Petites réflexions sur le mariage
De Salve Regina.
| Questions de morale sur le mariage | |
| Auteur : | abbé J.-M. Robinne |
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| Difficulté de lecture : | ♦ Facile |
« Au reste, aux yeux du Seigneur, la femme ne va pas sans le mari, ni le mari sans la femme »
St Paul.
Le mariage va faire basculer la vie des futurs époux, ils vont entrer dans un nouvel état de vie qui va de par sa nature et ses exigences radicalement modifier leurs habitudes et leur vision du monde. En effet jusqu’à avant le mariage leur principal devoir aux yeux de Dieu consistait en leur sanctification personnelle. Une fois mariés, il va résider dans la sanctification du foyer qu’ils auront fondé. Sanctification qui passe par la naissance et l’éducation des enfants que Dieu accordera, mais également sanctification qui ne peut se faire sans une union entre eux qui devra se renforcer toujours plus et à chaque instant.
En acceptant de prendre l’autre pour époux ils vont créer entre eux un lien indissoluble, que rien ni personne ici bas ne peut rompre. Le Saint Père lui-même ne peut le rompre s’il a été contracté validement. Pourquoi ? Tout simplement parce que par le mariage ils ne forment plus qu’un seul être. Souvenons nous des paroles de Notre Seigneur : « Ils ne seront plus deux mais une seule chair. » Ces paroles il faut nous en imprégner pour bien comprendre la réalité de ce qu’est le mariage et de ce que cela entraîne. N’étant plus deux mais un aux yeux de Dieu il va falloir apprendre à vivre de cette nouvelle vie, apprendre à vivre par et pour l’autre. Ce que le sacrement va causer instantanément dans les époux sur le plan surnaturel, il faudra du temps sur le plan naturel pour le réaliser. Cette unité d’âme ne se fait pas en un jour, elle se construit progressivement avec l’aide de la grâce divine. Bien sûr, ne nous trompons pas, il ne s’agit pas dans le mariage de perdre sa personnalité, de faire table rase de ce que l’on est. Mais il s’agit au contraire d’utiliser ce que l’on est pour venir compléter l’autre et ainsi progresser plus facilement sur la voie de la sainteté. Au début du mariage les deux époux sont tels deux instruments de musique qui doivent exécuter une partition. Si l’un des deux essaye de la jouer tout seul, cela sera peut être beau mais cela ne correspondra en aucun cas à ce qu’a voulu le compositeur, s’ils la jouent ensemble ce sera déjà mieux, mais…car il y a toujours un mais, cela risque de devenir la cacophonie car ils n’ont pas encore l’habitude de jouer au même rythme. Il leur faut une mesure et un chef d’orchestre. Ce chef c’est Dieu, sa mesure c’est la grâce. Il va les guidez progressivement pour que, petit à petit, les deux instruments arrivent à jouer la mélodie qu’il a choisi pour eux. Mais pour y arriver il faut des efforts, il faut des renoncements.
Je vous disais qu’il allait falloir apprendre à vivre par et pour l’autre, cela exclu déjà de la part des époux toute forme d’égoïsme. Essayer de conserver sa vie propre ne peut qu’entraîner des catastrophes, le mariage engendre une nouvelle communauté de vie qui nécessite l’absence de toute marque d’égoïsme. Ce nouveau corps, ce nouvel être que sera le foyer est un tout constitué de parties (c’est à dire les époux). Ce que les époux devront chercher avant toutes choses c’est le bien du tout. Le bonheur et la sanctification du tout, qu’est le foyer, passe avant le reste. Où pour être plus exact, le bonheur personnel ne pourra se réaliser pleinement qu’au travers du bonheur et de la sanctification du foyer.
La sainteté dans le mariage Dieu a fixé un moyen pour y parvenir, c’est la fin principale du mariage : la naissance et l’éducation des enfants, chose à quel point délicate et pourtant si belle. En procurant le pouvoir de donner la vie et le devoir d’éduquer les enfants, Dieu fait des parents ses coopérateurs sur terre. Coopérateurs quant à l’œuvre créatrice et quant à la mission de sanctification.
Là encore il leur faudra être unis pour être pleinement les coopérateurs de Dieu. Ils ne sont plus qu’un, ne l’oublions pas. Si dans un corps certains éléments sont indispensables pour la vie, il n’empêche que tous les organes ont une fonction propre et que le cœur ne peut et ne pourra jamais remplacer la tête. Ces organes sont complémentaires comme le sont l’homme et la femme dans la famille. Si je prends ces deux organes en exemples ce n’est pas par pure fantaisie de ma part. Regardez la Sainte Famille, qui devra être le modèle de tout foyer, saint Joseph en est bel et bien le chef et nul doute que la sainte Vierge en est le cœur.
L’époux à l’image de saint Joseph à le devoir de guider et de protéger son foyer des attaques qui peuvent se présenter. Et nous savons que ces attaques sont nombreuses de nos jours. Le mari doit être à l’image du roc sur lequel et contre lequel les membres de son foyer pourront s’appuyer. Guide de sa famille il doit être l’ennemi des compromissions et des lâchetés.
L’épouse, elle sera le cœur. Ayant porté ses enfants en elle pendant neuf mois et les ayant mis au monde elle conservera avec chacun d’entre eux un lien privilégié. Si le père est le chef et le guide de la famille, la mère devra en être la source de vie, à la fois spirituelle et naturelle, en en étant à chaque instant l’âme, le cœur. C’est elle qui bien souvent fera faire leur premier pas vers l’amour de Dieu aux enfants tout en leurs faisant également faire leurs premiers pas dans l’ordre naturel. Par sa sensibilité elle imprimera le désir de Dieu dans son foyer.
Si l’homme est le rempart extérieur du foyer, la femme en est le rempart intérieur, elle est l’attrait du foyer, car elle en est le cœur et la joie. Les deux sont indispensables car les deux sont complémentaires.
Mais pour que cela se réalise pleinement il faudra chaque jour renforcer ce lien d’amour qui unit les époux. Cette complémentarité est inscrite dans la nature elle-même, mais elle ne sert de rien si elle n’est pas mise au service de Dieu. Cette complémentarité doit les aider à progresser sur les voies de la sainteté, mais elle n’est rien si on ne s’en sert que sur un plan purement humain. Tous leurs actes peuvent devenir méritoires s’ils sont accomplis avec la grâce et s’ils sont destinés au plus grand bien du foyer. Qu’ils cherchent à donner à leur couple une vie spirituelle et la vie quotidienne n’en ira que mieux. Qu’ils apprennent à vivre surnaturellement de la vie de l’autre et alors ils constateront que leur amour naturel ne cessera de croître. Leur foyer c’est au quotidien qu’ils le construisent. Mais s’ils ne vivent pas par et pour l’autre ils n’arriveront à rien, c’est en vivant de la vie même du conjoint, de cet autre qui par le sacrement de mariage va devenir leur moitié qu’ils pourront petit à petit vivre d’une unité totale, c’est par ce moyen qu’ils pourront s'assurer de suivre la volonté de Dieu, car en vivant par et pour l’autre ils vont vivre par et pour Dieu.