qui reconnaît et professe une vérité qu’au fond il ne vit pas. Mais est-ce bien en cela que réside le pharisaïsme ?   N’est-il pas plutôt dans le fait que, loin de tirer humilité de son inconséquence, loin de se sentir misérable et indigne, loin de se reconnaître pécheur, le Pharisien s’estime justifié par son apparence toute extérieure d’homme de bien, d’homme véridique ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais a-t-on jamais pensé que si seuls les impeccables, les parfaits, avaient le droit de professer la « vérité » et le « bien »… nul n’en parlerait plus. Personne n’en saurait rien ! Ou si peu !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En réalité, le péché de pharisaïsme n’est point dans la contradiction inhérente à tout péché, il tient essentiellement à l’autosatisfaction du Pharisien. Car le Publicain aussi est en état de contradiction évidente. Lui aussi professe une vérité qu’il ne vit pas. Comment lui serait-il donné sans cela de se reconnaître pécheur ? Sa différence avec le Pharisien est qu’il avoue sa contradiction, qu’il s’en accuse; qu’il ne se croit pas justifié par l’apparence d’une profession toute extérieure à la vérité. Le Publicain, lui, ne cherche pas à « paraître », pour cette seule raison qu’il pense vrai et parle juste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que le Pharisien tient à sa réputation, à la considération du monde, le Publicain ne craint pas de se dire pécheur, de s’avouer « pauvre type », au regard de cette loi qu’il connaît et respecte autant, si ce n’est plus, que le Pharisien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les deux figures de la première tendance : celle qui consiste à professer; à reconnaître la « vérité » et le « bien ». Même si l’on est loin d’en vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde tendance est celle qui consiste à n’admettre pour « vrai », à n’admettre pour « bien » que ce qu’on est décidé à en garder, à en pratiquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chose curieuse, ou plutôt significative, cette attitude est moins complaisamment critiquée que la précédente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serait-ce parce qu’une certaine cohérence paraît s’y établir entre ce qu’on pense, ce qu’on dit, et ce qu’on fait ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à quel prix !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au prix du sabordage de la vérité. Autrement dit : au lieu de tendre à s’élever soi-même à la hauteur de la plénitude morale, au lieu de reconnaître la magnificence de celle-ci, on ramène tout aux dimensions de sa faiblesse ou de ses objections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comportement qui est le pire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce qu’il implique à la fois un péché contre l’esprit et un péché de pharisaïsme. A peine camouflés !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’abord : péché contre l’esprit. N’en est-ce pas un en effet, que de « tripatouiller »  la loi pour l’adapter à son gré ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Péché de pharisaïsme ensuite. Car, au fond, ce que cette tendance cherche à écarter c’est l’humiliation intime et publique de cette incohérence qu’est essentiellement le péché. Et cela parce que dans cette tendance, autant et plus sans doute que dans l’autre, on recherche ce qui est le propre du pharisaïsme : la satisfaction de soi. C’est parce qu’on n’est pas assez généreux pour régler sa vie selon les vrais principes qu’on croit sauver prestige et honneur en adultérant les principes à son gré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Anarchisme de pensée qui ne veut, qui ne cherche que la considération du monde !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi veut-on l’avortement, mais avec la bénédiction de la loi, et son remboursement par la Sécurité Sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pauvres gens qui pensent que la morale et l’impeccabilité se mesurent aux dimensions des conventions mondaines, ou que le « légal » est forcément « moral ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pauvres gens qui ne croient en rien, sinon à ce à quoi il est plus fou de croire : « l’honneur mondain », la peur du « qu’en dira-t-on ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Basta !&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Le_crime_de_pens%C3%A9e&amp;diff=1690</id>
		<title>Le crime de pensée</title>
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				<updated>2011-04-05T13:15:14Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Jean Ousset  &lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         =&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
==Crimes de pensée, crimes de fait.==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une réflexion, déjà ancienne, que « Permanences » a publiée naguère, Jean Cau écrivait :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si peu à peu se débilitent et s’effritent les cadres d’une société grâce auxquels s’instaurait et se vivait une pratique morale moyenne, il est évident que de défaillance en défaillance, de crise en crise, de doute en doute, ne reste plus que la police pour, de manière formelle (et non plus morale) sauver et maintenir l’ordre.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A terme - et voilà qui est d’une immense gravité - morale, ordre et police se confondent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fait d’époque, sans doute !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fait de civilisation, certainement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naguère encore la société était « policée ». Elle possédait ses « policiers » spontanés, si j’ose dire, ayant recours au sens étymologique. C’était par exemple le père, le chef aux mérites acquis et reconnus, le prêtre enfin...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L’ordre n’était pas tellement imposé que consenti et vécu et tirait sa légitimité dernière d’une transcendance.... L’ordre tirait sa légitimité dernière d’une transcendance » !!!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Observation capitale !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autant dire que la légitimité de l’ordre reposait sur un certain nombre de certitudes que seul l’esprit pouvait atteindre, défendre, proposer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, aujourd’hui, c’est au plan de l’esprit, au plan même des idées et des doctrines que tout est d’abord contesté, ébranlé, récusé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment tout le reste ne s’effondrerait-il pas ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crime est puni par la loi, mais non l’apologie du crime. « Un soldat qui insulte un officier ou refuse d’obéir est traduit en conseil de guerre, écrit Gustave Thibon, mais on a représenté à la Comédie Française - théâtre subventionné par l’Etat - une pièce où les chefs militaires sont traînés d’un bout à l’autre dans la boue. Alors qu’on châtie les pourris, on laisse en paix ou on récompense ou on décore les pourrisseurs ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut avouer qu’il y a là une inconséquence… Une inconséquence grave. Une inconséquence corruptrice… Parce qu’elle atteint l’homme dans ce qu’il a d’essentiel, de fondamental : sa nature même d’animal raisonnable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme est tel, ou n’est pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il l’est, il appartient à sa nature… aux principes mêmes de sa morale d’animal raisonnable que pour l’être vraiment il conforme ses actes à sa raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’où le mot de Pascal : « Travaillons à bien penser, c’est le fondement de la morale ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car si la façon de penser importe peu, peu importe aussi la façon d’agir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autrement dit : pas de crime d’action si l’on ne pose au moins le principe des « crimes » de pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans quoi toute coercition, toute poursuite, tout châtiment ne sont plus que contraintes d’une autorité sociale arbitraire, contre laquelle l’individu peut se révolter légitimement, et contre laquelle les anarchistes ont raison de s’élever.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme l’a écrit Joseph Folliet : « Beaucoup d’intellectuels assument sans le vouloir ni même sans le savoir des responsabilités indirectes mais réelles dans les batailles d’hommes, avec du sang et des larmes, provoquées par ce qui n’était pour eux que des batailles d’idées (...). Combien de têtes sont-elles tombées sous le couperet de la guillotine, par la faute d’Hébert, ce petit bourgeois élégant qui rédigeait &amp;quot;Le Père Duchesne&amp;quot; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rapport indissoluble donc de la pensée et de l’acte ! Voilà ce qu’il importerait de ne pas trop oublier et de rappeler au besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, combien de catholiques eux-mêmes, prétendent qu’il ne saurait y avoir de crime de pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« S’il est, au contraire, quelque chose d’évident, écrivait naguère le Père Ramière, c’est l’indissoluble liaison entre les croyances et les mœurs, entre les convictions de l’intelligence et les déterminations de la volonté. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme peut ne pas accomplir tous les devoirs qu’il connaît, mais il est impossible que sa volonté soit efficacement liée par un devoir que ne reconnaît pas son intelligence...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il n’y a pas de crime de pensée, il n’y a pas non plus de crime d’action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un crime n’est un crime, en effet, que parce qu’il viole un droit certain. S’il n’y a pas de droit certain, si l’on admet que le droit peut être légitimement nié, on ne peut plus voir dans la violation de ce droit douteux un crime certain. Et, par conséquent, on n’a plus le droit de punir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on reconnaît au Mormon le droit d’enseigner, d’écrire, de publier, que la polygamie est légitime, on commet envers lui une flagrante injustice en le punissant lorsqu’il exerce son droit supposé ou qu’on lui a du moins reconnu !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Proudhon n’a fait qu’exprimer une opinion libre et légitime en disant : « la propriété c’est le vol », celui qui, en vertu de cette doctrine, vous empêche de commettre ce vol, en vous dépouillant de votre propriété, acquiert un incontestable mérite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car il n’est rien de plus méritoire pour l’être raisonnable que de mettre sa conduite d’accord avec sa conviction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est donc le résultat inévitable de ce « respect pour toutes les opinions » dont font profession tant des nôtres. Il conduit logiquement à la justification, sinon à la liberté morale de tous les crimes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indifférence envers l’erreur, en se répandant au sein d’une société, porte à la morale publique un préjudice incomparablement plus grave que les plus énormes attentats. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux-ci créent des brèches certes. Mais des brèches relativement réparables. Car elles ne font qu’arracher quelques pierres aux solides remparts de la Cité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout au contraire, l’indifférence pour l’erreur supprime jusqu’à la possibilité d’un rempart solide. Elle détruit jusqu’aux fondements de la muraille et en prépare l’universel effondrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands crimes produisent dans le corps social un désordre local et momentané. L’indifférence pour l’erreur atteint et tarit les sources mêmes de la vie morale... Et religieuse !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands crimes, dans une société animée de l’amour de la vérité et de la justice, provoquent une énergique réaction et amènent un redoublement de vie. L’indifférence pour l’erreur rend, au contraire, toute réaction impossible. Comme une fièvre lente, elle conduit une société à la mort par un progrès d’autant plus irrésistible qu’il est moins perçu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En se fondant sur le principe faux de la liberté absolue de penser, de parler, d’écrire, la société moderne s’est mise hors d’état d’opposer une barrière aux plus pernicieuses erreurs suivies de leurs innombrables désordres moraux et sociaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est que par une immanquable mais flagrante inconséquence que les agents d’un pouvoir fondé sur de tels principes osent condamner des crimes qui trouvent pourtant dans ces mêmes principes leur entière justification.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas de crimes de fait, donc, si l’on refuse d’admettre qu’il puisse y avoir des crimes de pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes, le problème de la culpabilité, de la responsabilité subjective (de ceux qui commettent ces derniers) est difficile à résoudre. Car s’il est des esprits pervers cyniquement avertis de la malfaisance de ce qu’ils conçoivent, disent, écrivent, diffusent, etc… le nombre est immense des utopiques, des imbéciles qui n’ont qu’une conscience obscure de la qualité de ce qu’ils professent. D’où l’indulgence (relative) dont toute sottise doit être honorée a priori.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le problème de la culpabilité subjective des « crimes de pensée » est difficile à résoudre, ces derniers n’en sont pas moins, comme tels, plus graves que les « crimes de fait ». Lesquels ne peuvent être que singuliers, localisés, temporaires. Alors que « le crime de pensée » commande, si l’on peut dire, tous les &amp;quot;crimes de fait&amp;quot; qui en découlent ou qu’il justifie. Et cela d’une façon perdurable, universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considérations fondamentales. Indispensables. Pour peu qu’on tienne à aborder sérieusement le problème des culpabilités humaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car bien peu d’hommes parviennent non seulement à penser juste, mais à vivre selon la justesse de cette pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Paul, lui-même, ne se plaignait-il pas de faire le mal qu’il détestait et de ne pas faire le bien qu’il aimait ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Misère de l’homme ! Puisque, seuls, les héros et les saints parviennent à mettre leurs actes en harmonie avec les exigences d’une juste pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le plus grand nombre, au contraire, deux tendances se manifestent. La première consiste à professer, à proclamer la « vérité » et le « bien ». Même si l’on est loin d’en vivre. La seconde consiste à n’admettre pour « vérité », à n’admettre pour « bien » que ce que l’on est à peu près décidé à pratiquer ; le reste étant exclu ou récusé comme excessif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, dans la première attitude, et quelles que soient la misère ou la faiblesse de l’individu, ce dernier n’en continue pas moins à reconnaître, à professer (ce qui est façon d’honorer) une « vérité » et un « bien » dont il est l’indigne serviteur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tandis que dans la seconde tendance, pour se donner bonne conscience aux moindres frais, on n’hésite pas à réduire aux dimensions de sa paresse, ou de son impuissance, les notions de « vérité » et de « bien ». Catégorie où la moralité n’est admise qu’ajustée, ramenée au seul degré de nos appétits ou convoitises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui, pourtant, chose curieuse, est moins âprement condamné que l’inconséquence de la première tendance. Communément taxée de « pharisaïsme ». Bien que soit évidente la sagesse de la maxime : « Nul ne se repent d’adhérer à des idées meilleures que soi ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Inconséquence, dira-t-on !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’ennui est que le seul comportement conséquent est celui des héros et des saints, que l’espèce de ces derniers est très rare, et que le reste de l’humanité est surtout composé d’indignes, de pécheurs. En un mot : d’inconséquents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès lors, pour ce qui nous arrête ici, le problème n’est point tant d’épiloguer sur la réalité, trop évidente, de tant d’inconséquences. Le problème est de savoir de quel côté ces inconséquences sont plus graves et dangereuses; de quel côté elles le sont moins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui pratiquent mal une « vérité » et un « bien » qu’ils se font quand même un point d’honneur de professer, le reproche est lancé de « pharisaïsme ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N’est-ce pas trop vite dit ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes le Pharisien est un homme qui reconnaît et professe une vérité qu’au fond il ne vit pas. Mais est-ce bien en cela que réside le pharisaïsme ?   N’est-il pas plutôt dans le fait que, loin de tirer humilité de son inconséquence, loin de se sentir misérable et indigne, loin de se reconnaître pécheur, le Pharisien s’estime justifié par son apparence toute extérieure d’homme de bien, d’homme véridique ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais a-t-on jamais pensé que si seuls les impeccables, les parfaits, avaient le droit de professer la « vérité » et le « bien »… nul n’en parlerait plus. Personne n’en saurait rien ! Ou si peu !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En réalité, le péché de pharisaïsme n’est point dans la contradiction inhérente à tout péché, il tient essentiellement à l’autosatisfaction du Pharisien. Car le Publicain aussi est en état de contradiction évidente. Lui aussi professe une vérité qu’il ne vit pas. Comment lui serait-il donné sans cela de se reconnaître pécheur ? Sa différence avec le Pharisien est qu’il avoue sa contradiction, qu’il s’en accuse; qu’il ne se croit pas justifié par l’apparence d’une profession toute extérieure à la vérité. Le Publicain, lui, ne cherche pas à « paraître », pour cette seule raison qu’il pense vrai et parle juste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que le Pharisien tient à sa réputation, à la considération du monde, le Publicain ne craint pas de se dire pécheur, de s’avouer « pauvre type », au regard de cette loi qu’il connaît et respecte autant, si ce n’est plus, que le Pharisien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les deux figures de la première tendance : celle qui consiste à professer; à reconnaître la « vérité » et le « bien ». Même si l’on est loin d’en vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde tendance est celle qui consiste à n’admettre pour « vrai », à n’admettre pour « bien » que ce qu’on est décidé à en garder, à en pratiquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chose curieuse, ou plutôt significative, cette attitude est moins complaisamment critiquée que la précédente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serait-ce parce qu’une certaine cohérence paraît s’y établir entre ce qu’on pense, ce qu’on dit, et ce qu’on fait ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à quel prix !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au prix du sabordage de la vérité. Autrement dit : au lieu de tendre à s’élever soi-même à la hauteur de la plénitude morale, au lieu de reconnaître la magnificence de celle-ci, on ramène tout aux dimensions de sa faiblesse ou de ses objections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comportement qui est le pire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce qu’il implique à la fois un péché contre l’esprit et un péché de pharisaïsme. A peine camouflés !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’abord : péché contre l’esprit. N’en est-ce pas un en effet, que de « tripatouiller »  la loi pour l’adapter à son gré ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Péché de pharisaïsme ensuite. Car, au fond, ce que cette tendance cherche à écarter c’est l’humiliation intime et publique de cette incohérence qu’est essentiellement le péché. Et cela parce que dans cette tendance, autant et plus sans doute que dans l’autre, on recherche ce qui est le propre du pharisaïsme : la satisfaction de soi. C’est parce qu’on n’est pas assez généreux pour régler sa vie selon les vrais principes qu’on croit sauver prestige et honneur en adultérant les principes à son gré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Anarchisme de pensée qui ne veut, qui ne cherche que la considération du monde !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi veut-on l’avortement, mais avec la bénédiction de la loi, et son remboursement par la Sécurité Sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pauvres gens qui pensent que la morale et l’impeccabilité se mesurent aux dimensions des conventions mondaines, ou que le « légal » est forcément « moral ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pauvres gens qui ne croient en rien, sinon à ce à quoi il est plus fou de croire : « l’honneur mondain », la peur du « qu’en dira-t-on ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Basta !&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Le_crime_de_pens%C3%A9e&amp;diff=1689</id>
		<title>Le crime de pensée</title>
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				<updated>2011-04-05T13:14:58Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème                         = Doctrine sociale de l'Église  | auteur                        = Jean Ousset    | source                        =   | sour... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Jean Ousset  &lt;br /&gt;
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 | remarque particulière         =&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
==Crimes de pensée, crimes de fait.==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
  Dans une réflexion, déjà ancienne, que « Permanences » a publiée naguère, Jean Cau écrivait :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si peu à peu se débilitent et s’effritent les cadres d’une société grâce auxquels s’instaurait et se vivait une pratique morale moyenne, il est évident que de défaillance en défaillance, de crise en crise, de doute en doute, ne reste plus que la police pour, de manière formelle (et non plus morale) sauver et maintenir l’ordre.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A terme - et voilà qui est d’une immense gravité - morale, ordre et police se confondent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fait d’époque, sans doute !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fait de civilisation, certainement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naguère encore la société était « policée ». Elle possédait ses « policiers » spontanés, si j’ose dire, ayant recours au sens étymologique. C’était par exemple le père, le chef aux mérites acquis et reconnus, le prêtre enfin...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L’ordre n’était pas tellement imposé que consenti et vécu et tirait sa légitimité dernière d’une transcendance.... L’ordre tirait sa légitimité dernière d’une transcendance » !!!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Observation capitale !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autant dire que la légitimité de l’ordre reposait sur un certain nombre de certitudes que seul l’esprit pouvait atteindre, défendre, proposer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, aujourd’hui, c’est au plan de l’esprit, au plan même des idées et des doctrines que tout est d’abord contesté, ébranlé, récusé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment tout le reste ne s’effondrerait-il pas ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crime est puni par la loi, mais non l’apologie du crime. « Un soldat qui insulte un officier ou refuse d’obéir est traduit en conseil de guerre, écrit Gustave Thibon, mais on a représenté à la Comédie Française - théâtre subventionné par l’Etat - une pièce où les chefs militaires sont traînés d’un bout à l’autre dans la boue. Alors qu’on châtie les pourris, on laisse en paix ou on récompense ou on décore les pourrisseurs ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut avouer qu’il y a là une inconséquence… Une inconséquence grave. Une inconséquence corruptrice… Parce qu’elle atteint l’homme dans ce qu’il a d’essentiel, de fondamental : sa nature même d’animal raisonnable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme est tel, ou n’est pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il l’est, il appartient à sa nature… aux principes mêmes de sa morale d’animal raisonnable que pour l’être vraiment il conforme ses actes à sa raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’où le mot de Pascal : « Travaillons à bien penser, c’est le fondement de la morale ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car si la façon de penser importe peu, peu importe aussi la façon d’agir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autrement dit : pas de crime d’action si l’on ne pose au moins le principe des « crimes » de pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans quoi toute coercition, toute poursuite, tout châtiment ne sont plus que contraintes d’une autorité sociale arbitraire, contre laquelle l’individu peut se révolter légitimement, et contre laquelle les anarchistes ont raison de s’élever.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme l’a écrit Joseph Folliet : « Beaucoup d’intellectuels assument sans le vouloir ni même sans le savoir des responsabilités indirectes mais réelles dans les batailles d’hommes, avec du sang et des larmes, provoquées par ce qui n’était pour eux que des batailles d’idées (...). Combien de têtes sont-elles tombées sous le couperet de la guillotine, par la faute d’Hébert, ce petit bourgeois élégant qui rédigeait &amp;quot;Le Père Duchesne&amp;quot; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rapport indissoluble donc de la pensée et de l’acte ! Voilà ce qu’il importerait de ne pas trop oublier et de rappeler au besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, combien de catholiques eux-mêmes, prétendent qu’il ne saurait y avoir de crime de pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« S’il est, au contraire, quelque chose d’évident, écrivait naguère le Père Ramière, c’est l’indissoluble liaison entre les croyances et les mœurs, entre les convictions de l’intelligence et les déterminations de la volonté. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme peut ne pas accomplir tous les devoirs qu’il connaît, mais il est impossible que sa volonté soit efficacement liée par un devoir que ne reconnaît pas son intelligence...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il n’y a pas de crime de pensée, il n’y a pas non plus de crime d’action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un crime n’est un crime, en effet, que parce qu’il viole un droit certain. S’il n’y a pas de droit certain, si l’on admet que le droit peut être légitimement nié, on ne peut plus voir dans la violation de ce droit douteux un crime certain. Et, par conséquent, on n’a plus le droit de punir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on reconnaît au Mormon le droit d’enseigner, d’écrire, de publier, que la polygamie est légitime, on commet envers lui une flagrante injustice en le punissant lorsqu’il exerce son droit supposé ou qu’on lui a du moins reconnu !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Proudhon n’a fait qu’exprimer une opinion libre et légitime en disant : « la propriété c’est le vol », celui qui, en vertu de cette doctrine, vous empêche de commettre ce vol, en vous dépouillant de votre propriété, acquiert un incontestable mérite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car il n’est rien de plus méritoire pour l’être raisonnable que de mettre sa conduite d’accord avec sa conviction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est donc le résultat inévitable de ce « respect pour toutes les opinions » dont font profession tant des nôtres. Il conduit logiquement à la justification, sinon à la liberté morale de tous les crimes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indifférence envers l’erreur, en se répandant au sein d’une société, porte à la morale publique un préjudice incomparablement plus grave que les plus énormes attentats. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux-ci créent des brèches certes. Mais des brèches relativement réparables. Car elles ne font qu’arracher quelques pierres aux solides remparts de la Cité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout au contraire, l’indifférence pour l’erreur supprime jusqu’à la possibilité d’un rempart solide. Elle détruit jusqu’aux fondements de la muraille et en prépare l’universel effondrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands crimes produisent dans le corps social un désordre local et momentané. L’indifférence pour l’erreur atteint et tarit les sources mêmes de la vie morale... Et religieuse !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands crimes, dans une société animée de l’amour de la vérité et de la justice, provoquent une énergique réaction et amènent un redoublement de vie. L’indifférence pour l’erreur rend, au contraire, toute réaction impossible. Comme une fièvre lente, elle conduit une société à la mort par un progrès d’autant plus irrésistible qu’il est moins perçu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En se fondant sur le principe faux de la liberté absolue de penser, de parler, d’écrire, la société moderne s’est mise hors d’état d’opposer une barrière aux plus pernicieuses erreurs suivies de leurs innombrables désordres moraux et sociaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est que par une immanquable mais flagrante inconséquence que les agents d’un pouvoir fondé sur de tels principes osent condamner des crimes qui trouvent pourtant dans ces mêmes principes leur entière justification.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas de crimes de fait, donc, si l’on refuse d’admettre qu’il puisse y avoir des crimes de pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes, le problème de la culpabilité, de la responsabilité subjective (de ceux qui commettent ces derniers) est difficile à résoudre. Car s’il est des esprits pervers cyniquement avertis de la malfaisance de ce qu’ils conçoivent, disent, écrivent, diffusent, etc… le nombre est immense des utopiques, des imbéciles qui n’ont qu’une conscience obscure de la qualité de ce qu’ils professent. D’où l’indulgence (relative) dont toute sottise doit être honorée a priori.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le problème de la culpabilité subjective des « crimes de pensée » est difficile à résoudre, ces derniers n’en sont pas moins, comme tels, plus graves que les « crimes de fait ». Lesquels ne peuvent être que singuliers, localisés, temporaires. Alors que « le crime de pensée » commande, si l’on peut dire, tous les &amp;quot;crimes de fait&amp;quot; qui en découlent ou qu’il justifie. Et cela d’une façon perdurable, universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considérations fondamentales. Indispensables. Pour peu qu’on tienne à aborder sérieusement le problème des culpabilités humaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car bien peu d’hommes parviennent non seulement à penser juste, mais à vivre selon la justesse de cette pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Paul, lui-même, ne se plaignait-il pas de faire le mal qu’il détestait et de ne pas faire le bien qu’il aimait ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Misère de l’homme ! Puisque, seuls, les héros et les saints parviennent à mettre leurs actes en harmonie avec les exigences d’une juste pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le plus grand nombre, au contraire, deux tendances se manifestent. La première consiste à professer, à proclamer la « vérité » et le « bien ». Même si l’on est loin d’en vivre. La seconde consiste à n’admettre pour « vérité », à n’admettre pour « bien » que ce que l’on est à peu près décidé à pratiquer ; le reste étant exclu ou récusé comme excessif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, dans la première attitude, et quelles que soient la misère ou la faiblesse de l’individu, ce dernier n’en continue pas moins à reconnaître, à professer (ce qui est façon d’honorer) une « vérité » et un « bien » dont il est l’indigne serviteur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tandis que dans la seconde tendance, pour se donner bonne conscience aux moindres frais, on n’hésite pas à réduire aux dimensions de sa paresse, ou de son impuissance, les notions de « vérité » et de « bien ». Catégorie où la moralité n’est admise qu’ajustée, ramenée au seul degré de nos appétits ou convoitises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui, pourtant, chose curieuse, est moins âprement condamné que l’inconséquence de la première tendance. Communément taxée de « pharisaïsme ». Bien que soit évidente la sagesse de la maxime : « Nul ne se repent d’adhérer à des idées meilleures que soi ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Inconséquence, dira-t-on !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’ennui est que le seul comportement conséquent est celui des héros et des saints, que l’espèce de ces derniers est très rare, et que le reste de l’humanité est surtout composé d’indignes, de pécheurs. En un mot : d’inconséquents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès lors, pour ce qui nous arrête ici, le problème n’est point tant d’épiloguer sur la réalité, trop évidente, de tant d’inconséquences. Le problème est de savoir de quel côté ces inconséquences sont plus graves et dangereuses; de quel côté elles le sont moins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui pratiquent mal une « vérité » et un « bien » qu’ils se font quand même un point d’honneur de professer, le reproche est lancé de « pharisaïsme ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N’est-ce pas trop vite dit ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes le Pharisien est un homme qui reconnaît et professe une vérité qu’au fond il ne vit pas. Mais est-ce bien en cela que réside le pharisaïsme ?   N’est-il pas plutôt dans le fait que, loin de tirer humilité de son inconséquence, loin de se sentir misérable et indigne, loin de se reconnaître pécheur, le Pharisien s’estime justifié par son apparence toute extérieure d’homme de bien, d’homme véridique ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais a-t-on jamais pensé que si seuls les impeccables, les parfaits, avaient le droit de professer la « vérité » et le « bien »… nul n’en parlerait plus. Personne n’en saurait rien ! Ou si peu !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En réalité, le péché de pharisaïsme n’est point dans la contradiction inhérente à tout péché, il tient essentiellement à l’autosatisfaction du Pharisien. Car le Publicain aussi est en état de contradiction évidente. Lui aussi professe une vérité qu’il ne vit pas. Comment lui serait-il donné sans cela de se reconnaître pécheur ? Sa différence avec le Pharisien est qu’il avoue sa contradiction, qu’il s’en accuse; qu’il ne se croit pas justifié par l’apparence d’une profession toute extérieure à la vérité. Le Publicain, lui, ne cherche pas à « paraître », pour cette seule raison qu’il pense vrai et parle juste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que le Pharisien tient à sa réputation, à la considération du monde, le Publicain ne craint pas de se dire pécheur, de s’avouer « pauvre type », au regard de cette loi qu’il connaît et respecte autant, si ce n’est plus, que le Pharisien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les deux figures de la première tendance : celle qui consiste à professer; à reconnaître la « vérité » et le « bien ». Même si l’on est loin d’en vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde tendance est celle qui consiste à n’admettre pour « vrai », à n’admettre pour « bien » que ce qu’on est décidé à en garder, à en pratiquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chose curieuse, ou plutôt significative, cette attitude est moins complaisamment critiquée que la précédente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serait-ce parce qu’une certaine cohérence paraît s’y établir entre ce qu’on pense, ce qu’on dit, et ce qu’on fait ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à quel prix !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au prix du sabordage de la vérité. Autrement dit : au lieu de tendre à s’élever soi-même à la hauteur de la plénitude morale, au lieu de reconnaître la magnificence de celle-ci, on ramène tout aux dimensions de sa faiblesse ou de ses objections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comportement qui est le pire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce qu’il implique à la fois un péché contre l’esprit et un péché de pharisaïsme. A peine camouflés !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’abord : péché contre l’esprit. N’en est-ce pas un en effet, que de « tripatouiller »  la loi pour l’adapter à son gré ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Péché de pharisaïsme ensuite. Car, au fond, ce que cette tendance cherche à écarter c’est l’humiliation intime et publique de cette incohérence qu’est essentiellement le péché. Et cela parce que dans cette tendance, autant et plus sans doute que dans l’autre, on recherche ce qui est le propre du pharisaïsme : la satisfaction de soi. C’est parce qu’on n’est pas assez généreux pour régler sa vie selon les vrais principes qu’on croit sauver prestige et honneur en adultérant les principes à son gré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Anarchisme de pensée qui ne veut, qui ne cherche que la considération du monde !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi veut-on l’avortement, mais avec la bénédiction de la loi, et son remboursement par la Sécurité Sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pauvres gens qui pensent que la morale et l’impeccabilité se mesurent aux dimensions des conventions mondaines, ou que le « légal » est forcément « moral ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pauvres gens qui ne croient en rien, sinon à ce à quoi il est plus fou de croire : « l’honneur mondain », la peur du « qu’en dira-t-on ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Basta !&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
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		<title>L'Eutrapélie, la vertu de la récréation</title>
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				<updated>2011-04-05T13:10:11Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème = Les vertus  | auteur = abbé V.A. BERTO  | source = Itinéraires n°255  | source web =  | date de publication originale = Juillet-Août 1981 | r... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = abbé V.A. BERTO &lt;br /&gt;
| source = Itinéraires n°255 &lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = Juillet-Août 1981&lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦ Facile &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|- &lt;br /&gt;
| &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Catéchisme familier sur les lectures et, en général, sur la manière chrétienne de se divertir.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a eu un grand homme qui s'appelait Thomassin, François Thomassin, citoyen d'Aix‑en‑Provence et sujet de Louis XIV.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme tous les plus grands hommes, il était chrétien, et même il était prêtre ; et même il était Oratorien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a écrit des livres prodigieusement gros, prodigieusement lourds, et surtout prodigieusement savants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en a écrit aussi de tout petits qui commencent tous par les mots « Sur la manière chrétienne de... ». Il y a : « Sur la manière chrétienne d'envisager l'histoire » ; « Sur la manière chrétienne d'enseigner les belles Lettres » ; « Sur la manière chrétienne d'en­seigner la philosophie ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Thomassin n'a pas écrit de gros livres ni de petits « sur la manière chrétienne de se divertir ». Quel dommage ! Il aurait dit là‑dessus des choses délicieuses, car il était lui‑même un homme délicieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu'il n'a pas fait, nous essaierons de le faire, moins bien certainement que lui, mais enfin de notre mieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous commencerons par les lectures qui font une bonne part de notre divertissement. Lire n'est qu'une des innombrables mani­festations et des innombrables satisfactions du besoin de connaître qui est naturel à l'homme. Ce besoin ne reste pas à l'état brut. L'usage même que chacun en fait lui imprime un pli, le détermine, le rend harmonieux ou difforme, suivant qu'il demeure ou non sous la règle de la droite raison, interprète de l'Intelligence sou­veraine de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réglé, il est vertueux ; saint Thomas l'appelle ''studiosité.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
Déréglé, il est vicieux ; saint Thomas l'appelle ''curiosité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a donc de la vertu ou du vice dans l'action de lire. Lire n'est pas un acte indifférent, sans valeur morale ni bonne ni mau­vaise ; du reste aucun de nos actes n'est indifférent de cette façon-là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a beaucoup de façons de bien faire, mais c'est que toutes sont bonnes et donnent lieu à des actes bons. Ils sont plus ou moins bons (et plus ou moins méritoires pour le paradis) suivant que la façon qu'on choisit est plus ou moins bonne ; mais si la façon d'agir, même moins bonne qu'une autre, reste vraiment bonne, l'acte est vraiment bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a aussi beaucoup de façons de mal faire, mais si elles sont toutes vraiment mauvaises, on aura beau choisir la moins mauvaise, l'acte sera mauvais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un moment où il peut légitimement se reposer, Pierre a le choix entre trois bons livres, que nous supposerons également intéressants, l'un qui le distraira seulement, par exemple un roman d'aventures ; un autre qui l'instruira en même temps, par exemple un récit d'exploration au pôle sud ; le troisième qui élèvera son cœur et ses pensées, par exemple la belle vie d'un beau saint peint sur le vif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certainement Pierre fera mieux de prendre le troisième, mais il fait encore bien de prendre le deuxième ; bien encore de prendre le premier. Et même s'il est bien las, ce pauvre Pierre, bien concassé de besogne, bien tricoté de soucis, c'est peut-être, des trois bons livres, le moins bon en théorie, qu'il fera mieux de choisir en pratique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors, et la studiosité ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entendons-nous, mon cher lecteur, entendons-nous. On ne peut jamais aller contre aucune vertu. On n'est pas toujours obligé d'agir par telle vertu particulière : elles ne peuvent s'exercer toutes ensemble. Chacune son tour. Du reste, elles sont sœurs et sans jalousie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Pierre, pour se mieux aérer la cervelle, choisit le livre qui n'est qu'amusant, il n'agit pas par studiosité, et sa lecture est tout de même vertueuse. Sœur studiosité s'efface gracieusement devant Sœur Eutrapélie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eutrapélie ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ Eutrapélie. Je dis, ou plutôt je répète : Eutrapélie. Oh ! ce n'est pas une de ces Dames souveraines, les vertus théologales, ni même une de ces graves dames d'honneur, les vertus cardinales ; c'est une bonne petite vertu toute simple, toute serviable, une soubrette de vertu. Elle ne fait pas beaucoup parler d'elle, les chaires ne retentissent pas de son nom, ignoré même de la plupart de ceux qui l'emploient. Mais se priver de ses soins discrets et anonymes, c'est ce qui ne se peut aucunement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n'est pas de fer ! Dans notre corps, tout n'est pas fait de ces tissus distingués, de ces tissus éminents et hautement quali­fiés que sont les nerfs, les muscles ou ce beau tissu liquide qu'est le sang. Il faut une espèce de « colle » pour que tout cela ne se défasse pas. La « colle », c'est ce roturier, ce plébéien, ce prolétaire tissu que les savants appellent « conjonctif », ma foi parce qu'il sert à conjoindre les autres. Il ne sert qu'à cela, mais les autres se disjoindraient sans lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eutrapélie (ce n'est pas de sa faute si elle a un nom grognon, c'est comme une petite fille aux joues de pomme qui s'appellerait Le Pâle de son nom de famille; du reste son parrain Aristote parlait grec et Eutrapélie c'est très beau en grec), Eutrapélie donc, c'est la vertu « conjonctive ». Entre deux exercices de grandes vertus, de vertus nobles, elle « fait le joint », elle avertit en souriant qu'on peut souffler, elle donne le sens et la mesure de la récréation légitime ; elle est, pour changer de comparaison, elle est le brave sergent fourrier, pas trop militaire malgré l'uniforme, qui signe la permission de détente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà l'éloge d'Eutrapélie au vilain nom, aux bons offices. Elle fait que le repos même est pris selon Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quelle chose étrange qu'il y ait une vertu pour le repos !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Et quelle chose absurde qu'il n'y en eût point ! Est-ce qu'un instant de la vie humaine peut être soustrait au domaine universel de Dieu ? Est-ce que son regard omniscient peut ne plus nous voir quand nous nous amusons ? Est-ce que sa présence peut cesser ? C'est nous qui cesserions d'être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Pierre trouve les païens par trop sots de ne pas croire à celui en qui ils subsistent, comme des gens qui ne croiraient pas à la terre sur laquelle ils posent les pieds. On a beau faire, on ne s'absente pas de Dieu; on ne peut pas l'empêcher d'être là. Nous lui devons l'hommage de notre repos, tout autant et pour les mêmes raisons que celui de notre labeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nul moyen de se passer d’Eutrapélie. Ce n’est pas que cette simple fille veuille faire son importante, mais il faut qu'elle joue son bout de rôle, puisque nous ne pouvons ''pas plus'' nous ''divertir'' que ''travailler hors de Dieu''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si seulement, cher lecteur, vous reteniez ces derniers mots !&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_Charit%C3%A9_de_la_Foi&amp;diff=1687</id>
		<title>La Charité de la Foi</title>
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				<updated>2011-04-05T12:54:27Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème = Les vertus  | auteur = Apostolus. | source = In ''la Vie Spirituelle'' n°113 | source web =  | date de publication originale = Février 1929 | r... »&lt;/p&gt;
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| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = Apostolus.&lt;br /&gt;
| source = In ''la Vie Spirituelle'' n°113&lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = Février 1929&lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦♦ Moyen &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
 |-&lt;br /&gt;
 | &amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
 |} &lt;br /&gt;
On ne saurait trop insister, croyons-nous, sur la nécessité de fortes études religieuses pour tous ceux qui, laïques ou prêtres, veulent augmenter la foi en ce monde, fortes, c'est-à-dire intelligentes, adap­tées, continues, personnelles. A notre siècle, répéter ne suffit pas. C'est un devoir de penser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il va de soi que les qualités qui font un penseur ne sont pas nécessaires à l'apôtre. Une expérience infinie nous prouve qu'un prêtre simplement et profondément bon fait plus de bien dans une paroisse qu'un érudit au cœur sec. Plusieurs intellectuels pourront affirmer qu'un vieux prêtre de campagne, ignorant la scolasti­que ou l'exégèse, a plus appris à leur âme qu'un pro­fesseur de théologie. Sans l'extrême besoin où se trou­vait son diocèse, le cardinal Fesch n'aurait peut-être jamais admis aux ordres sacrés celui qui devait donner au XXe siècle le modèle le plus accompli de Prêtre. Si j'ai la science au point de connaître les arcanes du dogme et de pouvoir en détailler les preuves, et si je n'ai pas la charité, je ne suis qu'un airain ou qu'une cymbale. A quoi il faut encore ajouter que, de nos jours, le clergé des faubourgs et des grandes villes, comme le clergé rural des diocèses dépeuplés est accablé par des besognes nécessaires et lassantes, et qu'il n'a pas ce minimum de loisir indispensable à l'étude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela va sans dire, mais, comme le disait le vieux Talleyrand, « si cela va sans dire, cela va encore mieux en le disant ». L'oublier, même en apparence, serait une injustice grave.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dès qu'on a compris que le devoir de charité précède et enveloppe tous les autres, on est aussitôt amené à penser que la charité ne peut être partielle elle doit se rendre capable de satisfaire tous les besoins, elle doit s'étendre à toutes les blessures. Il y a les besoins du corps et il y a les blessures du corps. Il y a les besoins de l'âme et il y a les blessures de l'âme. Et les besoins et les blessures du cœur. Mais il y a aussi les blessures et les besoins de l'esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, selon les temps et les lieux, les circons­tances et les conditions, certains de ces besoins sont plus impérieux que d'autres, et, par conséquent, cer­taines charités plus urgentes. Et de même que la garde impériale, tout en veillant à l'ensemble du combat, se porte aux points où « tressaille la mêlée » afin d'assurer une victoire dont tous profiteront, de même, la charité, tout en ayant les mêmes obligations générales, reçoit à certaines époques des offices parti­culiers : déchargée de certaines besognes, elle doit accepter, par une sorte de compensation, de nouvelles charges. Un exemple va le faire saisir. Au temps de saint Ambroise, comme à celui de saint Vincent, comme à celui du Curé d'Ars, comme au nôtre, la cha­rité principale sera toujours celle qui console, qui com­patit et qui relève. Mais, sur ce fond commun et essen­tiel, selon les besoins et les périls, se détache un devoir spécial qu'on pourrait appeler ''le devoir du siè­cle'', parce qu'il répond au mal du siècle.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au temps de saint Vincent, en ce temps où la foi était un bien répandu, mais où le clergé des campagnes ne connaissait pas l'indispensable et où le pauvre peuple des campagnes manquait du nécessaire, la charité ecclé­siastique devait s'occuper de réparer l'ignorance des clercs et de chasser cette misère qui paralyse l'effort. En notre temps, où l'État a pris à sa charge les services d'assistance, il est d'autres détresses, moins visibles sans doute, mais pires peut-être par l'incrédulité qu'elles annoncent pour l'avenir : l'instruction reli­gieuse diminue, l'instruction irréligieuse apparaît : le paysan tend à ne voir dans le prêtre qu'un homme connaissant les rites funéraires ; l'ouvrier ne fréquente guère l'église après « sa communion » ; le peuple ins­truit qui gravite autour de l'école doute que la foi soit conforme à la raison, à la science et à l'histoire ; les étudiants, qui seront les élites futures, connaissent les objections à la religion avant d'avoir établi leur foi ; les hautes intelligences sont bien partagées, en somme la misère de l'ignorance ou de l'erreur reli­gieuses est plus grande que la misère sociale. Dans ces conditions, dans l'état de ces ''rerum novarum'', il est incontestable que la charité doit être au premier chef une charité des intelligences. Il y a pour le clergé et pour les laïques instruits un « devoir de penser » plus pressant, plus urgent qu'à toute autre époque de la vie de l'Église. Non certes de cette pensée abstraite et hautaine qui enfante des systèmes clos mais de cette pensée sincère et profonde, de cette ''cogitatio quae per caritatem operatur'', j'entends celle qui discerne les difficultés, qui commence par les éprouver en elle-­même, et qui, par un effort patient d'information et de raisonnement, s'attache à les dissiper : on pourrait dire que c'est la charité de la foi.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_foi,_don_de_Dieu&amp;diff=1684</id>
		<title>La foi, don de Dieu</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_foi,_don_de_Dieu&amp;diff=1684"/>
				<updated>2011-04-05T12:44:03Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = André Frament &lt;br /&gt;
| source = &lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = &lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦♦ Moyen &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi est un don surnaturel de Dieu'''&amp;amp;nbsp;: Il est important de garder cette réalité à l’esprit pendant l’exposé qui va suivre. Ce don surnaturel nous fait atteindre Dieu Lui Même. C’est une vertu théologale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ''DIEU a besoin des hommes'' titrait un film ancien. Il ne s’agit pas de dire qu’il manquerait quoique ce soit au BON DIEU. Il est Unique et Trine, d’une majesté infinie. L’homme ne peut rien Lui apporter qu’il n’ait d’abord reçu de Lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Mais le Verbe de Dieu, deuxième personne de la Trinité, est venu s’incarner. Après sa mort sur la croix et sa résurrection, Il est remonté au Cieux. Avant de partir, Il nous a donné la mission d’achever la conversion du Monde à Sa place. Et c’est si vrai, qu’Il reprochera à SAÜL d’être celui qui Le persécute dans les membres de l’Église naissante. Notre Seigneur a voulu avoir besoin de nous. Essayons de rentrer dans ce mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; '''Dieu veut que tout homme soit sauvé'''. Notre salut c’est de LE connaître et de L’aimer et LE servir. IL souhaite obtenir notre amour, notre cœur, notre confiance. '''Notre confiance, c’est à dire la FOI.''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; '''DIEU est Bon'''. Il répand Ses dons et Sa grâce, à profusion. Dans une apparition Notre Dame fait voir des ''rayons noirs'' qui partent de ses mains&amp;amp;nbsp;: Ce sont les grâces qu’on ne lui a pas demandées et qu’elle avait mission de nous donner de la part du Seigneur'''. En conséquence, parce que la Foi est une réponse de l’homme à une grâce donnée par Dieu, nous sommes certains que Dieu ne manque pas de donner les grâces suffisantes.''' Ce qui manque, c’est peut être la réponse des hommes, mais surement aussi notre engagement dans le rôle que Dieu nous a donné. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; '''L’Église. '''Ekklhsia en grec veut dire Assemblée du peuple convoqué, appelé. Cette Église, nous dit BOSSUET, c’est ‘‘''JÉSUS CHRIST répandu et communiqué''.’’ JEANNE D’ARC, répondant à ses juges, affirme&amp;amp;nbsp;: ‘‘ ''M’est avis que c’est tout un, de JÉSUS CHRIST et de son'' ''ÉGLISE''’’. L’Église continue la mission du Christ. Nous sommes, nous voulons être d’Église. En tant que membres du corps mystique, nous devons participer à sa mission. DIEU nous fait honneur&amp;amp;nbsp;: IL nous charge de remplacer Son Fils Unique, pour parler au Monde d’aujourd’hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Si donc la FOI s’attiédit de nos jours, c’est parce que, DIEU me pardonne, JÉSUS se tait ''par nous''. Nous sommes membres de son corps mystique et '''nous''' L’empêchons de parler à nos frères. '''Nous ne remplissons pas notre mission.''' Nous ne témoignons plus notre FOI. Nous ne témoignons pas notre confiance à DIEU. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ‘‘La FOI serait plus difficile à transmettre à notre époque.’’ C’est ce que disent et prétendent beaucoup ... Ce n’est quand même pas mon avis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La FOI est contagieuse. ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI n’est pas un sentiment.''' '''Elle est une certitude intellectuelle.''' Par la foi, L’homme, accepte de faire confiance en Dieu. &amp;quot;''Seigneur, nous avons travaillé en vain toute la nuit, mais sur ta parole, je jetterai les filets.''&amp;quot; Saint Pierre en disant cela montre qu'il fait confiance. Lui, le pêcheur professionnel, a le sentiment qu'il ne se trouve pas dans un jour faste. Toute son expérience humaine le lui a appris. Et il est fatigué du travail de toute la nuit. Mais le Seigneur en donne l'ordre. Il va donc lancer une fois encore les filets. Et ce sera la pêche miraculeuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; '''La FOI est contagieuse.''' Elle gagne le cœur et l’esprit de ceux qui la rencontrent. Encore faut-il la rencontrer. C’est le problème de nos contemporains&amp;amp;nbsp;! Ils n’ont pas l’occasion de la rencontrer. En effet, beaucoup de chrétiens et probablement beaucoup de clercs ne savent plus ce qu’est la FOI. Alors, comment pourraient-ils ne pas en gêner la transmission&amp;amp;nbsp;? Et comment même pourraient-ils l’avoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Au cours de mes travaux professionnels, j’ai été amené à réfléchir sur la nature et le rôle de ''l’information''. Ces réflexions m’ont aidé à entrevoir ce qu’est la FOI, à comprendre la pleine valeur de la définition classique de cette vertu théologale&amp;amp;nbsp;: '''La FOI est l’adhésion de l’intelligence à un contenu révélé reçu ''ex auditu''.''' (reçu par l’oreille) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &amp;amp;nbsp;Je me propose de vous indiquer le cheminement. Je traiterai ensuite de la FOI en N.S. JESUS le CHRIST. Enfin, je passerai en revue - très rapide - les grandes vérités du CREDO, c’est à dire le contenu de la FOI catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== I LE CHEMINEMENT. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partons du concept&amp;amp;nbsp;: information. Cela fait comprendre ce qu’est la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== 11 L’INFORMATION et LES RUMEURS ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Informer quelqu’un, c’est&amp;amp;nbsp;: =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Lui faire connaître ce se passe (se passera ou s’est passé!), &lt;br /&gt;
*Afin qu’il sache ce qui lui arrive (va lui arriver ou lui est arrivé), &lt;br /&gt;
*Et qu’il comprenne ce qu’il doit faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; '''Exemple'''&amp;amp;nbsp;: Un voyageur essoufflé arrive sur le quai de la gare de Lyon, à PARIS. Il demande à un contrôleur; ancien du métier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Pardon Monsieur, le premier train pour Lyon, s’il vous plaît''&amp;amp;nbsp;». Le contrôleur, avec le sourire lui répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Voie 7, il part dans cinq minutes. Mais voie A, là bas le T.G.V. part dans quarante-cinq minutes, et arrive deux heures avant!&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;Le contrôleur n’a pas exclusivement répondu à la question posée. Il a quand même donné une bonne information, celle qui permet de se décider en fonction de son intérêt. Parce que le voyageur '''fait confiance, il croit''' ce qui lui a été dit. Il va tranquillement acheter le billet spécial pour prendre le train d’après, dans la '''certitude''' d’arriver à Lyon avant celui qui partirait par le premier train. La confiance en ce qui a été dit, la '''foi''' en celui qui a donné l’information''', oriente son action.''' Dans cette situation, dire que cet homme est mû par ‘‘''un sentiment aveugle venu des profondeurs du'' ''subconscient.''’’ est une stupidité parfaite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Les nouvelles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les informations s’appellent aussi des nouvelles.''' Elles sont diffusées en tant que faits ''nouveaux''. Leur connaissance serait (théoriquement) nécessaire ou plus simplement utile aux destinataires. Sachant ce qui se passe, ils peuvent comprendre ce qui va leur arriver et déterminer ce qu’ils doivent faire. Elles ont, normalement, pour but de faire connaître '''ce qui est,''' et dont les conséquences vont retentir sur la vie du destinataire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Les médias, on le sait, ne donnent pas de nouvelles qui nous permettent d’agir selon '''''notre''''' intérêt. Ils orientent le comportement des récepteurs ''conformément à l’intérêt de l’émetteur''. Actuellement les pseudo-informations diffusées ont pour objet d’asservir l’homme à ses passions et de lui cacher l’important et même l’essentiel. Et pourtant nos contemporains y croient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette &amp;quot;information&amp;quot; a un fort impact&amp;amp;nbsp;: elle oriente leurs actes. On parle de conditionnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== L’information essentielle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il s’agit de nous apprendre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Que la mort a déjà été vaincue une fois, &lt;br /&gt;
*Qu’elle sera, un jour, définitivement vaincue, &lt;br /&gt;
*Que, comme tous les morts, '''nous '''ressusciterons, &lt;br /&gt;
*Que nous pouvons vivre aujourd’hui de manière à obtenir alors une vie de bonheur éternel, &lt;br /&gt;
*Que nous pouvons être sauvés de la mort et des supplices éternels si nous agissons comme il convient,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conçoit que ce soit là une nouvelle importante, fondamentale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c'est, une BONNE NOUVELLE. C’est la bonne nouvelle de l’EVANGILE. Cette information nous libère. Elle éclaire notre vie Elle nous permet d’orienter nos actions en fonction de notre intérêt majeur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Pourquoi, apportant l’essentiel, ne pourrait-elle pas avoir un impact extraordinaire&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== La rumeur =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains messages circulent spontanément. Ils se diffusent promptement au sein d’une population. Ils ne sont pour autant ni contrôlés ni même vérifiables immédiatement. Ce sont des ‘‘''rumeurs’’. ''Souvent du crédit leur est accordé. Des actions sont décidées, orientées par ces on-dit. Ce sont autant d’ &amp;quot;actes de foi&amp;quot; qui propagent et relancent la rumeur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== L’acte de foi propage la foi. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est logique de déterminer son itinéraire de vacances en tenant compte des encombrements routiers signalés par les autorités compétentes et responsables. Il paraît beaucoup moins rationnel de jouer à la bourse de fortes sommes sur la base de rumeurs. Les petits donneurs d’ordres ne peuvent pas en contrôler la validité. Mais ils y croient, ils agissent en conséquence. Ils déclenchent des mouvements à la hausse... ou à la baisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Deux amis, achevaient leurs courses dans un supermarché de province. Ils faisaient la queue devant la même caisse. L’un deux avait exclusivement dans son chariot de nombreuses bouteilles de vinaigre. Son épouse pense, en effet, que c’est, associé au papier journal et à ''l’huile de coude'', le seul bon produit pour traiter les vieux cuivres. L’ami s’étonne, à haute voix, de voir acheter à la fois autant de vinaigre. Le premier, pince sans rire, lui répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;je fais des provisions, on va en manquer bientôt.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Ce faisant, le plaisantin généra une rumeur qui traversa la ville. Une semaine plus tard, les épiciers de cette localité ne pouvaient plus fournir de vinaigre. Une ou des personnes de la file avaient cru en la phrase selon laquelle on manquerait de vinaigre. Le chariot plein était un acte de foi (naturelle évidemment!) ''indiscutable''. Elles ont accru leur achat de vinaigre, propageant et renforçant la rumeur... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; L’acte de foi naturelle propage la foi naturelle''. Il en est de même pour la foi surnaturelle. ''Si donc la Foi ne se propage pas, c’est que nous ne faisons pas suffisamment d’actes de foi. Peut être devrions nous, nous aussi, nous convertir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Seigneur, augmentez ma foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== 12 L’impact de l’information ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On le constate, l’information nous fait connaître des faits. En tant que tels ils sont neutres. Leurs conséquences, par contre, peuvent être importantes pour le destinataire. Alors les passions entrent en jeu. Cela suppose, naturellement, que l’information soit perçue comme vraie, comme certaine, comme réelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Nous avons tous entendu dire dans certaines circonstances&amp;amp;nbsp;: ‘‘''Il ne voulait pas y croire''.’’ ou plus caractéristique encore&amp;amp;nbsp;: ‘‘''Il ne pouvait pas y croire''.’’ Cela se produit quand la personne en cause reçoit l’information d’un fait qui, par ses conséquences à un retentissement ''trop'' grand pour sa vie. Que ce soit en bien ou en mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Il en est de même en ce qui concerne la FOI. Quand l’information leur est donnée, beaucoup de ceux qui la refusent n’en veulent pas parce que cela les dérangerait ''trop, ''les mettrait trop fortement en question. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; C’est vrai&amp;amp;nbsp;! Mais aussi, parce que la FOI de l’annonceur n’est pas suffisante pour '''donner l’idée qu’il faut quand même faire cette remise en cause'''. Il faut la Foi d’un saint pour convertir. On dit que de grands pécheurs se sont convertis en entendant le Curé d’Ars dire simplement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;''Mes frères, si vous saviez comme DIEU est bon'' ''!''&amp;quot; Parce qu’il est en relation étroite avec Dieu, le saint transmet la force de Sa Parole avec «&amp;amp;nbsp;moins de déperdition.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Beaucoup refusent la FOI. Ils n’en veulent pas parce que cela les dérangerait trop. Cela se vérifie d’abord quand les hommes sont placés devant cet Homme qu’on appelle le CHRIST. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== II LA FOI EN JESUS, LE CHRIST ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première information qui entraîne de très importantes conséquences pour notre vie personnelle, c’est l’annonce de la messianité de Jésus, de la '''divinité''' de N.S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== 21 UN MESSAGE SCANDALEUX. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A dire vrai une telle information, un tel message est «&amp;amp;nbsp;scandaleux.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Le vieillard Siméon. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà le vieillard Siméon l’avait prédit lors de la présentation de Jésus au Temple. ''«&amp;amp;nbsp;Cet enfant est pour le relèvement et la chute d’un grand nombre en Israël''.&amp;amp;nbsp;» De nos jours Siméon dirait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''...d’un grand nombre dans l’Église''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Saint Paul. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Paul à son tour proclame&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Nous prêchons le Christ et le Christ crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Jésus lui même. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus lui même s’est déclaré comme cause possible de scandale. Ainsi dans sa réponse aux émissaires de Jean le Baptiste, il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Allez dire à Jean ce que vous voyez et entendez&amp;amp;nbsp;: les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres''.&amp;amp;nbsp;» Il ajoute ensuite&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Bienheureux celui qui ne sera pas scandalisé à cause de moi''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Chrétiens d’aujourd’hui, avons nous conscience de la dimension folle ou scandaleuse des mystères de l’Incarnation et de la Rédemption par la Croix&amp;amp;nbsp;? Un hymne à la Vierge nous met face au mystère&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;«&amp;amp;nbsp;Celui que l’univers entier ne peut contenir &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
s’est fait homme en tes viscères.&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le Créateur et Maître des Univers-îles et des Galaxies contenant des milliards de soleils, est né d’une femme. Il est venu pauvre, dans une étable, parmi des animaux parce qu’il n’y avait pas de place pour Marie et Joseph dans l’hôtellerie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== 22 LA PÉDAGOGIE DU SEIGNEUR. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Verbe de Dieu, dans sa bonté, ménage la faiblesse humaine. Il révèle très progressivement qui IL EST. Mais s’il se glorifiait lui-même, sa gloire serait vaine. DIEU, Son PÈRE va glorifier le FILS. IL le fera lors du baptême au Jourdain, lors de la Transfiguration... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Mais surtout, des hommes et des femmes vont ''répondre à la grâce''. Ils vont proclamer leur FOI, Ils vont reconnaître en Jésus un être supérieur. Je veux dire qu’ils vont proclamer qu’IL est plus qu’un homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Cette proclamation des hommes par la FOI va très loin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le Centurion au pied de la croix s’écrie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Vraiment cet homme était fils de DIEU''.&amp;amp;nbsp;» Je n’ai pas l’impression que cet officier romain ait voulu dire ''Fils '''du''' DIEU UNIQUE''. Il lui reconnaît pourtant une dimension divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; La glorification du Christ va culminer avec la profession de PIERRE à Césarée&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;TU ES LE CHRIST, LE FILS DU DIEU VIVANT&amp;amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; et la reconnaissance de Saint Thomas huit jours après la Résurrection&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &amp;lt;blockquote&amp;gt;MON SEIGNEUR ET MON DIEU&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Il nous faut prendre les choses par le commencement. Des hommes et des femmes vont se tourner vers Jésus. Ils vont lui demander une aide, un secours, un salut. Ce faisant, ils reconnaissent implicitement en lui un être tout à fait particulier, capable de les aider, de les guérir, de les sauver. Cette démarche nous le verrons est tacite. Notre Seigneur, par ses silences, ses questions ou ses réponses, va provoquer une révélation extérieure de leur attitude intérieure. IL les conduit à témoigner extérieurement qu’ils reconnaissent - ou non - Sa messianité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 221 Un cas de refus&amp;amp;nbsp;: le jeune homme riche. (S; Marc 10, 17 - 22) =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tandis que Jésus se mettait en route, quelqu’un accourût, tomba à ses genoux et l’interrogea&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la Vie Éternelle&amp;amp;nbsp;?»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette scène a de quoi scandaliser un Juif qui ne verrait en Jésus qu’un homme même prophète. Chez les Juifs on ne pliait pas le genou, on n’inclinait pas la tête devant un homme même puissant. Pour cela ils étaient appelés ''le peuple à la nuque raide.'' Ils étaient aussi exemptés des cérémonies trop serviles vis à vis des rois et des chefs des autres nations. De plus le jeune homme dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Bon Maître''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Jésus lui demande alors d’expliciter sa position&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Pourquoi m’appelles-tu bon&amp;amp;nbsp;? Dieu seul est bon&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Le jeune homme, interloqué, ne dit rien. Il pourrait se sentir rabroué. Il semble plutôt qu'il soit stupéfait de l'importance de ce que Jésus lui fait entrevoir. Veut-il reconnaître DIEU en Jésus&amp;amp;nbsp;? Veut-il reconnaître le Christ en Jésus&amp;amp;nbsp;? A ses yeux comme à ceux de ses contemporains Jésus est un prophète comme un autre, même s’il a la réputation d’être bon. Les quelques mots de Jésus lui demandent d'expliciter son geste. A-t-il compris que Jésus est '''Celui qui doit venir '''? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Comme il hésite devant ce qu'il entrevoit, Notre Seigneur enchaîne alors. Sa divine pédagogie entame une démarche pour le guider sur la voie de la solution&amp;amp;nbsp;: «''Tu connais les commandements&amp;amp;nbsp;: Ne tues pas, ne commets pas d’adultère, ne voles pas, ne porte pas de faux témoignages, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; On peut le remarquer. Le Christ prend les commandements de la Loi dans un ordre différent de celui de leur promulgation. Il part de l’expression la plus concrète et la plus &amp;quot;naturellement&amp;quot; évidente (ne tues pas), et il remonte progressivement (ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Il s'arrête avant d'arriver aux points concernant le culte à rendre à Dieu. Il ne les oublie pas. Il cadre le débat sur la suite. Le questionneur interrompt semble-t-il Jésus. Comme s'il était déçu. «&amp;amp;nbsp;''Maître'', t''out cela je l’ai observé avec soin depuis ma jeunesse''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; L’interlocuteur ne dit plus ''BON Maître, ''mais seulement ''Maître''. Il ne reconnaît pas DIEU en Jésus. Mais il est encore un ''envoyé'' de DIEU. Dans son cœur Jésus est homme. Mais cet homme, '''poussé par la grâce''', sent bien que les commandements ne sont qu’une ''piste d’envol'' vers le Seigneur. Il voudrait aller plus vite, plus loin, plus haut. Il venait demander à Jésus comment y arriver. Il est donc déçu de la réponse - inachevée - qu’il reçoit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Ce sont ces sentiments qui font que ''Jésus, l’ayant regardé se prit à l’aimer,'' comme le dit l’évangéliste. Notre Seigneur lui donne alors une deuxième chance de le reconnaître au moins comme un Maître exceptionnel qu’il faut écouter et suivre. Il en vient, directement donc, au conseil demandé&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Une seule chose te manque. Va, vends ce que tu as, donnes en le prix aux pauvres, tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Quelle annonce&amp;amp;nbsp;! Pour avoir la vie éternelle, il faut tout quitter pour suivre Jésus. Il faut donc le suivre et l'aimer plus que toutes ses propres richesses&amp;amp;nbsp;? On en arrive à ce qui implique le premier commandement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Tu aimeras le Seigneur de tout cœur de toute ton âme, de toutes tes forces.&amp;quot; Ce que Jésus demande implicitement c'est la reconnaissance de sa divinité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Une autre interprétation est aussi possible. Elle est montre une étape plus accommodée à la capacité de réception du jeune homme. Elle propose une reconnaissance moins complète de QUI est Jésus. On peut en effet comprendre les propos du Christ de la manière suivante&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Tu as raison, le bien suprême est la vie éternelle. Tu as reconnu en moi un Maître susceptible de t’y mener. Je veux bien te conduire vers l’amour total de Dieu. Mais d’abord libère-toi des biens matériels qui t’encombrent, t’alourdissent et retardent ton ascension vers DIEU''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ''Le jeune homme devint sombre à cette parole. Il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens''. Voyant le prix à payer pour monter vers DIEU et acquérir la vie éternelle, le jeune homme refuse de faire le pas. Refusant la lumière, il s’assombrit. Il ne peut éclairer à son tour. Il montre finalement ce à quoi il fait vraiment confiance&amp;amp;nbsp;: la richesse matérielle. Il ne veut pas s’en séparer et faire totalement confiance à DIEU. Au BON DIEU. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Cet homme riche, c’est chacun de nous. Pour des richesses peut-être moins importantes que les siennes. Nous ne voulons pas faire totalement confiance à Notre Seigneur Jésus-Christ, au Bon Dieu, à la Providence divine qui contrôle la chute du moindre de nos cheveux. Nous voulons garder un appui financier, une garantie matérielle. C’est plus sûr croyons nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Nous faisons davantage confiance aux ressources matérielles qu’a Dieu Tout-Puissant et à Son Fils Jésus. Notre dieu suprême c’est donc MAMMON, l’Argent, une idole. Par de tels comportements nous contribuons à la diffusion de cette idolâtrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Si Jésus nous demandait directement et personnellement de faire la démarche qu’IL demanda au jeune homme riche, serions nous réellement disposés à TOUT laisser pour le suivre&amp;amp;nbsp;? Pour lui obéir&amp;amp;nbsp;? Pour manifester notre ''confiance'' en LUI, notre FOI en LUI&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Nous devons en être conscients. Nous ne sommes que les gestionnaires des biens qu’IL nous confie. IL peut donc, à tout moment, nous les reprendre. Sa décision sera déterminée par la volonté de nous faciliter l’accès au royaume de Son Père, même si elle nous paraît une Croix sur la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; C’est pour nous rendre capable de recevoir - et d’exécuter - la volonté de DIEU, que Saint Paul nous demande de nous comporter, ayant des biens, comme n’en ayant pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 221 Ceux qui reconnaissent le Messie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
======L’aveugle de Jéricho. (S. Luc 18, 35 - 43) ======&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A''' l’entrée de Jéricho, un aveugle entend passer une foule. Il s’informe. On lui apprend que c’est Jésus de Nazareth et les gens qui l’accompagnent. Alors, il clame&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;«&amp;amp;nbsp;''Jésus, Fils de David, aies pitié de moi''.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/blockquote&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout Israël sait que ''Fils de David'' désigne le Messie, Celui qui doit venir. C’est ce qu’enseignent les docteurs et les scribes. L’aveugle proclame donc la messianité de Jésus, alors que les prêtres, les docteurs et les scribes la nient. Il convient donc de le faire taire. En effet&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ou bien cette déclaration est considérée comme fausse, il faut alors la faire cesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ou bien, ''cas de celui qui croît au moins un peu au rôle particulier de Jésus'', il faut éviter de provoquer la colère des autorités en place. Dans ce cas là, aussi, il faut l’arrêter, la faire cesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais l’aveugle continue de proclamer de plus belle en une formule concise (huit mots en français, cinq en latin&amp;amp;nbsp;!) «&amp;amp;nbsp;''Jésus, Fils de David, aies pitié de moi''.&amp;amp;nbsp;» c’est à dire&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
JÉSUS est le MESSIE. JÉSUS peut me guérir. S’il le veut Dieu ne s’y opposera pas. Jésus est Sauveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour l’instant la pensée de l’aveugle est semble-t-il implicite. On peut même penser que je sollicite les textes et la pensée du personnage. JESUS, va l’amener à témoigner de sa démarche intime. IL lui demande&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Que veux-tu que je fasse pour toi?''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'aveugle sait, comme tout homme en Israël, qu’il vit dans la période où doit apparaître le Messie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;''Es-tu celui qui doit venir ou doit-on en attendre un autre&amp;amp;nbsp;?''&amp;quot; avaient demandé les envoyés des princes des prêtres et des pharisiens à Jean le Baptiste. Comme l’a annoncé Isaïe le prophète, c’est maintenant que ''les aveugles vont voir, les boiteux marcher, les lépreux être purifiés, les sourds entendre, les morts ressusciter''. Il a confiance qu’il pourra être bénéficiaire d’une grâce de ce genre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que répondra-t-il&amp;amp;nbsp;? En son cœur, docile à la motion interne de la grâce, il a reconnu le Messie en Jésus. C’est pour cela qu’il lui a donné le titre messianique «&amp;amp;nbsp;''fils de David''&amp;amp;nbsp;». C’est son '''acte''' de FOI. L’aveugle, certain, par la FOI, que Jésus est le Messie, Il espère sa guérison. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa réponse arrive donc&amp;amp;nbsp;: ''Rabonni, Que je recouvre la vue&amp;amp;nbsp;!'' Remarquons bien qu’il demande sa guérison, son salut à Jésus. Il ne s’agit pas, à ses yeux, d’obtenir une démarche d’intercession auprès de DIEU. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est immédiate&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Vois ta FOI t’a sauvé. ''» et l’homme est exaucé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il suivait'' le cortège ''en glorifiant DIEU''. La gloire de Jésus est proclamée par un homme. L’acte de charité suit l’acte de FOI et l’acte d’Espérance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI reconnaît Dieu en Jésus. Elle fait entrer cette réalité dans la détermination des décisions d’action. Elle a confiance en la valeur de ce qu’elle entreprend basée sur cette certitude. Elle arrive à l’espérance. ''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Exaucé dans sa demande, le bénéficiaire fait un acte de reconnaissance'''. '''Ou plutôt, il devrait manifester un acte d’amour, de charité. Ce n’est pas souvent le cas. Une fois, sur dix lépreux guéris, un seul revint remercier Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
======La femme syro phénicienne. (S; Mt. 15, 21-28) ======&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons monter un degré de plus dans la FOI en considérant la syro-phénicienne. De nos jours on dirait la libanaise. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Une cananéenne criait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de DAVID. Ma fille souffre cruellement d’un démon.''&amp;amp;nbsp;''» ''Comme on le voit, cette femme donne à Jésus, son titre messianique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, Fils de David''.&amp;amp;nbsp;» Elle appelle au secours. Elle attend que Jésus la sauve. Ou plutôt qu’IL sauve sa fille ''d’un démon''. Par le fait, elle reconnaît publiquement à Jésus le pouvoir de chasser les démons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus pourtant ne répond rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la femme poursuivait le cortège de ses cris. Pour avoir la paix, les disciples interviennent alors. Ils demandent à Jésus de la renvoyer (satisfaite) «&amp;amp;nbsp;''parce qu’elle crie derrière nous.''&amp;amp;nbsp;» On fait donc approcher la femme. Elle ''se prosterne devant Jésus.'' Elle l’adore en quelque sorte''.'' Elle lui demande son secours&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, viens à mon secours''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus semble d’une insoutenable dureté&amp;amp;nbsp;: ''«&amp;amp;nbsp;Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens&amp;amp;nbsp;».'' Cette phrase est cruelle mais elle va révéler l’étendue de la FOI de la cananéenne (ce devrait être une leçon pour les juifs.) et proclamer la gloire de Notre Seigneur Jésus - Christ&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''«&amp;amp;nbsp;Oui, Seigneur. Mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette phrase, la femme qui continue de reconnaître le Christ en Jésus, proclame aussi l’élection d’Israël par Dieu, et, par l’intermédiaire d’Israël, la miséricorde de Dieu envers les nations qu’elle incarne. A ce titre elle est heureuse de récupérer ce que la nation élue laisse tomber. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus s’écrie d’admiration&amp;amp;nbsp;: ''O femme, grande est ta FOI.'' Comme l’écrivait Jean Ousset&amp;amp;nbsp;: La FOI est la seule vertu qui permit à l’homme d’arracher à DIEU des cris d’admiration. Dieu ne se laisse pas dépasser et Jésus délègue son propre pouvoir à la femme. ''«&amp;amp;nbsp;Qu’il te soit fait comme tu le veux.» ''La délégation de pouvoir est directe et totale. De plus elle est efficace. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;Jésus est bien propriétaire de ses pouvoirs et non un délégataire intermédiaire.'''&amp;lt;/blockquote&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
======Le centurion demande la guérison de son esclave. (Luc 7, 2-10) ======&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Or un centurion avait un esclave qui allait mal et était sur le point de succomber et il lui était cher. Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques anciens des Juifs pour lui demander de venir sauver son esclave.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce centurion est ce que les anciens Juifs appelaient un prosélyte. C’est à dire un païen d'origine qui reconnaît le DIEU UNIQUE, révélé à Israël. Cette conversion s’est traduite en actes&amp;amp;nbsp;: Le centurion a bâti la synagogue du village. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet officier a la charité. Il aime son esclave et cherche tout moyen de le sauver''. Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers LUI quelques uns des anciens des Juifs pour LUI demander de (venir) sauver son esclave.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le centurion, converti à la religion du Dieu Vivant, a FOI aux prophètes. Il attend lui aussi la venue de Celui qui doit venir. La rumeur qui présente Jésus comme un ''Guérisseur ''l’a touché. Mais pour lui il s’agit de Messie. Nous le verrons plus loin. Par la FOI, il se sait «&amp;amp;nbsp;en dessous des Juifs&amp;amp;nbsp;» dans l’économie du salut. Il n’est pas charnellement descendant d’Abraham. Il sent donc la nécessité de passer par des intercesseurs de la race élue. Eux sont intervenus et ont demandé à Jésus ''d’aller'' sauver l’esclave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus faisait donc route avec eux, vers la demeure du centurion. Quelqu’un était sûrement allé devant porter la nouvelle&amp;amp;nbsp;: ‘‘Jésus accepte de venir.’’ Le centurion révèle alors sa FOI. Il va à la rencontre de Jésus&amp;amp;nbsp;: «''Seigneur, je ne suis pas digne que tu viennes sous mon toit. Mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri.''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce faisant il révèle qu’il a une FOI plus grande que celle de ceux à qu’il a demandé d’intervenir. Pour lui, Jésus est assez puissant pour commander '''de loin''' la guérison d’un homme qu’il ne voit pas. Si notre Seigneur le veut, il enverra un ange guérir le malade. D’ailleurs c’est ce qu’il explique '': Parce que moi qui ne suis qu’un subalterne, j’ai sous moi des soldats''. (Donc toi qui es un Supérieur, tu as sous tes ordres des serviteurs invisibles, des anges, dirions-nous maintenant). ''Et je dis à l’un va et il va; et à un autre, viens, et il vient; et à mon esclave, fais ceci, et il le fait''. (Donc toi, dis à l’un de tes anges-serviteurs de guérir mon serviteur et cela se réalisera.) ''Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce pouvoir sur les bons anges est un pouvoir divin. En entendant le centurion, Jésus l’admira. Et se tournant, il dit à la foule&amp;amp;nbsp;: ''«&amp;amp;nbsp;Je n’ai jamais vu pareille FOI en Israël.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Entendant ce qui se dit de Jésus, le centurion, répondant à la grâce, a la FOI. Cela le détermine à une action, un acte de FOI. Il demande aux anciens d’intercéder pour lui auprès de Jésus. Il a la certitude qu’il pourra ainsi obtenir la guérison de son serviteur. C’est déjà de l’espérance. ''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’acte de FOI prépare l’acte d’espérance qui en est la suite logique. Imaginer une FOI sans les œuvres, sans les ''actes'' de la FOI, est une absurdité. Le Centurion aurait-il provoqué l’admiration du Christ si, certain que Jésus était le Christ, il n’avait pas pour autant demandé la guérison de son serviteur&amp;amp;nbsp;? Ou bien, apprenant que NS venait chez lui, il l’avait laissé rentrer sous son toit sans rien dire&amp;amp;nbsp;?''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
======La profession de FOI de Pierre à Césarée. (S. Mt. 16, 13 -20) ======&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Qui suis-je au dire des foules&amp;amp;nbsp;?'' (demande Jésus) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Pour les uns&amp;amp;nbsp;: Jean-Baptiste; pour d’autres&amp;amp;nbsp;: Élie; pour les autres, Jérémie ou l’un des prophètes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''-Mais pour vous, qui suis-je&amp;amp;nbsp;?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question est directe. Elle ne laisse pas d’échappatoire. Le silence commence à s’installer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Alors Pierre prenant la parole, dit&amp;amp;nbsp;: C’est Toi, le Christ, le Fils du Dieu Vivant&amp;amp;nbsp;! '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette réponse est surhumaine. Elle dépasse les forces d’un homme. Comment est-il possible de reconnaître le Dieu de suprême majesté en cet homme qui s’appelle Jésus&amp;amp;nbsp;? IL nous le fait savoir Lui même&amp;amp;nbsp;: ''Tu es heureux Simon fils de Jona, car ce ne sont pas la chair ni le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est dans les Cieux.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;La FOI est un don surnaturel de DIEU.&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====23 &amp;amp;nbsp;L'AUTORITÉ SOUVERAINE.====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans tous ces exemples, il s’agissait d’humains. Ils peuvent être impressionnés par Jésus. Les satellites des Juifs envoyés pour lui mettre la main dessus, sont revenus sans avoir rien fait. Ils se sont expliqués en disant&amp;amp;nbsp;: ''«Jamais&amp;amp;nbsp;un homme n’a parlé comme cet homme''.&amp;amp;nbsp;''» '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la matière morte ou inerte et les éléments eux-mêmes LUI obéissent. Jésus va le montrer. Ses actions vont donc montrer la gloire de Dieu, la puissance du Fils. Elles vont entraîner la proclamation de cette gloire par les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====231 La domination sur la mort.=====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
======Le fils de la veuve de Naïm. La miséricorde de Dieu. (S. Luc 7, 11 -17) ======&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une veuve pleure son fils unique dont le corps était conduit au tombeau porté sur une civière. Extérieurement, elle ne demandait rien. Voyant la scène, Jésus fut pris de pitié. Il arrête le cortège mortuaire. Il commande au mort de se lever. Et le mort ressuscite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Seigneur fait cela sans effort. On peut comparer cette résurrection avec celle accomplie par le Prophète Elie sur le fils de la veuve de Sarepta. Elie avait longuement prié et supplié Dieu de l’exaucer. Jésus, lui, commande&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Jeune homme, je te le dis&amp;amp;nbsp;: lève toi.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur la foule qui accompagnait le cortège l’effet est puissant''. La crainte les prit tous et ils glorifiaient Dieu en disant&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple.&amp;amp;nbsp;» '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
======La résurrection de Lazare. (S. Jean 11, 1- 44) ======&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lazare est au tombeau. Cela ne se réalise pas comme dans nos pays. Le tombeau est une grotte (ou une cave taillée dans le rocher). Une grosse pierre est roulée devant l’entrée. Cela fait quatre jours que le cadavre y est déposé. La fermeture n’est pas étanche. ''Déjà il sent''. En passant à proximité l’odeur de charogne est prenante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant Jésus commande qu’on ouvre le tombeau. La pierre est roulée. Notre Seigneur pleure d’émotion. Une foule est présente. ''Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux des aveugles faire que cet homme ne mourût pas&amp;amp;nbsp;?'' Il est évident pour les assistants que c’est trop tard! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus cria d’une voix forte&amp;amp;nbsp;: Lazare, sors&amp;amp;nbsp;! ''L’odeur est encore dans le nez des spectateurs qu’ils voient déjà Lazare, ligoté par les bandelettes, se tenir debout à l’entrée du tombeau. ''Le mort sortit, les pieds et les mains '''liés de bandes''' et son visage était enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;déliez le et laissez le aller&amp;amp;nbsp;»''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’information se répand rapidement. Il est impossible de parler du réveil d’un sommeil cataleptique. Les témoins sont bouleversés. Ils sentaient l’odeur de la putréfaction... Et Lazare, sans discuter l’ordre, est sorti du tombeau. Et même, il en a été éjecté vivant. Comment aurait-il pu marcher lié de bandelettes comme il l’était&amp;amp;nbsp;? Puis les témoins ont vu Lazare, en bonne santé, sain de corps et d’esprit, leur parler comme avant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus commande souverainement à la mort. Elle cède devant ses ordres. Il lui fait rendre ceux qu’elle semblait avoir définitivement vaincus'''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet homme est bien évidemment un sauveur, celui qui doit venir&amp;amp;nbsp;: le Messie. De ce fait, il est en train de séduire le peuple. En latin ''se ducere'' = attirer à soi. Mais, alors, les princes des prêtres vont perdre leur pouvoir! Leur révolte contre l’occupant romain et la prise du pouvoir sur le Monde ne pourront pas réussir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, cet homme, qu’on appelle le Nazaréen, ne prépare pas de troupes, ne rassemble pas d’armes. Sa révolte sera donc écrasée. En conséquence, Caïphe, le Grand Prêtre, conseilla de le faire mourir. ''Vous n’y entendez rien, vous&amp;amp;nbsp;; et vous ne réfléchissez pas qu’il vaut mieux pour vous qu’un seul homme meure pour le peuple, et que la nation tout entière ne périsse pas. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Disant cela, le Grand Prêtre prévaricateur est quand même prophète&amp;amp;nbsp;: Les peuples de la Terre entière seront sauvés par le sacrifice de Jésus. De plus la condamnation et l’exécution qui la suivra, vont permettre le miracle suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais avant d’y arriver il nous faut revenir sur un autre aspect&amp;amp;nbsp;: l’autorité sur les éléments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====232 L’autorité sur les éléments.=====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
======Les noces de Cana. (S. Jean 2, 1-11)====== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le troisième jour, il y eût une noce à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était. Jésus aussi fut invité à la noce, ainsi que ses disciples. Et le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ils n’ont plus de vin.&amp;amp;nbsp;» Et Jésus lui dit&amp;amp;nbsp;: «Que me veux-tu, femme&amp;amp;nbsp;? Mon heure n’est pas encore arrivée.» Sa mère dit aux serviteurs&amp;amp;nbsp;: «Faites tout ce qu’il vous dira.»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phrase de Notre Dame à son Fils semble plus une information qu’une demande. La réponse, une formule sémite, nous surprend. La Sainte Vierge, pourtant, se sait exaucée. Elle met les hommes à la disposition de Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus dit aux servants&amp;amp;nbsp;: «Remplissez d’eau ces jarres.»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant ce qui nous aurait semblé être un ordre idiot, les serviteurs obéissent&amp;amp;nbsp;: ''Ils les remplirent '''jusqu’au bord'''. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et il leur dit&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Puisez maintenant, et portez en à l’intendant du festin.&amp;amp;nbsp;» Ils en portèrent. Quand l’intendant eût goûté l’eau changée en vin, et il ne savait pas d’où cela venait...Tel fut le premier des signes de Jésus. ''Tout se passe discrètement. Nous sommes désorientés par la concision des propos qui s’échangent. Ils devaient être formulés à voix basse. Jean est le seul évangéliste qui en fasse état et l’intendant du festin ne sait pas d’où vient le vin supplémentaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Nous aussi, devant les circonstances où Dieu nous place, nous devons remplir complètement notre devoir d’état. C’est LUI qui changera nos actions terrestres en actes bons pour le Royaume de son Père. '''Mais cette simplicité du récit ne doit pas nous cacher la grandeur du signe. La matière inanimée a obéi à un ordre de Jésus que le disciple le plus proche n’a même pas entendu formuler. En prendre conscience, éveillerait en nous une crainte révérencielle. Celle-là même qui faisait dire par Saint Pierre à Jésus, après la pêche miraculeuse&amp;amp;nbsp;: ''«&amp;amp;nbsp;Écarte toi de moi, Seigneur, car je suis un homme de péchés.&amp;amp;nbsp;» Car l’effroi l’avait envahi à cause, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de cette pêche de poissons qu’ils avaient faite''. (St Luc '''5''', 8-11). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
======La tempête apaisée. (S. Marc 4, 35-41) ======&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Laissant la foule, ils le prennent car il était dans le bateau; il y avait d’autres bateaux avec lui. Survient une violente bourrasque, et les vagues se jetaient dans le bateau, de sorte que le bateau se remplissait déjà. Et lui, (Jésus) à la poupe, sur un coussin, dormait. Et ils l’éveillent et lui disent&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Maître, cela ne te fait rien que nous périssions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» Et s’étant réveillé, il menaça le vent et dit à la mer&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Tais-toi, reste en silence&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» Le vent tomba et il se fit un grand calme. Et il leur dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Pourquoi craignez-vous tant&amp;amp;nbsp;? Comment n’avez-vous pas de foi&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» Et ils furent saisis d’une grande crainte, et ils se disaient entre eux&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Qui donc est-il celui-là, que même le vent et la mer lui obéissent!&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;Même le vent et la mer lui obéissent.&amp;lt;/blockquote&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====24 LA TOUTE PUISSANCE.====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====La mort et la résurrection de N.S. Jésus Christ. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faudrait en faire une méditation complète de la Passion. Il serait alors possible de constater que «&amp;amp;nbsp;la faiblesse de Dieu est plus forte que la force de l’homme.&amp;amp;nbsp;» Mais cela dépasserait le cadre de cette conférence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus est sur la croix. Tous les moindres détails prophétisés sont en train de se vérifier&amp;amp;nbsp;: les soldats se sont partagé ses vêtements et ils ont tiré au sort sa tunique. Il reste à l’abreuver de vinaigre et de fiel. Jésus dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''J’ai soif''.&amp;amp;nbsp;» Et le détail se vérifie. Il peut maintenant mourir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Tout est consommé''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le «&amp;amp;nbsp;prophète&amp;amp;nbsp;» est mort. Il ''n’a pas pu'' se délivrer de ses ennemis. Il ne vient à l’esprit de personne '''qu’IL n’a pas voulu se délivrer'''. '''Durant tout son passage sur la terre, il n’a fait aucun signe à son profit. '''(...Si je me glorifiais moi-même, ma gloire serait vaine.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, voilà qu’après sa mort le centurion donne, en professionnel de la guerre, le coup de lance qui tue. Frappant le côté droit, il atteint le cœur à l’oreillette droite. De la plaie, large d’une main, il sort aussitôt du sang et de l’eau. Les apôtres ont fui, trahi, renié leur maître. Il faut être fou pour se solidariser avec un vaincu dont la défaite est irrémédiable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====Sur la route d’Emmaüs. (S. Luc 24, 13 - 35) =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les disciples pleuraient en quittant Jérusalem. Ils vont expliquer leur déception à l’inconnu rencontré sur la route&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp;''«&amp;amp;nbsp;Ce qui concerne Jésus le Nazaréen qui s’est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple; et comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié. Nous espérions, nous, que c’était lui qui aller racheter Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées&amp;amp;nbsp;! ''Comment mieux dire la certitude de la mort de Jésus le Nazaréen&amp;amp;nbsp;? Comment mieux signifier la fin de tous les espoirs humains placés en lui&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfaits. S’étant rendues de grand matin au tombeau et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues nous dire qu’elles avaient même vu une vision d’anges, qui le disaient en vie. Quelques uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit; mais lui, ils ne l’ont pas vu!&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais voilà que ces mêmes personnes, après une journée de marche, vont repartir aussitôt pour revenir sur leur pas et annoncer qu’eux aussi, ils ont vu Jésus ressuscité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus a été mis au tombeau, mort des blessures de la flagellation et de l’asphyxie de la croix, le cœur ouvert par le fer de la lance d’un centurion romain. Il en est sorti vivant, le troisième jour, par l’effet de sa propre puissance. Comme Il l’avait annoncé.''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’incrédule Thomas est, par la grâce de Dieu, un témoin fiable car il ne voulait pas croire. Il voulait préalablement voir et contrôler qu’il s’agissait du même homme que celui qu’il savait être mort. Il voulait pouvoir mettre son doigt dans le trou des clous et sa main, dans la plaie du côté, faite par la lance. Jésus lui apparaît vivant. Thomas, sur l’ordre de son maître, procède à la vérification qu’il demandait. Il se prosterne en adoration&amp;amp;nbsp;: ''Mon Seigneur et mon Dieu''&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====Maintenant, le Christ ressuscité ne meurt plus. ===== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Il ne s’agit pas seulement de sa personne au sens limité mais même de son corps mystique qui est l’Église'''. Ce corps mystique revit en permanence les étapes de la vie de son Divin Maître. A la fois la naissance obscure, la vie cachée, le massacre des innocents en haine de sa personne, la vie publique en faisant le bien par les Saints qu’il suscite toujours à son Église, le triomphe des rameaux qui annonce la crucifixion, la mort sur la croix et la résurrection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A côté de cela, cet Homme qu’on appelle Jésus suscite l’amour des vivants. Napoléon voit dans ce seul fait une preuve de la divinité du Christ. Ce qu’aucun chef n’a jamais osé demander, l’amour de ses subordonnés, Jésus l’obtient '''''encore aujourd’hui''''', à un degré que jalouserait un vivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il continue d’être, encore aujourd’hui, un objet de scandale et de contradiction, un objet de haine ou d’amour placé pour le relèvement ou pour la chute de beaucoup. Bienheureux ceux qui ne seront pas scandalisés à cause de LUI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela sera vrai jusque dans l’éternité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===II LA REVELATION CHRETIENNE.===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation chrétienne est le contenu du message chrétien. Ce contenu est unique, comme la réalité qu’il décrit. Cette révélation, entre autres, porte à notre connaissance des faits «&amp;amp;nbsp;historiques&amp;amp;nbsp;» certains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leurs conséquences touchent, encore aujourd’hui, tous les hommes. J’ai dit ‘‘ ''historiques ''’’ pour signifier que ces faits se sont réellement produits dans le temps. Quelquefois ils remontent aux origines de l’humanité, quelquefois le témoignage écrit, contemporain de l’événement, ne nous est pas directement parvenu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La connaissance de ces faits nous permet de mieux comprendre ce que nous vivons, ce que nous voyons, ... ce qui nous arrive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====Le Credo.====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo nous donne le cadre de compréhension du monde. Ce dernier a été créé bon, par Dieu pour l’homme. Par suite de la faute originelle du premier couple, le monde est tombé, et il est momentanément encore (disons&amp;amp;nbsp;: Peut être quelques millénaires) sous l’emprise de Satan, prince de ce monde, le menteur et homicide dès le commencement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ses conséquences, le péché originel ‘‘''mord’’'' chacun de nous. La séparation du Bien et du Mal ne sépare pas les hommes en Bons et Mauvais par essence ou par nature. Elle passe au-dedans de chacun de nous. Nos choix volontaires déterminent l’importance relative de ces domaines en nous. Nous n’avons donc pas à rechercher l’évacuation du mal sur la terre par l’élimination d’une catégorie d’hommes. Cette erreur criminelle et assassine a été, hier, le fait des Nazis qui se fondaient sur la race. Elle est, aujourd’hui, celle du communisme qui se fonde sur la classe. En particulier l’évacuation prétendue du mal sur la terre en éliminant les ‘‘riches’’, ne peut avoir pour objet que de laisser tous les survivants pauvres, haineux et envieux. Le christianisme a un programme plus ambitieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout nouveau totalitarisme qui pourrait surgir ferait la même erreur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cause de la chute originelle je comprends ce qui m’arrive&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je ne fais pas le bien que je voudrais, et je fais le mal que je ne voulais pas.&amp;amp;nbsp;» Je sais que ma faiblesse de nature ne sera éliminée ni par l’éducation - même si j’en fais un conditionnement - ni par les sacrements. Aussi effectuerais-je mon salut avec crainte et tremblement et - ''vigilate'' - en faisant attention à ne pas m’égarer, quel que soit mon âge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cause du péché originel, je comprends pourquoi mes enfants, même tout petits, ont eu des ‘‘instincts’’ mauvais&amp;amp;nbsp;: destruction gratuite, envies, jalousies, gourmandises, colères, ... Je sais que je dois corriger l’enfant, que je dois l’élever, '''le libérer''', autant qu’il est en mon pouvoir de ces pulsions malsaines. La connaissance des conséquences actuelles du péché originel me fait trembler en voyant les faiblesses de sa nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si je laissais faire l’enfant sans réagir, ou si je riais de ses bêtises, je découvrirai, quand il aura 14, 16, 20 ans ou plus, que mon enfant est devenu égoïste, ou sauvage, ou paresseux... et ce avec des regrets cuisants ou une résignation aveugle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conflit des générations est d’autant plus violent que les parents ont moins compris l’importance du péché originel lorsqu’ils éduquaient leurs enfants. La nouvelle du péché originel sera une information utile donc bonne aussi longtemps que se renouvelleront les générations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation du péché originel a montré la faiblesse inhérente à la nature humaine. Elle explique pourquoi les hommes quels que soient leur âge et leur époque, sont victimes de cette faiblesse et capables en conséquences des pires aberrations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo nous explique que l’homme perdu a été sauvé. Le Fils de Dieu s’est incarné par l’opération du Saint Esprit. Il a pris chair dans le sein de la vierge Marie. Il a souffert sur la Croix pour nous sauver. Il reviendra dans la gloire pour juger tous les hommes. Pour qu’un maximum soit sauvé ce jour là, il a fondé l’Église, instrument de salut. Cette dernière guidée par le Saint Esprit, nous conduit vers le jugement dernier des ressuscités que nous serons tous. Les uns iront alors à la gloire et au bonheur éternel, les autres à la damnation et aux supplices éternels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes, incapables de s’en sortir seuls, sont sauvés par le don miséricordieux du Dieu d’amour. Nous avons, grâce à LUI, dès aujourd’hui, la lumière et la force pour nous guider et nous aider à parcourir la route du salut... à condition toutefois d’utiliser cette lumière et d’acquérir cette force. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Credo nous donne le sens et la signification de l’histoire universelle.''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====Les Commandements====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ses ''commandements'' Dieu, Notre Créateur et Père, nous fait connaître les règles morales minimales à respecter pour avoir une chance de Le rencontrer. Si nous les refusons nous faisons de cette terre une antichambre de l’Enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====Les Béatitudes.====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Béatitudes'' nous font savoir où aller pour trouver le bonheur, le vrai, celui qui perdure dans le cœur et l’esprit malgré les souffrances, les tribulations et les épreuves et les croix affrontées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains refusent les Béatitudes. Elles paraissent en effet, folie pour les païens et elles impliquent d’accepter la Croix. Au lieu de chercher, dans les sacrements, la force de triompher dans et par la Croix, ils fuient les Béatitudes. Nous ne devons donc pas être surpris de voir de telles personnes se suicider. Le désespoir les a saisies alors qu’elles étaient enviées d’avoir tout ce qu’il leur faut pour être heureuses selon les lois du monde qui sont menteuses et homicides comme le prince qui les promulgue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au contraire les témoins de la croix et des béatitudes en arrivent à écrire, au milieu d’épreuves qui nous feraient frémir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je surabonde de joie dans mes tribulations.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====Le Pater.====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces témoins de la Croix et du vrai bonheur savent quels sont les vrais biens qu’il faut demander. Et Ils les obtiennent. Ils les ont demandés par ‘‘le Pater’’. Et Dieu les leur accorde, car Il est le Bon Dieu, La Providence, le Père des Pauvres et des miséreux, le dispensateur de tous dons. Et même il fait luire son soleil et tomber la pluie sur ceux qui veulent l’aimer comme sur ceux qui veulent le haïr. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====Les Sacrements.====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pires que S. Paul, nous ne faisons pas le bien que nous voudrions et nous faisons le mal que nous ne voudrions pas. Nous avons besoin d’une force divine pour nous aider à progresser vers notre bien durable, vers notre bonheur durable. Cette force nous est donnée par les sacrements. J’ai dit ''notre bien'', pour indiquer qu’il s’agit d’un bien vraiment commun, d’un bonheur commun à tous les hommes. Quand j’acquiers cette force et que je progresse moralement, alors je participe à la libération des hommes de l’emprise de Satan. Au contraire je deviens un instrument du pouvoir du démon, chaque fois que je concède au malin quelque chose en moi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====La Résurrection.====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le massage chrétien est l’information contenue dans la Révélation et que l’Église nous explique par son Magistère. Ce message est basé sur des faits certains. Historique et certain, le fait de la résurrection du Christ est le plus extraordinaire. C’est le plus formidable garant de l’authenticité, de la véracité, de la réalité que nous fait connaître la Révélation. Jésus, le Christ, né de la Vierge Marie, torturé, crucifié, mort, mis au tombeau, en est ressorti vivant avec son corps né de la Vierge Marie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous mangeons ce même corps, né de la Vierge Marie dans la communion eucharistique. C’est ce corps ressuscité qui donne à l’homme - corps et âme - qui le reçoit dignement, la force divine et l’aptitude au bonheur divin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===III AVOIR LA FOI.===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avoir la FOI, c’est accepter l’information apportée par la Révélation chrétienne et maladroitement résumée ci dessus. C’est accepter et accueillir l’information de la Révélation, non seulement pour comprendre la réalité définitive et immuable qu’elle décrit, mais surtout pour en tirer les conséquences inépuisables qui guideront nos actions, pendant toute notre vie, vaille que vaille, jusqu’à l’éternel pardon. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes, nous ne pouvons pas, dès ici bas vérifier bien des informations données par la Révélation. Pourtant dès qu’on a un peu vécu, nous avons constaté que la vie nous donne une foule d’illustrations des vérités de la FOI. Or, pour bâtir notre vie, nous avons besoin de cette information AVANT de nous lancer dans des expériences malheureuses. Nous en serions les premières victimes. Au contraire, si nous basons notre vie sur les données de la Révélation, nous attendons avec certitude le bonheur divin promis dans l’Autre Monde. De plus nous jouissons quand même, dès ici bas sur la terre cette vallée de larmes, de la paix divine, l’avant goût du paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On le voit, la FOI '''n’est pas un sentiment aveugle''' surgissant des profondeurs du subconscient. '''C’est l’adhésion de l’intelligence au contenu de la Révélation qui nous a été transmis par le bouche à oreille'''. C’est la FOI à la Parole. Nous sommes de la Religion du Verbe Incarné. Cette adhésion au contenu révélé, est due à notre soumission aux motions de la grâce divine. Par cette adhésion nous prenons en compte le contenu pour diriger nos vies, pour orienter les moindres de nos décisions d’actions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI guide nos actes'''. Ils doivent normalement l’exprimer. La FOI s’épanouit donc dans des œuvres inaugurées, puis menées à terme, malgré les difficultés et les traverses, dans la certitude de leur aboutissement. C’est la persévérance de la FOI, c’est déjà l'ESPÉRANCE. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FOI débouche normalement sur l’Espérance. Le Credo s’achève par la proclamation de l’espérance en la résurrection de la chair et l’attente de la vie à venir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que Dieu, dans sa miséricorde, veuille l’accorder au pécheur que je suis.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_foi,_don_de_Dieu&amp;diff=1683</id>
		<title>La foi, don de Dieu</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_foi,_don_de_Dieu&amp;diff=1683"/>
				<updated>2011-04-05T10:35:46Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = André Frament &lt;br /&gt;
| source = &lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = &lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦♦ Moyen &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|- &lt;br /&gt;
| &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
|} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi est un don surnaturel de Dieu''' : Il est important de garder cette réalité à l’esprit pendant l’exposé qui va suivre. Ce don surnaturel nous fait atteindre Dieu Lui Même. C’est une vertu théologale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''DIEU a besoin des hommes'' titrait un film ancien. Il ne s’agit pas de dire qu’il manquerait quoique ce soit au BON DIEU. Il est Unique et Trine, d’une majesté infinie. L’homme ne peut rien Lui apporter qu’il n’ait d’abord reçu de Lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Verbe de Dieu, deuxième personne de la Trinité, est venu s’incarner. Après sa mort sur la croix et sa résurrection, Il est remonté au Cieux. Avant de partir, Il nous a donné la mission d’achever la conversion du Monde à Sa place. Et c’est si vrai, qu’Il reprochera à SAÜL d’être celui qui Le persécute dans les membres de l’Église naissante. Notre Seigneur a voulu avoir besoin de nous. Essayons de rentrer dans ce mystère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu veut que tout homme soit sauvé'''. Notre salut c’est de LE connaître et de L’aimer et LE servir. IL souhaite obtenir notre amour, notre cœur, notre confiance. '''Notre confiance, c’est à dire la FOI.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DIEU est Bon'''. Il répand Ses dons et Sa grâce, à profusion. Dans une apparition Notre Dame fait voir des ''rayons noirs'' qui partent de ses mains : Ce sont les grâces qu’on ne lui a pas demandées et qu’elle avait mission de nous donner de la part du Seigneur'''. En conséquence, parce que la Foi est une réponse de l’homme à une grâce donnée par Dieu, nous sommes certains que Dieu ne manque pas de donner les grâces suffisantes.''' Ce qui manque, c’est peut être la réponse des hommes, mais surement aussi notre engagement dans le rôle que Dieu nous a donné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église. '''Ekklhsia en grec veut dire Assemblée du peuple convoqué, appelé. Cette Église, nous dit BOSSUET, c’est ‘‘''JÉSUS CHRIST répandu et communiqué''.’’ JEANNE D’ARC, répondant à ses juges, affirme : ‘‘ ''M’est avis que c’est tout un, de JÉSUS CHRIST et de son'' ''ÉGLISE''’’. L’Église continue la mission du Christ. Nous sommes, nous voulons être d’Église. En tant que membres du corps mystique, nous devons participer à sa mission. DIEU nous fait honneur : IL nous charge de remplacer Son Fils Unique, pour parler au Monde d’aujourd’hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc la FOI s’attiédit de nos jours, c’est parce que, DIEU me pardonne, JESUS se tait ''par nous''. Nous sommes membres de son corps mystique et '''nous''' L’empêchons de parler à nos frères. '''Nous ne remplissons pas notre mission.''' Nous ne témoignons plus notre FOI. Nous ne témoignons pas notre confiance à DIEU.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‘‘La FOI serait plus difficile à transmettre à notre époque.’’ C’est ce que disent et prétendent beaucoup ... Ce n’est quand même pas mon avis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==La FOI est contagieuse.==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI n’est pas un sentiment.''' '''Elle est une certitude intellectuelle.''' Par la foi, L’homme, accepte de faire confiance en Dieu. &amp;quot;''Seigneur, nous avons travaillé en vain toute la nuit, mais sur ta parole, je jetterai les filets.''&amp;quot; Saint Pierre en disant cela montre qu'il fait confiance. Lui, le pêcheur professionnel, a le sentiment qu'il ne se trouve pas dans un jour faste. Toute son expérience humaine le lui a appris. Et il est fatigué du travail de toute la nuit. Mais le Seigneur en donne l'ordre. Il va donc lancer une fois encore les filets. Et ce sera la pêche miraculeuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI est contagieuse.''' Elle gagne le cœur et l’esprit de ceux qui la rencontrent. Encore faut-il la rencontrer. C’est le problème de nos contemporains ! Ils n’ont pas l’occasion de la rencontrer. En effet, beaucoup de chrétiens et probablement beaucoup de clercs ne savent plus ce qu’est la FOI. Alors, comment pourraient-ils ne pas en gêner la transmission ? Et comment même pourraient-ils l’avoir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours de mes travaux professionnels, j’ai été amené à réfléchir sur la nature et le rôle de ''l’information''. Ces réflexions m’ont aidé à entrevoir ce qu’est la FOI, à comprendre la pleine valeur de la définition classique de cette vertu théologale : '''La FOI est l’adhésion de l’intelligence à un contenu révélé reçu ''ex auditu''.''' (reçu par l’oreille) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;Je me propose de vous indiquer le cheminement. Je traiterai ensuite de la FOI en N.S. JESUS le CHRIST. Enfin, je passerai en revue - très rapide - les grandes vérités du CREDO, c’est à dire le contenu de la FOI catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''I&amp;amp;nbsp;LE CHEMINEMENT.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partons du concept : information. Cela fait comprendre ce qu’est la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11 L’INFORMATION et LES RUMEURS&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* Informer quelqu’un&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''', c’est &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Lui faire connaître ce se passe (se passera ou s’est passé!), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Afin qu’il sache ce qui lui arrive (va lui arriver ou lui est arrivé), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Et qu’il comprenne ce qu’il doit faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* Exemple&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''' : Un voyageur essoufflé arrive sur le quai de la gare de Lyon, à PARIS. Il demande à un contrôleur; ancien du métier : «&amp;amp;nbsp;''Pardon Monsieur, le premier train pour Lyon, s’il vous plaît''&amp;amp;nbsp;». Le contrôleur, avec le sourire lui répond : «&amp;amp;nbsp;''Voie 7, il part dans cinq minutes. Mais voie A, là bas le T.G.V. part dans quarante-cinq minutes, et arrive deux heures avant!&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;Le contrôleur n’a pas exclusivement répondu à la question posée. Il a quand même donné une bonne information, celle qui permet de se décider en fonction de son intérêt. Parce que le voyageur '''fait confiance, il croit''' ce qui lui a été dit. Il va tranquillement acheter le billet spécial pour prendre le train d’après, dans la '''certitude''' d’arriver à Lyon avant celui qui partirait par le premier train. La confiance en ce qui a été dit, la '''foi''' en celui qui a donné l’information''', oriente son action.''' Dans cette situation, dire que cet homme est mû par ‘‘''un sentiment aveugle venu des profondeurs du'' ''subconscient.''’’ est une stupidité parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* Les nouvelles.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les informations s’appellent aussi des nouvelles.''' Elles sont diffusées en tant que faits ''nouveaux''. Leur connaissance serait (théoriquement) nécessaire ou plus simplement utile aux destinataires. Sachant ce qui se passe, ils peuvent comprendre ce qui va leur arriver et déterminer ce qu’ils doivent faire. Elles ont, normalement, pour but de faire connaître '''ce qui est,''' et dont les conséquences vont retentir sur la vie du destinataire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les médias, on le sait, ne donnent pas de nouvelles qui nous permettent d’agir selon '''''notre''''' intérêt. Ils orientent le comportement des récepteurs ''conformément à l’intérêt de l’émetteur''. Actuellement les pseudo-informations diffusées ont pour objet d’asservir l’homme à ses passions et de lui cacher l’important et même l’essentiel. Et pourtant nos contemporains y croient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette &amp;quot;information&amp;quot; a un fort impact : elle oriente leurs actes. On parle de conditionnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’information essentielle.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il s’agit de nous apprendre :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Que la mort a déjà été vaincue une fois, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Qu’elle sera, un jour, définitivement vaincue,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Que, comme tous les morts, '''nous '''ressusciterons, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Que nous pouvons vivre aujourd’hui de manière à obtenir alors une vie de bonheur&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; éternel, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Que nous pouvons être sauvés de la mort et des supplices éternels si nous agissons &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;comme il convient, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conçoit que ce soit là une nouvelle importante, fondamentale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c'est, une BONNE NOUVELLE. C’est la bonne nouvelle de l’EVANGILE. Cette information nous libère. Elle éclaire notre vie Elle nous permet d’orienter nos actions en fonction de notre intérêt majeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi, apportant l’essentiel, ne pourrait-elle pas avoir un impact extraordinaire ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* La rumeur&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains messages circulent spontanément. Ils se diffusent promptement au sein d’une population. Ils ne sont pour autant ni contrôlés ni même vérifiables immédiatement. Ce sont des ‘‘''rumeurs’’. ''Souvent du crédit leur est accordé. Des actions sont décidées, orientées par ces on-dit. Ce sont autant d’ &amp;quot;actes de foi&amp;quot; qui propagent et relancent la rumeur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* L’acte de foi propage la foi.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est logique de déterminer son itinéraire de vacances en tenant compte des encombrements routiers signalés par les autorités compétentes et responsables. Il paraît beaucoup moins rationnel de jouer à la bourse de fortes sommes sur la base de rumeurs. Les petits donneurs d’ordres ne peuvent pas en contrôler la validité. Mais ils y croient, ils agissent en conséquence. Ils déclenchent des mouvements à la hausse... ou à la baisse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux amis, achevaient leurs courses dans un supermarché de province. Ils faisaient la queue devant la même caisse. L’un deux avait exclusivement dans son chariot de nombreuses bouteilles de vinaigre. Son épouse pense, en effet, que c’est, associé au papier journal et à ''l’huile de coude'', le seul bon produit pour traiter les vieux cuivres. L’ami s’étonne, à haute voix, de voir acheter à la fois autant de vinaigre. Le premier, pince sans rire, lui répond : «&amp;amp;nbsp;je fais des provisions, on va en manquer bientôt.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce faisant, le plaisantin généra une rumeur qui traversa la ville. Une semaine plus tard, les épiciers de cette localité ne pouvaient plus fournir de vinaigre. Une ou des personnes de la file avaient cru en la phrase selon laquelle on manquerait de vinaigre. Le chariot plein était un acte de foi (naturelle évidemment!) ''indiscutable''. Elles ont accru leur achat de vinaigre, propageant et renforçant la rumeur...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’acte de foi naturelle propage la foi naturelle''. Il en est de même pour la foi surnaturelle. ''Si donc la Foi ne se propage pas, c’est que nous ne faisons pas suffisamment d’actes de foi. Peut être devrions nous, nous aussi, nous convertir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seigneur, augmentez ma foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;L’impact de l’information&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On le constate, l’information nous fait connaître des faits. En tant que tels ils sont neutres. Leurs conséquences, par contre, peuvent être importantes pour le destinataire. Alors les passions entrent en jeu. Cela suppose, naturellement, que l’information soit perçue comme vraie, comme certaine, comme réelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons tous entendu dire dans certaines circonstances : ‘‘''Il ne voulait pas y croire''.’’ ou plus caractéristique encore : ‘‘''Il ne pouvait pas y croire''.’’ Cela se produit quand la personne en cause reçoit l’information d’un fait qui, par ses conséquences à un retentissement ''trop'' grand pour sa vie. Que ce soit en bien ou en mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est de même en ce qui concerne la FOI. Quand l’information leur est donnée, beaucoup de ceux qui la refusent n’en veulent pas parce que cela les dérangerait ''trop, ''les mettrait trop fortement en question. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est vrai ! Mais aussi, parce que la FOI de l’annonceur n’est pas suffisante pour '''donner l’idée qu’il faut quand même faire cette remise en cause'''. Il faut la Foi d’un saint pour convertir. On dit que de grands pécheurs se sont convertis en entendant le Curé d’Ars dire simplement : &amp;quot;''Mes frères, si vous saviez comme DIEU est bon'' ''!''&amp;quot; Parce qu’il est en relation étroite avec Dieu, le saint transmet la force de Sa Parole avec «&amp;amp;nbsp;moins de déperdition.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Beaucoup refusent la FOI. Ils n’en veulent pas parce que cela les dérangerait trop. Cela se vérifie d’abord quand les hommes sont placés devant cet Homme qu’on appelle le CHRIST.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''II&amp;amp;nbsp; LA FOI EN JESUS, LE CHRIST'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première information qui entraîne de très importantes conséquences pour notre vie personnelle, c’est l’annonce de la messianité de Jésus, de la '''divinité''' de N.S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''21&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;UN MESSAGE SCANDALEUX.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A dire vrai une telle information, un tel message est «&amp;amp;nbsp;scandaleux.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le vieillard Siméon.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà le vieillard Siméon l’avait prédit lors de la présentation de Jésus au Temple. ''«&amp;amp;nbsp;Cet enfant est pour le relèvement et la chute d’un grand nombre en Israël''.&amp;amp;nbsp;» De nos jours Siméon dirait : «&amp;amp;nbsp;''...d’un grand nombre dans l’Église''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Saint Paul.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Paul à son tour proclame : «&amp;amp;nbsp;''Nous prêchons le Christ et le Christ crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus lui même.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus lui même s’est déclaré comme cause possible de scandale. Ainsi dans sa réponse aux émissaires de Jean le Baptiste, il dit : « ''Allez dire à Jean ce que vous voyez et entendez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres''.&amp;amp;nbsp;» Il ajoute ensuite : «&amp;amp;nbsp;''Bienheureux celui qui ne sera pas scandalisé à cause de moi''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chrétiens d’aujourd’hui, avons nous conscience de la dimension folle ou scandaleuse des mystères de l’Incarnation et de la Rédemption par la Croix ? Un hymne à la Vierge nous met face au mystère : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''«&amp;amp;nbsp;Celui que l’univers entier ne peut contenir''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;''s’est fait homme en tes viscères.''&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Créateur et Maître des Univers-îles et des Galaxies contenant des milliards de soleils, est né d’une femme. Il est venu pauvre, dans une étable, parmi des animaux parce qu’il n’y avait pas de place pour Marie et Joseph dans l’hôtellerie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''22&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;LA PEDAGOGIE DU SEIGNEUR.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Verbe de Dieu, dans sa bonté, ménage la faiblesse humaine. Il révèle très progressivement qui IL EST. Mais s’il se glorifiait lui-même, sa gloire serait vaine. DIEU, Son PERE va glorifier le FILS. IL le fera lors du baptême au Jourdain, lors de la Transfiguration...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais surtout, des hommes et des femmes vont ''répondre à la grâce''. Ils vont proclamer leur FOI, Ils vont reconnaître en Jésus un être supérieur. Je veux dire qu’ils vont proclamer qu’IL est plus qu’un homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette proclamation des hommes par la FOI va très loin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Centurion au pied de la croix s’écrie : «&amp;amp;nbsp;''Vraiment cet homme était fils de DIEU''.&amp;amp;nbsp;» Je n’ai pas l’impression que cet officier romain ait voulu dire ''Fils '''du''' DIEU UNIQUE''. Il lui reconnaît pourtant une dimension divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La glorification du Christ va culminer avec la profession de PIERRE à Césarée :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;TU ES LE CHRIST, LE FILS DU DIEU VIVANT ! &amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et la reconnaissance de Saint Thomas huit jours après la Résurrection :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;MON SEIGNEUR ET MON DIEU !&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut prendre les choses par le commencement. Des hommes et des femmes vont se tourner vers Jésus. Ils vont lui demander une aide, un secours, un salut. Ce faisant, ils reconnaissent implicitement en lui un être tout à fait particulier, capable de les aider, de les guérir, de les sauver. Cette démarche nous le verrons est tacite. Notre Seigneur, par ses silences, ses questions ou ses réponses, va provoquer une révélation extérieure de leur attitude intérieure. IL les conduit à témoigner extérieurement qu’ils reconnaissent - ou non - Sa messianité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''221 Un cas de refus : le jeune homme riche. '''(S; Marc '''10''', 17 - 22)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tandis que Jésus se mettait en route, quelqu’un accourût, tomba à ses genoux et l’interrogea : «&amp;amp;nbsp;Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la Vie Éternelle ?»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette scène a de quoi scandaliser un Juif qui ne verrait en Jésus qu’un homme même prophète. Chez les Juifs on ne pliait pas le genou, on n’inclinait pas la tête devant un homme même puissant. Pour cela ils étaient appelés ''le peuple à la nuque raide.'' Ils étaient aussi exemptés des cérémonies trop serviles vis à vis des rois et des chefs des autres nations. De plus le jeune homme dit : «&amp;amp;nbsp;''Bon Maître''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus lui demande alors d’expliciter sa position : «&amp;amp;nbsp;''Pourquoi m’appelles-tu bon ? Dieu seul est bon !''&amp;amp;nbsp;» Le jeune homme, interloqué, ne dit rien. Il pourrait se sentir rabroué. Il semble plutôt qu'il soit stupéfait de l'importance de ce que Jésus lui fait entrevoir. Veut-il reconnaître DIEU en Jésus ? Veut-il reconnaître le Christ en Jésus ? A ses yeux comme à ceux de ses contemporains Jésus est un prophète comme un autre, même s’il a la réputation d’être bon. Les quelques mots de Jésus lui demandent d'expliciter son geste. A-t-il compris que Jésus est '''Celui qui doit venir '''? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il hésite devant ce qu'il entrevoit, Notre Seigneur enchaîne alors. Sa divine pédagogie entame une démarche pour le guider sur la voie de la solution : «''Tu connais les commandements : Ne tues pas, ne commets pas d’adultère, ne voles pas, ne porte pas de faux témoignages, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère.'' »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut le remarquer. Le Christ prend les commandements de la Loi dans un ordre différent de celui de leur promulgation. Il part de l’expression la plus concrète et la plus &amp;quot;naturellement&amp;quot; évidente (ne tues pas), et il remonte progressivement (ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'arrête avant d'arriver aux points concernant le culte à rendre à Dieu. Il ne les oublie pas. Il cadre le débat sur la suite. Le questionneur interrompt semble-t-il Jésus. Comme s'il était déçu. «&amp;amp;nbsp;''Maître'', t''out cela je l’ai observé avec soin depuis ma jeunesse''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’interlocuteur ne dit plus ''BON Maître, ''mais seulement ''Maître''. Il ne reconnaît pas DIEU en Jésus. Mais il est encore un ''envoyé'' de DIEU. Dans son cœur Jésus est homme. Mais cet homme, '''poussé par la grâce''', sent bien que les commandements ne sont qu’une ''piste d’envol'' vers le Seigneur. Il voudrait aller plus vite, plus loin, plus haut. Il venait demander à Jésus comment y arriver. Il est donc déçu de la réponse - inachevée - qu’il reçoit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont ces sentiments qui font que ''Jésus, l’ayant regardé se prit à l’aimer,'' comme le dit l’évangéliste. Notre Seigneur lui donne alors une deuxième chance de le reconnaître au moins comme un Maître exceptionnel qu’il faut écouter et suivre. Il en vient, directement donc, au conseil demandé : «&amp;amp;nbsp;''Une seule chose te manque. Va, vends ce que tu as, donnes en le prix aux pauvres, tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle annonce ! Pour avoir la vie éternelle, il faut tout quitter pour suivre Jésus. Il faut donc le suivre et l'aimer plus que toutes ses propres richesses ? On en arrive à ce qui implique le premier commandement : &amp;quot;Tu aimeras le Seigneur de tout cœur de toute ton âme, de toutes tes forces.&amp;quot; Ce que Jésus demande implicitement c'est la reconnaissance de sa divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre interprétation est aussi possible. Elle est montre une étape plus accommodée à la capacité de réception du jeune homme. Elle propose une reconnaissance moins complète de QUI est Jésus. On peut en effet comprendre les propos du Christ de la manière suivante : «&amp;amp;nbsp;''Tu as raison, le bien suprême est la vie éternelle. Tu as reconnu en moi un Maître susceptible de t’y mener. Je veux bien te conduire vers l’amour total de Dieu. Mais d’abord libère-toi des biens matériels qui t’encombrent, t’alourdissent et retardent ton ascension vers DIEU''&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le jeune homme devint sombre à cette parole. Il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens''. Voyant le prix à payer pour monter vers DIEU et acquérir la vie éternelle, le jeune homme refuse de faire le pas. Refusant la lumière, il s’assombrit. Il ne peut éclairer à son tour. Il montre finalement ce à quoi il fait vraiment confiance : la richesse matérielle. Il ne veut pas s’en séparer et faire totalement confiance à DIEU. Au BON DIEU.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet homme riche, c’est chacun de nous. Pour des richesses peut-être moins importantes que les siennes. Nous ne voulons pas faire totalement confiance à Notre Seigneur Jésus-Christ, au Bon Dieu, à la Providence divine qui contrôle la chute du moindre de nos cheveux. Nous voulons garder un appui financier, une garantie matérielle. C’est plus sûr croyons nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous faisons davantage confiance aux ressources matérielles qu’a Dieu Tout-Puissant et à Son Fils Jésus. Notre dieu suprême c’est donc MAMMON, l’Argent, une idole. Par de tels comportements nous contribuons à la diffusion de cette idolâtrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Jésus nous demandait directement et personnellement de faire la démarche qu’IL demanda au jeune homme riche, serions nous réellement disposés à TOUT laisser pour le suivre ? Pour lui obéir ? Pour manifester notre ''confiance'' en LUI, notre FOI en LUI ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons en être conscients. Nous ne sommes que les gestionnaires des biens qu’IL nous confie. IL peut donc, à tout moment, nous les reprendre. Sa décision sera déterminée par la volonté de nous faciliter l’accès au royaume de Son Père, même si elle nous paraît une Croix sur la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour nous rendre capable de recevoir - et d’exécuter - la volonté de DIEU, que Saint Paul nous demande de nous comporter, ayant des biens, comme n’en ayant pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''221 Ceux qui reconnaissent le Messie.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''L’aveugle de Jéricho. ''(S. Luc '''18''', 35 - 43) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A''' l’entrée de Jéricho, un aveugle entend passer une foule. Il s’informe. On lui apprend que c’est Jésus de Nazareth et les gens qui l’accompagnent. Alors, il clame : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Jésus, Fils de David, aies pitié de moi''.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout Israël sait que ''Fils de David'' désigne le Messie, Celui qui doit venir. C’est ce qu’enseignent les docteurs et les scribes. L’aveugle proclame donc la messianité de Jésus, alors que les prêtres, les docteurs et les scribes la nient. Il convient donc de le faire taire. En effet :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Ou bien cette déclaration est considérée comme fausse, il faut alors la faire cesser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Ou bien, ''cas de celui qui croît au moins un peu au rôle particulier de Jésus'', il faut éviter de provoquer la colère des autorités en place. Dans ce cas là, aussi, il faut l’arrêter, la faire cesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais l’aveugle continue de proclamer de plus belle en une formule concise (huit mots en français, cinq en latin !) « ''Jésus, Fils de David, aies pitié de moi''.&amp;amp;nbsp;» c’est à dire :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;JESUS est le MESSIE. JESUS peut me guérir. S’il le veut Dieu ne s’y opposera pas. Jésus est Sauveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour l’instant la pensée de l’aveugle est semble-t-il implicite. On peut même penser que je sollicite les textes et la pensée du personnage. JESUS, va l’amener à témoigner de sa démarche intime. IL lui demande : «&amp;amp;nbsp;''Que veux-tu que je fasse pour toi?''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'aveugle sait, comme tout homme en Israël, qu’il vit dans la période où doit apparaître le Messie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;''Es-tu celui qui doit venir ou doit-on en attendre un autre ?''&amp;quot; avaient demandé les envoyés des princes des prêtres et des pharisiens à Jean le Baptiste. Comme l’a annoncé Isaïe le prophète, c’est maintenant que ''les aveugles vont voir, les boiteux marcher, les lépreux être purifiés, les sourds entendre, les morts ressusciter''. Il a confiance qu’il pourra être bénéficiaire d’une grâce de ce genre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que répondra-t-il ? En son cœur, docile à la motion interne de la grâce, il a reconnu le Messie en Jésus. C’est pour cela qu’il lui a donné le titre messianique «&amp;amp;nbsp;''fils de David''&amp;amp;nbsp;». C’est son '''acte''' de FOI. L’aveugle, certain, par la FOI, que Jésus est le Messie, Il espère sa guérison. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa réponse arrive donc : ''Rabonni, Que je recouvre la vue !'' Remarquons bien qu’il demande sa guérison, son salut à Jésus. Il ne s’agit pas, à ses yeux, d’obtenir une démarche d’intercession auprès de DIEU.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est immédiate : « ''Vois ta FOI t’a sauvé. ''» et l’homme est exaucé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il suivait'' le cortège ''en glorifiant DIEU''. La gloire de Jésus est proclamée par un homme. L’acte de charité suit l’acte de FOI et l’acte d’Espérance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI reconnaît Dieu en Jésus. Elle fait entrer cette réalité dans la détermination des décisions d’action. Elle a confiance en la valeur de ce qu’elle entreprend basée sur cette certitude. Elle arrive à l’espérance. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Exaucé dans sa demande, le bénéficiaire fait un acte de reconnaissance'''. '''Ou plutôt, il devrait manifester un acte d’amour, de charité. Ce n’est pas souvent le cas. Une fois, sur dix lépreux guéris, un seul revint remercier Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''La femme syro phénicienne.'' (S; Mt. '''15''', 21-28)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons monter un degré de plus dans la FOI en considérant la syro-phénicienne. De nos jours on dirait la libanaise. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Une cananéenne criait : «&amp;amp;nbsp;Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de DAVID. Ma fille souffre cruellement d’un démon.''&amp;amp;nbsp;''» ''Comme on le voit, cette femme donne à Jésus, son titre messianique : «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, Fils de David''.&amp;amp;nbsp;» Elle appelle au secours. Elle attend que Jésus la sauve. Ou plutôt qu’IL sauve sa fille ''d’un démon''. Par le fait, elle reconnaît publiquement à Jésus le pouvoir de chasser les démons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus pourtant ne répond rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la femme poursuivait le cortège de ses cris. Pour avoir la paix, les disciples interviennent alors. Ils demandent à Jésus de la renvoyer (satisfaite) «&amp;amp;nbsp;''parce qu’elle crie derrière nous.''&amp;amp;nbsp;» On fait donc approcher la femme. Elle ''se prosterne devant Jésus.'' Elle l’adore en quelque sorte''.'' Elle lui demande son secours : «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, viens à mon secours''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus semble d’une insoutenable dureté : ''«&amp;amp;nbsp;Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens&amp;amp;nbsp;».'' Cette phrase est cruelle mais elle va révéler l’étendue de la FOI de la cananéenne (ce devrait être une leçon pour les juifs.) et proclamer la gloire de Notre Seigneur Jésus - Christ :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''« Oui, Seigneur. Mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître.&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette phrase, la femme qui continue de reconnaître le Christ en Jésus, proclame aussi l’élection d’Israël par Dieu, et, par l’intermédiaire d’Israël, la miséricorde de Dieu envers les nations qu’elle incarne. A ce titre elle est heureuse de récupérer ce que la nation élue laisse tomber.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus s’écrie d’admiration : ''O femme, grande est ta FOI.'' Comme l’écrivait Jean Ousset : La FOI est la seule vertu qui permit à l’homme d’arracher à DIEU des cris d’admiration. Dieu ne se laisse pas dépasser et Jésus délègue son propre pouvoir à la femme. ''«&amp;amp;nbsp;Qu’il te soit fait comme tu le veux.» ''La délégation de pouvoir est directe et totale. De plus elle est efficace. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Jésus est bien propriétaire de ses pouvoirs et non un délégataire intermédiaire.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''Le centurion demande la guérison de son esclave.'' (Luc '''7, '''2-10)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Or un centurion avait un esclave qui allait mal et était sur le point de succomber et il lui était cher. Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques anciens des Juifs pour lui demander de venir sauver son esclave.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce centurion est ce que les anciens Juifs appelaient un prosélyte. C’est à dire un païen d'origine qui reconnaît le DIEU UNIQUE, révélé à Israël. Cette conversion s’est traduite en actes : Le centurion a bâti la synagogue du village. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet officier a la charité. Il aime son esclave et cherche tout moyen de le sauver''. Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers LUI quelques uns des anciens des Juifs pour LUI demander de (venir) sauver son esclave.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le centurion, converti à la religion du Dieu Vivant, a FOI aux prophètes. Il attend lui aussi la venue de Celui qui doit venir. La rumeur qui présente Jésus comme un ''Guérisseur ''l’a touché. Mais pour lui il s’agit de Messie. Nous le verrons plus loin. Par la FOI, il se sait «&amp;amp;nbsp;en dessous des Juifs&amp;amp;nbsp;» dans l’économie du salut. Il n’est pas charnellement descendant d’Abraham. Il sent donc la nécessité de passer par des intercesseurs de la race élue. Eux sont intervenus et ont demandé à Jésus ''d’aller'' sauver l’esclave.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus faisait donc route avec eux, vers la demeure du centurion. Quelqu’un était sûrement allé devant porter la nouvelle : ‘‘Jésus accepte de venir.’’ Le centurion révèle alors sa FOI. Il va à la rencontre de Jésus : «''Seigneur, je ne suis pas digne que tu viennes sous mon toit. Mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri.''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce faisant il révèle qu’il a une FOI plus grande que celle de ceux à qu’il a demandé d’intervenir. Pour lui, Jésus est assez puissant pour commander '''de loin''' la guérison d’un homme qu’il ne voit pas. Si notre Seigneur le veut, il enverra un ange guérir le malade. D’ailleurs c’est ce qu’il explique '': Parce que moi qui ne suis qu’un subalterne, j’ai sous moi des soldats''. (Donc toi qui es un Supérieur, tu as sous tes ordres des serviteurs invisibles, des anges, dirions-nous maintenant). ''Et je dis à l’un va et il va; et à un autre, viens, et il vient; et à mon esclave, fais ceci, et il le fait''. (Donc toi, dis à l’un de tes anges-serviteurs de guérir mon serviteur et cela se réalisera.) ''Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce pouvoir sur les bons anges est un pouvoir divin. En entendant le centurion, Jésus l’admira. Et se tournant, il dit à la foule : ''«&amp;amp;nbsp;Je n’ai jamais vu pareille FOI en Israël.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Entendant ce qui se dit de Jésus, le centurion, répondant à la grâce, a la FOI. Cela le détermine à une action, un acte de FOI. Il demande aux anciens d’intercéder pour lui auprès de Jésus. Il a la certitude qu’il pourra ainsi obtenir la guérison de son serviteur. C’est déjà de l’espérance. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’acte de FOI prépare l’acte d’espérance qui en est la suite logique. Imaginer une FOI sans les œuvres, sans les ''actes'' de la FOI, est une absurdité. Le Centurion aurait-il provoqué l’admiration du Christ si, certain que Jésus était le Christ, il n’avait pas pour autant demandé la guérison de son serviteur ? Ou bien, apprenant que NS venait chez lui, il l’avait laissé rentrer sous son toit sans rien dire ?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''La profession de FOI de Pierre à Césarée. ''(S. Mt. '''16''', 13 -20)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;-''Qui suis-je au dire des foules ?'' (demande Jésus)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;''-Pour les uns : Jean-Baptiste; pour d’autres : Elie; pour les autres, Jérémie ou l’un des prophètes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;''-Mais pour vous, qui suis-je ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question est directe. Elle ne laisse pas d’échappatoire. Le silence commence à s’installer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Alors Pierre prenant la parole, dit : C’est Toi, le Christ, le Fils du Dieu Vivant ! ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette réponse est surhumaine. Elle dépasse les forces d’un homme. Comment est-il possible de reconnaître le Dieu de suprême majesté en cet homme qui s’appelle Jésus ? IL nous le fait savoir Lui même : ''Tu es heureux Simon fils de Jona, car ce ne sont pas la chair ni le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est dans les Cieux.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div align=&amp;quot;right&amp;quot;&amp;gt;La FOI est un don surnaturel de DIEU.&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''23 &amp;amp;nbsp;L’AUTORITE SOUVERAINE.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans tous ces exemples, il s’agissait d’humains. Ils peuvent être impressionnés par Jésus. Les satellites des Juifs envoyés pour lui mettre la main dessus, sont revenus sans avoir rien fait. Ils se sont expliqués en disant : ''«Jamais&amp;amp;nbsp;un homme n’a parlé comme cet homme''.&amp;amp;nbsp;''» ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la matière morte ou inerte et les éléments eux-mêmes LUI obéissent. Jésus va le montrer. Ses actions vont donc montrer la gloire de Dieu, la puissance du Fils. Elles vont entraîner la proclamation de cette gloire par les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''231 La domination sur la mort.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''Le'' ''fils de la veuve de Naïm. La miséricorde de Dieu.'' (S. Luc '''7''', 11 -17)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une veuve pleure son fils unique dont le corps était conduit au tombeau porté sur une civière. Extérieurement, elle ne demandait rien. Voyant la scène, Jésus fut pris de pitié. Il arrête le cortège mortuaire. Il commande au mort de se lever. Et le mort ressuscite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Seigneur fait cela sans effort. On peut comparer cette résurrection avec celle accomplie par le Prophète Elie sur le fils de la veuve de Sarepta. Elie avait longuement prié et supplié Dieu de l’exaucer. Jésus, lui, commande : «&amp;amp;nbsp;''Jeune homme, je te le dis : lève toi.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur la foule qui accompagnait le cortège l’effet est puissant''. La crainte les prit tous et ils glorifiaient Dieu en disant : «&amp;amp;nbsp;Un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple.&amp;amp;nbsp;» ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''La résurrection de Lazare. ''(S. Jean '''11''', 1- 44)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lazare est au tombeau. Cela ne se réalise pas comme dans nos pays. Le tombeau est une grotte (ou une cave taillée dans le rocher). Une grosse pierre est roulée devant l’entrée. Cela fait quatre jours que le cadavre y est déposé. La fermeture n’est pas étanche. ''Déjà il sent''. En passant à proximité l’odeur de charogne est prenante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant Jésus commande qu’on ouvre le tombeau. La pierre est roulée. Notre Seigneur pleure d’émotion. Une foule est présente. ''Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux des aveugles faire que cet homme ne mourût pas ?'' Il est évident pour les assistants que c’est trop tard! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus cria d’une voix forte : Lazare, sors ! ''L’odeur est encore dans le nez des spectateurs qu’ils voient déjà Lazare, ligoté par les bandelettes, se tenir debout à l’entrée du tombeau. ''Le mort sortit, les pieds et les mains '''liés de bandes''' et son visage était enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : «&amp;amp;nbsp;déliez le et laissez le aller&amp;amp;nbsp;»''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’information se répand rapidement. Il est impossible de parler du réveil d’un sommeil cataleptique. Les témoins sont bouleversés. Ils sentaient l’odeur de la putréfaction... Et Lazare, sans discuter l’ordre, est sorti du tombeau. Et même, il en a été éjecté vivant. Comment aurait-il pu marcher lié de bandelettes comme il l’était ? Puis les témoins ont vu Lazare, en bonne santé, sain de corps et d’esprit, leur parler comme avant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus commande souverainement à la mort. Elle cède devant ses ordres. Il lui fait rendre ceux qu’elle semblait avoir définitivement vaincus'''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet homme est bien évidemment un sauveur, celui qui doit venir : le Messie. De ce fait, il est en train de séduire le peuple. En latin ''se ducere'' = attirer à soi. Mais, alors, les princes des prêtres vont perdre leur pouvoir! Leur révolte contre l’occupant romain et la prise du pouvoir sur le Monde ne pourront pas réussir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, cet homme, qu’on appelle le Nazaréen, ne prépare pas de troupes, ne rassemble pas d’armes. Sa révolte sera donc écrasée. En conséquence, Caïphe, le Grand Prêtre, conseilla de le faire mourir. ''Vous n’y entendez rien, vous ; et vous ne réfléchissez pas qu’il vaut mieux pour vous qu’un seul homme meure pour le peuple, et que la nation tout entière ne périsse pas. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Disant cela, le Grand Prêtre prévaricateur est quand même prophète : Les peuples de la Terre entière seront sauvés par le sacrifice de Jésus. De plus la condamnation et l’exécution qui la suivra, vont permettre le miracle suprême.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais avant d’y arriver il nous faut revenir sur un autre aspect : l’autorité sur les éléments.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''232 L’autorité sur les éléments.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''Les noces de Cana.'' (S. Jean '''2''', 1-11)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le troisième jour, il y eût une noce à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était. Jésus aussi fut invité à la noce, ainsi que ses disciples. Et le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : «&amp;amp;nbsp;Ils n’ont plus de vin.&amp;amp;nbsp;» Et Jésus lui dit : «Que me veux-tu, femme ? Mon heure n’est pas encore arrivée.» Sa mère dit aux serviteurs : «Faites tout ce qu’il vous dira.»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phrase de Notre Dame à son Fils semble plus une information qu’une demande. La réponse, une formule sémite, nous surprend. La Sainte Vierge, pourtant, se sait exaucée. Elle met les hommes à la disposition de Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus dit aux servants : «Remplissez d’eau ces jarres.»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant ce qui nous aurait semblé être un ordre idiot, les serviteurs obéissent : ''Ils les remplirent '''jusqu’au bord'''. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et il leur dit :&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Puisez maintenant, et portez en à l’intendant du festin.&amp;amp;nbsp;» Ils en portèrent. Quand l’intendant eût goûté l’eau changée en vin, et il ne savait pas d’où cela venait...Tel fut le premier des signes de Jésus. ''Tout se passe discrètement. Nous sommes désorientés par la concision des propos qui s’échangent. Ils devaient être formulés à voix basse. Jean est le seul évangéliste qui en fasse état et l’intendant du festin ne sait pas d’où vient le vin supplémentaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Nous aussi, devant les circonstances où Dieu nous place, nous devons remplir complètement notre devoir d’état. C’est LUI qui changera nos actions terrestres en actes bons pour le Royaume de son Père. '''Mais cette simplicité du récit ne doit pas nous cacher la grandeur du signe. La matière inanimée a obéi à un ordre de Jésus que le disciple le plus proche n’a même pas entendu formuler. En prendre conscience, éveillerait en nous une crainte révérencielle. Celle-là même qui faisait dire par Saint Pierre à Jésus, après la pêche miraculeuse : ''«&amp;amp;nbsp;Écarte toi de moi, Seigneur, car je suis un homme de péchés.&amp;amp;nbsp;» Car l’effroi l’avait envahi à cause, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de cette pêche de poissons qu’ils avaient faite''. (St Luc '''5''', 8-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''La tempête apaisée.'' (S. Marc '''4''', 35-41) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Laissant la foule, ils le prennent car il était dans le bateau; il y avait d’autres bateaux avec lui. Survient une violente bourrasque, et les vagues se jetaient dans le bateau, de sorte que le bateau se remplissait déjà. Et lui, (Jésus) à la poupe, sur un coussin, dormait. Et ils l’éveillent et lui disent : «&amp;amp;nbsp;Maître, cela ne te fait rien que nous périssions ?&amp;amp;nbsp;» Et s’étant réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : «&amp;amp;nbsp;Tais-toi, reste en silence !&amp;amp;nbsp;» Le vent tomba et il se fit un grand calme. Et il leur dit : «&amp;amp;nbsp;Pourquoi craignez-vous tant ? Comment n’avez-vous pas de foi ?&amp;amp;nbsp;» Et ils furent saisis d’une grande crainte, et ils se disaient entre eux : «&amp;amp;nbsp;Qui donc est-il celui-là, que même le vent et la mer lui obéissent!&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div align=&amp;quot;right&amp;quot;&amp;gt;'''Même le vent et la mer lui obéissent.'''&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''24 &amp;amp;nbsp;LA TOUTE PUISSANCE.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mort et la résurrection de N.S. Jésus Christ. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faudrait en faire une méditation complète de la Passion. Il serait alors possible de constater que «&amp;amp;nbsp;la faiblesse de Dieu est plus forte que la force de l’homme.&amp;amp;nbsp;» Mais cela dépasserait le cadre de cette conférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus est sur la croix. Tous les moindres détails prophétisés sont en train de se vérifier : les soldats se sont partagé ses vêtements et ils ont tiré au sort sa tunique. Il reste à l’abreuver de vinaigre et de fiel. Jésus dit : «&amp;amp;nbsp;''J’ai soif''.&amp;amp;nbsp;» Et le détail se vérifie. Il peut maintenant mourir : «&amp;amp;nbsp;''Tout est consommé''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le «&amp;amp;nbsp;prophète&amp;amp;nbsp;» est mort. Il ''n’a pas pu'' se délivrer de ses ennemis. Il ne vient à l’esprit de personne '''qu’IL n’a pas voulu se délivrer'''. '''Durant tout son passage sur la terre, il n’a fait aucun signe à son profit. '''(...Si je me glorifiais moi-même, ma gloire serait vaine.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, voilà qu’après sa mort le centurion donne, en professionnel de la guerre, le coup de lance qui tue. Frappant le côté droit, il atteint le cœur à l’oreillette droite. De la plaie, large d’une main, il sort aussitôt du sang et de l’eau. Les apôtres ont fui, trahi, renié leur maître. Il faut être fou pour se solidariser avec un vaincu dont la défaite est irrémédiable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;*&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''Sur la route d’Emmaüs.'' (S. Luc '''24''', 13 - 35)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les disciples pleuraient en quittant Jérusalem. Ils vont expliquer leur déception à l’inconnu rencontré sur la route :&amp;amp;nbsp;''«&amp;amp;nbsp;Ce qui concerne Jésus le Nazaréen qui s’est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple; et comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié. Nous espérions, nous, que c’était lui qui aller racheter Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées ! ''Comment mieux dire la certitude de la mort de Jésus le Nazaréen ? Comment mieux signifier la fin de tous les espoirs humains placés en lui ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfaits. S’étant rendues de grand matin au tombeau et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues nous dire qu’elles avaient même vu une vision d’anges, qui le disaient en vie. Quelques uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit; mais lui, ils ne l’ont pas vu!&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais voilà que ces mêmes personnes, après une journée de marche, vont repartir aussitôt pour revenir sur leur pas et annoncer qu’eux aussi, ils ont vu Jésus ressuscité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus a été mis au tombeau, mort des blessures de la flagellation et de l’asphyxie de la croix, le cœur ouvert par le fer de la lance d’un centurion romain. Il en est sorti vivant, le troisième jour, par l’effet de sa propre puissance. Comme Il l’avait annoncé.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’incrédule Thomas est, par la grâce de Dieu, un témoin fiable car il ne voulait pas croire. Il voulait préalablement voir et contrôler qu’il s’agissait du même homme que celui qu’il savait être mort. Il voulait pouvoir mettre son doigt dans le trou des clous et sa main, dans la plaie du côté, faite par la lance. Jésus lui apparaît vivant. Thomas, sur l’ordre de son maître, procède à la vérification qu’il demandait. Il se prosterne en adoration : ''Mon Seigneur et mon Dieu'' ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Maintenant, le Christ ressuscité ne meurt plus. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Il ne s’agit pas seulement de sa personne au sens limité mais même de son corps mystique qui est l’Église'''. Ce corps mystique revit en permanence les étapes de la vie de son Divin Maître. A la fois la naissance obscure, la vie cachée, le massacre des innocents en haine de sa personne, la vie publique en faisant le bien par les Saints qu’il suscite toujours à son Église, le triomphe des rameaux qui annonce la crucifixion, la mort sur la croix et la résurrection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A côté de cela, cet Homme qu’on appelle Jésus suscite l’amour des vivants. Napoléon voit dans ce seul fait une preuve de la divinité du Christ. Ce qu’aucun chef n’a jamais osé demander, l’amour de ses subordonnés, Jésus l’obtient '''''encore aujourd’hui''''', à un degré que jalouserait un vivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il continue d’être, encore aujourd’hui, un objet de scandale et de contradiction, un objet de haine ou d’amour placé pour le relèvement ou pour la chute de beaucoup. Bienheureux ceux qui ne seront pas scandalisés à cause de LUI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela sera vrai jusque dans l’éternité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''II&amp;amp;nbsp; LA REVELATION CHRETIENNE.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation chrétienne est le contenu du message chrétien. Ce contenu est unique, comme la réalité qu’il décrit. Cette révélation, entre autres, porte à notre connaissance des faits «&amp;amp;nbsp;historiques&amp;amp;nbsp;» certains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leurs conséquences touchent, encore aujourd’hui, tous les hommes. J’ai dit ‘‘ ''historiques ''’’ pour signifier que ces faits se sont réellement produits dans le temps. Quelquefois ils remontent aux origines de l’humanité, quelquefois le témoignage écrit, contemporain de l’événement, ne nous est pas directement parvenu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La connaissance de ces faits nous permet de mieux comprendre ce que nous vivons, ce que nous voyons, ... ce qui nous arrive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Credo.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo nous donne le cadre de compréhension du monde. Ce dernier a été créé bon, par Dieu pour l’homme. Par suite de la faute originelle du premier couple, le monde est tombé, et il est momentanément encore (disons : Peut être quelques millénaires) sous l’emprise de Satan, prince de ce monde, le menteur et homicide dès le commencement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ses conséquences, le péché originel ‘‘''mord’’'' chacun de nous. La séparation du Bien et du Mal ne sépare pas les hommes en Bons et Mauvais par essence ou par nature. Elle passe au-dedans de chacun de nous. Nos choix volontaires déterminent l’importance relative de ces domaines en nous. Nous n’avons donc pas à rechercher l’évacuation du mal sur la terre par l’élimination d’une catégorie d’hommes. Cette erreur criminelle et assassine a été, hier, le fait des Nazis qui se fondaient sur la race. Elle est, aujourd’hui, celle du communisme qui se fonde sur la classe. En particulier l’évacuation prétendue du mal sur la terre en éliminant les ‘‘riches’’, ne peut avoir pour objet que de laisser tous les survivants pauvres, haineux et envieux. Le christianisme a un programme plus ambitieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout nouveau totalitarisme qui pourrait surgir ferait la même erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cause de la chute originelle je comprends ce qui m’arrive : «&amp;amp;nbsp;Je ne fais pas le bien que je voudrais, et je fais le mal que je ne voulais pas.&amp;amp;nbsp;» Je sais que ma faiblesse de nature ne sera éliminée ni par l’éducation - même si j’en fais un conditionnement - ni par les sacrements. Aussi effectuerais-je mon salut avec crainte et tremblement et - ''vigilate'' - en faisant attention à ne pas m’égarer, quel que soit mon âge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cause du péché originel, je comprends pourquoi mes enfants, même tout petits, ont eu des ‘‘instincts’’ mauvais : destruction gratuite, envies, jalousies, gourmandises, colères, ... Je sais que je dois corriger l’enfant, que je dois l’élever, '''le libérer''', autant qu’il est en mon pouvoir de ces pulsions malsaines. La connaissance des conséquences actuelles du péché originel me fait trembler en voyant les faiblesses de sa nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si je laissais faire l’enfant sans réagir, ou si je riais de ses bêtises, je découvrirai, quand il aura 14, 16, 20 ans ou plus, que mon enfant est devenu égoïste, ou sauvage, ou paresseux... et ce avec des regrets cuisants ou une résignation aveugle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conflit des générations est d’autant plus violent que les parents ont moins compris l’importance du péché originel lorsqu’ils éduquaient leurs enfants. La nouvelle du péché originel sera une information utile donc bonne aussi longtemps que se renouvelleront les générations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation du péché originel a montré la faiblesse inhérente à la nature humaine. Elle explique pourquoi les hommes quels que soient leur âge et leur époque, sont victimes de cette faiblesse et capables en conséquences des pires aberrations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo nous explique que l’homme perdu a été sauvé. Le Fils de Dieu s’est incarné par l’opération du Saint Esprit. Il a pris chair dans le sein de la vierge Marie. Il a souffert sur la Croix pour nous sauver. Il reviendra dans la gloire pour juger tous les hommes. Pour qu’un maximum soit sauvé ce jour là, il a fondé l’Église, instrument de salut. Cette dernière guidée par le Saint Esprit, nous conduit vers le jugement dernier des ressuscités que nous serons tous. Les uns iront alors à la gloire et au bonheur éternel, les autres à la damnation et aux supplices éternels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes, incapables de s’en sortir seuls, sont sauvés par le don miséricordieux du Dieu d’amour. Nous avons, grâce à LUI, dès aujourd’hui, la lumière et la force pour nous guider et nous aider à parcourir la route du salut... à condition toutefois d’utiliser cette lumière et d’acquérir cette force. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Credo nous donne le sens et la signification de l’histoire universelle.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Commandements'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ses ''commandements'' Dieu, Notre Créateur et Père, nous fait connaître les règles morales minimales à respecter pour avoir une chance de Le rencontrer. Si nous les refusons nous faisons de cette terre une antichambre de l’Enfer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Béatitudes.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Béatitudes'' nous font savoir où aller pour trouver le bonheur, le vrai, celui qui perdure dans le cœur et l’esprit malgré les souffrances, les tribulations et les épreuves et les croix affrontées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains refusent les Béatitudes. Elles paraissent en effet, folie pour les païens et elles impliquent d’accepter la Croix. Au lieu de chercher, dans les sacrements, la force de triompher dans et par la Croix, ils fuient les Béatitudes. Nous ne devons donc pas être surpris de voir de telles personnes se suicider. Le désespoir les a saisies alors qu’elles étaient enviées d’avoir tout ce qu’il leur faut pour être heureuses selon les lois du monde qui sont menteuses et homicides comme le prince qui les promulgue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au contraire les témoins de la croix et des béatitudes en arrivent à écrire, au milieu d’épreuves qui nous feraient frémir : «&amp;amp;nbsp;Je surabonde de joie dans mes tribulations.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Pater.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces témoins de la Croix et du vrai bonheur savent quels sont les vrais biens qu’il faut demander. Et Ils les obtiennent. Ils les ont demandés par ‘‘le Pater’’. Et Dieu les leur accorde, car Il est le Bon Dieu, La Providence, le Père des Pauvres et des miséreux, le dispensateur de tous dons. Et même il fait luire son soleil et tomber la pluie sur ceux qui veulent l’aimer comme sur ceux qui veulent le haïr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Sacrements.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pires que S. Paul, nous ne faisons pas le bien que nous voudrions et nous faisons le mal que nous ne voudrions pas. Nous avons besoin d’une force divine pour nous aider à progresser vers notre bien durable, vers notre bonheur durable. Cette force nous est donnée par les sacrements. J’ai dit ''notre bien'', pour indiquer qu’il s’agit d’un bien vraiment commun, d’un bonheur commun à tous les hommes. Quand j’acquiers cette force et que je progresse moralement, alors je participe à la libération des hommes de l’emprise de Satan. Au contraire je deviens un instrument du pouvoir du démon, chaque fois que je concède au malin quelque chose en moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La Résurrection.''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le massage chrétien est l’information contenue dans la Révélation et que l’Église nous explique par son Magistère. Ce message est basé sur des faits certains. Historique et certain, le fait de la résurrection du Christ est le plus extraordinaire. C’est le plus formidable garant de l’authenticité, de la véracité, de la réalité que nous fait connaître la Révélation. Jésus, le Christ, né de la Vierge Marie, torturé, crucifié, mort, mis au tombeau, en est ressorti vivant avec son corps né de la Vierge Marie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous mangeons ce même corps, né de la Vierge Marie dans la communion eucharistique. C’est ce corps ressuscité qui donne à l’homme - corps et âme - qui le reçoit dignement, la force divine et l’aptitude au bonheur divin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''III &amp;amp;nbsp;AVOIR LA FOI.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avoir la FOI, c’est accepter l’information apportée par la Révélation chrétienne et maladroitement résumée ci dessus. C’est accepter et accueillir l’information de la Révélation, non seulement pour comprendre la réalité définitive et immuable qu’elle décrit, mais surtout pour en tirer les conséquences inépuisables qui guideront nos actions, pendant toute notre vie, vaille que vaille, jusqu’à l’éternel pardon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes, nous ne pouvons pas, dès ici bas vérifier bien des informations données par la Révélation. Pourtant dès qu’on a un peu vécu, nous avons constaté que la vie nous donne une foule d’illustrations des vérités de la FOI. Or, pour bâtir notre vie, nous avons besoin de cette information AVANT de nous lancer dans des expériences malheureuses. Nous en serions les premières victimes. Au contraire, si nous basons notre vie sur les données de la Révélation, nous attendons avec certitude le bonheur divin promis dans l’Autre Monde. De plus nous jouissons quand même, dès ici bas sur la terre cette vallée de larmes, de la paix divine, l’avant goût du paradis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On le voit, la FOI '''n’est pas un sentiment aveugle''' surgissant des profondeurs du subconscient. '''C’est l’adhésion de l’intelligence au contenu de la Révélation qui nous a été transmis par le bouche à oreille'''. C’est la FOI à la Parole. Nous sommes de la Religion du Verbe Incarné. Cette adhésion au contenu révélé, est due à notre soumission aux motions de la grâce divine. Par cette adhésion nous prenons en compte le contenu pour diriger nos vies, pour orienter les moindres de nos décisions d’actions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI guide nos actes'''. Ils doivent normalement l’exprimer. La FOI s’épanouit donc dans des œuvres inaugurées, puis menées à terme, malgré les difficultés et les traverses, dans la certitude de leur aboutissement. C’est la persévérance de la FOI, c’est déjà l’ESPERANCE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FOI débouche normalement sur l’Espérance. Le Credo s’achève par la proclamation de l’espérance en la résurrection de la chair et l’attente de la vie à venir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que Dieu, dans sa miséricorde, veuille l’accorder au pécheur que je suis.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_foi,_don_de_Dieu&amp;diff=1682</id>
		<title>La foi, don de Dieu</title>
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				<updated>2011-04-05T10:34:49Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte &lt;br /&gt;
| thème = Les vertus &lt;br /&gt;
| auteur = André Frament &lt;br /&gt;
| source = &lt;br /&gt;
| source web = &lt;br /&gt;
| date de publication originale = &lt;br /&gt;
| résumé = &lt;br /&gt;
| difficulté de lecture = ♦♦ Moyen &lt;br /&gt;
| remarque particulière = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|- &lt;br /&gt;
| &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
|} =LA FOI EST UN DON DE DIEU.=&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi est un don surnaturel de Dieu''' : Il est important de garder cette réalité à l’esprit pendant l’exposé qui va suivre. Ce don surnaturel nous fait atteindre Dieu Lui Même. C’est une vertu théologale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''DIEU a besoin des hommes'' titrait un film ancien. Il ne s’agit pas de dire qu’il manquerait quoique ce soit au BON DIEU. Il est Unique et Trine, d’une majesté infinie. L’homme ne peut rien Lui apporter qu’il n’ait d’abord reçu de Lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Verbe de Dieu, deuxième personne de la Trinité, est venu s’incarner. Après sa mort sur la croix et sa résurrection, Il est remonté au Cieux. Avant de partir, Il nous a donné la mission d’achever la conversion du Monde à Sa place. Et c’est si vrai, qu’Il reprochera à SAÜL d’être celui qui Le persécute dans les membres de l’Église naissante. Notre Seigneur a voulu avoir besoin de nous. Essayons de rentrer dans ce mystère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu veut que tout homme soit sauvé'''. Notre salut c’est de LE connaître et de L’aimer et LE servir. IL souhaite obtenir notre amour, notre cœur, notre confiance. '''Notre confiance, c’est à dire la FOI.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DIEU est Bon'''. Il répand Ses dons et Sa grâce, à profusion. Dans une apparition Notre Dame fait voir des ''rayons noirs'' qui partent de ses mains : Ce sont les grâces qu’on ne lui a pas demandées et qu’elle avait mission de nous donner de la part du Seigneur'''. En conséquence, parce que la Foi est une réponse de l’homme à une grâce donnée par Dieu, nous sommes certains que Dieu ne manque pas de donner les grâces suffisantes.''' Ce qui manque, c’est peut être la réponse des hommes, mais surement aussi notre engagement dans le rôle que Dieu nous a donné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église. '''Ekklhsia en grec veut dire Assemblée du peuple convoqué, appelé. Cette Église, nous dit BOSSUET, c’est ‘‘''JÉSUS CHRIST répandu et communiqué''.’’ JEANNE D’ARC, répondant à ses juges, affirme : ‘‘ ''M’est avis que c’est tout un, de JÉSUS CHRIST et de son'' ''ÉGLISE''’’. L’Église continue la mission du Christ. Nous sommes, nous voulons être d’Église. En tant que membres du corps mystique, nous devons participer à sa mission. DIEU nous fait honneur : IL nous charge de remplacer Son Fils Unique, pour parler au Monde d’aujourd’hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc la FOI s’attiédit de nos jours, c’est parce que, DIEU me pardonne, JESUS se tait ''par nous''. Nous sommes membres de son corps mystique et '''nous''' L’empêchons de parler à nos frères. '''Nous ne remplissons pas notre mission.''' Nous ne témoignons plus notre FOI. Nous ne témoignons pas notre confiance à DIEU.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‘‘La FOI serait plus difficile à transmettre à notre époque.’’ C’est ce que disent et prétendent beaucoup ... Ce n’est quand même pas mon avis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==La FOI est contagieuse.==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI n’est pas un sentiment.''' '''Elle est une certitude intellectuelle.''' Par la foi, L’homme, accepte de faire confiance en Dieu. &amp;quot;''Seigneur, nous avons travaillé en vain toute la nuit, mais sur ta parole, je jetterai les filets.''&amp;quot; Saint Pierre en disant cela montre qu'il fait confiance. Lui, le pêcheur professionnel, a le sentiment qu'il ne se trouve pas dans un jour faste. Toute son expérience humaine le lui a appris. Et il est fatigué du travail de toute la nuit. Mais le Seigneur en donne l'ordre. Il va donc lancer une fois encore les filets. Et ce sera la pêche miraculeuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI est contagieuse.''' Elle gagne le cœur et l’esprit de ceux qui la rencontrent. Encore faut-il la rencontrer. C’est le problème de nos contemporains ! Ils n’ont pas l’occasion de la rencontrer. En effet, beaucoup de chrétiens et probablement beaucoup de clercs ne savent plus ce qu’est la FOI. Alors, comment pourraient-ils ne pas en gêner la transmission ? Et comment même pourraient-ils l’avoir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours de mes travaux professionnels, j’ai été amené à réfléchir sur la nature et le rôle de ''l’information''. Ces réflexions m’ont aidé à entrevoir ce qu’est la FOI, à comprendre la pleine valeur de la définition classique de cette vertu théologale : '''La FOI est l’adhésion de l’intelligence à un contenu révélé reçu ''ex auditu''.''' (reçu par l’oreille) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;Je me propose de vous indiquer le cheminement. Je traiterai ensuite de la FOI en N.S. JESUS le CHRIST. Enfin, je passerai en revue - très rapide - les grandes vérités du CREDO, c’est à dire le contenu de la FOI catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''I&amp;amp;nbsp;LE CHEMINEMENT.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partons du concept : information. Cela fait comprendre ce qu’est la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11 L’INFORMATION et LES RUMEURS&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* Informer quelqu’un&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''', c’est &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Lui faire connaître ce se passe (se passera ou s’est passé!), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Afin qu’il sache ce qui lui arrive (va lui arriver ou lui est arrivé), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Et qu’il comprenne ce qu’il doit faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* Exemple&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''' : Un voyageur essoufflé arrive sur le quai de la gare de Lyon, à PARIS. Il demande à un contrôleur; ancien du métier : «&amp;amp;nbsp;''Pardon Monsieur, le premier train pour Lyon, s’il vous plaît''&amp;amp;nbsp;». Le contrôleur, avec le sourire lui répond : «&amp;amp;nbsp;''Voie 7, il part dans cinq minutes. Mais voie A, là bas le T.G.V. part dans quarante-cinq minutes, et arrive deux heures avant!&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;Le contrôleur n’a pas exclusivement répondu à la question posée. Il a quand même donné une bonne information, celle qui permet de se décider en fonction de son intérêt. Parce que le voyageur '''fait confiance, il croit''' ce qui lui a été dit. Il va tranquillement acheter le billet spécial pour prendre le train d’après, dans la '''certitude''' d’arriver à Lyon avant celui qui partirait par le premier train. La confiance en ce qui a été dit, la '''foi''' en celui qui a donné l’information''', oriente son action.''' Dans cette situation, dire que cet homme est mû par ‘‘''un sentiment aveugle venu des profondeurs du'' ''subconscient.''’’ est une stupidité parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* Les nouvelles.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les informations s’appellent aussi des nouvelles.''' Elles sont diffusées en tant que faits ''nouveaux''. Leur connaissance serait (théoriquement) nécessaire ou plus simplement utile aux destinataires. Sachant ce qui se passe, ils peuvent comprendre ce qui va leur arriver et déterminer ce qu’ils doivent faire. Elles ont, normalement, pour but de faire connaître '''ce qui est,''' et dont les conséquences vont retentir sur la vie du destinataire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les médias, on le sait, ne donnent pas de nouvelles qui nous permettent d’agir selon '''''notre''''' intérêt. Ils orientent le comportement des récepteurs ''conformément à l’intérêt de l’émetteur''. Actuellement les pseudo-informations diffusées ont pour objet d’asservir l’homme à ses passions et de lui cacher l’important et même l’essentiel. Et pourtant nos contemporains y croient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette &amp;quot;information&amp;quot; a un fort impact : elle oriente leurs actes. On parle de conditionnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’information essentielle.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il s’agit de nous apprendre :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Que la mort a déjà été vaincue une fois, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Qu’elle sera, un jour, définitivement vaincue,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Que, comme tous les morts, '''nous '''ressusciterons, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Que nous pouvons vivre aujourd’hui de manière à obtenir alors une vie de bonheur&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; éternel, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Que nous pouvons être sauvés de la mort et des supplices éternels si nous agissons &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;comme il convient, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conçoit que ce soit là une nouvelle importante, fondamentale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c'est, une BONNE NOUVELLE. C’est la bonne nouvelle de l’EVANGILE. Cette information nous libère. Elle éclaire notre vie Elle nous permet d’orienter nos actions en fonction de notre intérêt majeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi, apportant l’essentiel, ne pourrait-elle pas avoir un impact extraordinaire ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* La rumeur&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains messages circulent spontanément. Ils se diffusent promptement au sein d’une population. Ils ne sont pour autant ni contrôlés ni même vérifiables immédiatement. Ce sont des ‘‘''rumeurs’’. ''Souvent du crédit leur est accordé. Des actions sont décidées, orientées par ces on-dit. Ce sont autant d’ &amp;quot;actes de foi&amp;quot; qui propagent et relancent la rumeur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* L’acte de foi propage la foi.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est logique de déterminer son itinéraire de vacances en tenant compte des encombrements routiers signalés par les autorités compétentes et responsables. Il paraît beaucoup moins rationnel de jouer à la bourse de fortes sommes sur la base de rumeurs. Les petits donneurs d’ordres ne peuvent pas en contrôler la validité. Mais ils y croient, ils agissent en conséquence. Ils déclenchent des mouvements à la hausse... ou à la baisse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux amis, achevaient leurs courses dans un supermarché de province. Ils faisaient la queue devant la même caisse. L’un deux avait exclusivement dans son chariot de nombreuses bouteilles de vinaigre. Son épouse pense, en effet, que c’est, associé au papier journal et à ''l’huile de coude'', le seul bon produit pour traiter les vieux cuivres. L’ami s’étonne, à haute voix, de voir acheter à la fois autant de vinaigre. Le premier, pince sans rire, lui répond : «&amp;amp;nbsp;je fais des provisions, on va en manquer bientôt.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce faisant, le plaisantin généra une rumeur qui traversa la ville. Une semaine plus tard, les épiciers de cette localité ne pouvaient plus fournir de vinaigre. Une ou des personnes de la file avaient cru en la phrase selon laquelle on manquerait de vinaigre. Le chariot plein était un acte de foi (naturelle évidemment!) ''indiscutable''. Elles ont accru leur achat de vinaigre, propageant et renforçant la rumeur...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’acte de foi naturelle propage la foi naturelle''. Il en est de même pour la foi surnaturelle. ''Si donc la Foi ne se propage pas, c’est que nous ne faisons pas suffisamment d’actes de foi. Peut être devrions nous, nous aussi, nous convertir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seigneur, augmentez ma foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;L’impact de l’information&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On le constate, l’information nous fait connaître des faits. En tant que tels ils sont neutres. Leurs conséquences, par contre, peuvent être importantes pour le destinataire. Alors les passions entrent en jeu. Cela suppose, naturellement, que l’information soit perçue comme vraie, comme certaine, comme réelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons tous entendu dire dans certaines circonstances : ‘‘''Il ne voulait pas y croire''.’’ ou plus caractéristique encore : ‘‘''Il ne pouvait pas y croire''.’’ Cela se produit quand la personne en cause reçoit l’information d’un fait qui, par ses conséquences à un retentissement ''trop'' grand pour sa vie. Que ce soit en bien ou en mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est de même en ce qui concerne la FOI. Quand l’information leur est donnée, beaucoup de ceux qui la refusent n’en veulent pas parce que cela les dérangerait ''trop, ''les mettrait trop fortement en question. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est vrai ! Mais aussi, parce que la FOI de l’annonceur n’est pas suffisante pour '''donner l’idée qu’il faut quand même faire cette remise en cause'''. Il faut la Foi d’un saint pour convertir. On dit que de grands pécheurs se sont convertis en entendant le Curé d’Ars dire simplement : &amp;quot;''Mes frères, si vous saviez comme DIEU est bon'' ''!''&amp;quot; Parce qu’il est en relation étroite avec Dieu, le saint transmet la force de Sa Parole avec «&amp;amp;nbsp;moins de déperdition.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Beaucoup refusent la FOI. Ils n’en veulent pas parce que cela les dérangerait trop. Cela se vérifie d’abord quand les hommes sont placés devant cet Homme qu’on appelle le CHRIST.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''II&amp;amp;nbsp; LA FOI EN JESUS, LE CHRIST'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première information qui entraîne de très importantes conséquences pour notre vie personnelle, c’est l’annonce de la messianité de Jésus, de la '''divinité''' de N.S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''21&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;UN MESSAGE SCANDALEUX.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A dire vrai une telle information, un tel message est «&amp;amp;nbsp;scandaleux.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le vieillard Siméon.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà le vieillard Siméon l’avait prédit lors de la présentation de Jésus au Temple. ''«&amp;amp;nbsp;Cet enfant est pour le relèvement et la chute d’un grand nombre en Israël''.&amp;amp;nbsp;» De nos jours Siméon dirait : «&amp;amp;nbsp;''...d’un grand nombre dans l’Église''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Saint Paul.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Paul à son tour proclame : «&amp;amp;nbsp;''Nous prêchons le Christ et le Christ crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus lui même.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus lui même s’est déclaré comme cause possible de scandale. Ainsi dans sa réponse aux émissaires de Jean le Baptiste, il dit : « ''Allez dire à Jean ce que vous voyez et entendez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres''.&amp;amp;nbsp;» Il ajoute ensuite : «&amp;amp;nbsp;''Bienheureux celui qui ne sera pas scandalisé à cause de moi''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chrétiens d’aujourd’hui, avons nous conscience de la dimension folle ou scandaleuse des mystères de l’Incarnation et de la Rédemption par la Croix ? Un hymne à la Vierge nous met face au mystère : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''«&amp;amp;nbsp;Celui que l’univers entier ne peut contenir''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;''s’est fait homme en tes viscères.''&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Créateur et Maître des Univers-îles et des Galaxies contenant des milliards de soleils, est né d’une femme. Il est venu pauvre, dans une étable, parmi des animaux parce qu’il n’y avait pas de place pour Marie et Joseph dans l’hôtellerie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''22&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;LA PEDAGOGIE DU SEIGNEUR.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Verbe de Dieu, dans sa bonté, ménage la faiblesse humaine. Il révèle très progressivement qui IL EST. Mais s’il se glorifiait lui-même, sa gloire serait vaine. DIEU, Son PERE va glorifier le FILS. IL le fera lors du baptême au Jourdain, lors de la Transfiguration...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais surtout, des hommes et des femmes vont ''répondre à la grâce''. Ils vont proclamer leur FOI, Ils vont reconnaître en Jésus un être supérieur. Je veux dire qu’ils vont proclamer qu’IL est plus qu’un homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette proclamation des hommes par la FOI va très loin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Centurion au pied de la croix s’écrie : «&amp;amp;nbsp;''Vraiment cet homme était fils de DIEU''.&amp;amp;nbsp;» Je n’ai pas l’impression que cet officier romain ait voulu dire ''Fils '''du''' DIEU UNIQUE''. Il lui reconnaît pourtant une dimension divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La glorification du Christ va culminer avec la profession de PIERRE à Césarée :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;TU ES LE CHRIST, LE FILS DU DIEU VIVANT ! &amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et la reconnaissance de Saint Thomas huit jours après la Résurrection :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;MON SEIGNEUR ET MON DIEU !&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut prendre les choses par le commencement. Des hommes et des femmes vont se tourner vers Jésus. Ils vont lui demander une aide, un secours, un salut. Ce faisant, ils reconnaissent implicitement en lui un être tout à fait particulier, capable de les aider, de les guérir, de les sauver. Cette démarche nous le verrons est tacite. Notre Seigneur, par ses silences, ses questions ou ses réponses, va provoquer une révélation extérieure de leur attitude intérieure. IL les conduit à témoigner extérieurement qu’ils reconnaissent - ou non - Sa messianité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''221 Un cas de refus : le jeune homme riche. '''(S; Marc '''10''', 17 - 22)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tandis que Jésus se mettait en route, quelqu’un accourût, tomba à ses genoux et l’interrogea : «&amp;amp;nbsp;Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la Vie Éternelle ?»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette scène a de quoi scandaliser un Juif qui ne verrait en Jésus qu’un homme même prophète. Chez les Juifs on ne pliait pas le genou, on n’inclinait pas la tête devant un homme même puissant. Pour cela ils étaient appelés ''le peuple à la nuque raide.'' Ils étaient aussi exemptés des cérémonies trop serviles vis à vis des rois et des chefs des autres nations. De plus le jeune homme dit : «&amp;amp;nbsp;''Bon Maître''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus lui demande alors d’expliciter sa position : «&amp;amp;nbsp;''Pourquoi m’appelles-tu bon ? Dieu seul est bon !''&amp;amp;nbsp;» Le jeune homme, interloqué, ne dit rien. Il pourrait se sentir rabroué. Il semble plutôt qu'il soit stupéfait de l'importance de ce que Jésus lui fait entrevoir. Veut-il reconnaître DIEU en Jésus ? Veut-il reconnaître le Christ en Jésus ? A ses yeux comme à ceux de ses contemporains Jésus est un prophète comme un autre, même s’il a la réputation d’être bon. Les quelques mots de Jésus lui demandent d'expliciter son geste. A-t-il compris que Jésus est '''Celui qui doit venir '''? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il hésite devant ce qu'il entrevoit, Notre Seigneur enchaîne alors. Sa divine pédagogie entame une démarche pour le guider sur la voie de la solution : «''Tu connais les commandements : Ne tues pas, ne commets pas d’adultère, ne voles pas, ne porte pas de faux témoignages, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère.'' »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut le remarquer. Le Christ prend les commandements de la Loi dans un ordre différent de celui de leur promulgation. Il part de l’expression la plus concrète et la plus &amp;quot;naturellement&amp;quot; évidente (ne tues pas), et il remonte progressivement (ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'arrête avant d'arriver aux points concernant le culte à rendre à Dieu. Il ne les oublie pas. Il cadre le débat sur la suite. Le questionneur interrompt semble-t-il Jésus. Comme s'il était déçu. «&amp;amp;nbsp;''Maître'', t''out cela je l’ai observé avec soin depuis ma jeunesse''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’interlocuteur ne dit plus ''BON Maître, ''mais seulement ''Maître''. Il ne reconnaît pas DIEU en Jésus. Mais il est encore un ''envoyé'' de DIEU. Dans son cœur Jésus est homme. Mais cet homme, '''poussé par la grâce''', sent bien que les commandements ne sont qu’une ''piste d’envol'' vers le Seigneur. Il voudrait aller plus vite, plus loin, plus haut. Il venait demander à Jésus comment y arriver. Il est donc déçu de la réponse - inachevée - qu’il reçoit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont ces sentiments qui font que ''Jésus, l’ayant regardé se prit à l’aimer,'' comme le dit l’évangéliste. Notre Seigneur lui donne alors une deuxième chance de le reconnaître au moins comme un Maître exceptionnel qu’il faut écouter et suivre. Il en vient, directement donc, au conseil demandé : «&amp;amp;nbsp;''Une seule chose te manque. Va, vends ce que tu as, donnes en le prix aux pauvres, tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle annonce ! Pour avoir la vie éternelle, il faut tout quitter pour suivre Jésus. Il faut donc le suivre et l'aimer plus que toutes ses propres richesses ? On en arrive à ce qui implique le premier commandement : &amp;quot;Tu aimeras le Seigneur de tout cœur de toute ton âme, de toutes tes forces.&amp;quot; Ce que Jésus demande implicitement c'est la reconnaissance de sa divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre interprétation est aussi possible. Elle est montre une étape plus accommodée à la capacité de réception du jeune homme. Elle propose une reconnaissance moins complète de QUI est Jésus. On peut en effet comprendre les propos du Christ de la manière suivante : «&amp;amp;nbsp;''Tu as raison, le bien suprême est la vie éternelle. Tu as reconnu en moi un Maître susceptible de t’y mener. Je veux bien te conduire vers l’amour total de Dieu. Mais d’abord libère-toi des biens matériels qui t’encombrent, t’alourdissent et retardent ton ascension vers DIEU''&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le jeune homme devint sombre à cette parole. Il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens''. Voyant le prix à payer pour monter vers DIEU et acquérir la vie éternelle, le jeune homme refuse de faire le pas. Refusant la lumière, il s’assombrit. Il ne peut éclairer à son tour. Il montre finalement ce à quoi il fait vraiment confiance : la richesse matérielle. Il ne veut pas s’en séparer et faire totalement confiance à DIEU. Au BON DIEU.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet homme riche, c’est chacun de nous. Pour des richesses peut-être moins importantes que les siennes. Nous ne voulons pas faire totalement confiance à Notre Seigneur Jésus-Christ, au Bon Dieu, à la Providence divine qui contrôle la chute du moindre de nos cheveux. Nous voulons garder un appui financier, une garantie matérielle. C’est plus sûr croyons nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous faisons davantage confiance aux ressources matérielles qu’a Dieu Tout-Puissant et à Son Fils Jésus. Notre dieu suprême c’est donc MAMMON, l’Argent, une idole. Par de tels comportements nous contribuons à la diffusion de cette idolâtrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Jésus nous demandait directement et personnellement de faire la démarche qu’IL demanda au jeune homme riche, serions nous réellement disposés à TOUT laisser pour le suivre ? Pour lui obéir ? Pour manifester notre ''confiance'' en LUI, notre FOI en LUI ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons en être conscients. Nous ne sommes que les gestionnaires des biens qu’IL nous confie. IL peut donc, à tout moment, nous les reprendre. Sa décision sera déterminée par la volonté de nous faciliter l’accès au royaume de Son Père, même si elle nous paraît une Croix sur la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour nous rendre capable de recevoir - et d’exécuter - la volonté de DIEU, que Saint Paul nous demande de nous comporter, ayant des biens, comme n’en ayant pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''221 Ceux qui reconnaissent le Messie.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''L’aveugle de Jéricho. ''(S. Luc '''18''', 35 - 43) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A''' l’entrée de Jéricho, un aveugle entend passer une foule. Il s’informe. On lui apprend que c’est Jésus de Nazareth et les gens qui l’accompagnent. Alors, il clame : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Jésus, Fils de David, aies pitié de moi''.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout Israël sait que ''Fils de David'' désigne le Messie, Celui qui doit venir. C’est ce qu’enseignent les docteurs et les scribes. L’aveugle proclame donc la messianité de Jésus, alors que les prêtres, les docteurs et les scribes la nient. Il convient donc de le faire taire. En effet :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Ou bien cette déclaration est considérée comme fausse, il faut alors la faire cesser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Ou bien, ''cas de celui qui croît au moins un peu au rôle particulier de Jésus'', il faut éviter de provoquer la colère des autorités en place. Dans ce cas là, aussi, il faut l’arrêter, la faire cesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais l’aveugle continue de proclamer de plus belle en une formule concise (huit mots en français, cinq en latin !) « ''Jésus, Fils de David, aies pitié de moi''.&amp;amp;nbsp;» c’est à dire :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;JESUS est le MESSIE. JESUS peut me guérir. S’il le veut Dieu ne s’y opposera pas. Jésus est Sauveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour l’instant la pensée de l’aveugle est semble-t-il implicite. On peut même penser que je sollicite les textes et la pensée du personnage. JESUS, va l’amener à témoigner de sa démarche intime. IL lui demande : «&amp;amp;nbsp;''Que veux-tu que je fasse pour toi?''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'aveugle sait, comme tout homme en Israël, qu’il vit dans la période où doit apparaître le Messie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;''Es-tu celui qui doit venir ou doit-on en attendre un autre ?''&amp;quot; avaient demandé les envoyés des princes des prêtres et des pharisiens à Jean le Baptiste. Comme l’a annoncé Isaïe le prophète, c’est maintenant que ''les aveugles vont voir, les boiteux marcher, les lépreux être purifiés, les sourds entendre, les morts ressusciter''. Il a confiance qu’il pourra être bénéficiaire d’une grâce de ce genre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que répondra-t-il ? En son cœur, docile à la motion interne de la grâce, il a reconnu le Messie en Jésus. C’est pour cela qu’il lui a donné le titre messianique «&amp;amp;nbsp;''fils de David''&amp;amp;nbsp;». C’est son '''acte''' de FOI. L’aveugle, certain, par la FOI, que Jésus est le Messie, Il espère sa guérison. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa réponse arrive donc : ''Rabonni, Que je recouvre la vue !'' Remarquons bien qu’il demande sa guérison, son salut à Jésus. Il ne s’agit pas, à ses yeux, d’obtenir une démarche d’intercession auprès de DIEU.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est immédiate : « ''Vois ta FOI t’a sauvé. ''» et l’homme est exaucé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il suivait'' le cortège ''en glorifiant DIEU''. La gloire de Jésus est proclamée par un homme. L’acte de charité suit l’acte de FOI et l’acte d’Espérance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI reconnaît Dieu en Jésus. Elle fait entrer cette réalité dans la détermination des décisions d’action. Elle a confiance en la valeur de ce qu’elle entreprend basée sur cette certitude. Elle arrive à l’espérance. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Exaucé dans sa demande, le bénéficiaire fait un acte de reconnaissance'''. '''Ou plutôt, il devrait manifester un acte d’amour, de charité. Ce n’est pas souvent le cas. Une fois, sur dix lépreux guéris, un seul revint remercier Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''La femme syro phénicienne.'' (S; Mt. '''15''', 21-28)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons monter un degré de plus dans la FOI en considérant la syro-phénicienne. De nos jours on dirait la libanaise. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Une cananéenne criait : «&amp;amp;nbsp;Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de DAVID. Ma fille souffre cruellement d’un démon.''&amp;amp;nbsp;''» ''Comme on le voit, cette femme donne à Jésus, son titre messianique : «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, Fils de David''.&amp;amp;nbsp;» Elle appelle au secours. Elle attend que Jésus la sauve. Ou plutôt qu’IL sauve sa fille ''d’un démon''. Par le fait, elle reconnaît publiquement à Jésus le pouvoir de chasser les démons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus pourtant ne répond rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la femme poursuivait le cortège de ses cris. Pour avoir la paix, les disciples interviennent alors. Ils demandent à Jésus de la renvoyer (satisfaite) «&amp;amp;nbsp;''parce qu’elle crie derrière nous.''&amp;amp;nbsp;» On fait donc approcher la femme. Elle ''se prosterne devant Jésus.'' Elle l’adore en quelque sorte''.'' Elle lui demande son secours : «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, viens à mon secours''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus semble d’une insoutenable dureté : ''«&amp;amp;nbsp;Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens&amp;amp;nbsp;».'' Cette phrase est cruelle mais elle va révéler l’étendue de la FOI de la cananéenne (ce devrait être une leçon pour les juifs.) et proclamer la gloire de Notre Seigneur Jésus - Christ :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''« Oui, Seigneur. Mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître.&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette phrase, la femme qui continue de reconnaître le Christ en Jésus, proclame aussi l’élection d’Israël par Dieu, et, par l’intermédiaire d’Israël, la miséricorde de Dieu envers les nations qu’elle incarne. A ce titre elle est heureuse de récupérer ce que la nation élue laisse tomber.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus s’écrie d’admiration : ''O femme, grande est ta FOI.'' Comme l’écrivait Jean Ousset : La FOI est la seule vertu qui permit à l’homme d’arracher à DIEU des cris d’admiration. Dieu ne se laisse pas dépasser et Jésus délègue son propre pouvoir à la femme. ''«&amp;amp;nbsp;Qu’il te soit fait comme tu le veux.» ''La délégation de pouvoir est directe et totale. De plus elle est efficace. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Jésus est bien propriétaire de ses pouvoirs et non un délégataire intermédiaire.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''Le centurion demande la guérison de son esclave.'' (Luc '''7, '''2-10)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Or un centurion avait un esclave qui allait mal et était sur le point de succomber et il lui était cher. Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques anciens des Juifs pour lui demander de venir sauver son esclave.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce centurion est ce que les anciens Juifs appelaient un prosélyte. C’est à dire un païen d'origine qui reconnaît le DIEU UNIQUE, révélé à Israël. Cette conversion s’est traduite en actes : Le centurion a bâti la synagogue du village. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet officier a la charité. Il aime son esclave et cherche tout moyen de le sauver''. Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers LUI quelques uns des anciens des Juifs pour LUI demander de (venir) sauver son esclave.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le centurion, converti à la religion du Dieu Vivant, a FOI aux prophètes. Il attend lui aussi la venue de Celui qui doit venir. La rumeur qui présente Jésus comme un ''Guérisseur ''l’a touché. Mais pour lui il s’agit de Messie. Nous le verrons plus loin. Par la FOI, il se sait «&amp;amp;nbsp;en dessous des Juifs&amp;amp;nbsp;» dans l’économie du salut. Il n’est pas charnellement descendant d’Abraham. Il sent donc la nécessité de passer par des intercesseurs de la race élue. Eux sont intervenus et ont demandé à Jésus ''d’aller'' sauver l’esclave.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus faisait donc route avec eux, vers la demeure du centurion. Quelqu’un était sûrement allé devant porter la nouvelle : ‘‘Jésus accepte de venir.’’ Le centurion révèle alors sa FOI. Il va à la rencontre de Jésus : «''Seigneur, je ne suis pas digne que tu viennes sous mon toit. Mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri.''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce faisant il révèle qu’il a une FOI plus grande que celle de ceux à qu’il a demandé d’intervenir. Pour lui, Jésus est assez puissant pour commander '''de loin''' la guérison d’un homme qu’il ne voit pas. Si notre Seigneur le veut, il enverra un ange guérir le malade. D’ailleurs c’est ce qu’il explique '': Parce que moi qui ne suis qu’un subalterne, j’ai sous moi des soldats''. (Donc toi qui es un Supérieur, tu as sous tes ordres des serviteurs invisibles, des anges, dirions-nous maintenant). ''Et je dis à l’un va et il va; et à un autre, viens, et il vient; et à mon esclave, fais ceci, et il le fait''. (Donc toi, dis à l’un de tes anges-serviteurs de guérir mon serviteur et cela se réalisera.) ''Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce pouvoir sur les bons anges est un pouvoir divin. En entendant le centurion, Jésus l’admira. Et se tournant, il dit à la foule : ''«&amp;amp;nbsp;Je n’ai jamais vu pareille FOI en Israël.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Entendant ce qui se dit de Jésus, le centurion, répondant à la grâce, a la FOI. Cela le détermine à une action, un acte de FOI. Il demande aux anciens d’intercéder pour lui auprès de Jésus. Il a la certitude qu’il pourra ainsi obtenir la guérison de son serviteur. C’est déjà de l’espérance. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’acte de FOI prépare l’acte d’espérance qui en est la suite logique. Imaginer une FOI sans les œuvres, sans les ''actes'' de la FOI, est une absurdité. Le Centurion aurait-il provoqué l’admiration du Christ si, certain que Jésus était le Christ, il n’avait pas pour autant demandé la guérison de son serviteur ? Ou bien, apprenant que NS venait chez lui, il l’avait laissé rentrer sous son toit sans rien dire ?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''La profession de FOI de Pierre à Césarée. ''(S. Mt. '''16''', 13 -20)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;-''Qui suis-je au dire des foules ?'' (demande Jésus)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;''-Pour les uns : Jean-Baptiste; pour d’autres : Elie; pour les autres, Jérémie ou l’un des prophètes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;''-Mais pour vous, qui suis-je ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question est directe. Elle ne laisse pas d’échappatoire. Le silence commence à s’installer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Alors Pierre prenant la parole, dit : C’est Toi, le Christ, le Fils du Dieu Vivant ! ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette réponse est surhumaine. Elle dépasse les forces d’un homme. Comment est-il possible de reconnaître le Dieu de suprême majesté en cet homme qui s’appelle Jésus ? IL nous le fait savoir Lui même : ''Tu es heureux Simon fils de Jona, car ce ne sont pas la chair ni le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est dans les Cieux.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div align=&amp;quot;right&amp;quot;&amp;gt;La FOI est un don surnaturel de DIEU.&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''23 &amp;amp;nbsp;L’AUTORITE SOUVERAINE.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans tous ces exemples, il s’agissait d’humains. Ils peuvent être impressionnés par Jésus. Les satellites des Juifs envoyés pour lui mettre la main dessus, sont revenus sans avoir rien fait. Ils se sont expliqués en disant : ''«Jamais&amp;amp;nbsp;un homme n’a parlé comme cet homme''.&amp;amp;nbsp;''» ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la matière morte ou inerte et les éléments eux-mêmes LUI obéissent. Jésus va le montrer. Ses actions vont donc montrer la gloire de Dieu, la puissance du Fils. Elles vont entraîner la proclamation de cette gloire par les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''231 La domination sur la mort.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''Le'' ''fils de la veuve de Naïm. La miséricorde de Dieu.'' (S. Luc '''7''', 11 -17)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une veuve pleure son fils unique dont le corps était conduit au tombeau porté sur une civière. Extérieurement, elle ne demandait rien. Voyant la scène, Jésus fut pris de pitié. Il arrête le cortège mortuaire. Il commande au mort de se lever. Et le mort ressuscite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Seigneur fait cela sans effort. On peut comparer cette résurrection avec celle accomplie par le Prophète Elie sur le fils de la veuve de Sarepta. Elie avait longuement prié et supplié Dieu de l’exaucer. Jésus, lui, commande : «&amp;amp;nbsp;''Jeune homme, je te le dis : lève toi.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur la foule qui accompagnait le cortège l’effet est puissant''. La crainte les prit tous et ils glorifiaient Dieu en disant : «&amp;amp;nbsp;Un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple.&amp;amp;nbsp;» ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''La résurrection de Lazare. ''(S. Jean '''11''', 1- 44)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lazare est au tombeau. Cela ne se réalise pas comme dans nos pays. Le tombeau est une grotte (ou une cave taillée dans le rocher). Une grosse pierre est roulée devant l’entrée. Cela fait quatre jours que le cadavre y est déposé. La fermeture n’est pas étanche. ''Déjà il sent''. En passant à proximité l’odeur de charogne est prenante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant Jésus commande qu’on ouvre le tombeau. La pierre est roulée. Notre Seigneur pleure d’émotion. Une foule est présente. ''Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux des aveugles faire que cet homme ne mourût pas ?'' Il est évident pour les assistants que c’est trop tard! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus cria d’une voix forte : Lazare, sors ! ''L’odeur est encore dans le nez des spectateurs qu’ils voient déjà Lazare, ligoté par les bandelettes, se tenir debout à l’entrée du tombeau. ''Le mort sortit, les pieds et les mains '''liés de bandes''' et son visage était enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : «&amp;amp;nbsp;déliez le et laissez le aller&amp;amp;nbsp;»''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’information se répand rapidement. Il est impossible de parler du réveil d’un sommeil cataleptique. Les témoins sont bouleversés. Ils sentaient l’odeur de la putréfaction... Et Lazare, sans discuter l’ordre, est sorti du tombeau. Et même, il en a été éjecté vivant. Comment aurait-il pu marcher lié de bandelettes comme il l’était ? Puis les témoins ont vu Lazare, en bonne santé, sain de corps et d’esprit, leur parler comme avant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus commande souverainement à la mort. Elle cède devant ses ordres. Il lui fait rendre ceux qu’elle semblait avoir définitivement vaincus'''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet homme est bien évidemment un sauveur, celui qui doit venir : le Messie. De ce fait, il est en train de séduire le peuple. En latin ''se ducere'' = attirer à soi. Mais, alors, les princes des prêtres vont perdre leur pouvoir! Leur révolte contre l’occupant romain et la prise du pouvoir sur le Monde ne pourront pas réussir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, cet homme, qu’on appelle le Nazaréen, ne prépare pas de troupes, ne rassemble pas d’armes. Sa révolte sera donc écrasée. En conséquence, Caïphe, le Grand Prêtre, conseilla de le faire mourir. ''Vous n’y entendez rien, vous ; et vous ne réfléchissez pas qu’il vaut mieux pour vous qu’un seul homme meure pour le peuple, et que la nation tout entière ne périsse pas. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Disant cela, le Grand Prêtre prévaricateur est quand même prophète : Les peuples de la Terre entière seront sauvés par le sacrifice de Jésus. De plus la condamnation et l’exécution qui la suivra, vont permettre le miracle suprême.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais avant d’y arriver il nous faut revenir sur un autre aspect : l’autorité sur les éléments.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''232 L’autorité sur les éléments.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''Les noces de Cana.'' (S. Jean '''2''', 1-11)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le troisième jour, il y eût une noce à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était. Jésus aussi fut invité à la noce, ainsi que ses disciples. Et le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : «&amp;amp;nbsp;Ils n’ont plus de vin.&amp;amp;nbsp;» Et Jésus lui dit : «Que me veux-tu, femme ? Mon heure n’est pas encore arrivée.» Sa mère dit aux serviteurs : «Faites tout ce qu’il vous dira.»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phrase de Notre Dame à son Fils semble plus une information qu’une demande. La réponse, une formule sémite, nous surprend. La Sainte Vierge, pourtant, se sait exaucée. Elle met les hommes à la disposition de Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus dit aux servants : «Remplissez d’eau ces jarres.»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant ce qui nous aurait semblé être un ordre idiot, les serviteurs obéissent : ''Ils les remplirent '''jusqu’au bord'''. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et il leur dit :&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Puisez maintenant, et portez en à l’intendant du festin.&amp;amp;nbsp;» Ils en portèrent. Quand l’intendant eût goûté l’eau changée en vin, et il ne savait pas d’où cela venait...Tel fut le premier des signes de Jésus. ''Tout se passe discrètement. Nous sommes désorientés par la concision des propos qui s’échangent. Ils devaient être formulés à voix basse. Jean est le seul évangéliste qui en fasse état et l’intendant du festin ne sait pas d’où vient le vin supplémentaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Nous aussi, devant les circonstances où Dieu nous place, nous devons remplir complètement notre devoir d’état. C’est LUI qui changera nos actions terrestres en actes bons pour le Royaume de son Père. '''Mais cette simplicité du récit ne doit pas nous cacher la grandeur du signe. La matière inanimée a obéi à un ordre de Jésus que le disciple le plus proche n’a même pas entendu formuler. En prendre conscience, éveillerait en nous une crainte révérencielle. Celle-là même qui faisait dire par Saint Pierre à Jésus, après la pêche miraculeuse : ''«&amp;amp;nbsp;Écarte toi de moi, Seigneur, car je suis un homme de péchés.&amp;amp;nbsp;» Car l’effroi l’avait envahi à cause, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de cette pêche de poissons qu’ils avaient faite''. (St Luc '''5''', 8-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''La tempête apaisée.'' (S. Marc '''4''', 35-41) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Laissant la foule, ils le prennent car il était dans le bateau; il y avait d’autres bateaux avec lui. Survient une violente bourrasque, et les vagues se jetaient dans le bateau, de sorte que le bateau se remplissait déjà. Et lui, (Jésus) à la poupe, sur un coussin, dormait. Et ils l’éveillent et lui disent : «&amp;amp;nbsp;Maître, cela ne te fait rien que nous périssions ?&amp;amp;nbsp;» Et s’étant réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : «&amp;amp;nbsp;Tais-toi, reste en silence !&amp;amp;nbsp;» Le vent tomba et il se fit un grand calme. Et il leur dit : «&amp;amp;nbsp;Pourquoi craignez-vous tant ? Comment n’avez-vous pas de foi ?&amp;amp;nbsp;» Et ils furent saisis d’une grande crainte, et ils se disaient entre eux : «&amp;amp;nbsp;Qui donc est-il celui-là, que même le vent et la mer lui obéissent!&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div align=&amp;quot;right&amp;quot;&amp;gt;'''Même le vent et la mer lui obéissent.'''&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''24 &amp;amp;nbsp;LA TOUTE PUISSANCE.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mort et la résurrection de N.S. Jésus Christ. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faudrait en faire une méditation complète de la Passion. Il serait alors possible de constater que «&amp;amp;nbsp;la faiblesse de Dieu est plus forte que la force de l’homme.&amp;amp;nbsp;» Mais cela dépasserait le cadre de cette conférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus est sur la croix. Tous les moindres détails prophétisés sont en train de se vérifier : les soldats se sont partagé ses vêtements et ils ont tiré au sort sa tunique. Il reste à l’abreuver de vinaigre et de fiel. Jésus dit : «&amp;amp;nbsp;''J’ai soif''.&amp;amp;nbsp;» Et le détail se vérifie. Il peut maintenant mourir : «&amp;amp;nbsp;''Tout est consommé''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le «&amp;amp;nbsp;prophète&amp;amp;nbsp;» est mort. Il ''n’a pas pu'' se délivrer de ses ennemis. Il ne vient à l’esprit de personne '''qu’IL n’a pas voulu se délivrer'''. '''Durant tout son passage sur la terre, il n’a fait aucun signe à son profit. '''(...Si je me glorifiais moi-même, ma gloire serait vaine.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, voilà qu’après sa mort le centurion donne, en professionnel de la guerre, le coup de lance qui tue. Frappant le côté droit, il atteint le cœur à l’oreillette droite. De la plaie, large d’une main, il sort aussitôt du sang et de l’eau. Les apôtres ont fui, trahi, renié leur maître. Il faut être fou pour se solidariser avec un vaincu dont la défaite est irrémédiable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;*&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''Sur la route d’Emmaüs.'' (S. Luc '''24''', 13 - 35)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les disciples pleuraient en quittant Jérusalem. Ils vont expliquer leur déception à l’inconnu rencontré sur la route :&amp;amp;nbsp;''«&amp;amp;nbsp;Ce qui concerne Jésus le Nazaréen qui s’est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple; et comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié. Nous espérions, nous, que c’était lui qui aller racheter Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées ! ''Comment mieux dire la certitude de la mort de Jésus le Nazaréen ? Comment mieux signifier la fin de tous les espoirs humains placés en lui ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfaits. S’étant rendues de grand matin au tombeau et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues nous dire qu’elles avaient même vu une vision d’anges, qui le disaient en vie. Quelques uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit; mais lui, ils ne l’ont pas vu!&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais voilà que ces mêmes personnes, après une journée de marche, vont repartir aussitôt pour revenir sur leur pas et annoncer qu’eux aussi, ils ont vu Jésus ressuscité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus a été mis au tombeau, mort des blessures de la flagellation et de l’asphyxie de la croix, le cœur ouvert par le fer de la lance d’un centurion romain. Il en est sorti vivant, le troisième jour, par l’effet de sa propre puissance. Comme Il l’avait annoncé.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’incrédule Thomas est, par la grâce de Dieu, un témoin fiable car il ne voulait pas croire. Il voulait préalablement voir et contrôler qu’il s’agissait du même homme que celui qu’il savait être mort. Il voulait pouvoir mettre son doigt dans le trou des clous et sa main, dans la plaie du côté, faite par la lance. Jésus lui apparaît vivant. Thomas, sur l’ordre de son maître, procède à la vérification qu’il demandait. Il se prosterne en adoration : ''Mon Seigneur et mon Dieu'' ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Maintenant, le Christ ressuscité ne meurt plus. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Il ne s’agit pas seulement de sa personne au sens limité mais même de son corps mystique qui est l’Église'''. Ce corps mystique revit en permanence les étapes de la vie de son Divin Maître. A la fois la naissance obscure, la vie cachée, le massacre des innocents en haine de sa personne, la vie publique en faisant le bien par les Saints qu’il suscite toujours à son Église, le triomphe des rameaux qui annonce la crucifixion, la mort sur la croix et la résurrection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A côté de cela, cet Homme qu’on appelle Jésus suscite l’amour des vivants. Napoléon voit dans ce seul fait une preuve de la divinité du Christ. Ce qu’aucun chef n’a jamais osé demander, l’amour de ses subordonnés, Jésus l’obtient '''''encore aujourd’hui''''', à un degré que jalouserait un vivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il continue d’être, encore aujourd’hui, un objet de scandale et de contradiction, un objet de haine ou d’amour placé pour le relèvement ou pour la chute de beaucoup. Bienheureux ceux qui ne seront pas scandalisés à cause de LUI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela sera vrai jusque dans l’éternité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''II&amp;amp;nbsp; LA REVELATION CHRETIENNE.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation chrétienne est le contenu du message chrétien. Ce contenu est unique, comme la réalité qu’il décrit. Cette révélation, entre autres, porte à notre connaissance des faits «&amp;amp;nbsp;historiques&amp;amp;nbsp;» certains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leurs conséquences touchent, encore aujourd’hui, tous les hommes. J’ai dit ‘‘ ''historiques ''’’ pour signifier que ces faits se sont réellement produits dans le temps. Quelquefois ils remontent aux origines de l’humanité, quelquefois le témoignage écrit, contemporain de l’événement, ne nous est pas directement parvenu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La connaissance de ces faits nous permet de mieux comprendre ce que nous vivons, ce que nous voyons, ... ce qui nous arrive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Credo.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo nous donne le cadre de compréhension du monde. Ce dernier a été créé bon, par Dieu pour l’homme. Par suite de la faute originelle du premier couple, le monde est tombé, et il est momentanément encore (disons : Peut être quelques millénaires) sous l’emprise de Satan, prince de ce monde, le menteur et homicide dès le commencement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ses conséquences, le péché originel ‘‘''mord’’'' chacun de nous. La séparation du Bien et du Mal ne sépare pas les hommes en Bons et Mauvais par essence ou par nature. Elle passe au-dedans de chacun de nous. Nos choix volontaires déterminent l’importance relative de ces domaines en nous. Nous n’avons donc pas à rechercher l’évacuation du mal sur la terre par l’élimination d’une catégorie d’hommes. Cette erreur criminelle et assassine a été, hier, le fait des Nazis qui se fondaient sur la race. Elle est, aujourd’hui, celle du communisme qui se fonde sur la classe. En particulier l’évacuation prétendue du mal sur la terre en éliminant les ‘‘riches’’, ne peut avoir pour objet que de laisser tous les survivants pauvres, haineux et envieux. Le christianisme a un programme plus ambitieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout nouveau totalitarisme qui pourrait surgir ferait la même erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cause de la chute originelle je comprends ce qui m’arrive : «&amp;amp;nbsp;Je ne fais pas le bien que je voudrais, et je fais le mal que je ne voulais pas.&amp;amp;nbsp;» Je sais que ma faiblesse de nature ne sera éliminée ni par l’éducation - même si j’en fais un conditionnement - ni par les sacrements. Aussi effectuerais-je mon salut avec crainte et tremblement et - ''vigilate'' - en faisant attention à ne pas m’égarer, quel que soit mon âge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cause du péché originel, je comprends pourquoi mes enfants, même tout petits, ont eu des ‘‘instincts’’ mauvais : destruction gratuite, envies, jalousies, gourmandises, colères, ... Je sais que je dois corriger l’enfant, que je dois l’élever, '''le libérer''', autant qu’il est en mon pouvoir de ces pulsions malsaines. La connaissance des conséquences actuelles du péché originel me fait trembler en voyant les faiblesses de sa nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si je laissais faire l’enfant sans réagir, ou si je riais de ses bêtises, je découvrirai, quand il aura 14, 16, 20 ans ou plus, que mon enfant est devenu égoïste, ou sauvage, ou paresseux... et ce avec des regrets cuisants ou une résignation aveugle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conflit des générations est d’autant plus violent que les parents ont moins compris l’importance du péché originel lorsqu’ils éduquaient leurs enfants. La nouvelle du péché originel sera une information utile donc bonne aussi longtemps que se renouvelleront les générations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation du péché originel a montré la faiblesse inhérente à la nature humaine. Elle explique pourquoi les hommes quels que soient leur âge et leur époque, sont victimes de cette faiblesse et capables en conséquences des pires aberrations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo nous explique que l’homme perdu a été sauvé. Le Fils de Dieu s’est incarné par l’opération du Saint Esprit. Il a pris chair dans le sein de la vierge Marie. Il a souffert sur la Croix pour nous sauver. Il reviendra dans la gloire pour juger tous les hommes. Pour qu’un maximum soit sauvé ce jour là, il a fondé l’Église, instrument de salut. Cette dernière guidée par le Saint Esprit, nous conduit vers le jugement dernier des ressuscités que nous serons tous. Les uns iront alors à la gloire et au bonheur éternel, les autres à la damnation et aux supplices éternels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes, incapables de s’en sortir seuls, sont sauvés par le don miséricordieux du Dieu d’amour. Nous avons, grâce à LUI, dès aujourd’hui, la lumière et la force pour nous guider et nous aider à parcourir la route du salut... à condition toutefois d’utiliser cette lumière et d’acquérir cette force. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Credo nous donne le sens et la signification de l’histoire universelle.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Commandements'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ses ''commandements'' Dieu, Notre Créateur et Père, nous fait connaître les règles morales minimales à respecter pour avoir une chance de Le rencontrer. Si nous les refusons nous faisons de cette terre une antichambre de l’Enfer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Béatitudes.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Béatitudes'' nous font savoir où aller pour trouver le bonheur, le vrai, celui qui perdure dans le cœur et l’esprit malgré les souffrances, les tribulations et les épreuves et les croix affrontées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains refusent les Béatitudes. Elles paraissent en effet, folie pour les païens et elles impliquent d’accepter la Croix. Au lieu de chercher, dans les sacrements, la force de triompher dans et par la Croix, ils fuient les Béatitudes. Nous ne devons donc pas être surpris de voir de telles personnes se suicider. Le désespoir les a saisies alors qu’elles étaient enviées d’avoir tout ce qu’il leur faut pour être heureuses selon les lois du monde qui sont menteuses et homicides comme le prince qui les promulgue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au contraire les témoins de la croix et des béatitudes en arrivent à écrire, au milieu d’épreuves qui nous feraient frémir : «&amp;amp;nbsp;Je surabonde de joie dans mes tribulations.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Pater.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces témoins de la Croix et du vrai bonheur savent quels sont les vrais biens qu’il faut demander. Et Ils les obtiennent. Ils les ont demandés par ‘‘le Pater’’. Et Dieu les leur accorde, car Il est le Bon Dieu, La Providence, le Père des Pauvres et des miséreux, le dispensateur de tous dons. Et même il fait luire son soleil et tomber la pluie sur ceux qui veulent l’aimer comme sur ceux qui veulent le haïr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Sacrements.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pires que S. Paul, nous ne faisons pas le bien que nous voudrions et nous faisons le mal que nous ne voudrions pas. Nous avons besoin d’une force divine pour nous aider à progresser vers notre bien durable, vers notre bonheur durable. Cette force nous est donnée par les sacrements. J’ai dit ''notre bien'', pour indiquer qu’il s’agit d’un bien vraiment commun, d’un bonheur commun à tous les hommes. Quand j’acquiers cette force et que je progresse moralement, alors je participe à la libération des hommes de l’emprise de Satan. Au contraire je deviens un instrument du pouvoir du démon, chaque fois que je concède au malin quelque chose en moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La Résurrection.''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le massage chrétien est l’information contenue dans la Révélation et que l’Église nous explique par son Magistère. Ce message est basé sur des faits certains. Historique et certain, le fait de la résurrection du Christ est le plus extraordinaire. C’est le plus formidable garant de l’authenticité, de la véracité, de la réalité que nous fait connaître la Révélation. Jésus, le Christ, né de la Vierge Marie, torturé, crucifié, mort, mis au tombeau, en est ressorti vivant avec son corps né de la Vierge Marie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous mangeons ce même corps, né de la Vierge Marie dans la communion eucharistique. C’est ce corps ressuscité qui donne à l’homme - corps et âme - qui le reçoit dignement, la force divine et l’aptitude au bonheur divin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''III &amp;amp;nbsp;AVOIR LA FOI.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avoir la FOI, c’est accepter l’information apportée par la Révélation chrétienne et maladroitement résumée ci dessus. C’est accepter et accueillir l’information de la Révélation, non seulement pour comprendre la réalité définitive et immuable qu’elle décrit, mais surtout pour en tirer les conséquences inépuisables qui guideront nos actions, pendant toute notre vie, vaille que vaille, jusqu’à l’éternel pardon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes, nous ne pouvons pas, dès ici bas vérifier bien des informations données par la Révélation. Pourtant dès qu’on a un peu vécu, nous avons constaté que la vie nous donne une foule d’illustrations des vérités de la FOI. Or, pour bâtir notre vie, nous avons besoin de cette information AVANT de nous lancer dans des expériences malheureuses. Nous en serions les premières victimes. Au contraire, si nous basons notre vie sur les données de la Révélation, nous attendons avec certitude le bonheur divin promis dans l’Autre Monde. De plus nous jouissons quand même, dès ici bas sur la terre cette vallée de larmes, de la paix divine, l’avant goût du paradis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On le voit, la FOI '''n’est pas un sentiment aveugle''' surgissant des profondeurs du subconscient. '''C’est l’adhésion de l’intelligence au contenu de la Révélation qui nous a été transmis par le bouche à oreille'''. C’est la FOI à la Parole. Nous sommes de la Religion du Verbe Incarné. Cette adhésion au contenu révélé, est due à notre soumission aux motions de la grâce divine. Par cette adhésion nous prenons en compte le contenu pour diriger nos vies, pour orienter les moindres de nos décisions d’actions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI guide nos actes'''. Ils doivent normalement l’exprimer. La FOI s’épanouit donc dans des œuvres inaugurées, puis menées à terme, malgré les difficultés et les traverses, dans la certitude de leur aboutissement. C’est la persévérance de la FOI, c’est déjà l’ESPERANCE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FOI débouche normalement sur l’Espérance. Le Credo s’achève par la proclamation de l’espérance en la résurrection de la chair et l’attente de la vie à venir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que Dieu, dans sa miséricorde, veuille l’accorder au pécheur que je suis.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_foi,_don_de_Dieu&amp;diff=1681</id>
		<title>La foi, don de Dieu</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_foi,_don_de_Dieu&amp;diff=1681"/>
				<updated>2011-04-05T10:31:06Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : Page créée avec « '''LA FOI'''  &amp;lt;div align=&amp;quot;right&amp;quot;&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/div&amp;gt;  &amp;lt;div align=&amp;quot;right&amp;quot;&amp;gt;''Par André Frament''&amp;lt;/div&amp;gt;  &amp;amp;nbsp;  &amp;lt;center&amp;gt;'''LA FOI EST UN DON DE DIEU.'''&amp;lt;/center&amp;gt;  &amp;amp;nbsp;  '''La foi e... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;'''LA FOI'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div align=&amp;quot;right&amp;quot;&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div align=&amp;quot;right&amp;quot;&amp;gt;''Par André Frament''&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''LA FOI EST UN DON DE DIEU.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi est un don surnaturel de Dieu''' : Il est important de garder cette réalité à l’esprit pendant l’exposé qui va suivre. Ce don surnaturel nous fait atteindre Dieu Lui Même. C’est une vertu théologale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‘‘DIEU a besoin des hommes’’ titrait un film ancien. Il ne s’agit pas de dire qu’il manquerait quoique ce soit au BON DIEU. Il est Unique et Trine, d’une majesté infinie. L’homme ne peut rien Lui apporter qu’il n’ait d’abord reçu de Lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Verbe de Dieu, deuxième personne de la Trinité, est venu s’incarner. Après sa mort sur la croix et sa résurrection, Il est remonté au Cieux. Avant de partir, Il nous a donné la mission d’achever la conversion du Monde à Sa place. Et c’est si vrai, qu’Il reprochera à SAÜL d’être celui qui Le persécute dans les membres de l’Église naissante. Notre Seigneur a voulu avoir besoin de nous. Essayons de rentrer dans ce mystère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu veut que tout homme soit sauvé'''. Notre salut c’est de LE connaître et de L’aimer et LE servir. IL souhaite obtenir notre amour, notre cœur, notre confiance. '''Notre confiance, c’est à dire la FOI.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DIEU est Bon'''. Il répand Ses dons et Sa grâce, à profusion. Dans une apparition Notre Dame fait voir des ''rayons noirs'' qui partent de ses mains : Ce sont les grâces qu’on ne lui a pas demandées et qu’elle avait mission de nous donner de la part du Seigneur'''. En conséquence, parce que la Foi est une réponse de l’homme à une grâce donnée par Dieu, nous sommes certains que Dieu ne manque pas de donner les grâces suffisantes.''' Ce qui manque, c’est peut être la réponse des hommes, mais surement aussi notre engagement dans le rôle que Dieu nous a donné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église. '''Ekklhsia en grec veut dire Assemblée du peuple convoqué, appelé. Cette Église, nous dit BOSSUET, c’est ‘‘''JESUS CHRIST répandu et communiqué''.’’ JEANNE D’ARC, répondant à ses juges, affirme : ‘‘ ''M’est avis que c’est tout un, de JESUS CHRIST et de son'' ''EGLISE''’’. L’Église continue la mission du Christ. Nous sommes, nous voulons être d’Église. En tant que membres du corps mystique, nous devons participer à sa mission. DIEU nous fait honneur : IL nous charge de remplacer Son Fils Unique, pour parler au Monde d’aujourd’hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc la FOI s’attiédit de nos jours, c’est parce que, DIEU me pardonne, JESUS se tait ''par nous''. Nous sommes membres de son corps mystique et '''nous''' L’empêchons de parler à nos frères. '''Nous ne remplissons pas notre mission.''' Nous ne témoignons plus notre FOI. Nous ne témoignons pas notre confiance à DIEU.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‘‘La FOI serait plus difficile à transmettre à notre époque.’’ C’est ce que disent et prétendent beaucoup ... Ce n’est quand même pas mon avis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''La FOI est contagieuse.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI n’est pas un sentiment.''' '''Elle est une certitude intellectuelle.''' Par la foi, L’homme, accepte de faire confiance en Dieu. &amp;quot;''Seigneur, nous avons travaillé en vain toute la nuit, mais sur ta parole, je jetterai les filets.''&amp;quot; Saint Pierre en disant cela montre qu'il fait confiance. Lui, le pêcheur professionnel, a le sentiment qu'il ne se trouve pas dans un jour faste. Toute son expérience humaine le lui a appris. Et il est fatigué du travail de toute la nuit. Mais le Seigneur en donne l'ordre. Il va donc lancer une fois encore les filets. Et ce sera la pêche miraculeuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI est contagieuse.''' Elle gagne le cœur et l’esprit de ceux qui la rencontrent. Encore faut-il la rencontrer. C’est le problème de nos contemporains ! Ils n’ont pas l’occasion de la rencontrer. En effet, beaucoup de chrétiens et probablement beaucoup de clercs ne savent plus ce qu’est la FOI. Alors, comment pourraient-ils ne pas en gêner la transmission ? Et comment même pourraient-ils l’avoir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours de mes travaux professionnels, j’ai été amené à réfléchir sur la nature et le rôle de ''l’information''. Ces réflexions m’ont aidé à entrevoir ce qu’est la FOI, à comprendre la pleine valeur de la définition classique de cette vertu théologale : '''La FOI est l’adhésion de l’intelligence à un contenu révélé reçu ''ex auditu''.''' (reçu par l’oreille) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;Je me propose de vous indiquer le cheminement. Je traiterai ensuite de la FOI en N.S. JESUS le CHRIST. Enfin, je passerai en revue - très rapide - les grandes vérités du CREDO, c’est à dire le contenu de la FOI catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''I&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;LE CHEMINEMENT.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partons du concept : information. Cela fait comprendre ce qu’est la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11 L’INFORMATION et LES RUMEURS&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* Informer quelqu’un&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''', c’est &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Lui faire connaître ce se passe (se passera ou s’est passé!), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Afin qu’il sache ce qui lui arrive (va lui arriver ou lui est arrivé), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Et qu’il comprenne ce qu’il doit faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* Exemple&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''' : Un voyageur essoufflé arrive sur le quai de la gare de Lyon, à PARIS. Il demande à un contrôleur; ancien du métier : «&amp;amp;nbsp;''Pardon Monsieur, le premier train pour Lyon, s’il vous plaît''&amp;amp;nbsp;». Le contrôleur, avec le sourire lui répond : «&amp;amp;nbsp;''Voie 7, il part dans cinq minutes. Mais voie A, là bas le T.G.V. part dans quarante-cinq minutes, et arrive deux heures avant!&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;Le contrôleur n’a pas exclusivement répondu à la question posée. Il a quand même donné une bonne information, celle qui permet de se décider en fonction de son intérêt. Parce que le voyageur '''fait confiance, il croit''' ce qui lui a été dit. Il va tranquillement acheter le billet spécial pour prendre le train d’après, dans la '''certitude''' d’arriver à Lyon avant celui qui partirait par le premier train. La confiance en ce qui a été dit, la '''foi''' en celui qui a donné l’information''', oriente son action.''' Dans cette situation, dire que cet homme est mû par ‘‘''un sentiment aveugle venu des profondeurs du'' ''subconscient.''’’ est une stupidité parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* Les nouvelles.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les informations s’appellent aussi des nouvelles.''' Elles sont diffusées en tant que faits ''nouveaux''. Leur connaissance serait (théoriquement) nécessaire ou plus simplement utile aux destinataires. Sachant ce qui se passe, ils peuvent comprendre ce qui va leur arriver et déterminer ce qu’ils doivent faire. Elles ont, normalement, pour but de faire connaître '''ce qui est,''' et dont les conséquences vont retentir sur la vie du destinataire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les médias, on le sait, ne donnent pas de nouvelles qui nous permettent d’agir selon '''''notre''''' intérêt. Ils orientent le comportement des récepteurs ''conformément à l’intérêt de l’émetteur''. Actuellement les pseudo-informations diffusées ont pour objet d’asservir l’homme à ses passions et de lui cacher l’important et même l’essentiel. Et pourtant nos contemporains y croient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette &amp;quot;information&amp;quot; a un fort impact : elle oriente leurs actes. On parle de conditionnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’information essentielle.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il s’agit de nous apprendre :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Que la mort a déjà été vaincue une fois, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Qu’elle sera, un jour, définitivement vaincue,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Que, comme tous les morts, '''nous '''ressusciterons, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Que nous pouvons vivre aujourd’hui de manière à obtenir alors une vie de bonheur&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; éternel, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Que nous pouvons être sauvés de la mort et des supplices éternels si nous agissons &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;comme il convient, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conçoit que ce soit là une nouvelle importante, fondamentale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c'est, une BONNE NOUVELLE. C’est la bonne nouvelle de l’EVANGILE. Cette information nous libère. Elle éclaire notre vie Elle nous permet d’orienter nos actions en fonction de notre intérêt majeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi, apportant l’essentiel, ne pourrait-elle pas avoir un impact extraordinaire ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* La rumeur&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains messages circulent spontanément. Ils se diffusent promptement au sein d’une population. Ils ne sont pour autant ni contrôlés ni même vérifiables immédiatement. Ce sont des ‘‘''rumeurs’’. ''Souvent du crédit leur est accordé. Des actions sont décidées, orientées par ces on-dit. Ce sont autant d’ &amp;quot;actes de foi&amp;quot; qui propagent et relancent la rumeur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* L’acte de foi propage la foi.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est logique de déterminer son itinéraire de vacances en tenant compte des encombrements routiers signalés par les autorités compétentes et responsables. Il paraît beaucoup moins rationnel de jouer à la bourse de fortes sommes sur la base de rumeurs. Les petits donneurs d’ordres ne peuvent pas en contrôler la validité. Mais ils y croient, ils agissent en conséquence. Ils déclenchent des mouvements à la hausse... ou à la baisse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux amis, achevaient leurs courses dans un supermarché de province. Ils faisaient la queue devant la même caisse. L’un deux avait exclusivement dans son chariot de nombreuses bouteilles de vinaigre. Son épouse pense, en effet, que c’est, associé au papier journal et à ''l’huile de coude'', le seul bon produit pour traiter les vieux cuivres. L’ami s’étonne, à haute voix, de voir acheter à la fois autant de vinaigre. Le premier, pince sans rire, lui répond : «&amp;amp;nbsp;je fais des provisions, on va en manquer bientôt.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce faisant, le plaisantin généra une rumeur qui traversa la ville. Une semaine plus tard, les épiciers de cette localité ne pouvaient plus fournir de vinaigre. Une ou des personnes de la file avaient cru en la phrase selon laquelle on manquerait de vinaigre. Le chariot plein était un acte de foi (naturelle évidemment!) ''indiscutable''. Elles ont accru leur achat de vinaigre, propageant et renforçant la rumeur...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’acte de foi naturelle propage la foi naturelle''. Il en est de même pour la foi surnaturelle. ''Si donc la Foi ne se propage pas, c’est que nous ne faisons pas suffisamment d’actes de foi. Peut être devrions nous, nous aussi, nous convertir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seigneur, augmentez ma foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;L’impact de l’information&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On le constate, l’information nous fait connaître des faits. En tant que tels ils sont neutres. Leurs conséquences, par contre, peuvent être importantes pour le destinataire. Alors les passions entrent en jeu. Cela suppose, naturellement, que l’information soit perçue comme vraie, comme certaine, comme réelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons tous entendu dire dans certaines circonstances : ‘‘''Il ne voulait pas y croire''.’’ ou plus caractéristique encore : ‘‘''Il ne pouvait pas y croire''.’’ Cela se produit quand la personne en cause reçoit l’information d’un fait qui, par ses conséquences à un retentissement ''trop'' grand pour sa vie. Que ce soit en bien ou en mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est de même en ce qui concerne la FOI. Quand l’information leur est donnée, beaucoup de ceux qui la refusent n’en veulent pas parce que cela les dérangerait ''trop, ''les mettrait trop fortement en question. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est vrai ! Mais aussi, parce que la FOI de l’annonceur n’est pas suffisante pour '''donner l’idée qu’il faut quand même faire cette remise en cause'''. Il faut la Foi d’un saint pour convertir. On dit que de grands pécheurs se sont convertis en entendant le Curé d’Ars dire simplement : &amp;quot;''Mes frères, si vous saviez comme DIEU est bon'' ''!''&amp;quot; Parce qu’il est en relation étroite avec Dieu, le saint transmet la force de Sa Parole avec «&amp;amp;nbsp;moins de déperdition.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Beaucoup refusent la FOI. Ils n’en veulent pas parce que cela les dérangerait trop. Cela se vérifie d’abord quand les hommes sont placés devant cet Homme qu’on appelle le CHRIST.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''II&amp;amp;nbsp; LA FOI EN JESUS, LE CHRIST'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première information qui entraîne de très importantes conséquences pour notre vie personnelle, c’est l’annonce de la messianité de Jésus, de la '''divinité''' de N.S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''21&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;UN MESSAGE SCANDALEUX.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A dire vrai une telle information, un tel message est «&amp;amp;nbsp;scandaleux.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le vieillard Siméon.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà le vieillard Siméon l’avait prédit lors de la présentation de Jésus au Temple. ''«&amp;amp;nbsp;Cet enfant est pour le relèvement et la chute d’un grand nombre en Israël''.&amp;amp;nbsp;» De nos jours Siméon dirait : «&amp;amp;nbsp;''...d’un grand nombre dans l’Église''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Saint Paul.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Paul à son tour proclame : «&amp;amp;nbsp;''Nous prêchons le Christ et le Christ crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus lui même.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus lui même s’est déclaré comme cause possible de scandale. Ainsi dans sa réponse aux émissaires de Jean le Baptiste, il dit : « ''Allez dire à Jean ce que vous voyez et entendez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres''.&amp;amp;nbsp;» Il ajoute ensuite : «&amp;amp;nbsp;''Bienheureux celui qui ne sera pas scandalisé à cause de moi''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chrétiens d’aujourd’hui, avons nous conscience de la dimension folle ou scandaleuse des mystères de l’Incarnation et de la Rédemption par la Croix ? Un hymne à la Vierge nous met face au mystère : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''«&amp;amp;nbsp;Celui que l’univers entier ne peut contenir''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;''s’est fait homme en tes viscères.''&amp;amp;nbsp;» &amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Créateur et Maître des Univers-îles et des Galaxies contenant des milliards de soleils, est né d’une femme. Il est venu pauvre, dans une étable, parmi des animaux parce qu’il n’y avait pas de place pour Marie et Joseph dans l’hôtellerie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''22&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;LA PEDAGOGIE DU SEIGNEUR.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Verbe de Dieu, dans sa bonté, ménage la faiblesse humaine. Il révèle très progressivement qui IL EST. Mais s’il se glorifiait lui-même, sa gloire serait vaine. DIEU, Son PERE va glorifier le FILS. IL le fera lors du baptême au Jourdain, lors de la Transfiguration...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais surtout, des hommes et des femmes vont ''répondre à la grâce''. Ils vont proclamer leur FOI, Ils vont reconnaître en Jésus un être supérieur. Je veux dire qu’ils vont proclamer qu’IL est plus qu’un homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette proclamation des hommes par la FOI va très loin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Centurion au pied de la croix s’écrie : «&amp;amp;nbsp;''Vraiment cet homme était fils de DIEU''.&amp;amp;nbsp;» Je n’ai pas l’impression que cet officier romain ait voulu dire ''Fils '''du''' DIEU UNIQUE''. Il lui reconnaît pourtant une dimension divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La glorification du Christ va culminer avec la profession de PIERRE à Césarée :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;TU ES LE CHRIST, LE FILS DU DIEU VIVANT ! &amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et la reconnaissance de Saint Thomas huit jours après la Résurrection :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;MON SEIGNEUR ET MON DIEU !&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut prendre les choses par le commencement. Des hommes et des femmes vont se tourner vers Jésus. Ils vont lui demander une aide, un secours, un salut. Ce faisant, ils reconnaissent implicitement en lui un être tout à fait particulier, capable de les aider, de les guérir, de les sauver. Cette démarche nous le verrons est tacite. Notre Seigneur, par ses silences, ses questions ou ses réponses, va provoquer une révélation extérieure de leur attitude intérieure. IL les conduit à témoigner extérieurement qu’ils reconnaissent - ou non - Sa messianité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''221 Un cas de refus : le jeune homme riche. '''(S; Marc '''10''', 17 - 22)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tandis que Jésus se mettait en route, quelqu’un accourût, tomba à ses genoux et l’interrogea : «&amp;amp;nbsp;Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la Vie Éternelle ?»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette scène a de quoi scandaliser un Juif qui ne verrait en Jésus qu’un homme même prophète. Chez les Juifs on ne pliait pas le genou, on n’inclinait pas la tête devant un homme même puissant. Pour cela ils étaient appelés ''le peuple à la nuque raide.'' Ils étaient aussi exemptés des cérémonies trop serviles vis à vis des rois et des chefs des autres nations. De plus le jeune homme dit : «&amp;amp;nbsp;''Bon Maître''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus lui demande alors d’expliciter sa position : «&amp;amp;nbsp;''Pourquoi m’appelles-tu bon ? Dieu seul est bon !''&amp;amp;nbsp;» Le jeune homme, interloqué, ne dit rien. Il pourrait se sentir rabroué. Il semble plutôt qu'il soit stupéfait de l'importance de ce que Jésus lui fait entrevoir. Veut-il reconnaître DIEU en Jésus ? Veut-il reconnaître le Christ en Jésus ? A ses yeux comme à ceux de ses contemporains Jésus est un prophète comme un autre, même s’il a la réputation d’être bon. Les quelques mots de Jésus lui demandent d'expliciter son geste. A-t-il compris que Jésus est '''Celui qui doit venir '''? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il hésite devant ce qu'il entrevoit, Notre Seigneur enchaîne alors. Sa divine pédagogie entame une démarche pour le guider sur la voie de la solution : «''Tu connais les commandements : Ne tues pas, ne commets pas d’adultère, ne voles pas, ne porte pas de faux témoignages, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère.'' »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut le remarquer. Le Christ prend les commandements de la Loi dans un ordre différent de celui de leur promulgation. Il part de l’expression la plus concrète et la plus &amp;quot;naturellement&amp;quot; évidente (ne tues pas), et il remonte progressivement (ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'arrête avant d'arriver aux points concernant le culte à rendre à Dieu. Il ne les oublie pas. Il cadre le débat sur la suite. Le questionneur interrompt semble-t-il Jésus. Comme s'il était déçu. «&amp;amp;nbsp;''Maître'', t''out cela je l’ai observé avec soin depuis ma jeunesse''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’interlocuteur ne dit plus ''BON Maître, ''mais seulement ''Maître''. Il ne reconnaît pas DIEU en Jésus. Mais il est encore un ''envoyé'' de DIEU. Dans son cœur Jésus est homme. Mais cet homme, '''poussé par la grâce''', sent bien que les commandements ne sont qu’une ''piste d’envol'' vers le Seigneur. Il voudrait aller plus vite, plus loin, plus haut. Il venait demander à Jésus comment y arriver. Il est donc déçu de la réponse - inachevée - qu’il reçoit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont ces sentiments qui font que ''Jésus, l’ayant regardé se prit à l’aimer,'' comme le dit l’évangéliste. Notre Seigneur lui donne alors une deuxième chance de le reconnaître au moins comme un Maître exceptionnel qu’il faut écouter et suivre. Il en vient, directement donc, au conseil demandé : «&amp;amp;nbsp;''Une seule chose te manque. Va, vends ce que tu as, donnes en le prix aux pauvres, tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle annonce ! Pour avoir la vie éternelle, il faut tout quitter pour suivre Jésus. Il faut donc le suivre et l'aimer plus que toutes ses propres richesses ? On en arrive à ce qui implique le premier commandement : &amp;quot;Tu aimeras le Seigneur de tout cœur de toute ton âme, de toutes tes forces.&amp;quot; Ce que Jésus demande implicitement c'est la reconnaissance de sa divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre interprétation est aussi possible. Elle est montre une étape plus accommodée à la capacité de réception du jeune homme. Elle propose une reconnaissance moins complète de QUI est Jésus. On peut en effet comprendre les propos du Christ de la manière suivante : «&amp;amp;nbsp;''Tu as raison, le bien suprême est la vie éternelle. Tu as reconnu en moi un Maître susceptible de t’y mener. Je veux bien te conduire vers l’amour total de Dieu. Mais d’abord libère-toi des biens matériels qui t’encombrent, t’alourdissent et retardent ton ascension vers DIEU''&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le jeune homme devint sombre à cette parole. Il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens''. Voyant le prix à payer pour monter vers DIEU et acquérir la vie éternelle, le jeune homme refuse de faire le pas. Refusant la lumière, il s’assombrit. Il ne peut éclairer à son tour. Il montre finalement ce à quoi il fait vraiment confiance : la richesse matérielle. Il ne veut pas s’en séparer et faire totalement confiance à DIEU. Au BON DIEU.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet homme riche, c’est chacun de nous. Pour des richesses peut-être moins importantes que les siennes. Nous ne voulons pas faire totalement confiance à Notre Seigneur Jésus-Christ, au Bon Dieu, à la Providence divine qui contrôle la chute du moindre de nos cheveux. Nous voulons garder un appui financier, une garantie matérielle. C’est plus sûr croyons nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous faisons davantage confiance aux ressources matérielles qu’a Dieu Tout-Puissant et à Son Fils Jésus. Notre dieu suprême c’est donc MAMMON, l’Argent, une idole. Par de tels comportements nous contribuons à la diffusion de cette idolâtrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Jésus nous demandait directement et personnellement de faire la démarche qu’IL demanda au jeune homme riche, serions nous réellement disposés à TOUT laisser pour le suivre ? Pour lui obéir ? Pour manifester notre ''confiance'' en LUI, notre FOI en LUI ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons en être conscients. Nous ne sommes que les gestionnaires des biens qu’IL nous confie. IL peut donc, à tout moment, nous les reprendre. Sa décision sera déterminée par la volonté de nous faciliter l’accès au royaume de Son Père, même si elle nous paraît une Croix sur la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour nous rendre capable de recevoir - et d’exécuter - la volonté de DIEU, que Saint Paul nous demande de nous comporter, ayant des biens, comme n’en ayant pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''221 Ceux qui reconnaissent le Messie.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''L’aveugle de Jéricho. ''(S. Luc '''18''', 35 - 43) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A''' l’entrée de Jéricho, un aveugle entend passer une foule. Il s’informe. On lui apprend que c’est Jésus de Nazareth et les gens qui l’accompagnent. Alors, il clame : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Jésus, Fils de David, aies pitié de moi''.&amp;amp;nbsp;»&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout Israël sait que ''Fils de David'' désigne le Messie, Celui qui doit venir. C’est ce qu’enseignent les docteurs et les scribes. L’aveugle proclame donc la messianité de Jésus, alors que les prêtres, les docteurs et les scribes la nient. Il convient donc de le faire taire. En effet :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Ou bien cette déclaration est considérée comme fausse, il faut alors la faire cesser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Ou bien, ''cas de celui qui croît au moins un peu au rôle particulier de Jésus'', il faut éviter de provoquer la colère des autorités en place. Dans ce cas là, aussi, il faut l’arrêter, la faire cesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais l’aveugle continue de proclamer de plus belle en une formule concise (huit mots en français, cinq en latin !) « ''Jésus, Fils de David, aies pitié de moi''.&amp;amp;nbsp;» c’est à dire :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;JESUS est le MESSIE. JESUS peut me guérir. S’il le veut Dieu ne s’y opposera pas. Jésus est Sauveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour l’instant la pensée de l’aveugle est semble-t-il implicite. On peut même penser que je sollicite les textes et la pensée du personnage. JESUS, va l’amener à témoigner de sa démarche intime. IL lui demande : «&amp;amp;nbsp;''Que veux-tu que je fasse pour toi?''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'aveugle sait, comme tout homme en Israël, qu’il vit dans la période où doit apparaître le Messie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;''Es-tu celui qui doit venir ou doit-on en attendre un autre ?''&amp;quot; avaient demandé les envoyés des princes des prêtres et des pharisiens à Jean le Baptiste. Comme l’a annoncé Isaïe le prophète, c’est maintenant que ''les aveugles vont voir, les boiteux marcher, les lépreux être purifiés, les sourds entendre, les morts ressusciter''. Il a confiance qu’il pourra être bénéficiaire d’une grâce de ce genre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que répondra-t-il ? En son cœur, docile à la motion interne de la grâce, il a reconnu le Messie en Jésus. C’est pour cela qu’il lui a donné le titre messianique «&amp;amp;nbsp;''fils de David''&amp;amp;nbsp;». C’est son '''acte''' de FOI. L’aveugle, certain, par la FOI, que Jésus est le Messie, Il espère sa guérison. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa réponse arrive donc : ''Rabonni, Que je recouvre la vue !'' Remarquons bien qu’il demande sa guérison, son salut à Jésus. Il ne s’agit pas, à ses yeux, d’obtenir une démarche d’intercession auprès de DIEU.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est immédiate : « ''Vois ta FOI t’a sauvé. ''» et l’homme est exaucé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il suivait'' le cortège ''en glorifiant DIEU''. La gloire de Jésus est proclamée par un homme. L’acte de charité suit l’acte de FOI et l’acte d’Espérance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI reconnaît Dieu en Jésus. Elle fait entrer cette réalité dans la détermination des décisions d’action. Elle a confiance en la valeur de ce qu’elle entreprend basée sur cette certitude. Elle arrive à l’espérance. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Exaucé dans sa demande, le bénéficiaire fait un acte de reconnaissance'''. '''Ou plutôt, il devrait manifester un acte d’amour, de charité. Ce n’est pas souvent le cas. Une fois, sur dix lépreux guéris, un seul revint remercier Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''La femme syro phénicienne.'' (S; Mt. '''15''', 21-28)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons monter un degré de plus dans la FOI en considérant la syro-phénicienne. De nos jours on dirait la libanaise. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Une cananéenne criait : «&amp;amp;nbsp;Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de DAVID. Ma fille souffre cruellement d’un démon.''&amp;amp;nbsp;''» ''Comme on le voit, cette femme donne à Jésus, son titre messianique : «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, Fils de David''.&amp;amp;nbsp;» Elle appelle au secours. Elle attend que Jésus la sauve. Ou plutôt qu’IL sauve sa fille ''d’un démon''. Par le fait, elle reconnaît publiquement à Jésus le pouvoir de chasser les démons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus pourtant ne répond rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la femme poursuivait le cortège de ses cris. Pour avoir la paix, les disciples interviennent alors. Ils demandent à Jésus de la renvoyer (satisfaite) «&amp;amp;nbsp;''parce qu’elle crie derrière nous.''&amp;amp;nbsp;» On fait donc approcher la femme. Elle ''se prosterne devant Jésus.'' Elle l’adore en quelque sorte''.'' Elle lui demande son secours : «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, viens à mon secours''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus semble d’une insoutenable dureté : ''«&amp;amp;nbsp;Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens&amp;amp;nbsp;».'' Cette phrase est cruelle mais elle va révéler l’étendue de la FOI de la cananéenne (ce devrait être une leçon pour les juifs.) et proclamer la gloire de Notre Seigneur Jésus - Christ :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''« Oui, Seigneur. Mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître.&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette phrase, la femme qui continue de reconnaître le Christ en Jésus, proclame aussi l’élection d’Israël par Dieu, et, par l’intermédiaire d’Israël, la miséricorde de Dieu envers les nations qu’elle incarne. A ce titre elle est heureuse de récupérer ce que la nation élue laisse tomber.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus s’écrie d’admiration : ''O femme, grande est ta FOI.'' Comme l’écrivait Jean Ousset : La FOI est la seule vertu qui permit à l’homme d’arracher à DIEU des cris d’admiration. Dieu ne se laisse pas dépasser et Jésus délègue son propre pouvoir à la femme. ''«&amp;amp;nbsp;Qu’il te soit fait comme tu le veux.» ''La délégation de pouvoir est directe et totale. De plus elle est efficace. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Jésus est bien propriétaire de ses pouvoirs et non un délégataire intermédiaire.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''Le centurion demande la guérison de son esclave.'' (Luc '''7, '''2-10)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Or un centurion avait un esclave qui allait mal et était sur le point de succomber et il lui était cher. Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques anciens des Juifs pour lui demander de venir sauver son esclave.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce centurion est ce que les anciens Juifs appelaient un prosélyte. C’est à dire un païen d'origine qui reconnaît le DIEU UNIQUE, révélé à Israël. Cette conversion s’est traduite en actes : Le centurion a bâti la synagogue du village. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet officier a la charité. Il aime son esclave et cherche tout moyen de le sauver''. Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers LUI quelques uns des anciens des Juifs pour LUI demander de (venir) sauver son esclave.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le centurion, converti à la religion du Dieu Vivant, a FOI aux prophètes. Il attend lui aussi la venue de Celui qui doit venir. La rumeur qui présente Jésus comme un ''Guérisseur ''l’a touché. Mais pour lui il s’agit de Messie. Nous le verrons plus loin. Par la FOI, il se sait «&amp;amp;nbsp;en dessous des Juifs&amp;amp;nbsp;» dans l’économie du salut. Il n’est pas charnellement descendant d’Abraham. Il sent donc la nécessité de passer par des intercesseurs de la race élue. Eux sont intervenus et ont demandé à Jésus ''d’aller'' sauver l’esclave.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus faisait donc route avec eux, vers la demeure du centurion. Quelqu’un était sûrement allé devant porter la nouvelle : ‘‘Jésus accepte de venir.’’ Le centurion révèle alors sa FOI. Il va à la rencontre de Jésus : «''Seigneur, je ne suis pas digne que tu viennes sous mon toit. Mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri.''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce faisant il révèle qu’il a une FOI plus grande que celle de ceux à qu’il a demandé d’intervenir. Pour lui, Jésus est assez puissant pour commander '''de loin''' la guérison d’un homme qu’il ne voit pas. Si notre Seigneur le veut, il enverra un ange guérir le malade. D’ailleurs c’est ce qu’il explique '': Parce que moi qui ne suis qu’un subalterne, j’ai sous moi des soldats''. (Donc toi qui es un Supérieur, tu as sous tes ordres des serviteurs invisibles, des anges, dirions-nous maintenant). ''Et je dis à l’un va et il va; et à un autre, viens, et il vient; et à mon esclave, fais ceci, et il le fait''. (Donc toi, dis à l’un de tes anges-serviteurs de guérir mon serviteur et cela se réalisera.) ''Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce pouvoir sur les bons anges est un pouvoir divin. En entendant le centurion, Jésus l’admira. Et se tournant, il dit à la foule : ''«&amp;amp;nbsp;Je n’ai jamais vu pareille FOI en Israël.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Entendant ce qui se dit de Jésus, le centurion, répondant à la grâce, a la FOI. Cela le détermine à une action, un acte de FOI. Il demande aux anciens d’intercéder pour lui auprès de Jésus. Il a la certitude qu’il pourra ainsi obtenir la guérison de son serviteur. C’est déjà de l’espérance. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’acte de FOI prépare l’acte d’espérance qui en est la suite logique. Imaginer une FOI sans les œuvres, sans les ''actes'' de la FOI, est une absurdité. Le Centurion aurait-il provoqué l’admiration du Christ si, certain que Jésus était le Christ, il n’avait pas pour autant demandé la guérison de son serviteur ? Ou bien, apprenant que NS venait chez lui, il l’avait laissé rentrer sous son toit sans rien dire ?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''La profession de FOI de Pierre à Césarée. ''(S. Mt. '''16''', 13 -20)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;-''Qui suis-je au dire des foules ?'' (demande Jésus)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;''-Pour les uns : Jean-Baptiste; pour d’autres : Elie; pour les autres, Jérémie ou l’un des prophètes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;''-Mais pour vous, qui suis-je ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question est directe. Elle ne laisse pas d’échappatoire. Le silence commence à s’installer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Alors Pierre prenant la parole, dit : C’est Toi, le Christ, le Fils du Dieu Vivant ! ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette réponse est surhumaine. Elle dépasse les forces d’un homme. Comment est-il possible de reconnaître le Dieu de suprême majesté en cet homme qui s’appelle Jésus ? IL nous le fait savoir Lui même : ''Tu es heureux Simon fils de Jona, car ce ne sont pas la chair ni le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est dans les Cieux.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div align=&amp;quot;right&amp;quot;&amp;gt;La FOI est un don surnaturel de DIEU.&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''23 &amp;amp;nbsp;L’AUTORITE SOUVERAINE.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans tous ces exemples, il s’agissait d’humains. Ils peuvent être impressionnés par Jésus. Les satellites des Juifs envoyés pour lui mettre la main dessus, sont revenus sans avoir rien fait. Ils se sont expliqués en disant : ''«Jamais&amp;amp;nbsp;un homme n’a parlé comme cet homme''.&amp;amp;nbsp;''» ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la matière morte ou inerte et les éléments eux-mêmes LUI obéissent. Jésus va le montrer. Ses actions vont donc montrer la gloire de Dieu, la puissance du Fils. Elles vont entraîner la proclamation de cette gloire par les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''231 La domination sur la mort.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''Le'' ''fils de la veuve de Naïm. La miséricorde de Dieu.'' (S. Luc '''7''', 11 -17)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une veuve pleure son fils unique dont le corps était conduit au tombeau porté sur une civière. Extérieurement, elle ne demandait rien. Voyant la scène, Jésus fut pris de pitié. Il arrête le cortège mortuaire. Il commande au mort de se lever. Et le mort ressuscite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Seigneur fait cela sans effort. On peut comparer cette résurrection avec celle accomplie par le Prophète Elie sur le fils de la veuve de Sarepta. Elie avait longuement prié et supplié Dieu de l’exaucer. Jésus, lui, commande : «&amp;amp;nbsp;''Jeune homme, je te le dis : lève toi.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur la foule qui accompagnait le cortège l’effet est puissant''. La crainte les prit tous et ils glorifiaient Dieu en disant : «&amp;amp;nbsp;Un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple.&amp;amp;nbsp;» ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''La résurrection de Lazare. ''(S. Jean '''11''', 1- 44)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lazare est au tombeau. Cela ne se réalise pas comme dans nos pays. Le tombeau est une grotte (ou une cave taillée dans le rocher). Une grosse pierre est roulée devant l’entrée. Cela fait quatre jours que le cadavre y est déposé. La fermeture n’est pas étanche. ''Déjà il sent''. En passant à proximité l’odeur de charogne est prenante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant Jésus commande qu’on ouvre le tombeau. La pierre est roulée. Notre Seigneur pleure d’émotion. Une foule est présente. ''Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux des aveugles faire que cet homme ne mourût pas ?'' Il est évident pour les assistants que c’est trop tard! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus cria d’une voix forte : Lazare, sors ! ''L’odeur est encore dans le nez des spectateurs qu’ils voient déjà Lazare, ligoté par les bandelettes, se tenir debout à l’entrée du tombeau. ''Le mort sortit, les pieds et les mains '''liés de bandes''' et son visage était enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : «&amp;amp;nbsp;déliez le et laissez le aller&amp;amp;nbsp;»''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’information se répand rapidement. Il est impossible de parler du réveil d’un sommeil cataleptique. Les témoins sont bouleversés. Ils sentaient l’odeur de la putréfaction... Et Lazare, sans discuter l’ordre, est sorti du tombeau. Et même, il en a été éjecté vivant. Comment aurait-il pu marcher lié de bandelettes comme il l’était ? Puis les témoins ont vu Lazare, en bonne santé, sain de corps et d’esprit, leur parler comme avant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus commande souverainement à la mort. Elle cède devant ses ordres. Il lui fait rendre ceux qu’elle semblait avoir définitivement vaincus'''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet homme est bien évidemment un sauveur, celui qui doit venir : le Messie. De ce fait, il est en train de séduire le peuple. En latin ''se ducere'' = attirer à soi. Mais, alors, les princes des prêtres vont perdre leur pouvoir! Leur révolte contre l’occupant romain et la prise du pouvoir sur le Monde ne pourront pas réussir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, cet homme, qu’on appelle le Nazaréen, ne prépare pas de troupes, ne rassemble pas d’armes. Sa révolte sera donc écrasée. En conséquence, Caïphe, le Grand Prêtre, conseilla de le faire mourir. ''Vous n’y entendez rien, vous ; et vous ne réfléchissez pas qu’il vaut mieux pour vous qu’un seul homme meure pour le peuple, et que la nation tout entière ne périsse pas. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Disant cela, le Grand Prêtre prévaricateur est quand même prophète : Les peuples de la Terre entière seront sauvés par le sacrifice de Jésus. De plus la condamnation et l’exécution qui la suivra, vont permettre le miracle suprême.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais avant d’y arriver il nous faut revenir sur un autre aspect : l’autorité sur les éléments.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''232 L’autorité sur les éléments.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''Les noces de Cana.'' (S. Jean '''2''', 1-11)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le troisième jour, il y eût une noce à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était. Jésus aussi fut invité à la noce, ainsi que ses disciples. Et le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : «&amp;amp;nbsp;Ils n’ont plus de vin.&amp;amp;nbsp;» Et Jésus lui dit : «Que me veux-tu, femme ? Mon heure n’est pas encore arrivée.» Sa mère dit aux serviteurs : «Faites tout ce qu’il vous dira.»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phrase de Notre Dame à son Fils semble plus une information qu’une demande. La réponse, une formule sémite, nous surprend. La Sainte Vierge, pourtant, se sait exaucée. Elle met les hommes à la disposition de Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus dit aux servants : «Remplissez d’eau ces jarres.»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant ce qui nous aurait semblé être un ordre idiot, les serviteurs obéissent : ''Ils les remplirent '''jusqu’au bord'''. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et il leur dit :&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Puisez maintenant, et portez en à l’intendant du festin.&amp;amp;nbsp;» Ils en portèrent. Quand l’intendant eût goûté l’eau changée en vin, et il ne savait pas d’où cela venait...Tel fut le premier des signes de Jésus. ''Tout se passe discrètement. Nous sommes désorientés par la concision des propos qui s’échangent. Ils devaient être formulés à voix basse. Jean est le seul évangéliste qui en fasse état et l’intendant du festin ne sait pas d’où vient le vin supplémentaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Nous aussi, devant les circonstances où Dieu nous place, nous devons remplir complètement notre devoir d’état. C’est LUI qui changera nos actions terrestres en actes bons pour le Royaume de son Père. '''Mais cette simplicité du récit ne doit pas nous cacher la grandeur du signe. La matière inanimée a obéi à un ordre de Jésus que le disciple le plus proche n’a même pas entendu formuler. En prendre conscience, éveillerait en nous une crainte révérencielle. Celle-là même qui faisait dire par Saint Pierre à Jésus, après la pêche miraculeuse : ''«&amp;amp;nbsp;Écarte toi de moi, Seigneur, car je suis un homme de péchés.&amp;amp;nbsp;» Car l’effroi l’avait envahi à cause, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de cette pêche de poissons qu’ils avaient faite''. (St Luc '''5''', 8-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;* &amp;lt;/nowiki&amp;gt;'''''La tempête apaisée.'' (S. Marc '''4''', 35-41) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Laissant la foule, ils le prennent car il était dans le bateau; il y avait d’autres bateaux avec lui. Survient une violente bourrasque, et les vagues se jetaient dans le bateau, de sorte que le bateau se remplissait déjà. Et lui, (Jésus) à la poupe, sur un coussin, dormait. Et ils l’éveillent et lui disent : «&amp;amp;nbsp;Maître, cela ne te fait rien que nous périssions ?&amp;amp;nbsp;» Et s’étant réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : «&amp;amp;nbsp;Tais-toi, reste en silence !&amp;amp;nbsp;» Le vent tomba et il se fit un grand calme. Et il leur dit : «&amp;amp;nbsp;Pourquoi craignez-vous tant ? Comment n’avez-vous pas de foi ?&amp;amp;nbsp;» Et ils furent saisis d’une grande crainte, et ils se disaient entre eux : «&amp;amp;nbsp;Qui donc est-il celui-là, que même le vent et la mer lui obéissent!&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div align=&amp;quot;right&amp;quot;&amp;gt;'''Même le vent et la mer lui obéissent.'''&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''24 &amp;amp;nbsp;LA TOUTE PUISSANCE.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mort et la résurrection de N.S. Jésus Christ. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faudrait en faire une méditation complète de la Passion. Il serait alors possible de constater que «&amp;amp;nbsp;la faiblesse de Dieu est plus forte que la force de l’homme.&amp;amp;nbsp;» Mais cela dépasserait le cadre de cette conférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus est sur la croix. Tous les moindres détails prophétisés sont en train de se vérifier : les soldats se sont partagé ses vêtements et ils ont tiré au sort sa tunique. Il reste à l’abreuver de vinaigre et de fiel. Jésus dit : «&amp;amp;nbsp;''J’ai soif''.&amp;amp;nbsp;» Et le détail se vérifie. Il peut maintenant mourir : «&amp;amp;nbsp;''Tout est consommé''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le «&amp;amp;nbsp;prophète&amp;amp;nbsp;» est mort. Il ''n’a pas pu'' se délivrer de ses ennemis. Il ne vient à l’esprit de personne '''qu’IL n’a pas voulu se délivrer'''. '''Durant tout son passage sur la terre, il n’a fait aucun signe à son profit. '''(...Si je me glorifiais moi-même, ma gloire serait vaine.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, voilà qu’après sa mort le centurion donne, en professionnel de la guerre, le coup de lance qui tue. Frappant le côté droit, il atteint le cœur à l’oreillette droite. De la plaie, large d’une main, il sort aussitôt du sang et de l’eau. Les apôtres ont fui, trahi, renié leur maître. Il faut être fou pour se solidariser avec un vaincu dont la défaite est irrémédiable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;*&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''Sur la route d’Emmaüs.'' (S. Luc '''24''', 13 - 35)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les disciples pleuraient en quittant Jérusalem. Ils vont expliquer leur déception à l’inconnu rencontré sur la route :&amp;amp;nbsp;''«&amp;amp;nbsp;Ce qui concerne Jésus le Nazaréen qui s’est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple; et comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié. Nous espérions, nous, que c’était lui qui aller racheter Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées ! ''Comment mieux dire la certitude de la mort de Jésus le Nazaréen ? Comment mieux signifier la fin de tous les espoirs humains placés en lui ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfaits. S’étant rendues de grand matin au tombeau et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues nous dire qu’elles avaient même vu une vision d’anges, qui le disaient en vie. Quelques uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit; mais lui, ils ne l’ont pas vu!&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais voilà que ces mêmes personnes, après une journée de marche, vont repartir aussitôt pour revenir sur leur pas et annoncer qu’eux aussi, ils ont vu Jésus ressuscité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus a été mis au tombeau, mort des blessures de la flagellation et de l’asphyxie de la croix, le cœur ouvert par le fer de la lance d’un centurion romain. Il en est sorti vivant, le troisième jour, par l’effet de sa propre puissance. Comme Il l’avait annoncé.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’incrédule Thomas est, par la grâce de Dieu, un témoin fiable car il ne voulait pas croire. Il voulait préalablement voir et contrôler qu’il s’agissait du même homme que celui qu’il savait être mort. Il voulait pouvoir mettre son doigt dans le trou des clous et sa main, dans la plaie du côté, faite par la lance. Jésus lui apparaît vivant. Thomas, sur l’ordre de son maître, procède à la vérification qu’il demandait. Il se prosterne en adoration : ''Mon Seigneur et mon Dieu'' ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Maintenant, le Christ ressuscité ne meurt plus. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Il ne s’agit pas seulement de sa personne au sens limité mais même de son corps mystique qui est l’Église'''. Ce corps mystique revit en permanence les étapes de la vie de son Divin Maître. A la fois la naissance obscure, la vie cachée, le massacre des innocents en haine de sa personne, la vie publique en faisant le bien par les Saints qu’il suscite toujours à son Église, le triomphe des rameaux qui annonce la crucifixion, la mort sur la croix et la résurrection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A côté de cela, cet Homme qu’on appelle Jésus suscite l’amour des vivants. Napoléon voit dans ce seul fait une preuve de la divinité du Christ. Ce qu’aucun chef n’a jamais osé demander, l’amour de ses subordonnés, Jésus l’obtient '''''encore aujourd’hui''''', à un degré que jalouserait un vivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il continue d’être, encore aujourd’hui, un objet de scandale et de contradiction, un objet de haine ou d’amour placé pour le relèvement ou pour la chute de beaucoup. Bienheureux ceux qui ne seront pas scandalisés à cause de LUI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela sera vrai jusque dans l’éternité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''II&amp;amp;nbsp; LA REVELATION CHRETIENNE.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation chrétienne est le contenu du message chrétien. Ce contenu est unique, comme la réalité qu’il décrit. Cette révélation, entre autres, porte à notre connaissance des faits «&amp;amp;nbsp;historiques&amp;amp;nbsp;» certains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leurs conséquences touchent, encore aujourd’hui, tous les hommes. J’ai dit ‘‘ ''historiques ''’’ pour signifier que ces faits se sont réellement produits dans le temps. Quelquefois ils remontent aux origines de l’humanité, quelquefois le témoignage écrit, contemporain de l’événement, ne nous est pas directement parvenu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La connaissance de ces faits nous permet de mieux comprendre ce que nous vivons, ce que nous voyons, ... ce qui nous arrive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Credo.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo nous donne le cadre de compréhension du monde. Ce dernier a été créé bon, par Dieu pour l’homme. Par suite de la faute originelle du premier couple, le monde est tombé, et il est momentanément encore (disons : Peut être quelques millénaires) sous l’emprise de Satan, prince de ce monde, le menteur et homicide dès le commencement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ses conséquences, le péché originel ‘‘''mord’’'' chacun de nous. La séparation du Bien et du Mal ne sépare pas les hommes en Bons et Mauvais par essence ou par nature. Elle passe au-dedans de chacun de nous. Nos choix volontaires déterminent l’importance relative de ces domaines en nous. Nous n’avons donc pas à rechercher l’évacuation du mal sur la terre par l’élimination d’une catégorie d’hommes. Cette erreur criminelle et assassine a été, hier, le fait des Nazis qui se fondaient sur la race. Elle est, aujourd’hui, celle du communisme qui se fonde sur la classe. En particulier l’évacuation prétendue du mal sur la terre en éliminant les ‘‘riches’’, ne peut avoir pour objet que de laisser tous les survivants pauvres, haineux et envieux. Le christianisme a un programme plus ambitieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout nouveau totalitarisme qui pourrait surgir ferait la même erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cause de la chute originelle je comprends ce qui m’arrive : «&amp;amp;nbsp;Je ne fais pas le bien que je voudrais, et je fais le mal que je ne voulais pas.&amp;amp;nbsp;» Je sais que ma faiblesse de nature ne sera éliminée ni par l’éducation - même si j’en fais un conditionnement - ni par les sacrements. Aussi effectuerais-je mon salut avec crainte et tremblement et - ''vigilate'' - en faisant attention à ne pas m’égarer, quel que soit mon âge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cause du péché originel, je comprends pourquoi mes enfants, même tout petits, ont eu des ‘‘instincts’’ mauvais : destruction gratuite, envies, jalousies, gourmandises, colères, ... Je sais que je dois corriger l’enfant, que je dois l’élever, '''le libérer''', autant qu’il est en mon pouvoir de ces pulsions malsaines. La connaissance des conséquences actuelles du péché originel me fait trembler en voyant les faiblesses de sa nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si je laissais faire l’enfant sans réagir, ou si je riais de ses bêtises, je découvrirai, quand il aura 14, 16, 20 ans ou plus, que mon enfant est devenu égoïste, ou sauvage, ou paresseux... et ce avec des regrets cuisants ou une résignation aveugle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conflit des générations est d’autant plus violent que les parents ont moins compris l’importance du péché originel lorsqu’ils éduquaient leurs enfants. La nouvelle du péché originel sera une information utile donc bonne aussi longtemps que se renouvelleront les générations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation du péché originel a montré la faiblesse inhérente à la nature humaine. Elle explique pourquoi les hommes quels que soient leur âge et leur époque, sont victimes de cette faiblesse et capables en conséquences des pires aberrations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo nous explique que l’homme perdu a été sauvé. Le Fils de Dieu s’est incarné par l’opération du Saint Esprit. Il a pris chair dans le sein de la vierge Marie. Il a souffert sur la Croix pour nous sauver. Il reviendra dans la gloire pour juger tous les hommes. Pour qu’un maximum soit sauvé ce jour là, il a fondé l’Église, instrument de salut. Cette dernière guidée par le Saint Esprit, nous conduit vers le jugement dernier des ressuscités que nous serons tous. Les uns iront alors à la gloire et au bonheur éternel, les autres à la damnation et aux supplices éternels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes, incapables de s’en sortir seuls, sont sauvés par le don miséricordieux du Dieu d’amour. Nous avons, grâce à LUI, dès aujourd’hui, la lumière et la force pour nous guider et nous aider à parcourir la route du salut... à condition toutefois d’utiliser cette lumière et d’acquérir cette force. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Credo nous donne le sens et la signification de l’histoire universelle.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Commandements'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ses ''commandements'' Dieu, Notre Créateur et Père, nous fait connaître les règles morales minimales à respecter pour avoir une chance de Le rencontrer. Si nous les refusons nous faisons de cette terre une antichambre de l’Enfer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Béatitudes.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Béatitudes'' nous font savoir où aller pour trouver le bonheur, le vrai, celui qui perdure dans le cœur et l’esprit malgré les souffrances, les tribulations et les épreuves et les croix affrontées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains refusent les Béatitudes. Elles paraissent en effet, folie pour les païens et elles impliquent d’accepter la Croix. Au lieu de chercher, dans les sacrements, la force de triompher dans et par la Croix, ils fuient les Béatitudes. Nous ne devons donc pas être surpris de voir de telles personnes se suicider. Le désespoir les a saisies alors qu’elles étaient enviées d’avoir tout ce qu’il leur faut pour être heureuses selon les lois du monde qui sont menteuses et homicides comme le prince qui les promulgue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au contraire les témoins de la croix et des béatitudes en arrivent à écrire, au milieu d’épreuves qui nous feraient frémir : «&amp;amp;nbsp;Je surabonde de joie dans mes tribulations.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Pater.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces témoins de la Croix et du vrai bonheur savent quels sont les vrais biens qu’il faut demander. Et Ils les obtiennent. Ils les ont demandés par ‘‘le Pater’’. Et Dieu les leur accorde, car Il est le Bon Dieu, La Providence, le Père des Pauvres et des miséreux, le dispensateur de tous dons. Et même il fait luire son soleil et tomber la pluie sur ceux qui veulent l’aimer comme sur ceux qui veulent le haïr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Sacrements.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pires que S. Paul, nous ne faisons pas le bien que nous voudrions et nous faisons le mal que nous ne voudrions pas. Nous avons besoin d’une force divine pour nous aider à progresser vers notre bien durable, vers notre bonheur durable. Cette force nous est donnée par les sacrements. J’ai dit ''notre bien'', pour indiquer qu’il s’agit d’un bien vraiment commun, d’un bonheur commun à tous les hommes. Quand j’acquiers cette force et que je progresse moralement, alors je participe à la libération des hommes de l’emprise de Satan. Au contraire je deviens un instrument du pouvoir du démon, chaque fois que je concède au malin quelque chose en moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La Résurrection.''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le massage chrétien est l’information contenue dans la Révélation et que l’Église nous explique par son Magistère. Ce message est basé sur des faits certains. Historique et certain, le fait de la résurrection du Christ est le plus extraordinaire. C’est le plus formidable garant de l’authenticité, de la véracité, de la réalité que nous fait connaître la Révélation. Jésus, le Christ, né de la Vierge Marie, torturé, crucifié, mort, mis au tombeau, en est ressorti vivant avec son corps né de la Vierge Marie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous mangeons ce même corps, né de la Vierge Marie dans la communion eucharistique. C’est ce corps ressuscité qui donne à l’homme - corps et âme - qui le reçoit dignement, la force divine et l’aptitude au bonheur divin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''III &amp;amp;nbsp;AVOIR LA FOI.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avoir la FOI, c’est accepter l’information apportée par la Révélation chrétienne et maladroitement résumée ci dessus. C’est accepter et accueillir l’information de la Révélation, non seulement pour comprendre la réalité définitive et immuable qu’elle décrit, mais surtout pour en tirer les conséquences inépuisables qui guideront nos actions, pendant toute notre vie, vaille que vaille, jusqu’à l’éternel pardon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes, nous ne pouvons pas, dès ici bas vérifier bien des informations données par la Révélation. Pourtant dès qu’on a un peu vécu, nous avons constaté que la vie nous donne une foule d’illustrations des vérités de la FOI. Or, pour bâtir notre vie, nous avons besoin de cette information AVANT de nous lancer dans des expériences malheureuses. Nous en serions les premières victimes. Au contraire, si nous basons notre vie sur les données de la Révélation, nous attendons avec certitude le bonheur divin promis dans l’Autre Monde. De plus nous jouissons quand même, dès ici bas sur la terre cette vallée de larmes, de la paix divine, l’avant goût du paradis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On le voit, la FOI '''n’est pas un sentiment aveugle''' surgissant des profondeurs du subconscient. '''C’est l’adhésion de l’intelligence au contenu de la Révélation qui nous a été transmis par le bouche à oreille'''. C’est la FOI à la Parole. Nous sommes de la Religion du Verbe Incarné. Cette adhésion au contenu révélé, est due à notre soumission aux motions de la grâce divine. Par cette adhésion nous prenons en compte le contenu pour diriger nos vies, pour orienter les moindres de nos décisions d’actions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FOI guide nos actes'''. Ils doivent normalement l’exprimer. La FOI s’épanouit donc dans des œuvres inaugurées, puis menées à terme, malgré les difficultés et les traverses, dans la certitude de leur aboutissement. C’est la persévérance de la FOI, c’est déjà l’ESPERANCE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FOI débouche normalement sur l’Espérance. Le Credo s’achève par la proclamation de l’espérance en la résurrection de la chair et l’attente de la vie à venir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que Dieu, dans sa miséricorde, veuille l’accorder au pécheur que je suis.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1680</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
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				<updated>2011-04-05T10:19:18Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. - Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.fckLRfckLRVoyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte &amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - Devoir spécial de l'élite intellectuelle : faire régner J.C. dans l'enseignement =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Le programme de restauration chrétienne  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le programme Chrétien  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sa première condition&amp;amp;nbsp;: L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Église et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation&amp;lt;ref&amp;gt;Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : « Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi&amp;amp;nbsp;: La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut&amp;lt;ref&amp;gt;Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. « Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu » I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique « Immortale Dei » sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse)&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments&amp;amp;nbsp;: l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre&amp;amp;nbsp;: elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : « Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel ». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : « LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia » V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse&amp;lt;ref&amp;gt;16 juin 1862. IV, 228-256.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné&amp;amp;nbsp;; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition&amp;amp;nbsp;; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation&amp;amp;nbsp;; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une&amp;amp;nbsp;: Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes&amp;lt;ref&amp;gt;Séparation de l’Église et de l’État en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’État libre en est un autre. V, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme&amp;amp;nbsp;: Prenez garde à l'antéchrist&amp;amp;nbsp;: Unum moneo, cavete antichristum&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public&amp;lt;ref&amp;gt;Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : « Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot; ». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387.&amp;lt;/ref&amp;gt; et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays&amp;amp;nbsp;: la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique ‹Mirari vos› qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique ‹Longinqua› 6 janvier 1895 : ‹Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status›. Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire›. Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche&amp;amp;nbsp;; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;''Ses lignes générales&amp;amp;nbsp;: il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;: c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège&amp;amp;nbsp;; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations&amp;amp;nbsp;: 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre&amp;amp;nbsp;; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne&amp;amp;nbsp;; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois&amp;amp;nbsp;; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats&amp;amp;nbsp;; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église&amp;amp;nbsp;; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples ». III, 516.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont vous combattez cependant les conséquences pratiques&amp;amp;nbsp;; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen&amp;amp;nbsp;: J'ai dit à la pourriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire&amp;amp;nbsp;: Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois&amp;amp;nbsp;: Dieu&amp;amp;nbsp;; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner&amp;amp;nbsp;; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure&amp;amp;nbsp;; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout&amp;amp;nbsp;; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire&amp;amp;nbsp;; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien&amp;amp;nbsp;: proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III : Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie.La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails&amp;amp;nbsp;? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet&amp;lt;ref&amp;gt;Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso.&amp;lt;/ref&amp;gt; et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort&amp;amp;nbsp;; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolution et de la ruine.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. « Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables ». VII, 52.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois&amp;lt;ref&amp;gt;Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression&amp;lt;ref&amp;gt;Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : « Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer ». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 « Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas ». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : « Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement ». IX, 170.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : « Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire » I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte « à titre de minimum et faute de mieux » mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, « soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église ». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, « ils ont cédé à des instigations parties d'en haut ». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, « nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé ». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. « A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume ». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas ». Il, 152.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent ». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi&amp;amp;nbsp;; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France&amp;lt;ref&amp;gt;« Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission ». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde&amp;amp;nbsp;: nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section III&amp;amp;nbsp;: Les difficultés - Défense de la royauté sociale contre les objections et les préjugés des politiques  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial&amp;lt;ref&amp;gt;Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes&amp;amp;nbsp;: les objections historiques qui regardent le passé&amp;amp;nbsp;; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États&amp;amp;nbsp;; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I : Objections historiques ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur&amp;lt;ref&amp;gt;Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu&amp;amp;nbsp;: Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable&amp;amp;nbsp;: Crois ou va t'en&amp;amp;nbsp;; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine&amp;amp;nbsp;; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas&amp;amp;nbsp;? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus&amp;amp;nbsp;? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports&amp;amp;nbsp;? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : « Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ? » V, 429.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Mgr Pie répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là&amp;amp;nbsp;: il n'y en avait point auparavant&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir&amp;amp;nbsp;: de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé&amp;lt;ref&amp;gt;V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... « Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution ». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : « Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national&amp;lt;ref&amp;gt;X, 259. Homélie sur le Psaume II.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai été élevé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi&amp;amp;nbsp;? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même&amp;amp;nbsp;: Abeat quo libuerit&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai&amp;amp;nbsp;: l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi&amp;amp;nbsp;: Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina&amp;lt;ref&amp;gt;Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles&amp;amp;nbsp;: pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire&amp;amp;nbsp;; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé&amp;amp;nbsp;: Où donc est le Dieu des rois&amp;amp;nbsp;? Ubi est Deus eorum&amp;amp;nbsp;? Et a pu se demander aussi&amp;amp;nbsp;: Où est leur épée&amp;amp;nbsp;? Épée de l'ancienne monarchie en 1793&amp;amp;nbsp;; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815&amp;amp;nbsp;; épée de la branche aînée en 1830&amp;amp;nbsp;; épée de la branche cadette en 1848&amp;amp;nbsp;; épée même de la république en 1851&amp;amp;nbsp;; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront&amp;amp;nbsp;: L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chaptire II&amp;amp;nbsp;: Préjugés contre le droit chrétien ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit chrétien et théocratie.- Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.- Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.- Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie&amp;amp;nbsp;! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie&amp;amp;nbsp;? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter&amp;lt;ref&amp;gt;V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine&amp;lt;ref&amp;gt;V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République&amp;lt;ref&amp;gt;Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «  Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires ». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : « Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie ». VII, 290.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine&amp;lt;ref&amp;gt;IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission&amp;amp;nbsp;; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots&amp;amp;nbsp;: Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel&amp;amp;nbsp;; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants&amp;amp;nbsp;? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre&amp;amp;nbsp;; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité&amp;amp;nbsp;: principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre&amp;amp;nbsp;; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux&amp;amp;nbsp;; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé supérieur n'aspirent à dominer l'État.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église&amp;amp;nbsp;; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas&amp;amp;nbsp;! l'Église affermira leur autorité&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie&amp;lt;ref&amp;gt;D'après SAINT Augustin : « De moribus Ecclesiæ » Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation&amp;amp;nbsp;: non quasi gentem meam, haens aliquid accusare&amp;lt;ref&amp;gt;V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs&amp;amp;nbsp;!&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? le programme national de la France est là&amp;amp;nbsp;; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique&amp;amp;nbsp;? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme&amp;amp;nbsp;: les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation&amp;amp;nbsp;: l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique&amp;amp;nbsp;; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts&amp;lt;ref&amp;gt;D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne « cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie ». V, 329 Instruction pastorale sur la paix.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes&amp;amp;nbsp;: admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil&amp;lt;ref&amp;gt;I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : « Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver&amp;amp;nbsp;? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions&amp;amp;nbsp;?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;: œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;, à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation&amp;amp;nbsp;; on marchait vers cet axiome&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «  Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre ». I, 208-209.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines ». Œuvres sacerdotales Il, 687.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes&amp;amp;nbsp;; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples&amp;lt;ref&amp;gt;I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. « Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles ». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. « Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions ». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : « Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs ». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : « Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité ». I, 313-314.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne&amp;amp;nbsp;?&amp;lt;ref&amp;gt;II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne&amp;amp;nbsp;: voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit&amp;amp;nbsp;: elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela&amp;amp;nbsp;? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme&amp;amp;nbsp;; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195.&amp;lt;/ref&amp;gt; à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : « Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire « Les anciens géants n'ont pas prié, et ces hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits. » I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela&amp;lt;ref&amp;gt;I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 « Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des « décrets relatifs à la spéculation financière et au luxe ». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens&amp;amp;nbsp;; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique&amp;amp;nbsp;; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant&amp;amp;nbsp;! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre&amp;amp;nbsp;: voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence&amp;amp;nbsp;! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière&amp;lt;ref&amp;gt;V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : « J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied ». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui « vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. « Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie ». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. « Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie !&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Objections contre l'application du droit chrétien à notre époque ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général&amp;amp;nbsp;: nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions&amp;lt;ref&amp;gt;C'était l'objection de Napoléon III. cf. plus haut.&amp;lt;/ref&amp;gt; volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis&amp;lt;ref&amp;gt;Fatigué aussi de « paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus » VII, 111.&amp;lt;/ref&amp;gt;. On a essayé de tout&amp;amp;nbsp;! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité&amp;amp;nbsp;?...&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375.&amp;lt;/ref&amp;gt; Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» Et enfin&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison&amp;amp;nbsp;! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute&amp;amp;nbsp;; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose&amp;amp;nbsp;; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples &amp;lt;ref&amp;gt;VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent&amp;amp;nbsp;; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible&amp;amp;nbsp;: Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain&amp;lt;ref&amp;gt;V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc&amp;amp;nbsp;: si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée&amp;amp;nbsp;; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir&amp;amp;nbsp;; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous&amp;lt;ref&amp;gt;V, 306 Homélie (8 décembre 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains&amp;amp;nbsp;: et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé&amp;lt;ref&amp;gt;V,193 Beaucoup de chrétiens « en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités » V, 204.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées&amp;amp;nbsp;; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 446 « Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique « Libertas præstantissimum », 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique&amp;amp;nbsp;; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée&amp;amp;nbsp;; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable&amp;amp;nbsp;: Une foi, une loi&amp;amp;nbsp;; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : « Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables. » Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle&amp;amp;nbsp;? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah&amp;amp;nbsp;! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité&amp;amp;nbsp;; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 397. Homélie (13 avril 1869).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France&amp;amp;nbsp;; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire&amp;amp;nbsp;: elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : « Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne ». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.fckLRfckLR « Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire ». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section IV&amp;amp;nbsp;: Les modèles des chefs chrétiens ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique : Les modèles dans le passé et dans le présent ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé&amp;amp;nbsp;: Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent&amp;amp;nbsp;: Garcia Moreno.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles&amp;amp;nbsp;! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : « Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois ». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front&amp;amp;nbsp;; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. « L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution ». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe » Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH&amp;amp;nbsp;: dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin&amp;amp;nbsp;: GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quatrième partie - L'avenir de la Royauté sociale de Jésus-Christ ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il&amp;amp;nbsp;? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme&amp;amp;nbsp;? Les peuples les suivront-ils&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste&amp;amp;nbsp;? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le Droit chrétien sera rétabli temporairement dans le monde ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien&amp;amp;nbsp;; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires&amp;amp;nbsp;: ut tunc vincatum læditur&amp;amp;nbsp;; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines&amp;amp;nbsp;: tunc intelligatur cum arguitur&amp;amp;nbsp;; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde&amp;amp;nbsp;: tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance&amp;amp;nbsp;! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde&amp;amp;nbsp;? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme&amp;amp;nbsp;? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière&amp;amp;nbsp;? Il m'est doux de le répéter&amp;amp;nbsp;: les prédictions des saints&amp;lt;ref&amp;gt;Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis.&amp;lt;/ref&amp;gt;, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : « J'espère un beau quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous ». Histoire du Cardinal Pie. II, L. III. c 1, p. 33.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne&amp;amp;nbsp;; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous&amp;amp;nbsp;; mais le voudra-t-Il&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée&amp;amp;nbsp;: Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs&amp;amp;nbsp;; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde&amp;amp;nbsp;; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années&amp;amp;nbsp;: vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : « La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples ». X, 414.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. « Ce n'est pas que je croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas ». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas « la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie&amp;amp;nbsp;? Oui, plus que jamais, elle animait son courage&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent&amp;lt;ref&amp;gt;X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. « Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: La France contribuera puissamment et efficacement à cette restauration  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait&amp;amp;nbsp;? ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée&amp;amp;nbsp;: le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci&amp;amp;nbsp;: La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. « Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines ». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617.fckLRfckLR« La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations ». V, 183.&amp;lt;/ref&amp;gt; et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine&amp;amp;nbsp;? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre&amp;lt;ref&amp;gt;V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel&amp;amp;nbsp;; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle&amp;amp;nbsp;; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique&amp;lt;ref&amp;gt;Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350.&amp;lt;/ref&amp;gt;, cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise &amp;lt;ref&amp;gt;I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : « L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première ». IX, 390.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il&amp;amp;nbsp;? Cette crainte détruit-elle son espérance&amp;amp;nbsp;? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, c. 2, p. 66.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays&amp;amp;nbsp;: Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons&amp;amp;nbsp;: A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues&amp;amp;nbsp;; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État&amp;amp;nbsp;; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe&amp;amp;nbsp;: il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent&amp;amp;nbsp;: le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective&amp;amp;nbsp;; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter&amp;amp;nbsp;; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus&amp;amp;nbsp;: congregamini et vincimini&amp;amp;nbsp;; réunissez vos forces et soyez vaincus&amp;amp;nbsp;: confortamini et vincimini&amp;amp;nbsp;; armez-vous en guerre, et soyez vaincus&amp;amp;nbsp;: accingite vos et vincimini&amp;amp;nbsp;; dressez vos plans et ils seront dissipés&amp;amp;nbsp;; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur&amp;amp;nbsp;: loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus&amp;lt;ref&amp;gt;Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême&amp;amp;nbsp;: LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre&amp;amp;nbsp;? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre&amp;amp;nbsp;? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous&amp;amp;nbsp;? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «  Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours ». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD)&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite&amp;amp;nbsp;? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous&amp;amp;nbsp;; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question&amp;amp;nbsp;: Le Christ régnera-t-il&amp;amp;nbsp;? Répondons avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, ''Histoire de Saint Léger'', Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions&amp;amp;nbsp;: Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Qu' avons-nous fait jusqu'à présent pour le règne social de Jésus-Christ ?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience&amp;lt;ref&amp;gt;Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas ». Pages choisies. Introduction LI - LII.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité&amp;amp;nbsp;? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande&amp;amp;nbsp;? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit&amp;amp;nbsp;? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas&amp;amp;nbsp;! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot;&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample matière à examen de conscience. Écoutons :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?… » VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause&amp;amp;nbsp;? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====== Manque de foi !  ======&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace&amp;amp;nbsp;? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====== Manque de courage aussi&amp;lt;ref&amp;gt;Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : « Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église. » Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308.&amp;lt;/ref&amp;gt; !  ======&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : « Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans ». V, 205. Troisième Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète&amp;amp;nbsp;: Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri&amp;amp;nbsp;: Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum&amp;amp;nbsp;? Sa réponse ne serait pas douteuse&amp;amp;nbsp;: Ah&amp;amp;nbsp;! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité&amp;amp;nbsp;: His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme&amp;amp;nbsp;; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible&amp;amp;nbsp;: Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir&amp;amp;nbsp;; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie&amp;amp;nbsp;; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état&amp;amp;nbsp;! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Que devons-nous faire pour être les chevaliers du Christ-Roi ?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera&amp;lt;ref&amp;gt;Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques : - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique) ; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur ; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social : ch. III, Prêtres ; ch. IV, Les orateurs sacrés ; ch. V, Les religieux ; ch. VI, Les écrivains ; ch. VIII, Les journalistes ; ch. IX, Les maîtres chrétiens ; ch. X, Les jeunes gens chrétiens ; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus : ch. I, L'esprit de foi ; ch. III, L'esprit catholique ; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue : L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. « Adveniat regnum tuum ; Que votre règne arrive ! » C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus ; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de Jésus-Christ, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi » (Op. cité p. 604)&amp;lt;/ref&amp;gt; ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;!'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1679</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
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				<updated>2011-04-05T10:12:46Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. - Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.fckLRfckLRVoyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte &amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - Devoir spécial de l'élite intellectuelle : faire régner J.C. dans l'enseignement =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Le programme de restauration chrétienne  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le programme Chrétien  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sa première condition&amp;amp;nbsp;: L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Église et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation&amp;lt;ref&amp;gt;Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : « Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi&amp;amp;nbsp;: La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut&amp;lt;ref&amp;gt;Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. « Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu » I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique « Immortale Dei » sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse)&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments&amp;amp;nbsp;: l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre&amp;amp;nbsp;: elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : « Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel ». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : « LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia » V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse&amp;lt;ref&amp;gt;16 juin 1862. IV, 228-256.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné&amp;amp;nbsp;; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition&amp;amp;nbsp;; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation&amp;amp;nbsp;; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une&amp;amp;nbsp;: Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes&amp;lt;ref&amp;gt;Séparation de l’Église et de l’État en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’État libre en est un autre. V, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme&amp;amp;nbsp;: Prenez garde à l'antéchrist&amp;amp;nbsp;: Unum moneo, cavete antichristum&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public&amp;lt;ref&amp;gt;Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : « Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot; ». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387.&amp;lt;/ref&amp;gt; et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays&amp;amp;nbsp;: la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique ‹Mirari vos› qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique ‹Longinqua› 6 janvier 1895 : ‹Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status›. Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire›. Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche&amp;amp;nbsp;; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;''Ses lignes générales&amp;amp;nbsp;: il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;: c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège&amp;amp;nbsp;; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations&amp;amp;nbsp;: 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre&amp;amp;nbsp;; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne&amp;amp;nbsp;; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois&amp;amp;nbsp;; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats&amp;amp;nbsp;; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église&amp;amp;nbsp;; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples ». III, 516.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont vous combattez cependant les conséquences pratiques&amp;amp;nbsp;; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen&amp;amp;nbsp;: J'ai dit à la pourriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire&amp;amp;nbsp;: Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois&amp;amp;nbsp;: Dieu&amp;amp;nbsp;; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner&amp;amp;nbsp;; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure&amp;amp;nbsp;; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout&amp;amp;nbsp;; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire&amp;amp;nbsp;; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien&amp;amp;nbsp;: proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III : Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie.La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails&amp;amp;nbsp;? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet&amp;lt;ref&amp;gt;Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso.&amp;lt;/ref&amp;gt; et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort&amp;amp;nbsp;; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolution et de la ruine.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. « Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables ». VII, 52.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois&amp;lt;ref&amp;gt;Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression&amp;lt;ref&amp;gt;Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : « Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer ». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 « Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas ». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : « Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement ». IX, 170.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : « Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire » I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte « à titre de minimum et faute de mieux » mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, « soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église ». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, « ils ont cédé à des instigations parties d'en haut ». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, « nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé ». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. « A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume ». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas ». Il, 152.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent ». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi&amp;amp;nbsp;; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France&amp;lt;ref&amp;gt;« Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission ». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde&amp;amp;nbsp;: nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section III&amp;amp;nbsp;: Les difficultés - Défense de la royauté sociale contre les objections et les préjugés des politiques  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial&amp;lt;ref&amp;gt;Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes&amp;amp;nbsp;: les objections historiques qui regardent le passé&amp;amp;nbsp;; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États&amp;amp;nbsp;; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I : Objections historiques ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur&amp;lt;ref&amp;gt;Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu&amp;amp;nbsp;: Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable&amp;amp;nbsp;: Crois ou va t'en&amp;amp;nbsp;; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine&amp;amp;nbsp;; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas&amp;amp;nbsp;? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus&amp;amp;nbsp;? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports&amp;amp;nbsp;? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : « Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ? » V, 429.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Mgr Pie répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là&amp;amp;nbsp;: il n'y en avait point auparavant&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir&amp;amp;nbsp;: de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé&amp;lt;ref&amp;gt;V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... « Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution ». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : « Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national&amp;lt;ref&amp;gt;X, 259. Homélie sur le Psaume II.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai été élevé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi&amp;amp;nbsp;? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même&amp;amp;nbsp;: Abeat quo libuerit&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai&amp;amp;nbsp;: l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi&amp;amp;nbsp;: Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina&amp;lt;ref&amp;gt;Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles&amp;amp;nbsp;: pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire&amp;amp;nbsp;; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé&amp;amp;nbsp;: Où donc est le Dieu des rois&amp;amp;nbsp;? Ubi est Deus eorum&amp;amp;nbsp;? Et a pu se demander aussi&amp;amp;nbsp;: Où est leur épée&amp;amp;nbsp;? Épée de l'ancienne monarchie en 1793&amp;amp;nbsp;; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815&amp;amp;nbsp;; épée de la branche aînée en 1830&amp;amp;nbsp;; épée de la branche cadette en 1848&amp;amp;nbsp;; épée même de la république en 1851&amp;amp;nbsp;; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront&amp;amp;nbsp;: L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chaptire II&amp;amp;nbsp;: Préjugés contre le droit chrétien ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit chrétien et théocratie.- Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.- Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.- Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie&amp;amp;nbsp;! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie&amp;amp;nbsp;? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter&amp;lt;ref&amp;gt;V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine&amp;lt;ref&amp;gt;V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République&amp;lt;ref&amp;gt;Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «  Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires ». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : « Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie ». VII, 290.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine&amp;lt;ref&amp;gt;IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission&amp;amp;nbsp;; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots&amp;amp;nbsp;: Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel&amp;amp;nbsp;; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants&amp;amp;nbsp;? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre&amp;amp;nbsp;; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité&amp;amp;nbsp;: principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre&amp;amp;nbsp;; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux&amp;amp;nbsp;; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé supérieur n'aspirent à dominer l'État.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église&amp;amp;nbsp;; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas&amp;amp;nbsp;! l'Église affermira leur autorité&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie&amp;lt;ref&amp;gt;D'après SAINT Augustin : « De moribus Ecclesiæ » Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation&amp;amp;nbsp;: non quasi gentem meam, haens aliquid accusare&amp;lt;ref&amp;gt;V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs&amp;amp;nbsp;!&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? le programme national de la France est là&amp;amp;nbsp;; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique&amp;amp;nbsp;? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme&amp;amp;nbsp;: les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation&amp;amp;nbsp;: l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique&amp;amp;nbsp;; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts&amp;lt;ref&amp;gt;D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne « cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie ». V, 329 Instruction pastorale sur la paix.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes&amp;amp;nbsp;: admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil&amp;lt;ref&amp;gt;I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : « Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver&amp;amp;nbsp;? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions&amp;amp;nbsp;?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;: œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;, à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation&amp;amp;nbsp;; on marchait vers cet axiome&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «  Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre ». I, 208-209.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines ». Œuvres sacerdotales Il, 687.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes&amp;amp;nbsp;; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples&amp;lt;ref&amp;gt;I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. « Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles ». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. « Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions ». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : « Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs ». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : « Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité ». I, 313-314.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne&amp;amp;nbsp;?&amp;lt;ref&amp;gt;II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne&amp;amp;nbsp;: voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit&amp;amp;nbsp;: elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela&amp;amp;nbsp;? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme&amp;amp;nbsp;; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195.&amp;lt;/ref&amp;gt; à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : « Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire « Les anciens géants n'ont pas prié, et ces hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits. » I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela&amp;lt;ref&amp;gt;I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 « Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des « décrets relatifs à la spéculation financière et au luxe ». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens&amp;amp;nbsp;; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique&amp;amp;nbsp;; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant&amp;amp;nbsp;! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre&amp;amp;nbsp;: voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence&amp;amp;nbsp;! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière&amp;lt;ref&amp;gt;V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : « J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied ». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui « vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. « Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie ». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. « Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie !&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Objections contre l'application du droit chrétien à notre époque ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général&amp;amp;nbsp;: nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions&amp;lt;ref&amp;gt;C'était l'objection de Napoléon III. cf. plus haut.&amp;lt;/ref&amp;gt; volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis&amp;lt;ref&amp;gt;Fatigué aussi de « paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus » VII, 111.&amp;lt;/ref&amp;gt;. On a essayé de tout&amp;amp;nbsp;! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité&amp;amp;nbsp;?...&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375.&amp;lt;/ref&amp;gt; Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» Et enfin&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison&amp;amp;nbsp;! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute&amp;amp;nbsp;; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose&amp;amp;nbsp;; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples &amp;lt;ref&amp;gt;VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent&amp;amp;nbsp;; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible&amp;amp;nbsp;: Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain&amp;lt;ref&amp;gt;V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc&amp;amp;nbsp;: si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée&amp;amp;nbsp;; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir&amp;amp;nbsp;; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous&amp;lt;ref&amp;gt;V, 306 Homélie (8 décembre 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains&amp;amp;nbsp;: et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé&amp;lt;ref&amp;gt;V,193 Beaucoup de chrétiens « en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités » V, 204.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées&amp;amp;nbsp;; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 446 « Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique « Libertas præstantissimum », 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique&amp;amp;nbsp;; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée&amp;amp;nbsp;; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable&amp;amp;nbsp;: Une foi, une loi&amp;amp;nbsp;; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : « Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables. » Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle&amp;amp;nbsp;? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah&amp;amp;nbsp;! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité&amp;amp;nbsp;; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 397. Homélie (13 avril 1869).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France&amp;amp;nbsp;; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire&amp;amp;nbsp;: elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : « Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne ». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.fckLRfckLR « Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire ». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section IV&amp;amp;nbsp;: Les modèles des chefs chrétiens ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique : Les modèles dans le passé et dans le présent ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé&amp;amp;nbsp;: Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent&amp;amp;nbsp;: Garcia Moreno.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles&amp;amp;nbsp;! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : « Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois ». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front&amp;amp;nbsp;; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. « L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution ». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe » Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH&amp;amp;nbsp;: dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin&amp;amp;nbsp;: GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quatrième partie - L'avenir de la Royauté sociale de Jésus-Christ ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il&amp;amp;nbsp;? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme&amp;amp;nbsp;? Les peuples les suivront-ils&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste&amp;amp;nbsp;? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le Droit chrétien sera rétabli temporairement dans le monde ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien&amp;amp;nbsp;; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires&amp;amp;nbsp;: ut tunc vincatum læditur&amp;amp;nbsp;; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines&amp;amp;nbsp;: tunc intelligatur cum arguitur&amp;amp;nbsp;; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde&amp;amp;nbsp;: tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance&amp;amp;nbsp;! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde&amp;amp;nbsp;? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme&amp;amp;nbsp;? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière&amp;amp;nbsp;? Il m'est doux de le répéter&amp;amp;nbsp;: les prédictions des saints&amp;lt;ref&amp;gt;Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis.&amp;lt;/ref&amp;gt;, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : « J'espère un beau quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous ». Histoire du Cardinal Pie. II, L. III. c 1, p. 33.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne&amp;amp;nbsp;; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous&amp;amp;nbsp;; mais le voudra-t-Il&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée&amp;amp;nbsp;: Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs&amp;amp;nbsp;; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde&amp;amp;nbsp;; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années&amp;amp;nbsp;: vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : « La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples ». X, 414.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. « Ce n'est pas que je croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas ». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas « la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie&amp;amp;nbsp;? Oui, plus que jamais, elle animait son courage&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent&amp;lt;ref&amp;gt;X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. « Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: La France contribuera puissamment et efficacement à cette restauration  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait&amp;amp;nbsp;? ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée&amp;amp;nbsp;: le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci&amp;amp;nbsp;: La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. « Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines ». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617.fckLRfckLR« La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations ». V, 183.&amp;lt;/ref&amp;gt; et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine&amp;amp;nbsp;? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre&amp;lt;ref&amp;gt;V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel&amp;amp;nbsp;; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle&amp;amp;nbsp;; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique&amp;lt;ref&amp;gt;Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350.&amp;lt;/ref&amp;gt;, cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise &amp;lt;ref&amp;gt;I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : « L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première ». IX, 390.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il&amp;amp;nbsp;? Cette crainte détruit-elle son espérance&amp;amp;nbsp;? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, c. 2, p. 66.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays&amp;amp;nbsp;: Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons&amp;amp;nbsp;: A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues&amp;amp;nbsp;; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État&amp;amp;nbsp;; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe&amp;amp;nbsp;: il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent&amp;amp;nbsp;: le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective&amp;amp;nbsp;; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter&amp;amp;nbsp;; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus&amp;amp;nbsp;: congregamini et vincimini&amp;amp;nbsp;; réunissez vos forces et soyez vaincus&amp;amp;nbsp;: confortamini et vincimini&amp;amp;nbsp;; armez-vous en guerre, et soyez vaincus&amp;amp;nbsp;: accingite vos et vincimini&amp;amp;nbsp;; dressez vos plans et ils seront dissipés&amp;amp;nbsp;; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur&amp;amp;nbsp;: loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus&amp;lt;ref&amp;gt;Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême&amp;amp;nbsp;: LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre&amp;amp;nbsp;? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre&amp;amp;nbsp;? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous&amp;amp;nbsp;? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «  Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours ». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD)&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite&amp;amp;nbsp;? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous&amp;amp;nbsp;; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question&amp;amp;nbsp;: Le Christ régnera-t-il&amp;amp;nbsp;? Répondons avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, ''Histoire de Saint Léger'', Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1678</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1678"/>
				<updated>2011-04-05T10:12:02Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. - Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.fckLRfckLRVoyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte &amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - Devoir spécial de l'élite intellectuelle : faire régner J.C. dans l'enseignement =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Le programme de restauration chrétienne  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le programme Chrétien  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sa première condition&amp;amp;nbsp;: L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Église et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation&amp;lt;ref&amp;gt;Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : « Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi&amp;amp;nbsp;: La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut&amp;lt;ref&amp;gt;Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. « Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu » I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique « Immortale Dei » sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse)&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments&amp;amp;nbsp;: l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre&amp;amp;nbsp;: elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : « Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel ». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : « LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia » V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse&amp;lt;ref&amp;gt;16 juin 1862. IV, 228-256.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné&amp;amp;nbsp;; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition&amp;amp;nbsp;; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation&amp;amp;nbsp;; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une&amp;amp;nbsp;: Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes&amp;lt;ref&amp;gt;Séparation de l’Église et de l’État en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’État libre en est un autre. V, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme&amp;amp;nbsp;: Prenez garde à l'antéchrist&amp;amp;nbsp;: Unum moneo, cavete antichristum&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public&amp;lt;ref&amp;gt;Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : « Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot; ». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387.&amp;lt;/ref&amp;gt; et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays&amp;amp;nbsp;: la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique ‹Mirari vos› qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique ‹Longinqua› 6 janvier 1895 : ‹Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status›. Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire›. Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche&amp;amp;nbsp;; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;''Ses lignes générales&amp;amp;nbsp;: il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;: c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège&amp;amp;nbsp;; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations&amp;amp;nbsp;: 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre&amp;amp;nbsp;; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne&amp;amp;nbsp;; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois&amp;amp;nbsp;; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats&amp;amp;nbsp;; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église&amp;amp;nbsp;; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples ». III, 516.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont vous combattez cependant les conséquences pratiques&amp;amp;nbsp;; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen&amp;amp;nbsp;: J'ai dit à la pourriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire&amp;amp;nbsp;: Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois&amp;amp;nbsp;: Dieu&amp;amp;nbsp;; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner&amp;amp;nbsp;; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure&amp;amp;nbsp;; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout&amp;amp;nbsp;; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire&amp;amp;nbsp;; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien&amp;amp;nbsp;: proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III : Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie.La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails&amp;amp;nbsp;? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet&amp;lt;ref&amp;gt;Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso.&amp;lt;/ref&amp;gt; et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort&amp;amp;nbsp;; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolution et de la ruine.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. « Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables ». VII, 52.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois&amp;lt;ref&amp;gt;Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression&amp;lt;ref&amp;gt;Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : « Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer ». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 « Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas ». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : « Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement ». IX, 170.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : « Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire » I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte « à titre de minimum et faute de mieux » mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, « soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église ». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, « ils ont cédé à des instigations parties d'en haut ». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, « nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé ». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. « A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume ». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas ». Il, 152.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent ». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi&amp;amp;nbsp;; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France&amp;lt;ref&amp;gt;« Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission ». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde&amp;amp;nbsp;: nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section III&amp;amp;nbsp;: Les difficultés - Défense de la royauté sociale contre les objections et les préjugés des politiques  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial&amp;lt;ref&amp;gt;Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes&amp;amp;nbsp;: les objections historiques qui regardent le passé&amp;amp;nbsp;; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États&amp;amp;nbsp;; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I : Objections historiques ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur&amp;lt;ref&amp;gt;Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu&amp;amp;nbsp;: Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable&amp;amp;nbsp;: Crois ou va t'en&amp;amp;nbsp;; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine&amp;amp;nbsp;; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas&amp;amp;nbsp;? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus&amp;amp;nbsp;? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports&amp;amp;nbsp;? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : « Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ? » V, 429.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Mgr Pie répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là&amp;amp;nbsp;: il n'y en avait point auparavant&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir&amp;amp;nbsp;: de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé&amp;lt;ref&amp;gt;V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... « Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution ». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : « Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national&amp;lt;ref&amp;gt;X, 259. Homélie sur le Psaume II.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai été élevé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi&amp;amp;nbsp;? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même&amp;amp;nbsp;: Abeat quo libuerit&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai&amp;amp;nbsp;: l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi&amp;amp;nbsp;: Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina&amp;lt;ref&amp;gt;Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles&amp;amp;nbsp;: pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire&amp;amp;nbsp;; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé&amp;amp;nbsp;: Où donc est le Dieu des rois&amp;amp;nbsp;? Ubi est Deus eorum&amp;amp;nbsp;? Et a pu se demander aussi&amp;amp;nbsp;: Où est leur épée&amp;amp;nbsp;? Épée de l'ancienne monarchie en 1793&amp;amp;nbsp;; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815&amp;amp;nbsp;; épée de la branche aînée en 1830&amp;amp;nbsp;; épée de la branche cadette en 1848&amp;amp;nbsp;; épée même de la république en 1851&amp;amp;nbsp;; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront&amp;amp;nbsp;: L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chaptire II&amp;amp;nbsp;: Préjugés contre le droit chrétien ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit chrétien et théocratie.- Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.- Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.- Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie&amp;amp;nbsp;! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie&amp;amp;nbsp;? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter&amp;lt;ref&amp;gt;V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine&amp;lt;ref&amp;gt;V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République&amp;lt;ref&amp;gt;Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «  Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires ». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : « Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie ». VII, 290.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine&amp;lt;ref&amp;gt;IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission&amp;amp;nbsp;; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots&amp;amp;nbsp;: Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel&amp;amp;nbsp;; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants&amp;amp;nbsp;? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre&amp;amp;nbsp;; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité&amp;amp;nbsp;: principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre&amp;amp;nbsp;; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux&amp;amp;nbsp;; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé supérieur n'aspirent à dominer l'État.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église&amp;amp;nbsp;; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas&amp;amp;nbsp;! l'Église affermira leur autorité&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie&amp;lt;ref&amp;gt;D'après SAINT Augustin : « De moribus Ecclesiæ » Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation&amp;amp;nbsp;: non quasi gentem meam, haens aliquid accusare&amp;lt;ref&amp;gt;V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs&amp;amp;nbsp;!&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? le programme national de la France est là&amp;amp;nbsp;; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique&amp;amp;nbsp;? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme&amp;amp;nbsp;: les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation&amp;amp;nbsp;: l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique&amp;amp;nbsp;; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts&amp;lt;ref&amp;gt;D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne « cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie ». V, 329 Instruction pastorale sur la paix.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes&amp;amp;nbsp;: admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil&amp;lt;ref&amp;gt;I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : « Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver&amp;amp;nbsp;? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions&amp;amp;nbsp;?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;: œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;, à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation&amp;amp;nbsp;; on marchait vers cet axiome&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «  Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre ». I, 208-209.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines ». Œuvres sacerdotales Il, 687.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes&amp;amp;nbsp;; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples&amp;lt;ref&amp;gt;I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. « Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles ». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. « Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions ». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : « Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs ». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : « Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité ». I, 313-314.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne&amp;amp;nbsp;?&amp;lt;ref&amp;gt;II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne&amp;amp;nbsp;: voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit&amp;amp;nbsp;: elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela&amp;amp;nbsp;? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme&amp;amp;nbsp;; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195.&amp;lt;/ref&amp;gt; à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : « Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire « Les anciens géants n'ont pas prié, et ces hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits. » I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela&amp;lt;ref&amp;gt;I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 « Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des « décrets relatifs à la spéculation financière et au luxe ». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens&amp;amp;nbsp;; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique&amp;amp;nbsp;; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant&amp;amp;nbsp;! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre&amp;amp;nbsp;: voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence&amp;amp;nbsp;! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière&amp;lt;ref&amp;gt;V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : « J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied ». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui « vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. « Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie ». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. « Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie !&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Objections contre l'application du droit chrétien à notre époque ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général&amp;amp;nbsp;: nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions&amp;lt;ref&amp;gt;C'était l'objection de Napoléon III. cf. plus haut.&amp;lt;/ref&amp;gt; volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis&amp;lt;ref&amp;gt;Fatigué aussi de « paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus » VII, 111.&amp;lt;/ref&amp;gt;. On a essayé de tout&amp;amp;nbsp;! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité&amp;amp;nbsp;?...&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375.&amp;lt;/ref&amp;gt; Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» Et enfin&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison&amp;amp;nbsp;! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute&amp;amp;nbsp;; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose&amp;amp;nbsp;; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples &amp;lt;ref&amp;gt;VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent&amp;amp;nbsp;; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible&amp;amp;nbsp;: Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain&amp;lt;ref&amp;gt;V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc&amp;amp;nbsp;: si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée&amp;amp;nbsp;; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir&amp;amp;nbsp;; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous&amp;lt;ref&amp;gt;V, 306 Homélie (8 décembre 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains&amp;amp;nbsp;: et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé&amp;lt;ref&amp;gt;V,193 Beaucoup de chrétiens « en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités » V, 204.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées&amp;amp;nbsp;; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 446 « Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique « Libertas præstantissimum », 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique&amp;amp;nbsp;; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée&amp;amp;nbsp;; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable&amp;amp;nbsp;: Une foi, une loi&amp;amp;nbsp;; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : « Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables. » Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle&amp;amp;nbsp;? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah&amp;amp;nbsp;! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité&amp;amp;nbsp;; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 397. Homélie (13 avril 1869).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France&amp;amp;nbsp;; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire&amp;amp;nbsp;: elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : « Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne ». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.fckLRfckLR « Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire ». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section IV&amp;amp;nbsp;: Les modèles des chefs chrétiens ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique : Les modèles dans le passé et dans le présent ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé&amp;amp;nbsp;: Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent&amp;amp;nbsp;: Garcia Moreno.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles&amp;amp;nbsp;! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : « Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois ». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front&amp;amp;nbsp;; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. « L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution ». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe » Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH&amp;amp;nbsp;: dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin&amp;amp;nbsp;: GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quatrième partie - L'avenir de la Royauté sociale de Jésus-Christ ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il&amp;amp;nbsp;? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme&amp;amp;nbsp;? Les peuples les suivront-ils&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste&amp;amp;nbsp;? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le Droit chrétien sera rétabli temporairement dans le monde ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien&amp;amp;nbsp;; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires&amp;amp;nbsp;: ut tunc vincatum læditur&amp;amp;nbsp;; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines&amp;amp;nbsp;: tunc intelligatur cum arguitur&amp;amp;nbsp;; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde&amp;amp;nbsp;: tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance&amp;amp;nbsp;! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde&amp;amp;nbsp;? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme&amp;amp;nbsp;? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière&amp;amp;nbsp;? Il m'est doux de le répéter&amp;amp;nbsp;: les prédictions des saints&amp;lt;ref&amp;gt;Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis.&amp;lt;/ref&amp;gt;, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : « J'espère un beau quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous ». Histoire du Cardinal Pie. II, L. III. c 1, p. 33.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne&amp;amp;nbsp;; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous&amp;amp;nbsp;; mais le voudra-t-Il&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée&amp;amp;nbsp;: Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs&amp;amp;nbsp;; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde&amp;amp;nbsp;; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années&amp;amp;nbsp;: vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : « La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples ». X, 414.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. « Ce n'est pas que je croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas ». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas « la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie&amp;amp;nbsp;? Oui, plus que jamais, elle animait son courage&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent&amp;lt;ref&amp;gt;X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. « Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: La France contribuera puissamment et efficacement à cette restauration ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait&amp;amp;nbsp;? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée&amp;amp;nbsp;: le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci&amp;amp;nbsp;: La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. « Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines ». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations ». V, 183.&amp;lt;/ref&amp;gt; et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine&amp;amp;nbsp;? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre&amp;lt;ref&amp;gt;V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel&amp;amp;nbsp;; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle&amp;amp;nbsp;; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique&amp;lt;ref&amp;gt;Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350.&amp;lt;/ref&amp;gt;, cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : « L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première ». IX, 390.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il&amp;amp;nbsp;? Cette crainte détruit-elle son espérance&amp;amp;nbsp;? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, c. 2, p. 66.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays&amp;amp;nbsp;: Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons&amp;amp;nbsp;: A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues&amp;amp;nbsp;; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État&amp;amp;nbsp;; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe&amp;amp;nbsp;: il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent&amp;amp;nbsp;: le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective&amp;amp;nbsp;; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter&amp;amp;nbsp;; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus&amp;amp;nbsp;: congregamini et vincimini&amp;amp;nbsp;; réunissez vos forces et soyez vaincus&amp;amp;nbsp;: confortamini et vincimini&amp;amp;nbsp;; armez-vous en guerre, et soyez vaincus&amp;amp;nbsp;: accingite vos et vincimini&amp;amp;nbsp;; dressez vos plans et ils seront dissipés&amp;amp;nbsp;; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur&amp;amp;nbsp;: loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus&amp;lt;ref&amp;gt;Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême&amp;amp;nbsp;: LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre&amp;amp;nbsp;? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre&amp;amp;nbsp;? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous&amp;amp;nbsp;? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «  Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours ». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD)&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite&amp;amp;nbsp;? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous&amp;amp;nbsp;; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» VII, 67.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question&amp;amp;nbsp;: Le Christ régnera-t-il&amp;amp;nbsp;? Répondons avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, ''Histoire de Saint Léger'', Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1677</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1677"/>
				<updated>2011-04-05T10:02:12Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. - Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.fckLRfckLRVoyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte &amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - Devoir spécial de l'élite intellectuelle : faire régner J.C. dans l'enseignement =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Le programme de restauration chrétienne  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le programme Chrétien  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sa première condition&amp;amp;nbsp;: L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Église et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation&amp;lt;ref&amp;gt;Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : « Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi&amp;amp;nbsp;: La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut&amp;lt;ref&amp;gt;Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. « Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu » I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique « Immortale Dei » sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse)&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments&amp;amp;nbsp;: l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre&amp;amp;nbsp;: elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : « Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel ». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : « LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia » V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse&amp;lt;ref&amp;gt;16 juin 1862. IV, 228-256.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné&amp;amp;nbsp;; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition&amp;amp;nbsp;; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation&amp;amp;nbsp;; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une&amp;amp;nbsp;: Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes&amp;lt;ref&amp;gt;Séparation de l’Église et de l’État en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’État libre en est un autre. V, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme&amp;amp;nbsp;: Prenez garde à l'antéchrist&amp;amp;nbsp;: Unum moneo, cavete antichristum&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public&amp;lt;ref&amp;gt;Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : « Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot; ». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387.&amp;lt;/ref&amp;gt; et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays&amp;amp;nbsp;: la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique ‹Mirari vos› qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique ‹Longinqua› 6 janvier 1895 : ‹Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status›. Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire›. Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche&amp;amp;nbsp;; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;''Ses lignes générales&amp;amp;nbsp;: il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;: c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège&amp;amp;nbsp;; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations&amp;amp;nbsp;: 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre&amp;amp;nbsp;; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne&amp;amp;nbsp;; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois&amp;amp;nbsp;; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats&amp;amp;nbsp;; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église&amp;amp;nbsp;; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples ». III, 516.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont vous combattez cependant les conséquences pratiques&amp;amp;nbsp;; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen&amp;amp;nbsp;: J'ai dit à la pourriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire&amp;amp;nbsp;: Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois&amp;amp;nbsp;: Dieu&amp;amp;nbsp;; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner&amp;amp;nbsp;; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure&amp;amp;nbsp;; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout&amp;amp;nbsp;; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire&amp;amp;nbsp;; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien&amp;amp;nbsp;: proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III : Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie.La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails&amp;amp;nbsp;? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet&amp;lt;ref&amp;gt;Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso.&amp;lt;/ref&amp;gt; et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort&amp;amp;nbsp;; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolution et de la ruine.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. « Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables ». VII, 52.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois&amp;lt;ref&amp;gt;Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression&amp;lt;ref&amp;gt;Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : « Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer ». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 « Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas ». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : « Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement ». IX, 170.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : « Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire » I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte « à titre de minimum et faute de mieux » mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, « soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église ». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, « ils ont cédé à des instigations parties d'en haut ». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, « nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé ». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. « A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume ». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas ». Il, 152.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent ». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi&amp;amp;nbsp;; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France&amp;lt;ref&amp;gt;« Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission ». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde&amp;amp;nbsp;: nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section III&amp;amp;nbsp;: Les difficultés - Défense de la royauté sociale contre les objections et les préjugés des politiques  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial&amp;lt;ref&amp;gt;Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes&amp;amp;nbsp;: les objections historiques qui regardent le passé&amp;amp;nbsp;; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États&amp;amp;nbsp;; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I : Objections historiques ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur&amp;lt;ref&amp;gt;Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu&amp;amp;nbsp;: Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable&amp;amp;nbsp;: Crois ou va t'en&amp;amp;nbsp;; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine&amp;amp;nbsp;; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas&amp;amp;nbsp;? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus&amp;amp;nbsp;? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports&amp;amp;nbsp;? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : « Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ? » V, 429.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Mgr Pie répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là&amp;amp;nbsp;: il n'y en avait point auparavant&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir&amp;amp;nbsp;: de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé&amp;lt;ref&amp;gt;V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... « Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution ». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : « Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national&amp;lt;ref&amp;gt;X, 259. Homélie sur le Psaume II.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai été élevé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi&amp;amp;nbsp;? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même&amp;amp;nbsp;: Abeat quo libuerit&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai&amp;amp;nbsp;: l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi&amp;amp;nbsp;: Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina&amp;lt;ref&amp;gt;Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles&amp;amp;nbsp;: pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire&amp;amp;nbsp;; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé&amp;amp;nbsp;: Où donc est le Dieu des rois&amp;amp;nbsp;? Ubi est Deus eorum&amp;amp;nbsp;? Et a pu se demander aussi&amp;amp;nbsp;: Où est leur épée&amp;amp;nbsp;? Épée de l'ancienne monarchie en 1793&amp;amp;nbsp;; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815&amp;amp;nbsp;; épée de la branche aînée en 1830&amp;amp;nbsp;; épée de la branche cadette en 1848&amp;amp;nbsp;; épée même de la république en 1851&amp;amp;nbsp;; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront&amp;amp;nbsp;: L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chaptire II&amp;amp;nbsp;: Préjugés contre le droit chrétien ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit chrétien et théocratie.- Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.- Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.- Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie&amp;amp;nbsp;! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie&amp;amp;nbsp;? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter&amp;lt;ref&amp;gt;V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine&amp;lt;ref&amp;gt;V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République&amp;lt;ref&amp;gt;Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «  Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires ». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : « Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie ». VII, 290.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine&amp;lt;ref&amp;gt;IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission&amp;amp;nbsp;; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots&amp;amp;nbsp;: Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel&amp;amp;nbsp;; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants&amp;amp;nbsp;? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre&amp;amp;nbsp;; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité&amp;amp;nbsp;: principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre&amp;amp;nbsp;; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux&amp;amp;nbsp;; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé supérieur n'aspirent à dominer l'État.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église&amp;amp;nbsp;; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas&amp;amp;nbsp;! l'Église affermira leur autorité&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie&amp;lt;ref&amp;gt;D'après SAINT Augustin : « De moribus Ecclesiæ » Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation&amp;amp;nbsp;: non quasi gentem meam, haens aliquid accusare&amp;lt;ref&amp;gt;V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs&amp;amp;nbsp;!&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? le programme national de la France est là&amp;amp;nbsp;; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique&amp;amp;nbsp;? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme&amp;amp;nbsp;: les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation&amp;amp;nbsp;: l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique&amp;amp;nbsp;; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts&amp;lt;ref&amp;gt;D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne « cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie ». V, 329 Instruction pastorale sur la paix.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes&amp;amp;nbsp;: admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil&amp;lt;ref&amp;gt;I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : « Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver&amp;amp;nbsp;? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions&amp;amp;nbsp;?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;: œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;, à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation&amp;amp;nbsp;; on marchait vers cet axiome&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «  Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre ». I, 208-209.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines ». Œuvres sacerdotales Il, 687.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes&amp;amp;nbsp;; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples&amp;lt;ref&amp;gt;I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. « Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles ». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. « Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions ». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : « Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs ». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : « Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité ». I, 313-314.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne&amp;amp;nbsp;?&amp;lt;ref&amp;gt;II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne&amp;amp;nbsp;: voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit&amp;amp;nbsp;: elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela&amp;amp;nbsp;? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme&amp;amp;nbsp;; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195.&amp;lt;/ref&amp;gt; à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : « Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire « Les anciens géants n'ont pas prié, et ces hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits. » I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela&amp;lt;ref&amp;gt;I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 « Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des « décrets relatifs à la spéculation financière et au luxe ». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens&amp;amp;nbsp;; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique&amp;amp;nbsp;; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant&amp;amp;nbsp;! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre&amp;amp;nbsp;: voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence&amp;amp;nbsp;! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière&amp;lt;ref&amp;gt;V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : « J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied ». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui « vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. « Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie ». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. « Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie !&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Objections contre l'application du droit chrétien à notre époque ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général&amp;amp;nbsp;: nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions&amp;lt;ref&amp;gt;C'était l'objection de Napoléon III. cf. plus haut.&amp;lt;/ref&amp;gt; volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis&amp;lt;ref&amp;gt;Fatigué aussi de « paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus » VII, 111.&amp;lt;/ref&amp;gt;. On a essayé de tout&amp;amp;nbsp;! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité&amp;amp;nbsp;?...&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375.&amp;lt;/ref&amp;gt; Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» Et enfin&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison&amp;amp;nbsp;! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute&amp;amp;nbsp;; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose&amp;amp;nbsp;; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples &amp;lt;ref&amp;gt;VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent&amp;amp;nbsp;; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible&amp;amp;nbsp;: Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain&amp;lt;ref&amp;gt;V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc&amp;amp;nbsp;: si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée&amp;amp;nbsp;; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir&amp;amp;nbsp;; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous&amp;lt;ref&amp;gt;V, 306 Homélie (8 décembre 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains&amp;amp;nbsp;: et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé&amp;lt;ref&amp;gt;V,193 Beaucoup de chrétiens « en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités » V, 204.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées&amp;amp;nbsp;; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 446 « Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique « Libertas præstantissimum », 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique&amp;amp;nbsp;; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée&amp;amp;nbsp;; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable&amp;amp;nbsp;: Une foi, une loi&amp;amp;nbsp;; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : « Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables. » Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle&amp;amp;nbsp;? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah&amp;amp;nbsp;! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité&amp;amp;nbsp;; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 397. Homélie (13 avril 1869).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France&amp;amp;nbsp;; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire&amp;amp;nbsp;: elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : « Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne ». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.fckLRfckLR « Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire ». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section IV&amp;amp;nbsp;: Les modèles des chefs chrétiens ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique : Les modèles dans le passé et dans le présent ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé&amp;amp;nbsp;: Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent&amp;amp;nbsp;: Garcia Moreno.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles&amp;amp;nbsp;! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : « Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois ». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front&amp;amp;nbsp;; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. « L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution ». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe » Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH&amp;amp;nbsp;: dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin&amp;amp;nbsp;: GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1676</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1676"/>
				<updated>2011-04-05T09:57:21Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. - Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.fckLRfckLRVoyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte &amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - Devoir spécial de l'élite intellectuelle : faire régner J.C. dans l'enseignement =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Le programme de restauration chrétienne  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le programme Chrétien  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sa première condition&amp;amp;nbsp;: L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Église et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation&amp;lt;ref&amp;gt;Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : « Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi&amp;amp;nbsp;: La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut&amp;lt;ref&amp;gt;Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. « Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu » I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique « Immortale Dei » sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse)&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments&amp;amp;nbsp;: l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre&amp;amp;nbsp;: elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : « Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel ». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : « LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia » V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse&amp;lt;ref&amp;gt;16 juin 1862. IV, 228-256.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné&amp;amp;nbsp;; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition&amp;amp;nbsp;; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation&amp;amp;nbsp;; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une&amp;amp;nbsp;: Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes&amp;lt;ref&amp;gt;Séparation de l’Église et de l’État en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’État libre en est un autre. V, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme&amp;amp;nbsp;: Prenez garde à l'antéchrist&amp;amp;nbsp;: Unum moneo, cavete antichristum&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public&amp;lt;ref&amp;gt;Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : « Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot; ». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387.&amp;lt;/ref&amp;gt; et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays&amp;amp;nbsp;: la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique ‹Mirari vos› qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique ‹Longinqua› 6 janvier 1895 : ‹Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status›. Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire›. Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche&amp;amp;nbsp;; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;''Ses lignes générales&amp;amp;nbsp;: il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;: c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège&amp;amp;nbsp;; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations&amp;amp;nbsp;: 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre&amp;amp;nbsp;; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne&amp;amp;nbsp;; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois&amp;amp;nbsp;; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats&amp;amp;nbsp;; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église&amp;amp;nbsp;; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples ». III, 516.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont vous combattez cependant les conséquences pratiques&amp;amp;nbsp;; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen&amp;amp;nbsp;: J'ai dit à la pourriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire&amp;amp;nbsp;: Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois&amp;amp;nbsp;: Dieu&amp;amp;nbsp;; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner&amp;amp;nbsp;; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure&amp;amp;nbsp;; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout&amp;amp;nbsp;; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire&amp;amp;nbsp;; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien&amp;amp;nbsp;: proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III : Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie.La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails&amp;amp;nbsp;? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet&amp;lt;ref&amp;gt;Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso.&amp;lt;/ref&amp;gt; et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort&amp;amp;nbsp;; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolution et de la ruine.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. « Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables ». VII, 52.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois&amp;lt;ref&amp;gt;Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression&amp;lt;ref&amp;gt;Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : « Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer ». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 « Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas ». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : « Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement ». IX, 170.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : « Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire » I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte « à titre de minimum et faute de mieux » mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, « soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église ». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, « ils ont cédé à des instigations parties d'en haut ». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, « nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé ». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. « A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume ». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas ». Il, 152.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent ». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi&amp;amp;nbsp;; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France&amp;lt;ref&amp;gt;« Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission ». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde&amp;amp;nbsp;: nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section III&amp;amp;nbsp;: Les difficultés - Défense de la royauté sociale contre les objections et les préjugés des politiques  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial&amp;lt;ref&amp;gt;Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes&amp;amp;nbsp;: les objections historiques qui regardent le passé&amp;amp;nbsp;; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États&amp;amp;nbsp;; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I : Objections historiques ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur&amp;lt;ref&amp;gt;Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu&amp;amp;nbsp;: Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable&amp;amp;nbsp;: Crois ou va t'en&amp;amp;nbsp;; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine&amp;amp;nbsp;; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas&amp;amp;nbsp;? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus&amp;amp;nbsp;? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports&amp;amp;nbsp;? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : « Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ? » V, 429.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Mgr Pie répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là&amp;amp;nbsp;: il n'y en avait point auparavant&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir&amp;amp;nbsp;: de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé&amp;lt;ref&amp;gt;V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... « Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution ». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : « Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national&amp;lt;ref&amp;gt;X, 259. Homélie sur le Psaume II.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai été élevé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi&amp;amp;nbsp;? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même&amp;amp;nbsp;: Abeat quo libuerit&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai&amp;amp;nbsp;: l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi&amp;amp;nbsp;: Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina&amp;lt;ref&amp;gt;Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles&amp;amp;nbsp;: pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire&amp;amp;nbsp;; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé&amp;amp;nbsp;: Où donc est le Dieu des rois&amp;amp;nbsp;? Ubi est Deus eorum&amp;amp;nbsp;? Et a pu se demander aussi&amp;amp;nbsp;: Où est leur épée&amp;amp;nbsp;? Épée de l'ancienne monarchie en 1793&amp;amp;nbsp;; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815&amp;amp;nbsp;; épée de la branche aînée en 1830&amp;amp;nbsp;; épée de la branche cadette en 1848&amp;amp;nbsp;; épée même de la république en 1851&amp;amp;nbsp;; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront&amp;amp;nbsp;: L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chaptire II&amp;amp;nbsp;: Préjugés contre le droit chrétien ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit chrétien et théocratie.- Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.- Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.- Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie&amp;amp;nbsp;! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie&amp;amp;nbsp;? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter&amp;lt;ref&amp;gt;V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine&amp;lt;ref&amp;gt;V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République&amp;lt;ref&amp;gt;Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «  Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires ». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : « Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie ». VII, 290.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine&amp;lt;ref&amp;gt;IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission&amp;amp;nbsp;; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots&amp;amp;nbsp;: Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel&amp;amp;nbsp;; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants&amp;amp;nbsp;? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre&amp;amp;nbsp;; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité&amp;amp;nbsp;: principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre&amp;amp;nbsp;; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux&amp;amp;nbsp;; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé supérieur n'aspirent à dominer l'État.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église&amp;amp;nbsp;; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas&amp;amp;nbsp;! l'Église affermira leur autorité&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie&amp;lt;ref&amp;gt;D'après SAINT Augustin : « De moribus Ecclesiæ » Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation&amp;amp;nbsp;: non quasi gentem meam, haens aliquid accusare&amp;lt;ref&amp;gt;V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs&amp;amp;nbsp;!&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? le programme national de la France est là&amp;amp;nbsp;; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique&amp;amp;nbsp;? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme&amp;amp;nbsp;: les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation&amp;amp;nbsp;: l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique&amp;amp;nbsp;; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts&amp;lt;ref&amp;gt;D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne « cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie ». V, 329 Instruction pastorale sur la paix.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes&amp;amp;nbsp;: admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil&amp;lt;ref&amp;gt;I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : « Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver&amp;amp;nbsp;? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions&amp;amp;nbsp;?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;: œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;, à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation&amp;amp;nbsp;; on marchait vers cet axiome&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «  Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre ». I, 208-209.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines ». Œuvres sacerdotales Il, 687.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes&amp;amp;nbsp;; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples&amp;lt;ref&amp;gt;I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. « Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles ». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. « Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions ». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : « Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs ». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : « Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité ». I, 313-314.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne&amp;amp;nbsp;?&amp;lt;ref&amp;gt;II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne&amp;amp;nbsp;: voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit&amp;amp;nbsp;: elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela&amp;amp;nbsp;? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme&amp;amp;nbsp;; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195.&amp;lt;/ref&amp;gt; à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : « Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire « Les anciens géants n'ont pas prié, et ces hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits. » I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela&amp;lt;ref&amp;gt;I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 « Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des « décrets relatifs à la spéculation financière et au luxe ». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens&amp;amp;nbsp;; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique&amp;amp;nbsp;; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant&amp;amp;nbsp;! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre&amp;amp;nbsp;: voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence&amp;amp;nbsp;! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière&amp;lt;ref&amp;gt;V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : « J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied ». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui « vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. « Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie ». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. « Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie !&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Objections contre l'application du droit chrétien à notre époque ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général&amp;amp;nbsp;: nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions&amp;lt;ref&amp;gt;C'était l'objection de Napoléon III. cf. plus haut.&amp;lt;/ref&amp;gt; volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis&amp;lt;ref&amp;gt;Fatigué aussi de « paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus » VII, 111.&amp;lt;/ref&amp;gt;. On a essayé de tout&amp;amp;nbsp;! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité&amp;amp;nbsp;?...&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375.&amp;lt;/ref&amp;gt; Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» Et enfin&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison&amp;amp;nbsp;! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute&amp;amp;nbsp;; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose&amp;amp;nbsp;; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples &amp;lt;ref&amp;gt;VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent&amp;amp;nbsp;; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible&amp;amp;nbsp;: Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain&amp;lt;ref&amp;gt;V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc&amp;amp;nbsp;: si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée&amp;amp;nbsp;; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir&amp;amp;nbsp;; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous&amp;lt;ref&amp;gt;V, 306 Homélie (8 décembre 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains&amp;amp;nbsp;: et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé&amp;lt;ref&amp;gt;V,193 Beaucoup de chrétiens « en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités » V, 204.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées&amp;amp;nbsp;; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 446 « Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique « Libertas præstantissimum », 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique&amp;amp;nbsp;; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée&amp;amp;nbsp;; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable&amp;amp;nbsp;: Une foi, une loi&amp;amp;nbsp;; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : « Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables. » Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle&amp;amp;nbsp;? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah&amp;amp;nbsp;! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité&amp;amp;nbsp;; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 397. Homélie (13 avril 1869).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France&amp;amp;nbsp;; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire&amp;amp;nbsp;: elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : « Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne ». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.fckLRfckLR « Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire ». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION IV : LES MODÈLES DES CHEFS CHRÉTIENS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE UNIQUE : LES MODÈLES DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé : Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent : Garcia Moreno. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles ! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VI, 397. Homélie (13 avril 1869). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : «&amp;amp;nbsp;Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne&amp;amp;nbsp;». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire&amp;amp;nbsp;». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : «&amp;amp;nbsp;Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois&amp;amp;nbsp;». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils : «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois : «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit : «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ : &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front ; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. «&amp;amp;nbsp;L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution&amp;amp;nbsp;». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe&amp;amp;nbsp;» Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH : dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin : GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1675</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1675"/>
				<updated>2011-04-05T09:56:24Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. - Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.fckLRfckLRVoyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte &amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - Devoir spécial de l'élite intellectuelle : faire régner J.C. dans l'enseignement =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Le programme de restauration chrétienne  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le programme Chrétien  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sa première condition&amp;amp;nbsp;: L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Église et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation&amp;lt;ref&amp;gt;Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : « Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi&amp;amp;nbsp;: La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut&amp;lt;ref&amp;gt;Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. « Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu » I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique « Immortale Dei » sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse)&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments&amp;amp;nbsp;: l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre&amp;amp;nbsp;: elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : « Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel ». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : « LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia » V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse&amp;lt;ref&amp;gt;16 juin 1862. IV, 228-256.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné&amp;amp;nbsp;; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition&amp;amp;nbsp;; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation&amp;amp;nbsp;; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une&amp;amp;nbsp;: Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes&amp;lt;ref&amp;gt;Séparation de l’Église et de l’État en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’État libre en est un autre. V, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme&amp;amp;nbsp;: Prenez garde à l'antéchrist&amp;amp;nbsp;: Unum moneo, cavete antichristum&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public&amp;lt;ref&amp;gt;Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : « Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot; ». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387.&amp;lt;/ref&amp;gt; et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays&amp;amp;nbsp;: la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique ‹Mirari vos› qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique ‹Longinqua› 6 janvier 1895 : ‹Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status›. Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire›. Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche&amp;amp;nbsp;; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;''Ses lignes générales&amp;amp;nbsp;: il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;: c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège&amp;amp;nbsp;; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations&amp;amp;nbsp;: 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre&amp;amp;nbsp;; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne&amp;amp;nbsp;; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois&amp;amp;nbsp;; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats&amp;amp;nbsp;; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église&amp;amp;nbsp;; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples ». III, 516.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont vous combattez cependant les conséquences pratiques&amp;amp;nbsp;; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen&amp;amp;nbsp;: J'ai dit à la pourriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire&amp;amp;nbsp;: Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois&amp;amp;nbsp;: Dieu&amp;amp;nbsp;; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner&amp;amp;nbsp;; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure&amp;amp;nbsp;; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout&amp;amp;nbsp;; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire&amp;amp;nbsp;; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien&amp;amp;nbsp;: proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III : Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie.La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails&amp;amp;nbsp;? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet&amp;lt;ref&amp;gt;Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso.&amp;lt;/ref&amp;gt; et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort&amp;amp;nbsp;; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolution et de la ruine.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. « Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables ». VII, 52.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois&amp;lt;ref&amp;gt;Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression&amp;lt;ref&amp;gt;Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : « Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer ». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 « Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas ». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : « Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement ». IX, 170.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : « Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire » I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte « à titre de minimum et faute de mieux » mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, « soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église ». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, « ils ont cédé à des instigations parties d'en haut ». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, « nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé ». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. « A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume ». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas ». Il, 152.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent ». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi&amp;amp;nbsp;; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France&amp;lt;ref&amp;gt;« Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission ». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde&amp;amp;nbsp;: nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section III&amp;amp;nbsp;: Les difficultés - Défense de la royauté sociale contre les objections et les préjugés des politiques  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial&amp;lt;ref&amp;gt;Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes&amp;amp;nbsp;: les objections historiques qui regardent le passé&amp;amp;nbsp;; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États&amp;amp;nbsp;; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I : Objections historiques ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur&amp;lt;ref&amp;gt;Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu&amp;amp;nbsp;: Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable&amp;amp;nbsp;: Crois ou va t'en&amp;amp;nbsp;; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine&amp;amp;nbsp;; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas&amp;amp;nbsp;? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus&amp;amp;nbsp;? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports&amp;amp;nbsp;? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : « Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ? » V, 429.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Mgr Pie répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là&amp;amp;nbsp;: il n'y en avait point auparavant&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir&amp;amp;nbsp;: de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé&amp;lt;ref&amp;gt;V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... « Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution ». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : « Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national&amp;lt;ref&amp;gt;X, 259. Homélie sur le Psaume II.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai été élevé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi&amp;amp;nbsp;? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même&amp;amp;nbsp;: Abeat quo libuerit&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai&amp;amp;nbsp;: l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi&amp;amp;nbsp;: Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina&amp;lt;ref&amp;gt;Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles&amp;amp;nbsp;: pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire&amp;amp;nbsp;; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé&amp;amp;nbsp;: Où donc est le Dieu des rois&amp;amp;nbsp;? Ubi est Deus eorum&amp;amp;nbsp;? Et a pu se demander aussi&amp;amp;nbsp;: Où est leur épée&amp;amp;nbsp;? Épée de l'ancienne monarchie en 1793&amp;amp;nbsp;; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815&amp;amp;nbsp;; épée de la branche aînée en 1830&amp;amp;nbsp;; épée de la branche cadette en 1848&amp;amp;nbsp;; épée même de la république en 1851&amp;amp;nbsp;; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront&amp;amp;nbsp;: L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chaptire II&amp;amp;nbsp;: Préjugés contre le droit chrétien ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit chrétien et théocratie.- Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.- Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.- Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie&amp;amp;nbsp;! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie&amp;amp;nbsp;? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter&amp;lt;ref&amp;gt;V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine&amp;lt;ref&amp;gt;V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République&amp;lt;ref&amp;gt;Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «  Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires ». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : « Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie ». VII, 290.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine&amp;lt;ref&amp;gt;IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission&amp;amp;nbsp;; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots&amp;amp;nbsp;: Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel&amp;amp;nbsp;; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants&amp;amp;nbsp;? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre&amp;amp;nbsp;; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité&amp;amp;nbsp;: principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre&amp;amp;nbsp;; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux&amp;amp;nbsp;; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé supérieur n'aspirent à dominer l'État.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église&amp;amp;nbsp;; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas&amp;amp;nbsp;! l'Église affermira leur autorité&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie&amp;lt;ref&amp;gt;D'après SAINT Augustin : « De moribus Ecclesiæ » Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation&amp;amp;nbsp;: non quasi gentem meam, haens aliquid accusare&amp;lt;ref&amp;gt;V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs&amp;amp;nbsp;!&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? le programme national de la France est là&amp;amp;nbsp;; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique&amp;amp;nbsp;? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme&amp;amp;nbsp;: les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation&amp;amp;nbsp;: l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique&amp;amp;nbsp;; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts&amp;lt;ref&amp;gt;D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne « cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie ». V, 329 Instruction pastorale sur la paix.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes&amp;amp;nbsp;: admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil&amp;lt;ref&amp;gt;I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : « Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver&amp;amp;nbsp;? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions&amp;amp;nbsp;?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;: œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;, à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation&amp;amp;nbsp;; on marchait vers cet axiome&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «  Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre ». I, 208-209.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines ». Œuvres sacerdotales Il, 687.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes&amp;amp;nbsp;; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples&amp;lt;ref&amp;gt;I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. « Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles ». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. « Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions ». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : « Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs ». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : « Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité ». I, 313-314.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne&amp;amp;nbsp;?&amp;lt;ref&amp;gt;II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne&amp;amp;nbsp;: voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit&amp;amp;nbsp;: elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela&amp;amp;nbsp;? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme&amp;amp;nbsp;; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195.&amp;lt;/ref&amp;gt; à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : « Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire « Les anciens géants n'ont pas prié, et ces hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits. » I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela&amp;lt;ref&amp;gt;I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 « Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des « décrets relatifs à la spéculation financière et au luxe ». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens&amp;amp;nbsp;; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique&amp;amp;nbsp;; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant&amp;amp;nbsp;! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre&amp;amp;nbsp;: voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence&amp;amp;nbsp;! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière&amp;lt;ref&amp;gt;V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : « J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied ». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui « vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. « Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie ». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. « Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie !&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== CHAPITRE III&amp;amp;nbsp;: OBJECTIONS CONTRE L'APPLICATION DU DROIT CHRÉTIEN A NOTRE ÉPOQUE  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général&amp;amp;nbsp;: nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions&amp;lt;ref&amp;gt;C'était l'objection de Napoléon III. cf. plus haut.&amp;lt;/ref&amp;gt; volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis&amp;lt;ref&amp;gt;Fatigué aussi de « paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus » VII, 111.&amp;lt;/ref&amp;gt;. On a essayé de tout&amp;amp;nbsp;! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité&amp;amp;nbsp;?...&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375.&amp;lt;/ref&amp;gt; Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» Et enfin&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison&amp;amp;nbsp;! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute&amp;amp;nbsp;; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose&amp;amp;nbsp;; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent&amp;amp;nbsp;; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible&amp;amp;nbsp;: Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain&amp;lt;ref&amp;gt;V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc&amp;amp;nbsp;: si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée&amp;amp;nbsp;; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir&amp;amp;nbsp;; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous&amp;lt;ref&amp;gt;V, 306 Homélie (8 décembre 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains&amp;amp;nbsp;: et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé&amp;lt;ref&amp;gt;V,193 Beaucoup de chrétiens « en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités » V, 204.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées&amp;amp;nbsp;; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 446 « Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique « Libertas præstantissimum », 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique&amp;amp;nbsp;; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée&amp;amp;nbsp;; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable&amp;amp;nbsp;: Une foi, une loi&amp;amp;nbsp;; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : « Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables. » Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle&amp;amp;nbsp;? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah&amp;amp;nbsp;! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité&amp;amp;nbsp;; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 397. Homélie (13 avril 1869).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France&amp;amp;nbsp;; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire&amp;amp;nbsp;: elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : « Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne ». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 « Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire ». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION IV : LES MODÈLES DES CHEFS CHRÉTIENS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE UNIQUE : LES MODÈLES DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé : Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent : Garcia Moreno. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles ! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VI, 397. Homélie (13 avril 1869). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : «&amp;amp;nbsp;Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne&amp;amp;nbsp;». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire&amp;amp;nbsp;». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : «&amp;amp;nbsp;Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois&amp;amp;nbsp;». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils : «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois : «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit : «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ : &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front ; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. «&amp;amp;nbsp;L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution&amp;amp;nbsp;». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe&amp;amp;nbsp;» Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH : dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin : GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1674</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1674"/>
				<updated>2011-04-05T09:40:20Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. - Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.fckLRfckLRVoyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte &amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - Devoir spécial de l'élite intellectuelle : faire régner J.C. dans l'enseignement =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Le programme de restauration chrétienne  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le programme Chrétien  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sa première condition&amp;amp;nbsp;: L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Église et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation&amp;lt;ref&amp;gt;Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : « Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi&amp;amp;nbsp;: La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut&amp;lt;ref&amp;gt;Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. « Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu » I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique « Immortale Dei » sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse)&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments&amp;amp;nbsp;: l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre&amp;amp;nbsp;: elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : « Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel ». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : « LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia » V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse&amp;lt;ref&amp;gt;16 juin 1862. IV, 228-256.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné&amp;amp;nbsp;; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition&amp;amp;nbsp;; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation&amp;amp;nbsp;; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une&amp;amp;nbsp;: Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes&amp;lt;ref&amp;gt;Séparation de l’Église et de l’État en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’État libre en est un autre. V, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme&amp;amp;nbsp;: Prenez garde à l'antéchrist&amp;amp;nbsp;: Unum moneo, cavete antichristum&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public&amp;lt;ref&amp;gt;Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : « Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot; ». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387.&amp;lt;/ref&amp;gt; et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays&amp;amp;nbsp;: la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique ‹Mirari vos› qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique ‹Longinqua› 6 janvier 1895 : ‹Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status›. Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire›. Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche&amp;amp;nbsp;; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;''Ses lignes générales&amp;amp;nbsp;: il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;: c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège&amp;amp;nbsp;; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations&amp;amp;nbsp;: 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre&amp;amp;nbsp;; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne&amp;amp;nbsp;; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois&amp;amp;nbsp;; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats&amp;amp;nbsp;; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église&amp;amp;nbsp;; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples ». III, 516.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont vous combattez cependant les conséquences pratiques&amp;amp;nbsp;; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen&amp;amp;nbsp;: J'ai dit à la pourriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire&amp;amp;nbsp;: Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois&amp;amp;nbsp;: Dieu&amp;amp;nbsp;; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner&amp;amp;nbsp;; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure&amp;amp;nbsp;; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout&amp;amp;nbsp;; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire&amp;amp;nbsp;; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien&amp;amp;nbsp;: proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III : Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie.La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails&amp;amp;nbsp;? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet&amp;lt;ref&amp;gt;Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso.&amp;lt;/ref&amp;gt; et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort&amp;amp;nbsp;; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolution et de la ruine.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. « Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables ». VII, 52.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois&amp;lt;ref&amp;gt;Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression&amp;lt;ref&amp;gt;Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : « Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer ». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 « Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas ». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : « Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement ». IX, 170.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : « Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire » I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte « à titre de minimum et faute de mieux » mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, « soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église ». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, « ils ont cédé à des instigations parties d'en haut ». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, « nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé ». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. « A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume ». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas ». Il, 152.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent ». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi&amp;amp;nbsp;; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France&amp;lt;ref&amp;gt;« Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission ». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde&amp;amp;nbsp;: nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section III&amp;amp;nbsp;: Les difficultés - Défense de la royauté sociale contre les objections et les préjugés des politiques  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial&amp;lt;ref&amp;gt;Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes&amp;amp;nbsp;: les objections historiques qui regardent le passé&amp;amp;nbsp;; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États&amp;amp;nbsp;; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I : Objections historiques ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur&amp;lt;ref&amp;gt;Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu&amp;amp;nbsp;: Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable&amp;amp;nbsp;: Crois ou va t'en&amp;amp;nbsp;; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine&amp;amp;nbsp;; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas&amp;amp;nbsp;? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus&amp;amp;nbsp;? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports&amp;amp;nbsp;? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : « Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ? » V, 429.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Mgr Pie répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là&amp;amp;nbsp;: il n'y en avait point auparavant&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir&amp;amp;nbsp;: de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé&amp;lt;ref&amp;gt;V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... « Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution ». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : « Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national&amp;lt;ref&amp;gt;X, 259. Homélie sur le Psaume II.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai été élevé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi&amp;amp;nbsp;? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même&amp;amp;nbsp;: Abeat quo libuerit&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai&amp;amp;nbsp;: l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi&amp;amp;nbsp;: Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina&amp;lt;ref&amp;gt;Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles&amp;amp;nbsp;: pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire&amp;amp;nbsp;; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé&amp;amp;nbsp;: Où donc est le Dieu des rois&amp;amp;nbsp;? Ubi est Deus eorum&amp;amp;nbsp;? Et a pu se demander aussi&amp;amp;nbsp;: Où est leur épée&amp;amp;nbsp;? Épée de l'ancienne monarchie en 1793&amp;amp;nbsp;; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815&amp;amp;nbsp;; épée de la branche aînée en 1830&amp;amp;nbsp;; épée de la branche cadette en 1848&amp;amp;nbsp;; épée même de la république en 1851&amp;amp;nbsp;; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront&amp;amp;nbsp;: L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chaptire II&amp;amp;nbsp;: Préjugés contre le droit chrétien ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit chrétien et théocratie.- Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.- Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.- Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie&amp;amp;nbsp;! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie&amp;amp;nbsp;? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter&amp;lt;ref&amp;gt;V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine&amp;lt;ref&amp;gt;V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République&amp;lt;ref&amp;gt;Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «  Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires ». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : « Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie ». VII, 290.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine&amp;lt;ref&amp;gt;IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission&amp;amp;nbsp;; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots&amp;amp;nbsp;: Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel&amp;amp;nbsp;; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants&amp;amp;nbsp;? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre&amp;amp;nbsp;; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité&amp;amp;nbsp;: principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre&amp;amp;nbsp;; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux&amp;amp;nbsp;; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé supérieur n'aspirent à dominer l'État.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église&amp;amp;nbsp;; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas&amp;amp;nbsp;! l'Église affermira leur autorité&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie&amp;lt;ref&amp;gt;D'après SAINT Augustin : « De moribus Ecclesiæ » Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation&amp;amp;nbsp;: non quasi gentem meam, haens aliquid accusare&amp;lt;ref&amp;gt;V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs&amp;amp;nbsp;!&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? le programme national de la France est là&amp;amp;nbsp;; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique&amp;amp;nbsp;? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme&amp;amp;nbsp;: les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation&amp;amp;nbsp;: l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique&amp;amp;nbsp;; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts&amp;lt;ref&amp;gt;D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne « cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie ». V, 329 Instruction pastorale sur la paix.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes&amp;amp;nbsp;: admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil&amp;lt;ref&amp;gt;I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : « Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver&amp;amp;nbsp;? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions&amp;amp;nbsp;?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;: œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;, à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation&amp;amp;nbsp;; on marchait vers cet axiome&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «  Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre ». I, 208-209.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines ». Œuvres sacerdotales Il, 687.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes&amp;amp;nbsp;; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples&amp;lt;ref&amp;gt;I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. « Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles ». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. « Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions ». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313.&lt;br /&gt;
&amp;amp;lt;br&amp;amp;gt;&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : « Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs ». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : « Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité ». I, 313-314.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne&amp;amp;nbsp;?&amp;lt;ref&amp;gt;II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne&amp;amp;nbsp;: voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit&amp;amp;nbsp;: elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela&amp;amp;nbsp;? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme&amp;amp;nbsp;; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195.&amp;lt;/ref&amp;gt; à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : « Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire « Les anciens géants n'ont pas prié, et ces hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits. » I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela&amp;lt;ref&amp;gt;I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 « Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des « décrets relatifs à la spéculation financière et au luxe ». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens&amp;amp;nbsp;; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique&amp;amp;nbsp;; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant&amp;amp;nbsp;! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre&amp;amp;nbsp;: voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence&amp;amp;nbsp;! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière&amp;lt;ref&amp;gt;V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : « J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied ». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui « vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. « Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie ». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. « Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie !&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== CHAPITRE III&amp;amp;nbsp;: OBJECTIONS CONTRE L'APPLICATION DU DROIT CHRÉTIEN A NOTRE ÉPOQUE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général&amp;amp;nbsp;: nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions (3) volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis (5). On a essayé de tout&amp;amp;nbsp;! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité&amp;amp;nbsp;?... (6) Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles... (7)&amp;amp;nbsp;» Et enfin&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison&amp;amp;nbsp;! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute&amp;amp;nbsp;; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui «&amp;amp;nbsp;vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. «&amp;amp;nbsp;Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir&amp;amp;nbsp;! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie&amp;amp;nbsp;». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. «&amp;amp;nbsp;Il promet la liberté, ce sera l'esclavage&amp;amp;nbsp;; les jouissances, ce sera le travail servile&amp;amp;nbsp;; l'abondance, vous aurez faim&amp;amp;nbsp;; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) C'était l'objection de Napoléon Ill. cf. plus haut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Fatigué aussi de «&amp;amp;nbsp;paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus&amp;amp;nbsp;» VII, 111. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose&amp;amp;nbsp;; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent&amp;amp;nbsp;; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible&amp;amp;nbsp;: Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc&amp;amp;nbsp;: si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée&amp;amp;nbsp;; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir&amp;amp;nbsp;; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains&amp;amp;nbsp;: et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi (5)&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées&amp;amp;nbsp;; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien (6). Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église (7). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique&amp;amp;nbsp;; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée&amp;amp;nbsp;; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable&amp;amp;nbsp;: Une foi, une loi&amp;amp;nbsp;; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle&amp;amp;nbsp;? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 306 Homélie (8 décembre 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) V,193 Beaucoup de chrétiens «&amp;amp;nbsp;en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines&amp;amp;nbsp;: elle possède au même degré la science des applications et des opportunités&amp;amp;nbsp;» V, 204. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;: Il, L. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Il, 446 «&amp;amp;nbsp;Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Voyez sur ce point en particulier&amp;amp;nbsp;: LÉON XIII, Encyclique «&amp;amp;nbsp;Libertas præstantissimum&amp;amp;nbsp;», 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables.&amp;amp;nbsp;» Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah&amp;amp;nbsp;! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité&amp;amp;nbsp;; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France&amp;amp;nbsp;; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire&amp;amp;nbsp;: elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION IV : LES MODÈLES DES CHEFS CHRÉTIENS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE UNIQUE : LES MODÈLES DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé : Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent : Garcia Moreno. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles ! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VI, 397. Homélie (13 avril 1869). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : «&amp;amp;nbsp;Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne&amp;amp;nbsp;». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire&amp;amp;nbsp;». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : «&amp;amp;nbsp;Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois&amp;amp;nbsp;». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils : «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois : «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit : «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ : &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front ; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. «&amp;amp;nbsp;L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution&amp;amp;nbsp;». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe&amp;amp;nbsp;» Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH : dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin : GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1673</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1673"/>
				<updated>2011-04-05T09:15:48Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. - Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.fckLRfckLRVoyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte &amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - Devoir spécial de l'élite intellectuelle : faire régner J.C. dans l'enseignement =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Le programme de restauration chrétienne  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le programme Chrétien  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sa première condition&amp;amp;nbsp;: L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Église et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation&amp;lt;ref&amp;gt;Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : « Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi&amp;amp;nbsp;: La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut&amp;lt;ref&amp;gt;Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. « Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu » I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique « Immortale Dei » sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse)&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments&amp;amp;nbsp;: l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre&amp;amp;nbsp;: elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : « Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel ». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : « LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia » V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse&amp;lt;ref&amp;gt;16 juin 1862. IV, 228-256.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné&amp;amp;nbsp;; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition&amp;amp;nbsp;; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation&amp;amp;nbsp;; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une&amp;amp;nbsp;: Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes&amp;lt;ref&amp;gt;Séparation de l’Église et de l’État en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’État libre en est un autre. V, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme&amp;amp;nbsp;: Prenez garde à l'antéchrist&amp;amp;nbsp;: Unum moneo, cavete antichristum&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public&amp;lt;ref&amp;gt;Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : « Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot; ». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387.&amp;lt;/ref&amp;gt; et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays&amp;amp;nbsp;: la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique ‹Mirari vos› qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique ‹Longinqua› 6 janvier 1895 : ‹Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status›. Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire›. Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche&amp;amp;nbsp;; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;''Ses lignes générales&amp;amp;nbsp;: il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;: c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège&amp;amp;nbsp;; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations&amp;amp;nbsp;: 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre&amp;amp;nbsp;; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne&amp;amp;nbsp;; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois&amp;amp;nbsp;; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats&amp;amp;nbsp;; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église&amp;amp;nbsp;; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples ». III, 516.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont vous combattez cependant les conséquences pratiques&amp;amp;nbsp;; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen&amp;amp;nbsp;: J'ai dit à la pourriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire&amp;amp;nbsp;: Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois&amp;amp;nbsp;: Dieu&amp;amp;nbsp;; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner&amp;amp;nbsp;; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure&amp;amp;nbsp;; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout&amp;amp;nbsp;; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire&amp;amp;nbsp;; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien&amp;amp;nbsp;: proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III : Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie.La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails&amp;amp;nbsp;? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet&amp;lt;ref&amp;gt;Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso.&amp;lt;/ref&amp;gt; et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort&amp;amp;nbsp;; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolution et de la ruine.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. « Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables ». VII, 52.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois&amp;lt;ref&amp;gt;Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression&amp;lt;ref&amp;gt;Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : « Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer ». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 « Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas ». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : « Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement ». IX, 170.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : « Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire » I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte « à titre de minimum et faute de mieux » mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, « soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église ». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, « ils ont cédé à des instigations parties d'en haut ». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, « nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé ». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. « A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume ». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas ». Il, 152.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent ». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi&amp;amp;nbsp;; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France&amp;lt;ref&amp;gt;« Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission ». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde&amp;amp;nbsp;: nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section III&amp;amp;nbsp;: Les difficultés - Défense de la royauté sociale contre les objections et les préjugés des politiques  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial&amp;lt;ref&amp;gt;Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier.&amp;lt;/ref&amp;gt; et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes&amp;amp;nbsp;: les objections historiques qui regardent le passé&amp;amp;nbsp;; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États&amp;amp;nbsp;; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I : Objections historiques ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur&amp;lt;ref&amp;gt;Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu&amp;amp;nbsp;: Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable&amp;amp;nbsp;: Crois ou va t'en&amp;amp;nbsp;; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine&amp;amp;nbsp;; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas&amp;amp;nbsp;? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus&amp;amp;nbsp;? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports&amp;amp;nbsp;? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : « Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ? » V, 429.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Mgr Pie répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là&amp;amp;nbsp;: il n'y en avait point auparavant&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité&amp;amp;nbsp;! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir&amp;amp;nbsp;: de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé&amp;lt;ref&amp;gt;V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... « Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution ». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : « Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national&amp;lt;ref&amp;gt;X, 259. Homélie sur le Psaume II.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai été élevé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi&amp;amp;nbsp;? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même&amp;amp;nbsp;: Abeat quo libuerit&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai&amp;amp;nbsp;: l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi&amp;amp;nbsp;: Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina&amp;lt;ref&amp;gt;Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles&amp;amp;nbsp;: pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire&amp;amp;nbsp;; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé&amp;amp;nbsp;: Où donc est le Dieu des rois&amp;amp;nbsp;? Ubi est Deus eorum&amp;amp;nbsp;? Et a pu se demander aussi&amp;amp;nbsp;: Où est leur épée&amp;amp;nbsp;? Épée de l'ancienne monarchie en 1793&amp;amp;nbsp;; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815&amp;amp;nbsp;; épée de la branche aînée en 1830&amp;amp;nbsp;; épée de la branche cadette en 1848&amp;amp;nbsp;; épée même de la république en 1851&amp;amp;nbsp;; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront&amp;amp;nbsp;: L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== CHAPITRE II&amp;amp;nbsp;: PRÉJUGÉS CONTRE LE DROIT CHRÉTIEN  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droit chrétien et théocratie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie&amp;amp;nbsp;! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie&amp;amp;nbsp;? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter (1)&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «&amp;amp;nbsp; Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime&amp;amp;nbsp;; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux&amp;amp;nbsp;; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne&amp;amp;nbsp;? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires&amp;amp;nbsp;». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes&amp;amp;nbsp;; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie&amp;amp;nbsp;». VII, 290. 4 IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission&amp;amp;nbsp;; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots&amp;amp;nbsp;: Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel&amp;amp;nbsp;; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants&amp;amp;nbsp;? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre&amp;amp;nbsp;; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité&amp;amp;nbsp;: principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre&amp;amp;nbsp;; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux&amp;amp;nbsp;; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église&amp;amp;nbsp;; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas&amp;amp;nbsp;! l'Église affermira leur autorité (3). Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation&amp;amp;nbsp;: non quasi gentem meam, haens aliquid accusare (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs&amp;amp;nbsp;!&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes&amp;amp;nbsp;? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? le programme national de la France est là&amp;amp;nbsp;; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique&amp;amp;nbsp;? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme&amp;amp;nbsp;: les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé su &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
périeur n'aspirent à dominer l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) D'après SAINT Augustin&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;De moribus Ecclesiæ&amp;amp;nbsp;» Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions&amp;amp;nbsp;: Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation&amp;amp;nbsp;: l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique&amp;amp;nbsp;; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes&amp;amp;nbsp;: admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver&amp;amp;nbsp;? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions&amp;amp;nbsp;?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;: œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église (3), à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation&amp;amp;nbsp;; on marchait vers cet axiome&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères (4). La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes&amp;amp;nbsp;; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne «&amp;amp;nbsp;cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie&amp;amp;nbsp;». V, 329 Instruction pastorale sur la paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société&amp;amp;nbsp;: Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là&amp;amp;nbsp;; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail&amp;amp;nbsp;: toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs&amp;amp;nbsp;; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge&amp;amp;nbsp;? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre&amp;amp;nbsp;». I, 208-209. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nos pères étaient plus prévoyants que nous&amp;amp;nbsp;; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales Il, 687. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne&amp;amp;nbsp;? (2)&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne&amp;amp;nbsp;: voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit&amp;amp;nbsp;: elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela&amp;amp;nbsp;? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme&amp;amp;nbsp;; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. «&amp;amp;nbsp;Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. «&amp;amp;nbsp;Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions&amp;amp;nbsp;». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile&amp;amp;nbsp;: il veille, et la paix règne dans sa maison&amp;amp;nbsp;; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs&amp;amp;nbsp;». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité&amp;amp;nbsp;». I, 313-314. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné (1) à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité (2). Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église (4). Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens&amp;amp;nbsp;; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique&amp;amp;nbsp;; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant&amp;amp;nbsp;! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il y eût avant nous des peuples riches et puissants&amp;amp;nbsp;; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre&amp;amp;nbsp;? L'Écriture va vous le dire «&amp;amp;nbsp;Les anciens géants n'ont pas prié, et ces &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits.&amp;amp;nbsp;» I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé&amp;amp;nbsp;: Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché&amp;amp;nbsp;: III, 279-381 «&amp;amp;nbsp;Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des «&amp;amp;nbsp;décrets relatifs à la spéculation fnancière et au luxe&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre&amp;amp;nbsp;: Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre&amp;amp;nbsp;: voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis&amp;amp;nbsp;? (1) Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence&amp;amp;nbsp;! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== CHAPITRE III&amp;amp;nbsp;: OBJECTIONS CONTRE L'APPLICATION DU DROIT CHRÉTIEN A NOTRE ÉPOQUE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général&amp;amp;nbsp;: nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions (3) volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis (5). On a essayé de tout&amp;amp;nbsp;! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité&amp;amp;nbsp;?... (6) Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles... (7)&amp;amp;nbsp;» Et enfin&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison&amp;amp;nbsp;! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute&amp;amp;nbsp;; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui «&amp;amp;nbsp;vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. «&amp;amp;nbsp;Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir&amp;amp;nbsp;! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie&amp;amp;nbsp;». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. «&amp;amp;nbsp;Il promet la liberté, ce sera l'esclavage&amp;amp;nbsp;; les jouissances, ce sera le travail servile&amp;amp;nbsp;; l'abondance, vous aurez faim&amp;amp;nbsp;; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) C'était l'objection de Napoléon Ill. cf. plus haut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Fatigué aussi de «&amp;amp;nbsp;paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus&amp;amp;nbsp;» VII, 111. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose&amp;amp;nbsp;; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent&amp;amp;nbsp;; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible&amp;amp;nbsp;: Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc&amp;amp;nbsp;: si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée&amp;amp;nbsp;; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir&amp;amp;nbsp;; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains&amp;amp;nbsp;: et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi (5)&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées&amp;amp;nbsp;; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien (6). Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église (7). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique&amp;amp;nbsp;; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée&amp;amp;nbsp;; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable&amp;amp;nbsp;: Une foi, une loi&amp;amp;nbsp;; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle&amp;amp;nbsp;? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 306 Homélie (8 décembre 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) V,193 Beaucoup de chrétiens «&amp;amp;nbsp;en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines&amp;amp;nbsp;: elle possède au même degré la science des applications et des opportunités&amp;amp;nbsp;» V, 204. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;: Il, L. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Il, 446 «&amp;amp;nbsp;Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Voyez sur ce point en particulier&amp;amp;nbsp;: LÉON XIII, Encyclique «&amp;amp;nbsp;Libertas præstantissimum&amp;amp;nbsp;», 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables.&amp;amp;nbsp;» Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah&amp;amp;nbsp;! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité&amp;amp;nbsp;; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France&amp;amp;nbsp;; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire&amp;amp;nbsp;: elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION IV : LES MODÈLES DES CHEFS CHRÉTIENS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE UNIQUE : LES MODÈLES DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé : Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent : Garcia Moreno. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles ! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VI, 397. Homélie (13 avril 1869). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : «&amp;amp;nbsp;Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne&amp;amp;nbsp;». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire&amp;amp;nbsp;». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : «&amp;amp;nbsp;Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois&amp;amp;nbsp;». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils : «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois : «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit : «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ : &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front ; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. «&amp;amp;nbsp;L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution&amp;amp;nbsp;». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe&amp;amp;nbsp;» Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH : dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin : GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1672</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1672"/>
				<updated>2011-04-05T09:06:55Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. - Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.fckLRfckLRVoyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte &amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - Devoir spécial de l'élite intellectuelle : faire régner J.C. dans l'enseignement =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Le programme de restauration chrétienne  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le programme Chrétien  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sa première condition&amp;amp;nbsp;: L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Église et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation&amp;lt;ref&amp;gt;Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : « Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi&amp;amp;nbsp;: La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut&amp;lt;ref&amp;gt;Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. « Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu » I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique « Immortale Dei » sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse)&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments&amp;amp;nbsp;: l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre&amp;amp;nbsp;: elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : « Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel ». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : « LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia » V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse&amp;lt;ref&amp;gt;16 juin 1862. IV, 228-256.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné&amp;amp;nbsp;; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition&amp;amp;nbsp;; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation&amp;amp;nbsp;; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une&amp;amp;nbsp;: Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes&amp;lt;ref&amp;gt;Séparation de l’Église et de l’État en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’État libre en est un autre. V, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme&amp;amp;nbsp;: Prenez garde à l'antéchrist&amp;amp;nbsp;: Unum moneo, cavete antichristum&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public&amp;lt;ref&amp;gt;Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : « Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot; ». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387.&amp;lt;/ref&amp;gt; et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays&amp;amp;nbsp;: la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique ‹Mirari vos› qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique ‹Longinqua› 6 janvier 1895 : ‹Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status›. Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire›. Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche&amp;amp;nbsp;; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;''Ses lignes générales&amp;amp;nbsp;: il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;: c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège&amp;amp;nbsp;; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations&amp;amp;nbsp;: 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre&amp;amp;nbsp;; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne&amp;amp;nbsp;; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois&amp;amp;nbsp;; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats&amp;amp;nbsp;; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église&amp;amp;nbsp;; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples ». III, 516.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont vous combattez cependant les conséquences pratiques&amp;amp;nbsp;; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen&amp;amp;nbsp;: J'ai dit à la pourriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire&amp;amp;nbsp;: Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois&amp;amp;nbsp;: Dieu&amp;amp;nbsp;; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner&amp;amp;nbsp;; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure&amp;amp;nbsp;; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout&amp;amp;nbsp;; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire&amp;amp;nbsp;; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien&amp;amp;nbsp;: proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III : Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie.La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails&amp;amp;nbsp;? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet&amp;lt;ref&amp;gt;Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso.&amp;lt;/ref&amp;gt; et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort&amp;amp;nbsp;; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolution et de la ruine.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. « Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables ». VII, 52.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois&amp;lt;ref&amp;gt;Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression&amp;lt;ref&amp;gt;Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : « Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer ». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 « Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas ». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : « Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement ». IX, 170.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église&amp;lt;ref&amp;gt;Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : « Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire » I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte « à titre de minimum et faute de mieux » mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, « soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église ». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, « ils ont cédé à des instigations parties d'en haut ». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, « nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé ». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. « A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume ». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas ». Il, 152.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent ». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi&amp;amp;nbsp;; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France&amp;lt;ref&amp;gt;« Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission ». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde&amp;amp;nbsp;: nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION III : LES DIFFICULTÉS - DÉFENSE DE LA ROYAUTÉ SOCIALE CONTRE LES OBJECTIONS ET LES PRÉJUGÉS DES POLITIQUES ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial (4) et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes : les objections historiques qui regardent le passé ; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États ; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : OBJECTIONS HISTORIQUES ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur (5) : «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu : Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable : Crois ou va t'en ; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine ; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas ? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus ? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports ? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) «&amp;amp;nbsp;Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission&amp;amp;nbsp;». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu ; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église (2), Mgr Pie répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là : il n'y en avait point auparavant !&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité ! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir : de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales ?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie : «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église (5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : «&amp;amp;nbsp;Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ?&amp;amp;nbsp;» V, 429. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... «&amp;amp;nbsp;Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution&amp;amp;nbsp;». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : «&amp;amp;nbsp;Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai t levé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi ? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même : Abeat quo libuerit !&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai : l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi : Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina (2). Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles : pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire ; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé : Où donc est le Dieu des rois ? Ubi est Deus eorum ? Et a pu se demander aussi : Où est leur épée ? Épée de l'ancienne monarchie en 1793 ; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815 ; épée de la branche aînée en 1830 ; épée de la branche cadette en 1848 ; épée même de la république en 1851 ; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront : L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée : «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) X, 259. Homélie sur le Psaume II. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : PRÉJUGÉS CONTRE LE DROIT CHRÉTIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droit chrétien et théocratie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie ! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie ? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter (1)&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «&amp;amp;nbsp; Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires&amp;amp;nbsp;». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : «&amp;amp;nbsp;Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie&amp;amp;nbsp;». VII, 290. 4 IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission ; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots : Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel ; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants ? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre ; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité : principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre ; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux ; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église ; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas ! l'Église affermira leur autorité (3). Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation : non quasi gentem meam, haens aliquid accusare (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres ? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans : &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs !&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes ? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ ? le programme national de la France est là ; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique ? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme : les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé su&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
périeur n'aspirent à dominer l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) D'après SAINT Augustin : «&amp;amp;nbsp;De moribus Ecclesiæ&amp;amp;nbsp;» Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation : l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique ; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes : admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands ?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver ? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions ?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien : œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église (3), à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation ; on marchait vers cet axiome : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères (4). La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes ; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne «&amp;amp;nbsp;cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie&amp;amp;nbsp;». V, 329 Instruction pastorale sur la paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : «&amp;amp;nbsp;Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «&amp;amp;nbsp; Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre&amp;amp;nbsp;». I, 208-209. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales Il, 687.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement : Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne ? (2)&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment : non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne : voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit : elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela ? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme ; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. «&amp;amp;nbsp;Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. «&amp;amp;nbsp;Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions&amp;amp;nbsp;». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : «&amp;amp;nbsp;Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs&amp;amp;nbsp;». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : «&amp;amp;nbsp;Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité&amp;amp;nbsp;». I, 313-314. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné (1) à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité (2). Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria : «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église (4). Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens ; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique ; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant ! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : «&amp;amp;nbsp;Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire «&amp;amp;nbsp;Les anciens géants n'ont pas prié, et ces &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits.&amp;amp;nbsp;» I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 «&amp;amp;nbsp;Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des «&amp;amp;nbsp;décrets relatifs à la spéculation fnancière et au luxe&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre : voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis ? (1) Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence ! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : OBJECTIONS CONTRE L'APPLICATION DU DROIT CHRÉTIEN A NOTRE ÉPOQUE====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général : nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions (3) volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit : «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis (5). On a essayé de tout ! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité ?... (6) Et encore : «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles... (7)&amp;amp;nbsp;» Et enfin : «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison ! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien ? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute ; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : «&amp;amp;nbsp;J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui «&amp;amp;nbsp;vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. «&amp;amp;nbsp;Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie&amp;amp;nbsp;». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. «&amp;amp;nbsp;Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) C'était l'objection de Napoléon Ill. cf. plus haut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Fatigué aussi de «&amp;amp;nbsp;paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus&amp;amp;nbsp;» VII, 111. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose ; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent ; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible : Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas : «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc : si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée ; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir ; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains : et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien ? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi (5)&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées ; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien (6). Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église (7). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique ; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée ; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable : Une foi, une loi ; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il : «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle ? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 306 Homélie (8 décembre 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) V,193 Beaucoup de chrétiens «&amp;amp;nbsp;en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités&amp;amp;nbsp;» V, 204. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Il, 446 «&amp;amp;nbsp;Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique «&amp;amp;nbsp;Libertas præstantissimum&amp;amp;nbsp;», 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : «&amp;amp;nbsp;Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables.&amp;amp;nbsp;» Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah ! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité ; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut : «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France ; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire : elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION IV : LES MODÈLES DES CHEFS CHRÉTIENS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE UNIQUE : LES MODÈLES DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé : Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent : Garcia Moreno. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles ! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VI, 397. Homélie (13 avril 1869). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : «&amp;amp;nbsp;Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne&amp;amp;nbsp;». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire&amp;amp;nbsp;». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : «&amp;amp;nbsp;Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois&amp;amp;nbsp;». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils : «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois : «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit : «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ : &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front ; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. «&amp;amp;nbsp;L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution&amp;amp;nbsp;». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe&amp;amp;nbsp;» Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH : dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin : GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1671</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1671"/>
				<updated>2011-04-05T08:53:25Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. - Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.fckLRfckLRVoyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte &amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - Devoir spécial de l'élite intellectuelle : faire régner J.C. dans l'enseignement =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Le programme de restauration chrétienne  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le programme Chrétien  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sa première condition&amp;amp;nbsp;: L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Église et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation&amp;lt;ref&amp;gt;Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : « Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi&amp;amp;nbsp;: La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut&amp;lt;ref&amp;gt;Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. « Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu » I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique « Immortale Dei » sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse)&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments&amp;amp;nbsp;: l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre&amp;amp;nbsp;: elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : « Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel ». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : « LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia » V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse&amp;lt;ref&amp;gt;16 juin 1862. IV, 228-256.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné&amp;amp;nbsp;; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition&amp;amp;nbsp;; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation&amp;amp;nbsp;; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une&amp;amp;nbsp;: Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes&amp;lt;ref&amp;gt;Séparation de l’Église et de l’État en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’État libre en est un autre. V, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme&amp;amp;nbsp;: Prenez garde à l'antéchrist&amp;amp;nbsp;: Unum moneo, cavete antichristum&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public&amp;lt;ref&amp;gt;Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : « Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot; ». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387.&amp;lt;/ref&amp;gt; et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays&amp;amp;nbsp;: la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique ‹Mirari vos› qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique ‹Longinqua› 6 janvier 1895 : ‹Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status›. Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire›. Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche&amp;amp;nbsp;; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Le programme chrétien (suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;''Ses lignes générales&amp;amp;nbsp;: il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;: c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège&amp;amp;nbsp;; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations&amp;amp;nbsp;: 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre&amp;amp;nbsp;; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne&amp;amp;nbsp;; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois&amp;amp;nbsp;; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats&amp;amp;nbsp;; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église&amp;amp;nbsp;; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples ». III, 516.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont vous combattez cependant les conséquences pratiques&amp;amp;nbsp;; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen&amp;amp;nbsp;: J'ai dit à la pourriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire&amp;amp;nbsp;: Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois&amp;amp;nbsp;: Dieu&amp;amp;nbsp;; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner&amp;amp;nbsp;; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure&amp;amp;nbsp;; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout&amp;amp;nbsp;; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire&amp;amp;nbsp;; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien&amp;amp;nbsp;: proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== CHAPITRE III&amp;amp;nbsp;: LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails&amp;amp;nbsp;? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet (2) et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort&amp;amp;nbsp;; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolu &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tion et de la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois (2) Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes (4)&amp;amp;nbsp;; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église (5). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique (6). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 323&amp;amp;nbsp;; V, 586-587&amp;amp;nbsp;; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. «&amp;amp;nbsp;Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables&amp;amp;nbsp;». VII, 52. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église&amp;amp;nbsp;; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance&amp;amp;nbsp;; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer&amp;amp;nbsp;». Dom GUERANGER&amp;amp;nbsp;: Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 «&amp;amp;nbsp;Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas&amp;amp;nbsp;». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement&amp;amp;nbsp;». IX, 170. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Sur cette question capitale de l'enseignement voyez&amp;amp;nbsp;: Histoire du Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;: I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851)&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire&amp;amp;nbsp;» I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire&amp;amp;nbsp;: Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte «&amp;amp;nbsp;à titre de minimum et faute de mieux&amp;amp;nbsp;» mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, «&amp;amp;nbsp;soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, «&amp;amp;nbsp;ils ont cédé à des instigations parties d'en haut&amp;amp;nbsp;». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, «&amp;amp;nbsp;nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé&amp;amp;nbsp;». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE&amp;amp;nbsp;: Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8&amp;amp;nbsp;; VI, 211-212&amp;amp;nbsp;; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. «&amp;amp;nbsp;A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume&amp;amp;nbsp;». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas&amp;amp;nbsp;». Il, 152. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines&amp;amp;nbsp;? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens&amp;amp;nbsp;? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci&amp;amp;nbsp;: il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent&amp;amp;nbsp;». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi&amp;amp;nbsp;; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde (2). Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde&amp;amp;nbsp;: nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION III : LES DIFFICULTÉS - DÉFENSE DE LA ROYAUTÉ SOCIALE CONTRE LES OBJECTIONS ET LES PRÉJUGÉS DES POLITIQUES ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial (4) et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes : les objections historiques qui regardent le passé ; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États ; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : OBJECTIONS HISTORIQUES ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur (5) : «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu : Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable : Crois ou va t'en ; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine ; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas ? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus ? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports ? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) «&amp;amp;nbsp;Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission&amp;amp;nbsp;». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu ; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église (2), Mgr Pie répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là : il n'y en avait point auparavant !&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité ! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir : de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales ?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie : «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église (5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : «&amp;amp;nbsp;Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ?&amp;amp;nbsp;» V, 429. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... «&amp;amp;nbsp;Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution&amp;amp;nbsp;». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : «&amp;amp;nbsp;Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai t levé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi ? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même : Abeat quo libuerit !&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai : l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi : Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina (2). Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles : pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire ; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé : Où donc est le Dieu des rois ? Ubi est Deus eorum ? Et a pu se demander aussi : Où est leur épée ? Épée de l'ancienne monarchie en 1793 ; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815 ; épée de la branche aînée en 1830 ; épée de la branche cadette en 1848 ; épée même de la république en 1851 ; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront : L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée : «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) X, 259. Homélie sur le Psaume II. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : PRÉJUGÉS CONTRE LE DROIT CHRÉTIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droit chrétien et théocratie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie ! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie ? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter (1)&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «&amp;amp;nbsp; Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires&amp;amp;nbsp;». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : «&amp;amp;nbsp;Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie&amp;amp;nbsp;». VII, 290. 4 IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission ; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots : Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel ; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants ? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre ; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité : principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre ; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux ; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église ; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas ! l'Église affermira leur autorité (3). Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation : non quasi gentem meam, haens aliquid accusare (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres ? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans : &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs !&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes ? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ ? le programme national de la France est là ; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique ? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme : les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé su&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
périeur n'aspirent à dominer l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) D'après SAINT Augustin : «&amp;amp;nbsp;De moribus Ecclesiæ&amp;amp;nbsp;» Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation : l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique ; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes : admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands ?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver ? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions ?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien : œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église (3), à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation ; on marchait vers cet axiome : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères (4). La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes ; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne «&amp;amp;nbsp;cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie&amp;amp;nbsp;». V, 329 Instruction pastorale sur la paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : «&amp;amp;nbsp;Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «&amp;amp;nbsp; Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre&amp;amp;nbsp;». I, 208-209. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales Il, 687.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement : Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne ? (2)&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment : non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne : voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit : elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela ? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme ; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. «&amp;amp;nbsp;Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. «&amp;amp;nbsp;Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions&amp;amp;nbsp;». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : «&amp;amp;nbsp;Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs&amp;amp;nbsp;». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : «&amp;amp;nbsp;Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité&amp;amp;nbsp;». I, 313-314. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné (1) à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité (2). Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria : «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église (4). Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens ; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique ; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant ! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : «&amp;amp;nbsp;Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire «&amp;amp;nbsp;Les anciens géants n'ont pas prié, et ces &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits.&amp;amp;nbsp;» I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 «&amp;amp;nbsp;Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des «&amp;amp;nbsp;décrets relatifs à la spéculation fnancière et au luxe&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre : voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis ? (1) Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence ! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : OBJECTIONS CONTRE L'APPLICATION DU DROIT CHRÉTIEN A NOTRE ÉPOQUE====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général : nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions (3) volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit : «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis (5). On a essayé de tout ! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité ?... (6) Et encore : «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles... (7)&amp;amp;nbsp;» Et enfin : «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison ! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien ? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute ; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : «&amp;amp;nbsp;J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui «&amp;amp;nbsp;vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. «&amp;amp;nbsp;Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie&amp;amp;nbsp;». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. «&amp;amp;nbsp;Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) C'était l'objection de Napoléon Ill. cf. plus haut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Fatigué aussi de «&amp;amp;nbsp;paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus&amp;amp;nbsp;» VII, 111. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose ; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent ; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible : Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas : «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc : si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée ; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir ; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains : et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien ? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi (5)&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées ; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien (6). Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église (7). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique ; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée ; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable : Une foi, une loi ; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il : «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle ? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 306 Homélie (8 décembre 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) V,193 Beaucoup de chrétiens «&amp;amp;nbsp;en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités&amp;amp;nbsp;» V, 204. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Il, 446 «&amp;amp;nbsp;Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique «&amp;amp;nbsp;Libertas præstantissimum&amp;amp;nbsp;», 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : «&amp;amp;nbsp;Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables.&amp;amp;nbsp;» Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah ! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité ; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut : «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France ; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire : elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION IV : LES MODÈLES DES CHEFS CHRÉTIENS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE UNIQUE : LES MODÈLES DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé : Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent : Garcia Moreno. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles ! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VI, 397. Homélie (13 avril 1869). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : «&amp;amp;nbsp;Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne&amp;amp;nbsp;». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire&amp;amp;nbsp;». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : «&amp;amp;nbsp;Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois&amp;amp;nbsp;». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils : «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois : «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit : «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ : &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front ; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. «&amp;amp;nbsp;L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution&amp;amp;nbsp;». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe&amp;amp;nbsp;» Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH : dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin : GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1670</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1670"/>
				<updated>2011-04-05T08:50:09Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. - Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.fckLRfckLRVoyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte &amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - Devoir spécial de l'élite intellectuelle : faire régner J.C. dans l'enseignement =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Le programme de restauration chrétienne  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le programme Chrétien  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sa première condition&amp;amp;nbsp;: L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Église et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation&amp;lt;ref&amp;gt;Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : « Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi&amp;amp;nbsp;: La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut&amp;lt;ref&amp;gt;Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. « Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu » I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique « Immortale Dei » sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse)&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments&amp;amp;nbsp;: l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre&amp;amp;nbsp;: elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : « Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel ». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : « LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia » V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse&amp;lt;ref&amp;gt;16 juin 1862. IV, 228-256.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné&amp;amp;nbsp;; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition&amp;amp;nbsp;; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation&amp;amp;nbsp;; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une&amp;amp;nbsp;: Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes&amp;lt;ref&amp;gt;Séparation de l’Église et de l’État en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’État libre en est un autre. V, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme&amp;amp;nbsp;: Prenez garde à l'antéchrist&amp;amp;nbsp;: Unum moneo, cavete antichristum&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public&amp;lt;ref&amp;gt;Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : « Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot; ». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387.&amp;lt;/ref&amp;gt; et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays&amp;amp;nbsp;: la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique ‹Mirari vos› qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique ‹Longinqua› 6 janvier 1895 : ‹Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status›. Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire›. Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche&amp;amp;nbsp;; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== CHAPITRE II&amp;amp;nbsp;: LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses lignes générales&amp;amp;nbsp;: il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;: c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège&amp;amp;nbsp;; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations&amp;amp;nbsp;: 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre&amp;amp;nbsp;; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne&amp;amp;nbsp;; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois&amp;amp;nbsp;; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats&amp;amp;nbsp;; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église&amp;amp;nbsp;; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution (6) dont vous combattez cependant les conséquences pratiques&amp;amp;nbsp;; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique «&amp;amp;nbsp;Mirari vos&amp;amp;nbsp;» qui éclata le 15 août 1832. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique «&amp;amp;nbsp;Longinqua&amp;amp;nbsp;» 6 janvier 1895&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status&amp;amp;nbsp;». Bonne Presse&amp;amp;nbsp;: Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit&amp;amp;nbsp;: La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi&amp;amp;nbsp;: c'est vrai&amp;amp;nbsp;; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile&amp;amp;nbsp;: la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre&amp;amp;nbsp;: elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples&amp;amp;nbsp;». III, 516. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen&amp;amp;nbsp;: J'ai dit à la pourriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire&amp;amp;nbsp;: Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois&amp;amp;nbsp;: Dieu&amp;amp;nbsp;; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner&amp;amp;nbsp;; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure&amp;amp;nbsp;; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout&amp;amp;nbsp;; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire&amp;amp;nbsp;; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien&amp;amp;nbsp;: proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== CHAPITRE III&amp;amp;nbsp;: LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails&amp;amp;nbsp;? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet (2) et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort&amp;amp;nbsp;; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolu &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tion et de la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois (2) Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes (4)&amp;amp;nbsp;; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église (5). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique (6). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 323&amp;amp;nbsp;; V, 586-587&amp;amp;nbsp;; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. «&amp;amp;nbsp;Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables&amp;amp;nbsp;». VII, 52. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église&amp;amp;nbsp;; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance&amp;amp;nbsp;; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer&amp;amp;nbsp;». Dom GUERANGER&amp;amp;nbsp;: Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 «&amp;amp;nbsp;Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas&amp;amp;nbsp;». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement&amp;amp;nbsp;». IX, 170. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Sur cette question capitale de l'enseignement voyez&amp;amp;nbsp;: Histoire du Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;: I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851)&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire&amp;amp;nbsp;» I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire&amp;amp;nbsp;: Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte «&amp;amp;nbsp;à titre de minimum et faute de mieux&amp;amp;nbsp;» mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, «&amp;amp;nbsp;soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, «&amp;amp;nbsp;ils ont cédé à des instigations parties d'en haut&amp;amp;nbsp;». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, «&amp;amp;nbsp;nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé&amp;amp;nbsp;». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE&amp;amp;nbsp;: Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8&amp;amp;nbsp;; VI, 211-212&amp;amp;nbsp;; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. «&amp;amp;nbsp;A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume&amp;amp;nbsp;». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas&amp;amp;nbsp;». Il, 152. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines&amp;amp;nbsp;? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens&amp;amp;nbsp;? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci&amp;amp;nbsp;: il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent&amp;amp;nbsp;». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi&amp;amp;nbsp;; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde (2). Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde&amp;amp;nbsp;: nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION III : LES DIFFICULTÉS - DÉFENSE DE LA ROYAUTÉ SOCIALE CONTRE LES OBJECTIONS ET LES PRÉJUGÉS DES POLITIQUES ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial (4) et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes : les objections historiques qui regardent le passé ; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États ; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : OBJECTIONS HISTORIQUES ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur (5) : «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu : Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable : Crois ou va t'en ; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine ; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas ? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus ? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports ? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) «&amp;amp;nbsp;Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission&amp;amp;nbsp;». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu ; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église (2), Mgr Pie répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là : il n'y en avait point auparavant !&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité ! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir : de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales ?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie : «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église (5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : «&amp;amp;nbsp;Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ?&amp;amp;nbsp;» V, 429. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... «&amp;amp;nbsp;Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution&amp;amp;nbsp;». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : «&amp;amp;nbsp;Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai t levé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi ? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même : Abeat quo libuerit !&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai : l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi : Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina (2). Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles : pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire ; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé : Où donc est le Dieu des rois ? Ubi est Deus eorum ? Et a pu se demander aussi : Où est leur épée ? Épée de l'ancienne monarchie en 1793 ; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815 ; épée de la branche aînée en 1830 ; épée de la branche cadette en 1848 ; épée même de la république en 1851 ; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront : L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée : «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) X, 259. Homélie sur le Psaume II. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : PRÉJUGÉS CONTRE LE DROIT CHRÉTIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droit chrétien et théocratie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie ! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie ? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter (1)&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «&amp;amp;nbsp; Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires&amp;amp;nbsp;». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : «&amp;amp;nbsp;Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie&amp;amp;nbsp;». VII, 290. 4 IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission ; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots : Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel ; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants ? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre ; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité : principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre ; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux ; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église ; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas ! l'Église affermira leur autorité (3). Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation : non quasi gentem meam, haens aliquid accusare (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres ? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans : &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs !&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes ? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ ? le programme national de la France est là ; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique ? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme : les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé su&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
périeur n'aspirent à dominer l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) D'après SAINT Augustin : «&amp;amp;nbsp;De moribus Ecclesiæ&amp;amp;nbsp;» Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation : l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique ; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes : admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands ?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver ? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions ?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien : œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église (3), à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation ; on marchait vers cet axiome : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères (4). La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes ; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne «&amp;amp;nbsp;cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie&amp;amp;nbsp;». V, 329 Instruction pastorale sur la paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : «&amp;amp;nbsp;Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «&amp;amp;nbsp; Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre&amp;amp;nbsp;». I, 208-209. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales Il, 687.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement : Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne ? (2)&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment : non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne : voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit : elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela ? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme ; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. «&amp;amp;nbsp;Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. «&amp;amp;nbsp;Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions&amp;amp;nbsp;». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : «&amp;amp;nbsp;Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs&amp;amp;nbsp;». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : «&amp;amp;nbsp;Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité&amp;amp;nbsp;». I, 313-314. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné (1) à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité (2). Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria : «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église (4). Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens ; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique ; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant ! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : «&amp;amp;nbsp;Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire «&amp;amp;nbsp;Les anciens géants n'ont pas prié, et ces &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits.&amp;amp;nbsp;» I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 «&amp;amp;nbsp;Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des «&amp;amp;nbsp;décrets relatifs à la spéculation fnancière et au luxe&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre : voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis ? (1) Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence ! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : OBJECTIONS CONTRE L'APPLICATION DU DROIT CHRÉTIEN A NOTRE ÉPOQUE====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général : nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions (3) volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit : «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis (5). On a essayé de tout ! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité ?... (6) Et encore : «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles... (7)&amp;amp;nbsp;» Et enfin : «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison ! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien ? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute ; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : «&amp;amp;nbsp;J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui «&amp;amp;nbsp;vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. «&amp;amp;nbsp;Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie&amp;amp;nbsp;». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. «&amp;amp;nbsp;Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) C'était l'objection de Napoléon Ill. cf. plus haut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Fatigué aussi de «&amp;amp;nbsp;paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus&amp;amp;nbsp;» VII, 111. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose ; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent ; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible : Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas : «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc : si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée ; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir ; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains : et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien ? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi (5)&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées ; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien (6). Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église (7). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique ; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée ; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable : Une foi, une loi ; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il : «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle ? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 306 Homélie (8 décembre 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) V,193 Beaucoup de chrétiens «&amp;amp;nbsp;en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités&amp;amp;nbsp;» V, 204. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Il, 446 «&amp;amp;nbsp;Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique «&amp;amp;nbsp;Libertas præstantissimum&amp;amp;nbsp;», 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : «&amp;amp;nbsp;Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables.&amp;amp;nbsp;» Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah ! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité ; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut : «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France ; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire : elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION IV : LES MODÈLES DES CHEFS CHRÉTIENS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE UNIQUE : LES MODÈLES DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé : Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent : Garcia Moreno. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles ! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VI, 397. Homélie (13 avril 1869). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : «&amp;amp;nbsp;Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne&amp;amp;nbsp;». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire&amp;amp;nbsp;». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : «&amp;amp;nbsp;Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois&amp;amp;nbsp;». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils : «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois : «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit : «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ : &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front ; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. «&amp;amp;nbsp;L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution&amp;amp;nbsp;». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe&amp;amp;nbsp;» Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH : dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin : GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1669</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1669"/>
				<updated>2011-04-05T08:44:40Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* SECTION II : LE PROGRAMME DE RESTAURATION CHRÉTIENNE */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
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 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. - Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.fckLRfckLRVoyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte &amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - Devoir spécial de l'élite intellectuelle : faire régner J.C. dans l'enseignement =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Le programme de restauration chrétienne  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Le programme Chrétien  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sa première condition&amp;amp;nbsp;: L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Église et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes (1)&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation (2). Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi&amp;amp;nbsp;: La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments&amp;amp;nbsp;: l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER&amp;amp;nbsp;: Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX&amp;amp;nbsp;: Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. «&amp;amp;nbsp;Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu&amp;amp;nbsp;» I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Immortale Dei&amp;amp;nbsp;» sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre&amp;amp;nbsp;: elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse (3), la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné&amp;amp;nbsp;; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition&amp;amp;nbsp;; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation&amp;amp;nbsp;; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une&amp;amp;nbsp;: Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes (4) qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme&amp;amp;nbsp;: Prenez garde à l'antéchrist&amp;amp;nbsp;: Unum moneo, cavete antichristum (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public (6). Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen (7) et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel&amp;amp;nbsp;». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne&amp;amp;nbsp;; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature&amp;amp;nbsp;; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire&amp;amp;nbsp;; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique&amp;amp;nbsp;; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel&amp;amp;nbsp;; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion&amp;amp;nbsp;; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes&amp;amp;nbsp;; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire&amp;amp;nbsp;: pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses&amp;amp;nbsp;: ut impleret omnia&amp;amp;nbsp;» V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) 16 juin 1862. IV, 228-256. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Séparation de l’Église et de l’Etat en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’Etat libre en est un autre. V, 358. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean&amp;amp;nbsp;: Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent. (7) Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi&amp;amp;nbsp;? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer&amp;amp;nbsp;; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie&amp;amp;nbsp;; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés&amp;amp;nbsp;; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil&amp;amp;nbsp;; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde&amp;amp;nbsp;; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays&amp;amp;nbsp;: la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard (2)&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes (3)&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche&amp;amp;nbsp;; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== CHAPITRE II&amp;amp;nbsp;: LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses lignes générales&amp;amp;nbsp;: il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État&amp;amp;nbsp;: c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège&amp;amp;nbsp;; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations&amp;amp;nbsp;: 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre&amp;amp;nbsp;; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne&amp;amp;nbsp;; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois&amp;amp;nbsp;; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats&amp;amp;nbsp;; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église&amp;amp;nbsp;; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution (6) dont vous combattez cependant les conséquences pratiques&amp;amp;nbsp;; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique «&amp;amp;nbsp;Mirari vos&amp;amp;nbsp;» qui éclata le 15 août 1832. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique «&amp;amp;nbsp;Longinqua&amp;amp;nbsp;» 6 janvier 1895&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status&amp;amp;nbsp;». Bonne Presse&amp;amp;nbsp;: Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit&amp;amp;nbsp;: La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi&amp;amp;nbsp;: c'est vrai&amp;amp;nbsp;; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile&amp;amp;nbsp;: la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre&amp;amp;nbsp;: elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples&amp;amp;nbsp;». III, 516. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen&amp;amp;nbsp;: J'ai dit à la pourriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire&amp;amp;nbsp;: Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois&amp;amp;nbsp;: Dieu&amp;amp;nbsp;; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner&amp;amp;nbsp;; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure&amp;amp;nbsp;; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout&amp;amp;nbsp;; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire&amp;amp;nbsp;; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien&amp;amp;nbsp;: proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== CHAPITRE III&amp;amp;nbsp;: LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite)  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails&amp;amp;nbsp;? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet (2) et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort&amp;amp;nbsp;; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolu &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tion et de la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois (2) Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes (4)&amp;amp;nbsp;; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église (5). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique (6). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 323&amp;amp;nbsp;; V, 586-587&amp;amp;nbsp;; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. «&amp;amp;nbsp;Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables&amp;amp;nbsp;». VII, 52. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église&amp;amp;nbsp;; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance&amp;amp;nbsp;; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer&amp;amp;nbsp;». Dom GUERANGER&amp;amp;nbsp;: Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 «&amp;amp;nbsp;Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas&amp;amp;nbsp;». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement&amp;amp;nbsp;». IX, 170. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Sur cette question capitale de l'enseignement voyez&amp;amp;nbsp;: Histoire du Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;: I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851)&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire&amp;amp;nbsp;» I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire&amp;amp;nbsp;: Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte «&amp;amp;nbsp;à titre de minimum et faute de mieux&amp;amp;nbsp;» mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, «&amp;amp;nbsp;soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, «&amp;amp;nbsp;ils ont cédé à des instigations parties d'en haut&amp;amp;nbsp;». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, «&amp;amp;nbsp;nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé&amp;amp;nbsp;». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE&amp;amp;nbsp;: Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8&amp;amp;nbsp;; VI, 211-212&amp;amp;nbsp;; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. «&amp;amp;nbsp;A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume&amp;amp;nbsp;». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas&amp;amp;nbsp;». Il, 152. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines&amp;amp;nbsp;? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens&amp;amp;nbsp;? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci&amp;amp;nbsp;: il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent&amp;amp;nbsp;». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi&amp;amp;nbsp;; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde (2). Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde&amp;amp;nbsp;: nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION III : LES DIFFICULTÉS - DÉFENSE DE LA ROYAUTÉ SOCIALE CONTRE LES OBJECTIONS ET LES PRÉJUGÉS DES POLITIQUES ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial (4) et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes : les objections historiques qui regardent le passé ; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États ; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : OBJECTIONS HISTORIQUES ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur (5) : «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu : Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable : Crois ou va t'en ; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine ; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas ? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus ? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports ? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) «&amp;amp;nbsp;Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission&amp;amp;nbsp;». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu ; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église (2), Mgr Pie répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là : il n'y en avait point auparavant !&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité ! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir : de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales ?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie : «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église (5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : «&amp;amp;nbsp;Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ?&amp;amp;nbsp;» V, 429. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... «&amp;amp;nbsp;Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution&amp;amp;nbsp;». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : «&amp;amp;nbsp;Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai t levé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi ? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même : Abeat quo libuerit !&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai : l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi : Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina (2). Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles : pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire ; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé : Où donc est le Dieu des rois ? Ubi est Deus eorum ? Et a pu se demander aussi : Où est leur épée ? Épée de l'ancienne monarchie en 1793 ; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815 ; épée de la branche aînée en 1830 ; épée de la branche cadette en 1848 ; épée même de la république en 1851 ; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront : L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée : «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) X, 259. Homélie sur le Psaume II. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : PRÉJUGÉS CONTRE LE DROIT CHRÉTIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droit chrétien et théocratie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie ! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie ? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter (1)&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «&amp;amp;nbsp; Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires&amp;amp;nbsp;». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : «&amp;amp;nbsp;Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie&amp;amp;nbsp;». VII, 290. 4 IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission ; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots : Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel ; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants ? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre ; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité : principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre ; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux ; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église ; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas ! l'Église affermira leur autorité (3). Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation : non quasi gentem meam, haens aliquid accusare (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres ? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans : &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs !&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes ? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ ? le programme national de la France est là ; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique ? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme : les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé su&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
périeur n'aspirent à dominer l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) D'après SAINT Augustin : «&amp;amp;nbsp;De moribus Ecclesiæ&amp;amp;nbsp;» Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation : l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique ; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes : admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands ?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver ? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions ?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien : œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église (3), à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation ; on marchait vers cet axiome : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères (4). La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes ; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne «&amp;amp;nbsp;cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie&amp;amp;nbsp;». V, 329 Instruction pastorale sur la paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : «&amp;amp;nbsp;Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «&amp;amp;nbsp; Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre&amp;amp;nbsp;». I, 208-209. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales Il, 687.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement : Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne ? (2)&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment : non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne : voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit : elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela ? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme ; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. «&amp;amp;nbsp;Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. «&amp;amp;nbsp;Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions&amp;amp;nbsp;». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : «&amp;amp;nbsp;Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs&amp;amp;nbsp;». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : «&amp;amp;nbsp;Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité&amp;amp;nbsp;». I, 313-314. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné (1) à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité (2). Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria : «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église (4). Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens ; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique ; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant ! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : «&amp;amp;nbsp;Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire «&amp;amp;nbsp;Les anciens géants n'ont pas prié, et ces &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits.&amp;amp;nbsp;» I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 «&amp;amp;nbsp;Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des «&amp;amp;nbsp;décrets relatifs à la spéculation fnancière et au luxe&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre : voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis ? (1) Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence ! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : OBJECTIONS CONTRE L'APPLICATION DU DROIT CHRÉTIEN A NOTRE ÉPOQUE====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général : nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions (3) volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit : «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis (5). On a essayé de tout ! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité ?... (6) Et encore : «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles... (7)&amp;amp;nbsp;» Et enfin : «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison ! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien ? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute ; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : «&amp;amp;nbsp;J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui «&amp;amp;nbsp;vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. «&amp;amp;nbsp;Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie&amp;amp;nbsp;». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. «&amp;amp;nbsp;Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) C'était l'objection de Napoléon Ill. cf. plus haut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Fatigué aussi de «&amp;amp;nbsp;paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus&amp;amp;nbsp;» VII, 111. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose ; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent ; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible : Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas : «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc : si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée ; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir ; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains : et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien ? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi (5)&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées ; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien (6). Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église (7). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique ; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée ; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable : Une foi, une loi ; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il : «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle ? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 306 Homélie (8 décembre 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) V,193 Beaucoup de chrétiens «&amp;amp;nbsp;en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités&amp;amp;nbsp;» V, 204. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Il, 446 «&amp;amp;nbsp;Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique «&amp;amp;nbsp;Libertas præstantissimum&amp;amp;nbsp;», 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : «&amp;amp;nbsp;Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables.&amp;amp;nbsp;» Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah ! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité ; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut : «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France ; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire : elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION IV : LES MODÈLES DES CHEFS CHRÉTIENS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE UNIQUE : LES MODÈLES DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé : Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent : Garcia Moreno. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles ! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VI, 397. Homélie (13 avril 1869). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : «&amp;amp;nbsp;Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne&amp;amp;nbsp;». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire&amp;amp;nbsp;». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : «&amp;amp;nbsp;Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois&amp;amp;nbsp;». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils : «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois : «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit : «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ : &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front ; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. «&amp;amp;nbsp;L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution&amp;amp;nbsp;». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe&amp;amp;nbsp;» Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH : dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin : GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1668</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
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				<updated>2011-04-05T08:36:23Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
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 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. - Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.fckLRfckLRVoyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte &amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - Devoir spécial de l'élite intellectuelle : faire régner J.C. dans l'enseignement =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION II : LE PROGRAMME DE RESTAURATION CHRÉTIENNE ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE PROGRAMME CHRETIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa première condition : L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Eglise et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes (1)&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation (2). Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi : La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État ! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments : l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : «&amp;amp;nbsp;Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. «&amp;amp;nbsp;Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu&amp;amp;nbsp;» I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Immortale Dei&amp;amp;nbsp;» sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes : «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre : elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ ; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse (3), la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné ; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition ; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation ; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une : Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit : &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes (4) qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme : Prenez garde à l'antéchrist : Unum moneo, cavete antichristum (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public (6). Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen (7) et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : «&amp;amp;nbsp;Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel&amp;amp;nbsp;». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : «&amp;amp;nbsp;LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia&amp;amp;nbsp;» V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) 16 juin 1862. IV, 228-256. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Séparation de l’Église et de l’Etat en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’Etat libre en est un autre. V, 358. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent. (7) Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : «&amp;amp;nbsp;Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays : la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard (2)&amp;amp;nbsp;» ; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes (3)&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche ; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite) ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses lignes générales : il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État : c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège ; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations : 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre ; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne ; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois ; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats ; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église ; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution (6) dont vous combattez cependant les conséquences pratiques ; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique «&amp;amp;nbsp;Mirari vos&amp;amp;nbsp;» qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique «&amp;amp;nbsp;Longinqua&amp;amp;nbsp;» 6 janvier 1895 : «&amp;amp;nbsp;Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status&amp;amp;nbsp;». Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples&amp;amp;nbsp;». III, 516. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit : «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen : J'ai dit à la pourriture : &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre : &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire : Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois : Dieu ; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner ; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure ; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout ; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait : «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire ; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien : proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite) ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails ? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet (2) et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort ; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici : «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolu&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tion et de la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois (2) Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes (4) ; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église (5). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique (6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. «&amp;amp;nbsp;Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables&amp;amp;nbsp;». VII, 52. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : «&amp;amp;nbsp;Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer&amp;amp;nbsp;». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 «&amp;amp;nbsp;Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas&amp;amp;nbsp;». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : «&amp;amp;nbsp;Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement&amp;amp;nbsp;». IX, 170. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : «&amp;amp;nbsp;Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire&amp;amp;nbsp;» I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte «&amp;amp;nbsp;à titre de minimum et faute de mieux&amp;amp;nbsp;» mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, «&amp;amp;nbsp;soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, «&amp;amp;nbsp;ils ont cédé à des instigations parties d'en haut&amp;amp;nbsp;». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, «&amp;amp;nbsp;nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé&amp;amp;nbsp;». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. «&amp;amp;nbsp;A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume&amp;amp;nbsp;». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas&amp;amp;nbsp;». Il, 152. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent&amp;amp;nbsp;». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi ; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde (2). Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde : nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ : «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel !&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique : &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit : «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci : «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION III : LES DIFFICULTÉS - DÉFENSE DE LA ROYAUTÉ SOCIALE CONTRE LES OBJECTIONS ET LES PRÉJUGÉS DES POLITIQUES ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial (4) et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes : les objections historiques qui regardent le passé ; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États ; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : OBJECTIONS HISTORIQUES ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur (5) : «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu : Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable : Crois ou va t'en ; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine ; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas ? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus ? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports ? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) «&amp;amp;nbsp;Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission&amp;amp;nbsp;». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu ; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église (2), Mgr Pie répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là : il n'y en avait point auparavant !&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité ! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir : de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales ?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie : «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église (5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : «&amp;amp;nbsp;Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ?&amp;amp;nbsp;» V, 429. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... «&amp;amp;nbsp;Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution&amp;amp;nbsp;». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : «&amp;amp;nbsp;Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai t levé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi ? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même : Abeat quo libuerit !&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai : l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi : Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina (2). Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles : pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire ; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé : Où donc est le Dieu des rois ? Ubi est Deus eorum ? Et a pu se demander aussi : Où est leur épée ? Épée de l'ancienne monarchie en 1793 ; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815 ; épée de la branche aînée en 1830 ; épée de la branche cadette en 1848 ; épée même de la république en 1851 ; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront : L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée : «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) X, 259. Homélie sur le Psaume II. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : PRÉJUGÉS CONTRE LE DROIT CHRÉTIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droit chrétien et théocratie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie ! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie ? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter (1)&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «&amp;amp;nbsp; Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires&amp;amp;nbsp;». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : «&amp;amp;nbsp;Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie&amp;amp;nbsp;». VII, 290. 4 IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission ; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots : Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel ; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants ? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre ; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité : principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre ; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux ; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église ; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas ! l'Église affermira leur autorité (3). Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation : non quasi gentem meam, haens aliquid accusare (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres ? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans : &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs !&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes ? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ ? le programme national de la France est là ; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique ? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme : les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé su&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
périeur n'aspirent à dominer l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) D'après SAINT Augustin : «&amp;amp;nbsp;De moribus Ecclesiæ&amp;amp;nbsp;» Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation : l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique ; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes : admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands ?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver ? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions ?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien : œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église (3), à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation ; on marchait vers cet axiome : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères (4). La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes ; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne «&amp;amp;nbsp;cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie&amp;amp;nbsp;». V, 329 Instruction pastorale sur la paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : «&amp;amp;nbsp;Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «&amp;amp;nbsp; Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre&amp;amp;nbsp;». I, 208-209. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales Il, 687.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement : Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne ? (2)&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment : non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne : voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit : elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela ? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme ; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. «&amp;amp;nbsp;Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. «&amp;amp;nbsp;Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions&amp;amp;nbsp;». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : «&amp;amp;nbsp;Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs&amp;amp;nbsp;». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : «&amp;amp;nbsp;Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité&amp;amp;nbsp;». I, 313-314. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné (1) à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité (2). Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria : «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église (4). Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens ; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique ; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant ! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : «&amp;amp;nbsp;Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire «&amp;amp;nbsp;Les anciens géants n'ont pas prié, et ces &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits.&amp;amp;nbsp;» I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 «&amp;amp;nbsp;Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des «&amp;amp;nbsp;décrets relatifs à la spéculation fnancière et au luxe&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre : voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis ? (1) Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence ! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : OBJECTIONS CONTRE L'APPLICATION DU DROIT CHRÉTIEN A NOTRE ÉPOQUE====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général : nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions (3) volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit : «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis (5). On a essayé de tout ! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité ?... (6) Et encore : «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles... (7)&amp;amp;nbsp;» Et enfin : «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison ! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien ? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute ; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : «&amp;amp;nbsp;J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui «&amp;amp;nbsp;vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. «&amp;amp;nbsp;Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie&amp;amp;nbsp;». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. «&amp;amp;nbsp;Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) C'était l'objection de Napoléon Ill. cf. plus haut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Fatigué aussi de «&amp;amp;nbsp;paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus&amp;amp;nbsp;» VII, 111. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose ; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent ; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible : Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas : «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc : si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée ; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir ; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains : et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien ? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi (5)&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées ; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien (6). Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église (7). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique ; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée ; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable : Une foi, une loi ; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il : «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle ? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 306 Homélie (8 décembre 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) V,193 Beaucoup de chrétiens «&amp;amp;nbsp;en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités&amp;amp;nbsp;» V, 204. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Il, 446 «&amp;amp;nbsp;Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique «&amp;amp;nbsp;Libertas præstantissimum&amp;amp;nbsp;», 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : «&amp;amp;nbsp;Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables.&amp;amp;nbsp;» Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah ! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité ; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut : «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France ; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire : elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION IV : LES MODÈLES DES CHEFS CHRÉTIENS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE UNIQUE : LES MODÈLES DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé : Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent : Garcia Moreno. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles ! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VI, 397. Homélie (13 avril 1869). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : «&amp;amp;nbsp;Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne&amp;amp;nbsp;». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire&amp;amp;nbsp;». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : «&amp;amp;nbsp;Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois&amp;amp;nbsp;». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils : «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois : «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit : «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ : &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front ; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. «&amp;amp;nbsp;L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution&amp;amp;nbsp;». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe&amp;amp;nbsp;» Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH : dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin : GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1667</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1667"/>
				<updated>2011-04-05T08:35:30Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - Devoir spécial de l'élite intellectuelle : faire régner J.C. dans l'enseignement =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! &amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION II : LE PROGRAMME DE RESTAURATION CHRÉTIENNE ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE PROGRAMME CHRETIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa première condition : L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Eglise et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes (1)&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation (2). Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi : La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État ! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments : l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : «&amp;amp;nbsp;Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. «&amp;amp;nbsp;Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu&amp;amp;nbsp;» I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Immortale Dei&amp;amp;nbsp;» sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes : «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre : elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ ; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse (3), la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné ; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition ; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation ; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une : Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit : &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes (4) qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme : Prenez garde à l'antéchrist : Unum moneo, cavete antichristum (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public (6). Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen (7) et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : «&amp;amp;nbsp;Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel&amp;amp;nbsp;». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : «&amp;amp;nbsp;LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia&amp;amp;nbsp;» V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) 16 juin 1862. IV, 228-256. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Séparation de l’Église et de l’Etat en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’Etat libre en est un autre. V, 358. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent. (7) Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : «&amp;amp;nbsp;Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays : la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard (2)&amp;amp;nbsp;» ; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes (3)&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche ; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite) ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses lignes générales : il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État : c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège ; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations : 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre ; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne ; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois ; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats ; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église ; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution (6) dont vous combattez cependant les conséquences pratiques ; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique «&amp;amp;nbsp;Mirari vos&amp;amp;nbsp;» qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique «&amp;amp;nbsp;Longinqua&amp;amp;nbsp;» 6 janvier 1895 : «&amp;amp;nbsp;Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status&amp;amp;nbsp;». Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples&amp;amp;nbsp;». III, 516. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit : «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen : J'ai dit à la pourriture : &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre : &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire : Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois : Dieu ; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner ; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure ; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout ; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait : «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire ; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien : proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite) ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails ? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet (2) et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort ; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici : «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolu&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tion et de la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois (2) Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes (4) ; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église (5). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique (6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. «&amp;amp;nbsp;Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables&amp;amp;nbsp;». VII, 52. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : «&amp;amp;nbsp;Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer&amp;amp;nbsp;». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 «&amp;amp;nbsp;Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas&amp;amp;nbsp;». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : «&amp;amp;nbsp;Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement&amp;amp;nbsp;». IX, 170. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : «&amp;amp;nbsp;Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire&amp;amp;nbsp;» I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte «&amp;amp;nbsp;à titre de minimum et faute de mieux&amp;amp;nbsp;» mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, «&amp;amp;nbsp;soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, «&amp;amp;nbsp;ils ont cédé à des instigations parties d'en haut&amp;amp;nbsp;». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, «&amp;amp;nbsp;nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé&amp;amp;nbsp;». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. «&amp;amp;nbsp;A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume&amp;amp;nbsp;». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas&amp;amp;nbsp;». Il, 152. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent&amp;amp;nbsp;». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi ; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde (2). Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde : nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ : «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel !&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique : &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit : «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci : «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION III : LES DIFFICULTÉS - DÉFENSE DE LA ROYAUTÉ SOCIALE CONTRE LES OBJECTIONS ET LES PRÉJUGÉS DES POLITIQUES ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial (4) et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes : les objections historiques qui regardent le passé ; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États ; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : OBJECTIONS HISTORIQUES ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur (5) : «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu : Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable : Crois ou va t'en ; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine ; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas ? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus ? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports ? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) «&amp;amp;nbsp;Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission&amp;amp;nbsp;». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu ; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église (2), Mgr Pie répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là : il n'y en avait point auparavant !&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité ! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir : de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales ?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie : «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église (5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : «&amp;amp;nbsp;Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ?&amp;amp;nbsp;» V, 429. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... «&amp;amp;nbsp;Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution&amp;amp;nbsp;». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : «&amp;amp;nbsp;Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai t levé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi ? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même : Abeat quo libuerit !&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai : l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi : Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina (2). Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles : pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire ; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé : Où donc est le Dieu des rois ? Ubi est Deus eorum ? Et a pu se demander aussi : Où est leur épée ? Épée de l'ancienne monarchie en 1793 ; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815 ; épée de la branche aînée en 1830 ; épée de la branche cadette en 1848 ; épée même de la république en 1851 ; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront : L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée : «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) X, 259. Homélie sur le Psaume II. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : PRÉJUGÉS CONTRE LE DROIT CHRÉTIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droit chrétien et théocratie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie ! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie ? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter (1)&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «&amp;amp;nbsp; Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires&amp;amp;nbsp;». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : «&amp;amp;nbsp;Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie&amp;amp;nbsp;». VII, 290. 4 IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission ; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots : Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel ; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants ? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre ; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité : principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre ; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux ; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église ; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas ! l'Église affermira leur autorité (3). Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation : non quasi gentem meam, haens aliquid accusare (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres ? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans : &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs !&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes ? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ ? le programme national de la France est là ; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique ? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme : les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé su&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
périeur n'aspirent à dominer l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) D'après SAINT Augustin : «&amp;amp;nbsp;De moribus Ecclesiæ&amp;amp;nbsp;» Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation : l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique ; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes : admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands ?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver ? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions ?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien : œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église (3), à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation ; on marchait vers cet axiome : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères (4). La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes ; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne «&amp;amp;nbsp;cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie&amp;amp;nbsp;». V, 329 Instruction pastorale sur la paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : «&amp;amp;nbsp;Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «&amp;amp;nbsp; Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre&amp;amp;nbsp;». I, 208-209. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales Il, 687.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement : Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne ? (2)&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment : non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne : voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit : elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela ? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme ; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. «&amp;amp;nbsp;Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. «&amp;amp;nbsp;Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions&amp;amp;nbsp;». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : «&amp;amp;nbsp;Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs&amp;amp;nbsp;». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : «&amp;amp;nbsp;Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité&amp;amp;nbsp;». I, 313-314. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné (1) à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité (2). Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria : «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église (4). Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens ; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique ; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant ! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : «&amp;amp;nbsp;Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire «&amp;amp;nbsp;Les anciens géants n'ont pas prié, et ces &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits.&amp;amp;nbsp;» I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 «&amp;amp;nbsp;Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des «&amp;amp;nbsp;décrets relatifs à la spéculation fnancière et au luxe&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre : voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis ? (1) Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence ! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : OBJECTIONS CONTRE L'APPLICATION DU DROIT CHRÉTIEN A NOTRE ÉPOQUE====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général : nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions (3) volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit : «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis (5). On a essayé de tout ! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité ?... (6) Et encore : «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles... (7)&amp;amp;nbsp;» Et enfin : «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison ! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien ? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute ; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : «&amp;amp;nbsp;J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui «&amp;amp;nbsp;vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. «&amp;amp;nbsp;Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie&amp;amp;nbsp;». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. «&amp;amp;nbsp;Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) C'était l'objection de Napoléon Ill. cf. plus haut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Fatigué aussi de «&amp;amp;nbsp;paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus&amp;amp;nbsp;» VII, 111. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose ; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent ; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible : Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas : «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc : si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée ; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir ; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains : et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien ? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi (5)&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées ; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien (6). Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église (7). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique ; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée ; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable : Une foi, une loi ; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il : «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle ? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 306 Homélie (8 décembre 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) V,193 Beaucoup de chrétiens «&amp;amp;nbsp;en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités&amp;amp;nbsp;» V, 204. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Il, 446 «&amp;amp;nbsp;Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique «&amp;amp;nbsp;Libertas præstantissimum&amp;amp;nbsp;», 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : «&amp;amp;nbsp;Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables.&amp;amp;nbsp;» Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah ! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité ; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut : «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France ; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire : elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION IV : LES MODÈLES DES CHEFS CHRÉTIENS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE UNIQUE : LES MODÈLES DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé : Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent : Garcia Moreno. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles ! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VI, 397. Homélie (13 avril 1869). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : «&amp;amp;nbsp;Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne&amp;amp;nbsp;». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire&amp;amp;nbsp;». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : «&amp;amp;nbsp;Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois&amp;amp;nbsp;». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils : «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois : «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit : «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ : &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front ; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. «&amp;amp;nbsp;L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution&amp;amp;nbsp;». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe&amp;amp;nbsp;» Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH : dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin : GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1666</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1666"/>
				<updated>2011-04-05T08:33:57Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Devoir de l'élite intellectuelle et des chefs &amp;lt;br&amp;gt; ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''&amp;amp;nbsp; Rôle véritablement capital des chefs pour la restauration sociale chrétienne.''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois&amp;lt;ref&amp;gt;III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - Devoirs commun à l'élite intellectuelle et aux chefs =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais bien plutôt elle les implique rigoureusement&amp;lt;ref&amp;gt;De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales : I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique « Æterni Patris » recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition » V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique&amp;lt;ref&amp;gt;La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;, car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853 : « la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être connue ? La science est-elle possible ? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose ? Et la parole a-t-elle un sens ? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes ? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir ». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. « J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses : il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur » Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes&amp;lt;ref&amp;gt;Proudhon, P. Leroux et Mazzini.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 88 et : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ». X, 452.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez aussi IX, 282 : « Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme » et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort ? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 518.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car « L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion ». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. « Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie ».&amp;lt;/ref&amp;gt; la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I, 193-194.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - DEVOIR SPÉCIAL DE L'ÉLITE INTELLECTUELLE&amp;amp;nbsp;: FAIRE RÉGNER J.-C. DANS L'ENSEIGNEMENT  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets&amp;lt;ref&amp;gt;III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas : II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie : II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux : Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie : Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours ; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre : alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement ». Seconde Instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies&amp;lt;ref&amp;gt;La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette grande question : la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voir plus loin : passage sur la tolérance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 180 et 218.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur&amp;lt;ref&amp;gt;III, 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;.&amp;lt;/ref&amp;gt;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION II : LE PROGRAMME DE RESTAURATION CHRÉTIENNE ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE PROGRAMME CHRETIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa première condition : L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Eglise et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes (1)&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation (2). Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi : La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État ! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments : l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : «&amp;amp;nbsp;Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. «&amp;amp;nbsp;Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu&amp;amp;nbsp;» I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Immortale Dei&amp;amp;nbsp;» sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes : «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre : elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ ; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse (3), la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné ; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition ; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation ; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une : Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit : &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes (4) qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme : Prenez garde à l'antéchrist : Unum moneo, cavete antichristum (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public (6). Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen (7) et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : «&amp;amp;nbsp;Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel&amp;amp;nbsp;». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : «&amp;amp;nbsp;LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia&amp;amp;nbsp;» V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) 16 juin 1862. IV, 228-256. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Séparation de l’Église et de l’Etat en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’Etat libre en est un autre. V, 358. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent. (7) Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : «&amp;amp;nbsp;Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays : la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard (2)&amp;amp;nbsp;» ; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes (3)&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche ; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite) ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses lignes générales : il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État : c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège ; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations : 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre ; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne ; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois ; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats ; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église ; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution (6) dont vous combattez cependant les conséquences pratiques ; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique «&amp;amp;nbsp;Mirari vos&amp;amp;nbsp;» qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique «&amp;amp;nbsp;Longinqua&amp;amp;nbsp;» 6 janvier 1895 : «&amp;amp;nbsp;Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status&amp;amp;nbsp;». Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples&amp;amp;nbsp;». III, 516. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit : «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen : J'ai dit à la pourriture : &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre : &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire : Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois : Dieu ; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner ; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure ; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout ; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait : «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire ; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien : proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite) ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails ? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet (2) et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort ; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici : «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolu&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tion et de la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois (2) Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes (4) ; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église (5). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique (6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. «&amp;amp;nbsp;Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables&amp;amp;nbsp;». VII, 52. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : «&amp;amp;nbsp;Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer&amp;amp;nbsp;». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 «&amp;amp;nbsp;Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas&amp;amp;nbsp;». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : «&amp;amp;nbsp;Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement&amp;amp;nbsp;». IX, 170. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : «&amp;amp;nbsp;Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire&amp;amp;nbsp;» I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte «&amp;amp;nbsp;à titre de minimum et faute de mieux&amp;amp;nbsp;» mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, «&amp;amp;nbsp;soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, «&amp;amp;nbsp;ils ont cédé à des instigations parties d'en haut&amp;amp;nbsp;». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, «&amp;amp;nbsp;nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé&amp;amp;nbsp;». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. «&amp;amp;nbsp;A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume&amp;amp;nbsp;». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas&amp;amp;nbsp;». Il, 152. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent&amp;amp;nbsp;». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi ; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde (2). Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde : nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ : «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel !&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique : &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit : «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci : «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION III : LES DIFFICULTÉS - DÉFENSE DE LA ROYAUTÉ SOCIALE CONTRE LES OBJECTIONS ET LES PRÉJUGÉS DES POLITIQUES ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial (4) et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes : les objections historiques qui regardent le passé ; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États ; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : OBJECTIONS HISTORIQUES ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur (5) : «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu : Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable : Crois ou va t'en ; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine ; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas ? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus ? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports ? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) «&amp;amp;nbsp;Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission&amp;amp;nbsp;». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu ; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église (2), Mgr Pie répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là : il n'y en avait point auparavant !&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité ! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir : de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales ?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie : «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église (5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : «&amp;amp;nbsp;Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ?&amp;amp;nbsp;» V, 429. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... «&amp;amp;nbsp;Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution&amp;amp;nbsp;». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : «&amp;amp;nbsp;Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai t levé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi ? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même : Abeat quo libuerit !&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai : l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi : Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina (2). Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles : pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire ; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé : Où donc est le Dieu des rois ? Ubi est Deus eorum ? Et a pu se demander aussi : Où est leur épée ? Épée de l'ancienne monarchie en 1793 ; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815 ; épée de la branche aînée en 1830 ; épée de la branche cadette en 1848 ; épée même de la république en 1851 ; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront : L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée : «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) X, 259. Homélie sur le Psaume II. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : PRÉJUGÉS CONTRE LE DROIT CHRÉTIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droit chrétien et théocratie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie ! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie ? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter (1)&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «&amp;amp;nbsp; Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires&amp;amp;nbsp;». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : «&amp;amp;nbsp;Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie&amp;amp;nbsp;». VII, 290. 4 IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission ; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots : Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel ; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants ? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre ; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité : principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre ; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux ; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église ; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas ! l'Église affermira leur autorité (3). Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation : non quasi gentem meam, haens aliquid accusare (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres ? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans : &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs !&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes ? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ ? le programme national de la France est là ; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique ? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme : les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé su&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
périeur n'aspirent à dominer l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) D'après SAINT Augustin : «&amp;amp;nbsp;De moribus Ecclesiæ&amp;amp;nbsp;» Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation : l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique ; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes : admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands ?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver ? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions ?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien : œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église (3), à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation ; on marchait vers cet axiome : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères (4). La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes ; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne «&amp;amp;nbsp;cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie&amp;amp;nbsp;». V, 329 Instruction pastorale sur la paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : «&amp;amp;nbsp;Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «&amp;amp;nbsp; Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre&amp;amp;nbsp;». I, 208-209. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales Il, 687.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement : Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne ? (2)&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment : non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne : voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit : elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela ? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme ; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. «&amp;amp;nbsp;Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. «&amp;amp;nbsp;Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions&amp;amp;nbsp;». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : «&amp;amp;nbsp;Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs&amp;amp;nbsp;». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : «&amp;amp;nbsp;Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité&amp;amp;nbsp;». I, 313-314. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné (1) à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité (2). Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria : «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église (4). Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens ; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique ; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant ! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : «&amp;amp;nbsp;Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire «&amp;amp;nbsp;Les anciens géants n'ont pas prié, et ces &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits.&amp;amp;nbsp;» I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 «&amp;amp;nbsp;Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des «&amp;amp;nbsp;décrets relatifs à la spéculation fnancière et au luxe&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre : voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis ? (1) Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence ! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : OBJECTIONS CONTRE L'APPLICATION DU DROIT CHRÉTIEN A NOTRE ÉPOQUE====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général : nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions (3) volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit : «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis (5). On a essayé de tout ! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité ?... (6) Et encore : «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles... (7)&amp;amp;nbsp;» Et enfin : «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison ! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien ? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute ; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : «&amp;amp;nbsp;J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui «&amp;amp;nbsp;vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. «&amp;amp;nbsp;Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie&amp;amp;nbsp;». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. «&amp;amp;nbsp;Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) C'était l'objection de Napoléon Ill. cf. plus haut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Fatigué aussi de «&amp;amp;nbsp;paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus&amp;amp;nbsp;» VII, 111. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose ; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent ; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible : Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas : «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc : si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée ; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir ; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains : et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien ? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi (5)&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées ; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien (6). Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église (7). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique ; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée ; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable : Une foi, une loi ; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il : «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle ? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 306 Homélie (8 décembre 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) V,193 Beaucoup de chrétiens «&amp;amp;nbsp;en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités&amp;amp;nbsp;» V, 204. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Il, 446 «&amp;amp;nbsp;Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique «&amp;amp;nbsp;Libertas præstantissimum&amp;amp;nbsp;», 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : «&amp;amp;nbsp;Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables.&amp;amp;nbsp;» Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah ! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité ; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut : «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France ; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire : elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION IV : LES MODÈLES DES CHEFS CHRÉTIENS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE UNIQUE : LES MODÈLES DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé : Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent : Garcia Moreno. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles ! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VI, 397. Homélie (13 avril 1869). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : «&amp;amp;nbsp;Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne&amp;amp;nbsp;». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire&amp;amp;nbsp;». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : «&amp;amp;nbsp;Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois&amp;amp;nbsp;». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils : «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois : «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit : «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ : &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front ; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. «&amp;amp;nbsp;L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution&amp;amp;nbsp;». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe&amp;amp;nbsp;» Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH : dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin : GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1665</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1665"/>
				<updated>2011-04-05T08:03:26Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.fckLRfckLRCette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.fckLRfckLRParmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).fckLRfckLROn trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).fckLRfckLRConsulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions &amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.fckLRfckLR« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée : doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit : « Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile ». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. « L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence ». Il, 32.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités : VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait : « Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos : laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu ». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage ? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. « Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir ; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable ? » Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses œuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== CHAPITRE III&amp;amp;nbsp;: DEVOIRS DE L'ÉLITE INTELLECTUELLE ET DES CHEFS  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
RÔLE VÉRITABLEMENT CAPITAL DES CHEFS POUR LA RESTAURATION SOCIALE CHRÉTIENNE &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - DEVOIRS COMMUN A L'ÉLITE INTELLECTUELLE ET AUX CHEFS  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne (4), il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée&amp;amp;nbsp;: doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile&amp;amp;nbsp;». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. «&amp;amp;nbsp;L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence&amp;amp;nbsp;». Il, 32. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités&amp;amp;nbsp;: VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles&amp;amp;nbsp;: Dimitte mortuos sepelire mortuos suos&amp;amp;nbsp;: laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu&amp;amp;nbsp;». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. «&amp;amp;nbsp;Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir&amp;amp;nbsp;; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses oeuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien (1), mais bien plutôt elle les implique rigoureusement (2). Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas (4), un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur (5). Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique (6), car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public (7)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité (8). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il (9). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin (10). Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes (11)&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées (12)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3 )Œuvres sacerdotales&amp;amp;nbsp;: I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4)&amp;amp;nbsp; Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique «&amp;amp;nbsp;Æterni Patris&amp;amp;nbsp;» recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) «&amp;amp;nbsp;Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition&amp;amp;nbsp;» V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité&amp;amp;nbsp;? La vérité peut-elle être connue&amp;amp;nbsp;? La science est-elle possible&amp;amp;nbsp;? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose&amp;amp;nbsp;? Et la parole a-t-elle un sens&amp;amp;nbsp;? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes&amp;amp;nbsp;? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir&amp;amp;nbsp;». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. «&amp;amp;nbsp;J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses&amp;amp;nbsp;: il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur&amp;amp;nbsp;» Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(9) IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(10) VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(11)Proudhon, P. Leroux et Mazzini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(12) VIII, 88 et&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités&amp;amp;nbsp;: celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires&amp;amp;nbsp;: l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain&amp;amp;nbsp;». X, 452. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez aussi IX, 282&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;» et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort&amp;amp;nbsp;? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques (2) la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes (3)&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - DEVOIR SPÉCIAL DE L'ÉLITE INTELLECTUELLE&amp;amp;nbsp;: FAIRE RÉGNER J.-C. DANS L'ENSEIGNEMENT  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas (6) qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Œuvres sacerdotales I, 518. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car «&amp;amp;nbsp;L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion&amp;amp;nbsp;». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. «&amp;amp;nbsp;Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Œuvres sacerdotales I, 193-194. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Saint Thomas&amp;amp;nbsp;: II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux&amp;amp;nbsp;: Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie&amp;amp;nbsp;: Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours&amp;amp;nbsp;; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre&amp;amp;nbsp;: alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement&amp;amp;nbsp;». Seconde Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! (1)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies (2). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État (3). Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
grande question&amp;amp;nbsp;: la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Voir plus loin&amp;amp;nbsp;: passage sur la tolérance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) III, 180 et 218. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) III, &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION II : LE PROGRAMME DE RESTAURATION CHRÉTIENNE ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE PROGRAMME CHRETIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa première condition : L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Eglise et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes (1)&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation (2). Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi : La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État ! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments : l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : «&amp;amp;nbsp;Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. «&amp;amp;nbsp;Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu&amp;amp;nbsp;» I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Immortale Dei&amp;amp;nbsp;» sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes : «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre : elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ ; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse (3), la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné ; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition ; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation ; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une : Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit : &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes (4) qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme : Prenez garde à l'antéchrist : Unum moneo, cavete antichristum (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public (6). Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen (7) et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : «&amp;amp;nbsp;Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel&amp;amp;nbsp;». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : «&amp;amp;nbsp;LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia&amp;amp;nbsp;» V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) 16 juin 1862. IV, 228-256. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Séparation de l’Église et de l’Etat en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’Etat libre en est un autre. V, 358. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent. (7) Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : «&amp;amp;nbsp;Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays : la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard (2)&amp;amp;nbsp;» ; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes (3)&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche ; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite) ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses lignes générales : il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État : c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège ; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations : 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre ; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne ; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois ; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats ; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église ; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution (6) dont vous combattez cependant les conséquences pratiques ; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique «&amp;amp;nbsp;Mirari vos&amp;amp;nbsp;» qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique «&amp;amp;nbsp;Longinqua&amp;amp;nbsp;» 6 janvier 1895 : «&amp;amp;nbsp;Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status&amp;amp;nbsp;». Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples&amp;amp;nbsp;». III, 516. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit : «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen : J'ai dit à la pourriture : &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre : &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire : Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois : Dieu ; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner ; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure ; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout ; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait : «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire ; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien : proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite) ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails ? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet (2) et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort ; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici : «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolu&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tion et de la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois (2) Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes (4) ; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église (5). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique (6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. «&amp;amp;nbsp;Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables&amp;amp;nbsp;». VII, 52. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : «&amp;amp;nbsp;Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer&amp;amp;nbsp;». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 «&amp;amp;nbsp;Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas&amp;amp;nbsp;». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : «&amp;amp;nbsp;Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement&amp;amp;nbsp;». IX, 170. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : «&amp;amp;nbsp;Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire&amp;amp;nbsp;» I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte «&amp;amp;nbsp;à titre de minimum et faute de mieux&amp;amp;nbsp;» mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, «&amp;amp;nbsp;soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, «&amp;amp;nbsp;ils ont cédé à des instigations parties d'en haut&amp;amp;nbsp;». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, «&amp;amp;nbsp;nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé&amp;amp;nbsp;». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. «&amp;amp;nbsp;A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume&amp;amp;nbsp;». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas&amp;amp;nbsp;». Il, 152. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent&amp;amp;nbsp;». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi ; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde (2). Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde : nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ : «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel !&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique : &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit : «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci : «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION III : LES DIFFICULTÉS - DÉFENSE DE LA ROYAUTÉ SOCIALE CONTRE LES OBJECTIONS ET LES PRÉJUGÉS DES POLITIQUES ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial (4) et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes : les objections historiques qui regardent le passé ; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États ; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : OBJECTIONS HISTORIQUES ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur (5) : «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu : Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable : Crois ou va t'en ; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine ; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas ? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus ? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports ? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) «&amp;amp;nbsp;Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission&amp;amp;nbsp;». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu ; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église (2), Mgr Pie répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là : il n'y en avait point auparavant !&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité ! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir : de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales ?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie : «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église (5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : «&amp;amp;nbsp;Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ?&amp;amp;nbsp;» V, 429. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... «&amp;amp;nbsp;Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution&amp;amp;nbsp;». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : «&amp;amp;nbsp;Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai t levé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi ? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même : Abeat quo libuerit !&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai : l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi : Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina (2). Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles : pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire ; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé : Où donc est le Dieu des rois ? Ubi est Deus eorum ? Et a pu se demander aussi : Où est leur épée ? Épée de l'ancienne monarchie en 1793 ; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815 ; épée de la branche aînée en 1830 ; épée de la branche cadette en 1848 ; épée même de la république en 1851 ; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront : L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée : «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) X, 259. Homélie sur le Psaume II. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : PRÉJUGÉS CONTRE LE DROIT CHRÉTIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droit chrétien et théocratie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie ! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie ? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter (1)&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «&amp;amp;nbsp; Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires&amp;amp;nbsp;». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : «&amp;amp;nbsp;Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie&amp;amp;nbsp;». VII, 290. 4 IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission ; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots : Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel ; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants ? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre ; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité : principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre ; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux ; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église ; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas ! l'Église affermira leur autorité (3). Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation : non quasi gentem meam, haens aliquid accusare (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres ? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans : &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs !&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes ? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ ? le programme national de la France est là ; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique ? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme : les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé su&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
périeur n'aspirent à dominer l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) D'après SAINT Augustin : «&amp;amp;nbsp;De moribus Ecclesiæ&amp;amp;nbsp;» Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation : l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique ; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes : admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands ?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver ? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions ?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien : œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église (3), à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation ; on marchait vers cet axiome : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères (4). La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes ; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne «&amp;amp;nbsp;cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie&amp;amp;nbsp;». V, 329 Instruction pastorale sur la paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : «&amp;amp;nbsp;Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «&amp;amp;nbsp; Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre&amp;amp;nbsp;». I, 208-209. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales Il, 687.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement : Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne ? (2)&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment : non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne : voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit : elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela ? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme ; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. «&amp;amp;nbsp;Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. «&amp;amp;nbsp;Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions&amp;amp;nbsp;». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : «&amp;amp;nbsp;Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs&amp;amp;nbsp;». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : «&amp;amp;nbsp;Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité&amp;amp;nbsp;». I, 313-314. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné (1) à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité (2). Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria : «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église (4). Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens ; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique ; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant ! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : «&amp;amp;nbsp;Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire «&amp;amp;nbsp;Les anciens géants n'ont pas prié, et ces &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits.&amp;amp;nbsp;» I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 «&amp;amp;nbsp;Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des «&amp;amp;nbsp;décrets relatifs à la spéculation fnancière et au luxe&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre : voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis ? (1) Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence ! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : OBJECTIONS CONTRE L'APPLICATION DU DROIT CHRÉTIEN A NOTRE ÉPOQUE====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général : nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions (3) volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit : «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis (5). On a essayé de tout ! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité ?... (6) Et encore : «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles... (7)&amp;amp;nbsp;» Et enfin : «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison ! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien ? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute ; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : «&amp;amp;nbsp;J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui «&amp;amp;nbsp;vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. «&amp;amp;nbsp;Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie&amp;amp;nbsp;». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. «&amp;amp;nbsp;Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) C'était l'objection de Napoléon Ill. cf. plus haut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Fatigué aussi de «&amp;amp;nbsp;paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus&amp;amp;nbsp;» VII, 111. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose ; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent ; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible : Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas : «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc : si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée ; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir ; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains : et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien ? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi (5)&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées ; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien (6). Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église (7). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique ; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée ; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable : Une foi, une loi ; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il : «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle ? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 306 Homélie (8 décembre 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) V,193 Beaucoup de chrétiens «&amp;amp;nbsp;en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités&amp;amp;nbsp;» V, 204. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Il, 446 «&amp;amp;nbsp;Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique «&amp;amp;nbsp;Libertas præstantissimum&amp;amp;nbsp;», 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : «&amp;amp;nbsp;Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables.&amp;amp;nbsp;» Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah ! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité ; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut : «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France ; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire : elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION IV : LES MODÈLES DES CHEFS CHRÉTIENS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE UNIQUE : LES MODÈLES DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé : Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent : Garcia Moreno. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles ! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VI, 397. Homélie (13 avril 1869). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : «&amp;amp;nbsp;Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne&amp;amp;nbsp;». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire&amp;amp;nbsp;». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : «&amp;amp;nbsp;Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois&amp;amp;nbsp;». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils : «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois : «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit : «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ : &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front ; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. «&amp;amp;nbsp;L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution&amp;amp;nbsp;». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe&amp;amp;nbsp;» Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH : dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin : GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1664</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
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				<updated>2011-04-05T08:01:39Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* CHAPITRE II&amp;amp;nbsp;: DEVOIR DES PRÊTRES */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Devoir des prêtres  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement&amp;lt;ref&amp;gt;II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question&amp;lt;ref&amp;gt;Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages : Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout : Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement : L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement : L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout : BALMES : Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne ; Le P. LIBERATORE : L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol. ; Mgr FREPPEL : La Révolution française ; Mgr GAUME : La Révolution ; DOM BENOIT : La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes) ; P. UBALD DE CHANDAY : Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV : l'Église, 3è partie : L'Église et la société moderne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Consulter Mgr de SEGUR : La Révolution ; Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne ; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf. : articles : Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique...&amp;lt;ref&amp;gt;V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572 : trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris : 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions : c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension ? Ah ! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles ». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «  les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée&amp;lt;ref&amp;gt;Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853).&amp;lt;/ref&amp;gt;, «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale (1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== CHAPITRE III&amp;amp;nbsp;: DEVOIRS DE L'ÉLITE INTELLECTUELLE ET DES CHEFS  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
RÔLE VÉRITABLEMENT CAPITAL DES CHEFS POUR LA RESTAURATION SOCIALE CHRÉTIENNE &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - DEVOIRS COMMUN A L'ÉLITE INTELLECTUELLE ET AUX CHEFS  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne (4), il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée&amp;amp;nbsp;: doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile&amp;amp;nbsp;». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. «&amp;amp;nbsp;L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence&amp;amp;nbsp;». Il, 32. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités&amp;amp;nbsp;: VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles&amp;amp;nbsp;: Dimitte mortuos sepelire mortuos suos&amp;amp;nbsp;: laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu&amp;amp;nbsp;». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. «&amp;amp;nbsp;Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir&amp;amp;nbsp;; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses oeuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien (1), mais bien plutôt elle les implique rigoureusement (2). Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas (4), un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur (5). Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique (6), car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public (7)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité (8). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il (9). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin (10). Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes (11)&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées (12)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3 )Œuvres sacerdotales&amp;amp;nbsp;: I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4)&amp;amp;nbsp; Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique «&amp;amp;nbsp;Æterni Patris&amp;amp;nbsp;» recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) «&amp;amp;nbsp;Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition&amp;amp;nbsp;» V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité&amp;amp;nbsp;? La vérité peut-elle être connue&amp;amp;nbsp;? La science est-elle possible&amp;amp;nbsp;? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose&amp;amp;nbsp;? Et la parole a-t-elle un sens&amp;amp;nbsp;? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes&amp;amp;nbsp;? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir&amp;amp;nbsp;». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. «&amp;amp;nbsp;J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses&amp;amp;nbsp;: il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur&amp;amp;nbsp;» Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(9) IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(10) VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(11)Proudhon, P. Leroux et Mazzini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(12) VIII, 88 et&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités&amp;amp;nbsp;: celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires&amp;amp;nbsp;: l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain&amp;amp;nbsp;». X, 452. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez aussi IX, 282&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;» et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort&amp;amp;nbsp;? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques (2) la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes (3)&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - DEVOIR SPÉCIAL DE L'ÉLITE INTELLECTUELLE&amp;amp;nbsp;: FAIRE RÉGNER J.-C. DANS L'ENSEIGNEMENT  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas (6) qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Œuvres sacerdotales I, 518. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car «&amp;amp;nbsp;L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion&amp;amp;nbsp;». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. «&amp;amp;nbsp;Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Œuvres sacerdotales I, 193-194. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Saint Thomas&amp;amp;nbsp;: II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux&amp;amp;nbsp;: Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie&amp;amp;nbsp;: Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours&amp;amp;nbsp;; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre&amp;amp;nbsp;: alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement&amp;amp;nbsp;». Seconde Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! (1)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies (2). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État (3). Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
grande question&amp;amp;nbsp;: la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Voir plus loin&amp;amp;nbsp;: passage sur la tolérance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) III, 180 et 218. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) III, &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION II : LE PROGRAMME DE RESTAURATION CHRÉTIENNE ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE PROGRAMME CHRETIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa première condition : L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Eglise et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes (1)&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation (2). Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi : La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État ! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments : l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : «&amp;amp;nbsp;Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. «&amp;amp;nbsp;Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu&amp;amp;nbsp;» I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Immortale Dei&amp;amp;nbsp;» sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes : «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre : elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ ; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse (3), la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné ; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition ; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation ; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une : Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit : &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes (4) qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme : Prenez garde à l'antéchrist : Unum moneo, cavete antichristum (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public (6). Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen (7) et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : «&amp;amp;nbsp;Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel&amp;amp;nbsp;». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : «&amp;amp;nbsp;LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia&amp;amp;nbsp;» V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) 16 juin 1862. IV, 228-256. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Séparation de l’Église et de l’Etat en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’Etat libre en est un autre. V, 358. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent. (7) Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : «&amp;amp;nbsp;Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays : la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard (2)&amp;amp;nbsp;» ; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes (3)&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche ; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite) ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses lignes générales : il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État : c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège ; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations : 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre ; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne ; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois ; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats ; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église ; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution (6) dont vous combattez cependant les conséquences pratiques ; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique «&amp;amp;nbsp;Mirari vos&amp;amp;nbsp;» qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique «&amp;amp;nbsp;Longinqua&amp;amp;nbsp;» 6 janvier 1895 : «&amp;amp;nbsp;Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status&amp;amp;nbsp;». Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples&amp;amp;nbsp;». III, 516. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit : «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen : J'ai dit à la pourriture : &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre : &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire : Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois : Dieu ; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner ; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure ; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout ; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait : «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire ; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien : proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite) ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails ? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet (2) et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort ; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici : «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolu&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tion et de la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois (2) Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes (4) ; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église (5). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique (6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. «&amp;amp;nbsp;Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables&amp;amp;nbsp;». VII, 52. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : «&amp;amp;nbsp;Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer&amp;amp;nbsp;». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 «&amp;amp;nbsp;Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas&amp;amp;nbsp;». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : «&amp;amp;nbsp;Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement&amp;amp;nbsp;». IX, 170. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : «&amp;amp;nbsp;Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire&amp;amp;nbsp;» I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte «&amp;amp;nbsp;à titre de minimum et faute de mieux&amp;amp;nbsp;» mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, «&amp;amp;nbsp;soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, «&amp;amp;nbsp;ils ont cédé à des instigations parties d'en haut&amp;amp;nbsp;». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, «&amp;amp;nbsp;nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé&amp;amp;nbsp;». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. «&amp;amp;nbsp;A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume&amp;amp;nbsp;». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas&amp;amp;nbsp;». Il, 152. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent&amp;amp;nbsp;». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi ; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde (2). Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde : nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ : «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel !&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique : &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit : «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci : «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION III : LES DIFFICULTÉS - DÉFENSE DE LA ROYAUTÉ SOCIALE CONTRE LES OBJECTIONS ET LES PRÉJUGÉS DES POLITIQUES ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial (4) et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes : les objections historiques qui regardent le passé ; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États ; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : OBJECTIONS HISTORIQUES ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur (5) : «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu : Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable : Crois ou va t'en ; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine ; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas ? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus ? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports ? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) «&amp;amp;nbsp;Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission&amp;amp;nbsp;». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu ; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église (2), Mgr Pie répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là : il n'y en avait point auparavant !&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité ! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir : de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales ?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie : «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église (5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : «&amp;amp;nbsp;Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ?&amp;amp;nbsp;» V, 429. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... «&amp;amp;nbsp;Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution&amp;amp;nbsp;». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : «&amp;amp;nbsp;Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai t levé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi ? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même : Abeat quo libuerit !&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai : l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi : Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina (2). Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles : pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire ; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé : Où donc est le Dieu des rois ? Ubi est Deus eorum ? Et a pu se demander aussi : Où est leur épée ? Épée de l'ancienne monarchie en 1793 ; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815 ; épée de la branche aînée en 1830 ; épée de la branche cadette en 1848 ; épée même de la république en 1851 ; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront : L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée : «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) X, 259. Homélie sur le Psaume II. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : PRÉJUGÉS CONTRE LE DROIT CHRÉTIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droit chrétien et théocratie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie ! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie ? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter (1)&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «&amp;amp;nbsp; Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires&amp;amp;nbsp;». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : «&amp;amp;nbsp;Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie&amp;amp;nbsp;». VII, 290. 4 IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission ; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots : Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel ; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants ? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre ; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité : principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre ; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux ; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église ; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas ! l'Église affermira leur autorité (3). Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation : non quasi gentem meam, haens aliquid accusare (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres ? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans : &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs !&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes ? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ ? le programme national de la France est là ; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique ? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme : les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé su&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
périeur n'aspirent à dominer l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) D'après SAINT Augustin : «&amp;amp;nbsp;De moribus Ecclesiæ&amp;amp;nbsp;» Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation : l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique ; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes : admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands ?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver ? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions ?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien : œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église (3), à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation ; on marchait vers cet axiome : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères (4). La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes ; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne «&amp;amp;nbsp;cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie&amp;amp;nbsp;». V, 329 Instruction pastorale sur la paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : «&amp;amp;nbsp;Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «&amp;amp;nbsp; Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre&amp;amp;nbsp;». I, 208-209. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales Il, 687.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement : Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne ? (2)&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment : non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne : voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit : elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela ? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme ; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. «&amp;amp;nbsp;Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. «&amp;amp;nbsp;Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions&amp;amp;nbsp;». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : «&amp;amp;nbsp;Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs&amp;amp;nbsp;». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : «&amp;amp;nbsp;Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité&amp;amp;nbsp;». I, 313-314. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné (1) à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité (2). Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria : «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église (4). Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens ; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique ; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant ! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : «&amp;amp;nbsp;Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire «&amp;amp;nbsp;Les anciens géants n'ont pas prié, et ces &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits.&amp;amp;nbsp;» I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 «&amp;amp;nbsp;Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des «&amp;amp;nbsp;décrets relatifs à la spéculation fnancière et au luxe&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre : voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis ? (1) Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence ! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : OBJECTIONS CONTRE L'APPLICATION DU DROIT CHRÉTIEN A NOTRE ÉPOQUE====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général : nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions (3) volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit : «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis (5). On a essayé de tout ! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité ?... (6) Et encore : «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles... (7)&amp;amp;nbsp;» Et enfin : «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison ! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien ? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute ; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : «&amp;amp;nbsp;J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui «&amp;amp;nbsp;vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. «&amp;amp;nbsp;Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie&amp;amp;nbsp;». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. «&amp;amp;nbsp;Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) C'était l'objection de Napoléon Ill. cf. plus haut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Fatigué aussi de «&amp;amp;nbsp;paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus&amp;amp;nbsp;» VII, 111. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose ; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent ; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible : Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas : «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc : si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée ; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir ; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains : et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien ? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi (5)&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées ; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien (6). Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église (7). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique ; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée ; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable : Une foi, une loi ; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il : «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle ? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 306 Homélie (8 décembre 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) V,193 Beaucoup de chrétiens «&amp;amp;nbsp;en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités&amp;amp;nbsp;» V, 204. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Il, 446 «&amp;amp;nbsp;Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique «&amp;amp;nbsp;Libertas præstantissimum&amp;amp;nbsp;», 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : «&amp;amp;nbsp;Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables.&amp;amp;nbsp;» Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah ! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité ; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut : «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France ; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire : elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION IV : LES MODÈLES DES CHEFS CHRÉTIENS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE UNIQUE : LES MODÈLES DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé : Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent : Garcia Moreno. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles ! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VI, 397. Homélie (13 avril 1869). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : «&amp;amp;nbsp;Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne&amp;amp;nbsp;». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire&amp;amp;nbsp;». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : «&amp;amp;nbsp;Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois&amp;amp;nbsp;». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils : «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois : «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit : «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ : &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front ; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. «&amp;amp;nbsp;L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution&amp;amp;nbsp;». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe&amp;amp;nbsp;» Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH : dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin : GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1663</id>
		<title>La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=La_royaut%C3%A9_sociale_de_Notre-Seigneur_J%C3%A9sus_Christ&amp;diff=1663"/>
				<updated>2011-04-04T15:32:16Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;Emmanuel : /* Section I : Les restaurateurs et leurs devoirs */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Doctrine sociale de l'Église&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Théotime de Saint-Just, O.M.C.&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
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 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU CŒUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR...&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi cette étude&amp;amp;nbsp;? - Son importance pour le monde et pour la France. - Son actualité. Pourquoi d'après le Cardinal Pie&amp;amp;nbsp;? - Nature de ce travail et méthode suivie. - Plan général. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Notre Seigneur Jésus-Christ venu sur la terre pour sanctifier les âmes, y est-il aussi descendu pour imposer Sa volonté aux institutions sociales, aux codes, aux assemblées, aux souverains eux-mêmes et devenir ainsi le Roi suprême des nations et des peuples&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la question qui va nous occuper, et pour y répondre avec précision et ampleur, nous ne ferons autre chose que d'exposer l'enseignement du Cardinal Pie sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc ce sujet et pourquoi en demander la doctrine à l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas de question plus capitale que celle de la Royauté sociale du Christ. C'est pour le monde une question de vie ou de mort. Les peuples sortent à peine de la plus effroyable guerre qu'ils aient connue et ils en sont encore tout ébranlés. Avec angoisse, ils recherchent une paix durable dans le respect des droits de tous et dans les liens de fraternité qui grouperont les nations en une seule famille. Cette paix si passionnément poursuivie, ni les armements, ni les ressources multiples de la diplomatie, ni les conférences internationales, ni les décisions du tribunal suprême de la Société des nations ne pourront la donner au monde. Seule, la reconnaissance officielle par tous les peuples de la Royauté pacifique du Christ peut l'assurer à la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Benoît XV l'a déclaré hautement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;c'est l'athéisme légal érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;« L'ateismo eretto a sistema di pretesa civilta ha piombato il mondo in un mare di sangue », BENOÎT XV, Allocution au Sacré-Collège. Noël 1917. Le Cardinal MERCIER, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: « Le principal crime que le monde expie en ce moment, c'est l'apostasie officielle des États. Aujourd'hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent à bien peu d'exceptions près, officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n'hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse, qui met sur le même pied la religion d'origine divine et la religion d'invention humaine, pour les envelopper toutes dans le même scepticisme, est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Ce n'est que l'abolition de cet athéisme légal, c'est-à-dire la proclamation officielle des droits de Jésus-Christ sur la société, qui peut écarter les flots d'un nouveau déluge encore plus sanglant et plus universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa Sainteté Pie XI, dans son admirable Encyclique Ut arcano Dei consilio, insiste sur ce grave avertissement de son prédécesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qui donc ignore, écrit-il, cette parole de l'Écriture&amp;amp;nbsp;: Ceux qui abandonnent le Seigneur seront consumés et l'on ne connaît pas moins les paroles si importantes de Jésus, le Rédempteur et le Maître des hommes&amp;amp;nbsp;: Sans Moi vous ne pouvez rien faire, et&amp;amp;nbsp;: Celui qui ne ramasse pas avec Moi, dissipe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ces jugements de Dieu se sont exécutés en tout temps, mais c'est maintenant surtout qu'ils s'exécutent aux yeux de tous. C'est parce que les hommes se sont misérablement éloignés de Dieu et de Jésus-Christ qu'ils ont été plongés de leur bonheur antérieur dans un déluge de maux&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlant ensuite du remède si désiré de la paix&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Lorsque les cités et les républiques auront tenu à suivre les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ dans leurs affaires intérieures et étrangères, alors enfin elles auront dans leur sein la vraie paix... La paix digne de ce nom, c'est-à-dire la désirable paix du Christ, n'existera jamais si les doctrines, les préceptes et les exemples du Christ ne sont gardés par tous, dans la vie publique et dans la vie privée, et si l'Église dans une société ainsi ordonnée n'exerce enfin sa divine fonction, protégeant tous les droits de Dieu sur les individus et sur les peuples. C'est en cela que consiste ce que nous appelons d'un mot le Règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Act. Apost. Sedis., T. XIV, 1922. Encyclique Ut arcano Dei consilio p. 673-700. Traduction française de la Documentation Catholique, T. IX, 1923, 67-87.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, résumant toute sa pensée dans un mot d'ordre, qui depuis le nouveau Pontificat a fait le tour du monde, il conclut. «&amp;amp;nbsp;Voulons-nous travailler de la manière la plus efficace au rétablissement de la paix, restaurons le Règne du Christ. Pas de paix du Christ sans le règne du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ex his liquet nullam esse Christi pacem nisi in regno Christi ; nec vero posse nos contendere efficacius ad pacem constabiliendam quam Christi regnum instaurando. Act. Ap. Sed. 690. 1. C.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les nations, il en est une qui a plus souffert de la guerre et qui, plus que toute autre, aspire ardemment et loyalement à la paix du monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la France. Nous avons des témoignages précis qui attestent que la France a reconnu que son impiété sociale avait été pour elle la cause principale du terrible fléau. Voulant réparer le passé, avec l'élan chevaleresque qui la caractérise, elle s'emploie à rendre à Jésus-Christ la place royale qu'il doit occuper dans la société. La question de la Royauté sociale du Christ commence à devenir populaire en France&amp;lt;ref&amp;gt;C'est en France qu'a été fondée par le P. DREVON S.J. la Société du Règne social de Jésus-Christ qu'on peut ainsi définir : Une société de piété, d'étude et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne social de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. En pleine guerre, l'emblème du Sacré-Cœur, placé par des mains pieuses sur des milliers de drapeaux et de fanions, était déjà une proclamation de cette Royauté. Depuis, nos évêques, nos prêtres, nos publicistes ont traité souvent ce grave sujet &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Le règne social du Sacré-Cœur, par Mgr NEGRE et M. de NOAILLAT, Tours, Mame ; la Revue Regnabit, les nombreuses publications de la Société du Règne social de J.-C. (Paray-le-Monial), celles du Règne du Sacré-Cœur par Marie Immaculée (Chinon), les tracts et brochures de la Ligue : Dieu à sa place (Paris).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux congrès eucharistiques de Lourdes et de Paray, des vœux ont été émis pour qu'une fête mondiale affirmât la royauté sociale de Jésus-Christ dans tout l'univers. Ce noble zèle des catholiques français pour la cause du Christ Roi a été encouragé encore par la canonisation des deux saintes de la patrie&amp;amp;nbsp;: sainte Jeanne d'Arc et sainte Marguerite-Marie, car toutes deux ont été les apôtres du règne social du Christ. Jeanne d'Arc, auprès de Charles VII&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Sainte Jeanne d’Arc par Mgr DEBOUT I. c.8, c. 15, c. 19. La proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de Jeanne d'Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu'il n'est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : «  Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d'avoir votre palais et votre royaume. - Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. - Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l'an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. - Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. - Nos seigneurs, dit-elle d'une voix forte, à présent c'est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d'une importance capitale dans l'histoire de France était la raison des voix de Jeanne d'Arc, c'est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu'Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le P. Coubé, qui a bien étudié l'âme de Jeanne d'Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L'établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d'Arc. Ce n'est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C'est bien son programme à elle, celui qu'elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles. Il constitue le trait le plus original de sa mentalité, il s'impose à l'étude de l'historien et du psychologue comme à celle du penseur religieux. J'ose dire que qui n'a pas compris cela n'a rien compris de l'âme de notre héroïne. C'était d'ailleurs le programme de saint Paul qui voulait faire régner le Christ sur le monde entier : Oportet illum regnare. C'était le programme de ce grand moyen-âge chrétien dont Jeanne fut la fleur ultime la plus pure et la plus éclatante. C'était le programme de ces fières républiques italiennes du XIVè siècle qui n'hésitaient pas à afficher partout des devises comme celle-ci : « Au Christ son premier citoyen et son chef la République de Venise » P. COUBE, L'âme de Jeanne d’Arc, Jeanne d'Arc et la royauté sociale de J.-C., p. 142-143.fckLRfckLRLa royauté sociale du Sacré-Cœur a été le point culminant des révélations de sainte Marguerite-Marie. Sur la fameuse question de son Message à Louis XIV et par lui à la France, voyez BAINVEL : La dévotion au Sacré-Cœur, doctrine, histoire, Paris, Beauchesne. Voir aussi : La mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur de Jésus remède au laïcisme contemporain, par le chan. B. GAUDEAU. Paris, 1922. Collection Dieu à sa place, n'° 1.fckLRfckLRDisons tout de suite que le règne du Sacré-Cœur est la même chose que le règne de Jésus-Christ. Toutefois l'expression règne social du Sacré-Cœur fait mieux ressortir que le règne de Jésus-Christ est un règne d'amour et qu'il réclame l'amour. Nous aimons donc la formule : Règne social du Sacré-Cœur. Elle est éminemment profonde et théologique. Si nous ne l'employons pas dans cette étude, c'est uniquement parce que le Cardinal Pie n'a pas habituellement envisagé la question de la Royauté du Christ dans ses rapports avec le Sacré-Cœur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et Marguerite-Marie, à la cour de Louis XIV. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce magnifique mouvement qui porte l'élite de la France catholique aux pieds du Roi des nations s'accentue de plus en plus et ainsi la question de la Royauté du Christ, tout en restant une question essentiellement universelle, deviendra néanmoins la question française par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'une importance souveraine pour la paix du monde et pour la prospérité de la France, la Royauté sociale du Christ s'impose avec une actualité poignante. Cette actualité s'affirmera toujours davantage. De plus en plus la question du Règne social du Christ se posera, de plus en plus elle se discutera, car la lutte va s'engager entre les partisans déclarés du Christ et de sa civilisation et les tenants de la civilisation païenne et athée. La lutte n'est pas là, disent les clairvoyants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le monde est arrivé à un point où il doit périr ou renaître. Tous les entre-deux seront broyés par la destruction ou rejetés avec dédain par la reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Louis VEUILLOT : ''L'illusion libérale'' (réédité en 1987 chez Dismas).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point n'est besoin maintenant d'expliquer qu'une question si capitale et si actuelle doit être étudiée avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien elle est ignorée&amp;amp;nbsp;! C'est la question la plus méconnue de nos contemporains. L'élite intellectuelle elle-même semble ne pas savoir qu'il y a une doctrine sociale chrétienne, une politique chrétienne. C'est pour aider à combattre cette ignorance que nous avons essayé ce modeste travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En le composant, nous avons pensé non seulement aux fidèles épris de zèle pour la grande cause du Christ-Roi, mais encore aux hommes instruits qui cherchent la vérité, surtout aux élèves en théologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans leurs manuels, la question de la Royauté de Jésus-Christ est traitée trop sommairement pour qu'ils puissent y attacher l'importance qu'elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aidés par cette étude, ils auront une idée plus exacte, plus complète et saisiront mieux la haute portée sociale de ce titre de Roi que nous donnons au Christ et, devenus prêtres, ils seront les apôtres ardents et les chevaliers sans reproche du Roi Jésus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment procéder dans cette question&amp;amp;nbsp;? Comment arriver avec sécurité aux conclusions hardies qu'elle comporte&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pour guide un Maître approuvé par l'Église, un docteur contemporain, connaissant à fond les bouleversements sociaux de ces derniers siècles et ayant traité avec précision la question qui nous occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Maître, c'est le Cardinal Pie, évêque de Poitiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie jouit déjà dans l'Église de toute l'autorité d'un docteur. Les papes l'ont loué. Pie IX lui écrivait en 1875 à l'occasion de la publication de ses œuvres&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l'éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu'il était nécessaire ou opportun d'éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu&amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire du Cardinal Pie'' par Mgr BAUNARD (6è édition) II. L. IV. ch. 8 p. 651.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1879, Léon XIII créait cardinal l’Évêque de Poitiers, cette nomination, suivant de si près la publication de ses œuvres, est une approbation implicite de sa doctrine. Pie X, donnant audience au Séminaire français, déclarait avoir &amp;quot;lu et relu souvent&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;''La Croix'', Supplément du 28 septembre 1915 : Le Cardinal Pie. C.L. Le trait suivant, rapporté par M. le Chanoine Vigué, Pages choisies du Cardinal Pie. I (avertissement p. Xl) nous montre le culte du Pape Pie X pour le grand évêque de Poitiers. « Un prêtre poitevin nous a raconté qu'il eut un jour l'honneur d'être introduit dans le cabinet du Souverain Pontife Pie X, en compagnie d'un religieux, poitevin d'origine. «  Oh ! le diocèse du Cardinal Pie ! dit le Saint-Père en levant les mains, dès qu'il eut entendu le nom de Poitiers. J'ai là tout proche les œuvres de votre Cardinal et voilà bien des années, que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ». Ce disant, il prenait l'un des volumes et le mettait aux mains de ses visiteurs. Ceux-ci purent constater à la modicité de la reliure, qu'elle avait dû appartenir au curé de Salzano ou au directeur spirituel du séminaire de Trévise longtemps avant de pénétrer au Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt; les œuvres du Cardinal Pie. Et la première encyclique du saint Pape reproduisait en grande partie la première lettre pastorale de Mgr Pie à son diocèse de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Comparer l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra dans Actes de S.S. PIE X (Bonne Presse) T. 1, 30-48, avec la lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse de Poitiers ; I, 96-120. Les traits de ressemblance sont nombreux. Notons simplement dans l'Encyclique E supremi apostolatus cathedra : « Il s'en trouvera sans doute qui chercheront à scruter nos pensées intimes. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être... que le Ministre du Dieu qui nous a revêtu de Son autorité. C'est pourquoi si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ». p.35.fckLRfckLRDans la lettre pastorale : « Nous sommes, nous serons pour vous l'homme de Dieu. Et si nous devions apporter avec nous un mot d'ordre, ce serait celui-là : « Instaurare omnia in Christo » Restaurer toutes choses dans le Christ. p. 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Cardinal Gasparri, au nom de Benoît XV, écrivant au Chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du Cardinal Pie, loue en ces termes ces pages &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;où l'évêque de Poitiers apparaît dans ce rôle de docteur qu'il remplit avec tant d'éloquence et d'autorité&amp;amp;nbsp;; il y apparaît comme un adversaire redoutable du naturalisme, du libéralisme et des restes insidieux du gallicanisme. Nul n'exposa avec plus de clarté, contre les diverses formes du naturalisme, l'obligation primordiale qui incombe à tout homme d'adhérer à la Révélation surnaturelle et nul ne défendit avec plus d'éclat contre le libéralisme les droits imprescriptibles de Dieu et de l'Église dans l'organisation de la société... L'action que le Cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre du Cardinal GASPARRI à M. le Chanoine VIGUE, du Vatican 21 février 1916.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc un éloge ininterrompu donné par les Souverains Pontifes à notre guide dans le sujet que nous traitons&amp;lt;ref&amp;gt;Nous n'avons indiqué que des éloges émanant directement du Saint-Siège. L'œuvre doctrinale du Cardinal Pie a été louée sans réserve par de nombreux cardinaux et évêques, par des religieux éminents. Signalons ici le magnifique éloge du grand évêque de Poitiers par S.E. le Cardinal Billot.fckLRfckLR« La grande figure de Mgr Pie, nous dit-il, n'a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l'Église et la Révolution, il est pour nous l'homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements... Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l'ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversions ; nous tous, dis-je, nous n'aurons que profit à nous mettre à l'école du maître dont le déclin de l'année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d'enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d'encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l'épuisement de la lutte ». Éloge du Cardinal Pie par S.E. le Cardinal BILLOT.fckLRfckLRMentionnons également le jugement porté par Dom BESSE, O.S. B., sur les œuvres du Cardinal Pie : « Les enseignements de l'évêque de Poitiers sont dans leur ensemble le développement de sa doctrine touchant le règne de J.-C. par sa grâce sur les individus et sur les peuples. Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d'une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l'heure présente les témoins attristés, n'ont qu'à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit ». Dom BESSE : Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. Enfin l'introduction aux Pages choisies du Cardinal Pie, par M. le Chanoine VIGUE, constitue un éloge complet et motivé de la doctrine du Cardinal.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Cardinal Pie est notre contemporain. Mort en 1880, il n'a pas connu, il est vrai, toutes nos lois de déchristianisation sociale. Toutefois, remarque le Cardinal Billot, «&amp;amp;nbsp; ce qui est advenu de nouveau n'a été qu'une évolution de l'état de choses qui existait de son temps&amp;amp;nbsp;; ce ne fut que le développement des principes dont il avait vu avec une rare pénétration les conséquences et les suites&amp;amp;nbsp;; le résultat des institutions, des opinions, des doctrines qu'il n'avait cessé de combattre pendant tout le cours de sa carrière&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le Cardinal Pie a traité notre sujet. A la vérité, il n'a jamais donné une étude ex professo sur le règne du Christ, mais tout lecteur de ses œuvres reconnaît facilement que le règne social de Jésus-Christ fut son grand objectif&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de la royauté sociale de J.-C par suite des négations et des erreurs contemporaines est devenue la thèse de l'Église au XIXè siècle. VIII, 145.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui-même, un an avant sa mort, recevant la barrette cardinalice, le disait au président de la République en ces termes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Une obligation plus étroite m'est imposée d'employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n'ont été que le commentaire, à savoir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Que personne ne peut poser un autre fondement en-dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu et qui est le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;» et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les sociétés antiques, pour les républiques comme pour les monarchies «&amp;amp;nbsp;il n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n'est le nom de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Discours au Président de la République (26 mai 1879) X, 7-8.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres lui rendent ce témoignage &amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Gay au sujet de cette question de la royauté du Christ : « Là fut le grand champ de bataille de l'évêque de Poitiers ; il n'y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais ». Oraison funèbre du Cardinal Pie, 37.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Le R.P. Longhaye, annonçant les huit premiers volumes de ses œuvres, écrit dans une sorte d'épilogue&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a unité dans cette œuvre épiscopale, si multiple et si diverse en apparence... c'est le surnaturel, c'est le droit de Jésus-Christ à régner socialement, revendiqué par une affirmation incessante, variée à l'infini dans ses formes comme les rébellions qu'elle combat, toujours une dans son fond comme la vérité qu'elle proclame... S'il fallait une épigraphe aux œuvres de Mgr de Poitiers, quelle autre choisir que le cri passionné de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il faut qu'Il règne, Oportet autem illum regnare&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne&amp;lt;ref&amp;gt;Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique... Un français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays ». Panégyrique de Jeanne d'Arc. I, 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté&amp;lt;ref&amp;gt;« Savez-vous pourquoi depuis plus d'un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd'hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s'est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu'il soit d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et c'est le propre d'un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu ». Discours pour la bénédiction d'un arbre de la liberté. I, 85.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'évêque lui devra ses plus fiers accents. J'oserais presque dire qu'il lui devra tout&amp;amp;nbsp;; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d'unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n'est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie. Ainsi I'œuvre devient une, et en jetant sa parole à tout vent comme une semence, le maître a fait un livre sans le prétendre et sans le savoir&amp;lt;ref&amp;gt;P. LONGHAYE, Epilogue. Vingt-cinq ans d'épiscopat. Dans les Œuvres épiscopales. VIII, 265-266.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie a enseigné le Règne social de Jésus-Christ et il a osé le faire en face de l’opposition formidable de la société contemporaine. L'Église par la voix officielle de ses papes l'a loué. Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes d'après lesquels doit régner notre Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment avons-nous procédé dans ce travail&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écartons d'abord certaines formules chères à quelques modernes&amp;amp;nbsp;: nous ne faisons pas l'histoire d'une pensée, comme si la pensée de ce règne avait évolué dans l'esprit de Mgr Pie. Non, cette pensée a pour lui et dès ses débuts toute la force et toute la précision d'un dogme&amp;lt;ref&amp;gt;Encore séminariste à Saint-Sulpice, l'abbé Pie compose une dissertation sur &amp;quot;les Droits et les Devoirs de la société&amp;quot; où il établit fermement le droit de l'État à réprimer, interdire, proscrire l'erreur religieuse. Son historien fait observer que par cette étude « il était dès lors entré dans la vérité sur le sujet du règne social de Jésus-Christ ». Histoire du Cardinal Pie, par Mgr BAUNARD I, L. 1. ch. Il. p.42 Parlant du vicariat de l'abbé Pie à N.D. de Chartres, le même historien nous fait savoir que dès cette époque le jeune vicaire n'eut pas de peine à reconnaître dans la marche de notre société un déraillement qui datait de loin. « L'état moderne lui parut un état d'apostasie, l'état de péché mortel d'une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C'est le naturalisme à la place du christianisme. L'homme à la place de Dieu, l'État au-dessus de l'Église. Or les sociétés se meurent spirituellement de ce mal en attendant qu'elles en meurent temporellement ». Op. cit. I L 1 ch. III p.81-82.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons seulement compulsé toutes les œuvres du Cardinal Pie (œuvres sacerdotales et épiscopales) en en dégageant les pensées qui se rapportent au Règne du Christ. Groupant ces pensées, nous avons essayé de réduire comme en une synthèse tout son enseignement sur ce sujet capital. Ce modeste travail voudrait être un traité suivi et logique de ce qui est épars dans les douze volumes de l'évêque de Poitiers&amp;lt;ref&amp;gt;Deux volumes d'Œuvres sacerdotales et dix volumes d'Œuvres pastorales. Nous les citerons d'après les dernières éditions. Nous avons aussi utilisé l'Histoire du Cardinal Pie, par Mgr. BAUNARD (6è édition).&amp;lt;/ref&amp;gt;. C'est bien sa doctrine intégrale que nous livrons dans cette étude, dont le plan seul est nôtre dans ses grandes divisions et dans la structure de chacune d'elles. Voici ce plan. Il comporte quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Jésus-Christ est Roi des nations. Les nations Lui doivent obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les nations modernes sont révoltées contre Lui. Conséquences de leur rébellion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Comment restaurer ce Règne social&amp;amp;nbsp;? les Restaurateurs et leurs devoirs&amp;amp;nbsp;; le programme de restauration&amp;amp;nbsp;; les difficultés&amp;amp;nbsp;; les Modèles du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4° L'avenir de la Royauté sociale du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette division, qui semble disséquer les idées, donnera à notre travail une forme un peu aride et comme scolastique. Le lecteur nous le pardonnera s'il y gagne la précision sur un sujet, traité ordinairement en forme plus oratoire que didactique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, en publiant ce travail qui pourra suffire à documenter avec précision, ceux qui ne possèdent pas les œuvres complètes de Mgr Pie, nous ne prétendons nullement dispenser ceux qui en auraient le loisir, de l'étude directe et de la lecture attentive de L'œuvre intégrale du grand évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Ou au moins des deux volumes Pages choisies du Cardinal Pie par M. le chanoine VIGUE. Rien d'essentiel n'a été omis dans ces pages. Nous voudrions voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail.fckLRfckLRL'ouvrage La vie Chrétienne d'après le Cardinal Pie publiée par M. l'abbé TEXIER, renferme aussi des textes intéressants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout au contraire, nous ne saurions trop leur recommander cette lecture méditée et suivie. Elle leur donnera de suppléer aux lacunes de notre synthèse et complétera la pensée que nous avons voulu mettre en relief. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne croyons pas non plus que Mgr Pie ait épuisé le sujet et nous ait donné un traité auquel on ne puisse ajouter. On s'apercevra vite, dans la première partie, par exemple, que les preuves scripturaires et patristiques ne sont indiquées que sommairement. On regrettera aussi de n'y pas trouver une étude spéciale sur la nature intime et le caractère tout d'amour de cette Royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut le reconnaître cependant&amp;amp;nbsp;: l'évêque de Poitiers a donné toutes les grandes lignes d'un vaste et magnifique édifice doctrinal sur la Royauté du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute notre ambition comme toute notre récompense aura été de montrer dans le Cardinal Pie, le Docteur de la Royauté sociale du Christ et le chef qui doit nous entraîner au bon combat pour la restauration sociale chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie - Jésus-Christ est le Roi des Nations - Les nations lui doivent obéissance ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;lt;br&amp;gt;''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le titre l'indique, nous exposons d'abord les preuves de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous traitons ensuite de l'obligation qui s'impose aux nations de reconnaître cette royauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Jésus-Christ est le Roi des Nations  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Preuve de la Royauté de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelques preuves scripturaires. - Les deux textes commentés de préférence par le Cardinal Pie.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Le 8 novembre 1859, Mgr Pie, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion de poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, disait-il, est roi&amp;amp;nbsp;; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs Ubi est qui natus est, rex Judœrum&amp;amp;nbsp;? Jésus est à la veille de mourir&amp;amp;nbsp;: Pilate lui demande&amp;amp;nbsp;: Vous êtes donc roi&amp;amp;nbsp;: Ergo rex es tu? Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Et faisant siennes les paroles de Bossuet, Mgr Pie continue&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses&amp;amp;nbsp;; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts&amp;amp;nbsp;; et vous, Romains, maîtres de la terre&amp;amp;nbsp;; venez lire cet admirable écriteau&amp;amp;nbsp;; fléchissez le genoux devant votre Roi&amp;lt;ref&amp;gt;III, 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d'une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi scripsi ». Hist. du Card. Pie. Il, L. III, ch. 10. p. 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont là quelques preuves scripturaires de la royauté de N.-S., Mgr Pie en donne d'autres ça et là dans ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;III, 513 et sv. ; VII, 538 ; VIII, 56 et sv. ; X, 256 et sv. et les trois homélies sur le psaume Il contenues dans le Xè vol. p. 241 et sv. Ces homélies sur le Psaume II se prêtent difficilement à une synthèse. Cependant il faut les lire et les méditer, si l'on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous ne pouvons les recueillir toutes, parfois pour leur brièveté, mais sur deux d'entre elles&amp;amp;nbsp;: la mission que J.-C. donne à Ses apôtres, et la prière du Pater, il s'arrête davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Entendez, nous dit-il, les derniers mots que N.-S. adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel&amp;amp;nbsp;: Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement&amp;amp;nbsp;: Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de JésusChrist devant les nations et les rois et les fils d'Israël&amp;amp;nbsp;» (III, 514). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, nous dit l'évêque de Poitiers, le divin fondateur du Christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à Ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée Jésus-Christ qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Sic ergo vos orabitis. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;». (III, 497-498). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, reprenant le Pater, démontre que ces trois demandes se résument et se condensent en une, celle du règne public, social, car, explique-t-il, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s'il n'est reconnu publiquement, la volonté divine n'est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n'est pas accomplie publiquement et socialement&amp;lt;ref&amp;gt;III, 498-499. Panégyrique de saint Émilien.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et il conclut&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le chrétien, ce n'est donc pas comme semble le croire et comme l'affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n'est donc pas un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu'il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied de cela. Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence, son surnom l'indique&amp;amp;nbsp;: il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l'oraison dominicale, a mis ordre à ce qu'aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d'intelligence et selon l'étendue de l'horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle&amp;amp;nbsp;». (III, 500-501) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers ajoutait une très grande importance à cette preuve tirée de notre prière quotidienne, et il n'oubliait jamais d'apporter cet argument irrésistible en faveur de la Royauté sociale de Notre-Seigneur&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez p. ex. V, 188 ; IX, 210. Et cette lettre de Mgr Pie à M. Rendu : « Ni Charlemagne et la France, ni saint Henri et l'Allemagne n'ont été autre chose que des souverains et des nations ayant eu, à un jour donné, l'intelligence de l'oraison dominicale dans ses trois premières demandes. Et tant pis pour les races et les peuples dont la politique a désappris le Pater ». Histoire du Cardinal Pie I, L. Il, ch. XI, 687.fckLRfckLRMgr Gay, auxiliaire du Cardinal Pie, met lui aussi cette preuve en relief dans sa belle lettre à l'auteur de la vie de Garcia Moreno : « Non les peuples ne sont point condamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à peu près qu'on nomme l'hypothèse, qui ne rendant pas &amp;quot;gloire à Dieu&amp;quot; ne donnera jamais la &amp;quot;paix aux hommes&amp;quot; et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à toutes les erreurs d'où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies. Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que &amp;quot;son règne arrive&amp;quot;, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu'il faille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre autant qu'il y peut être. Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir ». Lettre de Sa Grandeur Mgr GAY au R.P. BERTHE. Vie de Garcia Moreno. Lettres épiscopales.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Titres de Jésus-Christ à la Royauté  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Droit de naissance. - Droit de conquête. - Comment Jésus-Christ a conquis sa Royauté&amp;amp;nbsp;? - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie l'a prouvé par l'Écriture. Mais quels sont ses titres à la Royauté&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'importance de ces titres ne lui a pas échappé. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien, où parlant de cette royauté il dit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec Lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang&amp;amp;nbsp;» (III, 512). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté&amp;amp;nbsp;: le droit de naissance et le droit de conquête. Ce dernier, la conquête, lui donne thème à un magistral développement dans une homélie&amp;lt;ref&amp;gt;Homélie prononcée en la solennité de S. Hilaire, 17 janvier 1874.&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il consacre précisément à l'universalité de la royauté de Jésus-Christ. Voici ce passage&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Assurément le nom et l'attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;: c'était l'apanage obligé de la personnalité divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mais, à son droit de naissance, Il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de Sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation. Et quelle a été la source de ce mérite&amp;amp;nbsp;? De quels combats victorieux, cette conquête a-t-elle été le prix&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l'apprend&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; Étant l'image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d'usurpation en revendiquant d'être égal à Dieu, Il s'est pourtant anéanti Lui-même, prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Il s'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. Or, poursuit l'apôtre, voilà pourquoi Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Chacune des paroles du texte sacré a besoin d'être pesée. Entendez-vous&amp;amp;nbsp;: Exinanivit semetipsum. Il s'est anéanti Lui-même, il s'est abaissé Lui-même. Lucifer aussi est descendu, il a été abaissé au-dessous de son rang primitif. Mais ce n'est pas de lui-même, qu'il est descendu. Bien au contraire, par un sentiment orgueilleux, de lui-même, par un effet sacrilège de sa volonté, par un crime de lèse-majesté divine, il a voulu se grandir, se hausser au-delà de sa propre stature&amp;amp;nbsp;; il a dit&amp;amp;nbsp;: Je monterai et je serai semblable au Très-Haut, et c'est par châtiment, c'est par punition qu'il est déchu de son état premier. Pareillement l'homme est tombé au-dessous de lui-même et de sa dignité native&amp;amp;nbsp;; mais pour lui aussi ç'a été la juste peine infligée à l'ambition dont il s'était laissé séduire et eritis sicut dii, scientes bonum et malum&amp;amp;nbsp;: Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Il n'en a point été ainsi du Verbe Incarné. C'est librement, c'est par choix, c'est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à Son Père, a résolu de s'abaisser jusqu'à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c'est par un acte méritoire de Sa volonté humaine et de Ses facultés créées que non content de s'être fait homme, Il S'est fait esclave, qu'Il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu'Il a poussé le sacrifice jusqu'à l'acceptation de la mort et de la mort de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l'empire que lui assurait Sa céleste origine, Dieu L'a exalté et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (VIII, 58-59) en l'établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mieux établir que ne le fait ici Mgr Pie les titres de Jésus-Christ à une royauté universelle&amp;amp;nbsp;? Il ne lui reste plus qu'à conclure avec saint Paul, en exigeant des hommes une soumission universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tout genou, s'écrie-t-il, omne genu, toute langue, omnis lingua. N'établissez donc point d'exceptions là où Dieu n'a pas laissé place à l'exception&amp;amp;nbsp;: in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L'homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l'homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l'hommage à Jésus Roi&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 61. Pour être complète, une étude sur la Royauté du Christ devrait nécessairement parler de la nature ou du caractère de cette Royauté. Mgr Pie n'a pas l’occasion d'envisager directement cet aspect de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En affirmant toutefois que « le Christianisme est une œuvre d'amour » VI, 609, et plus précisément en faisant observer « que le plus bel attribut de la Royauté, c'est la miséricorde ». V, 284, enfin, en montrant que le caractère de bonté de l'autorité chrétienne est un reflet de la bonté du Roi Jésus, VIII, 44 et sv., il nous a laissé très clairement à entendre que LE CARACTERE DE LA ROYAUTE DU CHRIST ETAIT L’AMOUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est donc avec raison qu'on appelle la Royauté de Jésus-Christ la royauté du Sacré-Cœur, c'est-à-dire la Royauté d'Amour. Voici comment un théologien éminent définit le caractère du Règne du Christ, bien mis en relief par l’appellation nouvelle : Règne du SacréCœur. « Le règne du Sacré-Cœur est le même que le Règne de Jésus. Mais quand je parle du Règne du Sacré-Cœur, j'entends que ce Règne de Jésus est un Règne d'Amour avec une plus grande abondance des grâces de son Cœur. Les lois du Sacré-Cœur sont les mêmes que les lois de Jésus. Mais quand je parle des lois du Sacré-Cœur j'entends que ces lois, Jésus nous les impose par amour pour nous, et que nous devons les observer par amour pour Lui. » Regnabit t. I, 366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. Henry RAMIERE dans son beau livre sur La royauté sociale du Sacré-Cœur, Mgr NEGRE dans son étude sur La Royauté du SacréCœur, le P. ANIZAN dans ses ouvrages sur le Sacré-Cœur, ont insisté avec raison sur ce point. Si l'on veut consulter un auteur ancien qui ait développé la même pensée, en mettant en relief le caractère d’Amour de la Royauté du Christ, qu'on lise et médite Louis de LEON (traduction Postel) : Des noms de Jésus-Christ dans la Sainte Écriture. Jésus-Christ Pasteur (119-144). Jésus-Christ Roi de Dieu et Prince de la Paix (267-359).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, on ne saurait ajouter trop d'importance à ce caractère d'Amour de la Royauté du Christ, car pratiquement c'est par Son Cœur, c'est-à-dire par Son amour que le Christ gagnera à la cause de Son Règne et gouvernants et gouvernés.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II : Les nations doivent reconnaître la royauté du Christ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique&amp;amp;nbsp;: Exposé de la doctrine  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'affirmation de l'Écriture. - Remarque importante du Cardinal Pie pour l'interprétation des textes. - Identité des trois Règnes&amp;amp;nbsp;: de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. - L'enseignement des Pères et en particulier de saint Augustin. Réfutation des objections scripturaires et patristiques. - La preuve de tradition. - La preuve de raison. - Conclusion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soumission et l'hommage de toute créature&amp;amp;nbsp;: telle est la conséquence de la Royauté de Jésus-Christ. Nous avons tous la rigoureuse obligation de reconnaître notre Roi Jésus-Christ et de nous soumettre à ses lois. Mgr Pie a traité avec la même ampleur de cette obligation qui atteint tous les individus&amp;lt;ref&amp;gt;Particulièrement dans les deux premières instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent Il, 340-418, 7 juillet 1855 ; III, 127-263, juillet 1857 et juillet 1858.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais ne perdant pas de vue son thème spécial qui est la royauté sociale du Sauveur, c'est aux peuples eux-mêmes, en tant que peuples et par conséquent à leurs chefs en tant que chefs, qu'empruntant les paroles de l'Écriture, il intime l'obligation de reconnaître Jésus-Christ Roi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Venez, ô patries des peuples, s'écrie-t-il avec David, venez apporter au Seigneur l'honneur et la gloire, venez Lui offrir la gloire due à Son nom. Prenez des victimes et entrez dans Ses parvis. Que toute la terre soit émue devant Sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné&amp;amp;nbsp;» (ps. 95). «&amp;amp;nbsp;Tous les rois de la terre L'adoreront, toutes les nations Le serviront. Les peuples marcheront dans Sa lumière, les rois dans la splendeur de Son lever&amp;amp;nbsp;» (ps. 71), et avec Isaïe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Épanchez, Seigneur, le flot de Votre courroux sur les nations qui n'ont voulu pas Vous connaître et sur les royaumes qui n'ont pas invoqué Votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne Vous aura pas servi périra&amp;amp;nbsp;». (Isaïe LX, 12). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-176-177. Troisième instruction synodale.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, apportés par l'évêque de Poitiers, pourront paraître à quelques-uns ne point s'appliquer à la Royauté de Jésus-Christ, car quelle apparence que David et Isaïe, parlant de Dieu en général, aient visé Jésus-Christ en particulier&amp;amp;nbsp;? C'est cependant ainsi qu'il faut les entendre. Mgr Pie, suivant toute la tradition catholique dans un de ses enseignements les plus essentiels, ne distingue absolument pas entre le règne de Dieu et celui de Jésus-Christ et il identifie avec ces deux règnes, celui de l'Église. Voici sa déclaration formelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le règne visible de Dieu sur la terre, c'est le règne de Son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de Son Église&amp;lt;ref&amp;gt;III, 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l'Église et la nécessité de ne pas les séparer, cf. surtout : Œuvres sacerdotales : I, 143-144 ; 317 à 320 ; 381 ; 499-500. Nous croyons rendre service au lecteur en citant et en résumant ces fortes pages d'apologétique. Elles ne sauraient être trop méditées. Elles nous apprendront à passer du domaine de l'abstraction et des formules vagues aux réalités concrètes et aux formules précises. Elles nous habitueront à une terminologie strictement catholique et non pas à ces formules fuyantes, si chères aux déistes et aux protestants.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le dogme catholique consiste tout entier dans l'enchaînement de ces trois vérités&amp;amp;nbsp;: Un Dieu qui réside au ciel&amp;amp;nbsp;; J.-C. le Fils de Dieu envoyé vers les hommes&amp;amp;nbsp;; l'Église organe et interprète permanent de J.-C. sur la terre. Or ces trois vérités liées l'une à l'autre sont le triple faisceau qu'il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est au ciel un Dieu, un Dieu bon, mais juste, un Dieu qui commande la vertu et qui défend le vice... Voilà, sans doute, la raison première de la morale, voilà la racine de toute obligation. Mais je m'aperçois qu'à elle seule cette vérité sera impuissante à régler ma vie, à comprimer mes penchants. Je sens que mon intelligence, maîtrisée par mes passions, va se figurer cet Être suprême selon ses caprices... Si Dieu ne s'exprime pas plus clairement qu'Il ne l'a fait par notre raison affaiblie, à coup sûr Dieu sera bientôt tout ce que notre propre intérêt voudra qu'Il soit. Trente siècles d'idolâtrie sont là pour le prouver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, cela suffit assurément&amp;amp;nbsp;; mais au moins que ce Dieu parle, qu'Il S'exprime d'une façon claire et positive&amp;amp;nbsp;! En effet, nous dit le dogme chrétien, ce Dieu est descendu sur la terre, Il S'est incarné, Il a habité parmi nous&amp;amp;nbsp;; Il nous a laissé le code de morale, le livre de Sa doctrine, l'expression de Ses volontés. J.-C. et Son Évangile, sans doute, voilà le régulateur de notre vie, voilà le guide de toutes nos actions. Mais je prends cet Évangile, et je ne tarde pas à m'apercevoir, que s'il est abandonné entre mes mains, bientôt toute la substance de ce livre céleste va se dissiper et se réduire à néant. L'Évangile n'est qu'une lettre morte&amp;amp;nbsp;: le caprice et l'intérêt de chacun en feront l'interprétation et le commentaire. Tous les mauvais penchants feront parler l'Évangile selon leur plaisir&amp;amp;nbsp;: les incroyables attentats de l'hérésie contre l'Évangile sont là pour le prouver. Si Dieu est venu sur la terre et s'Il a laissé aux hommes l'Évangile, que Lui-même Se charge d'en fixer le sens, d'en expliquer la pensée&amp;amp;nbsp;: autrement il y aura autant d'Évangiles différents que de différentes passions qui le liront... Et en effet, nous dit le dogme catholique, J.-C. a établi sur la terre une autorité infaillible, un tribunal suprême chargé, jusqu'à la fin des siècles, d'interpréter l'Évangile. Il a remis Son Code aux mains de l'Église, et Il l'assiste de Sa grâce pour qu'elle en explique toujours le véritable sens. A elle, le soin de dirimer les discussions, de trancher les doutes, de prononcer les jugements. Ah&amp;amp;nbsp;! voilà cette fois la raison dernière, et sans réplique, du devoir&amp;amp;nbsp;; voilà le fondement inébranlable de la morale&amp;amp;nbsp;: c'est le roc immobile du dogme catholique. Devant ces trois autorités jointes ensemble, toutes mes objections tombent d'elles-mêmes&amp;amp;nbsp;: je n'ai qu'à m'incliner et à obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Retranchez pour moi l'autorité de Dieu et la sanction éternelle du ciel et de l'enfer, ou bien retranchez J.-C. et Son Évangile&amp;amp;nbsp;; ou bien seulement l'Église et son interprétation qui ne trompe pas&amp;amp;nbsp;: alors je ne croirai plus rien que ce qui me plaira de croire et par conséquent je ne ferai plus rien que ce qu'il me plaira de faire. Retranchez l'Église et je ne croirai plus à l'Évangile&amp;amp;nbsp;; car je comprends et j'adopte la logique du grand Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impossible que Dieu ait voulu jeter aux hommes un éternel brandon de discorde&amp;amp;nbsp;; si Dieu n'a pas établi sur terre un interprète de Sa parole, il faut dire que Dieu n'a jamais parlé&amp;amp;nbsp;; s'il n'existe pas d'Église, il n'existe pas d'Évangile&amp;amp;nbsp;: Evangelio non crederem nisi me Ecclesiæ commoveret auctoritas. Retranchez l'Évangile, et j'arriverai aisément à douter de Dieu. Doutant de toute vérité, je douterai de toute vertu et de tout bien, hormis mon intérêt... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Œuvres sacerdotales, I, 317-318-319-320. Sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847. Ailleurs, il nous explique pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de J.-C. et de l'Église. Le lecteur goûtera cette fine analyse psychologique&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l'Être suprême&amp;amp;nbsp;: cela coûte peu. Après tout, Dieu c'est une sorte d'abstraction, tant qu'Il reste dans Son ciel, Il n'est pas trop à craindre, et puis notre raison Lui donne les couleurs que nous voulons qu'Il ait. Mais J.-C., c'est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais celuici&amp;amp;nbsp;: hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres admettent encore J.-C. et Son Évangile. J.-C. a prouvé Sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l'Évangile, il faut bien le recevoir. D'ailleurs, l'Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l'Évangile. Passe donc pour l'Évangile&amp;amp;nbsp;! Mais l'Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l'Écriture, ah&amp;amp;nbsp;! voilà qui est beaucoup trop précis&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L'Évangile, à la bonne heure&amp;amp;nbsp;! mais cette Église, ce corps enseignant, ce Pape, ce Concile, hunc, nous n'en voulons point&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d'autres hommes qui acceptent la religion telle qu'elle est&amp;amp;nbsp;; ils aiment la religion, elle est nécessaire&amp;amp;nbsp;; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c'est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s'appliquer à l'individu, à l'homme, oh&amp;amp;nbsp;! c'est autre chose. La religion, c'est une sorte d'abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu'il faut se confesser&amp;amp;nbsp;; mais s’il n'y avait qu'elle, elle ne confesse pas&amp;amp;nbsp;; la religion, mais le prêtre, l'homme de la religion, l'homme de la confession, oh&amp;amp;nbsp;! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n'en voulons pas&amp;amp;nbsp;: Nolumus hunc regnare super nos. Œuvres sacerdotales I, 143-144. (Sur l'importance d'étudier la religion chrétienne) 1840. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons maintenant dans les Œuvres épiscopales quelques passages où Mgr Pie affirme l'identité des trois règnes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu S'étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d'enseigner et d'agir dans Son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l'ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l'Église&amp;amp;nbsp;» IV, 249. Lettre au ministre de l'instruction publique, 16 juin 1861. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de force hors de Dieu. Dieu n'est pas hors de Son Christ. Le Christ n'est pas hors de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 123 (Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus 1er juin 1875. Cf. aussi&amp;amp;nbsp;: IV, 283). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l'Incarnation de Son Fils, est descendu dans Son œuvre, qu'il a donné Son Évangile à la terre et qu'il y a institué une puissance souveraine pour l'interpréter et l'appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu&amp;amp;nbsp;». Lettre pastorale au sujet de l'établissement canonique de la faculté de théologie de l'Université de Poitiers. 25 novembre 1875, IX, 283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne séparons donc jamais Dieu, Jésus-Christ et l’Église. Le symbole chrétien ne nous le permet pas. Souvenons-nous que Jeanne d'Arc répondit hardiment à ses juges qui voulaient lui faire distinguer Jésus-Christ de l'Église&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je crois que N.-S. et l'Église, c'est tout un et qu’il ne doit point y avoir de difficulté là-dessus&amp;amp;nbsp;». Interrogatoire du samedi 17 mars 1431. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est pourquoi Mgr Pie peut apporter à l'appui du règne de J.-C. tout ce que les prophètes ont dit du règne de Dieu et y ajouter tout ce que les Pères ont dit ensuite du règne de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est en ce sens qu'il cite saint Augustin dans ses lettres à Macédonius, haut fonctionnaire de l'empire, et à Boniface Comte d'Afrique. Écoutons le grand docteur cité par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachant que vous êtes un homme sincèrement désireux de la prospérité de l'État, écrit saint Augustin à Macédonius, je vous prie d'observer combien il est certain par l'enseignement des Saintes Lettres que les sociétés publiques participent aux devoirs des simples particuliers et ne peuvent trouver la félicité qu'à la même source. Bienheureux, a dit le Roi-prophète, le peuple dont Dieu est le Seigneur. Voilà le vœu que nous devons former dans notre intérêt et dans l'intérêt de la société dont nous sommes les citoyens&amp;amp;nbsp;; car la patrie ne saurait être heureuse à une autre condition que le citoyen individuel, puisque la cité n'est autre chose qu'un certain nombre d'hommes rangés sous une même loi&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans l'une de ses admirables lettres au gouverneur Boniface il ajoutait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Autre chose est pour le prince de servir Dieu en sa qualité d'individu, autre chose en sa qualité de prince. Comme homme, il le sert en vivant fidèlement&amp;amp;nbsp;; comme roi, en portant des lois religieuses et en les sanctionnant avec une vigueur convenable. Les rois, poursuit-il, servent le Seigneur en tant que rois quand ils font pour Sa cause ce que les rois seuls peuvent faire&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous appelons heureux les empereurs chrétiens, s'ils mettent principalement leur puissance au service de la majesté divine pour l'accroissement de Son règne et de Son culte&amp;lt;ref&amp;gt;V, 175-179. Troisième Instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnant cette doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ, Mgr Pie ne pouvait manquer de rencontrer devant lui l'opposition de ces catholiques qu'on appelle libéraux et dont le groupe était particulièrement puissant à l'époque où l'évêque de Poitiers donnait ses enseignements&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les coryphées du libéralisme, dont les doctrines furent combattues et réfutées par Mgr Pie, citons le comte de MONTALEMBERT (Cf V, 349 et sv. : réfutation de quelques-unes de ses propositions au second congrès de Malines) et le duc Albert de BROGLIE. Mgr Pie fit de très graves réserves sur le livre de ce dernier, L’Église et l’Empire au IVè siècle (Voir V, 108 et VIII, 147-148-149) L'évêque de Poitiers reprochait avec vérité aux libéraux de manquer de science ecclésiastique et de loyauté scientifique, en se copiant sur la foi les uns les autres, au lieu de recourir aux sources : « A quelques nuances près, disait-il, et sauf quelques prudents subterfuges en vue d'éviter la censure de l'Église et la contradiction trop manifeste de son enseignement doctrinal, on retrouve dans leurs écrits le même langage ». IX, 168.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils lui objectaient la parole du Christ&amp;amp;nbsp;: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il répond avec toute la tradition catholique que cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que le royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations. Les textes cités précédemment déterminent le sens des paroles du Christ. (III, 513). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils objectaient aussi que les textes scripturaires se rapportaient à l'ancienne nation d'Israël régie par une constitution théocratique. Il prouve que ces textes sont généraux et s'appliquent à tous les peuples et à toutes les nations, quelle que soit la forme de leur gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, écrit-il, n'a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique. En cette matière, le temps, les volontés et surtout les passions des hommes peuvent quelquefois amener et nécessiter des changements. Il y a là un élément humain sujet aux vicissitudes de la terre. Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s'impose instinctivement à eux, c'est leur subordination à la loi divine. Le domaine de Dieu sur les peuples n'est pas moins absolu que Son domaine sur les particuliers&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3, 4. Lettre pastorale annonçant la suspension du Concile œcuménique (31 octobre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ils lui objectaient encore certains Pères de l'Église comme opposés à ce que les princes portassent des lois religieuses. Mgr Pie oppose à l'insinuation le plus catégorique démenti&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l'origine en oppression leur protection légitime&amp;amp;nbsp;; s'ils ont (ordinairement dans l'intérêt de l'hérésie et à la requête d'évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n'est pas selon l'esprit du christianisme, il s'est trouvé dans l'Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin&amp;lt;ref&amp;gt;Il s'agit surtout ici de la parole indignée de saint Martin (novum et inauditum nefas) lorsqu'il apprit le châtiment infligé aux évêques priscillianistes par l'empereur Maxime sur les sollicitations de l'évêque Ithace et des siens. Mgr Pie (V, 356-357) donne, d'après l'historien contemporain de saint Martin, la véritable explication de l'exclamation de l'évêque de Tours. « Quand on fait une citation, il n'est jamais indifférent d'en vérifier le texte et le contexte, surtout si l'on entreprend de redresser la pratique de l'Église par l'autorité de ses propres docteurs. Or ce texte, le voici : Novum et inauditum nefas, si causam ecclesiæ judex sæculi judicaret. Que Martin désavoua le zèle amer d'Ithace et des siens, gens peu recommandables et dont Sulpice Sévère a pu dire : ac mea quidem sententia est, mihi tam reos quam accusatores displicere ; qu'il fut énergiquement opposé à une exécution capitale qui ne lui semblait point favorable à la cause de la vérité et qui répugnera toujours à la mansuétude sacerdotale, cela est hors de doute. Mais selon la remarque de l'historien, le zèle des lthaciens à poursuivre les hérétiques n'aurait pas été répréhensible en lui-même, s'il n'avait été une affaire de parti et de passion et si les accusateurs n'eussent été tout aussi peu estimables que les accusés. Dans tous les cas, le tort des accusateurs (tort dont les accusés avaient eu du reste l'initiative) ç'avait été de recourir à un tribunal laïque, et le saint évêque de Tours ne craignait point de dire que ce serait un attentat nouveau et sans exemple si le juge séculier jugeait une cause ecclésiastique et si des évêques, mêmes indignes, étaient soustraits au for de l'Église : novum esse et inauditum nefas, si causam Ecclesiæ judex sæculi judicaret. On le voit, il y a loin de là à cet abandon de l'immunité si facilement consenti et si joyeusement proclamé qu'il ne puisse plus entrer dans l'esprit de personne d'y songer encore. Il y loin de là à l'acceptation pleine et entière de l'égalité de tous devant la loi séculière, comme d'un progrès conforme à l'esprit du christianisme ». V, 356-357. Entretien avec le clergé, juillet 1864.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l'esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l'apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s'impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s'était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s'inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l'Église leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l'immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n'a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d'y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d'interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d'impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse&amp;lt;ref&amp;gt;V, 178. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. V, 356-357. Entretiens avec le clergé (juillet  1864) ; VIII, 147-148. Entretiens avec le clergé (juillet 1874) ; IX, 168 Entretiens avec le clergé (juillet 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les libéraux poussaient plus loin leurs objections et prétendaient trouver, dans un texte de saint Anselme, une approbation ou une définition formelle de l'Église libre dans l'Etat libre. Ce texte&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Dieu n'aime rien tant ici-bas que la liberté de Son Église&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ce texte mille fois cité, répond l'évêque de Poitiers, a-t-il été vraiment compris&amp;amp;nbsp;? Ne sait-on pas que cette liberté pour laquelle saint Anselme a combattu, pour laquelle saint Thomas Becket, l'un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry, a succombé, c'était précisément l'immunité ecclésiastique et l'immunité des personnes et des choses saintes&amp;amp;nbsp;? Grand Dieu&amp;amp;nbsp;! quelle serait la stupéfaction de ces héros et de ces martyrs de la liberté ecclésiastique, s'ils s'entendaient dire que cette liberté de l'Église consiste simplement dans le droit commun de toutes les doctrines vraies et fausses et dans l'égalité de tous les cultes devant la puissance séculière. Franchement, aucune citation ne pourrait être faite plus à contre sens&amp;lt;ref&amp;gt;V, 355. A propos de quelques paroles prononcées dans le congrès de Malines.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve traditionnelle ne comprend pas seulement les Pères. Aussi Mgr Pie entend qu'on ajoute à leur témoignage «&amp;amp;nbsp;les canons des Conciles, les Décrétales et les Lettres des Papes, les capitulaires des princes&amp;amp;nbsp;», et il ajoute&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous défions qu'on puisse jamais établir à cet égard, entre la doctrine primitive et la discipline postérieure de l'Église, d'autre divergence et d'autre opposition que celle qui résulte de la diversité de l'application selon la diversité des circonstances. Au début, comme plus tard, dans cette matière comme dans presque toutes les autres la question de conduite est venue se combiner avec la question de principe. Mais le droit, le principe de l'État chrétien, du prince chrétien, de la loi chrétienne, je ne sache pas qu'il ait jamais été contesté jusqu'à ces derniers temps, ni qu'aucune école catholique ait jamais pu entrevoir dans sa destruction, un progrès et un perfectionnement de la société humaine... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Paul proclame que Dieu a fait Son Fils Jésus chef de toutes choses, et de peur qu'on ne doute de l'universalité de cet empire, l'apôtre ajoute que dans cet assujettissement universel, rien n’a été excepté (Hebr. II, 8) Les nations spécialement Lui avaient été promises en héritage (Ps. II) Or le Fils de Dieu n'a point été frustré de cette glorieuse portion de son apanage. Et la plénitude des nations étant une fois rentrée sous Son sceptre, celles qui auraient le malheur de Le rejeter ont reçu d'avance leur nom de la bouche même du Seigneur. Elles sont ces nations apostates, gentes apostatrices, qui se sont retirées de Dieu et ont sacrilègement brisé le pacte glorieux qu'Il avait daigné faire avec elles&amp;amp;nbsp;». (V, 179-180) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est dans son ensemble la preuve traditionnelle ajoutée à la preuve scripturaire. Pour suivre l'ordre des démonstrations théologiques, il faut ajouter la preuve de raison qui doit, elle aussi, rendre hommage à la Royauté sociale de Notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison nous apprend que Dieu est l'auteur de la société, non pas seulement en ce sens qu'Il a tiré du néant les individus qui la composent, mais encore parce qu'Il lui a donné la vie propre qui la caractérise&amp;amp;nbsp;: la vie sociale. L'homme, en effet, s'épanouit en famille et la famille en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Et après les avoir fondées, Dieu fait vivre les nations et les gouverne&amp;amp;nbsp;; Il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites, les bénédictions ou les châtiments, suivant qu'elles sont fidèles ou rebelles à sa loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent ainsi du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître Son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national. Voilà la preuve de raison. Mgr Pie nous l'expose dans sa 3è Instruction synodale. Commentant les paroles de saint Paul&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dieu, dit-il, a fait naître d'un seul, tout le genre humain&amp;amp;nbsp;; Il lui a donné le globe entier pour demeure, Il a défini le temps de l'apparition de chaque peuple et lui a marqué le lieu de son établissement. .. .L'ordonnateur suprême a fixé l'heure de chacune des nations, assigné leurs frontières, déterminé leur rôle, réglé leur durée et leur part d'action dans l'œuvre générale (V, 181), et, complétant la preuve de raison par la Révélation qui nous apprend que Dieu a donné les nations en héritage à Son Fils, leur Rédempteur, il s'écrie, faisant siennes les paroles d'un illustre écrivain&amp;amp;nbsp;: Les nations sont voulues de Dieu et conçues dans Votre grâce, ô Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! A chacune d'elles Vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de Vous, qui est la trame de ses destinées&amp;lt;ref&amp;gt;V, 182. Mgr Pie corrobore cette preuve de raison par la preuve historique. Tous les peuples ont assis la loi et les institutions publiques sur la base de la religion. Cherchez même dans le paganisme antique si dépravé, vous n'en verrez pas un qui ait exclu de parti pris les choses religieuses de la vie sociale. V, 189.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir ainsi constaté, en termes précis et magnifiques, l'action incessante de Dieu sur les nations qu'Il a créées et rachetées par Son Fils, Mgr Pie conclut que les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers «&amp;amp;nbsp;de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;V, 172 à 209. Il appelle cette conclusion, conclusion du bon sens, p. 175, conclusion évidente p. 183.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» et de rendre un hommage public et national à Dieu et à Son Christ. Qu'on lise dans la 3è Synodale les développements qu'il donne à cette conclusion. Toute citation, toute coupure les amoindrirait. Il faut les méditer dans le souple et rigoureux enchaînement qu'il leur a donné lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;Du paragraphe XXII au paragraphe XXVIII inclus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, nous croyons avoir dégagé de I'œuvre de Mgr Pie, une véritable thèse théologique, établissant par l'Écriture, la tradition et la raison, que N.-S.J.-C. est véritablement Roi, non seulement du Chrétien individuel, mais des peuples et de leurs chefs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : L'apostasie des nations modernes et ses conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: L'apostasie des nations modernes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre unique - L'attitude des nations en face de la Royauté du Christ.  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le passé, cette Royauté reconnue. Dans le présent, sécularisation progressive de la société et apostasie des pouvoirs publics.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Royauté sociale de Jésus est-elle acceptée par les nations et par les peuples&amp;amp;nbsp;? Le Droit chrétien, qui est le code du règne social de N.-S., est-il la règle de conduite des sociétés humaines&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie jette d'abord un regard sur le passé et il constate que pendant de longs et beaux siècles, la royauté sociale de Jésus-Christ était reconnue par la famille des nations européennes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien, nous dit-il, a été pendant mille ans le droit général de l'Europe&amp;amp;nbsp;» (V, 188-189) et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, poursuit le grand évêque, nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d'Israël. Qu'on compare les livres des Juges, des Rois et des Machabées avec les annales des nations catholiques et qu'on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités&amp;amp;nbsp;» (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à l'objection sur les vices et les crimes de ces époques de foi, il répond ainsi&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu'à dépouiller leur première nature. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c'est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances&amp;amp;nbsp;; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception&amp;amp;nbsp;». (I, 66-67) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera&amp;amp;nbsp;: tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité a été le produit du christianisme européen&amp;amp;nbsp;; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains&amp;amp;nbsp;; enfin ce que I'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;V, 189 Cf. aussi VII, 134 et sv. Dans son instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (Carême 1871) Mgr Pie établit ainsi la supériorité morale du passé sur le présent. Après avoir affirmé qu'il n'est donné à aucune balance humaine, mais à la seule balance de Dieu, d'établir la proportion exacte entre la moralité du présent et celle du passé, il ajoute : « Mais, en ce qui est de la gravité respective de tel ou tel péché, nous possédons des principes certains. Le mal moral, comme le mal physique, se discerne et se gradue d'après le genre et l'espèce ». Il note, ensuite, d'après saint Hilaire, une différence considérable entre l'impiété et le péché. « Par la grâce de Dieu, tout pécheur n'est pas impie, parce que tout péché n'est pas impiété ; au contraire l'impie ne peut pas n'être point pécheur, attendu que l'impiété implique par elle-même le plus grand péché ». C'est sur la gravité et la multiplicité du péché d'impiété que Mgr Pie se base pour affirmer que la société actuelle, sous un certain vernis de décence, est pourtant inférieure au point de vue moral à la société du Moyen-Age. « N'est-il pas trop manifeste, dit-il, que le nombre des impies s'est étendu parmi nous et qu'il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n'est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d'impiété n'est plus seulement le crime des particuliers, mais qu'il est devenu le crime de la société ? » VII, 98-100 ; X, 206-207.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reviendrons dans la 3è partie sur cette question de la civilisation de l'Europe sous le régime du droit chrétien.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passé, malgré ses vices et ses misères, reste donc la belle époque pour l'Europe. Jésus-Christ était alors reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le présent&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le présent, c'est Jésus-Christ chassé de la société, c'est la sécularisation absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale&amp;amp;nbsp;». (V, 172) Étudiant la politique contemporaine, Mgr Pie constate qu'elle n'est qu'une vaste conspiration contre le droit chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;X, 246. « Écoutez les politiques d'au delà de la Manche ou d'au-delà des Alpes et écoutez ceux du Nord et ceux du Midi, divisés par mille intérêts, par mille antipathies, par mille préjugés nationaux, la passion les met d'accord contre Dieu et Son Christ, contre l'Église de Dieu, contre le Vicaire du Christ ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vers quel but, écrivait-il le 27 décembre 1862 au comte de Persigny, ministre de l'Intérieur, vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société &amp;quot;laïque&amp;quot; et le principe chrétien&amp;amp;nbsp;? L'indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l'ère moderne. Et comme notre siècle est hardi à tirer les conséquences, voici que l'alliance du pouvoir civil et de l'orthodoxie est spéculativement et pratiquement attaquée dans son dernier représentant et dans sa suprême personnification qui est le roi Pontife. La démolition radicale et raisonnée de ce qui reste de la chrétienté européenne&amp;amp;nbsp;: voilà le fait et la théorie qui se dressent en face de nous&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 327 et VII, 100. « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l'athéisme de la loi et des institutions, qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence, ou même d'égale protection... il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers avait déjà, le 28 juillet 1859, dans une belle lettre au Pape Pie IX, formulé un jugement semblable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement temporel du Vicaire de Jésus-Christ, écrivait-il au Souverain Pontife, est aujourd'hui l'asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l'enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. Votre Sainteté, du sommet où Elle réside, l'a discerné mieux que personne&amp;amp;nbsp;: la crise actuelle est moins politique et internationale que religieuse et ecclésiastique. C'est un effort suprême de la Révolution et de l'enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l'Italie et jusque dans les États de l'Église, afin que l'Église n'ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du Droit chrétien dans les sociétés civiles&amp;amp;nbsp;». (III, 424) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle profondeur de vue et quelle saine appréciation des tendances du monde moderne&amp;amp;nbsp;! Comme les faits ont donné raison à Mgr Pie&amp;amp;nbsp;! Aussi, quelques années plus tard il pouvait s'écrier&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu&amp;amp;nbsp;». (VII, 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soulignons ces paroles&amp;amp;nbsp;: L'ERREUR DOMINANTE, LE CRIME CAPITAL, C’EST L'APOSTASIE DES NATIONS. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chassé des gouvernements, le droit chrétien se réfugie-t-il dans les individus&amp;amp;nbsp;? Y est-il à l'état d'énergique aspiration, de sainte revendication&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Hélas&amp;amp;nbsp;! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s'en épouvante, on y soupçonne quelqu'empiètement, quelqu'usurpation de puissance, quelque confusion d'attributions et de compétence&amp;amp;nbsp;». (III, 569&amp;amp;nbsp;; IX, 126) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est, d'après l'évêque de Poitiers, la situation lamentable du monde moderne, et pour son œil clairvoyant, il est évident que tous les maux qui affligent et menacent la société découlent de cet état d'apostasie générale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les périls et tous les maux d'une société découlent de ses erreurs et de ses crimes&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 3 Le jugement de Mgr Pie sur la société moderne a été confirmé par Léon XIII dans sa mémorable encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)&amp;lt;/ref&amp;gt; » nous dit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd'hui, écrivait le Souverain Pontife, il y une tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l'Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l'État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s'inspirent de ce dessein. Les lois, l'administration publique, l'éducation sans religion, la spoliation et la destruction des ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but&amp;amp;nbsp;: frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l'Église catholique et à néant ses autres droits&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, T. Il p. 37 (Édition Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section II&amp;amp;nbsp;: Conséquences de cette apostasie  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont donc, indiquées par le grand évêque, les conséquences funestes de l'erreur dominante et du crime capital des nations modernes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les trouvons ça et là éparses dans ses œuvres. Elles sont multiples. Distinguons celles qui regardent le salut des âmes et celles qui concernent l'existence, le développement, la prospérité de la société elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour les individus  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ruine des âmes. - Par la perte de la foi. - L'éloignement du prêtre. - L'infiltration profonde de l'enseignement irréligieux. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, le gouvernement qui a rejeté le droit public chrétien coopère à la damnation d'une multitude d'âmes. Cette affirmation étonne. Elle n'exprime pourtant que la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes, les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. C'est ce que nous allons essayer de démontrer, toujours guidé par la lumineuse doctrine du Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée détruit la foi, parce que ne voulant pas reconnaître les droits de Jésus-Christ sur les sociétés, il nie par le fait même la divinité de Jésus-Christ et de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si Jésus-Christ, proclame Mgr Pie dans une magnifique instruction pastorale, si Jésus-Christ qui nous a illuminés, alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce, n'a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu'il possédait au sein du paganisme, c'est que I'œuvre de Jésus-Christ n'est pas une œuvre divine. Il y a plus&amp;amp;nbsp;: si l'Évangile qui fait le salut des hommes est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples, si la lumière révélée profitable aux individus est préjudiciable aux sociétés, si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires&amp;amp;nbsp;; en d'autres termes, si Jésus-Christ à qui les prophètes ont promis et à qui Son Père a donné les nations en héritage ne peut exercer sa puissance sur elles qu'à leur détriment et pour leur malheur temporel, il faut en conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 588. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d’Antéchrists.fckLRfckLRUn auteur contemporain a exprimé la même vérité sous une forme saisissante : «  Nous ne sortirons pas de ces dilemmes: Ou l'Église est le salut des nations, ou sa doctrine leur est inapplicable ; ou les encycliques des Papes, affirmant non seulement pour les individus, mais pour les États l'obligation du culte public rendu au Christ Roi, sont des chartes à appliquer rigoureusement, ou elles ne sont que des sermons en l'air ; ou notre foi doit être la substance de toute notre vie, non seulement individuelle mais aussi politique et sociale, ou elle n'est qu'une hypocrisie ; ou la cité de Dieu comprend ce que Péguy appelait les paroisses charnelles, et alors il s'agit de les sauver charnellement, ou il n'est de Jérusalem véritable que les monastères et il n'est d'état saint que le sacerdoce, et la société civile est abandonnée à sa perdition et l'Incarnation n'est qu'un leurre et la nouvelle terre qu'un mythe ». VALLERY-RADOT, Univers 1919, p.339.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Et ailleurs, avec beaucoup plus de concision&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique et politique, c'est dire que l'Église n'est pas divine&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 434;IX, 166. Le christianisme ne serait pas divin s'il n'avait d'existence qu'au regard des particuliers et non au regard des sociétés.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on prouver en termes plus clairs que l'athéisme social conduit à l'athéisme individuel&amp;amp;nbsp;? Mais, observera-t-on, l'État laïque ne détruit pas la foi. Il laisse le croyant libre. Il affirme seulement que lui, gouvernement, ne reconnaît pas officiellement les droits de Jésus-Christ et de l'Église, et qu'il se maintient dans ce qu'il appelle &amp;quot;l'incompétence&amp;quot; et la &amp;quot;neutralité&amp;quot;. Mgr Pie rejette avec dégoût cette neutralité que certains voudraient appeler honnête. Il la déclare &amp;quot;criminelle&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, I, 358.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tel est à ses yeux «&amp;amp;nbsp;l'horrible et déraisonnable système de l'indifférence des religions&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 524.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Écoutons-le plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La loi n'est pas athée, a-t-on répondu, mais elle est incompétente. Eh quoi&amp;amp;nbsp;! au XIXè siècle la société est incompétente à prononcer l'existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Mais cette déclaration d'incompétence, qu'est-ce autre chose que l'athéisme de l'omission et de l'indifférence, à la place de l'athéisme d'affirmation et de principe&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres Sacerdotales, Il, 626.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est précisément cet athéisme de l'omission et de l'indifférence, proclamé par le gouvernement, qui arrache la foi du cœur des masses populaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Beaucoup d'hommes, écrit l'évêque de Poitiers, beaucoup d'hommes, certainement conservateurs et même catholiques par leur intention et leur volonté, n'ont pas l'air de s'en douter, et la chose est cependant démontrée par l'expérience&amp;amp;nbsp;; quand l'erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d'où il devient comme impossible de l'extirper&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 573, et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l'humanité et s'aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants ». VII, 102.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ne constatons-nous pas, en effet, avec douleur un fléchissement, une baisse et la presque disparition de la foi, depuis que les gouvernements impies ou neutres sont au pouvoir&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure avec Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'acte de foi, qui est la racine même de la Religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital&amp;lt;ref&amp;gt;V, 191. Voyez également, VII, 399.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte des âmes par l'incrédulité. Telle est la première conséquence de l'athéisme de l'État. Il faut y ajouter la perte des âmes occasionnée par l'opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d'âmes. S'adressant à ses prêtres, l'évêque de Poitiers disait&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si peu flatteuse que soit cette constatation, nous n'hésitons point à reconnaître qu'en effet le sacerdoce est devenu de nos jours l'objet d'une défiance plus générale et d'une défaveur plus obstinée qu'à aucune époque du passé. Jamais peut-être, l'opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n'avait été partagée par un si grand nombre d'esprits. Toute passion ardente et vivace a coutume de se trahir par un mot&amp;amp;nbsp;: le mot est désormais inauguré au vocabulaire de notre pays. La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d'un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Jetée aux passions de la rue, elle appelle sur la tête de celui qu'elle désigne, les dédains, les injures, et au moment donné, les fureurs de la passion populaire. Pourquoi nous le dissimuler&amp;amp;nbsp;? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d'avoir de la préférence ou qu'on soupçonne d'être animées de bon vouloir envers nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 367. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, Mgr Pie le constate, le prêtre est antipathique et cette antipathie, qui amène nécessairement la défiance et l'éloignement, prive les âmes de la nourriture divine de la parole de Dieu et de la grâce dont le prêtre est le dispensateur. Les âmes alors se perdent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais veut-on savoir quelle est pour le Cardinal Pie, la cause profonde et dernière de cette aversion pour le prêtre&amp;amp;nbsp;? C'est l'horreur qu'éprouvent les gouvernements modernes pour la royauté sociale de Jésus-Christ et pour le droit public chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie en trouve la preuve dans l'aveu de nos adversaires eux-mêmes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Par beaucoup de côtés, nous ne demandons qu'à vous être sympathiques, disent-ils aux prêtres. Mais la barrière insurmontable entre vous et nous, c'est la hauteur de votre mission, telle que vous vous obstinez à la comprendre. Que vous preniez soin de nos âmes, que vous nous prêchiez le devoir privé, nous y sommes consentants. Mais que, dans la sphère des choses publiques, vous opposiez vos dogmes à nos principes, que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre&amp;amp;nbsp;; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines&amp;amp;nbsp;; enfin qu'il vous appartienne de dire le dernier mot de l'orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l'autorité&amp;amp;nbsp;: voilà ce que l'esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 375. Cf. aussi : Œuvres sacerdotales : I, 334 et sv. Sur le sacerdoce et son influence sociale.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ailleurs, reprenant la même pensée&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Disons-le hardiment, la révolution n'est si acharnée contre le prêtre que parce qu'elle a placé la souveraineté de l'homme et du peuple au-dessus de la souveraineté divine. De ce dogme fondamental découle tout ce qu'elle appelle du nom très élastique de principes modernes et c'est cette apothéose de l'humanité qui ne lui permet pas de souffrir qu’une autorité, même sacrée et circonscrite dans la sphère morale de la doctrine et de la conscience, ait la prétention de parler de plus haut que l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 460, 461. Instruction pastorale sur un devoir urgent de la génération actuelle envers le sacerdoce. (Carême 1877).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces textes sont clairs. Sans hésitation aucune, ils rejettent sur les pouvoirs athées ou neutres, issus de la Révolution, la responsabilité suprême de l'aversion de la société moderne pour le prêtre. Les pouvoirs ne veulent à aucun prix du règne social de Jésus-Christ et ils s'efforcent en mille manières d'éloigner du prêtre, prédicateur obligé du Droit social chrétien, la multitude de leurs subordonnés. En effet, ne voyons-nous pas dans nos églises, le vide immense laissé par les fonctionnaires de l'État et par tous ceux qui ont à attendre quelque faveur du gouvernement&amp;amp;nbsp;? Que cet éloignement du prêtre soit la cause de la perte d'un grand nombre d'âmes, nous l'avons déjà montré&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal Pie, dans ses dernières allocutions (9 mai 1880), montre dans les décrets contre les Ordres religieux, une conséquence directe de l'athéisme de l'État, une « déduction logique de maximes sacrilèges élevées à la hauteur de principes et de dogmes sociaux » X, 148-149. Ainsi, l'État sans Dieu éloigne les âmes et du prêtre, distributeur officiel de la grâce, et du religieux, modèle de perfection évangélique. Voyez V, 12, et VIII, 32-33.fckLRfckLRLe P. LIBERATORE a bien étudié les causes profondes de la guerre des gouvernements impies contre les ordres religieux. L’Église et l’Etat, I, Il. Du naturalisme politique ch. VI, 226-232.fckLRfckLRQuiconque aura lu ces pages, comprendra la justesse de cette réflexion de Louis Veuillot, lorsqu'il parle de l'aversion des hommes politiques pour les religieux. « Une grande merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes que la liberté de leurs opinions a beaucoup plus à craindre d'un seul religieux que de cent régiments ». Parfums de Rome, Il 1. VII 67.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, l'État qui a rejeté l'autorité sociale de Jésus-Christ, entraîne la ruine d'un très grand nombre d'âmes par l'enseignement de cette doctrine que l'évêque de Poitiers désigne sous le nom de naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l'homme et la société à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement athée n'est pas l'auteur du naturalisme puisque lui-même en est né&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Pie (Œuvres sacerdotales, I, 46, note) signale une des causes importantes de l’enseignement irréligieux. « L'éducation publique n'est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l'éducation domestique est nulle ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il en est le propagateur le plus actif et le plus influent par l'enseignement officiel donné au nom de l'État. Le Cardinal Pie a surpris sur les lèvres de nos adversaires&amp;lt;ref&amp;gt;V. Cousin et Ad. Garnier, adversaires peut-être inconscients, mais néanmoins, par leur doctrine, précurseurs de nos laïques modernes : Ferry, Buisson, Aulard, Payot et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt; l'aveu que l'apostasie de l'État a engendré l'école neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Depuis que nous possédons la liberté de conscience (et c'est Mgr Pie qui les cite) cette précieuse conquête de notre Révolution, disent-ils, depuis l'abolition d'une religion dominante, les principes de la société ne permettent pas qu'une religion positive puisse aujourd'hui diriger l'éducation nationale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 208. Voyez aussi Il, 401, ce passage très important : « la liberté de conscience... l'abolition d'une religion dominante permettent moins que jamais de remettre les écoles de l'État entre les mains d'un ministre du culte. L'État professera les vérités religieuses communes à toutes les diverses religions, c'est là la religion la plus haute, la plus universelle ou la plus catholique dans le sens étymologique du mot »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et encore III, 199&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp; L'enseignement philosophique, surtout s'il est donné au nom de l'État et par des professeurs et des écrivains rétribués de l'État, doit se conformer aux lois et aux doctrines de l'État. Or, le principe fondamental de la société moderne, la grande conquête de la Révolution, c'est la liberté des cultes, la liberté des croyances. L’enseignement philosophique doit donc respecter la liberté individuelle des intelligences et pour cela il doit faire abstraction de toutes les religions positives et proclamer seulement les principes généraux de la loi et de la morale naturelles qui sont communs à toutes les religions. Ainsi l'exigent le respect des consciences et l'esprit de nos institutions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc une éducation nationale en dehors de Jésus-Christ. Est-ce assez dire&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie, dans la force de sa logique, affirme clairement qu'une telle éducation est contre Jésus-Christ. Dans sa seconde instruction synodale il écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parce que Jésus-Christ a été constitué roi de toutes choses, parce que son empire ne connaît pas de frontières, parce que la raison et la nature sont précisément le domaine au centre duquel il entend établir le règne de la foi et de la grâce&amp;amp;nbsp;; en un mot, parce que la philosophie (dont s'inspire l'enseignement de l'État) ne peut éliminer Jésus-Christ comme elle le voudrait, elle est conduite forcément à le nier, à le poursuivre, à le lapider&amp;amp;nbsp;». (III, 215) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers cependant constata plus d'une fois que les textes des lois sur l'enseignement ne formulaient pas ces ultimes conséquences (III, 209), mais le naturalisme de l'État dirigeant l'éducation nationale, les contenait dans ses principes. Le programme de l'enseignement neutre pleinement appliqué depuis 1880, était déjà élaboré du temps de Mgr Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. l'École et la Maçonnerie avant la 3è République dans Ami du Clergé 1919, colonne 1269, et Mgr BAUNARD : Un siècle de l’Église de France, ch 5, on y trouvera des détails intéressants sur Jean Macé et la ligue maçonnique de l'enseignement établie sous le second Empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et l'enseignement supérieur donné par l'Université de l'État n'était qu'une leçon de naturalisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est ce qui explique toute l'attitude des catholiques contemporains de Mgr Pie contre l'Université et la morale universitaire. Voyez, Histoire du Cardinal Pie par Mgr BAUNARD. I, L. II, ch. 2, 289-300 et ch. 6, 450-480.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait trop long de relater ici tout ce que l'évêque de Poitiers a écrit contre ce naturalisme propagé et défendu par les écoles de l'État&amp;lt;ref&amp;gt;Voici le passage le plus substantiel du Cardinal Pie contre le naturalisme : « Le naturalisme est le règne absolu du mensonge et du mal... Le naturalisme, fils de l'hérésie, est bien plus qu'une hérésie ; il est le pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes ou qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines, le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de Son royaume, le naturalisme l'élimine du monde et de la création... il s'en suit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout ; ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et ce qui est l'ambition suprême de Satan ». VII, 193-194. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la grande erreur qu'il n'a cessé un instant de combattre. Contentons-nous de signaler qu'il démontre avec une clarté et une vigueur incomparables, l'inanité pour le salut éternel de cette religion naturelle et de ces vertus naturelles, l'inanité de ce naturalisme, de cette prétendue religion supérieure de l'humanité, triste conséquence de l'athéisme d'État. Il consacre sa première et sa deuxième instruction synodale sur les erreurs du temps présent, à montrer que cette morale naturaliste, cette morale indépendante de Jésus-Christ et de l'Église, cette morale laïque comme on l'appelle aujourd'hui, «&amp;amp;nbsp;n'aboutit qu'à des vertus dont Bossuet dit que l'enfer est rempli&amp;amp;nbsp;» (II, 378), et saisi d'épouvante, il s'écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la conséquence extrême et totale sera l'enfer&amp;amp;nbsp;». (V, 189) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute encore&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le Concile du Vatican l'à signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd'hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l'enfer plus qu'à d'autres époques, c'est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu'elle est une institution révélée, s'emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l'exclure de l'esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu'on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C'est la stérilité complète dans l'ordre du salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 400-411. Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé (7 avril 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l'éternité, est, en très grande partie, redisons-le, la conséquence logique de l'enseignement de l'État qui ne reconnaît plus Jésus-Christ et «&amp;amp;nbsp;qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de Son Fils le mandat direct et officiel d'enseigner du haut des chaires publiques&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 63 et IX, 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française. Voyez sur ce point le bel ouvrage du P. MAINAGE, O. P. Les témoins du renouveau catholique, p. 21, 22, 23, 68 et autres.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un très grand nombre d'âmes égarées hors des voies du salut, telle est la plus terrible conséquence de la négation de la royauté sociale de Jésus-Christ&amp;lt;ref&amp;gt;M. le Ch. VIGUE dans ses Pages choisies du Cardinal Pie, Introduction LXI, flétrit avec énergie cette influence funeste de la société athée sur les individus : « Tant que le Christ ne règne pas sur les sociétés, son influence sur les individus eux-mêmes demeure superficielle et précaire. S'il est vrai que I'œuvre de l'apostolat se ramène, en définitive, à des conversions individuelles et que ce ne sont pas les nations qui vont au ciel, mais les âmes, une par une, il ne faut cependant pas oublier que l'individu vit profondément engagé dans une organisation sociale qui perpétuellement influe sur lui. Chrétienne elle le rend chrétien : non chrétienne, elle l'empêche de croire, ou s'il est croyant elle tend à ruiner sa foi. Supposez des institutions sociales maintenues chrétiennes, alors que le Christ ne vit plus au fond des cœurs : la religion n'est plus là que comme une enseigne déplaisante, on ne tardera pas à l'arracher. Mais par contre, essayez de convertir les individus sans vouloir christianiser les institutions sociales, votre œuvre reste fragile : ce que vous avez édifié le matin, d'autres le soir viennent le renverser.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le Cardinal Pie, nous avons vu que l'État par le fait même qu'il ne reconnaît pas officiellement le Divin Roi Jésus, détruit la foi dans les individus, les éloigne du prêtre et leur donne un enseignement qui n'aboutit qu'à la ruine définitive des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Est-ce que la tactique des ennemis de Dieu n'est pas pour nous instruire&amp;amp;nbsp;? Ils veulent toujours l'arracher du cœur des individus&amp;amp;nbsp;; ils font encore plus d'efforts pour le chasser des institutions sociales. Une seule défaite de Dieu dans le domaine, c'est l'ébranlement de la foi, sinon sa ruine, dans un grand nombre d'âmes&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions maintenant la situation actuelle de la France et si nous nous demandons pourquoi, suivant la remarque de Taine, «&amp;amp;nbsp;la foi a augmenté dans le groupe restreint et diminué dans le groupe large&amp;amp;nbsp;? Pourquoi encore, par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale à l'exemple de la grosse masse urbaine est en train de devenir païenne&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;», Mgr Baunard nous répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si la France redevient païenne, ce n'est pas de son propre mouvement, mais plutôt sous l'écrasante dépression que lui fait subir le poids de l'État sans Dieu, de l'école sans Dieu, de la presse sans Dieu... Ce n'est pas la foi qui dépérit par une dégénérescence spontanée, c'est la foi qui est violemment arrachée des âmes et surtout de l'âme des enfants. La tentative des adversaires consiste à détruire la religion en stérilisant les germes de la foi&amp;amp;nbsp;». Un siècle de l’Église de France. Ch 21. p. 500. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre II&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour la société  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La grande loi du gouvernement divin&amp;amp;nbsp;: comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations. Les fléaux, châtiment transitoire de l'apostasie nationale. La décadence morale de la société, châtiment permanent de cette apostasie. - Trois caractères principaux de cette décadence&amp;amp;nbsp;: l'injustice, le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guidés toujours par le grand évêque de Poitiers, considérons maintenant les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l'histoire. C'est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c'est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations&amp;lt;ref&amp;gt;X, 445 Sur cette loi de talion : Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations, voyez : Lettre de Mgr Pie à M. Foisset : Vie II, L. III, ch. 2. p. 65-66, à l'archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l'ouvrage L'infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet : p. 485-486-487. Voyez : Œuvres sacerd., Il, p. 353-627 et V, 176 ; VII, 361-539-540 ; VIII, 90 ; X, 259-445.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh bien&amp;amp;nbsp;! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire&amp;amp;nbsp;: à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de Sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu... Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur, c'est l'abandon et le rejet le plus absolu&amp;amp;nbsp;» (V, 176). Et encore&amp;amp;nbsp;: œil pour œil, dent pour dent, quand il s'agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l'autre monde, cette loi du talion finit toujours par s'accomplir sur la terre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quiconque Me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, Je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, Je le renierai à la face du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;». (VIII, 90). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi&amp;lt;ref&amp;gt;I, 101-102. « C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher la cause de tous nos maux. C’est là le triste début de toutes nos fautes et par conséquent le point de départ de tous nos malheurs. Nous avons depuis bien longtemps renversé un premier trône, celui de Dieu, nié une première souveraineté : la souveraineté divine... Tous nos torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu que nous avons péché ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles&amp;amp;nbsp;? C'est ce que nous voulons chercher avec lui. Ici, il faut limiter notre sujet et nous occuper spécialement de la France, car l'évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l'apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande Révolution, et tout particulièrement l'humiliante défaite de 1870, ont été la punition de cette apostasie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Alors, constate-t-il, la fortune nous a surtout été contraire, parce que nous n'avons pas eu Dieu avec nous, et nous ne l'avons pas eu avec nous, parce que depuis longtemps, et dans les œuvres de la paix et dans les œuvres de la guerre, nous avions cessé d'être avec Lui, de travailler et de combattre pour lui&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 22-23. Hélas! Mgr Pie le constate avec douleur, cette leçon des désastres de 70 ne fut pas comprise. « A l'heure présente, écrivait-il le 31/10/1870, parmi ceux de nos concitoyens qui ne ferment pas les yeux à la lumière des enseignements terribles donnés à notre nation, que voyons-nous et qu'entendons-nous ? A la vérité, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui confessent, qui déplorent, qui condamnent et enfin veulent réparer les fautes et les omissions personnelles de leur vie, quant à l'accomplissement du devoir religieux. Il en est un assez grand nombre encore qui voient dans ces dures épreuves un châtiment et un remède aux idées d'orgueil, aux habitudes de cupidité, de luxe, aux excès de sensualisme et de naturalisme qui avaient envahi presque toutes les conditions sociales. Mais à qui vient-il en pensée de se demander si cet effondrement complet d'une grande nation, n'aurait pas sa cause dans un grand péché national ; si l'abandon momentané où Dieu nous laisse ne serait pas sa réponse aux systèmes politiques qui lui donnent congé ? » VII, 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fléaux, premières représailles de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c'est la décadence morale de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec les apologistes catholiques, Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Écoutons-le. C'est à la France qu'il s'adresse&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
O France, plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le nom de Dieu est sorti pour la première fois de ta constitution. Or, je t'adjure aujourd'hui de montrer les fruits de ce demi-siècle d'expérience. Je prête l'oreille et j'entends un murmure confus qui éclate de toutes parts. O mon pays, je ne te juge point témérairement, puisque je te juge d'après tes propres paroles&amp;amp;nbsp;: Ex ore tuo te judico. Il n'y a plus de moralité, plus de justice&amp;amp;nbsp;; tout s'en va, tout dépérit, tout est à refaire, la société a besoin d'une réforme générale&amp;amp;nbsp;; tel est l'aveu qui s'échappe de tous les coins du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les résultats, voilà donc les progrès obtenus depuis que nous avons donné l'exclusion à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Il n'y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent&amp;amp;nbsp;; il était facile de les prévoir. Est-ce qu'un sage du paganisme n'a pas dit qu'on bâtirait plus aisément une ville en l'air qu'une société sans Dieu&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'orateur romain n'a pas dit qu'avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice&amp;amp;nbsp;? Est-ce que l'Esprit Saint n'a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n'ont à espérer que des ruines&amp;amp;nbsp;: Regnantibus impiis, ruinæ hominum&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous ajoutez&amp;amp;nbsp;: tout s'en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne&amp;amp;nbsp;; il eût été facile de le prévoir... Car la législation qui fait profession de neutralité et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité&amp;amp;nbsp;? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même&amp;amp;nbsp;? Nous n'avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds&amp;amp;nbsp;: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'une chimère&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, Il, 627-628-629. 2° Conférence sur le Symbole, Chartres 1847.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce tableau rapide de la décadence sociale que Mgr Pie vient de faire passer sous nos yeux, il nous a montré surtout la disparition de la bonne foi, de la sûreté du commerce, et le règne universel de l'injustice. L'absence de la justice, la plus excellente de toutes les vertus, comme il l'appelle, est en effet un des caractères les plus saillants de la décadence actuelle. Deux autres caractères complètent la physionomie morale de la société moderne&amp;amp;nbsp;: le sensualisme égoïste et l'orgueil effréné. L'évêque de Poitiers les a rigoureusement stigmatisés, et, chose remarquable, il a signalé l'apostasie nationale comme la cause principale de l'effroyable débordement de ces deux vices à notre époque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans l'instruction pastorale de 1871, il écrivait qu'il est « trop évident que l'irréligion a multiplié et aggravé au sein de la société un grand nombre de vices mal déguisés sous un certain vernis de décence ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire la magnifique instruction pastorale de 1853&amp;lt;ref&amp;gt;Instruction pastorale sur l'esprit de renoncement et de sacrifice. Carême 1853. I, 590-622.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux, remarque-t-il. Saint Paul s'affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu'il y eût beaucoup d'ennemis de la croix&amp;amp;nbsp;; et cette plainte, l'Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Toujours le bien a été mélangé de beaucoup de mal sur la terre... Mais aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, les ennemis de la Croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L'homme n'avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance&amp;amp;nbsp;; une apothéose purement métaphysique ne l'eût pas longtemps satisfait. C'est le propre de Dieu de s'aimer Soi-même, de rapporter tout à Soi. L'homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l'homme une fois admis, l'idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion. Et Mgr Pie signale les ravages de cette religion de l’égoïsme, de cette morale du &amp;quot;chacun pour soi, chacun chez soi&amp;quot;. Ce n'est pas seulement le vice odieux de la gourmandise, aux excès duquel plusieurs savent se soustraire, ni même ces passions honteuses, que quelques-uns savent modérer jusqu'à un certain point, c'est surtout l'introduction dans la société de mœurs profanes et d'habitudes efféminées et voluptueuses. Aujourd'hui, dit-il, ce n'est plus le goût des grandes choses qui domine dans notre nation jadis si magnifique. Nous avons emprunté à un peuple séparé depuis trois cents ans de la croyance et aussi de la morale de l'Église, cet amour du luxe commode, cette recherche de l'aisance et du bien-être, disons le mot, puisque nous l'avons pris avec la chose, ce confortable qui énerve les caractères, qui dévore comme une plante parasite les force vitales de l'âme, qui rapetisse les intelligences et concentre tout entier dans les soins minutieux d'un ameublement de boudoir, dans les détails d'une parure, dans l'ordonnance de divertissements pleins de mollesse. Que sais-je&amp;amp;nbsp;? Dans ces superfluités de bon ton, dans ces mille riens qui sont devenus une nécessité du temps présent. Et, tandis que chez nos pères, la splendeur et le faste n'étaient guère que pour les yeux du visiteur et de l'étranger, ou pour la satisfaction de l'hôte ou de l'ami, aujourd'hui, c'est vers l'idole du moi, c'est vers la destination intime et personnelle que convergent tous les perfectionnements du luxe et de l'élégance.&amp;amp;nbsp;» (I, 597-601) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont pour notre société française les effets funestes de ce sensualisme égoïste, châtiment permanent de notre apostasie nationale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sensualisme de nos contemporains est intimement lié à un autre vice plus dangereux encore pour la société. C'est l'orgueil effréné, la fièvre du pouvoir et des honneurs, l'ambition des charges publiques, ce qu'un auteur a appelé avec raison «&amp;amp;nbsp;la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s'abattre sur un peuple&amp;lt;ref&amp;gt;Fustel de Coulanges cité par Mgr DELASSUS : Vérités sociales et erreurs démocratiques. p. 95.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons toujours Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c'est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu'il occupe. Le mal de la France, ce n'est pas précisément la méchanceté, la perversité des caractères, non, il y a dans cette noble race, un fond inamissible de bonté, de douceur, de modération. Mais on veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur&amp;amp;nbsp;; à un jour dit, on se ferait cruel. Combien ne connaissons-nous pas d'hommes remplis de toutes sortes de bonnes qualités, mais toujours agresseurs&amp;amp;nbsp;! Que faudrait-il pour les satisfaire&amp;amp;nbsp;? Il ne leur manque qu'une chose, c'est d'être princes, et princes souverains, ou mieux encore c'est d'être ministres tout puissants d'un prince qui n'en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d'être les chefs suprêmes d'une démocratie constituée à l'état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n'est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n'obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s'attribuer le mérite de tout&amp;amp;nbsp;: la plupart de ces hommes se montreront d'assez bons princes&amp;amp;nbsp;; l'histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d'une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu'à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible&amp;amp;nbsp;; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu&amp;amp;nbsp;». (IX, 226-227&amp;amp;nbsp;; II, 312) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il désespérer du salut de cette société corrompue par le triple mal de l'injustice, du sensualisme et de l'orgueil&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenons-nous de l'affirmation si souvent répétée par l'évêque de Poitiers. C'est, nous a-t-il dit, l'oubli officiel de la souveraineté de Dieu qui a favorisé les prodigieux développements de l'injustice sociale, du sensualisme égoïste et de l'orgueil ambitieux. Le remède se trouve donc dans la proclamation officielle de cette souveraineté. Si les droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église sont comme autrefois officiellement et loyalement reconnus par la société française, un nouvel esprit pénétrera peu à peu toutes les classes sociales&amp;amp;nbsp;: esprit d'humilité, esprit de sacrifice et de renoncement, esprit de justice et de charité. La société sera sauvée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre III&amp;amp;nbsp;: Conséquences pour le pouvoir&amp;lt;br&amp;gt;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tyrannie. - Instabilité. - Nullité des hommes.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir exposé avec Mgr Pie, les conséquences pour la société de l'apostasie nationale, montrons quelles sont les représailles de la justice divine envers le pouvoir public lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La responsabilité du Pouvoir est très grande, car en se séparant de Jésus-Christ, il en a séparé officiellement le pays. Le châtiment sera proportionné à sa faute et il aura une répercussion sur la société tout entière, à cause de l'union étroite qui existe entre les chefs et les subordonnés, entre les dirigeants et les dirigés. Voici les maux dont le pouvoir sera atteint&amp;amp;nbsp;: la tyrannie, l'instabilité, le manque absolu de grands hommes, et il n'en guérira pas qu'il ne soit retourné officiellement à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d'abord la tyrannie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le droit chrétien seul, enseigne le grand évêque, est profondément antipathique au despotisme parce que les institutions chrétiennes sont le plus sûr rempart de la liberté et de la dignité des peuples... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l'homme, et l'homme ne tarde pas à s'incarner dans le pouvoir, dans l'État, dans César&amp;lt;ref&amp;gt;V, 199. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» ou dans l'omnipotence anonyme du parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la religion n'est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s'érige en tyrannie, jusqu'à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. &amp;quot;Après que plusieurs tyrans se sont succédé, dit l'Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu'on n'aurait jamais soupçonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: et insuspicabilis portavit diadema. Telles sont les destinées de l'humanité émancipée de l'autorité tutélaire du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 379. Instruction pastorale sur l'opposition à Dieu manifestée par l'opposition au prêtre (Carême 1872).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles ont été aussi les destinées de notre pays, dès qu'il a été officiellement séparé de Dieu. Il a été livré à la tyrannie des pouvoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la succession des tyrannies qui' ont pesé durement sur la France en punition de son apostasie, le grand évêque signale tous les régimes issus de la Révolution française&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Despotisme de la terreur et de l'échafaud bientôt suivi du despotisme du sabre&amp;amp;nbsp;; voilà, dit-il, comment la Révolution française a tenu ses promesses d'émancipation. Il n'en pouvait être autrement. Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N'étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses&amp;amp;nbsp;: libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s'effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d'épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l'abîme de la barbarie. C'est ainsi qu'après les longs tâtonnements d'un Directoire impuissant et irrésolu, après les interminables et stériles discussions d'assemblées sans doctrine et sans cohésion, on a vu la France, au commencement et au milieu de ce siècle, s'abandonner aux bras d'un absolutisme tout d'abord proclamé sauveur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 52-53. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce tout&amp;amp;nbsp;? Clairvoyant comme l'Église sa Mère&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concile du Vatican, dans sa première Constitution, avait signalé le socialisme ou la destruction des bases mêmes de la société, comme la conséquence du naturalisme. Quelques mois après, le mouvement révolutionnaire de la Commune venait justifier la clairvoyance des Pères du Concile. « Nous ne pensions pas toutefois, écrit à ce sujet Mgr Pie, qu'avant une année écoulée, nous dussions lire, transcrites en caractères de sang et de feu ces déductions naturalistes pacifiquement exposées dans nos actes, et que les événements dussent fournir au texte du concile une démonstration si prochaine et un si effrayant commentaire ». VII, 197.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Évêque de Poitiers a signalé une autre tyrannie plus terrible et plus redoutable encore&amp;amp;nbsp;: le socialisme et le communisme. C'est la grande tyrannie de l'avenir. Elle ébranlera, jusqu'au dernier, tous les fondements de la société qui aura rejeté officiellement Jésus-Christ et Son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons Mgr Pie nous expliquer la genèse de cette dernière décadence sociale qui est à la fois la plus abjecte des tyrannies&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les idées gouvernent et commandent les actes. Or, parce qu'il y a encore une société, et que même après qu'elle a méconnu Dieu, trahi Dieu, expulsé Dieu, la société est obligée sous peine de mort, de s'attribuer et d'exercer des droits divins, par exemple d'affirmer certains principes, d'établir des lois, d'instituer des juges, de se protéger ellemême par des armées, enfin d'opposer des digues à ce qu'elle nomme encore le mal, et que d'autres appellent le bien, attendu que c'est la satisfaction d'un besoin naturel, d'une vie naturelle, de cette nature enfin qui est le vrai et l'unique divin, à cause de cela, et en haine des éléments conservateurs qu'elle est forcée de retenir, la société naturelle se voit en butte à toutes les agressions dont l'ordre surnaturel avait été le point de mire. A son tour, elle est la grande ennemie, la grande usurpatrice, le grand tyran, le grand obstacle qu'il faut renverser et détruire à tout prix&amp;amp;nbsp;: société politique et civile, société même domestique, car les deux sont fondées sur la stabilité du mariage qui est pour la nature un joug intolérable, sur l'hérédité qui est une violation manifeste de l'égalité naturelle et enfin sur la propriété qui est le vol par les individus d'un bien appartenant par nature à tous. Et ainsi, de négations en négations, le naturalisme conduit à la négation des bases mêmes de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l'injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. Nous voici au socialisme et au communisme&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 196. Instruction synodale sur la première constitution du Concile du Vatican, 17 juillet 1871.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première synodale sur les erreurs du temps présent, Mgr Pie avait prouvé par l'histoire des révolutions du dernier siècle que c'était bien notre droit public athée, hostile aux libertés essentielles de l'Église et tout particulièrement à son droit de propriété, qui avait donné naissance chez nous au socialisme et au communisme. Ce passage doit être cité&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il fut dit à la France, dès le début de la révolution&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;En spoliant l'Église, vous jetez la première pierre à la propriété&amp;amp;nbsp;: l'attaque ne s'arrêtera pas là, et, avant un demi-siècle, un assaut général lui sera livré&amp;amp;nbsp;». Cet oracle était prophétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que l'ébranlement de la propriété aujourd'hui ne soit pas sans rapport avec les coups portés au principe de la propriété par la négation des droits de l'Église&amp;amp;nbsp;; c'est une vérité dont l'un de nos hommes d'État les plus éminents s'est fait l'interprète, il y a quarante ans bientôt lorsqu'il disait (CHATEAUBRIAND, Opinion sur la vente des forêts, prononcée à la chambre des Pairs, le 21 mars 1817) dans la haute chambre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Messieurs, j'ose vous le prédire, sous un gouvernement qui représente l'Ordre, si vous n'arrêtez pas la vente de ces biens, aucun de vous ne peut être assuré que ses enfants jouiront paisiblement de leur héritage... Je sais que, dans ce siècle, on est peu frappé des raisons placées au-delà du terme de notre vie&amp;amp;nbsp;: le malheur journalier nous a appris à vivre au jour le jour. Nous vendons les bois de l'Église&amp;amp;nbsp;; nous voyons la conséquence physique et prochaine&amp;amp;nbsp;», qui est l'argent dans les caisses de l'État&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe&amp;amp;nbsp;; le temps fuit rapidement dans ce pays&amp;amp;nbsp;: en France l'avenir est toujours prochain&amp;amp;nbsp;: il arrive souvent plus vite que la mort&amp;amp;nbsp;». Deux ou trois révolutions survenues depuis que ce discours fut prononcé, révolutions dont la dernière est plus sociale encore que politique, disent si la prévision de l'orateur était le fruit de cette logique à outrance que les faits ne justifient jamais&amp;amp;nbsp;». Il, p.351 et 352. Même doctrine dans les deux admirables sermons, prononcés à Chartres en 1849 pour le droit de propriété. Œuvres sacerd., II, 666-717. Sur le rapport de la question sociale et de la question religieuse, voyez encore Instruction pastorale sur l'aumône Il, 94-96. Allocution à la bénédiction du cercle catholique de Parthenay IX, 226-227, de celui de Chatellerault, 250-251. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie, l'instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de Son Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'instabilité du pouvoir en France est une constatation familière à Mgr Pie et qu'on retrouvera à chaque page de ses œuvres&amp;lt;ref&amp;gt;IV, 526-527 ; VII, 97-102 ; IX, 126. « Qu'est-ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une de ses homélies célèbres, il compare la société française à l'épileptique de l'Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre&amp;amp;nbsp;; rien de plus commun que de voir ses institutions à vau-l'eau&amp;amp;nbsp;; parfois même, elle devient la proie des flammes. Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l'histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit&amp;amp;nbsp;: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive&amp;amp;nbsp;? demande Jésus au père de l'épileptique. Réponse&amp;amp;nbsp;: Depuis son enfance, at ille ait&amp;amp;nbsp;; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance&amp;amp;nbsp;; volontiers il se dit l'enfant de 89. Or, depuis cette époque fatidique, notre patrie a été constamment sous l'empire de cette singulière affection morbide que les latins, par une synonymie curieuse dont les lexiques offrent l'explication, appellent d'un nom qui peut également signifier le mal de l'épilepsie et le mal parlementaire, le mal des assemblées et des comices morbo comitiali laborans. A partir de ce temps, la chose publique n'a pas discontinué de subir l'influence des lunaisons. Et ecce spiritus apprehendit eum et subito clamat, et elidit, et dissipat eum cum spuma, et vix discedit, dilanians eum. Tout à coup, et à tout propos, l'esprit de vertige s'empare de son corps&amp;amp;nbsp;: ce sont des cris, des renversements à terre, des contorsions et des convulsions avec écume à la bouche et grincements de dents. Trop heureux quand le pays en est quitte pour des déchirements et des blessures&amp;amp;nbsp;; et si la mort ne suit pas ces accès de rage, il y a toujours perturbation profonde des intérêts, dessèchement des sources de la vie sociale et de la fortune publique&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 18-19. Homélie (25 novembre 1873). Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l'on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l'opinion. L'opinion, c'est-à-dire, quant à son origine, l'acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu'elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée ». IX, 125. Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur (1er juin 1875).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la tyrannie et l'instabilité, le manque total de grands hommes, ce que Mgr Pie appelle «&amp;amp;nbsp;la décadence et la nullité des hommes&amp;lt;ref&amp;gt;IX, 345-346. Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de N.D. de Lourdes (3 juillet 1876).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», châtiment suprême des sociétés qui ont rejeté le Christ Roi. Châtiment suprême, puisque ces sociétés n'ont plus d'hommes qui puissent les délivrer de la tyrannie et les guérir de la fièvre des révolutions. Il n'y a pas d'hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, nous dit l'évêque de Poitiers, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l'horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l'a précédé&amp;amp;nbsp;; c'est comme une compétition et une rivalité d’impuissance&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les principes manquant, explique-t-il, la disette d'hommes est devenue si grande dans le camp de l'ordre qu'on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 289. Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples (13 août 1871).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je le crois bien, continue Mgr Pie, il n'y a pas d'hommes là où il n'y a pas de caractères, il n'y a pas de caractères où il n'y a pas de principes, de doctrines, d'affirmations&amp;amp;nbsp;; il n'y a pas d'affirmations, de doctrines, de principes, où il n'y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 353. Homélie (Noël 1871). Dans une lettre à M. de L'Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes. « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l'on a appelés bien pensants n'ont pu parvenir à bien penser. C'est lamentable ! » Histoire du Cardinal Pie L, ch. VII p. 221.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Jamais, écrit-il encore, le monde n'a été livré aux chances du hasard et de l'imprévu autant qu'il l'est à cette heure. Tout ce qu'il y a de solide dans la raison et dans la tradition naturelle, achève de s'évanouir avec les notions de la foi. Les plus grandes et les plus urgentes questions européennes demeurent sans solution. Avec la fixité des principes, a disparu toute fixité de vues&amp;amp;nbsp;; les difficultés s'aggravent par les efforts qu'on fait pour les aplanir, comme ces nœuds qui se serrent davantage sous la main qui cherche à les dénouer, comme ces écheveaux qui se mêlent et deviennent inextricables après le travail qui tendait à les débrouiller&amp;lt;ref&amp;gt;V, 206. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le grand évêque insiste sur ce point&amp;amp;nbsp;! Avec quelle douleur, il constate que nos grands hommes, nos prétendus restaurateurs ne sont que des nains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment, s'écrie-t-il, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n'existe pas encore&amp;amp;nbsp;? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu&amp;amp;nbsp;; obliti sunt Deum, et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu'attendent les mêmes châtiments divins. N'apprendront-ils donc point, à l'école de l'histoire et du malheur, ce qu'ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu'on ne se moque pas de Dieu&amp;amp;nbsp;: Nolite errare, Deus non irridetur&amp;amp;nbsp;? Or, c'est se moquer de l'Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de Lui&amp;lt;ref&amp;gt;On doit dire qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui veulent tout d'abord conserver Dieu, Jésus-Christ, l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Depuis l'Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l'ordre moral ne peut être que le gouvernement de l'ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de Son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l'anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 2-3 Lettre pastorale qui ordonne les prières publiques demandées par l'assemblée nationale (15 octobre 1873).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, dans cette disette de grands hommes ainsi constatée, le Cardinal Pie refuse absolument ce nom à ceux que prétend lui opposer le parti libéral et conservateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un mot il dénonce leur incapacité. «&amp;amp;nbsp;Ils reculent, dit-il, devant la logique du bien&amp;amp;nbsp;»... «&amp;amp;nbsp;à l'heure où il serait si essentiel que les bons fussent pleinement bons, voici que, contrairement à la recommandation de l'Apôtre, il s'est établi une société de la lumière et des ténèbres, une convention du Christ avec Bélial, un pacte du fidèle avec l'infidèle, un accord du temple de Dieu avec les idoles, et quand l'Église nous crie avec le même apôtre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sortez de ce milieu, séparez-vous-en, ne touchez pas à cet ordre immonde d'idées et de choses et moi je vous reprendrai sous ma protection et vous replacerai sur mon sein paternel&amp;amp;nbsp;; voici que c'est le christianisme du siècle qui veut éclairer l'Église enseignante et en particulier lui apprendre dans quelle mesure le droit de maudire et de blasphémer est un droit désormais acquis aux hommes, un droit qui doit être reconnu, proclamé, protégé, organisé au sein des sociétés humaines&amp;lt;ref&amp;gt;VII, 65. Homélie sur l'action simultanée du bien et du mal. (8 décembre 1870).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». En d'autres termes, ceux qui veulent nous sauver sont presque tous atteints de cette maladie du libéralisme&amp;lt;ref&amp;gt;C'est-à-dire imbus des principes de la Révolution dont ils combattent néanmoins les conséquences extrêmes, « incendiaires et pompiers à la fois ». Selon la fine remarque de Mgr Pie : « Est-on jamais bien sûr de son fait quand on s'est donné le double rôle d'incendiaire et de pompier ? La flamme ne peut-elle pas dépasser la stratégie de ceux qui s'imaginent toujours arriver à temps pour l'éteindre parce qu'ils l'ont allumée eux-mêmes ». VI, 216. Entretien sur l'état actuel des intérêts de la société et de l'Église (12 juillet 1868).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce sont eux aussi des malades et comme le dit Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;malades désespérés qui invoquent à grands cris le médecin, mais à la condition de lui dicter ses ordonnances et de n'accepter pour régime curatif que celui-là même qui les a réduits à la dernière extrémité. Naufragés qui se noient, et qui appellent le sauveteur, mais résolus à repousser la main qu'il leur offre, tant qu'il n'aura pas à repousser luimême à son cou la pierre qui les a fait descendre et qui les retient au fond de l'abîme&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 14. Homélie sur l'urgence du secours divin (1er novembre 1873). Avant son épiscopat, Mgr Pie avait mis ces paroles dans la bouche de l'Église : « Ce que je redoute le plus, ce ne sont pas les doctrines violentes et par conséquent peu durables de mes adversaires, mais c'est l'absence de vraies et salutaires doctrines chez mes partisans. Ce n'est point dans la rue, c'est dans l'assemblée de mes défenseurs, de mes législateurs que se préparent contre moi les coups les plus meurtriers. Non le temps des malheurs n'est pas fini, puisque le jour de la vérité n'est pas encore venu ». Œuvres sacerdotales, Il, 707.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tyrannie des gouvernements, instabilité des pouvoirs, nullité des hommes, voilà le triple mal qui découle de l'abandon du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Ch. IV&amp;amp;nbsp;: Résumé de cette doctrine dans l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur Napoléon III&amp;amp;nbsp;  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce profond enseignement, Mgr Pie osa l'exposer de vive voix à l'empereur des Français Napoléon Ill. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une entrevue mémorable, avec un courage apostolique, il donna au prince une leçon de droit chrétien. C'est par ce récit que, pour corriger l'aridité de cette synthèse, nous terminerons cette seconde partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était en 1856, le 15 mars. A l'empereur, qui se flattait d'avoir fait pour la religion plus que la Restauration elle-même, il répondit&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je m'empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu'elle a rendus à Rome et à l'Église, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peutêtre la Restauration n'a-t-elle pas fait plus que vous&amp;amp;nbsp;? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration&amp;lt;ref&amp;gt;Ce jugement du Cardinal Pie, sur la Restauration semblera peut-être sévère. Il ne l'est pas. La Restauration, tout en rendant à l'Église d'inestimables services, n'a pas toujours et complètement brisé avec les principes de la Révolution, et par conséquent n'a pas rétabli le trône de Dieu. Nous portons ce jugement d'après les paroles mêmes de Pie VII dans son bref « Post tam diuturrnas » à Mgr de Boulogne, évêque de Troyes : « Nous avions espéré qu'à la faveur de l'heureux changement qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves qu'on lui avait imposées en France malgré nos constantes réclamations ; mais qu'on profiterait de circonstances si favorables pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui règnent les rois, par qui les princes commandent. « Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-nous pas désolé ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Église, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !&amp;lt;/ref&amp;gt; ni vous, n'avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez relevé Son trône, parce que ni l'un ni l'autre vous n'avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant les conséquences pratiques, parce que l'évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose, Sire, que la négation formelle des droits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22è article de la Constitution. Non seulement on y permet la &amp;quot;liberté des Cultes et de la conscience&amp;quot;, pour nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme &amp;quot;les cultes&amp;quot;. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Épouse sainte et immaculée du Christ, Église hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23è article de la constitution, qui maintient et permet &amp;quot;la liberté de la presse&amp;quot;, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté&amp;amp;nbsp;: cette liberté de la presse a été l'instrument principal, qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qui lui plairait&amp;amp;nbsp;». Lettres apostoliques de PIE IX, GRÉGOIRE XVI, PIE VII (Édition Bonne Presse) (242-245). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précieux document, rapproché de l'entretien de Mgr Pie avec l'empereur, nous montre que l'évêque de Poitiers n'était, dans son réquisitoire contre nos gouvernements du XIXè siècle, que l'interprète très fidèle de la pensée même de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, j'ai le devoir de vous dire, qu'Il ne règne pas parmi nous et que notre Constitution n'est pas, loin de là, celle d'un État chrétien et catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce-pas proclamer équivalemment que la constitution protège pareillement la vérité et l'erreur&amp;amp;nbsp;? Eh bien&amp;amp;nbsp;! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d'une telle contradiction&amp;amp;nbsp;? Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, leur répond&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez en vous renversant les uns les autres, Moi aussi Je vous accorde une égale protection. J'ai accordé cette protection à l'empereur votre oncle&amp;amp;nbsp;; j'ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République et à vous aussi la même protection vous sera accordée&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'empereur arrêta l'évêque&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Mais encore, croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d'établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez&amp;amp;nbsp;? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m'objectent que le moment n'est pas venu, je n'ai qu'à m'incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque je leur réponds&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le moment n'est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien&amp;amp;nbsp;! alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie I, L. Il. ch. 11, 697-699.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas&amp;amp;nbsp;! cette doctrine de vie ne fut ni comprise ni appliquée. Les événements donnèrent raison à l'évêque de Poitiers et, seize ans après, il le faisait constater, non plus à l'empereur disparu avec son empire écroulé, mais aux Français euxmêmes, restés indifférents aux droits suprêmes de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le Seigneur qui parle, le Dieu des armées, dit-il en commentant un passage du prophète Aggée&amp;amp;nbsp;: Haec dicit dominus exercituum... En vous séparant de Moi, vous avez voulu vous grandir et vous voilà rapetissés... Vous ne parliez que de progrès et il y a eu recul. Vous ne rêviez que gloire, vous avez eu la défaite et l'opprobre. Vous ne connaissiez que les mots de liberté, d'émancipation&amp;amp;nbsp;: vous avez subi et vous subissez encore la domination étrangère&amp;amp;nbsp;; vous exaltiez la prospérité publique&amp;amp;nbsp;; vous vous débattez sous les étreintes d'une dette effroyable et vous ne savez comment égaler l'impôt à vos charges. En toutes choses vous avez visé au plus et voici que vous êtes en face du moins. Respixisitis ad amplius et factum est minus. Ce qui était entré dans votre maison, j'ai soufflé dessus et qu'en est-il resté&amp;amp;nbsp;? et intulistis in domum et exsufflavi illud. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pour quelle cause, dit le Seigneur des armées, quam ob causam, dicit Dominus exercituum&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, tout entier à votre propre intérêt, vous avez négligé Son service. Chacun de vous s'empressait à sa maison et la Mienne était déserte, à ses affaires humaines et les affaires divines étaient tenues pour rien. C'est pourquoi le ciel a reçu défense de vous accorder Ses faveurs (VII, 380)&amp;amp;nbsp;». (Carême 1872). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis ce vibrant commentaire, plus de cinquante ans ont passé. Il reste toujours actuel. Au sortir de l'horrible guerre qui a désolé le monde entiers, nous pouvons le regarder comme écrit pour toutes les nations de la terre. Il nous faudra comprendre que si les nations périssent, c'est parce qu'elles ont abandonné le Roi Jésus, et nous ferons nôtre la plainte de Mgr Pie lorsqu'il s'écriait «&amp;amp;nbsp; Hélas&amp;amp;nbsp;! il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et devant la royauté de Jésus&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons vivre, retournons à notre Roi et rétablissons Son Règne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Troisième partie : Comment rétablir le règne social de Jésus-Christ ?==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Section I&amp;amp;nbsp;: Les restaurateurs et leurs devoirs  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après Mgr Pie, tous nous sommes coupables si le règne social de Jésus-Christ est renversé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grands ont conspiré avec les petits et les petits avec les grands. Le pouvoir et le savoir ont également donné la main à la rébellion. L'étendard de l'indépendance a été levé avant tout contre Dieu et en vérité tous nos autres torts pâlissent à côté de ce premier attentat. C'est contre Dieu seul que nous avons péché&amp;lt;ref&amp;gt;I, 100. Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du diocèse et VII, 543. « Le tort est à tous, parce qu'il est dans une situation dont la responsabilité remonte à tous ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous doivent donc travailler à la restauration&amp;amp;nbsp;: les petits et les grands, le pouvoir et le savoir. Les petits, ce sont les simples fidèles. Les grands, ce sont les prêtres. Ce sont encore tous ceux qui par leur science et surtout par le pouvoir exercent une autorité sur les peuples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vue de la restauration du royaume. Mgr Pie a tracé pour chacun de ces groupes tout un programme d'action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a indiqué ce que devaient faire les fidèles&amp;amp;nbsp;; il a insisté sur le devoir des prêtres. Il s'est étendu longuement sur les obligations de l'élite intellectuelle et des chefs des peuples, réfutant avec soin toutes leurs objections, dissipant tous leurs préjugés, désignant les modèles qu'ils doivent imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons exposer rapidement ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre I&amp;amp;nbsp;: Devoir des fidèles pour la restauration du règne social de Jésus-Christ  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'instruction religieuse. - La foi en la Royauté du Christ. - La pratique publique du culte chrétien. L'affirmation de leur foi dans la vie familiale et publique et dans leurs relations sociales. - La prière pour le règne social. '' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier devoir des fidèles, pour aider à la restauration sociale chrétienne, c'est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l'instruction religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l'étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie insiste sur ce point qui est pour lui capital, car, à ses yeux, la renaissance sociale chrétienne de la France est liée étroitement à la renaissance catéchistique. Dans quatre sermons prêchés à la cathédrale de Chartres, il expliqua longuement aux fidèles l'importance de l'étude de la religion et leur indiqua la méthode à employer dans cette étude&amp;lt;ref&amp;gt;I 98-189.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces sermons du jeune vicaire de la cathédrale de Chartres, donnés en 1840, sont toujours d'une actualité frappante, et nous ne connaissons rien de plus clair et de plus persuasif. En les relisant, tous les fidèles seront puissamment encouragés à donner dans leur vie la première place à l'instruction religieuse. Comment, en effet, n'être pas touché par des paroles aussi vraies et aussi fortes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, c'est là précisément le crime que Dieu punira avec plus de sévérité et de justice... Il est évident que la seule ignorance volontaire de la religion est par elle-même un crime digne de mort, parce qu'elle renferme le mépris de Dieu et la volonté d'échapper à sa main toute puissante&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 133-134.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette solide instruction religieuse exigée des fidèles doit être en eux l'aliment d'une foi intégrale et complète, et pour Mgr Pie la foi complète, la seule vraie foi, est celle qui non seulement affirme la Divinité et l'Humanité de Jésus-Christ, mais proclame encore sa Royauté sociale. Écoutons-le, commentant aux fidèles un passage de saint Grégoire, répondre ainsi au chrétien de nos jours, imbu des fausses idées modernes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et tout en acceptant le programme du catholicisme li &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
béral, vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire il y avait &amp;quot;d'aucuns hérétiques, nonnulli hæretici&amp;quot; qui croyaient ces deux points comme vous et leur &amp;quot;hérésie&amp;quot; consistait à ne point vouloir reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout sed hunc ubique regnare nequaquam credunt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi&amp;amp;nbsp;; et le Pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 62-63. Homélie sur l'étendue universelle de la Royauté de Jésus-Christ (18 janvier 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt; », c'est-à-dire reconnaître et proclamer sa Royauté sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, s'ils veulent avoir &amp;quot;un christianisme inattaquable&amp;quot; et demeurer &amp;quot;irréprochables dans leur foi&amp;quot;, s'ils veulent être fidèles et non hérétiques, les catholiques doivent croire fermement que Jésus-Christ doit régner sur les institutions sociales, les pénétrant de son esprit et rendant leur législation conforme aux lois de son Évangile et de son Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion rigoureuse de l'évêque de Poitiers, exposée par lui très souvent aux fidèles et développée magistralement dans le panégyrique de saint Émilien, dans les instructions synodales sur les erreurs du temps présent et dans plusieurs homélies&amp;lt;ref&amp;gt;C'est dans le but de préserver cette foi intégrale que Mgr Pie mettait ses fidèles en garde contre la lecture des mauvais journaux ou périodiques. Il leur inspirait aussi une aversion profonde pour la presse indifférente aux droits de Jésus-Christ et de l'Église. II, 344345 ; III, 238, 454 ; V, 394 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi en la royauté sociale du Ch)rist, le fidèle la manifestera surtout en pratiquant publiquement la religion chrétienne. C'est en effet montrer à tous que le Christ doit diriger les actes publics du chrétien tout comme ses actes individuels et domestiques&amp;lt;ref&amp;gt;La famille est la première société. Mgr Pie, le Docteur du culte social, devait premièrement parler du culte domestique, prélude indispensable du culte public, au sens strict. Il l'a fait en 1854, dans la lettre synodale des Pères du concile de la Rochelle, insérée dans ses œuvres. T. Il, 148 à 150. Citons-en les principaux passages. C'est un tableau magnifique de la famille chrétienne : « Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu'on y trouve donc la Croix de Jésus-Christ qui est le signe de toute maison chrétienne et que l'image de Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, soit inséparable du Crucifix ! Que l'eau sainte et le rameau bénit protègent la demeure contre les embûches de l'ennemi ; que le cierge de la Chandeleur y soit conservé pour être allumé dans les instants de danger, à l'heure de l'agonie et de la mort. Ah ! nos pères possédaient le secret de cette vie toute chrétienne où la religion avait sa place marquée en toutes choses. Le repas était sanctifié par la bénédiction que récitait le chef de la famille. Trois fois par jour, quand l'airain sacré retentissait au sommet du clocher paroissial, chacun suspendait sa tâche et invoquait avec amour la Vierge qui a donné au monde le Verbe fait chair. A la limite du domaine était plantée une croix, que le travailleur saluait pieusement au détour de chaque sillon. On trouvait encore dans la journée des instants pour réciter son rosaire, pour lire quelques pages d'un livre héréditaire qui contenait les principaux faits des deux Testaments et les plus beaux traits de la vie des saints. La mère de famille ne croyait avoir satisfait à tous ses devoirs religieux que quand elle avait pu expliquer à ses enfants et à ses serviteurs quelqu'article de la doctrine chrétienne. S'il arrivait que le glas funèbre annonçât un trépas, tous les frères et toutes les sœurs en J.-C. du défunt s'empressaient de lui accorder le bienfait de leurs suffrages ; et le culte des morts si négligé aujourd'hui se produisait par divers témoignages et par des pratiques qu'on ne saurait trop rappeler. Enfin, quand le dernier rayon du jour ramenait autour du foyer la famille éparse, qu'il était touchant de voir les vieillards et les enfants, les maîtres et les serviteurs agenouillés devant les saintes images, confondre dans une même prière leur voix et leur amour ! Ces pieux usages attiraient sur la terre les bénédictions du ciel ; ils ennoblissaient la maison en même temps qu'ils la sanctifiaient et ils reflétaient sur la société quelque chose de grave, de digne qui maintenait avec l'unité des dogmes de la foi, l'innocence des mœurs et l'union des volontés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puissions-nous voir revivre ces touchantes habitudes des âges chrétiens&amp;amp;nbsp;». Il, 149-150. Voyez encore V, 21, 29. Allocution prononcée à la suite de la consécration de l'autel d'une chapelle particulière, 4 août 1863.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est oublié dans ce programme de vie familiale chrétienne. Mais Mgr Pie savait qu'un rôle important et délicat est réservé dans la famille à la femme chrétienne&amp;amp;nbsp;: c'est elle qui doit veiller à la garde de la foi. Il l'exhorte à remplir avec perfection ce rôle sublime et, pour l’encourager, il lui montre qu'elle travaille ainsi, à sa manière, à la restauration sociale chrétienne. Écoutons&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Durant la première moitié de ce siècle, l'Église n'a rencontré sous sa main qu'un élément vraiment conservateur, qu'une puissance sérieusement conservatrice&amp;amp;nbsp;: la femme française... Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;». Mais pour que les femmes chrétiennes d'aujourd'hui soient dignes de celles qui les ont précédées, il les conjure «&amp;amp;nbsp;de conserver en elles la vie de la foi et de la grâce, l'esprit de renoncement et d’immolation&amp;amp;nbsp;». Il les exhorte à s'opposer énergiquement «&amp;amp;nbsp;à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l'admiration du monde entier&amp;amp;nbsp;». II, 1-14. Éloge de sainte Theudosie. Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur. VI, 614. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La religion chrétienne est une religion publique, et les fidèles sont tenus de la pratiquer ostensiblement. Mgr Pie, qui voyait avec raison dans ce caractère public de la religion l'acheminement normal vers le règne social de Jésus-Christ, a rappelé avec insistance aux fidèles la nécessité du culte public&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales, I, 506-519.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de ce qu'il impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons de lui trois sermons sur la sanctification du dimanche (I, 562-564) développés plus tard en deux magnifiques instructions pastorales sur la loi du dimanche (III, 564-597), loi qu'il appelle le chef d'œuvre de la législation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;III, 594. Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L'institution du dimanche, avec les salutaires observances qu'elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. Œuvres sacerdotales I, 329.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous possédons plusieurs de ses instructions sur la Messe, sacrifice public de la religion chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Œuvres sacerdotales Il, 1-38 Nous savons par Mgr Gay (corresp. I, 240) que l'évêque de Poitiers comptait faire suivre sa seconde synodale sur les principales erreurs du temps présent, d'une troisième sur le saint sacrifice de la Messe.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur la liturgie, qui est l'ensemble du culte public, nous trouvons dans les œuvres de l'évêque de Poitiers une série d'instructions qui formeraient à elles seules un précieux volume&amp;lt;ref&amp;gt;Sur les temples catholiques. Œuvres sacerdotales I, 519-535. - Sur le caractère dramatique du culte catholique. Ib., 535-562. - Sur les offices de l'église. Œuvres sacerdotales Il 38-52. - Sur le cycle ecclésiastique. Ibid. Il, 52-67. - Sur la journée sanctifiée par l'Église. Ibid. Il, 76-92. - Résumé des instructions sur le culte. Ibid. Il, 92-102.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'a pas oublié non plus de traiter de l'observance de la loi quadragésimale, qui pour le bonheur des peuples avait autrefois un caractère éminemment social&amp;lt;ref&amp;gt;VI, 40-60. Dom Guéranger (L'année liturgique. Le Carême) a bien fait ressortir le caractère profondément social du Carême : «  La société chrétienne empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, particulièrement le temps du Carême, pour y asseoir les plus précieuses institutions, par exemple la trêve de Dieu... Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur un peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement ». L. c. ch. 2 et 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une autre manifestation publique de la foi, le pèlerinage, a été étudié par lui avec soin&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez par ex. VII, 584-587.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette énumération rapide des pratiques extérieures et publiques de la religion nous montre combien le grand évêque tenait à ce que les fidèles fussent bien pénétrés de leur importance et de leur haute portée sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans une magnifique instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne, Mgr Pie leur montre qu'ils doivent non seulement s'associer ostensiblement au culte, mais encore se poser en chrétiens dans toute leur conduite publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi par l'Écriture la rigoureuse nécessité de ne pas rougir de Jésus-Christ devant les hommes, après avoir rappelé sans détour avec saint Jean que les &amp;quot;trembleurs&amp;quot; qui n'osent pas avouer leur foi, auront un même sort avec ceux qui ne croient pas, et dont le partage sera l'étang de feu. «&amp;amp;nbsp;Timidis autem et incredulis, pars illorum erit in stagno ardenti&amp;amp;nbsp;» (Apoc. XXI, 8) Mgr Pie réfute l'objection que la lâcheté, hélas&amp;amp;nbsp;! met aujourd'hui sur presque toutes les lèvres. La voici&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A tort, sans contredit, la sphère dans laquelle je suis forcément placé n'est pas une sphère chrétienne, constate le catholique timide, m'y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Donc, mon très cher frère, répond l'évêque, c'est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître&amp;amp;nbsp;; c'est parce qu'un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Eh bien&amp;amp;nbsp;! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c'est une circonstance qui aggrave plutôt qu'elle n'atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur&amp;amp;nbsp;: Celui qui se sera fait honte de Moi et de Mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, J'en aurai honte à mon tour quand J'apparaîtrai dans la gloire de Mon Père, en la société de Mes anges&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Eh quoi&amp;amp;nbsp;! mon frère, vous seriez avili à vos propres yeux, vous auriez perdu le droit de vous estimer vous-même, si vous aviez la lâcheté de ne pas sembler reconnaître un ami au jour de la disgrâce&amp;amp;nbsp;; et parce que le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de votre âme et de votre baptême est devenu impopulaire, parce que vous risqueriez de partager avec lui la défaveur d'une génération abaissée et digne de mépris, vous croyez être quitte de vos devoirs envers lui&amp;amp;nbsp;! Non, non, c'est la loi même de l'ordre et de la justice qui l'exige&amp;amp;nbsp;: nous serons traités de Jésus-Christ comme nous l'aurons traité Lui-même. Si nous Lui demeurons fidèles, nous régnerons avec Lui&amp;amp;nbsp;; mais si nous Le renions, Il nous reniera...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes&amp;amp;nbsp;; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant Son Père et devant Ses anges&amp;lt;ref&amp;gt;VIII, 81-82-83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. (Carême 1874).&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éclairé et réconforté par de telles paroles, quel est le fidèle qui, méprisant le respect humain, ne travaillera de toutes ses forces par la pratique du christianisme, au règne social du Christ&amp;lt;ref&amp;gt;Pour aider à la perfection de la vie publique du chrétien, Mgr Pie encourageait vivement les associations chrétiennes qui sont une force imposante dans la cité et dans l'Église. Il affectionnait particulièrement les associations qui développent la vie paroissiale. IV, 277. IV, 189 et sv.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons aussi qu'il s'est intéressé spécialement aux Cercles catholiques d'ouvriers, fondés par le Comte de Mun. il voyait dans cette œuvre un effort persévérant pour arracher la classe populaire aux étreintes de l'antichristianisme incarné dans la Révolution et la rejeter dans les bras de N.-S. J.-C. toujours enseignant et agissant par Son Église. IX, 633; VII, 410-411 ; IX, 631 et sv. Voyez également : Discours du Comte Albert de Mun, accompagnés de notices par GEOFFROY DE GRANDMAISON, I, Questions sociales, p. 32 et p. 133-134. Notons enfin qu'il n'eût pas manqué de recommander instamment, dans le même but de restauration sociale, le Tiers-Ordre de saint François d’Assise, lui qui s’était fait recevoir tertiaire de Saint-François le 30 mars 1879, trois ans avant la fameuse encyclique « Auspicato » de LÉON XIII. Histoire du Cardinal Pie, Il. L. IX. p. 672.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations électorales des fidèles en vue du Règne social, voir plus bas : Devoirs des prêtres : Note finale. Il est dit que les fidèles ne peuvent, sans péché grave, voter pour un sectaire notoire, ou pour un candidat affilié aux sociétés secrètes. Si déplorable que soit le système électoral moderne, les fidèles ne doivent pas, en règle générale, s'abstenir de voter. Mgr Gay nous donne sur ce point la pensée du Cardinal Pie. « La Révolution nous a condamnés à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et jusqu'à nos gouvernements. C'est risquer de faire monter du sein de la mer ces bêtes néfastes dont parle l'Apocalypse. Mais enfin, tel est notre sort, et, s'il nous fait courir d'effroyables dangers, il nous impose de graves devoirs. Peut-être que notre principale, sinon même notre unique ressource est de les bien connaître et de les remplir fidèlement ». Mgr Gay à Mgr Freppel 11 juin 1881. Dans Mgr Gay. Sa vie, ses œuvres par Dom Bernard de BOIS ROUVRAY, II, 383. Documents et pièces justificatives.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand moyen pourtant de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie nous a montré dans les trois premières demandes du Pater&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;», la prière par excellence, pour l'avènement du Royaume social ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut que les fidèles saisissent le sens complet de cette prière et qu'ils sachent que le règne dont il est parlé n'est pas seulement le ciel, mais encore le règne social du Christ sur la terre. Ils doivent donc, en la récitant, désirer ce règne et prier avec confiance le Père céleste d'accorder au monde cet inestimable bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers recommander la prière pour le royaume. C'est à une religieuse qu'il s'adresse et par elle, à tous les fidèles qui aiment N.-S. Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La cure spirituelle n'avance pas chez ceux qui sont au timon des affaires, soit hommes du pouvoir, soit hommes de l'avenir. Dieu n'est mis par personne à sa place. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous apprendrons à nos dépens, qu'on ne se passe pas impunément de l'Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu'il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n'est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confirmer le règne de Dieu au ciel, ou même à l'intérieur des âmes&amp;amp;nbsp;: sicut in cœlo et in terra&amp;amp;nbsp;? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime&amp;amp;nbsp;: ne nous y résignons jamais&amp;amp;nbsp;! Et comme le détrônement de son représentant visible s'y lie étroitement, prions sans cesse pour que la grande iniquité consommée à Rome ait une fin. Puis, comme la délivrance de Rome ne peut venir que par la France, mettons plus que jamais notre patriotisme national, mais mettons surtout toute l'ardeur de notre amour de Dieu, et de Son Église à travailler au relèvement de la France par nos prières et nos souffrances&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;ref&amp;gt;Histoire du Cardinal Pie, T. Il L. IV, ch. Il, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation, Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l'idée de la réparation nationale. Au sujet d'un jeûne prescrit, il écrivait en 1873. « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » VII, 584.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les fidèles ne se lassent donc pas de prier pour l'avènement du Royaume et que leur prière, en nos jours d'apostasie nationale, soit plus fervente et plus confiante que jamais&amp;amp;nbsp;! C'est le mot d'ordre du Cardinal Pie&amp;lt;ref&amp;gt;Pour obtenir de Dieu que la Royauté du Christ soit reconnue dans le monde entier, PIE XI a recommandé la prière suivante, accordant aux fidèles qui la récitent une indulgence plénière, qu'ils peuvent gagner chaque jour aux conditions ordinaires (Rescrit du 25 février 1923) : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ô Christ Jésus, je Vous reconnais pour Roi Universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous Vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement je m’engage à faire triompher selon mes moyens les droits de Dieu et de Votre Église. Divin Cœur de Jésus, je Vous offre mes pauvres actions pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent Votre Royauté sacrée et qu’ainsi le Règne de votre paix s’établisse dans l'univers entier. Ainsi soit-il ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu'elle arrive, c'est le devoir des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== CHAPITRE II&amp;amp;nbsp;: DEVOIR DES PRÊTRES  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rôle capital du prêtre dans le renouvellement social. - Le prêtre doit être profondément initié à la doctrine de la Royauté du Christ. - Nécessité pour lui d'étudier les documents pontificaux sur cette question. Il doit prêcher la Royauté sociale du Christ sans atténuation, sans relâche et sans peur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien&amp;amp;nbsp;; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles surtout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rempli de ces pensées, il les communiquait à ses prêtres, en leur demandant de consacrer leur vie à la cause du Royaume social de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour: Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre règne arrive. Vouons notre vie entière, leur disait-il, à procurer cet avènement (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à quoi précisément se ramène ce rôle du prêtre&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie va nous l'indiquer&amp;amp;nbsp;: le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, nous l'avons vu, c'est l'ignorance religieuse, d'où les idées fausses et les préjugés du monde sur cette question capitale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le devoir primordial du prêtre sera donc d'instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C'est là sa mission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers la lui rappelle. «&amp;amp;nbsp;Après avoir établi qu'il n'est aucune atteinte, aucune lésion dans l'ordre intellectuel qui n'ait des conséquences funestes dans l'ordre moral et même dans l'ordre matériel&amp;amp;nbsp;», après avoir constaté l'ignorance et les mille préjugés accrédités dans le peuple, Mgr Pie poursuit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Parmi cette confusions d'idées et de fausses opinions, c'est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester&amp;amp;nbsp;; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbe&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; ment dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s'autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s'enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est là un programme universel d'assainissement intellectuel, mais quant au point qui nous occupe, ce programme &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sera réalisé, si le prêtre est un homme de doctrine, sachant donner aux fidèles et aux gouvernants l'enseignement complet de l'Église sur la royauté sociale du Christ. Pour que cet enseignement soit proposé avec fruit, Mgr Pie exige du prêtre qu'il en soit bien pénétré lui-même et le donne sans l'atténuer, dans son intégrité et qu'il ne craigne point d'insister, malgré des difficultés et oppositions inévitables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être d'abord profondément pénétré de la doctrine de l'Église sur la Royauté de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut qu'il la connaisse à fond et, à cette fin, qu'il l'étudie dans les Pères, dans la tradition et qu'il soit scrupuleusement fidèle aux directions doctrinales données en ces derniers temps par le Saint-Siège sur cette haute question (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le bullaire pontifical du XIXè siècle Mgr Pie a en vue tout spécialement l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Quanta cura&amp;amp;nbsp;» du 8 décembre 1864 avec le Syllabus errorum qui y est annexé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'acte du 8 Décembre, dit-il à ses prêtres, a une portée considérable... Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit&amp;amp;nbsp;: voilà l'erreur capitale que le Saint Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique... (5) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effroyables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties&amp;amp;nbsp;; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. Dans tous les cas, l'Église aura rempli sa mission, le pasteur suprême aura délivré son âme... (V, 437). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Histoire du Cardinal Pie, I, L. I, ch. VII, 219. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) II, 999. Homélie pour l'ouverture du second synode. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Œuvres sacerdotales, I, 356-357. Sermon sur l'intolérance doctrinale (1841 et 1847). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Les documents patristiques et pontificaux les plus importants sur le Droit social chrétien ont été reccueillis par Mgr Speiser, professeur de Droit canon à l'université de Fribourg dans un opuscule de 80 pages&amp;amp;nbsp;: Conspectus prælectionum de jure Canonico quem in usum privatum auditorum additis textibus selectis edidit FRIDERICUS SPEISER. Friburgi Helvetiorum. Typis consociationis sancti Pauli 1903. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette étude des documents sera heureusement complétée par la lecture des œuvres de JOSEPH DE MAISTRE. Signalons surtout&amp;amp;nbsp;: Du Pape, De l’Église Gallicane, Considération sur la France. Les œuvres de Louis VEUILLOT, tout particulièrement&amp;amp;nbsp;: L'illusion libérale, Le Parfum de Rome. Les ouvrages D'AUGUSTE NICOLAS, spécialement&amp;amp;nbsp;: L'État sans Dieu, La Révolution et l’ordre chrétien seront médités avec profit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les auteurs ecclésiastiques qui ont tout spécialement étudié notre question nous citerons surtout&amp;amp;nbsp;: BALMES&amp;amp;nbsp;: Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne&amp;amp;nbsp;; Le P. LIBERATORE&amp;amp;nbsp;: L’Église et l'État dans leurs rapports mutuels , FR. CHESNEL: Les droits de Dieu et les idées modernes, 2 vol.&amp;amp;nbsp;; Mgr FREPPEL&amp;amp;nbsp;: La Révolution française&amp;amp;nbsp;; Mgr GAUME&amp;amp;nbsp;: La Révolution&amp;amp;nbsp;; DOM BENOIT&amp;amp;nbsp;: La cité antichrétienne au XIXè siècle. (Les deux volumes sur les idées modernes)&amp;amp;nbsp;; P. UBALD DE CHANDAY&amp;amp;nbsp;: Les trois Frances (La France satanique, la France chimérique ou le libéralisme et la France catholique). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On trouvera aussi des aperçus très judicieux dans L’Église et les libertés de Dom BESSE, et dans Le Christianisme et les temps présents par Mgr BOUGAUD (Tome IV&amp;amp;nbsp;: l'Église, 3è partie&amp;amp;nbsp;: L'Église et la société moderne). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Consulter Mgr de SEGUR&amp;amp;nbsp;: La Révolution&amp;amp;nbsp;; Mgr DELASSUS&amp;amp;nbsp;: La Conjuration antichrétienne&amp;amp;nbsp;; Le P. VENTURA Le pouvoir politique chrétien. Pour une bibliographie plus détaillée Cf.&amp;amp;nbsp;: articles&amp;amp;nbsp;: Église et État. Libéralisme, Laïcisme dans le Dictionnaire de Théologie de VACANT et dans le Dictionnaire d’Apologétique de la foi catholique d’Alès. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) V, 436. Entretien avec le clergé (Juillet 1865) et VII, 567-572&amp;amp;nbsp;: trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En conséquence, que chacun d'entre nous ayant devant soi ce trésor nouveau et ancien, que notre excellent Père en Jésus-Christ a daigné nous ouvrir de la plénitude de son cœur, s'applique à y puiser une doctrine pure et irrépréhensible touchant ces importantes questions (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine pure et irrépréhensible, le prêtre doit la donner entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, dans une instruction synodale, compare la doctrine sociale chrétienne à un merveilleux breuvage qui doit sauver la société. Le prêtre est le médecin. Que par des mélanges, il n'enlève pas à la précieuse boisson sa puissante vertu curative. Écoutons plutôt&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Supposons qu'en. temps d'épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié eau l'antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu'un empoisonneur public&amp;amp;nbsp;? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s'il garde toute son énergie&amp;amp;nbsp;; il sera impuissant s'il est atténué. Ne commettons pas le crime d'obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra &amp;quot;par cette funeste condescendance&amp;quot; (2)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans crainte de se répéter, le prêtre doit insister sur l'enseignement des droits sociaux de Jésus-Christ. Prêcher, sans relâche, le règne de Dieu «&amp;amp;nbsp;prædicare regnum Dei, c'est le devoir premier du prêtre, comme c'est le plus grand besoin de l'époque présente (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie indique aux prêtres les raisons d'une proclamation incessante. Il faut prêcher les droits de Jésus-Christ sur la société, parce que le naturalisme politique qui s'y oppose est toujours très vivant, étendant de jour en jour ses ravages. Il faut prêcher cette doctrine, sans se lasser jamais, parce que le naturalisme triomphera fatalement, si le sacerdoce ne lui oppose la réfutation la plus incessante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne nous reprochez pas, dit-il, de revenir si souvent sur cette question des droits de Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;; le devoir du médecin spirituel, comme du médecin des corps, dure aussi longtemps que le mal qu'il s'agit de déraciner. Nos plus saints et nos plus illustres devanciers nous ont tracé le devoir à cet égard. Les erreurs des Donatistes avaient une portée incomparablement moindre que celles dont nous expérimentons actuellement les lamentables effets. Nous voyons cependant, en lisant les sermons du saint Évêque d'Hippone, qu'il n'omettait pas une occasion de reprendre contre eux une polémique devenue à peu près quotidienne. L'esprit de secte est éminemment opiniâtre et entêté&amp;amp;nbsp;; sans égard aux réponses les plus péremptoires, aux réfutations les plus décisives, il répète imperturbablement les même banalités, reproduit invariablement et non sans pudeur les mêmes lieux communs. Si les défenseurs de la vérité, par une délicatesse hors de propos, se font scrupule de la redite, s'ils ne renouvellent pas les coups déjà cent fois portés au mensonge, celui-ci reste maître du terrain (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le prêtre ne se lasse donc pas de proposer à la société cette doctrine de vie, qu'il l'enseigne à temps et à contretemps, sans hésitation, sans crainte. Il est bien vrai que sa parole sera tenue par les ennemis du règne de Jésus-Christ, comme une parole intéressée (5), «&amp;amp;nbsp;parole dangereuse et funeste pour le pays&amp;amp;nbsp;» (VIII, 89). Il est vrai encore «&amp;amp;nbsp;que son attitude énergique en face du naturalisme rencontrera la contradiction et le blâme, même chez les bons&amp;amp;nbsp;», que son intervention sera discutée, dans sa forme, dans son opportunité, dans ses résultats et deviendra le thème des appréciations les plus diverses (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'importe&amp;amp;nbsp;! C'est la loi de la vérité d'être combattue mais c'est aussi sa loi de triompher par l'opposition même qui lui est faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) V, 443. Entretien avec le clergé (juillet 1865). Un des meilleurs commentaires du Syllabus à l'usage des prêtres est assurément celui du chanoine JULES MOREL, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'index. Ce commentaire se trouve dans le tome ler (p.1 à 158) de la Somme contre le catholicisme libéral du même auteur. Paris&amp;amp;nbsp;: 1877 (Vict. Plamé). Voyez aussi le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, par l'abbé LEONARD FALCONI, Traduction Materne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) III, 260. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. C'est dans cette synodale que Mgr Pie explique, à la suite du Pape saint Gélase, ce qu’il faut entendre par funeste condescendance. La condescendance fatale est l'abandon de la doctrine, par amour de la paix, par égard pour la faiblesse de ceux qui ne possèdent pas la vérité. C'est descendre, c'est s'avilir avec eux. L'évêque de Poitiers ne veut pas d'une telle condescendance qui conduirait à une ruine plus grande encore. Voici comment il cherche à en détourner les fidèles et les prêtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'abaissement de toutes choses parmi nous depuis que nous avons quitté les hauteurs où le christianisme nous avait placés, l'abaissement des esprits, l'abaissement des cœurs, l'abaissement des caractères, l'abaissement de la famille, l'abaissement du pouvoir, l'abaissement des sociétés, en deux mots, l'abaissement des hommes et l’abaissement des institutions&amp;amp;nbsp;: c'est ce que tout le monde voit et reconnaît, c'est ce que personne ne nie. Or, comment le terme à tant d'abaissements pourrait-il être dans l'abaissement de la vérité, c'est-à-dire du principe qui peut seul imprimer aux hommes et aux institutions un mouvement de réascension&amp;amp;nbsp;? Ah&amp;amp;nbsp;! conjurons bien plutôt à mains jointes, s'il en était besoin, les oracles de la doctrine, de n'avoir jamais la faiblesse de se prêter à aucune complaisance, à aucune résistance, conjurons-les de nous dire à l'avenir &amp;quot;toute la vérité&amp;quot;, la vérité qui sauve les individus et la vérité qui sauve les nations. La condescendance serait désormais la consommation de notre ruine. Loin donc de demander à l'Église de Jésus-Christ de descendre avec nous &amp;quot;ad ima de summis&amp;quot; demandons-lui de rester où elle est, et de nous tendre la main, afin que nous remontions avec elle &amp;quot;ad summa de imis&amp;quot;, et la région basse et agitée où nous sommes descendus et où nous sommes en voie de descendre encore davantage, à la région haute et sereine où elle fait habiter les âmes et les peuples qui lui sont fidèles&amp;amp;nbsp;». III, 262. Voyez VII, 382-383 un passage semblable sur «&amp;amp;nbsp; les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Il, 312. Homélie au second synode diocésain (Juillet 1855). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VIII, 83-84. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Il, 32. Entretien avec le clergé diocésain sur les qualités du zèle sacerdotal (1853). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) IV, 232, et 423. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861) et Réponse à M. Billault, ministre commissaire du gouvernement impérial (4 Avril 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la mission du prêtre pour la restauration du Règne social&amp;amp;nbsp;: mission doctrinale (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== CHAPITRE III&amp;amp;nbsp;: DEVOIRS DE L'ÉLITE INTELLECTUELLE ET DES CHEFS  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
RÔLE VÉRITABLEMENT CAPITAL DES CHEFS POUR LA RESTAURATION SOCIALE CHRÉTIENNE &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à qui sera-t-il donné de réaliser cette doctrine enseignée par le prêtre&amp;amp;nbsp;? A qui incombera d'introduire le Droit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
chrétien dans les lois et les institutions&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie le précise. C'est d'en haut que doit partir le mouvement. Voici ses paroles&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dispositions de ceux qui président ici-bas aux empires ont une importance réelle. C'est qu'ils peuvent beaucoup pour la vie ou la mort des âmes. Avec Constantin, le monde entier, je veux dire le monde connu et civilisé, ne tarde pas à devenir chrétien. Le baptême de Clovis entraîne celui de tout le peuple franc. Tant que le prince n'est pas conquis à la vérité, l'apostolat peut multiplier les conquêtes individuelles, mais il ne remporte pas sa victoire définitive qui est la proclamation publique et sociale de la vérité. Les peuples ne sont entrés en masse dans l'Église qu'à la suite de leurs princes et l'Église n'a régné sur les nations, sur leurs lois, sur leurs institutions, sur leurs mœurs que quand elle a pris possession du cœur des rois (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réponse est claire et nous voici, avec le grand évêque, au cœur de notre sujet. C'est par les princes, les chefs de peuples que Jésus-Christ a régné autrefois et c'est par eux qu'il veut régner aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chefs sont de deux sortes&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle et, au sens strict, tous ceux qui détiennent à quelque degré l'autorité civile&amp;amp;nbsp;: empereurs ou rois, présidents de Républiques, ministres, membres des assemblées nationales, préfets de provinces et magistrats de communes (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels devoirs leur impose la Royauté sociale de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie les indique longuement, avec une insistance qui nous montre combien ce sujet lui tenait au cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour exposer complètement son enseignement, nous donnons dans ce chapitre, divisé en deux parties&amp;amp;nbsp;: les devoirs communs à l'élite intellectuelle et aux chefs d'abord, puis, les devoirs de l'élite intellectuelle. Quant aux obligations spéciales des chefs politiques, elles formeront une section distincte&amp;amp;nbsp;: le programme de Restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I - DEVOIRS COMMUN A L'ÉLITE INTELLECTUELLE ET AUX CHEFS  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d'Aquin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Participation ostensible et officielle à la vie liturgique de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'évêque de Poitiers rappelle tout d'abord que le titre de laïques, que se donnent volontiers les chefs des sociétés modernes pour justifier leur neutralité areligieuse, ne les dispense pas de leurs devoirs de chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Laïque&amp;quot; est un nom de création et d'origine chrétienne (4), il n'est pas synonyme d'indifférent&amp;amp;nbsp;; il équivaut au nom de fidèle, par opposition à celui de clerc et de moine (III, 136-137). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) C'est ainsi que Mgr Pie l'a toujours envisagée&amp;amp;nbsp;: doctrinale et même uniquement doctrinale. Il a refusé d'être député, et voici dans quel esprit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je ne vous ai point dit, écrivait-il à l'évêque de Metz, que j'ai refusé une candidature dont le succès était certain... Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m'applaudis infiniment du parti que ma conscience m'a dicté, contrairement à l'avis presqu'unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre non seulement comme homme d'ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions, si elle lui donne un mandat direct, afin qu'il représente les intérêts religieux et qu'il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l'assemblée, je serai prêt à l'accepter de ma part. Aujourd'hui je ne vois rien à faire de bon et d'utile&amp;amp;nbsp;». Lettre à Mgr Dupont des Loges, Histoire du Cardinal Pie I L 1, ch. 6, p. 192. Dans les entretiens intimes avec son clergé, il a toujours mis ses prêtres en garde contre toute action politique. «&amp;amp;nbsp;L'expérience prouve qu'au bout d'un certain nombre d'années le curé le mieux posé dans sa paroisse est celui qui ne se lie point aux partis, et que le prêtre le plus influent est celui qui n'a jamais cherché l'influence&amp;amp;nbsp;». Il, 32. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les conseils de modération et de prudence donnés à ses prêtres au XVIè synode diocésain (1871) ne sauraient trop être médités&amp;amp;nbsp;: VIl, 265-268. Dans un autre Synode (1873) Mgr Pie leur disait&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Vous savez tous, qu'ayant coutume de suivre avec attention les affaires du temps, je m'en désintéresse volontiers au point de vue simplement politique. Les questions étant posées comme elles le sont le plus ordinairement, la règle à suivre pour nous est très souvent celle que le divin Maître a tracée dans ces paroles&amp;amp;nbsp;: Dimitte mortuos sepelire mortuos suos&amp;amp;nbsp;: laissez les morts ensevelir leurs morts; et quant à vous, occupez-vous d'annoncer le règne de Dieu&amp;amp;nbsp;». Tu autem vade et annuntia regnum Dei. VII, 575. Voyez encore Entretien avec le clergé au 22è syn. dioc., 1877, IX, 501-502. Cependant la Révolution nous condamnant à tirer du suffrage populaire et nos législateurs et nos gouvernements, le devoir doctrinal du prêtre ne s'étend-il pas à éclairer le suffrage&amp;amp;nbsp;? Mgr Pie n'a pas traité la question, mais nous pouvons connaître sa pensée par la lettre suivante de Mgr Gay à Mgr Freppel, évêque d'Angers. «&amp;amp;nbsp;Certes, il ne s'agit pas d'entrer directement comme évêque dans la question purement politique, j'entends la préférence à tel ou tel candidat, eu égard à son opinion sur la forme même du pouvoir&amp;amp;nbsp;; si importante que soit cette question, nous ne saurions ni la traiter ni même y exercer une influence publique à titre de ministres de Dieu et de pasteurs des peuples. Mais n'est-il pas possible et licite et urgent de faire, épiscopalement, en vue de l'acte qui s'impose aux fidèles, une exposition pratique des principes où ils doivent s'appuyer, de leur montrer en particulier, qu'abstraction faite de tout parti, ils ne peuvent, sans péché grave, donner à un sectaire notoire une voix qui est un concours direct et efficace à l'institution des législateurs de la France et à la Constitution même du pouvoir qui doit nous régir? N'est-ce pas le moment de déclarer à nouveau, en se fondant sur tant de bulles pontificales, publiées depuis un siècle et demi, que tous les membres connus des sociétés secrètes, nommément les francs-maçons, doivent être absolument exclus du suffrage de quiconque veut ne pas compromettre son salut en cessant d'être docile à Dieu et à l'Église, que partant, avant même de s'informer de l'opinion politique des candidats, tout catholique doit s'enquérir s'ils appartiennent ou non à cette secte abominable&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» Lettre de Mgr Gay, 11/6/1881, citée par Dom B. DU BOISROUVRAY. Mgr Gay, sa vie, ses oeuvres, Il, 383-384. Documents et pièces justificatives. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) III, 247-248. Homélie pour les fêtes de la béatification du Bienheureux Charles Spinola et de ses compagnons martyrs (8/11/1868). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Mgr Pie a traité aussi, mais sommairement, des obligations des chefs militaires. Il leur montra dans saint Maurice un patron dont l'exemple est une leçon perpétuelle de courage à professer la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ. IV, 10-15. Homélie prononcée en la solennité de saint Maurice, patron de la garnison militaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) III, 135. Seconde instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité de laïque n'exclut donc pas les conséquences du baptême chrétien (1), mais bien plutôt elle les implique rigoureusement (2). Ainsi, pour Mgr Pie, le premier devoir des chefs, comme des autres fidèles, c'est qu'ils s'instruisent de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sachez au moins votre catéchisme, s'écrie-t-il, vous qui gouvernez le monde (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige plus, il veut chez les chefs, cette instruction solide, complète, supérieure, et il en trace lui-même le programme détaillé. C'était en 1875, à l'occasion de l'érection de la Faculté de théologie de Poitiers. L'évêque aurait voulu y voir entrer tous ceux qui un jour pourront avoir une part au gouvernement du pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si l'enseignement d'une bonne faculté de théologie, disait-il, recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s'ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d'entre eux dussent-ils n'en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l'État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd'hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n'a plus l'idée. Une vingtaine, une trentaine d'hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l'Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques&amp;amp;nbsp;» (IX, 216-217). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons bien l'ampleur et la profondeur de ce programme d'études&amp;amp;nbsp;: un bon cours de philosophie selon saint Thomas (4), un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique. Ce programme est véritablement génial par son adaptation très parfaite à l'élite sociale contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos chefs politiques, par exemple, c'est la remarque de Mgr Pie lui-même, ne manquent pas de talents, de noblesse, de générosité et de grandeur (5). Mais chez eux, le mal est dans l'intelligence, faussée par une philosophie subjective ou agnostique. Cette mauvaise philosophie a engendré la mauvaise politique (6), car, affirme-t-il, «&amp;amp;nbsp;la mauvaise politique n'est pas autre chose que, la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public (7)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mal intellectuel a tellement infecté l'élite qu'un penseur éminent a pu écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce qui combat ma foi dans l'avenir de la France, c'est que l'erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes&amp;amp;nbsp;» (Le Play, Lettre 1871). Pourtant, à ce mal qui semble incurable, le Cardinal Pie oppose le seul remède efficace et infaillible&amp;amp;nbsp;: le retour à la philosophie de saint Thomas, c'est-à-dire à une philosophie qui, scolastique par ses principes et par ses méthodes, prouve la puissance et les limites de la raison et le caractère absolu de la vérité (8). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette philosophie doit s'ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. «&amp;amp;nbsp;Le salut n'est que là&amp;amp;nbsp;» dit-il (9). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le premier devoir des chefs&amp;amp;nbsp;: pour faire régner Jésus-Christ sur la société, s'adonner aux études supérieures et demander à la véritable philosophie et à la théologie elle-même les solutions dont le pays a besoin (10). Mgr Pie ne se lasse pas de leur répéter les paroles des adversaires eux-mêmes (11)&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines... La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées (12)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 83. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) De même le titre de philosophes que se donnent certains écrivains et maîtres de l'enseignement ne les dispense pas d'embrasser la foi chrétienne. Mgr Pie leur montre que la philosophie séparée de la foi est antirationnelle, impossible, et purement imaginaire, impie. Il leur expose ensuite que la philosophie qui accepte l'autorité de la Révélation, s'agrandit et se rehausse. III, 148-187. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3 )Œuvres sacerdotales&amp;amp;nbsp;: I, 162. Instruction sur la nécessité d'entendre la parole de Dieu (Chartres 1840). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4)&amp;amp;nbsp; Mgr Pie est ici un précurseur des directions doctrinales thomistes données par LÉON XIII et ses successeurs. L'Encyclique «&amp;amp;nbsp;Æterni Patris&amp;amp;nbsp;» recommandant la philosophie de saint Thomas est de 1879. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) «&amp;amp;nbsp;Nous croyons que ce qui a manqué à notre pays, ce n'a été ni la science des compromis, ni le talent et l'honnêteté dans les hommes du pouvoir, non plus que la modération relative dans les chefs de l'opposition&amp;amp;nbsp;» V, 198 Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. V, 516 Panégyrique de saint Émilien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Il, 437. Observation à propos d'une lettre de M. le ministre des cultes (décembre 1855). Le P. GRATRY, cité plusieurs fois avec éloge dans les Synodales de l'évêque de Poitiers, écrivait en 1853&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la raison humaine est en péril et ce péril trop peu connu et trop peu signalé est l'une des plus redoutables menaces du temps présent... Qu'est-ce que la vérité&amp;amp;nbsp;? La vérité peut-elle être connue&amp;amp;nbsp;? La science est-elle possible&amp;amp;nbsp;? Le raisonnement prouve-t-il quelque chose&amp;amp;nbsp;? Et la parole a-t-elle un sens&amp;amp;nbsp;? Les mots répondent-ils aux objets, ou ne sont-ils que de vains signes&amp;amp;nbsp;? On l'ignore et on ne tient pas à le savoir&amp;amp;nbsp;». De la connaissance de Dieu, p. 1 et 5 (éd. 1854). Depuis 1853, la crise de la raison n'a pas cessé et elle est aujourd'hui dans une période aiguë. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Mgr Pie, dans sa première Instruction Synodale, fait remarquer que la saine philosophie ne se trouve que dans l’Église et qu'il faut la demander aux séminaires et aux Universités catholiques. «&amp;amp;nbsp;J'aurais la franchise de dire ce que je pense... ce qui est certain pour tout homme qui étudie et observe les choses&amp;amp;nbsp;: il n'existe plus guère de philosophie au XIXè siècle, si ce n'est chez les corporations religieuses, dans les séminaires et dans les Universités catholiques et si vous voulez trouver encore des hommes qui aient véritablement conservé foi dans la raison humaine, cherchez dans les rangs de ceux qui ont gardé la foi chrétienne en leur cœur&amp;amp;nbsp;» Il, 412. On voit par ce texte et par celui que nous venons de développer le rôle capital réservé aux Universités catholiques pour la restauration de la Royauté sociale de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(9) IX, 218. Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers (1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(10) VIII, 88. Instruction pastorale sur l'obligation de confesser publiquement la foi chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(11)Proudhon, P. Leroux et Mazzini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(12) VIII, 88 et&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c'est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités&amp;amp;nbsp;: celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires&amp;amp;nbsp;: l'Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l'histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain&amp;amp;nbsp;». X, 452. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez aussi IX, 282&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Par elle-même et surtout par quelques-unes de ses annexes, la faculté de théologie vient combler un vide qui est devenu l'abîme des sociétés modernes. Après que le dix-huitième siècle eut proclamé les Droits de l'homme&amp;amp;nbsp;» et gardé le silence sur les droits de Dieu, n'est-il pas évident que ce legs, plus ou moins explicitement accepté par le dix-neuvième siècle, a été pour lui un testament de mort&amp;amp;nbsp;? Arrivé aux trois quarts de sa course, ce siècle qui n'a marché que de chutes en chutes, de renversements, de déceptions en déceptions, ne va-t-il pas commencer à comprendre ce que c'est que Dieu du moins dans la chose sociale&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il exige ensuite que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l'Église. Nous avons vu, au sujet du devoir des fidèles, quelle importance il attachait au culte public, expression partielle de la Royauté sociale. Il aimait à redire que «&amp;amp;nbsp;l'avenir de la France dépend beaucoup plus qu'on ne pense d'une question de liturgie&amp;amp;nbsp;», et il ajoutait pour justifier son assertion&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La question sociale ne sera dénouée que par la question religieuse et la question religieuse tient surtout à une question de culte (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce grand retour du peuple chrétien à la liturgie, condition nécessaire de la restauration du droit chrétien, ne pourra se réaliser que si l'élite et les chefs en donnent l'exemple. Cet exemple «&amp;amp;nbsp;sera le moyen infaillible de la génération de tout un peuple&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie entre ici dans les détails pratiques&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Que tous les hommes influents observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu&amp;amp;nbsp;; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels&amp;amp;nbsp;; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu'ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques (2) la lumière et la force dont, pour leur part, ils ont assurément besoin et bientôt leur exemple sera suivi et c'est à peine si les prêtres de Jésus-Christ suffiront à remplir le ministère des âmes (3)&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et, parlant toujours à l'élite et aux chefs, il conclut par ce grave avertissement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l'histoire d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n'aurez pas voulu l'acheter à ce prix (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pratiquer publiquement la religion catholique voilà le deuxième devoir des chefs et de l'élite intellectuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier devoir leur est imposé pour qu'ils fassent régner Jésus-Christ sur la société&amp;amp;nbsp;: l'élite intellectuelle, ou le savoir, doit donner un enseignement nettement catholique, et les chefs, ou le pouvoir, doivent réaliser en politique, le programme chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II - DEVOIR SPÉCIAL DE L'ÉLITE INTELLECTUELLE&amp;amp;nbsp;: FAIRE RÉGNER J.-C. DANS L'ENSEIGNEMENT  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Obligation rigoureuse de donner un enseignement chrétien. - La neutralité scolaire, injurieuse à Dieu et irréalisable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- L'enseignement de la loi et de la religion naturelles insuffisant et chimérique. - Réponse aux objections. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Étudions d'abord le devoir spécial de l'élite intellectuelle. Par élite intellectuelle, nous désignons les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc... et en général tous ceux qui écrivent mais spécialement. les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sa deuxième synodale sur les erreurs contemporaines, le Cardinal Pie constate, avec douleur, que l'élite intellectuelle a collaboré puissamment au renversement de la Royauté sociale de Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;Ne dirait-on pas, écrit-il, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? On ne l'attaquera pas, on ne contestera pas son droit de commander mais toutes les forces vives de la nature humaine seront tenues tellement à l'écart et en dehors de lui, qu'il sera sur la terre un roi sans ministres ou plutôt sans sujets (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant reproché à toute l'élite intellectuelle d'avoir fait par son silence le vide autour de Jésus-Christ, il s'adresse à tous ceux qui enseignent et les conjure de sortir de ce silence, pour être fidèles à la rigoureuse obligation d'être chrétiens dans leur enseignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons cet énergique réquisitoire contre l'enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Comment un catholique, qui accepte de donner l'enseignement oral ou écrit à d'autres catholiques, pourra-t-il jamais concilier les maximes séparatistes de la prétendue philosophie officielle avec les exigences intimes de sa foi et de la foi de ses auditeurs&amp;amp;nbsp;? Qu'on se rappelle les principes de saint Thomas (6) qui déterminent les occasions dans lesquelles tout homme baptisé est tenu de professer sa croyance. Qu'on dise si l'honneur de Dieu, la cause de la foi, l'utilité du prochain peuvent s'accommoder du système de réticences et du faisceau de principes erronés dont se compose la philosophie naturaliste&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Œuvres sacerdotales I, 518. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) SURTOUT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE, car «&amp;amp;nbsp;L’Eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu'il n'en vient pas à la Communion&amp;amp;nbsp;». X, 140. On voit par ce passage et par celui que nous avons donné dans le texte, au sujet de la liturgie, dont l'Eucharistie est le centre, le rôle transcendant de l'Eucharistie pour la rénovation sociale chrétienne. Ils ne se trompent pas ceux qui voient dans le mouvement qui porte les âmes à la communion quotidienne, et dans le succès grandissant des Congrès eucharistiques, le signe le plus sûr et le gage assuré du Règne de N.-S. L'apostasie des nations a commencé par l'apostasie eucharistique et surtout des chefs. «&amp;amp;nbsp;Qu'on le sache bien, écrivait le Vénérable Père EYMARD, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Œuvres sacerdotales I, 193-194. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Œuvres sacerdotales I. 194 et deuxième Instruction à l'occasion du jubilé semi-séculaire. I, 329-330. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) III, 167. Seconde Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Saint Thomas&amp;amp;nbsp;: II II q.3 art 2 et le commentaire par Mgr Pie&amp;amp;nbsp;: II, 146-147-148. Donnons-en les passages principaux&amp;amp;nbsp;: Le précepte de professer extérieurement et ouvertement la foi chrétienne. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition, son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations de la vie&amp;amp;nbsp;: Il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire ni de rien écrire qui soit une négation de sa croyance. Au contraire, en tant qu’il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas, de professer sa foi partout et toujours&amp;amp;nbsp;; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un, étant interrogé sur sa foi, se taisait et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné d'embrasser la foi ou exposé à la perdre&amp;amp;nbsp;: alors, l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement&amp;amp;nbsp;». Seconde Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Celui qui m'aura avoué et confessé devant les hommes, dit N.-S. Jésus-Christ, je l'avouerai et confesserai devant mon Père céleste. Or, le chrétien dont il s'agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. Mille occasions naturelles se présentaient à lui de se déclarer chrétien et de laisser apercevoir, sous son manteau de philosophe, la robe de son baptême. Eh bien&amp;amp;nbsp;! non&amp;amp;nbsp;; il a parlé de tout, de Dieu, de l'âme, du corps, de l'origine de l'homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n'a prononcé, avec l'accent d'un croyant, le nom de Dieu fait homme&amp;amp;nbsp;; pas une. fois il n'a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle&amp;amp;nbsp;; et tandis que la religion demande à régler et à sanctifier tous les états, il a rempli le plus noble, le plus auguste, le plus divin de tous les états humains, sans jamais y faire acte positif de religion&amp;amp;nbsp;; ou plutôt, il a tenu toujours la vérité captive, il l'a opprimée dans son injuste silence&amp;amp;nbsp;; toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n'a semble tendre et n'a réussi qu'à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile&amp;amp;nbsp;; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d'anéantir, et comme parle saint Paul d'évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce. Ah&amp;amp;nbsp;! si tous ceux qui auront dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Seigneur, Seigneur, ne seront pas admis pour cela dans le royaume des cieux&amp;quot;, combien ceux-là sont assurés d'entendre la terrible parole . Nescio vos&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Je ne vous connais pas&amp;quot; qui n'auront pas même voulu prononcer le nom du Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;! &amp;quot;Celui qui ne M'aura pas confessé devant les hommes, dit Jésus-Christ, Moi aussi Je ne le reconnaîtrai pas devant Mon Père céleste. Celui qui M'aura renié devant les hommes, Je le renierai devant les anges et les élus&amp;quot;. Sur la terre cet homme apostat, quoiqu'il n'y fût bon à rien qu'à corrompre l'esprit public et à perdre les âmes, a pu être supporté, il a pu être admiré, il a pu être encouragé dans sa profession funeste, il a pu être richement payé sur le budget de la nation à laquelle ses doctrines préparaient tous les dix ou quinze ans de nouveaux renversements, mais ce triomphe aura un terme. &amp;quot;Un jugement très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres&amp;quot;. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel&amp;amp;nbsp;! (1)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs doivent donc faire régner Jésus-Christ dans leur enseignement, mais une objection se présente&amp;amp;nbsp;: les élèves qui affluent aux écoles de l'État ne sont pas tous catholiques. Il y a parmi eux des juifs, des protestants, et même les musulmans sont en grand nombre, surtout dans nos colonies (2). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, dira-t-on, que l'enseignement officiel n'offense aucune de ces croyances et la neutralité s'impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, et voici la pensée du Cardinal Pie. Les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l'État (3). Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles&amp;amp;nbsp;? pourquoi les laisser dans la nuit de l'hérésie ou de l'infidélité «&amp;amp;nbsp;laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, du reste, montre que cette neutralité, injurieuse à Dieu, est absolument irréalisable. Il faut lire attentivement les pages de la deuxième synodale, où il prouve qu'il est impossible à un professeur de ne pas offenser soit le catholique, soit le protestant, soit le musulman sur des points très importants de doctrine, de morale et d'histoire qu'il devra nécessairement aborder. Voici ces lignes&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Car enfin, c'est bien vite dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;les principes de morale et de religion communs à tous les peuples&amp;quot;, la pratique est un peu plus difficile qu'on ne pense. Voici une école de philosophie fréquentée par des élèves de toutes les nations, de toutes les religions, de toutes les sectes. Le programme consiste à n'offenser personne dans ses convictions, à ne détourner personne de son culte. Mais, en matière de religion naturelle, que direz-vous de l'idolâtrie&amp;amp;nbsp;? En matière de morale naturelle, que direz-vous de la polygamie&amp;amp;nbsp;? Qu'enseignerez-vous sur l'unité de Dieu, sur la sainteté du lien conjugal&amp;amp;nbsp;? Les idolâtres, les infidèles, les musulmans sont rares parmi nous, me dites-vous&amp;amp;nbsp;: il n'y a lieu d'en tenir compte. Toujours est-il que voici des centaines de millions d'individus, parmi lesquels la conquête de l'Algérie nous fait compter un assez grand nombre de citoyens français exclus de votre enseignement ou forcément blessés par votre enseignement, qui affichent cependant la prétention de s'accommoder à toutes les religions. Toutefois, consentons à ne parler que des chrétiens. Qu'enseignerez-vous sur le fatalisme, si clairement professé par Luther et Calvin&amp;amp;nbsp;? Sur le libre arbitre audacieusement nié par ceux-ci, sur l'inutilité de bonnes œuvres professée par ceux-là, sur les châtiments éternels de l'autre vie rejetés par le plus grand nombre&amp;amp;nbsp;? Ou vous allez offenser des croyances, ou vous allez laisser vivre des erreurs aussi contraires à la raison naturelle à la tradition historique du genre humain qu'opposées à la révélation. Mais que parlé-je de révélation&amp;amp;nbsp;? Les chrétiens sincères de toutes les communions diverses et les juifs euxmêmes sont d'accord sur ce point&amp;amp;nbsp;: ils croient, non seulement à l'existence, mais à l'obligation d'une doctrine et d'une morale révélées&amp;amp;nbsp;; pas un d'eux ne suppose qu'on puisse refuser à Dieu le pouvoir de se mettre en rapport direct avec sa créature, de lui enseigner des vérités inaccessibles à la raison, de lui intimer des préceptes surajoutés aux préceptes intérieurs de la conscience, de lui assigner une fin supérieure à sa fin propre et naturelle, de lui communiquer des grâces surnaturelles et proportionnées à cette fin, de lui envoyer un réparateur après sa chute, d'instituer une société divine sur la terre. Toucher à cela, c'est toucher à toute la substance de la religion juive ou chrétienne. Or, le principe même de la philosophie séparée renverse l'existence, ou à tout le moins l'obligation de tout l'ordre révélé&amp;amp;nbsp;; dans ses plus grandes condescendances, il laisse tout au plus subsister comme un complément facultatif, réel ou imaginaire, ce que la foi présente comme la condition positive et le fondement rigoureux du salut. La philosophie souveraine et indépendante ne peut donc s'affirmer elle-même qu'en blessant la première et la plus élémentaire croyance de tout disciple de la révélation&amp;amp;nbsp;: et, dès qu'elle se montre à lui, tout en lui parlant de conciliation universelle, elle laisse clairement apercevoir une incompatibilité radicale entre elle et lui. Cette incompatibilité est surtout flagrante s'il s'agit de la religion catholique&amp;amp;nbsp;: la philosophie séparée n'est acceptable ni pour la conscience du maître ni pour celle du disciple&amp;amp;nbsp;» (III, 210212). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) III, 212, 213, 214. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) La conquête de l'Algérie a soulevé le difficile problème de l'école pour les nombreux musulmans de nos colonies africaines. Dans quel sens ce problème doit être résolu, nous l'indiquons avec Mgr Pie. Ce problème scolaire n'est du reste qu'un des aspects de cette &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
grande question&amp;amp;nbsp;: la politique coloniale chrétienne. Sur ce point précis, voir plus loin Sect. Il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Voir plus loin&amp;amp;nbsp;: passage sur la tolérance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) III, 180 et 218. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les professeurs insistent&amp;amp;nbsp;: nous n'offensons personne si nous arrivons à enseigner la loi, la religion, la morale naturelle, et rien de plus&amp;amp;nbsp;; car, après tout, nos élèves sont tous des hommes&amp;amp;nbsp;; ils se rencontrent dans l'unité de la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, qui vient de démontrer qu'en fait on offensera toujours les élèves en taisant la religion, puisque tous en ont une, aborde ailleurs franchement cet autre problème&amp;amp;nbsp;: la religion et la loi naturelles suffisent-elles et se suffisent-elles à elles-mêmes&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond-il, car Dieu nous impose inséparablement la religion naturelle et la religion surnaturelle. Indépendamment de sa portée plus haute, seule, la religion surnaturelle nous donne de connaître et pratiquer la religion naturelle. Transcrivons les pages lumineuses qui dissiperont les ténèbres de la fausse philosophie sur cette importante question. C'est à propos du livre de J. Simon, La religion naturelle, que l'Évêque de Poitiers les a écrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les écrivains rationalistes, qui se sont faits depuis quelque temps les chevaliers de la religion naturelle, s'appliquent soigneusement à dissimuler une chose aussi essentielle qu'elle est incontestable&amp;amp;nbsp;: c'est que la religion naturelle existe tout entière dans le christianisme et n'existe spéculativement et pratiquement tout entière que là. A les en croire, le sectateur de la simple religion naturelle trouverait en elle le fond de toutes choses, le fond de toute vérité, de toute morale, et la religion surnaturelle ne surviendrait que pour offrir à ses disciples des formes de cultes et des pratiques de vertu plus ou moins surérogatoires, plus ou moins respectables, mais, dans tous les cas, nullement indispensables pour l'accomplissement des préceptes de la religion naturelle. Malheureusement, ici encore, la philosophie moderne affirme et ne prouve pas, ou plutôt, son affirmation est la contrevérité morale et historique la plus flagrante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on nous la montre quelque part dans l'histoire, qu'on nous la montre dans l'humanité, à une époque et sous un ciel quelconque, cette religion naturelle vivant pleinement de sa propre vie, se réalisant et se formulant dans une société gouvernée par ses seules maximes, fournissant un code suffisamment complet de vérités et de préceptes, et surtout procurant le respect et le maintien de ces vérités dans les esprits, l'accomplissement et la pratique de ces préceptes dans les mœurs. Soixante siècles sont là pour le dire&amp;amp;nbsp;: ce phénomène n'existe pas&amp;amp;nbsp;; c'est une hypothèse, ce n'est pas un fait. Le fait, c'est que notre nature est si faible de son propre fonds, et qu'elle a été en outre tellement affaiblie par le péché, qu'elle est impuissante par elle seule à connaître, à retenir toutes les vérités de la religion naturelle et plus impuissante encore à observer par ses propres forces tous les préceptes religieux et moraux de cette même loi naturelle. Le fait enfin, c'est que le christianisme, indépendamment de sa portée plus haute, réalise seul ici-bas toute la religion naturelle... Le christianisme complète donc, il augmente, il perfectionne, mais il n'exclut pas, il contient essentiellement, éminemment toute la religion naturelle, tous les devoirs et toutes les vertus de l'ordre naturel. Jésus-Christ n'a pas créé un nouveau décalogue, il a maintenu le décalogue antique qui n'est lui-même que le code révélé de la morale naturelle... En dernière analyse, un homme qui est chaste, qui est juste, qui honore Dieu n'est qu'un honnête homme&amp;amp;nbsp;; or, je le répète avec saint Paul et avec l'Église, Jésus-Christ est venu apporter Sa lumière et Sa grâce afin que nous soyons cela, et que nous le soyons avec une valeur et un mérite qui nous élèvent au-dessus de l'honnête homme et qui nous rendent les fils adoptifs de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est donc essentiel de ne pas laisser les philosophes naturalistes donner le change plus longtemps aux esprits &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
sur cette matière. Eux-mêmes avouent que la religion naturelle n'a pas et n'est pas susceptible d'avoir ses représentants à part, son corps sacerdotal à part&amp;amp;nbsp;; et cette religion ne paraît si commode à ses prôneurs que parce qu'ils entendent bien ne relever que du sacerdoce assez complaisant de leur propre arbitre et n'avoir à rendre compte de rien à personne... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est pourquoi, à tout philosophe, épris d'amour et de zèle pour la religion naturelle, je dirai&amp;amp;nbsp;: Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme&amp;amp;nbsp;; car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle&amp;amp;nbsp;; lui seul en maintien toute l'intégrité doctrinale au moyen de ses enseignements précis et inflexibles; lui seul en obtient toute l'observation pratique au moyen des secours et des grâces qu'il procure... Philosophe qui faites un livre dont tout le résultat est de séparer la religion naturelle de son auxiliaire pratiquement indispensable, vous avez péché non seulement contre la loi de grâce, mais contre la loi de nature elle-même&amp;amp;nbsp;; abandonnez une thèse si mal posée&amp;amp;nbsp;; sinon, défenseur apparent de la religion naturelle, vous en seriez dans la réalité l'ennemi le plus perfide et le plus acharné démolisseur (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) III, &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; 221-222 à 257. Même doctrine, sous une forme plus brève, dans la première Synodale. Mgr Pie s'adresse à ceux qui rêvent &amp;quot;d'une morale sociale, suréminemment catholique, qui se place au-dessus de toutes les religions&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, jamais leur dit-il, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l'ordre moral et social au moyen de l'impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de Le connaître et de Lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui L'a envoyé, il pêche nous l'avons dit, non seulement contre la révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. Si Je n'étais pas venu et que Je ne leur eusse pas parlé, dit le Sauveur, ils seraient excusables. Mais maintenant, ils ne sauraient être excusés de leur péché... Si Je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, leur faute serait pardonnable&amp;amp;nbsp;; mais maintenant, ils ont vu Mes œuvres, et ils Me haïssent, ils haïssent Mon Père&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi la morale qui s'en tient, de propos délibéré et de parti pris aux lois de la simple nature, ne saurait procurer désormais le salut, même temporel des individus ni des sociétés. Car cette morale est insuffisante et incomplète&amp;amp;nbsp;; et de plus, elle ne peut être observée dans tout son ensemble que par un secours surnaturel de la grâce.. Dieu ne versera point ses bénédictions sur les contempteurs de son Fils. Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point Sa place, et s'il était vrai qu'il n'existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d'honnêtes païens&amp;amp;nbsp;». Il, 402-403. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons pour confirmer cet enseignement la fine réflexion de Mgr Pie à ses prêtres, au sujet du livre de Jules Simon, intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Chaque fois qu'on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque annonçant comme un cours complet de philosophie d'après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses&amp;amp;nbsp;: premièrement, d'immenses lacunes dans ce cours complet, et deuxièmement, des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. Pour ma part, j'ai lu avec la plus grande patience un livre intitulé&amp;amp;nbsp;: De la religion naturelle. Ma conscience m'oblige de dire que je n'y ai pas trouvé une religion et que dans le peu de religion qu'il contient, j'ai trouvé beaucoup de surnaturel&amp;amp;nbsp;». III, 162-163. Seconde instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste une difficulté que Mgr Pie n'a pas connue comme nous&amp;amp;nbsp;: la loi de l'enseignement neutre. L'évêque de Poitiers s'adressant, en 1857, aux maîtres enseignant en France, pouvait leur dire, en stigmatisant ceux qui alors donnaient un enseignement neutre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l'avons prouvé, ni aucun des exemples qu'ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d'abdiquer leur croyance&amp;amp;nbsp;» (III, 214). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles n'ont plus leur application aujourd'hui, elles nous montrent du moins que Mgr Pie ne serait pas sans excuse pour les maîtres de l'enseignement public qui dissimulent leur foi. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une dure nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que faire&amp;amp;nbsp;? Que dirait aujourd'hui à ces maîtres l'évêque de Poitiers&amp;amp;nbsp;? Sans nul doute, il leur ferait comprendre combien est odieux le dur esclavage auquel la loi impie les réduit&amp;amp;nbsp;; il les encouragerait à se grouper en associations de professeurs chrétiens. Il les pousserait à demander l'abolition de cette loi criminelle et stupide et, rencontrant des âmes plus fortes dans leur foi et plus généreuses, peut-être, ne craindrait-il pas de leur conseiller la résistance ouverte, leur rappelant la parole de saint Pierre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION II : LE PROGRAMME DE RESTAURATION CHRÉTIENNE ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler maintenant du suprême devoir qui s'impose, non plus à l'élite intellectuelle, mais aux chefs de la nation. Ils doivent, avons-nous dit, réaliser le programme de gouvernement chrétien. D'après Mgr Pie, ce programme demande aux pouvoirs civils qu'ils se tiennent unis à l'Église et légifèrent selon les principes chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE PROGRAMME CHRETIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa première condition : L'union de l'Église et de l'État. - Doctrine de l’Eglise et du Cardinal Pie sur cette importante question. - Ses bases théologiques. - Réfutation des doctrines libérales sur les rapports de l'Église et de l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'union de l'Église et de l'État, c'est la condition primordiale d'un gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'accord parfait du sacerdoce et de l'empire est le droit commun et l'état normal des sociétés chrétiennes (1)&amp;amp;nbsp;» enseigne Mgr Pie avec toute la tradition catholique, et il repousse énergiquement toute idée de séparation (2). Sur ce sujet des rapports de l'Église et de l'État, il faudrait lire I'œuvre entière de l'Évêque de Poitiers, mais particulièrement les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent. Sa doctrine, qui est très exactement celle de l'Église, se résume ainsi : La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l'Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ qui impose l'ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes, ainsi qu'il a été prouvé plus haut (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l'union de l'Église et de l'État ! Bien peu d'écrivains, même ecclésiastiques, élèvent leur théologie à cette hauteur. Mgr Pie s'y complaît, y trouvant la preuve capitale et la base de toute la doctrine qui fixe les relations de l'Église et de l'État. Il nous montre que Jésus-Christ a uni en Lui indissolublement l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et qu'Il astreint la société chrétienne à une semblable union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu'en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne, est constituée par deux éléments : l'Église et l'État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l'humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l'État à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Il, 32 Entretien avec le clergé diocésain (1853). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Commentant un passage du prophète Zacharie, le Cardinal Pie affirme que cette doctrine de l'union de l’Église et de l’Etat est une doctrine révélée : «&amp;amp;nbsp;Les commentateurs de tous les temps ont été unanimes à déduire du chapitre quatrième et du chapitre sixième de Zacharie, la doctrine divinement révélée de l'union et de l'accord nécessaire du sacerdoce et de l'empire. Tout l'état du monde, dit Bossuet, roule sur ces deux puissances. lX, 29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut lire sur ce sujet ROHRBACHER : Histoire universelle de l’Église catholique t. 1, L. IX : Des rapports entre les deux puissances d'après la tradition universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Dans un discours prononcé en 1848, Mgr Pie compare l'union qui doit exister entre l'Église et l'État à l'union de l'âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c'est qu'elles n'étaient pas unies à l'Église, comme le corps doit être uni à l'âme. «&amp;amp;nbsp;Or si heureusement qu'il soit pourvu d'articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c'est un cadavre, et le propre d'un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L'âme de toute société humaine, c'est la croyance, c'est la doctrine, c'est la religion, c'est Dieu&amp;amp;nbsp;» I, 85. Cette comparaison de l'Église et de l'État avec l'union du corps et de l'âme est classique. C'est la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'encyclique «&amp;amp;nbsp;Immortale Dei&amp;amp;nbsp;» sur la constitution chrétienne des États. Lettres apost. de Léon XIII T. II, p. 27-28 (Edit. Bonne Presse) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 247-248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 Juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citons quelques textes : «&amp;amp;nbsp; Si le Christ est le Dieu fait homme, l'humanité tout entière fait partie du système dont Il est le centre : elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers Lui (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour Mgr Pie, séparer l'Église et l'État, c'est porter atteinte au Christ, s'attaquer directement à Lui, commettre cet attentat qui consiste à dissoudre Jésus-Christ ; solvere Jesum (I Jean IV, 3), à briser ce nœud de l'Incarnation, ce nœud du Verbe fait chair, ce nœud vivant et éternel où s'unissent indissolublement, sans jamais se confondre, la nature divine et la nature humaine, le Dieu parfait et l'Homme parfait (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant au point spécial de la subordination de l'État à l'Église, Mgr Pie, dans une lettre fameuse (3), la déclare au «&amp;amp;nbsp;Ministre de l'instruction publique et des cultes, en ces termes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vouloir que l'Église de Jésus-Christ, dit-il, se démette du droit et du devoir de juger en dernier ressort de la moralité des actes d'un agent moral quelconque particulier ou collectif, père, maître, magistrat, législateur, même roi ou empereur, c'est vouloir qu'elle se nie elle-même, qu'elle abdique son essence, qu'elle déchire son acte d'origine et les titres de son histoire, enfin qu'elle outrage et qu'elle mutile Celui dont elle tient la place sur la terre&amp;amp;nbsp;» (IV, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même doctrine dans une instruction pastorale célèbre, où il appelle hardiment antéchrists tous ceux qui voulant de Jésus-Christ pour l'individu et la famille, l'excluent de l'État, sécularisant la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ni dans sa personne, dit-il, ni dans l'exercice de Ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné ; en Lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l'opposition ; le divin ne peut être antipathique à l'humain, ni l'humain au divin. Au contraire, Il est la paix, le rapprochement, la réconciliation ; Il est le trait d'union qui a fait les deux choses une : Ipse est pax nostra qui fecit utraque unum. C'est pourquoi saint Jean nous dit : &amp;quot;Tout esprit qui dissout Jésus-Christ, n'est pas de Dieu et c'est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; avez entendu dire qu'il vient et qu'il est déjà dans le monde&amp;quot;. Lors donc que j'entends certains bruits qui montent, certains aphorismes (4) qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au cœur des sociétés, le dissolvant sous l'action duquel doit périr le monde, je jette ce cri d'alarme : Prenez garde à l'antéchrist : Unum moneo, cavete antichristum (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'évêque de Poitiers a toujours combattu la séparation de l'Église et de l'État. Au reste, il a combattu toute séparation, celles de la raison et de la foi, de la nature et de la grâce, de la religion naturelle et de la religion révélée, la séparation du philosophe et du chrétien, de l'homme privé et de l'homme public (6). Il voyait en elles une résurrection du dualisme manichéen (7) et il les a toutes combattues avec, pour argument suprême, la loi constitutive du Christ. Aussi, c'est en toute vérité, qu'écrivant au comte de Persigny, il pouvait se rendre ce témoignage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Pie IX, dans l'allocution consistoriale du 9 juin 1862 avait résumé en quelques mots tout le système des coryphées actuels de la secte antichrétienne : «&amp;amp;nbsp;Ces hommes, dit-il, détruisent absolument la cohésion nécessaire qui par la volonté de Dieu unit l'ordre naturel et surnaturel&amp;amp;nbsp;». Ayant cité ces mots, Mgr Pie continue : «&amp;amp;nbsp;LA, en effet, EST LE CŒUR DE LA QUESTION, là est le champ clos de toutes les luttes de l'heure présente. Nous disons nous, et l'Église catholique enseigne que Dieu, par un acte libre de Son amour, a établi un lien supérieur et transcendant entre notre nature et la sienne ; nous disons qu'un pareil lien n'était pas nécessaire en soi, qu'il n'était commandé ni même formellement réclamé par aucune exigence de notre être, qu'il est dû à la charité immense, à la libéralité gratuite et excessive de Dieu envers Sa créature ; nous proclamons que ce lien par suite de la volonté divine est devenu obligatoire, indéclinable, nécessaire ; qu'il subsiste éminemment et qu'il subsistera éternellement en Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, nature divine et nature humaine toujours distinctes, mais irrévocablement unies par le nœud hypostatique ; nous ajoutons que ce lien doit s'étendre, selon des proportions et par des moyens divinement institués, à toute la race dont le Verbe incarné est le Chef et qu'aucun être moral, soit individuel et particulier, soit public et social ne peut le rejeter ou le rompre, en tout ou en partie, sans manquer à sa fin, et par con&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
séquent sans se nuire mortellement à lui-même et sans encourir la vindicte du maître souverain de nos destinées. Telle est non pas seulement la doctrine, mais la substance même du christianisme. V, 39-40. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'oublions pas et ne laissons pas oublier, écrit Mgr Pie dans la même synodale, ce que nous enseigne le grand apôtre, que JésusChrist, après être descendu des cieux, y est remonté afin de remplir toutes choses, ut impleret omnia. Il ne s'agit pas de sa présence comme Dieu, puisque cette présence a toujours été, mais de sa présence comme Dieu et homme tout à la fois. - Au fait, Jésus-Christ est désormais présent à tout, sur la terre aussi bien qu'au ciel ; Il remplit le monde de Son nom, de Sa loi, de Sa lumière, de Sa grâce. Rien n'est placé hors de Sa sphère d'attraction ou de répulsion ; aucune chose ni aucune personne ne Lui peuvent demeurer totalement étrangères et indifférentes ; on est pour Lui ou contre Lui; Il a été posé comme la pierre angulaire : pierre d'édification pour les uns, pierre d'achoppement et de scandale pour les autres, pierre de touche pour tous. L'histoire de l'humanité, l'histoire des nations, l'histoire de la paix et de la guerre, l'histoire de l'Église surtout n'est que l'histoire et la vie de Jésus remplissant toutes choses : ut impleret omnia&amp;amp;nbsp;» V, 166. Nous avons fait ces longues citations pour bien montrer que pour Mgr Pie l'exposé du mystère du Christ est la réfutation décisive et la plus profonde du naturalisme et du libéralisme. Sur ce point, voyez Mgr Gay, sa vie, ses œuvres par Dom BERNARD DE BOISROUVRAY. T. 1, p.207. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) III, 167-168. Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) 16 juin 1862. IV, 228-256. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Séparation de l’Église et de l’Etat en est un. L'axiome énigmatique l’Église libre dans l’Etat libre en est un autre. V, 358. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 588-589. Instruction pastorale sur cette parole de saint Jean : Et il y a déjà beaucoup d'Antéchrists (Carême 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Première et deuxième synodale sur les erreurs du temps présent. (7) Il, 524. IX, 168. Au sujet de ce dualisme manichéen. Mgr Berteaud, évêque de Tulle donne peut-être écho de ses conversations avec 'évêque de Poitiers, quand il dit : «&amp;amp;nbsp;Le devoir de tout législateur est de tourner ses regards vers Jésus-Christ, vers ce grand exemplaire descendu vers nous par amour, et de Le prendre comme l'âme et la forme de son œuvre. A cet idéal divin, opposer un autre idéal selon lequel se gouverneraient les peuples, c'est tomber dans un manichéisme ridicule. Il y a donc deux dieux, l'un qui enseigne le dogme, l'autre qui fait la loi ? Au premier, l'empire sur les intelligences, qui le voudront accepter, Dieu de chances et de fortunes diverses, adopté et conspué, comme chacun l'entendra. L'autre, maître absolu des volontés humaines qu'on ploiera au besoin par le fer ; le premier créant la beauté intérieure dans les âmes, mais impuissant à répandre sur les choses extérieures, sur les institutions de l'ordre civil, l'éclat de la vie ; l'autre, vrai père de la civilisation et de la grandeur des peuples. Au premier les autels et les temples resserrés ; au second, les vastes espaces, les champs, les empires, toutes choses étalées au soleil ; une ville avec une frange de fleurs suffit au premier, le reste est l'héritage inaliénable du second. Ce partage est absurde ; il n'y a qu'un Dieu qui doit régner dans les temples et dans les cités, dans le secret des âmes et dans le grand jour de la &amp;quot;vie publique&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». G. BRETON. Un évêque d'autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, p. 386-387. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous n'avons rien de commun avec les théoriciens et les praticiens de la désunion et de l'opposition des deux ordres, temporel et spirituel, naturel et surnaturel. Nous luttons, au contraire, de toutes nos forces contre ces doctrines de séparation qui aboutissent à la négation même de la religion et de la religion révélée (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette doctrine de l'Église, que Mgr Pie rappelait aux chefs des nations, les libéraux opposaient des faits en faveur de la séparation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains pays : la Belgique et l'Amérique par exemple, n'avaient-ils pas proclamé la séparation de l'Église et de l'État, et l'Église dans ces pays ne jouissait-elle pas de la plus complète liberté ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le système américain et belge, ce système d'indifférence philosophico-politique, est éternellement un système bâtard (2)&amp;amp;nbsp;» ; et s'adressant à une délégation de l'Université de Louvain, il ne craint pas de dire aux Belges eux-mêmes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, je ne garantirais pas le lendemain de la nation (Belge), car malheureusement son organisation politique et sociale, n'est point calquée sur les principes de l'Université de Louvain, et les États ne subsistent qu'à la condition de mettre la vérité à la base du gouvernement. Mais moyennant l'action continue et féconde de ce grand établissement catholique, je me plais à espérer pour le peuple belge, à défaut du lendemain dont je ne réponds pas un surlendemain d'ordre durable et sérieux parce qu'il sera assis sur des institutions chrétiennes (3)&amp;amp;nbsp;». La parole du grand évêque est franche ; elle est nette. Elle s'adresse à tous les chefs de peuples et se résume ainsi L'état normal et le salut pour les gouvernements n'est que dans l'union avec l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite) ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses lignes générales : il doit renier les principes de la Révolution. Il doit affirmer les droits de Dieu, de J.-C. et de l'Église. Pleinement réalisée, l'union de l'Église et de l'État impliquerait de soi une législation chrétienne, car l'État recevrait alors la direction morale de l'Église et s'efforcerait de l'appliquer. Mais, il y a une union imparfaite de l'Église et de l'État : c'est l'union concordataire. Elle existait précisément, du vivant de Mgr Pie, entre la France et le Saint-Siège ; union imparfaite, car le Concordat, au grand regret du Souverain Pontife, laissait subsister une constitution nationale antichrétienne, basée tout entière, sur les droits de l'homme, «&amp;amp;nbsp;en concurrence et en opposition avec les droits de Dieu (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un mémoire resté inédit, Mgr Pie indiquait avec précision cette situation étrange de la France moderne : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements des sociétés contemporaines, écrit-il, sont à l'égard de l'Église en trois situations : 1° ennemis et voilà l'Église sous le glaive de Néron ou de Robespierre ; 2° alliés, et la voilà appuyée sur le sceptre de Théodose et de Charlemagne ; 3° étrangers, et la voilà en face de la Constitution belge ou américaine. Or ce qui est la source de tant de confusion, c'est que notre société française, mélange de tous ces éléments, est vis-à-vis de l'Église: ennemie par l'esprit révolutionnaire qui anime ses lois ; alliée par ses antécédents et par le fait des concordats ; étrangère par sa constitution politique et sa plus récente charte constitutionnelle (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pouvoirs publics français pour leur rappeler les devoirs que leur impose la royauté sociale de Jésus-Christ, Mgr Pie leur demandait, avec le maintien du Concordat de faire cesser cette confusion, de n'être plus ennemis de l'Église par l'esprit révolutionnaire qui anime les lois, et de transformer la constitution étrangère à l'Église en constitution chrétienne. Il voulait que la loi française fût désormais en harmonie avec la loi divine. Pour bien saisir, sur ce point d'une extrême importance, la pensée précise du grand évêque, reprenons les principaux passages de son entretien avec Napoléon Ill. En la personne de l'empereur, il s'adresse à tous les gouvernements de la France. Il leur sait gré d'avoir reconnu et protégé les libertés de l'Église ; cela pourtant ne suffit pas. Ils n'ont réalisé que la moitié de leur devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Notre constitution, leur dit-il, n'est pas, loin de là, celle d'un état chrétien et catholique et vous l'avez laissé subsister... Vous n'avez pas fait encore pour Jésus-Christ ce qu'il fallait faire, parce que vous n'avez pas relevé son trône, parce que vous n'avez pas renié les principes de la Révolution (6) dont vous combattez cependant les conséquences pratiques ; parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la déclaration des droits de l'homme, laquelle n'est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 528. Deux lettres à M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. 18 et 27 décembre 1862. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Lettre à M de l'Estoile. Histoire du Cardinal Pie, I L. 1, ch. 5, p. 173. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) IX, 213. Les adversaires de l'union de l'Église et de l'État sont allés jusqu'à prétendre qu'à Rome, on regarda la Constitution belge de 1830 comme un modèle. C'est une erreur. Rome a regardé la constitution comme un modèle à proposer aux peuples qui ne pourraient pas faire mieux, oui, comme un modèle en soi, non. Certainement, la nouvelle position des Belges après leur séparation d'avec la Hollande, était préférable à l'ancienne. Il y avait donc lieu de se féliciter du changement auquel on devait une si grande amélioration. Mais, Rome n'a pas cessé pour autant de regarder cette amélioration comme précaire, et la meilleure preuve à en donner est la condamnation des doctrines séparatistes, fulminée par l'Encyclique «&amp;amp;nbsp;Mirari vos&amp;amp;nbsp;» qui éclata le 15 août 1832.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de l'Amérique, qu'on se souvienne des graves réserves formulées par le pape Léon XIII dans son Encyclique «&amp;amp;nbsp;Longinqua&amp;amp;nbsp;» 6 janvier 1895 : «&amp;amp;nbsp;Error tollendus est ne quis hinc sequi existimet petendi ab America exemplum optimi Ecclesiæ status&amp;amp;nbsp;». Bonne Presse : Encyclique de Léon XIII, T. IV, p. 163, 164, 166. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne relira pas sans profit la lettre doctrinale que Mgr Pie adressait, en 1860, à M. Foisset sur cette délicate question des rapports de l'Église et de l'État. M. Foisset alléguait, en faveur de la thèse libérale, les progrès que le catholicisme devait au régime indifférentiste de 1830. C'était ériger en principe ce qui n'était qu'un fait accidentel de transition et de transaction. Mgr Pie répondit : La Providence a tiré bon parti pour le réveil religieux, de la période d'indifférentisme de la loi : c'est vrai ; Elle en avait tiré un plus grand encore de la période de la persécution. Mais ni la persécution, ni l'indifférentisme politique du pouvoir ne sont dans l'ordre régulier. On ne sera jamais assez reconnaissant, selon moi, envers les hommes qui, soit au sortir de la grande tribulation révolutionnaire, soit depuis trente ans, ont employé leurs talents, leur dévouement, leur foi, leur amour de l’Eglise, à dégager de la situation existante tout ce qui pouvait en sortir de bon, et qui ont rendu ainsi d'incomparables services à la religion et à la société. Mais cela ne m'empêcherait pas de considérer désormais leur action comme doublement funeste et à la religion et au pouvoir que l'avenir tient en réserve, s'ils persistaient dans la thèse absolue que quelques-uns ne se lassent pas de reproduire&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 2, p. 65. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 109. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France (1871). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie. I L. 1, ch. 6, p. 186-187. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Mgr Pie a toujours combattu les principes de la révolution française. Cette politique, qui est l'application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l'Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples&amp;amp;nbsp;». III, 516. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ainsi pour lui, la Révolution c'est la puissance du mal et de la Bête&amp;amp;nbsp;». Ailleurs, il écrit : «&amp;amp;nbsp;La génération issue des maximes de la Révolution pourra se définir elle-même avec vérité par cette parole de l'Iduméen : J'ai dit à la pourriture : &amp;quot;Vous êtes ma mère&amp;quot; et à la lèpre : &amp;quot;C'est vous qui m'avez donné le jour&amp;quot;. Œuvr. sacerdotales I, 348. Parlant de la devise révolutionnaire : Liberté, Égalité, Fraternité, il dira encore . «&amp;amp;nbsp; Il ne suffit pas d'avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois : Dieu ; et la face de la société sera renouvelée&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerd Il, 629. Cette sévérité ne doit pas nous étonner ; elle est très juste, car au fond, la Révolution détrône Jésus-Christ. Cf. VII, 100. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux passages de Louis Veuillot font exactement écho à ce jugement doctrinal de Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il existe, dit Louis Veuillot, un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence et, à lui seul, toute la Révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure ; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout ; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation à travers lequel les Pyrames catholiques libéraux et les Thisbés révolutionnaires ne feront jamais passer que leurs stériles soupirs. Cet unique principe de 89, c'est ce que la politesse révolutionnaire des conservateurs de 1830 appelle la sécularisation de la société, c'est ce que la franchise révolutionnaire du siècle, des Solidaires et de M. Quinet appelle brutalement, l'expulsion du principe théocratique. C'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu, avec toute reconnaissance, avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine&amp;amp;nbsp;». L'illusion libérale, 135-136. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même auteur, écrivant au général Trochu, lui disait : «&amp;amp;nbsp;Encore que vous soyez le plus honnête homme du monde et bon et ferme chrétien pour vous-même, prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abjurer la foi du Christ, vous n'avez pas, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'avez pas ce qu'il faut à la société. Je ne vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il n'est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire ; c'est par là que la Révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. Il paralyse les bras et les cœurs qui pourraient le sauver. Il ôte aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes et aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné&amp;amp;nbsp;». Paris pendant les deux sièges. I, 280. Voyez aussi, dans Mgr Pie, la célèbre homélie sur l'action simultanée du bien et du mal (8 décembre 1870) VII, 58-71.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or c'est le droit de Dieu de commander aux États comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l'enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n'exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ces paroles, nous trouvons l'ébauche du programme chrétien : proclamation officielle des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église, abandon complet des principes de la Révolution, législation conforme à la morale chrétienne, enseignement placé sous la haute direction doctrinale de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : LE PROGRAMME CHRÉTIEN (Suite) ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Essai d'un plan plus complet de gouvernement chrétien d'après le Cardinal Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La formule de ce programme: La liberté de l'Eglise et la liberté du pays sous la garantie loyale du droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours guidés par l'évêque de Poitiers, pouvons-nous préciser davantage les lignes générales de ce programme et déterminer ses moindres détails ? Disons de suite que Mgr Pie n'a pas tracé un programme complet (2) et au point, comme il s'impose aujourd'hui. De son temps, le naturalisme politique n'avait pas produit tous ses fruits de mort ; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore. Pourtant, en recherchant, dans I'œuvre du grand Évêque, ce qu'il exigeait, au nom de la doctrine catholique, pour faire refleurir en France le droit chrétien, nous pouvons fixer un programme plus complet et plus précis, tel qu'il s'impose de nos jours à un gouvernement qui doit être chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie voulait avant tout, nous l'avons déjà dit, que la constitution élaborée par les chefs de l'État fît mention expresse de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église. Il a rédigé lui-même la formule qui proclamerait la foi des chefs et du pays. La voici : «&amp;amp;nbsp;La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il demandait une alliance plus intime du Pouvoir civil avec l'Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l'Autriche avait signé en 1858. Il appelait ce concordat «&amp;amp;nbsp;un traité régénérateur dont l'application et l'extension serait le coup de mort pour la Révolution (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ennemi de la politique de «&amp;amp;nbsp;l'amnistie du mal et des partisans du mal&amp;amp;nbsp;» (V, 35-36), Mgr Pie voulait que le Pouvoir civil affirmât énergiquement «&amp;amp;nbsp;l’emploi de la force au service de l'ordre et de la justice (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Histoire du Cardinal Pie T. I, L. II, ch. 11, 697-699. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Les notes rédigées sur ce sujet et destinées au COMTE DE CHAMBORD ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire et incomplet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez Histoire du Cardinal Pie. II, L. IV, ch. IV, in extenso. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il L.. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Histoire du Cardinal Pie. Il, L. III, ch. 1 p. 8. Signalons ici que l'Autriche n'observa pas ce concordat qui l'aurait préservée de la révolu&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tion et de la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, ch. IV, 519. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par cet ordre et cette justice, l’Évêque de Poitiers entend l'ordre chrétien, la justice et la morale chrétiennes. De là, pour le pouvoir, le devoir rigoureux de re connaître et favoriser les lois chrétiennes, par exemple, la sanctification du dimanche (III, 573-574), de réprimer les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse (VII, 65), de proscrire les sociétés secrètes (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajouterait aujourd'hui, l'obligation formelle d'abolir les lois impies du divorce, du service militaire des clercs, de la neutralité scolaire, de la proscription des congrégations religieuses et de la spoliation de biens d’Eglise. Ces lois (2) Mgr Pie ne les a pas connues, mais en exigeant que le christianisme soit la base de la Constitution, il les a maudites d'avance, et d'avance il en a demandé la suppression (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie exigeait encore pour l'Église la pleine et entière liberté d'enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes (4) ; et, si le monopole universitaire ou enseignement de l'État n'était pas supprimé, il voulait au moins que cet enseignement public fût filialement soumis à la maternelle et haute direction doctrinale de l'Église (5). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il insistait pour que notre politique extérieure assurât dans le monde l'expansion, le prestige et la liberté de l'Église catholique (6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 323 ; V, 586-587 ; VIII, 40, cf. Histoire I L. 1, ch. 2 p. 42. Le Cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables. «&amp;amp;nbsp;Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd'hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables&amp;amp;nbsp;». VII, 52. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Pour une étude détaillée des lois antichrétiennes qui n'existaient pas encore du vivant du Cardinal Pie, cf. la précieuse étude du P. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EMONET sur le laïcisme dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Nous disons la suppression, l'annulation, l'abolition complète. La &amp;quot;non application&amp;quot; ne suffirait pas. Le maintien dans la législation ne serait-ce qu'à titre de lettre morte de ces lois criminelles, serait une injure à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église ; ce serait de plus un danger, c'est ici que trouve place une judicieuse remarque de Dom Guéranger : «&amp;amp;nbsp;Souvent dans l'histoire, et nous l'avons vu encore de nos jours, Dieu a frappé des princes dont les vues personnelles étaient favorables à Son Église, mais qui oublieux de l'avenir et de la justice, ne songèrent pas à briser les chaînes que d'autres avaient forgées pour cette fille du ciel. Ces princes avaient cru faire assez de les soulever durant les courtes années qu'ils eurent la puissance ; aveugles qui ne sentaient pas qu'après eux, ces chaînes retomberaient plus lourdes encore sur cette Église qu'ils ne devaient pas seulement aimer et vénérer comme chrétiens, mais comme rois, servir et délivrer&amp;amp;nbsp;». Dom GUERANGER : Sainte Cécile et la société romaine, 2è édition 153-154 cfr. aussi édition de 1878, p. 141. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie voulait qu'on réclamât la liberté d'enseignement en se basant sur le droit supérieur de l'Église. Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 «&amp;amp;nbsp;Les comités catholiques réclament la liberté d'enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l'Église tient de sa mission le droit d'enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c'est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti: La France catholique n'y renoncera pas&amp;amp;nbsp;». IX, 171. Et quand on revendiquait pour l'Église ce droit d'enseigner en se basant uniquement sur le droit commun, l'Évêque de Poitiers faisait ces graves réserves : «&amp;amp;nbsp;Nous sommes forcés de faire observer que l'exactitude dogmatique et l'enseignement des encycliques pontificales et du Syllabus demandent désormais une atténuation notable de ce langage trop facilement tenu autrefois, non par tous, mais par un grand nombre, à l'origine de la controverse sur la liberté d'enseignement&amp;amp;nbsp;». IX, 170. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Sur cette question capitale de l'enseignement voyez : Histoire du Cardinal Pie : I, L. II, ch. 2, p. 289-300 et II, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres (Entretien adressé au clergé, 27 août 1850 et 25 août 1851) : «&amp;amp;nbsp;Aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire&amp;amp;nbsp;» I, 362. Dans ce même entretien, l'évêque de Poitiers formulait ainsi sa pensée au sujet de la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement secondaire : Nous avons cru pour notre part que si le clergé ne devait pas repousser une telle loi, soit à cause du commencement de justice qu'elle lui accordait, soit à cause du dévouement auquel elle le conviait, elle ne pouvait cependant pas être votée et consentie par lui, et nous avouons qu'aujourd'hui encore, dans l'intérêt des principes et dans l'intérêt de l'avenir, nous bénissons le Seigneur de ce qu'aucun de nos frères n'a été compté parmi les législateurs. I, 364 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même réserve au sujet de la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. il l'accepte «&amp;amp;nbsp;à titre de minimum et faute de mieux&amp;amp;nbsp;» mais il constate qu'elle ne fait pas la part légitime de chacun et de chaque chose, «&amp;amp;nbsp;soit qu'on considère les droits des pères de famille ou les droits de l'Église&amp;amp;nbsp;». IX, 171 (Entretien avec le clergé, juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous voulons signaler dans l'entretien de 1851, la noble et chrétienne attitude que l'Évêque conseillait à ses prêtres à l'égard des instituteurs laïques. Les conseils qu'il donnait alors sont encore de nos jours d'une actualité frappante. L'évêque reconnaît le tort de certains instituteurs et le mal immense qu'ils ont fait au pays, mais, dit-il, «&amp;amp;nbsp;ils ont cédé à des instigations parties d'en haut&amp;amp;nbsp;». Il faut les éclairer charitablement et, s'ils reviennent à leur devoir, «&amp;amp;nbsp;nous ne leur devons qu'indulgence et compassion. Il faut que, sur tous les points de ce grand diocèse, les instituteurs sachent que leurs amis et leurs protecteurs d'aujourd'hui sont ces mêmes prêtres contre lesquels on les a mis en défiance dans le passé&amp;amp;nbsp;». I, p. 367-368. Pour une plus complète explication des principes catholiques sur cette question de l'enseignement Cf. PAUL VIGUE : Le droit naturel et le droit chrétien dans l'éducation et la question scolaire et les principes théologiques, par A. MICHEL. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire, II. L. III, ch. 3 p. 86. Œuv. IV, L. 2, 6, 7, 8 ; VI, 211-212 ; VII, 26 à 31, 494-495. C'est dans ces possessions coloniales que le gouvernement français doit tout d'abord favoriser l'expansion du catholicisme. Mais pour cela, il faut que nos hommes d'État soient profondément pénétrés des principes surnaturels rappelés par l'Évêque de Poitiers, lorsqu'il eut l'occasion de parler de nos colonies. «&amp;amp;nbsp;A supposer, écrivait-il, qu'on ne puisse espérer la conversion en masse d'un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d'une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d'un royaume&amp;amp;nbsp;». VII, 95. Ailleurs, il expose que la plus précieuse liberté que nous puissions donner aux peuples que la conquête a fait nôtres, c'est la liberté chrétienne. La condition servile qui soumettait la créature humaine à son semblable, dit-il, finissait du moins avec la vie, mais l'assujettissement au péché forge des chaînes que la mort ne brise pas&amp;amp;nbsp;». Il, 152. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nos chefs s'élevaient à cette sublime doctrine, alors, au lieu de proclamer la France une grande puissance musulmane, ils feraient de la France l'aide de l'Église dans son apostolat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment l'État pourra-t-il pratiquement contribuer à la diffusion de la vie catholique et favoriser la conversion des infidèles et tout spécialement des musulmans de nos colonies africaines ? Sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle (VI, 194), nous n'avons rien trouvé dans I'œuvre de Mgr Pie. Nous nous permettons cependant de donner les citations suivantes empruntées à deux écrivains catholiques qui ont étudié à fond cette question. Les textes que nous apportons sont en harmonie parfaite avec la doctrine de l'Évêque de Poitiers, et les solutions pratiques qu'ils suggèrent cadrent merveilleusement avec les procédés charitables du grand évêque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Faut-il chercher à convertir les Musulmans et à faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë, elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci : il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle et que les musulmans, comme les païens sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme et y venir s'ils le veulent&amp;amp;nbsp;». René BAZIN, Vie de Charles de Foucault (p. 262-256 à 264). par FAILLON, t. I p. 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel a été, en effet, disait-il, le rôle de la France pendant une longue suite de siècles. «&amp;amp;nbsp;Ses succès étaient un gain pour la foi ; aussi souvent qu'elle livrait le combat, le christianisme comptait une nouvelle victoire. Elle y gagnait elle-même d'être devenue la reine du monde, et parce que le nom Français était réputé synonyme du nom catholique, notre nation était la nation universelle, et sa langue était la langue officielle des peuples civilisés (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, et c'était pour lui un point capital, il conjurait le pouvoir public de se faire le défenseur de la liberté et de l'indépendance temporelles du Pape, garantie suprême du Droit chrétien dans le monde (2). Et c'est à ce rôle parfaitement rempli qu'il attribuait la grandeur de la France (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constitution chrétienne, union très parfaite de l'Église et de l'État, appui donné par le pouvoir aux lois de l'Église, législation civile strictement conforme aux règles morales de l'Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), politique extérieure ayant pour but l'indépendance territoriale du Saint-Siège, l'expansion et le rayonnement du christianisme dans le monde : nous avons ainsi un programme social complet réalisant pleinement la prière du Christ : «&amp;amp;nbsp;Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel !&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la fin de sa troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, résumant tous ces enseignements sur le naturalisme politique, et cherchant la formule «&amp;amp;nbsp;d'un accord sincère entre le droit public chrétien et les nécessités du fait social moderne&amp;amp;nbsp;». Mgr Pie écarte l'axiome énigmatique : &amp;quot;l'Église libre dans l'État libre&amp;quot;, et nous livrant la formule &amp;quot;de la conciliation tant désirée&amp;quot;, il dit : «&amp;amp;nbsp; Plus je considère l'état des sociétés, en particulier depuis 1789 jusqu'au régime actuel, plus je me persuade qu'il n'y a, pour la liberté et pour la dignité de la race humaine, comme pour la solution des grandes questions religieuses posées devant nous, d'autre issue favorable que celle-ci : «&amp;amp;nbsp;La liberté de l’Église et la liberté du pays placées sous la garantie loyale du Droit chrétien&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION III : LES DIFFICULTÉS - DÉFENSE DE LA ROYAUTÉ SOCIALE CONTRE LES OBJECTIONS ET LES PRÉJUGÉS DES POLITIQUES ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loyale application du Droit chrétien, proposée par Mgr Pie, soulève bien des objections. Ces objections, il les a connues et n'a pas craint, avant d'y répondre, de les formuler dans toute leur force, sans atténuation aucune. Avec la même loyauté, donnons ici les principales objections et la réponse de l'Évêque. Remarquons que ces objections lui étaient faites par des hommes du pouvoir, le plus souvent par les hauts fonctionnaires du gouvernement impérial (4) et que de nos jours, elles persistent dans l'esprit de presque tous nos politiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les réfuter apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous répartissons ces objections en trois groupes : les objections historiques qui regardent le passé ; les objections permanentes ou préjugés tirés des prétendus dangers qu'une constitution chrétienne fait courir aux États ; enfin les objections actuelles qui déclarent le Droit social chrétien spécialement incompatible avec la société contemporaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : OBJECTIONS HISTORIQUES ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit chrétien et les malheurs des siècles passés. - Les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, les Conflits du parlement et du clergé. - Le droit chrétien et la tradition doctrinale du clergé de France. - La tradition politique française et le droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale objection historique, de portée générale, contre le Droit chrétien, était formulée ainsi à la Chambre française, lors de la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur (5) : «&amp;amp;nbsp;Il importe à l'Église, si elle croit avoir un droit social, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand la conquête déterminée par une raison humaine est opérée, le meilleur moyen de la justifier, de la rendre plus douce et de la consolider est de diriger la force de telle sorte qu'elle aide aux conquêtes de la religion. Sans dire au vaincu : Crois ou meurs, ni même, ce qui est moins dur et plus excusable : Crois ou va t'en ; sans lui demander en aucune façon l'abandon de son culte, la simple politique du bon sens conseille de lui faciliter tous les moyens d'y renoncer, et quand la religion du vainqueur est la religion chrétienne, c'est-à-dire la vérité divine ; quand la religion du vaincu est l'Islamisme, c'est-à-dire un amas de dogmes abrutissants et sauvages, ces efforts que le bon sens conseille, l'humanité ne les exige-t-elle pas ? N'est-ce pas le premier des devoirs de mettre la religion à même de travailler, par les moyens qui lui sont propres, par la prédication et les bonnes œuvres, à la conversion des vaincus ? Serait-ce un préjudice d'ajouter à son action les mesures d'administration qu'elle pourrait indiquer, d'ouvrir des écoles religieuses, d'accorder quelques faveurs aux néophytes, de combattre dans les mœurs et dans les coutumes ce qui s’opposerait le plus à un changement désirable sous tant de rapports ? Voilà tout ce que j'entends par la force&amp;amp;nbsp;». L. VEUILLOT, Les Français en Algérie, p.176. Telle est la doctrine de l’Église sur le but suprême de la colonisation. Ces grands catholiques l'ont toujours entendue ainsi. Notre illustre Champlain disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 403 Homélie prononcée dans l'église de Saint-Remy de Reims (1er octobre 1876). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui voudront étudier à fond cette question toujours vivante et plus que jamais inéluctable du Pouvoir temporel du Pape, trouveront la pleine lumière dans les remarquables articles du P. DUBLANCHY SM. Sur l'indépendance temporelle du Pape, d'après la théologie, publiée dans la Revue thomiste de 1918 et 1919, articles hautement loués par le Cardinal GASPARI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) «&amp;amp;nbsp;Fille aînée de l'Église romaine, la nation française fut employée de Dieu à ce grand ouvrage (Indépendance territoriale du Saint Siège). Les Français, a dit un homme de génie, eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près, assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique en donnant ou en faisant reconnaître à son chef le rang indispensablement dû à ses fonctions divines. A partir de là, et comme récompense de ce service, la France occupa sans contestation la première place dans cet aréopage des nations européennes qui s'appela la chrétienté : c'est dire qu'elle fut universellement considérée comme la plus grande nation du monde. Et malgré des fautes partielles, suivies de châtiments temporaires, on la vit toujours monter et grandir tant qu'elle n'a pas répudié sa première mission&amp;amp;nbsp;». VII, 319-320-321 et Histoire du Cardinal Pie, II, ch. 1-2-3 in extenso et L. IV ch. 2, 430436. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d'État par M. SUIN dans l'affaire du Mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du Comte DE PERSIGNY, Ministre de l'intérieur, au Cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par l'Indépendance belge le 11 Novembre 1862. Histoire du Cardinal Pie, Il L. III et IV en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Par le rapporteur de la loi, M. Édouard LABOULAYE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes et de la gloire de Dieu ; et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume&amp;amp;nbsp;». Histoire de la Colonie Française du Canada, de ne pas en user, et elle n'en a eu l'usage que pour son malheur. Lorsqu'on lit l'histoire, on voit que depuis le jour fatal où Constantin, pontife romain, est devenu l'évêque extérieur de l'Église, de ce jour ont commencé les hérésies, les guerres civiles, les guerres religieuses et qu'un long cortège de malheurs a été la dot de l'adultère (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en reconnaissant le mal qu'ont fait certains princes par leur immixtion dans les affaires intimes de l'Église (2), Mgr Pie répond hardiment : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est une proposition explicitement condamnée par l'Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n'est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l'ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l'épanouissement de l'Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers&amp;amp;nbsp;» (IX, 168). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l'affirmation de la naissance des hérésies, des guerres civiles et religieuses à l'époque constantinienne, c'est un impudent mensonge historique réfuté ainsi par Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là : il n'y en avait point auparavant !&amp;amp;nbsp;» répond-il avec ironie. Quel étrange mépris de la vérité ! «&amp;amp;nbsp;Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d'Irénée, évêque de Lyon, adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d'Origène etc... sont non avenus quant à l'existence d'hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l'Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l'avènement de l'Église au pouvoir, elles ont cessé, n'est-ce-pas, avec ce pouvoir : de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l'homme et de l'État, à l'exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n'y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales ?&amp;amp;nbsp;»(IV, 167-168) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés d'admettre que les hérésies et les catastrophes sociales ne sont pas nées avec l'application du Droit chrétien et qu'elles n'ont pas cessé avec sa disparition, les adversaires de la Royauté sociale du Christ allèguent les dissensions qui remplissent l'histoire de nos quatorze siècles chrétiens, toutes les luttes du sacerdoce et de l'empire, tous les conflits des parlements et du clergé (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie ne nie pas ces luttes et ne dissimule pas ces conflits, mais il soutient que cette résistance de l'Église était absolument nécessaire pour sauvegarder les droits intangibles de Jésus-Christ. Il fait observer que cette résistance s'inspirait uniquement du véritable intérêt des princes eux-mêmes et de la société tout entière, et il constate avec peine que les hommes d'Église engagés dans ces luttes ont été étrangement calomniés par les hommes du Pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout historien impartial approuvera ces conclusions et fera sienne la réflexion profonde du Cardinal Pie : «&amp;amp;nbsp;Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l'Épiscopat (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus hautes autorités administratives du pays opposaient encore à l'enseignement de l'Évêque de Poitiers, la tradition doctrinale du clergé de France, qui, par le premier article de 1682, semble soustraire le pouvoir civil à la direction morale de l'Église (5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie donne d'abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article. Il signifierait tout simplement la distinction des deux pouvoirs, et indiquerait pour chacun d'eux «&amp;amp;nbsp;la liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation s'appuie sur les doctrines de Bossuet lui-même qui n'a jamais prétendu affirmer la sécularisation de l'État, mais qui, au contraire, nous a laissé ces belles paroles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 166167. Entretiens avec le clergé (juillet 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Cette immixtion est contraire aux principes du Droit chrétien. Mgr Pie l'a réprouvée énergiquement en faisant siennes ces paroles du bienheureux Canisius : «&amp;amp;nbsp;Vouloir dicter la loi à Rome, imposer des réformes au pape et aux cardinaux, demander des conférences particulières et des diètes nationales pour discuter les questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi ?&amp;amp;nbsp;» V, 429. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bienheureux Canisius adressait ces reproches à Charles-Quint. Ils visent pareillement les prétendus théologiques des empereurs de Byzance et des parlements français du XVIllè siècle. Voyez encore VI, 58 1 sv. et Histoire du Cardinal Pie, Il, L. IV, p.388 et sv. Sur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les empiétements du pouvoir civil, lire une histoire détaillée de l'Église, par exemple celle de ROHRBACHER. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 186. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 423. Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial. Au reste cette réponse est à méditer tout entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce que l'histoire impartiale donne raison, dans ces conflits, à l'Église contre les princes, écoutons le positiviste Auguste Comte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on examine aujourd'hui, avec une impartialité vraiment philosophique, les deux puissances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles furent presque toujours essentiellement défensives de la part du pouvoir spirituel, qui, lors même qu'il recourait à ses armes les plus redoutables, ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien de la juste indépendance qu'exigeait en lui l'accomplissement de sa principale mission et sans pouvoir, en la plupart des cas, y parvenir enfin suffisamment... «&amp;amp;nbsp;Dans ces combats, si mal jugés, le clergé n'avait alors d'autre but que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires ; ce qui certes devrait sembler maintenant la prétention la plus légitime et même la plus modeste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La puissance catholique, bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu, au contraire, ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude du libre exercice qu’eût exigé le suffisant développement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu du onzième siècle jusque vers la fin du treizième... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été, en général beaucoup trop timides, dans leurs justes défenses historiques d'une telle institution&amp;amp;nbsp;». AUGUSTE COMTE, Cours de philosophie positive, T. V, p.234 et sv. (Édition Littré). Qu'on lise p. ex., l'Histoire de saint Grégoire VIl par DAVIN, ou Grégoire VII par FLICHE pour se convaincre de la justice de la cause de l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) IV, 245 : Le premier article de 1682 peut se résumer ainsi : «&amp;amp;nbsp;Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) IV, 248. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le Christ ne règne pas, si son 'Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation bénigne s'appuie encore sur la tradition entière de l'épiscopat français, l'ancien épiscopat et l'épiscopat d'aujourd'hui. Mgr Pie écrit à ce sujet au ministre de l'instruction publique et des cultes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;J'ai t levé à l'école d'un vieil évêque qui n'appartenait point à l'opinion dite ultramontaine et qu'on a pu regarder jusqu'à la fin comme l'un des plus fidèles tenants de l'opinion dite gallicane. Quel eût été son étonnement s'il s'était entendu dire que Jésus-Christ n'a donné à Ses apôtres qu'un pouvoir spirituel sur la foi et la charité, et s'il eût entendu inférer de là que les institutions humaines sont sans aucune subordination à la doctrine révélée, à la loi évangélique et à l'autorité de l'Église divinement constituée dépositaire et interprète de cette doctrine et de cette loi ? Une pareille interprétation du premier des quatre articles de 1682 lui semblait hérétique et il avait raison. Il croyait que la religion, ayant mission d'éclairer toutes les consciences, d'enseigner les devoirs de tous les états ne pouvait être sans autorité directrice par rapport à l'Etat qui domine tous les autres, comme parle Bossuet&amp;amp;nbsp;». (IV, 185-186) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, si les hommes du Pouvoir s'obstinent à entendre cet article dans un sens hérétique, Mgr Pie ne craint pas de faire remarquer que «&amp;amp;nbsp;la déclaration de 1682 n'est point un acte émané de l'Église, ni ratifié par elle, et que si la doctrine contenue dans le premier article de cette déclaration est interprétée par les hommes de loi et les hommes d'État en un sens absolument inadmissible et qu'on pourrait qualifier idolâtrique, il ne nous en coûtera point de dire de cet article interprété ce que Bossuet a dit de cette déclaration elle-même : Abeat quo libuerit !&amp;amp;nbsp;» (IV, 246) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme les adversaires du Droit chrétien pour compléter leur objection tirée de la tradition doctrinale française, la corroborent par des faits, en rappelant que «&amp;amp;nbsp;les princes de l'ancienne France ont plus d'une fois eux-mêmes nié, discuté, repoussé le droit de l'Église&amp;amp;nbsp;» (IV, 250), Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il est vrai : l'histoire prouve surabondamment qu'il en a été ainsi. Même parmi les monarques chrétiens, il y a une tradition longue et presque ininterrompue de princes révoltés, se retranchant derrière le rempart d'une légalité arbitraire, et au besoin, derrière le rempart de la force et de la tyrannie. Mais la même histoire est là pour nous apprendre ce qu'ils y ont gagné d'honneur, d'influence sur leurs peuples, de tranquillité pour leur vie, de sécurité dans leur mort, de solidité pour leur dynastie. Un de nos illustres évêques des Gaules, qu'on a toujours cité pour son dévouement à la monarchie française, bien que le devoir épiscopal l'ait mis plus d'une fois aux prises avec son souverain, Yves de Chartres, dont la conduite et les écrits offrent un admirable mélange de force et de prudence, de soumission et de résistance, écrivait à un puissant roi : Quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina (2). Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L'ancienne monarchie, unie à l'Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles : pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç'avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s'est fatiguée d'une alliance salutaire ; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens: elle a voulu désormais ne rien devoir à l'Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu'ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s'est demandé : Où donc est le Dieu des rois ? Ubi est Deus eorum ? Et a pu se demander aussi : Où est leur épée ? Épée de l'ancienne monarchie en 1793 ; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815 ; épée de la branche aînée en 1830 ; épée de la branche cadette en 1848 ; épée même de la république en 1851 ; pas un glaive n'a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné Ses droits dans les droits de Son Église... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nous savons qu'on ne se découragera point de tenter l'expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront : L'État est complètement indépendant de l'Église, le premier ne relève que de Dieu et de Son épée : «&amp;amp;nbsp;Dieu et l'épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l'Église continuera d'assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu'à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu'elle est assurée de traverser les vaines menaces qu'on lui oppose, et d'assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées&amp;amp;nbsp;» (IV, 250-251). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est avec cette force et cette clarté que Mgr Pie met en poudre les objections historiques contre le règne social du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) X, 259. Homélie sur le Psaume II. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : PRÉJUGÉS CONTRE LE DROIT CHRÉTIEN ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droit chrétien et théocratie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pouvoir absolu et droit chrétien. Les différentes formes de gouvernement et le droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et l'indépendance de l'État dans sa propre sphère. - Patriotisme et droit chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le droit chrétien et les intérêts supérieurs de civilisation et de progrès. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lumineux génie que nous suivons a dissipé également les préjugés qui obscurcissent, dans les esprits, la véritable notion du gouvernement chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait la théocratie ! disaient les politiques. (V, 187 et III, 514) Écoutons Mgr Pie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; La réponse est facile et je la formule ainsi. Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'il est venu au contraire mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime ait été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie ? La théocratie c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le Christianisme n'offre pas de théocratie. L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique, puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter (1)&amp;amp;nbsp;». Le Droit chrétien ramènerait le pouvoir absolu (V, 297), ajoutent-ils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Rien de plus gratuit, répond l'Évêque de Poitiers. Le régime chrétien étant déjà par lui-même une pondération très puissante, un tempérament très efficace apporté à l'exercice du pouvoir, il ne condamne aucune autre pondération, aucun autre tempérament légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sans doute, il nous est permis, comme à d'autres, de discuter la valeur de certaines formes politiques, soit en elles-mêmes, soit dans la façon dont elles se produisent chez les divers peuples, soit dans les convenances qu'elles ont avec les besoins, les mœurs, le caractère de telle ou telle nation, soit enfin dans les fruits et les résultats qu'elles ont donnés ici ou là depuis l'origine. Mais, comme tous les modes de gouvernement, avec des avantages et des inconvénients relatifs, sont cependant acceptables en eux-mêmes, nous ne leur demandons le sacrifice de rien autre chose, sinon de leur indifférence à la foi ou de leur opposition à la loi divine (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisant et développant l'objection précédente, les politiques font observer que le Droit chrétien favorise les menées et les intrigues des hommes d'Église, en faveur du pouvoir monarchique, au détriment des autres formes de gouvernement, de l'Empire, par exemple, et surtout de la République (3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement, répond Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les hommes du monde, écrit-il, étrangers à l'enseignement des saints livres et aux prescriptions de la liturgie chrétienne, supposent trop aisément leurs propres passions et leurs propres excès chez les hommes du sanctuaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accoutumés qu'ils sont à faire opposition aux pouvoirs qui les gênent ou qui ne satisfont pas leurs goûts, ils se persuadent volontiers que le prêtre en agit de même. Ils sont dans une erreur profonde. Familiarisés avec les doctrines révélées et avec les oraisons de la sainte Église, nous demandons chaque jour par une prière sincère le salut des princes et la paix des nations, sachant que la vie tranquille est utile à l'épanouissement de la piété, et reconnaissant que chaque grand ébranlement social apporte toujours à la religion d'immenses périls et dépose au sein des masses quelque nouveau ferment de mal. Il est vrai que la prière des chrétiens est ordonnée de telle sorte qu'elle n'entend rien disputer à Dieu de Son suprême domaine sur les peuples et sur les empires, et quand, par des vues de justice ou de miséricorde, le Tout Puissant, dirigeant à Son gré les causes secondes, et faisant servir à Ses desseins les passions humaines, accomplit ou permet quelqu'un de ces grands changements que nous pouvons appeler avec le roi prophète &amp;quot;les tours de main du Très-Haut, hæc mutatio dexteræ Excelsi&amp;quot; nous savons nous incliner devant ces faits qui s'imposent à nous et nous tâchons d'en pénétrer le sens, à la lumière des enseignements de la foi et des enseignements de l'histoire. Mais, dans ces cas même, l'Église, en apportant son obéissance et son concours au pouvoir du lendemain, peut toujours se rendre à elle-même le témoignage que, non seulement elle n'a pas travaillé au renversement du pouvoir de la veille, mais qu'elle a tâché de prémunir ce pouvoir contre les fautes qui ont contribué à sa ruine (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) V, 187. Troisième Instruction Synodale sur les principales erreurs du temps présent. Observons cependant que si par théocratie on entend simplement une constitution politique où Dieu est ce qu'Il est, le premier Souverain, on peut dire que le Droit chrétien est la théocratie. Voyez ROHRBACHER, Histoire universelle de l’Église, t. I, L. IX. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 197-198-199. Voyez aussi X, 108 à 116. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Le Comte de Persigny, ministre de l'intérieur, dans une lettre adressée au Cardinal archevêque de Bordeaux, avait dirigé, de véhémentes attaques contre ces évêques qui sont les &amp;quot;instruments d'un parti ennemi de l'Etat&amp;quot;. Mgr Pie était visé des premiers. Il répondit au ministre, par deux lettres, l'une du 18 et l'autre du 27 décembre 1862. Nous citons, dans le texte, un extrait de la deuxième lettre (IV, 521-529). Répondant à l’objection de ceux qui lui reprochaient de travailler contre l'Empire, sa réponse vaut également pour ceux qui l'accusaient plus tard d'être opposé à: la République. Ces quelques lignes nous exposent le programme politique de l'Église, qui fut toujours celui du Cardinal Pie, sous les différents régimes où il eut à exercer son ministère pastoral. «&amp;amp;nbsp; Certes, écrit Mgr Gay, par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons, notre cher Cardinal était légitime ; ce qui ne l'empêcha pas dans la lumière plus haute et l'indépendances de son caractère épiscopal de vivre toute sa vie, audessus des partis. Sa constance en ceci lui a valu bien des reproches et des ennuis fort douloureux ; mais toute sa vie aussi, il a employé son talent et ses forces à combattre le Libéralisme qu'il appelait avec raison le &amp;quot;Naturalisme politique&amp;quot; jugeant à bon droit que ce naturalisme odieux et mortel est le fruit, la somme, et tout ensemble, le père, le protecteur et le nourricier de tous les autres, lesquels constituent visiblement l'antichristianisme absolu. On peut, à Poitiers, comme ailleurs, exercer son jugement et se faire une opinion sur cette question très grave et incontestablement très libre de la forme du gouvernement qui convient le mieux à la France... Tous savent que l'Église, essentiellement compatible avec les diverses formes du Pouvoir humain, tâche toujours, pour sauvegarder l'intérêt sacré des âmes et poursuivre I'œuvre dont Dieu l'a chargée, de vivre au moins en paix avec tous les pouvoirs de fait qui se succèdent. Estce que cela a jamais fait de doute pour personne ? Mais l'impiété et l'injustice ne sont nulle part ni jamais une forme de pouvoir, et si en Poitou, comme dans la France entière, la République est si fort contestée, ce n'est pas tant parce qu'elle est la République, que du fait de ceux qui l'ont fondée et la régissent encore, elle semble vouloir s'identifier et par ses actes et par ses principes avec la haine de la religion et spécialement de la seule vraie, qui est la catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; ...La République n'est nullement en cause, mais la Révolution dont les républicains maintenant au pouvoir, s'inspirent en tout et font les affaires&amp;amp;nbsp;». Mgr Gay. Lettre à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, 12 mars 1881. Dans correspondance de Mgr Gay. T. II, 332-333, 336-337-338. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mot lumineux du Cardinal Pie lui-même, nous livre l'intime de sa pensée sur les différentes formes du gouvernement : «&amp;amp;nbsp;Quand ce n'est pas Dieu qui gouverne les hommes, les formes de gouvernement sont également mauvaises ou également impuissantes ; et, les pires de toutes, sont celles qui, en mettant la souveraineté dans le nombre, touchent de plus près à l'anarchie&amp;amp;nbsp;». VII, 290. 4 IV 521-522. Deux lettres à M. de Persigny, ministre de l'intérieur (18 et 27 décembre 1862).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Sans perdre de vue et sans sacrifier aucun droit, ni aucun principe, l'Église sait quels sont ses devoirs envers les pouvoirs établis. Ce n'est pas assez pour le sacerdoce de prêcher et de pratiquer la soumission ; il est dans ses traditions d'y ajouter la bienveillance et le concours&amp;amp;nbsp;» (IV, 521). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l'attitude de l'Église en face des pouvoirs humains, quelle que soit leur forme. Mgr Pie la définit en trois mots : Soumission, bienveillance, concours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes d’État n'ont donc rien à redouter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime du Droit chrétien, l'Église absorberait la puissance de l'État (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Non, l'Église n'absorbera point la puissance de l'État, elle ne violera point l'indépendance dont il jouit dans l'ordre civil et temporel ; elle n'interviendra au contraire que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. A-t-on jamais dit que l'Église, parce qu'il lui appartient d'éclairer les consciences sur l'étendue, la portée, les applications du quatrième précepte du décalogue, accapare l'autorité divine et naturelle des parents sur les enfants ? Non, encore bien que les ministres de la religion aient mission d'expliquer le droit paternel et le devoir filial, la puissance paternelle n'en subsiste pas moins tout entière dans son ordre ; les commandements du père à son fils ne tirent en aucune façon leur autorité du sacerdoce, mais du droit propre de la paternité. Ainsi en est-il des attributions de l'Église par rapport aux obligations des citoyens et aux devoirs de la vie publique. L'Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre qu'elle-même regarde comme ordonnées de Dieu et nécessaires au monde. A l'encontre des doctrines anarchiques et des passions révolutionnaires, elle sauvegarde partout et toujours le principe d'autorité : principe essentiel au repos du monde et au maintien de l'ordre ; elle enseigne que la présomption d'abus ne doit pas être facilement admise, et qu'en règle générale, l'obéissance est le premier et le plus indispensable devoir. Pour son compte, elle ne s'ingère pas à la légère et à tout propos dans l'examen des questions intérieures du gouvernement public, non plus que dans celles du gouvernement paternel et domestique. Son rôle n'a rien d'indiscret ni d'odieux ; il n'est jamais intempestif, ni tracassier. Les matières les plus graves de la législation, du commerce, des finances, de l'administration, de la diplomatie se traitent et se résolvent presque toujours sous ses yeux, sans qu'elle articule la moindre observation (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une usurpation quelconque des droits de l'autorité civile vient-elle à se produire du fait des ministres de l'Église ; rien à craindre encore, car «&amp;amp;nbsp;l'Église elle-même a contre eux des tribunaux, des lois et des moyens de répression, quand on lui permet de s'en servir&amp;amp;nbsp;». (IV, 250) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les hommes d'État ne craignent donc pas ! l'Église affermira leur autorité (3). Elle assainira tout le corps social. Elle formera de bons chefs, vivant pour ceux qu'ils gouvernent et mourant pour eux au besoin. Elle rendra les sujets, purs dans leurs mœurs, probes dans leurs emplois, fidèles à leurs paroles, justes dans les contrats, actifs au travail, vaillants à la guerre, patients à supporter et les erreurs et les faiblesses inévitables de ceux qui les régissent et les mécomptes sociaux et toutes les épreuves et douleurs de la vie (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Droit chrétien n'étouffera-t-il pas le patriotisme ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non. L'Église catholique n'est pas opposée au patriotisme. Au rebours de l'internationalisme athée qui absorbe les nationalités, l'Église, sachant que la variété des nations forme sa couronne et sa richesse, ne cherche jamais à les diminuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église, nous dit Mgr Pie, en offrant aux nations les moyens de salut et de délivrance, ne se montre pas offensante ni agressive. Il y a chez elle une délicatesse de patriotisme qu'on chercherait vainement ailleurs. L'apôtre de Jésus-Christ, à l'heure même où il s'apprête à venger la vérité, s'applique comme saint Paul à ne point paraître accuser sa nation : non quasi gentem meam, haens aliquid accusare (5)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste une agression quelconque contre le nationalisme, que serait-elle autre chose qu'un de ces empiétements que Mgr Pie a démontré être si opposés à l'esprit de l'Église ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, s'adressant spécialement aux Français, si justement susceptibles sur le point du patriotisme, il leur disait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Vous serez davantage de votre pays, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres ? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans : &amp;quot;Vive le Christ qui est Roi des Francs !&amp;quot; N'avez-vous pas lu le testament de saint Remy, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes ? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ ? le programme national de la France est là ; on est Français, quand à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les Pharisiens, tristes citoyens, n'osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique ? Mais, c'étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l'amour de la patrie en se faisant les envieux de Jésus. Je renvoie hardiment cette réplique à tous les détracteurs de notre civisme : les apostats de la France ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien&amp;amp;nbsp;». (III, 522) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien respectera sans doute l'indépendance de l'État et les nobles aspirations du patriotisme, mais ne portera-t-il pas atteinte aux intérêts supérieurs de ce qu'on appelle la civilisation et le progrès ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 247. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique (16 juin 1861). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 247-248. Voyez encore VII, 371-374, les belles pages où Mgr Pie prouve avec évidence que ni le clergé inférieur, ni le clergé su&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
périeur n'aspirent à dominer l'État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Voyez, Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme VIII, 44-55. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) D'après SAINT Augustin : «&amp;amp;nbsp;De moribus Ecclesiæ&amp;amp;nbsp;» Mgr Pie a bien mis en évidence cette œuvre moralisatrice inébranlable de l'Église lorsqu'il a établi que seule, par son dogme précis, elle donnait un fondement à la morale sociale et en procurait l'accomplissement très parfait par la grâce de ses sacrements (Œuvres sacerdotales I, 309 à 334 sur l'union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes Cf. encore V, 383) Si de nos jours la société est en décomposition, c'est uniquement parce qu'elle a chassé de ses institutions : Dieu, Jésus-Christ, l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) V 195 Troisième synodale. Le Cardinal Pie fait observer ailleurs que la religion seule peut empêcher la dissolution de ces liens précieux de famille, de municipe et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l'humeur nomade et vagabonde et l'indifférence complète des peuples barbares. I, 34. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous touchons ici à la difficulté la plus redoutable et la plus spécieuse. Mgr Pie a bien connu cette objection. Nous allons la réfuter avec lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre avec plus de clarté, définissons la civilisation : l'ensemble des faits qui ont changé en mieux la condition de l'homme, dans ses rapports avec ses semblables et dans l'entretien et l'agrément de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rapports de l'homme avec ses semblables constituent la politique ; l'entretien de la vie humaine, par l'utilisation des forces de la nature, donne naissance aux sciences, à l'industrie et au commerce. L'agrément de la vie humaine, par l'expression du beau, est le résultat des belles lettres et des arts (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces distinctions faites entre la civilisation politique, la civilisation scientifique, industrielle, commerciale, et la civilisation artistique, il nous sera facile de montrer, par des textes précis du Cardinal Pie, que le Droit Chrétien, loin d'être l'ennemi de la civilisation et du progrès, en est au contraire le promoteur le plus puissant. C'est le droit Chrétien qui a fait la civilisation politique de l'Europe et l'a conservée et défendue pendant plusieurs siècles. Il faudrait citer les belles pages d'histoire où l'Évêque de Poitiers rappelle tout ce que la famille européenne doit à l'Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Au moment, dit-il, où la barbarie semblait triomphante, quand la civilisation paraissait s'exiler, tout-à-coup, un agent nouveau intervint dans I'œuvre créatrice d'un autre monde. Qu'on étudie les conciles de cette première période et l'on reconnaîtra que le travail majestueux qui devait aboutir à l'unité européenne, leur appartient. Voyez au sein de ces assemblées des hommes tels que Charlemagne qui écoutent, qui obéissent en tant que chrétiens, qui interrogent, qui, opinent en tant que princes : admirable concert d'où résultent des institutions qui n'avaient jamais eu, qui n'auront jamais leurs semblables sous le soleil (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette unité européenne créée par lui, le Droit chrétien l'a défendue contre les ennemis du dehors, en suscitant les Croisades. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Qu'on ne s'y méprenne pas, continue le grand Évêque, refouler vers sa source le sensualisme ottoman dont les flots impurs commençaient à déborder sur le sol de la chrétienté, si c'était une œuvre de foi, c'était en même temps une œuvre de conservation. L'impulsion des Conciles fit échapper l'Europe aux rigueurs du sabre, aux ignominies du sérail, en même temps qu'elle rendit l’Évangile victorieux du Coran. Le parti des Croisades n'était que le grand parti de l'ordre dirigé par des vues surnaturelles et enrôlé par l'Église pour la triple défense de la religion, de la famille et de la société&amp;amp;nbsp;». (I, 207-208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La famille européenne est-elle menacée par les ennemis du dedans, «&amp;amp;nbsp;les audacieux perturbateurs du Moyen-Age qui furent moins des hérétiques que des brigands ?&amp;amp;nbsp;» (I, 208) C'est le Droit chrétien encore qui la délivrera de cet immense danger, en suscitant la Croisade contre les hérésies du Midi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons l'Évêque de Poitiers nous exposer les hautes raisons sociales de la guerre contre les Albigeois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Oui, dit-il, la Croisade contre les hérésies du Midi, prêchée par les Conciles, les préservatifs institués par eux contre le travail secret de l'iniquité mystérieuse, ce ne fut rien autre chose que la ligne offensive et défensive de tous ceux qui voulaient l'ordre, la conservation contre les ennemis de la foi, de l'autorité, de la famille et de la propriété. Et qui oserait reprocher à ces moyens de défense d'avoir été trop énergiques, quand on pense à l'immensité du péril qu'il fallait conjurer et à l'étendue des intérêts qu'il était question de sauver ? Et qui pourrait songer à soutenir que l'Église est sortie de ses attributions ?... Je crois voir un infortuné, tout à l'heure englouti dans les flots, et qui, au moment où il saisit un bras sauveur, discute et conteste la compétence de son bienfaiteur à lui rendre le service auquel il doit le salut et la vie&amp;amp;nbsp;» (I, 209). Voilà I'œuvre civilisatrice du Droit chrétien : œuvre de vie, d'unité et de prospérité sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dès que les princes n'ont plus voulu de ce Droit chrétien et se sont soustraits à l'influence moralisatrice de l'Église (3), à partir principalement du XVIè siècle, et surtout depuis la Révolution française, c'est pour les nations de l'Europe, la décadence politique et sociale qui commence, qui s'accentue progressivement sous nos yeux et qui se poursuivra fatalement jusqu'au Communisme le plus abject, si le Droit Chrétien ne vient l'arrêter. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La société s'était émancipée, l'autorité aspirait à une complète sécularisation ; on marchait vers cet axiome : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’État est laïque et il ne doit être que laïque, et l'on s'apprêtait à proclamer comme un dogme national que l'autorité laïque ne dépend que de Dieu et n'a point de leçon à recevoir de l'Église. L'Église se tut en effet, elle resta chez elle, elle s'appliqua à sauver les âmes, et elle en sauva beaucoup. Mais la société temporelle qui avait voulu se suffire, qui avait repoussé la main que lui tendait l'Église, déclina sensiblement, elle descendait tous les jours de quelque degré vers l'abîme. Le mystère de l'impiété opérant sourdement, emporta l'un après l'autre, tous les appuis de l'ordre social. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On put dans cette œuvre de destruction observer l'ancienne gradation des complots retardés par nos pères (4). La spoliation de l'Église fut le prélude de la spoliation des grands et celle-ci, un acheminement rapide vers la spoliation de tous, vers la négation de toute autorité, de toute propriété quelconque. Et ce que l'on dit tout haut et partout aujourd'hui, c'est qu'en dehors de l'Église, il ne reste plus d'autorité, plus de société, et que le seul bien qui rattache encore les hommes entre eux, c'est le lien secret des âmes ; à tel point que si l'Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l'agonie&amp;amp;nbsp;». (I, 212213).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) D'après SALTET. Histoire de l’Église. Définitions XIII. Nous plaçant au point de vue des adversaires, nous parlons surtout, dans cette objection, de la civilisation extérieure et sociale. Nous ne parlons pas de la civilisation païenne «&amp;amp;nbsp;cette civilisation tant vantée, mélange hideux d'obscénité et de barbarie&amp;amp;nbsp;». V, 329 Instruction pastorale sur la paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) I, 207 Instruction pastorale sur l'importance religieuse et sociale des Conciles et VII, 540 : «&amp;amp;nbsp;Voyez-Le (J.-C.) à I'œuvre, soit qu'il s'agisse des anciennes sociétés civilisées ou des races barbares. Les ayant reçues charnelles, lascives, violentes, brutales, Il emploie son industrie et sa patience à les refaire, à les repétrir, et l'on verra enfin ces vases honteux changés en vases d'honneur, en vases &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
spirituels et célestes, capables de recevoir et de répandre les infusions divines de la vérité et de la grâce&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Pas d'étude historique spéciale dans Mgr Pie sur les origines et les phases diverses de la sécularisation de la société : Il signale pourtant le règne de Philippe le Bel, comme point de départ du laïcisme français. IX. 3. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Mgr Pie a fait observer plus haut au sujet des Albigeois : «&amp;amp;nbsp; Qu'on entende les Cathares, c'est-à-dire ceux qui s'intitulaient les &amp;quot;Purs&amp;quot; et que l'on suive la marche de leurs raisonnements. A leurs yeux, les prêtres, s'ils ne sont pas saints, ont perdu le caractère sacré du sacerdoce, et comme ils n'ont plus le pouvoir d'administrer les choses saintes, ils n'ont plus droit à posséder les biens ecclésiastiques. Le pillage commencera donc par l'Église. Mais la logique des Purs ne leur permet pas de s'arrêter là ; et de conséquences en conséquences, voici où ils arrivent. Tout chrétien, à quelque condition qu'il appartienne, roi, noble, bourgeois ou artisan, est dépouillé de son baptême par le péché, il devient infidèle et, à ce titre, il n'a plus de droit ni à son trône, ni à sa magistrature, ni à sa femme, ni à sa maison, ni à ses propriétés, ni au fruit de son travail : toutes choses qui entrent dans le domaine commun. C'est faire acte de religion, c'est obéir à Dieu que de leur mettre la main dessus. Le pillage commencé contre l'Église se continuera donc contre les grands, puis contre tous ceux qui possèdent, à moins qu'ils ne soient Purs ; mais qui pourra demeurer tel aux yeux du brigandage qui s'est fait juge ? Nous venons de lever un coin du voile qui cache les maux et les dangers de cette époque. Les deux dates les plus terribles contre l'Église et la société, contre la hiérarchie et la propriété, les deux ères qu'ont inaugurées le dix-huitième siècle expirant et le milieu du dix neuvième pouvaient être anticipées de six ou sept cents ans. L'Eglise se mit intrépidement à I'œuvre et elle les retarda de plusieurs siècles. Gardons-nous de nous en plaindre&amp;amp;nbsp;». I, 208-209. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nos pères étaient plus prévoyants que nous ; ils se croisaient contre les erreurs et, par là, ils s'épargnaient la croisade contre tous les excès qui naissent des erreurs. Nous, au contraire, nous nous croisons d'abord pour répandre toutes les fausses doctrines, sauf à nous croiser ensuite pour réprimer les résultats matériels de ces doctrines&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales Il, 687.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La déduction est irréfutable. Loin de détruire la civilisation politique, c'est l'Église seule qui, par le Droit chrétien, peut la donner et la conserver au monde, et cette sublime prérogative, elle la tient de son divin Fondateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ, dit Mgr Pie, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas seulement : Allez et enseignez les hommes, mais allez et enseignez les nations. Or, pour enseigner les nations, il faut qu'il y ait des nations. Aussi l'Évangile partout où il est annoncé, introduit-il aussitôt l'esprit de société. Et quand les sociétés tombent en dissolution, quand les peuples s'en vont, à la suite des rois qu'il ont bannis, c'est à l'Église de refaire les sociétés et les peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La civilisation scientifique, industrielle et commerciale n'est pas moins redevable à l'Église que la civilisation politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il parti-pris, chez les gouvernements orthodoxes, demande l'Évêque de Poitiers, de se tenir en dehors du progrès et du perfectionnement de la civilisation moderne ? (2)&amp;amp;nbsp;» Et il répond hardiment : non, justifiant ainsi sa réponse &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les peuples régis par le droit chrétien, observe-t-il, sont des peuples conservateurs qui vivent essentiellement de traditions. Les arts primitifs ou d'invention déjà ancienne, y sont maintenus avec plus de soin, pratiqués avec plus de constance que nulle part ailleurs. Ainsi, la pâture, la culture, la confection d'étoffes solides dont se font les vêtements ordinaires, mais surtout le culte extérieur de Dieu, les arts qui s'y rapportent, enfin les grandes institutions de l'hospitalité et de la charité chrétienne : voilà les titres de prééminence de la plupart des gouvernements catholiques. Néanmoins, fidèles au passé, ils ne disent point anathème au présent et ne prennent point ombrage de l'avenir. L'Église a combattu à outrance l'ancienne théorie manichéenne qui établissait l'antagonisme radical de la matière avec l'esprit : elle ne réprouverait pas moins ce dualisme pratique qui tendrait à décréter le divorce entre l'esprit de l'Évangile et le développement régulier des forces intellectuelles ou matérielles de l'humanité. Également opposée à tous les extrêmes, elle n'est ni immobile dans les choses qui comportent le mouvement, ni prompte à se jeter loin des sentiers battus et à se lancer dans les expériences et les aventures. Amie de tout ce qui est éprouvé par le temps, si elle n'a pas le mérite d'un grand nombre d'initiatives dans l'ordre temporel, elle a l'avantage d'en éviter les périls. Du reste, tandis qu'elle modère par son calme la surexcitation excessive de quelques peuples, elle obéit de bonne grâce au stimulant qui lui vient d'eux, et elle s'intéresse à leurs essais&amp;amp;nbsp;» (II, 524-525). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière remarque de Mgr Pie est profonde. Il constate et il affirme sans crainte que dans la civilisation moderne il peut y avoir des excès, une surexcitation funeste à la société tout entière. Comment cela ? Dans l'allocution prononcée à la bénédiction du chemin de fer de Chartres, il expose ainsi sa pensée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'homme est posé ici-bas entre le temps et l'éternité, les pieds sur la terre et les yeux vers le ciel, soupirant après les joies permanentes de la patrie et désirant aussi toute la mesure de félicité compatible avec la condition présente. La terre est le domaine actuel de l'homme ; l'homme a raison de travailler la terre, c'est son droit et c'est même son devoir. Cela est écrit en tête de la Genèse. Mais le ciel aussi est le domaine de l'homme, son domaine promis, et il lui est commandé de vivre déjà par la foi dans ce monde meilleur et de s'en assurer la propriété&amp;amp;nbsp;» (I, 91).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 206. Mgr Pie ne s'est pas laissé éblouir par la civilisation des nations protestantes et schismatiques. Voici comment il explique leur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
prospérité et résout l'objection qu'on voudrait en tirer contre le Droit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. La prospérité de ces nations séparées de l'Église, a sa cause première dans la sève catholique qui les a vivifiées pendant de longs siècles. «&amp;amp;nbsp;Ne m'objectez pas qu'on retrouve encore des qualités solides et brillantes chez des individus ou des peuples qui ont dévié de la foi. N'avez-vous pas vu parfois une branche détachée de l'arbre, qui l'a remplie de sa sève, pousser encore quelque temps des feuilles verdoyantes. Or toute société hérétique ou incrédule est une branche détachée de l'arbre chrétien, elle emporte avec elle un peu de sève chrétienne, elle conserve pour un temps de précieux restes de cette substance divine, elle poussera donc encore quelques feuilles&amp;amp;nbsp;». Œuvres sacerdotales T. 1. p. 324-325. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Cette prospérité s'explique encore, parce que ces nations ont retenu et protégé officiellement des institutions d'origine catholique Cf. V, 185-186 et 198-199. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La prospérité des nations séparées de l’Église est plus apparente que réelle, elle cache de profondes misères et ne durera pas. «&amp;amp;nbsp;Nous pourrions contester l'étendue, la solidité, la durée de cette apparente félicité des peuples qui ont déserté l'étendard sacré de la Vérité. Nous pourrions soulever le voile qui cache, au sein de leurs cités florissantes et de leurs colonies lointaines, des misères affreuses dans le présent, les progrès toujours croissants du paupérisme et, pour un avenir prochain, la menace d'effroyables calamités et le présage de violentes réactions&amp;amp;nbsp;». Seconde Instruction pastorale à l'occasion du Jubilé semi-séculaire. I, 313. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Enfin, s'élevant plus haut, à des hauteurs familières au génie de saint Augustin, l'Évêque de Poitiers continue : «&amp;amp;nbsp;Il nous serait facile encore, en cherchant les raisons de cette paix spécieuse dans un autre ordre d'idées, de vous en signaler la cause dans les combinaisons infernales de l'esprit d'erreur et de mort que l'Écriture nous montre comme paissant lui-même les générations soumises à son empire, gardant avec soin son domaine séculaire, et n'usant de sa puissance que pour retarder les révolutions qui pourraient tirer ces peuples de leur sommeil et le troubler lui-même dans la tranquille possession de sa conquête. C'est l'homme fort et armé dont parle l'Évangile : il veille, et la paix règne dans sa maison ; car ce qui lui importe à lui, ce n'est pas d'enlever à ses esclaves une somme plus ou moins grande de jouissances matérielles et passagères, non, tout moyen est bon à ce tyran, même le succès et le bonheur présent de ses victimes, quand par cette voie il arrive plus sûrement à les plonger dans l'abîme des éternelles douleurs&amp;amp;nbsp;». Il conclut par ces paroles, consolantes pour la France : «&amp;amp;nbsp;Sans scruter davantage le secret des conseils d'en haut dans la conduite des autres empires, il doit nous suffire de connaître les desseins de Dieu sur notre propre pays. Or, s'il est donné à certaines nations, de prospérer au sein du mensonge, nous savons que la Providence n'a pas cru devoir infliger à la France le privilège d'une si calamiteuse prospérité. i les vues du Seigneur sur notre patrie, ni le trait le plus saillant de notre esprit national ne souffrent pas que nous participions jamais à cette scandaleuse félicité&amp;amp;nbsp;». I, 313-314. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) II Instruction synodale sur Rome considérée comme siège de la Papauté. 522. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une double obligation s'impose ainsi à l'homme, celle de travailler à sa félicité temporelle compatible avec la condition présente, et celle de mériter la félicité éternelle du ciel. Mais, puisque de toute évidence, le provisoire doit préparer le définitif, et le temps l'éternité, il faut donc absolument que l'obligation de promouvoir la félicité d'ici-bas, soit subordonnée au rigoureux devoir de préparer l'éternité bienheureuse. Dans le rude labeur de conquête de la félicité terrestre, l'homme est puissamment aidé par le progrès scientifique. Ce progrès est bon en lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La religion sait que le Dieu qu'elle annonce est le Dieu des sciences et que c'est Lui qui inspire et qui prépare les pensées et les découvertes des hommes, elle est toujours prête à bénir les conquêtes de l'humanité&amp;amp;nbsp;» (II, 93; VII, 249). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce progrès pourtant, bon en lui-même, doit être subordonné (1) à la loi divine de Jésus-Christ, manifestée par l’Eglise. Il ne doit pas servir «&amp;amp;nbsp;les intérêts contre les principes&amp;amp;nbsp;» (I, 94). Il ne doit pas surtout «&amp;amp;nbsp;servir contre Dieu&amp;amp;nbsp;» (I, 93) en égarant les âmes, hors des voies du salut. Si le progrès se dérobe à la subordination en face de la loi divine, il devient pour l'humanité, principe de «&amp;amp;nbsp;commotions et de ruines sans exemple&amp;amp;nbsp;» (I, 93) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A quoi servirait-il, poursuit Mgr Pie, d'embellir un monde que les passions rendraient inhabitable, à quoi bon cette grande rapidité de transport, si c'était pour précipiter la ruine des peuples, en communiquant aux doctrines de désordre et de subversion cette facile rotation autour du globe et ce prompt circuit que l'Écriture attribue au prince de l'enfer&amp;amp;nbsp;». (I, 94) Ainsi, s'il se sépare de Dieu, le progrès scientifique se détruira lui-même, en donnant la mort à l'humanité (2). Répondant au blasphème de ceux qui affirment que le progrès tuera l'Église, Mgr Pie, à la fin de l'allocution que nous citons, fit comprendre, par un rapprochement saisissant, que l'Église seule peut préserver le progrès de la ruine. A Chartres, la cathédrale et ses clochers s'élèvent au-dessus du débarcadère du chemin de fer. Désignant d'une main les magnifiques locomotives sous pression, de l'autre la splendide et rayonnante cathédrale, il s'écria : «&amp;amp;nbsp;Ceci n'a de chances de durer qu'à l'ombre de cela (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'était dire, qu'à l'ombre seule de l'Église et sous le régime du Droit chrétien, le progrès scientifique pouvait s'épanouir en inventions bienfaisantes pour l'humanité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès littéraire et artistique doit encore davantage à l'influence de l'Église (4). Pour ne parler que de notre patrie, toutes nos richesses artistiques françaises sont d'inspiration religieuse. L'Évêque de Poitiers le faisait remarquer, dans un remarquable discours, prononcé à la séance publique de la société des Antiquaires de l'Ouest. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Cela est incontestable, disait-il, Jésus-Christ, depuis dix-huit siècles, a si bien pris possession de la terre et surtout de la France qui est Son royaume, Son empire, que les moindres débris qui s'y rencontrent parlent toujours de Lui, sont frappés à Son empreinte, à Son effigie. Çà et là, sans doute, l'antiquaire exhume encore quelques souvenirs des temps païens ; et généralement ils offrent un contraste qui les fait tourner eux-mêmes à la gloire du christianisme. Mais, presque toujours, les monuments qui attirent votre attention sont les œuvres de la foi catholique ; l'archéologie, Messieurs, c'est de la théologie encore, et les richesses de vos musées sont à peu près exclusivement des médailles du millésime chrétien&amp;amp;nbsp;». (I, 136) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi d'étonnant ! L'Église catholique, avec Rome sa capitale, est par excellence «&amp;amp;nbsp;la mère-patrie des arts, la gardienne la plus fidèle et la plus intelligente des chefs-d'œuvre de l'antiquité, l'école la plus féconde et la plus riche des temps modernes&amp;amp;nbsp;» (II, 511) et, lorsque cette Église, par le Droit chrétien, exerce sans entraves son influence sur les peuples, elle suscite parmi eux les plus remarquables chefs-d'œuvre. L'époque de saint Louis en est la preuve la plus éclatante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Mgr Pie appelle cette subordination le retour des intérêts vers les croyances, la soumission de la matière à l'esprit, de l'industrie à la foi, la réconciliation de la science et de l'art avec Dieu. I 195. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) C'est ce qui est arrivé à l'époque du déluge. Cette terrible catastrophe a été le châtiment du progrès séparé de Dieu. Écoutons l'Évêque de Poitiers : «&amp;amp;nbsp;Il y eût avant nous des peuples riches et puissants ; il y eut surtout dans les temps anciens et primitifs un peuple dont l'Écriture nous a gardé l'histoire et qui porta jusqu'aux dernières limites le développement des arts et le raffinement des vices. Ces Enfants des Hommes, ainsi que les appelle le texte sacré, appliquant exclusivement à la matière cette noble intelligence qu'ils avaient reçue du Créateur, et qui malgré le ravage du péché se ressentait encore de sa vertu première et de sa force native, produisaient chaque jour de nouvelles conceptions, bâtissaient les villes, travaillaient les métaux, perfectionnaient les arts agréables, et chaque jour aussi, ils attiraient parmi eux les Enfants de Dieu, tentés par de riches alliances avec leurs filles, en qui brillaient tous les dons les plus séduisants de la nature et de la fortune. Or, ce premier de tous les peuples, dont la civilisation et aussi la corruption ne sera jamais égalée peut-être par la civilisation, ni heureusement par la corruption des siècles modernes, ce peuple que l'Esprit-Saint a nommé un peuple de géants, savez-vous pourquoi il a disparu de la terre ? L'Écriture va vous le dire «&amp;amp;nbsp;Les anciens géants n'ont pas prié, et ces &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
hommes qui se fiaient à leurs forces ont été détruits.&amp;amp;nbsp;» I, 35-36. Discours prononcé à la bénédiction de la première pierre du viaduc de la Voise, 21 août 1845. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) I, 94. On reconnaît ici l'allusion au trop célèbre chapitre de Victor Hugo intitulé : Comment ceci tuera cela. Au sujet de la civilisation commerciale, lire la remarquable allocution de Mgr Pie prononcée à la bénédiction d'un nouveau marché : III, 279-381 «&amp;amp;nbsp;Nous avons la joie de savoir et de pouvoir proclamer que notre ville n'est pas de celles où le progrès matériel efface et absorbe un progrès meilleur… La suprématie d'une nation, d'une province, d'une cité n'est pas dans le perfectionnement de la vie matérielle. Ce genre de prééminence s'achète trop cher, quand c'est au prix de la déchéance du goût, de l'abandon des lettres et surtout quand c'est par l'affaiblissement du sens moral et de l'esprit chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons aussi indiqués dans I'œuvre du Cardinal Pie les remèdes qui préserveront la civilisation industrielle d'une ruine imminente et irréparable. La civilisation industrielle est menacée de nos jours par le prodigieux développement donné aux industries d'objets de luxe. C'est là un danger terrible, car les mœurs sont corrompues par la rivalité du luxe entre les nations. Un autre danger plus redoutable (il est en effet la cause de celui que nous venons de signaler) c'est, dans la direction de la grande industrie, l'influence prépondérante des grandes banques, des trusts internationaux, détenteurs des réserves financières du monde. Ces grandes banques ont tué la petite industrie et par le fait même, se sont assuré l'empire des masses ouvrières pour les détourner de l'Église et les faire servir à leurs fins ambitieuses. Le remède ne se trouvera que dans la législation de l'Église catholique au sujet du luxe et de la spéculation financière. C'est pour cela que Mgr Pie, dans une lettre adressée en 1855 au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du concile, manifestait son désir de mettre au programme du concile du Vatican des «&amp;amp;nbsp;décrets relatifs à la spéculation fnancière et au luxe&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, Il L. III ch. X. p. 291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Sur la civilisation artistique, voir la lettre de l'Évêque de Poitiers à M. le Comte DE GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT au sujet de son livre : Le guide de l'Art chrétien, 14 juillet 1875. IX, 194-197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Voyez, nous dit Mgr Pie, comme le règne de saint Louis se distingue par tous les prodiges de civilisation qui caractérisent une nation libre : voyez le développement de tous les arts qu'on appelle libéraux. Qui dira les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture qui immortalisent le siècle de saint Louis ? (1) Ces créations grandioses sont sous nos yeux, et elles nous atterrent par leur contraste avec notre impuissance et notre infériorité. Là, que de vie, de sentiment, d'invention, d'enthousiasme, d'originalité, de magnificence ! Les sciences se développent avec les arts. Les universités renferment tout un peuple d'étudiants dont l'émulation est excitée par la rivalité des écoles libres. Le mérite parvient à toutes les charges dans l'État comme dans l'Église, il va s'asseoir à la table et vit dans la familiarité du souverain. Loin que l'intelligence soit captive, on s'étonne de la grande latitude laissée par saint Louis à l'expression de la pensée... Convaincu que la foi doit s'entourer de lumière, il rassemble auprès de la maison de Dieu les monuments de la science, et consacre cette mémorable sentence «&amp;amp;nbsp;qu'une Église sans bibliothèque est une citadelle sans munitions&amp;amp;nbsp;». Tel fut le siècle de saint Louis (I, 62-63) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Droit chrétien qui a produit de telles merveilles dans l'ordre politique, scientifique et artistique, le grand Évêque de Poitiers se refuse absolument à voir l'ennemi du progrès et de la civilisation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable ennemi du progrès, il nous l'indique dans sa troisième synodale. Ce n’est pas Jésus-Christ, Vérité et Vie. L’adversaire du progrès, c’est Satan et l'odieuse impiété sociale, inspirée par lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il faut donc, nous dit-il, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles ou savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses, qui les précipite vers la décadence et la mort et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE III : OBJECTIONS CONTRE L'APPLICATION DU DROIT CHRÉTIEN A NOTRE ÉPOQUE====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme chrétien n'est ni chimérique ni intempestif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés d'adaptation seront aplanies par la sagesse du Souverain Pontife. - La question de la tolérance des autres cultes. - Dans l'acceptation loyale du Droit chrétien, les chefs seront suivis par le peuple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit chrétien a contre lui des préjugés d'ordre général : nous les avons dissipés sans peine. Toute opposition cependant n'est pas vaincue, et des hommes que nous appellerions (3) volontiers anti-opportunistes, tout en reconnaissant ce Droit bon en lui-même, le déclarent, à notre époque, chimérique et intempestif. Répondons-leur brièvement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le programme social chrétien n'est pas chimérique, puisqu'il a été réalisé déjà dans le passé, pour la plus grande prospérité et le plus grand bonheur des peuples. Il n'est pas intempestif, puisqu'il répond à un besoin profond des générations actuelles, qui ont faim et soif de la vérité (4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'adressant aux pessimistes, Mgr Pie leur dit : «&amp;amp;nbsp;Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu'on le méconnaît. Notre siècle est fatigué d'expédients, fatigué de transactions et de compromis (5). On a essayé de tout ! l'heure ne serait-elle pas venue d'essayer de la vérité ?... (6) Et encore : «&amp;amp;nbsp;La vérité est moins dénuée de ressources qu'on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles... (7)&amp;amp;nbsp;» Et enfin : «&amp;amp;nbsp;La grande et suprême habileté, c'est la vérité (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1870, époque à laquelle le Cardinal Pie écrivait ces lignes, que d’événements lui ont donné raison ! Notre siècle est plus que jamais fatigué d'expédients. Ne serait-il pas temps enfin de revenir au Droit chrétien ? Attendre encore, c'est s'enfoncer davantage dans la corruption, le sang, la ruine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Réserver l'action pour l'avenir serait une faute ; réserver la vérité, en serait une plus grande encore. Car, si l'on croit devoir surseoir aux principes, écarter les doctrines, les actes seront une fois de plus ce qu'ils ont été et ce que nous les avons vus, depuis que nous avons âge d'homme, de mauvais expédients du quart-d'heure, des évolutions dans la révolution, phases nouvelles du désordre religieux et moral que quelque courte durée d'ordre matériel fait envisager, à leurs commencements, comme une ère de restauration sociale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Ces chefs-d'œuvre sont surtout les cathédrales. Sur les beautés artistiques et le profond symbolisme des cathédrales, voyez I, 91-96 et surtout Il, 266-295 sur la cathédrale de Chartres consacrée en présence de saint Louis IV, 70-89. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 44. Louis Veuillot, après avoir lu les Synodales de l'Évêque de Poitiers, le remerciait en ces termes : «&amp;amp;nbsp;J'avais tout cela en moi, mais vous en donnez la prononciation, Monseigneur. Pour moi, je suis bien sûr maintenant que je tiens le serpent et je saurai où trouver la queue, où trouver la tête, par conséquent où placer le pied&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie, II, L. III, ch. 7, p. 227. Louis Veuillot a merveilleusement décrit le caractère et les égarements de l'esprit moderne, de cet esprit qui «&amp;amp;nbsp;vieillit toutes choses, en prétendant être, en dehors de Jésus-Christ, la civilisation et le progrès. «&amp;amp;nbsp;Tel est le fond aride et violent de l'esprit moderne. Il regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté, sur les droits de l'humanité. Il sait se mentir ! Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et servile. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville, détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée, détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément logique de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie&amp;amp;nbsp;». L'inspirateur de cet esprit, c'est le Démon, le Menteur. «&amp;amp;nbsp;Il promet la liberté, ce sera l'esclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; l'abondance, vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides. Il est le Dédale, le Mensonge et la Mort par opposition à la Voie, à la Vérité et à la Vie&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfum de Rome, L. V, § III, p. 232-233 et L. VII, § III, p. 28. Quel magnifique écho des enseignements de Mgr Pie ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) C'était l'objection de Napoléon Ill. cf. plus haut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Nous avons ainsi résumé les beaux développements de Mgr Pie répondant à cette objection. Les lire in extenso dans la 2è partie du panégyrique de saint Émilien et dans la 3è instruction synodale. V, 185 à 197. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Fatigué aussi de «&amp;amp;nbsp;paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus&amp;amp;nbsp;» VII, 111. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Histoire du Cardinal Pie, II, L. IV, ch. 1, p. 375. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) V, 192. Troisième synodale sur les principales erreurs du temps présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) VI, 269. Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela peut satisfaire les hommes qui ont encore devant eux quelques années d'existence, durant lesquelles ils veulent être ou redevenir quelque chose ; cela ne satisfait ni les droits de Dieu, ni les intérêts des peuples (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires insistent ; les difficultés d'adaptation du Droit chrétien avec la société moderne sont telles, qu'en fait, elles le rendent irréalisable. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités. Oui. les difficultés d'adaptation sont grandes, mais le Droit chrétien a un interprète infaillible : Le Pape. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La grande institution du christianisme s'incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S'est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas : «&amp;amp;nbsp;C'est Pierre, c'est le Pontife romain (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mission du Pontife Romain est d'interpréter le Droit chrétien et d’en déterminer l'application. Il l'a fait dans les siècles passés et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Autrefois, on disait et c'était un axiome reçu de tous, des adversaires comme des amis, des dissidents comme des fidèles (Leibnitz parlait à cet égard comme Fénelon, Voltaire comme de Maistre) on disait donc : si vous voulez interroger, interrogez Rome. Et Rome répondait par une décision sensée, équitable, impartiale, désintéressée ; elle tenait la balance égale entre tous les droits, entre ceux des forts et ceux des faibles, entre ceux des princes et ceux des peuples, et par son conseil, les affaires se terminaient pacifiquement selon l'ordre et la justice. Cette mission conciliatrice, Rome est toujours également apte à la remplir ; elle défie qu'on lui cite une occasion dans laquelle elle ne s'est pas montrée prête à répondre la vérité à tous (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les chefs de peuples s'adressent à Rome, qu'ils consultent le Souverain Pontife. Sa sagesse ésoudra toutes les difficultés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'Église qui a la lumière sur le front et la charité dans le cœur, a en outre l'intelligence dans les mains : et in intellectibus manuum suarum deduxit illos. Précisément parce qu'elle a l'œil très éclairé, elle a une sûreté de mouvement, une précision de manœuvre qui lui permet de diriger l'humanité à travers tous les écueils, tenant compte à la fois des principes qui ne varient pas et des conjonctures qui en font varier les applications, et donnant satisfaction à l'esprit des temps sans froisser les exigences divines. Qu'on en tente l'expérience et l'on verra&amp;amp;nbsp;» (V, 192). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu'avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l'orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s'apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu'elle n'a pas cessé d'être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que deviendront les autres cultes sous le régime du Droit chrétien ? se demandent avec angoisse les hommes d'État, soucieux de maintenir la paix intérieure. Ne sera-ce pas de nouveau la proscription dissimulée, ou même ouverte et sanglante ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les autres cultes jouiront de toutes les garanties assurées par la foi (5)&amp;amp;nbsp;» répond Mgr Pie. Consultée sur ce point précis, l'Église tenant compte de toutes les difficultés que les temps ont créées, trouverait dans sa haute et profonde sagesse, des formules qui seraient l'acte de foi solennel de la nation et du souverain, sans que cette profession authentique de la véritable croyance gênât en aucune façon une tolérance devenue nécessaire envers des dissidences invétérées ; elle rappellerait les bénédictions divines sur la tête des princes, sans appeler les sévérités de ceux-ci sur la tête de personne&amp;amp;nbsp;» (V, 193). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance civile sera donc accordée aux cultes dissidents et les pouvoirs publics, en agissant ainsi, resteront néanmoins en conformité parfaite avec le Droit chrétien (6). Cette déclaration n'est pas donnée à la légère, car Mgr Pie a étudié longuement et à fond ce délicat et difficile problème de la tolérance et voici sa solution doctrinale, qui est la solution même de l'Église (7). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tolérance peut être ou civile ou théologique ; la première n'est pas de notre ressort, je ne me permets qu'un mot à cet égard. Si la loi veut dire qu'elle permet toutes les religions, parce que, à ses yeux, elles sont toutes également bonnes, ou même encore parce que la puissance publique est incompétente à prendre un parti sur cette matière, la loi est impie et athée ; elle professe non plus la tolérance civile, telle que nous allons la définir, mais la tolérance dogmatique et, par une neutralité criminelle, elle justifie dans les individus l'indifférence religieuse la plus absolue. Au contraire, si reconnaissant qu'une seule religion est bonne, elle supporte et permet seulement le tranquille exercice des autres, la loi, en cela, peut être sage et nécessaire selon les circonstances. S'il est des temps où il faut dire avec le fameux connétable : Une foi, une loi ; il en est d'autres où il faut dire comme Fénelon au fils de Jacques Il : «&amp;amp;nbsp;Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience ce que Dieu souffre (8)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les chefs acceptent le Droit chrétien franchement et loyalement, la nation les suivra-t-elle ? Ne vont-ils pas à l'impopularité, présage de renversement et de ruine ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VII, 110-111. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) V, 556. Exhortation aux zouaves pontificaux (17 juin 1866). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 306 Homélie (8 décembre 1863). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) V,193 Beaucoup de chrétiens «&amp;amp;nbsp;en reconnaissant à l'Église son autorité infaillible d'enseignement n'ont pas une juste et suffisante idée de l'assistance journalière qu'elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l'inhabitation continuelle du SaintEsprit dans l'Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L'Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités&amp;amp;nbsp;» V, 204. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Histoire du Cardinal Pie : Il, L. IV, 517. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) Il, 446 «&amp;amp;nbsp;Qu'un gouvernement sage et même chrétien puisse et doive dans certaines circonstances déterminées, maintenir le principe de la tolérance civile, ceci n'est nullement contesté&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(7) Voyez sur ce point en particulier : LÉON XIII, Encyclique «&amp;amp;nbsp;Libertas præstantissimum&amp;amp;nbsp;», 20 juin 1888. Édition Bonne presse. Il, p.172 et sv. - Saint THOMAS Il II q. 10, art. Il. - P. NEYRON S.J. Le gouvernement de l'église. Les Catholiques et la tolérance 324-346. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(8) Œuvres sacerdotales I. Sur l'intolérance doctrinale 358 et sv. Mgr Pie croyait cette tolérance parfaitement réalisable. En 1861, il écrivait à M. Rendu : «&amp;amp;nbsp;Croyez-moi, bien cher ami, que sans revoir Innocent III et son siècle, une dose très tempérée d'orthodoxie politique assaisonnée de la tolérance la plus large et des franchises et libertés les plus vraies peut encore faire vivre vos enfants et vos petits enfants dans une France et une Europe très habitables.&amp;amp;nbsp;» Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 4, p. 125. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec sa profonde connaissance du cœur humain et de la psychologie des foules, Mgr Pie répond : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples ont cet instinct et ce bons sens de ne pas accorder longtemps leur faveur à ceux qui ont reçu la mission de les guider et qui ne visent qu'à les suivre. Quand la tête se fait queue, elle n'y gagne point en considération. Ah ! c'est qu'en définitive, il n'y a d'estimable et d'estimé ici-bas, il n'y a d'aimable et d'aimé que le courage au service de la vérité, de l'ordre et de la justice. Celui qui s'expose, celui qui se sacrifie pour le maintien de la justice, pour le triomphe de l'ordre, pour la défense de la vérité ; celui qui s'oublie, celui qui s'immole pour l'accomplissement du devoir, principalement du devoir doctrinal, c'est vers lui que se portent tous les yeux et que volent tous les cœurs, y compris le cœur de Dieu (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ailleurs, le Cardinal Pie cite aux chefs l'exemple de Clovis le jour de son baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Le roi hésitait encore, dit-il, par la crainte de n'être pas suivi de son peuple, et le peuple, déjà éclairé de la lumière et touché de la grâce d'en haut, n'attendait que l'exemple du roi pour demander le baptême à saint Remy&amp;amp;nbsp;», et le grand évêque conclut : «&amp;amp;nbsp;Il en sera toujours ainsi. O vous tous, qui que vous soyez, dans quelque mesure, et sous quelque forme que vous présidiez aux destinées de la France, osez, osez, donc et ne craignez rien de l'opinion du vrai peuple de France ; la religion du Christ est depuis quatorze siècles, et elle restera la religion nationale. Égarée par les sophistes, la France a eu, elle peut avoir ses jours de délire : elle ne sera jamais un peuple d'apostats, car elle est la race élue, la nation sainte et prédestinée (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste rien, nous semble-t-il, des objections contre le Droit chrétien. La lumière est faite dans l'intelligence des chefs. Enflammons maintenant leur courage en leur présentant les exemples de princes qui ont fait régner socialement Jésus-Christ. Ce sont des Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===SECTION IV : LES MODÈLES DES CHEFS CHRÉTIENS ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE UNIQUE : LES MODÈLES DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé : Charlemagne, les saints rois et particulièrement saint Louis. Dans le présent : Garcia Moreno. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles ! Ce sont ceux qui ont imité le Roi Jésus. «&amp;amp;nbsp;Il n'est pas une nation de l'Europe qui n'ait vu siéger à sa tête, à telle période de son existence, un prince en qui se reflétait l'image de ce Roi plein de douceur (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le passé, Mgr Pie nomme Constantin, Théodose, Charlemagne, «&amp;amp;nbsp;le type le plus vaste et le plus magnifique du César Chrétien&amp;amp;nbsp;» (I, 77), saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, saint Wenceslas de Bohême, saint Édouard d'Angleterre, saint Ferdinand de Castille, mais surtout saint Louis de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, nous dit-il, «&amp;amp;nbsp; peut être offert à tous les siècles comme la plus parfaite expression de la véritable royauté chrétienne, de la royauté selon l'Évangile (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VI, 397. Homélie (13 avril 1869). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IX, 392. Non, les chefs n'ont rien à craindre pour eux, en acceptant loyalement le Droit chrétien. Ils ont tout à gagner, même la popularité durable, même la gloire. Écoutons Joseph de MAISTRE : «&amp;amp;nbsp;Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusables de ne point procurer, à la faveur de leurs armes et de leurs richesses, la propagation de la religion chrétienne&amp;amp;nbsp;». Sans doute, ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, etc..., tous les grands protecteurs et propagateurs du christianisme légitime, marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance de toutes ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité, mais il n'importe, son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Par la raison contraire, tout prince qui né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre et qui surtout osera porter les mains sur le Souverain Pontife, ou l'affligera sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible : règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents l'homme sage, avant de &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les exposer, fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire&amp;amp;nbsp;». Joseph de MAISTRE. Du Pape, I, III ch. 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VIII, 50. Homélie sur le caractère de l'autorité dans le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Voyez tout le panégyrique de saint Louis I, 49-89. Dans ce magnifique panégyrique, Mgr Pie réfute ainsi les insinuations perfides du moine anglais Mathieu PARIS, au sujet de l'obéissance et de l'amour de saint Louis envers le Pape et les ministres de l'Église : «&amp;amp;nbsp;Louis est plein de respect pour l'autorité divine à laquelle doivent obéir tous les chrétiens, quelque rang qu'ils occupent dans la société temporelle. Et loin qu'on en doive croire le moine atrabilaire, stipendié par une nation déjà penchée vers le schisme et qui prête au saint roi, en cette matière, des sentiments et des actes tout à fait britanniques, l'humble monarque, au contraire, érige en maxime d'État la conduite de son aïeul Philippe-Auguste, qui voulait sciemment excéder en déférence envers les ministres de la religion ; et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le Pape qui est le père spirituel des rois&amp;amp;nbsp;». 166. Sur la valeur du témoignage de Mathieu PARIS, consulter les Bollandistes. T. VI Augusti ad diem 25, 282-283, 398, 496. (Note de Mgr Pie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le passage du testament de saint Louis, auquel fait allusion l'évêque de Poitiers. Le roi recommande à son fils : «&amp;amp;nbsp;Sois bien attentif à faire protéger toutes gens dans ton royaume et principalement les personnes de sainte Église et défends-les, en sorte que injure ni violence ne soit faite en leurs personnes ni en leurs choses. Et ici, je veux te rappeler une parole du roi (Philippe-Auguste) mon aïeul. On lui disait une fois : «&amp;amp;nbsp;Les clercs vous font beaucoup d'injures (dommages), et on s'étonne que vous puissiez les supporter&amp;amp;nbsp;». A quoi le roi Philippe répondit : «&amp;amp;nbsp;Je crois bien qu'ils me font assez de dommages. Mais quand je pense aux honneurs et biens que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir un dommage que faire ce qui pourrait amener discorde entre moi et sainte Église&amp;amp;nbsp;». Et je te rappelle cela, cher fils, pour que tu ne croies légèrement personne contre les membres de l'Église, et pour que tu leur rendes honneur et les protèges, afin qu'ils puissent servir Notre-Seigneur en paix. Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et au souverain Pontife notre Père ou Pape et que tu lui portes respect et honneur, comme tu dois faire à ton Père spirituel&amp;amp;nbsp;». Traduction SALTET, dans Histoire de l’Eglise. 166-167. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles de st Louis sont un écho de celles de Charlemagne; En mémoire du prince des Apôtres, disait le grand empereur dans un de ses capitulaires, honorons la Sainte Église Romaine et le siège apostolique afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l'humilité et la douceur pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. Inter capit. Baluze I, 357. BOSSUET. Sermon sur l'Unité de l’Église (T. XI, p. 613, édit Lachat) met lui aussi en relief l'amour et la vénération de Charlemagne pour l'Église romaine. «&amp;amp;nbsp;Il eut tant d'amour pour elle que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile, sous l'un de ses descendants, que «&amp;amp;nbsp;quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Louis prit au sérieux, il accepta sans réserve l'Évangile de Jésus-Christ tout entier, assuré que la vérité, venue du ciel et enseignée par la bouche d'un Dieu, devait servir de règle à l'homme public aussi bien, qu'à l'homme privé et que la sagesse, même politique, ne pouvait mieux se rencontrer nulle part que dans le livre de la divine Sagesse, à laquelle elle ne pourrait jamais être opposée. Aussi Louis n'est point chrétien dans son oratoire et déiste sur le trône. Il gouverne en chrétien. Il fait régner Jésus-Christ dans la paix par la justice, par la charité, par la vraie liberté, par la religion. Il fait régner Jésus-Christ dans la guerre, par la défense et la protection des chrétiens, par la victoire de l'esprit sur la chair, et il mérite ainsi de devenir pour tous les princes un exemple toujours pratique, un modèle toujours sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Saint Louis, conclut Mgr Pie, est le roi de tous les pays et de tous les siècles, parce qu'il n'a pas été roi selon les principes variables d'une contrée, d'une époque et d'une circonstance, mais selon les principes éternels et toujours vivants de l'Évangile&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l'on oppose l'antiquité de ces modèles, l'Évêque de Poitiers en trouvera un admirable dans le présent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait, nous dit-il, dans les régions méridionales de l'Amérique, sous les feux de l'Équateur, un petit peuple connaissant son Dieu, un peuple qui s'était donné un chef chrétien et qui, par lui, avait réalisé au sein du régime moderne les avantages toujours croissants de la civilisation matérielle comme de la civilisation morale. La parole de Jésus-Christ : &amp;quot;Cherchez d'abord le royaume de Dieu et Sa justice et les autres choses vous seront ajoutées par surcroît&amp;quot;, recevait là, de jour en jour, son accomplissement. Il allait être acquis à l'histoire que les bénéfices de la doctrine et de la morale de l'Évangile sont indépendants de la forme des états chrétiennement constitués, et que la prospérité des anciennes républiques aristocratiques de Venise et de Gènes, peut devenir celle des républiques démocratiques. Cette démonstration grandissait à vue d'œil. Mais la Révolution qui la voyait grandir, tenait en ses mains le poignard. Salut, ô Garcia Moreno, salut aux rayons multiples de l'auréole des martyrs qui ceint votre front ; car si c'est l'auréole des martyrs, c'est aussi celle de la doctrine la plus méconnue de cet âge, la doctrine de la politique chrétienne. Et parce que vous avez été docte dans cette science, et parce qu'il n'a pas tenu à vous de l'enseigner à plusieurs, votre mémoire resplendira dans le firmament jusqu'à la fin des âges et votre front brillera parmi les astres des cieux pendant toutes les éternités (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encouragés par de si magnifiques exemples et marchant sur les traces de si nobles prédécesseurs, à I'œuvre donc, princes de la terre pour la restauration du Droit chrétien (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 299. Homélie pour la solennité de saint Hilaire (16 Janvier 1875). Mgr Pie ne craint pas de comparer dans cette homélie l'action de Garcia Moreno au XIXè siècle à celle de saint Hilaire au IVè. Le Président de la République de l'Équateur est en effet une figure transcendante devant laquelle il faut nous arrêter quelques instants dans une étude sur la Royauté sociale du Christ. Garcia Moreno a montré au monde entier que le Droit chrétien était réalisable même à notre époque. «&amp;amp;nbsp;L'histoire de Garcia Moreno, dit Mgr Gay, fait évanouir ces impossibilités prétendues d'appliquer le Droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Christ sur les ruines de la Révolution&amp;amp;nbsp;». Lettre du P. Berthe, dans lettres-préface de Garcia Moreno p. 15. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible, ajoute Dom Couturier, de remonter le courant révolutionnaire, possible de se débarrasser de l'hypothèse et de prendre le Syllabus pour règle des États et des sociétés, possible enfin d'attaquer dans sa source les principes de la révolution. Garcia Moreno l'a fait au milieu de difficultés inouïes : l'ennemi au dehors, au dedans une armée désorganisée, une magistrature sans traditions et sans principes ; un clergé dans la révolte, ne connaissant plus les lois de la hiérarchie, des ordres religieux sans autre règle que la licence, tous les caractères amoindris par le catholicisme libéral, et enfin, pour profiter de ces éléments de désordre, les francs-maçons partout. La tâche était impossible, Garcia Moreno n'a pas reculé, et son éternelle gloire est d'avoir réussi. Par le côté humain et vulgaire de l'histoire, Garcia Moreno devrait avoir sa place sans conteste parmi les plus grands noms. Son courage invincible dans les dangers, son énergie en face des obstacles où tous ont échoué, la sagesse de ses vues pour organiser et réconforter, sa force indomptable de caractère pour dominer les hommes, son habileté et sa prudence pour les conduire et les entraîner, sa gloire enfin dans les combats, où il égale et souvent surpasse ce que la valeur guerrière a de plus étonnant, aucun genre de grandeur n'a manqué à ce héros… Mais ce n'est pas là son vrai titre à l'admiration du monde. Ses talents prodigieux, ses succès inouïs n'ont été pour lui que des &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
moyens. Il avait une pensée plus haute qui a fait l'unité de sa vie et l'inspiration de sa noble nature. Il était catholique et aimait l'Église, la gardienne infaillible de la vérité. Or, il savait par la parole du Divin Maître que la vérité seule délivrera le monde, les sociétés aussi bien que les individus. C'est pourquoi il voulait faire de la vérité catholique la règle invariable et absolue de sa conduite dans la vie politique comme dans la vie privée. C'est là le trait caractéristique de Garcia Moreno. Aussi cette vie a-t-elle été la démonstration très complète, par le fait, que l'État chrétien n'est pas une utopie, que nous pouvons encore demander un gouvernement où le Christ soit vraiment Roi et l'Église reconnue comme Reine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de Garcia Moreno n'a pas détruit cette conclusion ; mais elle laisse aux chefs des gouvernements, princes ou présidents de République, une grande leçon, en leur apprenant que le pouvoir n'est pas seulement un droit à des honneurs, mais un devoir imposé par Dieu qu'il faut savoir embrasser et accomplir malgré les contradictions et les menaces, dût-on y laisser la vie. Une société est heureuse quand Dieu lui donne des hommes de cette trempe&amp;amp;nbsp;» Dom CHARLES COUTURIER, abbé de Solesmes. Lettre au P. Berthe au sujet de son magnifique ouvrage Garcia Moreno, président de l'Équateur, vengeur et martyr du droit chrétien. Lettres-Préface 18-19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette belle histoire de Garcia Moreno il faut lire surtout et méditer la seconde et la troisième partie : La Croisade contrerévolutionnaire et l'État chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Tous ceux qui exercent une autorité dans la société, trouveront un très grand profit à la lecture attentive de la vie détaillée de ces grands Modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous signalerons, parmi les ouvrages qu'on peut trouver facilement Saint Louis, par Marius SEPET, ou WALLON, OU LECOY DE LA MARCHE. Saint Étienne, roi de Hongrie, par E. HORN. Saint Henri, par l'abbé LESETRE. Saint Ferdinand III, par E. LAURENTIE. Des détails précieux pour des hommes d'État se trouvent encore dans L'Histoire de saint Léger par le Cardinal PITRA, dans Clovis et Sainte Clotilde, par G. KURTH : dans Sainte Mathilde, par E HALLBERC,. Enfin : GARCIA MORENO, président de l'Équateur, vengeur et martyr du Droit chrétien par le R. P. BERTHE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à nous, prêtres ou simples fidèles, préparons-la, par l'accomplissement très parfait des devoirs que Mgr Pie nous a indiqués, surtout par la foi la plus complète en la Royauté sociale de Jésus-Christ et l'affirmation intégrale et constante de cette foi, car «&amp;amp;nbsp;tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==QUATRIÈME PARTIE - L'AVENIR DE LA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ règnera-t-Il ? Les princes prendront-ils l'initiative de ce programme ? Les peuples les suivront-ils ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Bossuet, (Commentaire sur l’Apocalypse. Introduction.) Mgr Pie disait : &amp;quot;Je tremble en mettant la main sur l'avenir&amp;quot;. Cependant, il nous a livré sur ce point ses craintes et ses espérances. Quelles furent-elles au juste ? Que pensait sur l'avenir du Christ-Roi cet Évêque, Son Chevalier ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE I : LE DROIT CHRÉTIEN SERA RÉTABLI TEMPORAIREMENT DANS LE MONDE ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, en ce qui regarde l'avenir, ne fut ni d'un optimisme exagéré ni d'un pessimisme découragé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attendait et espérait pour les nations un retour au Droit chrétien et, sinon une période de triomphe complet et durable, du moins une période de consolation, et suivant son expression, &amp;quot;sur le déclin des âges un brillant automne de la société chrétienne (2)&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'est trompé quelquefois (on le verra par les textes que nous apporterons), en indiquant comme très prochain, le retour des nations au Droit chrétien ; mais, malgré les déceptions que lui apportèrent les événements, il conserva inébranlable l'espérance de la Restauration sociale dans le Christ. Son historien écrit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d'alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le Règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l'espérer définitif, durable et qui ne se rattachaient plus qu'à l'espoir d'un brillant coucher de soleil de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d'arrêter le déclin (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques citations nous découvriront la pensée vive du grand Évêque. En 1860, il relevait ainsi le courage de ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est le propre de l'Église, dit saint Hilaire de Poitiers, de vaincre quand elle est blessée, d'être mieux comprise &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand elle est accusée, de tout gagner quand elle est abandonnée. Fort de ces paroles, nous osons vous le prédire, les blessures faites en ce moment à l'Église sont un gage de ses prochaines victoires : ut tunc vincatum læditur ; l'insolence avec laquelle toutes ses doctrines sociales et religieuses sont incriminées n'aboutira qu'à remettre mieux en lumière et qu'à mieux faire accepter de tous les bons esprits, la vérité, la nécessité et la haute portée de ces doctrines : tunc intelligatur cum arguitur ; enfin la lâcheté avec laquelle elle est trahie et délaissée par les puissants du siècle nous est un signe qu'une part considérable lui sera bientôt rendue dans la direction du monde : tunc obtineat cum deseritur. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, et quelques efforts que l'on fasse pour procurer de nouvelles temporisations, la force désormais inévitable des choses ne tardera pas désormais à poser, des pays de l'aurore à ceux du couchant, une foule de questions que l'Europe, dans son organisation actuelle, n'est pas de taille à résoudre. Il est vrai, dans les grandes luttes qui sont pendantes, le démon croit s'être assuré le succès par la rage qu'il a communiquée en même temps à ses séides de l'Orient et de l'Occident contre tout ce que ces contrées renferment de plus pur et de plus noble. Mais nous, au contraire, qui savons le prix du sang des fidèles et des soupirs du juste, nous disons avec notre saint Docteur : &amp;quot;Victoire, victoire à l'Église, puisque l'Église est momentanément en souffrance ! Elle va rallier les intelligences à sa cause et à son autorité, puisque la conspiration du dénigrement a été hautement fomentée et patronnée contre elle. Elle est à la veille de reprendre son influence dans les conseils des nations, puisque les nations l'ont abandonnée&amp;quot;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Et quand nous parlons ainsi le langage de l'espérance, notre voix aura d'autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu'offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l'esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l'esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s'agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d'une ère de prospérité pour l'Église de Dieu ici-bas (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même année, il disait à ses prêtres : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quelles sont les pensées du Seigneur sur l'Église, sur la société, sur Rome, sur la France, sur le monde ? Devons-nous descendre désormais par une pente inclinée jusqu'au fond de l’abîme ? Devons-nous remonter jusqu'à la lumière ? Il m'est doux de le répéter : les prédictions des saints (5), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IX, 213. Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers (21 août 1875). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) IV, 498. Mandement au sujet de la reconstruction de l'église de saint Martin à Tours (novembre 1862). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. III, ch. 2, p. 39. A ces noms il faut ajouter celui de Louis Veuillot qui lui aussi a toujours espéré fermement un renouveau social chrétien. Voyez surtout Paris pendant les deux sièges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) IV, 4 et sv. Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Ceux qui désireraient une étude très judicieuse sur ces prédictions des saints la trouveront dans Mgr DELASSUS : La Conjuration antichrétienne, t. III : Solution de la question, ch. 67. Voix des Saints, p. 914 et sv. Les témoignages analysés par l'auteur sont surtout de sainte Hildegarde, de sainte Catherine de Sienne, de saint Léonard de Port-Maurice et du B. Grignion de Montfort. Parmi ces prédictions des saints, Mgr Pie donnait une grande importance à celles de sainte Marguerite-Marie. La sainte de Paray a en effet affirmé que le Cœur de Jésus régnerait SOCIALEMENT, malgré Ses ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus, disait Mgr Pie, est une des richesses nationales de la France. C'est par la France que Jésus a révélé Son Cœur à l'Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c'est à la France qu'Il a donné les prémices, c'est sur la France qu'Il veut verser les plus larges effusions de l'infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la Bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l'origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin. VII, 549. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c'est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu'a été élaboré le projet du monument du Vœu national (Montmartre). Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. IV. c. 11, p. 443 (6è éd.) IX, 134.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1857 Mgr Pie disait à ses prêtres, en leur rappelant tout ce que le culte du Sacré-Cœur devait à la France : «&amp;amp;nbsp;N'est-il pas vrai qu'au milieu de tant de sinistres appréhensions, on est heureux de trouver là l'indice rassurant d'une providence qui veut encore nous protéger et nous sauver ?&amp;amp;nbsp;». III, 49. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les pressentiments des bons semblent nous permettre d'espérer encore pour l'Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire (1)&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1863, il avait terminé sa troisième instruction synodale sur les erreurs du temps par ce cri d'espérance : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, cette Europe sécularisée, ces nations et ces institutions devenues laïques, le jour n'est pas éloigné, où elles &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
redemanderont au Vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie. Le droit chrétien avait formé la famille européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Église&amp;amp;nbsp;». (V, 208) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1870, dix ans avant sa mort, il écrivait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Si déplorable que soit l'état des sociétés, si avancées que soient les conquêtes du mal, si effrayants que soient les symptômes de désorganisation universelle, nous avons la confiance que la catastrophe dernière n'est pas à nos portes, qu'il se lèvera encore en ce monde des jours heureux et favorables pour la religion, que la vérité brillera d'un nouvel éclat dans le temps avant de se replier vers le séjour éternel, enfin qu'il est dans les destinées de notre condition mortelle de jouir encore d'une ère de consolation, sinon de triomphe, avant la période de dissolution finale que suivra le triomphe éternel&amp;amp;nbsp;». (VII, 32) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er novembre 1871, il consacre une homélie entière à remonter notre courage et à relever nos âmes. C'est une véritable étude ex professo sur nos motifs d'espérer. La délivrance de la société chrétienne, dit-il, viendra non pas de nos mérites, mais de la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ne m'alléguez donc point comme un obstacle insurmontable aux bontés de notre grand Dieu, l'excès de la perversité humaine. C'est l'honneur de Dieu, c'est Sa grandeur et c'est Sa gloire de faire déborder, quand Il le veut, Ses miséricordes par-dessus notre malice. Quand Il le veut, oui, me dites-vous ; mais le voudra-t-Il ?&amp;amp;nbsp;» Sans hésiter, il répond : &amp;quot;Il le voudra&amp;quot;. Et, développant sa pensée : Je l'avoue, nos maux jusqu'ici ne nous ont pas rendus meilleurs ; ...Malgré cela néanmoins, plus je m'applique à scruter les pensées du Seigneur sur nous, plus je m'obstine à présager une prochaine et immense effusion de miséricorde ; et les sources auxquelles je puise cette confiance me donnent la hardiesse de croire qu'en parlant de la sorte j'ai en moi l'esprit de Dieu (2)&amp;amp;nbsp;». L'année suivante, dans son homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, il s'écrie : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La terre sera tremblante sur sa base et agitée dans ses entrailles, elle ne retrouvera pas son assiette, jusqu'à ce qu'une secousse favorable ait réparé la perturbation et les désordres apportés à l'équilibre politique du monde chrétien par la disparition de son chef... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cette réparation viendra. Ce qu'un choc funeste a renversé, un choc meilleur le relèvera... Retournez à Rome dans quelques années : vous y verrez le concile du Vatican se poursuivant autour du trône du pontife-Roi (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1873, dans le sanctuaire vendéen de N.-D. de Pitié, il annonce le «&amp;amp;nbsp;secours qui viendra d'en haut (VII, 637). La délivrance viendra du Ciel, dit-il, et le Ciel agira par les mains puissantes de la libératrice des chrétiens&amp;amp;nbsp;». (VII, 643). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 3 juillet 1876, lors des fêtes du couronnement de N.-D. de Lourdes, il parle encore, selon sa propre expression, de cette «&amp;amp;nbsp;espérance, de cette attente ferme et certaine, de la délivrance de la société chrétienne (4)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, cette espérance l'avait-il encore à la fin de sa vie ? Oui, plus que jamais, elle animait son courage (5). Dans une de ses dernières instructions pastorales, il disait à ses fidèles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;L'effort fait contre le christianisme à cette heure, n'est si énergique que pour proportionner la victoire à la multiplicité et à la puissance des éléments et des instruments actuels du bien... Travaillons par notre CHARITE, notre PATIENCE, notre MODESTIE à rendre acceptable à nos adversaires eux-mêmes la victoire finale qui nous est réservée et que leurs propres emportements nous préparent (6)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) IV, 106. Homélie du 25 novembre. Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l'Estoile : «&amp;amp;nbsp;J'espère un beau &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quart de siècle, dont le commencement n'est pas très loin de nous&amp;amp;nbsp;». Histoire du Cardinal Pie. II, L. Ill. c 1, p. 33. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Homélie sur les droits souverains de la miséricorde divine. VII, 298 et 300. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) VII, 363. La même année, dans une homélie pour la fête de l'immaculée Conception, il disait : «&amp;amp;nbsp;La disposition de beaucoup de bons esprits nous en est un gage. L'heure approche en laquelle Jésus-Christ rentrera, non seulement dans les intelligences, dans les cœurs, dans les âmes d'où Il avait été exilé, mais dans les institutions, dans les sociétés, dans la vie publique des peuples&amp;amp;nbsp;». X, 414. 4 IX, 345 : Sous quelle forme se fera cette restauration sociale chrétienne ? le Cardinal Pie ne le détermine pas. «&amp;amp;nbsp;Ce n'est pas que je &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
croie que la mission du Saint Empire sera reprise sur la terre. Sans doute elle ne sera jamais remplie entièrement, ni surtout longuement... Ce serait plus que ne comporte le règne de Dieu ici-bas&amp;amp;nbsp;». Lettre à M. Rendu. Histoire du Cardinal Pie, II, ch 11, p. 687. La Restauration sociale chrétienne ne sera pas «&amp;amp;nbsp;la reconstitution du Moyen-Age, mais un renouvellement de cet esprit du Moyen-Age, qui mettait les peuples dans les mains des saints Bernard et des saints Louis, au lieu de les pousser fatalement vers des guides d'une autre espèce. L. VEUILLOT, Mélanges, 2è série. Tome VI, Préface XXI et XXII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(5) Voyez l'Homélie du 8/12/1879 sur ces paroles : Seigneur, sera-ce en ce temps que Vous rétablirez le royaume d'Israël ? X, 86-94. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(6) X, 116. Ne pourrait-on pas dire que cette ferme espérance de Mgr Pie est ainsi l'espérance de l’Église catholique ? Les documents pontificaux de ces derniers temps sembleraient autoriser cette affirmation. «&amp;amp;nbsp;Dieu assurera à Son heure et par Ses voies mystérieuses le triomphe définitif... cette éternelle assistance... nous persuadera qu’à l’heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n'est pas trop éloigné, la vérité resplendira plus brillante et que l'esprit de l’Évangile versera de nouveau la vie au sein de notre société corrompue... Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi hâté en ce monde... etc. LÉON XIII, Lettre : Parvenu à la 25è année du 19 mars 1902. Éd. Bonne Presse T. VI, 290-291. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises le même Pape considère comme une promesse divine, comme une prophétie réalisable dans le temps, soit la parole : «&amp;amp;nbsp;Fiet unum ovile et unus pastor&amp;amp;nbsp;», soit le texte : «&amp;amp;nbsp;Omnia traham ad meipsum&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====CHAPITRE II : LA FRANCE CONTRIBUERA PUISSAMMENT ET EFFICACEMENT A CETTE RESTAURATION ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pouvons-nous préciser davantage sa pensée, et sachant qu'il attendait une victoire, savoir comment et d'où il l'attendait ? Pour Mgr Pie, le triomphe du Droit chrétien était intimement lié à la question de l'avenir religieux de la France. C'est un fait qu'il constate : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l'ordre chrétien dans le monde sont d'accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France&amp;amp;nbsp;». (VII, 517) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question posée : le Christ régnera-t-il, se ramène donc pour l'Évêque de Poitiers, à celle-ci : La France reprendra-telle son rôle antique de chevalier du Christ ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Terminant l'oraison funèbre du général de Lamoricière, Mgr Pie eut une envolée comme prophétique, que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale (1). Citons-là en entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir rappelé «&amp;amp;nbsp; qu'il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même qui répare des jours de fragilité par des années d’héroïsme&amp;amp;nbsp;», il s'écrie : «&amp;amp;nbsp; Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l'Église (2) et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans Ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c'est ainsi que tu reviendras à ta &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu'endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l'impiété et de la violence, tout-à-coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t'enveloppera et une voix se fera entendre : «&amp;amp;nbsp;Qui êtes-vous, t'écriras-tu... Qui es Domine ? Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n'est pas dans ta nature. RELEVE-TOI, race prédestinée, race d'élection et va, comme par le passé, porter Mon nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait être plus affirmatif. En une autre circonstance, le grand Évêque étudie plus à froid, plus humainement, dirions-nous, si la France redeviendra chrétienne. Citons ce second passage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il y a, pour notre race, une vocation, une prédestination dont nous devons subir toutes les conséquences. Oui, une nation qui est L'ECOLE DU MONDE, qui a porté jusqu'aux extrémités de l'univers ses mœurs, sa civilisation, son langage, ses vertus et ses qualités et, il faut bien le dire aussi, ses travers et ses vices, qui a exercé un empire incontestable sur tous les peuples par la grandeur de ses institutions, l'autorité de ses lois, la noblesse et l'élévation de ses vues, l'élégance et la politesse de ses manières, qui, malgré ses embarras intérieurs, poursuit encore aujourd'hui par les conquêtes pacifiques de ses intrépides missionnaires, I'œuvre de la régénération religieuse et sociale sur les points les plus inexplorés du globe et porte le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, une nation qui n'a qu'à vouloir pour bouleverser le monde par ses fureurs ou pour le contenir dans l'ordre et la paix par l'exemple de sa sagesse et de sa modération, une telle nation est marquée du doigt de Dieu pour être à la face des peuples la justification de Sa Providence. Si elle se précipite dans le mal ou seulement si elle devient indifférente au bien, le châtiment suit de près la faute et absout la justice du ciel ; si elle retrouve ses nobles instincts de zèle pour la vérité et d'amour pour la vertu, la prospérité renaît autour d'elle ; et témoins du sceau particulier imprimé à ses revers ainsi qu'à ses succès, jaloux peut-être des uns et des autres, mille peuples divers proclament comme faisait autrefois le vieil Achior, à propos de la nation sainte, que la France a reçu la bienheureuse prérogative de ne jamais pécher impunément et de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée. Telle est la constitution divine qui régit les destinées de notre pays, nul de nous ne changera cette loi. Joignez à cela cette inflexibilité de logique (4), cette marche rapide et précipitée vers les conclusions extrêmes, ce passage presqu'instantané des prémisses aux conséquences, cette facilité avec laquelle les doctrines descendent de la tête aux bras qui les traduisent par des actes, en un mot, cette rigueur pratique et instinctive de raisonnement et de déduction qui est en quelque sorte l’esprit de notre caractère national et qui établit la principale différence entre un esprit français et une intelligence anglaise ou germanique, et vous reconnaîtrez que la France est un pays où l'irréligion et l'erreur ne sauraient être contenues dans leurs développements, où la prospérité, même passagère, est inconciliable avec des principes faux, des exemples funestes, des omissions coupables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Act. Apost. Sedis 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novernbris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Il y a, en effet, des affinités remarquables entre l'âme française et le catholicisme. «&amp;amp;nbsp;Si haut que nous remontions dans notre histoire, une affinité s'entrevoit entre nos âmes et l'idée d'une religion universelle, planant par-dessus les frontières et la variété même des races, et satisfaisant, par une altière et pure métaphysique, à l'unanime appel des anxiétés humaines&amp;amp;nbsp;». Histoire de la nation française. T. VI, Histoire religieuse, par Georges GOYAU, p. 617. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations&amp;amp;nbsp;». V, 183. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) V, 506-507. Éloge funèbre de Lamoricière, 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance. X, 63-64. (Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire) Il avait manifesté la même espérance dès 1846. Œuvr. sacerdot., II, p. 332-333. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) Dans ses Considérations sur la France Joseph de Maistre a merveilleusement étudié et mis en relief cette constitution divine de la France. Mgr Pie écrivant au sujet de la France : &amp;quot;Elle est condamnée à n'être rien, si elle n'est la première des nations catholiques&amp;quot; (VII, 94) a fait siennes les conclusions du grand publiciste chrétien. C'est cette inflexibilité de logique qui fait que &amp;quot;la France n'a jamais été et ne sera jamais hérétique&amp;quot;. La France est le pays de la logique et du bon sens... L'hérésie est une halte inconséquente dans la révolte de l'esprit humain contre la Révélation divine. Nier l'infaillibilité de Dieu sur un point et reconnaître cette infaillibilité sur d'autres, c'est une contradiction dont un esprit germanique ou anglais peut s'accommoder pour un temps du moins, un esprit français non. Ainsi la France a-t-elle passé sans milieu de la foi au scepticisme universel, de l'orthodoxie au rationalisme le plus absolu. Œuv. sac., II, 350. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que d'autres s'en plaignent, c'est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu'elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les deux textes principaux qui nous semblent résumer les espérances de Mgr Pie : La France reprendra son rôle de Chevalier du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier texte cependant, tout en affirmant que la France a reçu «&amp;amp;nbsp;la bienheureuse prérogative de se relever toujours par le secours même du bras qui l'a châtiée&amp;amp;nbsp;» exprime, en finissant, la crainte que notre France chrétienne périsse dans la crise. Mgr Pie se contredit-il ? Cette crainte détruit-elle son espérance ? A-t-il cru que la France périrait dans l'apostasie ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point précis, il ne faut pas le cacher, Mgr Pie eut des moments d'hésitation et de pessimisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : «&amp;amp;nbsp; Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l'a envahie (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses craintes augmentèrent après 1870, lorsqu'il vit le régime sectaire de la troisième République solidement établi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'annonce de l'école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France. «&amp;amp;nbsp;Si, pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n'est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l'arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliae&amp;amp;nbsp;». (VII, 354. Homélie de Noël 1871) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons relevé deux textes de crainte. Précisons les : «&amp;amp;nbsp;Si la France doit redevenir socialement chrétienne&amp;amp;nbsp;» écrit-il en 1860. Donc, peut-on dire, il a douté qu'elle le redevînt ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quelquefois, mais ce doute passager ne supprime pas l'affirmation rayonnante des précédentes espérances. Examinons l'autre texte : «&amp;amp;nbsp;Si pour refaire une génération d'hommes, vous alliez inventer des écoles sans Dieu, ce serait le coup de grâce et l'arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit : «&amp;amp;nbsp;Ces écoles sont faites, donc la France a reçu son coup de grâce et son arrêt de mort&amp;amp;nbsp;». Nous répondons : A côté de ces écoles, d'autres et catholiques ont été maintenues ; ensuite, là même où les écoles sans Dieu n'ont pu être évitées, l'Église a pourvu à parer le coup par les mesures imposées aux chefs de famille, contraints d'envoyer leurs enfants aux écoles de l'État ; enfin, dans ce texte encore, le «&amp;amp;nbsp;si&amp;amp;nbsp;», suspendu comme une menace, nous stimule à agir contre ces écoles et nullement à désespérer parce qu’elles existent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les craintes de Mgr Pie ne sont pas des affirmations absolues, mais elles nous excitent à repousser un malheur toujours possible de par la liberté de l'homme. La crainte, inévitable en pareille matière, ne détruit pas l'espérance, laquelle s'appuyant sur une tradition, prévaut finalement et domine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l'espérance domine. C'est elle, toujours vivante au cœur du grand Cardinal, qui lui fait annoncer hardiment dans son dernier entretien synodal, la défaite très certaine du laïcisme scolaire, le plus sérieux obstacle de la Restauration sociale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;J'ignore, disait-il à ses prêtres, jusqu'où Dieu permettra que le mal triomphe : il peut entrer dans Ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l'expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d'hommes aujourd'hui encore satisfaits d'eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l'annoncent : le RETOUR AUX VRAIS PRINCIPES et à tous les biens qui en procèdent s'effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d'intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l'homme et Dieu, entre &amp;quot;l’évangile&amp;quot; de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : «&amp;amp;nbsp;Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous: Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier texte (nous le citons en dernier lieu, il fut aussi postérieur en date aux textes de crainte) élève l'espérance à son degré suprême : LA FRANCE, SERAIT-ELLE MORTE, RESSUSCITERA. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La France, je le confesse, a grand besoin de travailler à sa propre guérison avant de procurer la guérison des autres. N'est-elle pas elle-même étendue et gisante sous le lourd couvercle du sépulcre ? Qui donc renversera la pierre du monument funèbre ? Je l'ignore, mais j’affirme que nous verrons cette pierre renversée... Quand et comment me dites-vous ? Ce n'est pas la question et c'est le secret de Dieu seul4&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) I, 315-316-317. Seconde instruction pastorale à l'occasion du jubilé (1851). Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : «&amp;amp;nbsp;L'inaltérable fidélité à l'orthodoxie, l'alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l'apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu'en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première&amp;amp;nbsp;». IX, 390. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Histoire du Cardinal Pie, Il, L. Ill, c. 2, p. 66. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3) Entretien avec le clergé à l'occasion des récentes discussions de la Chambre sur l'enseignement, etc. X, p. 27-29. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(4) VII, 517. Homélie pascale 1873. Voyez encore X, 29, 63, 386, 407, 416, 436, 494. Cf. aussi : Histoire du Cardinal Pie Il, L. IV, ch. IV, 513. «&amp;amp;nbsp; Non, jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle hypothèse en haine de la thèse chrétienne. J'estime trop mon pays, j'ai trop haute idée de sa prédestination divine, je connais trop sa facilité à revenir au bien après qu'il a servi le mal, pour déclarer qu'il est irrémédiablement assis dans le mensonge. Non, la France n'est point apostate à toujours&amp;amp;nbsp;». (Mémoire au Comte DE CHAMBORD) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers, même aux plus mauvais jours, n'a jamais désespéré de la France, car en elle il a toujours vu l’élite, la vraie France, la France catholique. «&amp;amp;nbsp;Depuis quand, ô Dieu, s'écria-t-il en 1870, le nombre, le vil nombre, depuis quand la foule vulgaire l'emportent-ils à Vos yeux sur la qualité et le mérite ? Ne regardez la France que dans l'élite de ses enfants. La France, la vraie France croit en Vous ; cette France Vous aime, cette France n'aspire qu'à Vous obéir et qu'à Vous servir. Ceux qui Vous maudissent, qui Vous blasphèment, ou seulement qui Vous méconnaissent, qui Vous ignorent, ceux-là ne sont pas la France. Eh quoi ! à cause du déchet et des scories qui sont pour un temps à la surface, Vous anéantiriez, Seigneur, la plus belle œuvre de Vos mains, la plus généreuse, la plus héroïque nation qui se soit épanouie au soleil du christianisme !&amp;amp;nbsp;» VII, 67. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut dire davantage. La crainte et l'espérance ont tour à tour abaissé et relevé l'âme du grand Évêque, mais l'espérance a triomphé. Tout en tremblant quelquefois avec lui, nous espérons fermement avec lui. A la question : Le Christ régnera-t-il ? Répondons avec Mgr Pie : Il régnera, quoique d'un règne transitoire, et Son sergent sera la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la France ait pour mission spéciale de promouvoir le Règne de Dieu dans le monde, c'est une affirmation traditionnelle que nous retrouvons dès le IXè siècle, dans une belle formule liturgique, très justement appelée &amp;quot;Prière des Francs&amp;quot;. Voici cette oraison : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu Tout-puissant et Éternel, qui pour servir d'instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Eglise, avez établi l'empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu devoir faire. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de France. Ainsi soitil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DOM PITRA, Histoire de Saint Léger, Introduction. p. XXII-XXIII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==CONCLUSION ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette espérance termine notre essai de synthèse sur le Règne social du Christ d'après Mgr Pie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'Évêque de Poitiers nous a exposé les preuves de la Royauté sociale de Jésus-Christ (Iè partie). Il nous a montré le Règne social presque renversé par l'apostasie des nations, et il a mis sous nos yeux les ruines causées par cette apostasie (2è partie). Il nous a enseigné à rétablir le Règne social (3è partie), soulevant nos courages par l'espérance que nos efforts ne seront pas vains (4è partie). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reste pour nous à entrer dans ces vues. Toute sa vie, Mgr Pie a lutté pour ce royaume, ne craignant pas d'encourir les colères des puissants, ligués contre le droit social du Christ. Ses discours, nous l'avons vu, ne furent pas une pure parole. Ils préparaient, expliquaient, prolongeaient son action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette modeste étude, nous avons cité ses paroles, nous avons montré son action, et en terminant nous n'avons qu'un désir, c'est que la doctrine et l'action de Mgr Pie éveillent dans nos âmes la réponse bien nette à ces deux questions : Qu'avons-nous fait pour le Règne social du Christ, et que ferons-nous ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=====I. QU'AVONS-NOUS FAIT JUSQU’À PRÉSENT POUR LE RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mgr Pie, commentant saint Augustin, a bien voulu faire notre examen de conscience (1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'arrive-t-il pas trop souvent aux chrétiens, nous dit-il, de se rendre solidaires et complices des égarements et des fautes de leur temps, soit par un silence pusillanime, soit même par un assentiment de complaisance à ce qui est contraire à la vérité ? Devant ces excès d'orgueil et de licence, devant ces iniquités et ces impiétés exécrables qui attirent à la terre les coups terribles et écrasants dont Dieu l'a menacée par ses prophètes, est-il commun de trouver sur les lèvres des chrétiens les énergiques réprobations que l'amour de Dieu et de la vérité commande ? En est-il beaucoup qui gardent avec les coryphées de ces doctrines coupables et funestes l'attitude que la foi prescrit ? Non qu'on ne puisse et qu'on ne doive user des ménagements charitables et se garder d'un zèle indiscret et inopportun, mais ces égards ont leurs bornes (2)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serions-nous consacrés à Dieu par les vœux de religion, ces reproches adressés aux simples fidèles nous atteignent nous aussi. Écoutons la suite du texte : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp; Or, ce ne sont pas seulement les chrétiens d'une trempe plus faible, les hommes engagés dans la vie conjugale et dans les devoirs de la famille et de la propriété, à qui diverses considérations humaines ôtent le courage de résister en face au mensonge et à l'iniquité. Hélas ! trop souvent, ceux-mêmes qui ont embrassé un degré plus haut de perfection, qui se sont voués au célibat et à la vie humble et mortifiée s'abstiennent de flétrir ce que la religion réprouve, atteints qu'ils sont de cette infirmité qui les porte à se préoccuper de leur personne et de leur renommée, à se complaire dans les éloges et les appréciations flatteuses de l'opinion humaine, ou à redouter le jugement du vulgaire ou le péril de l’impopularité (VII, 104)&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même, Mgr Pie relevait spécialement ce péché de silence et de timidité dans les prêtres. S'adressant à son clergé, il l'exhortait ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Puisque nous parlons ici d'examen de conscience, le parallèle établi par M. le chanoine Vigué, entre la méthode des libéraux et celle de Mgr Pie, nous aidera à juger plus parfaitement notre manière d'agir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Les catholiques libéraux, pour gagner les peuples à l'Église crient : Liberté ! et Mgr Pie : Vérité ! - eux, des hommes &amp;quot;pour qui le présent est tout&amp;quot; comme il dit, non sans dédain ; et lui, le défenseur des principes éternels, le veilleur de la foi, par-dessus les agitations humaines ; - eux, qui rêvent de concilier l'inconciliable ; lui, qui méprise tous ces compromis religieux où il ne voit qu'un &amp;quot;christianisme appauvri&amp;quot; et &amp;quot;des vérités diminuées&amp;quot; ; - eux, qui flattent volontiers les illusions politiques et sociales de leurs contemporains ; lui, qui se croit au siècle des antéchrists et qui, l'âme attristée par la corruption des mœurs et la décadence de la foi, vit, comme tant de chrétiens des jours primitifs, dans la hantise que la fin du monde est prochaine ; - eux, qui soupirent après les jeunes et vivantes églises de l'Amérique anglaise ; lui, dont l'idéal est dans le passé de la France, dans ce treizième et dix-septième siècles où l'ordre chrétien lui parait avoir été le plus pleinement réalisé ; - eux, qui adoptent la phraséologie politique en faveur, souvent injurieuse pour l'Église ; lui, l'ecclésiastique, le traditionnel qui ne peut retenir un geste d'impatience devant ces banalités révolutionnaires ; - eux, qui gardent l'espoir de christianiser les droits de l'homme ; lui, qui ne veut être que le héraut des droits de Dieu ; - eux, qui trouvent avantageux le droit commun pour la conquête des âmes ; lui, qui le regarde avec horreur, y découvrant le suprême outrage fait à la majesté souveraine de la vérité, comme à Jésus, quand il fut mis par Pilate en parallèle avec Barabbas&amp;amp;nbsp;». Pages choisies. Introduction LI - LII. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) VII, 103. Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tous, tant que nous sommes, disons avec le prophète : &amp;quot;Malheur à moi, parce qu'habitant au milieu d'un peuple aux lèvres souillées, j'ai souvent omis de rendre témoignage aux pures doctrines de la vérité et parlant la langue de ceux parmi lesquels je vivais, j'ai contracté moi-même la souillure des lèvres&amp;quot;. Tous, tant que nous sommes, disons aujourd'hui au Seigneur avec les Apôtres : &amp;quot;Seigneur, augmentez en nous la foi, étendez-là à tout ce qui est de son empire, car vous êtes le Dieu des peuples, au même titre que celui des âmes&amp;quot; (1)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, pour la plupart, nous n'avons rien fait pour le Règne social de Jésus-Christ. Quelle peut en être la cause ? D'après l'Évêque de Poitiers, c'est manque de foi et manque de courage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE FOI ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi, se demande-t-il, un sacerdoce si nombreux, pourquoi une élite si considérable d'hommes croyants et pratiquants n'apportent-ils aux souffrances du pays qu'un remède si peu appréciable et si peu efficace ? Les étrangers qui savent, qui admirent et qui envient tout ce que la France catholique contient d'éléments exquis, se posent souvent à eux-mêmes cette question. Comment s'expliquer que tant de charité, tant d'activité, tant de dévouement produisent si peu d'effet et si peu de fruit, quant à l'amélioration de la chose publique ?&amp;amp;nbsp;» (VIII 25) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il répond hardiment : «&amp;amp;nbsp;Propter incredulitatem vestram&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;C'est que, dit-il, dans l'ordre des choses publiques et sociales, les fidèles et trop souvent les prêtres de notre génération, ont cru que, même en pays de christianisme, on pouvait observer la neutralité et l'abstention vis-à-vis de la foi chrétienne, comme si Jésus-Christ était non avenu, ou avait disparu du monde. Or, quiconque professe et pratique une pareille théorie, se condamne à ne rien pouvoir, absolument, pour la guérison et le salut de la société... Si nous n'avons pas réussi à dompter le mal révolutionnaire qui nous donne ainsi en spectacle aux autres peuples, ce mal intérieur qui nous mine, qui nous dessèche, qui nous tue, c'est que, tout en ayant la foi privée, nous avons notre part de l'infidélité nationale&amp;amp;nbsp;» (VIII 26-27). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après Mgr Pie, dans la vie privée nous croyons, mais dans la nation, nous marchons avec les incrédules. Manque de foi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MANQUE DE COURAGE AUSSI (2) ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être en avons-nous parfois contre les méchants, mais il nous manque complètement en face des bons qui s’opposent à la Restauration sociale des principes chrétiens. Écoutons toujours : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quand on se sent porté par l'adhésion de tous les bons, quand on est sûr de ne trouver à l'encontre de soi que les adversaires prononcés, c'est une tâche facile de parler et d'agir. Ce qui en est une moins aisée peut-être, c'est de marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes mais flasques, timides, flottantes, qui s'effrayent de toute réclamation hardie et dont il faut braver le jugement. Les écrits de nos illustres devanciers nous montrent que les plus grands lutteurs de la cause sacrée ont eu leurs jours d'hésitation et d'abattement, lorsque, comme le Psalmiste, considérant à leur droite, ils apercevaient des contradictions et des blâmes (3)&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) VIII, 29. Homélie (25 Novembre 1873). Sur ce point précis des paroles, Mgr Pie descend aux détails pratiques et nous fournit ample &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
matière à examen de conscience. Écoutons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;La plaie du libéralisme est proprement la plaie des sociétés actuelles. Non seulement il procède de là beaucoup de mal, mais le bien même s'en trouve vicié et dénaturé. Il nous serait facile d'en donner plus d'une preuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;N'est-il pas triste, par exemple, que même sur la motion des croyants les plus irréprochables, la France ne puisse être rappelée à offrir à Dieu le tribut des prières publiques, sans que la résolution officielle qui l'y convoque place sur un même rang la véritable Église et les cultes dissidents : comme s'il ne suffisait pas que ceux-ci, par voie d'exception, fussent administrativement mis en mesure de s'y associer chacun chez eux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'est-il pas désolant que la revendication de la sainteté du jour réservé à la divinité chez toutes les communions chrétiennes ne se produise, même sur des lèvres sacrées, qu'au moyen d'une égale protestation en faveur du sabbat des Juifs et du vendredi des sectateurs de Mahomet : de telle sorte que le vrai Dieu créateur et rédempteur n'ait point, dans la France chrétienne, l'apparence d'un privilège ?... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Seigneur très saint, Vous nous avez appris Vous-même que Vous Vous appelez le Dieu jaloux, le Dieu qui ne supporte pas de rivaux: Dominus zelotes nomen ejus, Deus est œmulator ; et Vous ne nous laissez pas ignorer que Votre force est au service de cette légitime jalousie : Ego sum Dominus tuus, fortis, zelotes. Est-il donc étonnant que Vous jetiez périodiquement à bas ces institutions qui affectent d'élever au même niveau que Vous tout ce qui n'est pas Vous ?…&amp;amp;nbsp;» VII, 572-573. Entretien avec le clergé (1873). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(2) Le manque de courage dans la revendication du droit social de J.-C. et de l'Église a été aussi spécialement reproché à nos députés catholiques. Jetant un regard sur l'ensemble des débats parlementaires au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, un homme politique, hostile aux principes chrétiens, faisait dans son journal cette constatation qui est pour nous tous une leçon : «&amp;amp;nbsp;Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l'entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le PRINCIPE même qui est comme l'âme de l'Église.&amp;amp;nbsp;» Jaurés, Mgr DELASSUS, La Conjuration anti-chrétienne, t. 1, p. 308. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(3)&amp;amp;nbsp; IV, 232. Lettre à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (16 juin 1861). Il faut savoir marcher à l'encontre de cette masse d'intelligences honnêtes, mais flasques, timides et flottantes qui s'effraient de toute réclamation hardie. Cette masse remplira les cadres de l'armée auxiliaire de l'Antéchrist. Le Cardinal Pie aimait à faire siennes ces paroles du P. Faber : «&amp;amp;nbsp;Si tous les méchants se trouvaient d'un côté et tous les bons de l'autre, il n'y aurait aucun danger que les élus puissent être trompés par de faux prodiges. L'œuvre de l'Antéchrist sera faite par beaucoup de gens de bien. Il faut donc nous mettre en garde contre les dangers du dedans&amp;amp;nbsp;». V, 205. Troisième Instruction synodale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son panégyrique de saint Émilien, Mgr Pie s'était déjà écrié : «&amp;amp;nbsp;Je veux le dire bien haut, aujourd'hui plus que jamais, la principale force des méchants, c'est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c'est l'énervation du christianisme dans les chrétiens. Que ne m'est-il donné d'introduire au milieu de cette assistance la personne adorable du Sauveur Jésus et de Lui demander comme au prophète : Quelles sont ces blessures dont Vous êtes couvert, ces coups dont vous êtes meurtri : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Sa réponse ne serait pas douteuse : Ah ! dirait-il, ce n'est pas précisément par la main de Mes ennemis, c'est dans la maison de Mes amis que J'ai été ainsi maltraité : His plagatus sum in domo eorum qui me diligebant, de Mes amis qui n'ont rien su oser pour Ma défense et qui se sont faits à tout propos les complices de Mes adversaires&amp;amp;nbsp;», III, 524.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, beaucoup de ceux qui se croient les amis de N.-S. sont les ennemis de Sa Royauté sociale. C'était aussi la pensée de Mgr Gay qui écrivait en 1884 : «&amp;amp;nbsp;Gémissez dans le secret, conjurant Dieu de protéger Lui-même la cause, les droits, la sainte gloire de Son Fils, Roi du monde malgré le monde, et adorons d'autant plus cette Royauté ensemble qu'elle reçoit plus d'outrages et de ceux-là mêmes qui se disent et se croient Ses amis: c'est une grande amertume. Mgr Gay, Sa vie, ses œuvres, Dom DE BOISROUVRAY, Il, 112 n 1. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'exagérait donc pas ce prédicateur, qui à Paray-le-Monial, dans un magnifique discours des fêtes jubilaires en l'honneur de sainte Marguerite-Marie, s'écriait : «&amp;amp;nbsp;Le Règne social du Cœur de Jésus, c'est Dieu à Sa place dans la raison, la conscience, le cœur et la vie publique de l'homme, le règne social de Satan, c'est Dieu exclu de la religion, de la conscience, du cœur et de la vie publique de l'homme ; c'est l'humanité laïcisée et s'adorant elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n'y a pas de milieu possible : Il faut choisir. Les libéraux qui se disent et se croient catholiques ne veulent pas choisir ; ils ne veulent pas répudier et combattre à fond la laïcité et par le fait même, ils en acceptent et en professent le principe, ils excluent Dieu de la vie publique de l'humanité, ils répudient le Règne social du Cœur de Jésus, ils acceptent le règne social de satan. En dépit de leurs protestations verbales, ils font I'œuvre de la Franc-maçonnerie ; ils sont du parti de satan contre le Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;». Ch. GAUDEAU, La Mission actuelle de sainte Marguerite-Marie, p. 25. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà notre triste état ! Le combat pour le règne du Christ demande plus de foi et de courage que nous n'en avons eu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. QUE DEVONS-NOUS FAIRE POUR ÊTRE LES CHEVALIERS DU CHRIST-ROI&amp;amp;nbsp;?  =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ferons-nous donc&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;A vero bello Christi, nous crie l'Évêque de Poitiers, voilà la guerre où tous nous DEVONS être soldats. Oui, la VRAIE guerre du Christ, le dévouement vrai et sans réserve à la cause du Christ&amp;amp;nbsp;». (VII, 338) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LUTTONS&amp;amp;nbsp;! C'est le dernier mot du vaillant Évêque. Chacun précisera (1) ce mot selon son rang dans l'armée du Christ. Mgr Pie nous a indiqué avec précision le devoir des fidèles, des prêtres et des chefs. A nous de l'accepter. Mais, de toute manière, et pour tous, c'est la lutte, car l'homme laissé à sa chair aime à rester en repos et à disparaître dans une vie insignifiante et nulle. Lutter contre soi-même et contre les hommes qui refusent le joug social du Christianisme, résume donc le devoir pour le Règne du Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons, parce que la condition de tout règne est d'être défendu par des soldats. Luttons, parce que les ennemis de ce Règne se font plus nombreux et plus acharnés. Luttons, parce que ne seront couronnés que ceux qui seront morts, les armes à la main. Luttons, parce que plus nous avançons vers la fin du temps, plus ce sera la condition des chrétiens icibas. Laissons le Cardinal Pie nous dire tout cela dans un dernier texte, auquel nous n'ajouterons rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Luttons «&amp;amp;nbsp;avec espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées&amp;amp;nbsp;! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée&amp;amp;nbsp;? Nul ne le sait et je n'ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage. On ne trouvera quasi plus de FOI sur la terre, c'est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, &amp;quot;nisi venerit discessio primum&amp;quot; ira se consommant, de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle, qui disait à ses débuts&amp;amp;nbsp;: Le lieu m'est étroit, faites-moi de la place où je puisse habiter&amp;amp;nbsp;: Angustus mihi locus, fac spatium ut habitem, elle se verra disputer le terrain pied à pied, elle sera cernée, resserrée de toutes parts&amp;amp;nbsp;: autant les siècles l'avaient fait grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin, il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite, il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre. L'insolence du mal sera à son comble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie et par l'ardeur de leurs prières et par l'activité de leurs œuvres et par l'intrépidité de leurs luttes&amp;amp;nbsp;: O Dieu&amp;amp;nbsp;! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre règne arrive sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cœlo et in terra... Sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, comme autrefois à la suite d'un épouvantable désastre, on vit tout le sénat de Rome et tous les ordres de l'État s'avancer à la rencontre du consul vaincu, et le féliciter de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république&amp;amp;nbsp;; ainsi, le sénat des cieux, tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu'au bout, espérant contre l'espérance même&amp;amp;nbsp;: contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une REALITE. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le Royaume de ce monde à Dieu Son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes&amp;amp;nbsp;; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et Il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de Sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de Son Fils incarné et dans la consommation des saints&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;»(III, 527 à 529). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(1) Tous ceux qui aiment la cause du Roi Jésus voudraient savoir avec précision, jusque dans les plus humbles détails, ce qu'ils doivent faire pour le triomphe de cette cause sacrée. Le Cardinal Pie n'a pas pu entrer dans tous ces détails. La 3è partie de cet ouvrage nous indique cependant très nettement les grandes lignes de notre conduite. Pour compléter de si sages conseils nous recommandons instamment la lecture méditée du beau livre du P. RAMIERE, Le Règne Social du Cœur de Jésus. Signalons quelques chapitres très riches en indications pratiques&amp;amp;nbsp;: - dans la 2è partie, Les ennemis du Règne social: ch. VI, L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale (le libéralisme catholique)&amp;amp;nbsp;; ch. V, Point de Pacte avec l'erreur&amp;amp;nbsp;; - dans la 3è partie, Les principaux auxiliaires du Règne social&amp;amp;nbsp;: ch. III, Prêtres&amp;amp;nbsp;; ch. IV, Les orateurs sacrés&amp;amp;nbsp;; ch. V, Les religieux&amp;amp;nbsp;; ch. VI, Les écrivains&amp;amp;nbsp;; ch. VIII, Les journalistes&amp;amp;nbsp;; ch. IX, Les maîtres chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. X, Les jeunes gens chrétiens&amp;amp;nbsp;; ch. XI, Les âmes saintes. - Enfin, dans la 5è partie, Qualités que doivent avoir les soldats du Roi Jésus&amp;amp;nbsp;: ch. I, L'esprit de foi&amp;amp;nbsp;; ch. III, L'esprit catholique&amp;amp;nbsp;; ch. IV, L'esprit militant, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le P. RAMIERE a été avec le Cardinal Pie un des plus vaillants et des plus zélés défenseurs du Christ-Roi. Il a donné à la Ligue&amp;amp;nbsp;: L'Apostolat de la Prière, l’Adveniat Regnum tuum comme devise et, lui aussi appliquait cette demande du Pater au règne social. «&amp;amp;nbsp;Adveniat regnum tuum&amp;amp;nbsp;; Que votre règne arrive&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» C'est dans cette aspiration, écrit-il, que se résument les désirs du Cœur de Jésus&amp;amp;nbsp;; c'est en elle aussi que doivent se résumer tous les soupirs de notre cœur. Plus que jamais, cette aspiration doit devenir la devise, le mot d'ordre, le cri de guerre des associés de l'Apostolat de la Prière. Il faut nous unir dans un immense effort pour obtenir que, comme nous avons vu la Révolution s'ouvrir par la déclaration des Droits de l'homme et la proclamation de la déchéance sociale de JésusChrist, nous voyions cette même Révolution se clore par la reconnaissance des Droits de Dieu et des devoirs de l'humanité envers son Sauveur et son Roi&amp;amp;nbsp;» (Op. cité p. 604) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; ADVENIAT REGNUM TUUM&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Emmanuel</name></author>	</entry>

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